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Près de l'os

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Dans sa préface, Artikel Unbekannt rappelle la difficulté à écrire une micronouvelle. Comme il l'énonce si justement, « plus le format du texte est resserré, moins il pardonne ». En effet, tenir une intrigue complète en deux pages signifie que l'auteur doit être pragmatique sans occulter la fantaisie qui l'anime. Trois écrivains de renom sont selon moi les maîtres en la matière : Richard Matheson, Fredric Brown et le trop méconnu Marcel Béalu. Brown m'a subjugué par l'efficacité incroyable dont souvent un seul mot encensait la conclusion et faussait la première idée du lecteur. Le concept de la short-story est donc mis en avant dans ce recueil grâce à onze auteurs et trente-deux courts récits poncés jusqu'à l'os.

 

Henri Bé, cofondateur de l'Écritoire des Ombres et nouvelliste accompli, navigue dans les eaux troubles de l'inconscient teinté de surnaturel comme Marc Agapit. Ses personnages se battent contre un reflet, bourreaux tourmentés de l'Inquisition ou simples terreurs nocturnes d'un enfant. Destins tragiques où l'homme lutte contre lui-même.

 

Changement de ton avec Catherine Robert, la créatrice de Greta chez Trash, deux romans et quatre anthologies chez Rivière Blanche et d'autres récits dans Violences et Malpertuis. Autant dire que cette femme évolue dans l'horreur depuis des années avec aisance. Les méfaits de Catherine sont durs, effroyables et fatalistes. À l'image de cet homme violé et pourchassé par une bande et des chiens hargneux. Ou encore par cette scène de cul sauvage qui se termine mal. Et c'est sans compter la phobie d'un homme dont la moindre sortie le terrorise. Textes intimistes où nous entrons dans l'esprit torturé du personnage central. Un peu à la manière d'un Robert Bloch au meilleur de sa forme !

 

Ah qu'il est délicieux de poursuivre avec mon ami Serge Rollet (dont je partage l'incongruité du téléphone portable). Homme bon, généreux, cultivé. Son écriture est rare à mon plus grand regret. Ses œuvres sont toujours fouillées, soignées et de grande qualité. Auteur de deux mémorables recueils dans la collection Noire de Rivière Blanche, le bougre se fait attendre pour sortir le prochain ouvrage malgré nos larmes, pleurs déchirants et baise de pieds. Mystérieux tueur agissant durant une canicule, phobie des chats, vision d'un échiquier par les protagonistes en place, évaluation d'une planète inexplorée et la capture d'un singulier cobaye. Trois récits très différents et qui prouvent que l'imagination de Serge est infinie.

 

Ky', la reine du Cosplay et adepte de Stephen King, est une jeune femme charmante et adorable. Mais ne vous fiez jamais à sa frimousse innocente. Son âme sombre prend parfois le dessus dans d'autres publications. Conte d'Alice revisité sauce slasher, automutilation, dîner aux chandelles qui vire au cauchemar. Ky' est une mante religieuse et sa prose nous fait craindre le pire à chaque fois.

 

Steve Martins (alias Tak du collectif ZLLT) est également un auteur régulier dans diverses anthologies. Il tâte différents univers en fonction de ses inspirations morbides. Personnages troubles dans un corps étranger, ambiance à la Seven avec ce « gros porc » qu'on force à bouffer, aire d'autoroute plongée sous un soleil post-apocalyptique. Steve est un fan de Stephen King depuis toujours et ça se sent dans son troisième récit. Et, qui sait, Gilles Thomas est sans doute dans les parages !

 

Jean-Marc Lofficier, le grand patron de Rivière Blanche, nous fait l'honneur d'intégrer ce présent recueil avec deux textes « aussi ramassés qu'épouvantables »  selon Artikel. Les deux histoires sont puissantes et d'une grande force évocatrice en peu de lignes. Famille monstrueuse et schizophrénie sont au programme. Comme si Bernie Wrightson croisait Gudule.

 

Les familiers de Rivière Blanche, des artistes Fous Associés ou encore Malpertuis connaissent Marie Latour et ses textes tourmentés. Robots et race éteinte, homme confondu avec un zombie, suppliciée et bourreau. Récits au vocabulaire riche et parfaitement ordonné. Style enrichi au service d'une intrigue presque romanesque dans l'effroi.

 

Cancereugène est un auteur aux multiples facettes. Il apparaît dans de nombreuses publications, anthologies, fanzines, revues avec des histoires inclassables tant les domaines explorés sont diversifiés. Relation sodomite très gore, joies de la plage et du farniente dans un monde éteint, fantôme contemplant son propre accident... récits de haute volée assurément.

 

Malgré son jeune âge, Sarah Buschmann a déjà l'étoffe d'une autrice de la noirceur où l'horreur et la sorcellerie se percutent souvent dans des histoires incisives et angoissantes. Culte du corps parfait, terreur d'un enfant dans un monde mourant, couleurs d'un passé incestueux. Avec Sarah, les tourments de l'enfance sont exacerbés avec minutie.

 

Avec votre serviteur Zaroff, vous découvrirez trois récits qu'un Guy Kermen ne renierait pas. Phobie de la page blanche, affres de la maladie aux relents prémonitoires et la Covid en 2050. Sur ce coup, je suis fier d'avoir été visionnaire. Mon variant Omicron ne devait être qu'en quinzième position selon l'alphabet grec. Hélas, en ce mois de novembre 2021, ils est déjà parmi nous. Pas encore dans nos régions mais ça ne saurait tarder ! Croisons les doigts pour que nous ne subissions pas le même sort de l'humanité que je décris dans mon récit.

 

Nous arrivons à la fin de ce recueil avec une dernière autrice que je respecte beaucoup. Aussi discrète que Serge Rollet, cette femme a un énorme potentiel et il me tarde de lire son prochain méfait victorien qui sortira en 2022 selon les dires de certains informateurs bien avisés. Dola Rosselet m'avait marqué avec son recueil « De chair et d'encre » par sa composition remarquable. Avortements illicites dans une France rurale après la Grande Guerre, hommage à la Joconde et extinction des feux. Quelle maîtrise dans ces textes hors du commun. C'est au lecteur de faire son propre travail d'assimilation pour en extraire tout le suc. De quoi conclure ce recueil avec apothéose.

 

Je me suis régalé à la lecture de ce petit livre au contenu puissant. Merveilleuse idée d'Artikel d'avoir donné vie à ces micronouvelles pour le plaisir de chacun. J'espère que cette expérience sera renouvelée une prochaine fois car j'ai eu la jouissance d'y participer, de contempler la créativité de mes partenaires et, enfin, de constater que l'imaginaire francophone est loin de s'éteindre avec les nouvelles générations à venir. Pour terminer, je tiens à dire que trois histoires m'ont bluffé malgré leurs différences de ton et d'approche. « Papa » de Jean-Marc Lofficier, « Corpore sano » de Steve Martins et « Le mardi, à l'infini » de Dola Rosselet. Trio de chœur et de cœur. Merci à tous pour ce beau moment de partage en votre compagnie. J'en garderai un souvenir ému. Artikel, tu as eu le nez fin. Comme toujours...

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Cosmos Cannibale - Jérémie Grima

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À ma connaissance, le gore galactique est inédit. L'horreur SF est bien évidemment présente dans divers domaines (BD, cinéma, littérature d'anticipation pour les principaux) mais le gore SF en tant que tel m'est inconnu. Forcément, Jérémie Grima tape fort en nous offrant un « Massacre à la tronçonneuse » revisité et transposé dans l'espace sidéral. Je me suis régalé à la lecture de ce quatrième opus de Karnage. Par son côté visuel, son dynamisme et son impact scénaristique.

 

Endeuillée, Ellen fait un voyage spatial avec son père, sa sœur handicapée, son frère cadet (accompagné de son encombrante et bandante copine) vers Klendathu, un caillou paradisiaque situé à huit millions d'années-lumière de leur colonie sur Perdide. Le trajet devant durer quatre mois, la famille est plongée en hypersommeil (clin d’œil à E.C Tubb et son personnage culte Earl Dumarest ?). Eddie (Iron Maiden serait-il dans les parages !), l'ordinateur de bord capricieux du vaisseau, les réveille car un S.O.S est lancé d'une station en orbite. Le protocole impose aux navigateurs de se détourner de leur trajectoire pour trouver la balise de détresse et couper son signal après vérifications. L'arrimage à cette station orbitale déserte se passe mal et l'équipage est contraint de pénétrer dans ce lieu abandonné de la galaxie.

 

Sauf qu'une fratrie de dégénérés règne dans ce trou à rats. Imaginez les frères Schootswater (« Blood-Sex » de Nécrorian) munis d'une tronçonneuse infernale façon Evil Dead 3 dont la faim insatiable les condamnent à chasser et traquer de la chair humaine dans les coursives ! Très jouissif de suivre les mésaventures du quintuor dans les méandres de cette station en ruine. Angoissant et glauque, le récit nous tient en haleine à chaque page.

 

Jérémie Grima nous propose sa fameuse recette du fromage de tête et je crains qu'il est préférable de décliner sa prochaine invitation à dîner... à moins d'être Hannibal Lecter en personne pour savourer le délicieux ragoût. Foncez sur ce bon petit bouquin sortant des sentiers battus et rendant hommage en sous-couche aux précurseurs comme Tobe Hooper copulant avec H.R Giger. Le boss de Karnage prouve que le gore ne possède plus de frontières désormais. L'univers entier est assez vaste pour contenir nos déviances. Le cannibalisme SF a enfin une place méritée dans la littérature gore populaire. Dieu que ça nous change la vie et nos perspectives !

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Baby Trap - Patrice Herr Sang

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Un véritable plaisir de retrouver Patrice Herr Sang dans ce troisième méfait de Karnage sorti en juin 2021. Patrice est un ancien du gore et sa galerie des horreurs fait partie des romans indispensables de la collection du Fleuve Noir parmi les auteurs français. « Baby Trap » et son intro qui démarre à fond dans le glauque et le nauséeux avec ce bébé dézingué à la batte de base-ball ! Je peux vous garantir qu'il faut avoir le cœur bien accroché pour terminer le premier chapitre. Bon, il est certain qu'un nourrisson qui braille durant les ébats sexuels d'un couple, ça peut irriter sévère ! On bande mou et la compagne se focalise sur les beuglements du mioche. Un chapitre inclassable dans l'horreur et seul un écrivain émérite comme Patrice peut surprendre le lecteur dans une telle escalade du tabou.

Dès le deuxième chapitre, ma joie fut immense en tombant dans ma zone de confort : un flic du Bronx et ancien des Forces Spéciales dont le quotidien est jonché de cadavres, de braquages violents, de viols, de putes, de crimes crapuleux... tout ce que New York vomit de vices et saloperies urbaines. James Hendrix est un dur et nous le fait savoir. Surtout par son art de l'improvisation, ses réparties tranchantes et ses rapports agressifs envers ses collègues et supérieurs hiérarchiques.

À la façon d'un James Herbert dans sa trilogie des Rats, l'auteur présente des couples à la limite de la rupture. Leur progéniture, pour de petits caprices, en prend pour son grade. Les sévices sont originaux et rendent à l'intrigue une lecture avide et angoissante. Les meurtres d'enfants gonflent les statistiques criminelles, les flics sont sur les dents et rien ne permet aux enquêteurs de dénicher le moindre indice. Sont-ce des tueurs en série, un gang, une secte de l'Église de Satan ? Tout se brouille à merveille.

Par un étrange prospectus, James croit tenir une piste sérieuse et nous offre ainsi un final somptueux qui appelle une suite au livre. C'est dégueulasse ! On nous laisse comme ça, la bite tendue et la salive aux lèvres, dans l'espoir d'une seconde parution rapide. Et on pardonne car l'histoire prend de l'ampleur et on devine que Patrice Herr Sang ne pouvait rédiger une enquête si prenante dans un seul volume. Que va devenir James, empêtré dans une machination infernale ? Vivement la suite, putain... Cette séquence de ball-trap avec des bébés joufflus me laisse admiratif. Du travail d'orfèvre ou je ne m'y connais pas !

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Les loups-garous d'Argentine - Jérémy Wulc

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J'attendais beaucoup de ce premier roman de Jérémy Wulc, déjà pour son titre accrocheur. Lors du décès de son grand-père, un flic du 36 — en attente de passer en commission de discipline après une bavure grave — se charge de débarrasser la maison et de virer les meubles. En fouillant dans le grenier, il découvre un uniforme SS caché derrière une armoire ainsi que des carnets camouflés dans une cache secrète à l'intérieur d'un coffre-fort de marque Burg-Wächter. Arnaud Shimansky ne comprend pas la présence de ces vestiges de l'horreur nazie dans la maison de son aïeul. Surtout que celui-ci était un ancien rescapé des camps de la mort.

Ce roman, pourtant prometteur, ne parvient pas à nous surprendre. Encore moins le lecteur féru d'histoire. On devine assez vite le pourquoi de la chose. De plus, l'auteur dissémine des détails qui font sourire, tel le chien du défunt, un berger allemand (tant qu'à faire !) qui se nomme Bormann ! Comment ne pas penser à Martin Bormann, le conseiller d'Adolf Hitler et futur successeur désigné !!! Dans le doute de notre ignorance, l'auteur poursuit sa logique : lors des funérailles, on y croise des vieux parlant la langue de Goethe. Avouez que ça commence sérieusement à émousser le suspense...

On peut aussi être embêté par les multiples polices d'écriture et les sempiternels messages d'accueil du répondeur d'Arnaud repris plusieurs fois. De toute façon, dès l'évocation du titre, on pense à l'unité Werwolf, le IVème Reich, la survie d'Hitler et autres légendes et théories fumeuses sur la fuite des hauts dignitaires vers l'Amérique du Sud. Arnaud prolonge ses investigations en Argentine, plus précisément à Bariloche, le Tyrol argentin et lieu de passage de Eichmann ou encore Mengele pour ne citer qu'eux. Bref, rien de bien original dans ce roman.

Il vaut mieux vous rabattre sur des choix plus judicieux : le monumental « Ces garçons qui venaient du Brésil » de Ira Levin, les deux nouvelles fabuleuses de mes deux compères, « Angst » de Artikel Unbekannt-Schweinhund et « Le Berserker » de Lester L. Gore. Ces deux écrits sont efficaces et traitent le sujet avec brio pour beaucoup moins de pages. Question uchronie, on peut citer « Le Maître du Haut Château » de Philip K. Dick et « Fatherland » de Robert Harris. Dommage pour Jérémy Wulc et sa tentative avortée. Sans doute un roman idéal pour un jeune lecteur en pause estivale et qui tombe à l'eau pour un adepte du genre car ça manque cruellement de subtilité.

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Sanctions ! - Talion

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Saluons cette belle initiative de Zone 52 Éditions de relancer (enfin) une collection dédiée au gore en France après Trash. Pour les auteurs de notre catégorie, c'est un parcours du combattant pour publier nos écrits. Le puritanisme ambiant, la langue de bois, les réseaux sociaux, le politiquement (in)correct... autant de murailles à franchir comme « Blue » de Joël Houssin pour que le morbide littéraire survive.

Karnage, donc. Tout un programme à base de soufre, de porn, de vices, de foutre et d'hémoglobine. Et Talion tape fort avec son premier roman gore, même si le renégat est un vieux briscard dans divers domaines, du fanzinat aux fascicules, de préfaces DVDesques aux essais de toutes sortes. C'est aussi un conférencier habile dont le giallo est son thème de prédilection. Ses multiples influences se précisent dans « Sanctions ! » et tissent l'intrigue se déroulant dans une province française.

Un couple d'enseignants, véritables pervers sexuels aux fantasmes particuliers, se venge de certains étudiants récalcitrants à la médiocrité crasse. Aïcha, une jeune musulmane de banlieue, est la première à subir les outrages du professeur dans son sous-sol aménagé pour l'occasion. Rien n'est épargné aux lecteurs : nécrophilie, tortures, sévices, cannibalisme. L'épouse est l'axe central de ce couple perfide, celle qui attire le désir parmi les jeunes désœuvrés dont l'enseignement est un concept vague et inutile. Cette femme, une MILF en puissance, participe aux viols tout en stimulant leurs propres ébats à base de sodomie, scatophilie et autres déviances.

Talion a le talent de mélanger deux univers distincts pour articuler son récit. D'un côté, l'hommage assumé d'une horreur fondatrice en évoquant les œuvres de Bruno Mattéi, Deodato, d'Amato dont certaines scènes tirées de « Blue Holocaust », «Cannibal Holocaust » exacerbent les penchants sexuels du couple. L'aspect contemporain intervient ensuite par le Dark Web, le snuff et les fichiers illégaux que le couple conserve précieusement dans un ordinateur vérolé. D'ailleurs, leurs fantasmes sont filmés, mis en scène et diffusés sur le réseau caché du Net.

L'ambiance devient glauque et poisseuse au fil des chapitres et ça ne s'arrange pas avec le parcours d'un flic endeuillé (dont l'épouse est dépressive) en charge de l'enquête. Le tout engendre un roman percutant avec une vision sociale déprimante. Des jeunes désabusés, une éducation archaïque et dénuée de moyens, une sexualité naissante dépravée par le porno où la femme n'est qu'un objet, un vulgaire orifice à la bouche insatiable.

Roman particulier au traitement efficace et déroutant. Karnage réussit son pari avec ce premier gore dont la sanglante couverture de Will Argunas décrit parfaitement le sujet. Bravo Talion pour ce beau morceau de barbaque, il marquera les esprits durablement.

Notre interview de l'auteur.

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L'impossible définition du mal - Maud Tabachnik

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Tabachnik a le talent (et l'audace) de transposer les crimes de Tchikatilo dans la Russie de Poutine. Le constat est effrayant : attentats tchétchènes, répression, prostitution, corruption administrative, trafic de femmes slaves vers la Turquie, alcoolisme... Braunstein, commissaire adjoint à la Direction des recherches criminelles, a été dégradé et muté en province. Plus précisément à Rostov-sur-le-Don où la criminalité règne et s'étend. La population survit, prise entre la terreur policière et les traditions ancestrales d'une culture avide d'oppression et de totalitarisme. Braunstein comprend vite qu'il devra naviguer en eaux troubles dans cette bureaucratie lourde et pesante pour enquêter. Car des enfants et jeunes femmes disparaissent dans l'anonymat le plus total. Des meurtres sauvages avec un point commun : cadavres dépecés et mutilés. Depuis douze ans, la police traque ce tueur aux mœurs cannibales. Les témoins sont rares et le territoire de chasse immense.

Mais Braunstein et ses collègues ne reculent devant rien, quitte à interroger des suspects en dehors des procédures. Dont l'un deux, protégé par le gouverneur de la région, un certain Tchikatilo, inspecteur des réseaux ferroviaires et ancien professeur de littérature. Les indices sont minces et Braunstein suit son instinct pour confondre cet homme cultivé au regard perçant. Ce roman possède une force descriptive sur l'état de la Russie contemporaine. La décadence distille son venin sur l'autorité, les consciences, le pouvoir politique et la morale collective. Nous prenons part aux souvenirs de Tchikatilo lors la guerre en Tchétchénie et nous comprenons, un peu, la personnalité trouble de ce tueur en série le plus populaire de la Russie.

C'est donc un roman intéressant par son traitement anachronique. Le final ne reprend pas les véritables faits, plutôt une suite logique sous fond de vengeance. Ce qui ne change rien aux atrocités commises par un cerveau malade. L'atmosphère délétère du quotidien de ces hommes donne une saveur particulière à ce livre. Ce n'est pas une simple esquisse des crimes sauvages dans une Russie paysanne. On perçoit l'asservissement des femmes, les hommes pervertis, la traite des blanches, la drogue... dans une immunité établie par des siècles de gouvernance perfide et muette. Et on se demande, en conclusion, qui est le plus criminel ? L'homme ou le système ? Tchikatilo devient la marionnette d'une Russie à bout de souffle, le Golem d'une institution aveugle et sourde. Juste la déviance d'un fascisme déguisé, archaïque et poussiéreux. Qui sera le prochain ?

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Les gros sous - Yves Gibeau

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"Fils de militaire, Yves Gibeau passe une partie de sa jeunesse sous l'uniforme de 1934 à 1939. D'abord enfant de troupe aux Andelys puis à Tulle, puis soldat et, en 1940 prisonnier de guerre, il est rapatrié d'Allemagne en 1941 et gagne ensuite sa vie à l'aide de petits boulots. Il exerce quelques temps le métier de chansonnier, devient par la suite journaliste à Combat puis rédacteur en chef du journal Constellation. Il avait conservé de son expérience sous les drapeaux des convictions résolument pacifistes et une haine tenace de la chose militaire. Dans son ouvrage le plus connu, Allons, z'enfants... , il revient sur son passé d'enfant de troupe en décrivant un milieu caractérisé par la bêtise et la brutalité. Cruciverbiste, il a tenu pendant plusieurs années la rubrique mots croisés du journal l'Express. Il était également un fervent amateur de bicyclette. Un prix littéraire porte son nom, le prix Yves Gibeau qui est décerné par un jury composé de collégiens et lycéens volontaires. Le jury récompense une œuvre littéraire parmi cinq ouvrages d'auteurs contemporains parus en édition de poche. Il réside à partir de 1981 dans le village de Roucy (Aisne). Yves Gibeau est décédé le 14 octobre 1994. Il a tenu à être enterré dans le cimetière de la vieille ville de Craonne qui a été détruite pendant la Première Guerre mondiale."

Irénée Barbreux est le maire des Rampagnes depuis quatre ans. Hélas, la guerre arrive dans ce coin perdu des Ardennes. Les allemands sont à Rethel. Le village doit être rasé le lendemain par les français et un capitaine ordonne l'évacuation pour la matinée. Le maire, attaché à ses terres, refuse de partir en exode vers la Vendée.

Oui mais voilà ! Le père Gobi possède une richesse (à ce qu'il paraît) que lorgne le Machu, un paysan cynique et aigri (déjà à la fin de la Grande Guerre, il s'échinait à creuser dans un champ car les Allemands avaient enfoui un trésor ; se rendant ainsi ridicule aux yeux du village depuis vingt ans) ! Ainsi Barbreux et le Machu proposent au Gobi de partager leur charrette le lendemain ! Le Machu est furieux, venu voir le Gobi la nuit, en constatant que le maire était déjà passé dans l'après-midi ! Et puis le Gobi veut rester chez lui ! Il ne partira pas ! Machu grimace et ronge son frein.

En fin de compte tout le village part sur les routes ! Apparaît au fil des pages le sordide de l'exode ! Non pas les avions, l'artillerie, les soldats... non ! Ce sont les vieilles rancœurs qui surgissent, les jalousies, les mioches qui braillent, les vieilles qui chouinent (les économies cousues dans le gilet)... c'est le racisme envers un Polonais, des clans qui se forment, des accointances... la vanité de l'homme dans toute sa plénitude ! Certains occupent les charrettes des autres, refusant fièrement de l'aide en cas d'alerte... pour ne pas déranger des mères occupées par des enfants hurlants de peur. Malgré le tragique du décor, le ton du récit délivre un certain humour sarcastique, caustique, amer. Après quelques pérégrinations (dont la mort de Gobi durant le voyage), les villageois des Rampagnes reviennent sur leurs terres... mais les Allemands sont là et prennent contrôle des moissons, des vivres et des travaux. Barbreux est seul devant ses responsabilités et la rancune de ses compatriotes qui lui reprochent cette situation. Barbreux perd la foi.

La fin est sordide. Elle démontre la bêtise de la guerre où il n'y a ni vainqueurs ni vaincus... rien qu'une infinie connerie humaine. Yves Gibeau, je le clame haut et fort, c'est l'antichambre de Céline.

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Tokyo Aquarium - Rod Garaway

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Question à cinq mille euros : qui se cachait sous le pseudonyme de Rod Garaway, auteur de huit titres (de 1985 à 1986) dans la série Force KNACK parue aux Éditions Hunter ? Écrivain français responsable de nombreuses sagas littéraires, auteur récurrent chez Fleuve Noir Anticipation ou encore Spécial Police. Toujours pas ? Et si je vous crie : Atomos ! Bingo, il s'agissait bien du célèbre André Caroff décédé en 2009.

 

Ce deuxième opus gratuit est intégré au volume 4 de la série S.O.B de Jack Hild (« L'enfer du Honduras ») et ce fut l'occasion de découvrir cette série d'espionnage méconnue pour ma part. K.N.A.C.K pour reprendre les initiales de mercenaires formant un groupe international de l'anti-terrorisme. K pour Kentucky Jack, N pour Nevada Smith, A pour Arizona Bill, C pour Colorado John et K pour Kansas Philip. Caroff reprend les poncifs du genre : un chef très intelligent surnommé Joker qui contrôle tout depuis son bureau au Pentagone, des crimes, des attentats géo-politiques, des sociétés secrètes œuvrant dans le monde entier, un tueur solitaire... L'intrigue se déroule au Japon et les Knacmen combattent le groupuscule « Le Pouce d'Or » dont les membres sont signalés par des numéros en fonction de leur importance dans les rangs de l'organisation.

 

Les principaux responsables viennent de pays différents : Turquie, Liban, Russie... et Caroff parvient à tisser un scénario complexe digne d'un James Bond testostéroné. Malheureusement, l'action est assez mineure et on ne sait pas grand chose sur les motivations et spécificités propres des protagonistes de la Force Knack. Contrairement à la série S.O.B, ça manque de dynamisme, de cul et de combats rapprochés sanglants. Mais je n'ai pas le recul pour assumer mon point de vue, n'ayant pas lu les sept autres romans. Le résumé nous annonce « 5 agents américains s'acharnent à rayer le terrorisme de la carte du monde » et je doute des moyens pour nous faire croire à la chose. Je prends pour exemple une poupée et une fusée, des armes/ jouets utilisés pour tuer les belliqueux. Ça prête un peu à sourire. On aura compris que ce n'est pas la meilleure production de Caroff. Cette force KNACK ne parvient pas à émoustiller nos sens les plus vils.

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Un scandale en Bohême - Conan Doyle

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Pour Holmes, Irène Adler est la femme. Il n'éprouve pas un sentiment d'amour envers elle (son esprit est trop froid et lucide) mais Irène Adler l'impressionne. Elle laissa néanmoins "un souvenir douteux et discuté" selon Watson.

Un soir de mars 1888, Watson arpente Baker Street et rend visite à Holmes, ses fenêtres étant éclairées. Holmes lui tend un billet. Un gentleman se présentera dans la soirée pour une affaire de la plus haute importance. L'homme sera masqué !

Il se désigne avec un fort accent allemand. C'est un gentilhomme de Bohême, messager d'une auguste personne. Évidemment Holmes devine aussitôt la supercherie et dévoile l'identité de l'homme en face de lui : il s'agit de Wilhelm Gottsreich Sigismond von Ormstein, grand-duc de Cassel-Falstein, roi héréditaire de Bohême !

Irène Adler, une aventurière, lui fait du chantage. Une photographie du prince héritier jeune en sa compagnie est compromettante car le grand-duc doit se marier dans trois jours. Le cliché est introuvable malgré plusieurs tentatives de cambriolage par des hommes de main dans la maison d'Adler. Holmes est chargé de récupérer la photographie. Holmes se grime en valet d'écurie pour surveiller la villa d'Irène Adler et de trouver un stratagème pour retrouver le document. Il suit la femme en compagnie d'un homme et Holmes arrive à l'église Sainte-Monique. La situation devient absurde et cocasse : Holmes est désigné comme témoin du mariage soudain d'Adler avec Godfrey Norton !

Sherlock Holmes, par le biais d'un faux incendie, sait enfin où se trouve la photographie. Hélas il se fait berner par la magnifique Irène Adler qui a quitté l'Angleterre à l'aube. Elle laisse un mot au détective avec une image d'elle en robe du soir. Holmes garde la photographie et refuse la bague donnée comme remerciement par le Roi lui-même !

Titre original : A SCANDAL IN BOHEMIA. Parution en 1891.

Nouvelle dont l'intrigue fait irrésistiblement penser à "La lettre volée" d'Edgar Allan Poe. Holmes utilise différents déguisements pour parvenir à ses fins : valet d'écurie pris de boisson, clergyman non conformiste "aussi aimable que simplet" et en homme blessé.

 

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Trilogie noire en Picardie - Philippe Randa

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Philippe Randa, né en 1960, est le fils de Peter Randa, illustre auteur de littérature populaire. Philippe Randa publiera son premier roman SF à 19 ans et deviendra un des piliers des éditions Fleuve Noir après la mort de son père. Très prolifique, il écrira des romans policiers, historiques, espionnage, politique-fiction, nouvelles et romans régionalistes. Cette trilogie noire en Picardie reprend trois romans parus en feuilleton dans le Courrier Picard dans les années 90 et deux d'entre-eux n'avaient jamais été publiés en livre, hormis "À mort que veux-tu dans la Somme !" paru en 1985 sous le titre "À mort que veux-tu !" dans la collection Spécial Police chez Fleuve Noir.

Triple meurtre à Beauvais débute par les meurtres d'un financier et de ses deux secrétaires particuliers, Abel Vergoz et Carl Wermer. Yann Darénec et Nicolas Gauthier, deux journalistes du Courrier Picard, assistent l'inspecteur Crasnowitchy dans cette enquête. Intrigue financière et historique car le nœud du suspense se déroule dans le Château du Belvédère où le Comte Bompard a caché un fabuleux trésor après la seconde guerre mondiale. Roman court et nerveux. On peut regretter une absence de mise en place lente et progressive mais ce polar à énigmes se lit aisément et la découverte du trésor rend une atmosphère surannée à la Gaston Leroux.

Par contre À mort que veux-tu dans la Somme ! ressemble plus à un bon polar de style hard-boiled et ses durs-à-cuire. Jérôme, un jeune chômeur, renverse durant une nuit pluvieuse un homme qui est lui-même poursuivi par des truands. Jérôme glisse le corps dans son coffre et s'en débarrasse dans un fossé au bord de la route. Rentré chez lui, il s'aperçoit qu'il a oublié de jeter l'attaché-case du cadavre. Celui-ci contient un sac de diamants et bientôt les truands sont à ses trousses et Jérôme se réfugie dans une communauté d'artistes marginaux et adeptes du pétard au cannabis. L'intrigue écrite au passé simple et au présent pour le narrateur rappelle le style incisif des premiers romans de Thierry Jonquet.

Avec À tombeaux ouverts à Auneuil, nous tombons dans le grand art, une maîtrise à la Raymond Chandler par le cynisme et le caractère persuasif de Bastien Jaurlet, le frère d'un caïd issu d'une lignée paternelle de truands. Le ton est vif comme un polar de J.H Chase, peu de descriptions mais des dialogues qui rythment l'intrigue aux règlements de compte nombreux et sanglants.

Je ne peux que vous conseiller de découvrir cet auteur grâce à cette trilogie qui a le mérite de présenter trois styles noirs différents et agréables à lire. Si je croise ses Spécial Police ou sa série d'espionnage "Skal", je me laisserai tenter sans l'once d'un doute.

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