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Les loups-garous d'Argentine - Jérémy Wulc

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J'attendais beaucoup de ce premier roman de Jérémy Wulc, déjà pour son titre accrocheur. Lors du décès de son grand-père, un flic du 36 — en attente de passer en commission de discipline après une bavure grave — se charge de débarrasser la maison et de virer les meubles. En fouillant dans le grenier, il découvre un uniforme SS caché derrière une armoire ainsi que des carnets camouflés dans une cache secrète à l'intérieur d'un coffre-fort de marque Burg-Wächter. Arnaud Shimansky ne comprend pas la présence de ces vestiges de l'horreur nazie dans la maison de son aïeul. Surtout que celui-ci était un ancien rescapé des camps de la mort.

Ce roman, pourtant prometteur, ne parvient pas à nous surprendre. Encore moins le lecteur féru d'histoire. On devine assez vite le pourquoi de la chose. De plus, l'auteur dissémine des détails qui font sourire, tel le chien du défunt, un berger allemand (tant qu'à faire !) qui se nomme Bormann ! Comment ne pas penser à Martin Bormann, le conseiller d'Adolf Hitler et futur successeur désigné !!! Dans le doute de notre ignorance, l'auteur poursuit sa logique : lors des funérailles, on y croise des vieux parlant la langue de Goethe. Avouez que ça commence sérieusement à émousser le suspense...

On peut aussi être embêté par les multiples polices d'écriture et les sempiternels messages d'accueil du répondeur d'Arnaud repris plusieurs fois. De toute façon, dès l'évocation du titre, on pense à l'unité Werwolf, le IVème Reich, la survie d'Hitler et autres légendes et théories fumeuses sur la fuite des hauts dignitaires vers l'Amérique du Sud. Arnaud prolonge ses investigations en Argentine, plus précisément à Bariloche, le Tyrol argentin et lieu de passage de Eichmann ou encore Mengele pour ne citer qu'eux. Bref, rien de bien original dans ce roman.

Il vaut mieux vous rabattre sur des choix plus judicieux : le monumental « Ces garçons qui venaient du Brésil » de Ira Levin, les deux nouvelles fabuleuses de mes deux compères, « Angst » de Artikel Unbekannt-Schweinhund et « Le Berserker » de Lester L. Gore. Ces deux écrits sont efficaces et traitent le sujet avec brio pour beaucoup moins de pages. Question uchronie, on peut citer « Le Maître du Haut Château » de Philip K. Dick et « Fatherland » de Robert Harris. Dommage pour Jérémy Wulc et sa tentative avortée. Sans doute un roman idéal pour un jeune lecteur en pause estivale et qui tombe à l'eau pour un adepte du genre car ça manque cruellement de subtilité.

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Sanctions ! - Talion

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Saluons cette belle initiative de Zone 52 Éditions de relancer (enfin) une collection dédiée au gore en France après Trash. Pour les auteurs de notre catégorie, c'est un parcours du combattant pour publier nos écrits. Le puritanisme ambiant, la langue de bois, les réseaux sociaux, le politiquement (in)correct... autant de murailles à franchir comme « Blue » de Joël Houssin pour que le morbide littéraire survive.

Karnage, donc. Tout un programme à base de soufre, de porn, de vices, de foutre et d'hémoglobine. Et Talion tape fort avec son premier roman gore, même si le renégat est un vieux briscard dans divers domaines, du fanzinat aux fascicules, de préfaces DVDesques aux essais de toutes sortes. C'est aussi un conférencier habile dont le giallo est son thème de prédilection. Ses multiples influences se précisent dans « Sanctions ! » et tissent l'intrigue se déroulant dans une province française.

Un couple d'enseignants, véritables pervers sexuels aux fantasmes particuliers, se venge de certains étudiants récalcitrants à la médiocrité crasse. Aïcha, une jeune musulmane de banlieue, est la première à subir les outrages du professeur dans son sous-sol aménagé pour l'occasion. Rien n'est épargné aux lecteurs : nécrophilie, tortures, sévices, cannibalisme. L'épouse est l'axe central de ce couple perfide, celle qui attire le désir parmi les jeunes désœuvrés dont l'enseignement est un concept vague et inutile. Cette femme, une MILF en puissance, participe aux viols tout en stimulant leurs propres ébats à base de sodomie, scatophilie et autres déviances.

Talion a le talent de mélanger deux univers distincts pour articuler son récit. D'un côté, l'hommage assumé d'une horreur fondatrice en évoquant les œuvres de Bruno Mattéi, Deodato, d'Amato dont certaines scènes tirées de « Blue Holocaust », «Cannibal Holocaust » exacerbent les penchants sexuels du couple. L'aspect contemporain intervient ensuite par le Dark Web, le snuff et les fichiers illégaux que le couple conserve précieusement dans un ordinateur vérolé. D'ailleurs, leurs fantasmes sont filmés, mis en scène et diffusés sur le réseau caché du Net.

L'ambiance devient glauque et poisseuse au fil des chapitres et ça ne s'arrange pas avec le parcours d'un flic endeuillé (dont l'épouse est dépressive) en charge de l'enquête. Le tout engendre un roman percutant avec une vision sociale déprimante. Des jeunes désabusés, une éducation archaïque et dénuée de moyens, une sexualité naissante dépravée par le porno où la femme n'est qu'un objet, un vulgaire orifice à la bouche insatiable.

Roman particulier au traitement efficace et déroutant. Karnage réussit son pari avec ce premier gore dont la sanglante couverture de Will Argunas décrit parfaitement le sujet. Bravo Talion pour ce beau morceau de barbaque, il marquera les esprits durablement.

Notre interview de l'auteur.

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L'impossible définition du mal - Maud Tabachnik

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Tabachnik a le talent (et l'audace) de transposer les crimes de Tchikatilo dans la Russie de Poutine. Le constat est effrayant : attentats tchétchènes, répression, prostitution, corruption administrative, trafic de femmes slaves vers la Turquie, alcoolisme... Braunstein, commissaire adjoint à la Direction des recherches criminelles, a été dégradé et muté en province. Plus précisément à Rostov-sur-le-Don où la criminalité règne et s'étend. La population survit, prise entre la terreur policière et les traditions ancestrales d'une culture avide d'oppression et de totalitarisme. Braunstein comprend vite qu'il devra naviguer en eaux troubles dans cette bureaucratie lourde et pesante pour enquêter. Car des enfants et jeunes femmes disparaissent dans l'anonymat le plus total. Des meurtres sauvages avec un point commun : cadavres dépecés et mutilés. Depuis douze ans, la police traque ce tueur aux mœurs cannibales. Les témoins sont rares et le territoire de chasse immense.

Mais Braunstein et ses collègues ne reculent devant rien, quitte à interroger des suspects en dehors des procédures. Dont l'un deux, protégé par le gouverneur de la région, un certain Tchikatilo, inspecteur des réseaux ferroviaires et ancien professeur de littérature. Les indices sont minces et Braunstein suit son instinct pour confondre cet homme cultivé au regard perçant. Ce roman possède une force descriptive sur l'état de la Russie contemporaine. La décadence distille son venin sur l'autorité, les consciences, le pouvoir politique et la morale collective. Nous prenons part aux souvenirs de Tchikatilo lors la guerre en Tchétchénie et nous comprenons, un peu, la personnalité trouble de ce tueur en série le plus populaire de la Russie.

C'est donc un roman intéressant par son traitement anachronique. Le final ne reprend pas les véritables faits, plutôt une suite logique sous fond de vengeance. Ce qui ne change rien aux atrocités commises par un cerveau malade. L'atmosphère délétère du quotidien de ces hommes donne une saveur particulière à ce livre. Ce n'est pas une simple esquisse des crimes sauvages dans une Russie paysanne. On perçoit l'asservissement des femmes, les hommes pervertis, la traite des blanches, la drogue... dans une immunité établie par des siècles de gouvernance perfide et muette. Et on se demande, en conclusion, qui est le plus criminel ? L'homme ou le système ? Tchikatilo devient la marionnette d'une Russie à bout de souffle, le Golem d'une institution aveugle et sourde. Juste la déviance d'un fascisme déguisé, archaïque et poussiéreux. Qui sera le prochain ?

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Les gros sous - Yves Gibeau

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"Fils de militaire, Yves Gibeau passe une partie de sa jeunesse sous l'uniforme de 1934 à 1939. D'abord enfant de troupe aux Andelys puis à Tulle, puis soldat et, en 1940 prisonnier de guerre, il est rapatrié d'Allemagne en 1941 et gagne ensuite sa vie à l'aide de petits boulots. Il exerce quelques temps le métier de chansonnier, devient par la suite journaliste à Combat puis rédacteur en chef du journal Constellation. Il avait conservé de son expérience sous les drapeaux des convictions résolument pacifistes et une haine tenace de la chose militaire. Dans son ouvrage le plus connu, Allons, z'enfants... , il revient sur son passé d'enfant de troupe en décrivant un milieu caractérisé par la bêtise et la brutalité. Cruciverbiste, il a tenu pendant plusieurs années la rubrique mots croisés du journal l'Express. Il était également un fervent amateur de bicyclette. Un prix littéraire porte son nom, le prix Yves Gibeau qui est décerné par un jury composé de collégiens et lycéens volontaires. Le jury récompense une œuvre littéraire parmi cinq ouvrages d'auteurs contemporains parus en édition de poche. Il réside à partir de 1981 dans le village de Roucy (Aisne). Yves Gibeau est décédé le 14 octobre 1994. Il a tenu à être enterré dans le cimetière de la vieille ville de Craonne qui a été détruite pendant la Première Guerre mondiale."

Irénée Barbreux est le maire des Rampagnes depuis quatre ans. Hélas, la guerre arrive dans ce coin perdu des Ardennes. Les allemands sont à Rethel. Le village doit être rasé le lendemain par les français et un capitaine ordonne l'évacuation pour la matinée. Le maire, attaché à ses terres, refuse de partir en exode vers la Vendée.

Oui mais voilà ! Le père Gobi possède une richesse (à ce qu'il paraît) que lorgne le Machu, un paysan cynique et aigri (déjà à la fin de la Grande Guerre, il s'échinait à creuser dans un champ car les Allemands avaient enfoui un trésor ; se rendant ainsi ridicule aux yeux du village depuis vingt ans) ! Ainsi Barbreux et le Machu proposent au Gobi de partager leur charrette le lendemain ! Le Machu est furieux, venu voir le Gobi la nuit, en constatant que le maire était déjà passé dans l'après-midi ! Et puis le Gobi veut rester chez lui ! Il ne partira pas ! Machu grimace et ronge son frein.

En fin de compte tout le village part sur les routes ! Apparaît au fil des pages le sordide de l'exode ! Non pas les avions, l'artillerie, les soldats... non ! Ce sont les vieilles rancœurs qui surgissent, les jalousies, les mioches qui braillent, les vieilles qui chouinent (les économies cousues dans le gilet)... c'est le racisme envers un Polonais, des clans qui se forment, des accointances... la vanité de l'homme dans toute sa plénitude ! Certains occupent les charrettes des autres, refusant fièrement de l'aide en cas d'alerte... pour ne pas déranger des mères occupées par des enfants hurlants de peur. Malgré le tragique du décor, le ton du récit délivre un certain humour sarcastique, caustique, amer. Après quelques pérégrinations (dont la mort de Gobi durant le voyage), les villageois des Rampagnes reviennent sur leurs terres... mais les Allemands sont là et prennent contrôle des moissons, des vivres et des travaux. Barbreux est seul devant ses responsabilités et la rancune de ses compatriotes qui lui reprochent cette situation. Barbreux perd la foi.

La fin est sordide. Elle démontre la bêtise de la guerre où il n'y a ni vainqueurs ni vaincus... rien qu'une infinie connerie humaine. Yves Gibeau, je le clame haut et fort, c'est l'antichambre de Céline.

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Tokyo Aquarium - Rod Garaway

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Question à cinq mille euros : qui se cachait sous le pseudonyme de Rod Garaway, auteur de huit titres (de 1985 à 1986) dans la série Force KNACK parue aux Éditions Hunter ? Écrivain français responsable de nombreuses sagas littéraires, auteur récurrent chez Fleuve Noir Anticipation ou encore Spécial Police. Toujours pas ? Et si je vous crie : Atomos ! Bingo, il s'agissait bien du célèbre André Caroff décédé en 2009.

 

Ce deuxième opus gratuit est intégré au volume 4 de la série S.O.B de Jack Hild (« L'enfer du Honduras ») et ce fut l'occasion de découvrir cette série d'espionnage méconnue pour ma part. K.N.A.C.K pour reprendre les initiales de mercenaires formant un groupe international de l'anti-terrorisme. K pour Kentucky Jack, N pour Nevada Smith, A pour Arizona Bill, C pour Colorado John et K pour Kansas Philip. Caroff reprend les poncifs du genre : un chef très intelligent surnommé Joker qui contrôle tout depuis son bureau au Pentagone, des crimes, des attentats géo-politiques, des sociétés secrètes œuvrant dans le monde entier, un tueur solitaire... L'intrigue se déroule au Japon et les Knacmen combattent le groupuscule « Le Pouce d'Or » dont les membres sont signalés par des numéros en fonction de leur importance dans les rangs de l'organisation.

 

Les principaux responsables viennent de pays différents : Turquie, Liban, Russie... et Caroff parvient à tisser un scénario complexe digne d'un James Bond testostéroné. Malheureusement, l'action est assez mineure et on ne sait pas grand chose sur les motivations et spécificités propres des protagonistes de la Force Knack. Contrairement à la série S.O.B, ça manque de dynamisme, de cul et de combats rapprochés sanglants. Mais je n'ai pas le recul pour assumer mon point de vue, n'ayant pas lu les sept autres romans. Le résumé nous annonce « 5 agents américains s'acharnent à rayer le terrorisme de la carte du monde » et je doute des moyens pour nous faire croire à la chose. Je prends pour exemple une poupée et une fusée, des armes/ jouets utilisés pour tuer les belliqueux. Ça prête un peu à sourire. On aura compris que ce n'est pas la meilleure production de Caroff. Cette force KNACK ne parvient pas à émoustiller nos sens les plus vils.

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Un scandale en Bohême - Conan Doyle

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Pour Holmes, Irène Adler est la femme. Il n'éprouve pas un sentiment d'amour envers elle (son esprit est trop froid et lucide) mais Irène Adler l'impressionne. Elle laissa néanmoins "un souvenir douteux et discuté" selon Watson.

Un soir de mars 1888, Watson arpente Baker Street et rend visite à Holmes, ses fenêtres étant éclairées. Holmes lui tend un billet. Un gentleman se présentera dans la soirée pour une affaire de la plus haute importance. L'homme sera masqué !

Il se désigne avec un fort accent allemand. C'est un gentilhomme de Bohême, messager d'une auguste personne. Évidemment Holmes devine aussitôt la supercherie et dévoile l'identité de l'homme en face de lui : il s'agit de Wilhelm Gottsreich Sigismond von Ormstein, grand-duc de Cassel-Falstein, roi héréditaire de Bohême !

Irène Adler, une aventurière, lui fait du chantage. Une photographie du prince héritier jeune en sa compagnie est compromettante car le grand-duc doit se marier dans trois jours. Le cliché est introuvable malgré plusieurs tentatives de cambriolage par des hommes de main dans la maison d'Adler. Holmes est chargé de récupérer la photographie. Holmes se grime en valet d'écurie pour surveiller la villa d'Irène Adler et de trouver un stratagème pour retrouver le document. Il suit la femme en compagnie d'un homme et Holmes arrive à l'église Sainte-Monique. La situation devient absurde et cocasse : Holmes est désigné comme témoin du mariage soudain d'Adler avec Godfrey Norton !

Sherlock Holmes, par le biais d'un faux incendie, sait enfin où se trouve la photographie. Hélas il se fait berner par la magnifique Irène Adler qui a quitté l'Angleterre à l'aube. Elle laisse un mot au détective avec une image d'elle en robe du soir. Holmes garde la photographie et refuse la bague donnée comme remerciement par le Roi lui-même !

Titre original : A SCANDAL IN BOHEMIA. Parution en 1891.

Nouvelle dont l'intrigue fait irrésistiblement penser à "La lettre volée" d'Edgar Allan Poe. Holmes utilise différents déguisements pour parvenir à ses fins : valet d'écurie pris de boisson, clergyman non conformiste "aussi aimable que simplet" et en homme blessé.

 

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Trilogie noire en Picardie - Philippe Randa

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Philippe Randa, né en 1960, est le fils de Peter Randa, illustre auteur de littérature populaire. Philippe Randa publiera son premier roman SF à 19 ans et deviendra un des piliers des éditions Fleuve Noir après la mort de son père. Très prolifique, il écrira des romans policiers, historiques, espionnage, politique-fiction, nouvelles et romans régionalistes. Cette trilogie noire en Picardie reprend trois romans parus en feuilleton dans le Courrier Picard dans les années 90 et deux d'entre-eux n'avaient jamais été publiés en livre, hormis "À mort que veux-tu dans la Somme !" paru en 1985 sous le titre "À mort que veux-tu !" dans la collection Spécial Police chez Fleuve Noir.

Triple meurtre à Beauvais débute par les meurtres d'un financier et de ses deux secrétaires particuliers, Abel Vergoz et Carl Wermer. Yann Darénec et Nicolas Gauthier, deux journalistes du Courrier Picard, assistent l'inspecteur Crasnowitchy dans cette enquête. Intrigue financière et historique car le nœud du suspense se déroule dans le Château du Belvédère où le Comte Bompard a caché un fabuleux trésor après la seconde guerre mondiale. Roman court et nerveux. On peut regretter une absence de mise en place lente et progressive mais ce polar à énigmes se lit aisément et la découverte du trésor rend une atmosphère surannée à la Gaston Leroux.

Par contre À mort que veux-tu dans la Somme ! ressemble plus à un bon polar de style hard-boiled et ses durs-à-cuire. Jérôme, un jeune chômeur, renverse durant une nuit pluvieuse un homme qui est lui-même poursuivi par des truands. Jérôme glisse le corps dans son coffre et s'en débarrasse dans un fossé au bord de la route. Rentré chez lui, il s'aperçoit qu'il a oublié de jeter l'attaché-case du cadavre. Celui-ci contient un sac de diamants et bientôt les truands sont à ses trousses et Jérôme se réfugie dans une communauté d'artistes marginaux et adeptes du pétard au cannabis. L'intrigue écrite au passé simple et au présent pour le narrateur rappelle le style incisif des premiers romans de Thierry Jonquet.

Avec À tombeaux ouverts à Auneuil, nous tombons dans le grand art, une maîtrise à la Raymond Chandler par le cynisme et le caractère persuasif de Bastien Jaurlet, le frère d'un caïd issu d'une lignée paternelle de truands. Le ton est vif comme un polar de J.H Chase, peu de descriptions mais des dialogues qui rythment l'intrigue aux règlements de compte nombreux et sanglants.

Je ne peux que vous conseiller de découvrir cet auteur grâce à cette trilogie qui a le mérite de présenter trois styles noirs différents et agréables à lire. Si je croise ses Spécial Police ou sa série d'espionnage "Skal", je me laisserai tenter sans l'once d'un doute.

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Des cliques et des cloaques - Jim Thompson

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Parmi tous les films policiers sombres et désespérés, j'ai toujours eu une forte estime pour Série noire, film d'Alain Corneau sorti en 1979. Patrick Dewaere interprète Franck Poupart, un minable représentant de commerce, sans doute le rôle le plus proche de son funeste destin pour le caractère fatal de ce merveilleux acteur. Un talent magistral au service d'un scénario simple et implacable.

 

Intrigue adaptée du roman A Hell of a Woman  de Jim Thompson paru en 1954 et édité dans sa version française en 1968. Franck « Dolly » Dillon est garçon de courses et tente de vendre des babioles du Bazar à Sans sous en faisant du porte-à-porte avec sa mallette à échantillons. Par des petites arnaques et factures trafiquées, il prélève quelques dollars pour survivre dans un quotidien misérable. Sa femme Joyce (Jeanne dans le film avec Myriam Boyer) est une feignasse qui délaisse le ménage et la bouffe. « Dans la cuisine, l'évier est plein d'assiettes sales ; des casseroles gluantes encombrent la cuisinière. Apparemment, Joyce vient de finir de dîner ; et, bien entendu, elle a laissé le beurre dehors, et tout le reste. De sorte que, à présent, les cafards sont en train de s'offrir un petit gueuleton. Un vrai paradis pour les cancrelats, notre doux foyer. Ils croûtent diablement plus et mieux que moi, en tout cas. »

 

Les journées de Franck se déroulent dans une triste monotonie jusqu'à ce qu'il rencontre la douce Mona (jouée par la regrettée Marie Trintignant dans le film), prostituée par sa vieille tante qui ne recule devant rien pour avoir des cadeaux gratuits des camelots pervers : ménagère, manteaux... Dillon s'aperçoit vite, lors d'une visite, que la vioque a un bon magot planqué dans sa baraque, malgré l'aspect clochardisé qu'elle présente aux visiteurs. Franck prépare un coup avec Mona (dont il s'est épris) pour s'emparer des cent mille dollars en faisant accuser un loquedu de sa connaissance : Peter Hendrickson (Tikidès dans Série noire). Mais, malgré ses efforts, Dillon est empreint d'une malchance qui le colle depuis l'enfance (comme il le décrit dans son journal intime sous le pseudo de Knarf Nollid avec ce sous-titre savoureux Les aventures véridiques d'un homme en proie à la poisse et aux mauvaises femmes).

 

Vite repéré par sa femme et son patron Staples (Staplin dans le film et joué par Bernard Blier), Dillon entre dans un sanglant engrenage de crimes en série. Touchant par sa maladresse et son bon cœur, il reste un criminel à part dans les romans de Thompson. Moins violente que d'autres récits, c'est une histoire où sourdent les remords, atmosphère sordide magnifiée dans le long métrage avec sa banlieue dégueulasse à mourir. La lente décomposition d'un homme à qui rien de bon ne peut arriver malgré sa volonté à conjurer le mauvais sort. Qui est gagnant au final ? Personne. « … je me revois travaillant et faisant tous mes efforts pour devenir quelque chose ou quelqu'un. Mais, aussi loin que remontent mes souvenirs, on m'en a toujours fait baver. »

 

Hommage spécial à Patrick Dewaere (1947-1982) qui manque cruellement au cinéma français. 35 ans, c'est trop jeune. Putain de merde.

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Le vertige et Le ciel de la Kolyma - Evguénia Sémionovna Guinzbourg

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Evguénia Guinzbourg (1906-1977) est arrêtée en 1937 pour le crime imaginaire de "terrorisme trotskyste" et condamnée à dix ans de travaux forcés dans les terribles camps de la Kolyma, au nord-est de la Sibérie. Réhabilitée après la mort de Staline, elle rédige ses mémoires qui vont se répandre dans le pays par la voie clandestine du samizdat. Le Vertige ou Chronique des temps du culte de la personnalité débute par un coup de téléphone à l'aube le 1er décembre 1934. On lui ordonne un rendez-vous à six heures du matin au Comité régional, bureau 381...

C'est dans « Le vertige » que, durant deux ans, se succèdent les convocations, injures, manipulations, harcèlements, carte du Parti retirée puis un jour survient l'arrestation ! Direction les sous-sols du N.K.V.D, sinistrement surnommés "le souterrain du Lac Noir". Pour Evguénia commencent les brimades, les tortures psychologiques et physiologiques. Dans sa cellule elle fait la connaissance de Liama qui l'initie aux règles de survie, les codes de la prison, la fraternité des incarcérés. Au bout de quelques mois arrive le procès. Sinistre farce récitée et achevée en sept minutes ! Sentence : dix ans de détention en isolement complet. Mais ce n'est pas la mort ! Ce qui fait dire à Evguénia : "Les travaux forcés ! Quelle bénédiction" ; citation de Pasternak.

Transfert à Korovniki, prison de Laroslav. Deux ans de cellule d'isolement où les détenues vivent comme des enterrées vivantes. Acheminement des femmes dans un convoi à bestiaux. Sur les cloisons des wagons sont marqués "OUTILLAGE SPÉCIAL" ! Direction le camp de transit de Vladivostok. Puis c'est la traversée dantesque dans les cales du Djourma vers Kolyma. Trois années se sont déjà écoulées. Evguénia reprend des forces à "l'hôpital pour déportés de Magadan" dans le secteur féminin dirigé par la doctoresse Klimenko...

Concernant « Le ciel de la Kolyma », nous retrouvons Evguénia en juin 1940 à Elguen, grand camp de la Kolyma, situé loin à l'intérieur des terres. Elle officie comme infirmière dans un "combinat" très spécial : celui des enfants nés de femmes déportées. Ils sont regroupés en trois catégories : "nourrissons", "sevrés" et "débrouillés". Malgré des soins rudimentaires et une nourriture quotidienne, les décès sont nombreux. Scènes émouvantes de nourrissons mourants, fatigués par la maladie et seuls. Beaucoup ne parlent pas à quatre ans passés, n'ont aucun contact avec leurs mères ou avec l'extérieur.

Un document fort, intense, émouvant sur l'enfer des purges staliniennes envers les intellectuelles du Parti. Sur des réquisitoires accablants inventés de toute pièce, nous suivons le témoignage d'Evguénia, paragraphes enrichis de notes de l'éditeur en fin de volume sur les principaux protagonistes politiques, artistes, poètes, dissidents de cette époque trouble de la Russie.Témoignage bouleversant car Evguénia énonce des faits vécus sans intention polémique.

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Extinctions - Catherine Robert

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"Tandis qu'il s'activait, pelotait ses seins, ahanait comme une bête, elle imaginait sa mort, le goût de son sang, le bruit de son squelette se brisant sous ses dents. Il prit son temps, savourant la chair chaude. Parfois, il lui parlait de Dieu, de sa mission, et à chacune de ses élucubrations, elle sentait un regain dans son excitation".
 
LA FAIM DU MONDE
Une cité encerclée par la maladie. Des créatures de cauchemar qui rôdent dans la campagne. Des personnages aux abois, luttant pour leur survie. Mais dans un monde où le foie compte plus que la foi, la vie a-t-elle encore un sens ?
 
GRETA
Une prison dans le désert. Un lieu hors du monde et inhumain. Greta a accepté d’y travailler. Pour son malheur. Car après avoir craqué, elle passe du côté des détenus. Et son calvaire ne fait que commencer.
 
Après Thanatéros, publié en mars 2018 dans la même collection, Catherine Robert livre deux nouveaux romans d’horreur saisissants. Le premier, La faim du monde, est un inédit qui devrait combler les amateurs de la série Apocalypse, jadis publiée chez Média 1000. Quant au second, il s’agit de la réédition revue et augmentée de Greta, initialement publié en 2015 chez TRASH Éditions. Entre Post-Apo déviant et dystopie carcérale, l’avenir selon Catherine Robert s’annonce sombre et sauvage. Vous voilà prévenus.

 

Il ne faut plus dire « cauchemardesque » et privilégier « Robertesque » désormais... tant la plume de cette autrice est trempée dans le marigot de nos pensées et actes les plus ignobles. Avec Catherine, c'est toujours s'enfoncer dans des aventures extrêmes et risquer de se noyer dans la folie et l'innommable.

 

Un véritable bonheur de découvrir deux romans dont le fameux « Greta » paru chez Trash, édition revue et augmentée, afin de pousser nos phobies aux frontières de la soumission. Le premier opus « La faim du monde » reprend le mythe éculé des morts-vivants après une catastrophe post-apo. L'originalité de cette intrigue est principalement axée sur la galerie des personnages et une mystérieuse forteresse digne de « Malevil ». Toutes les perversités y sont dévoilées sans une once de pudeur : viols, barbarie, domination, cannibalisme, pédophilie, esclavage sexuel, religion sectaire...

 

C'est un cadre cohérent et macabre où les destins s'entrecroisent dans un univers morbide et fatal. Catherine Robert explore les facettes sombres de l'humanité comme jamais et démontre que les penchants pernicieux ne sont pas nécessairement orientés vers les misérables créatures mangeuses de chair humaine. L'homme est capable du pire dans l'adversité, l'instinct de survie et l'emprise. Cet aspect dominateur est exacerbé dans « Greta » dont ma chronique de l'époque est mise en lien à la fin de cet article ainsi que notre interview de Catherine, autrice incontournable du catalogue de Rivière Blanche. De par son style et son imagination fiévreuse.

 

Notre chronique de "Greta".

 

Notre interwiew de Catherine Robert.

 

Lien d'achat chez Rivière Blanche.

 

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