Le voleur d'icebergs - Serge Brussolo

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Un Brussolo mineur dans le thème SF, qui mêle le fantastique, le space-op et le post-apo. Bourré d'invraisemblances, on se demande si l'auteur a relu son tapuscrit avant de le donner à l'éditeur (Daniel redevenant David lors d'un chapitre est un des exemples). Daniel Sangford, pilote d'un paquebot intergalactique qui erre de planètes en mondes perdus à la recherche de trésors à refourguer sur Terre. Mais ce ne sont que des combines à la petite semaine et Daniel sombre presque dans la folie et la parano lors de ses quêtes inutiles.

 

Son vaisseau chargé de minerai énergétique dans les soutes, Daniel a embarqué des pierres ressemblant à de la matière aurifère. Il se dit qu'il pourra tromper certains receleurs. Il s'aperçoit vite que ce sont des roches contenant des animaux fossilisés et déshydratés. Reprenant vie avec l'humidité, des monstres sortent des œufs de pierre et ravagent le navire. Daniel parvient à les éliminer en asséchant l'atmosphère. Mais les dégâts sont nombreux et le pilote est obligé d'atterrir sur un astéroïde pour effectuer des réparations. Le planétoïde se nomme AMH 435, énorme boule liquide dont la surface glacée lui permet de se poser. Toujours obnubilé par les richesses à dénicher, il parcourt l'étendue translucide à bord d'un traîneau. Il découvre un vaisseau ancien, Tobor-VI, dont les occupants momifiés par le froid ont laissé un carnet de bord. On y évoque un trésor et une malédiction. Qu'importe ! Daniel fouille durant des mois aux abords de la nef sans rien trouver. Abattu, il rentre sur Terre et est licencié par les armateurs qui l'employaient. Par inadvertance, il a rapporté des glaçons en forme de joyaux. Sauf qu'ils ne fondent pas ! Même sous la chaleur. Il tente d'en vendre certains en petites quantités. Ces diamants possèdent une valeur inestimable et Daniel devient riche. Lui seul connaît la supercherie et il va vite se rendre compte que ces gemmes d'une autre planète sont maléfiques. Ils ont la capacité de changer la structure de notre atmosphère pour l'adapter à leur milieu d'origine. Et trois fléaux vont s'abattre sur Terre : froid polaire, transparence et liquéfaction.

 

Cette seconde partie bascule dans un post-apo assez jouissif dans les descriptions d'un monde qui meurt peu à peu. Et personne n'écoute ce pauvre pilote qui semble détenir une vérité folle. Ce n'est pas un Brussolo exceptionnel, malgré tout c'est un bon roman se lisant vite et on retrouve les délires brussoliens, cette immense imagination qui font de l'auteur un incontournable de la littérature d'anticipation française.

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Noir et rouge, vu par Steve Martins

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"Dur, dur, de passer après les magnifiques chro' déjà reçues par Noir et rouge. Car je me rends compte qu'il y a en effet beaucoup à dire sur ce recueil sans savoir en même temps par quel bout commencer. Il y a déjà cette plume, élégante, racée et tout à la fois crue et viscérale. L'art de nous trouer le bide, tout en enveloppant le verbe d'un voile poétique et mortifère. Tout en respectant les codes littéraires, l'auteur se joue des règles, déforme le sens des mots en employant d'infinis et troubles jeux de miroirs à travers desquels il aime à égarer un lecteur de plus en plus incertain ; macabre labyrinthe duquel on ne ressort jamais indemne.

 

Car au-delà de ce style fascinant, ne cessant jamais de se réinventer lui-même au cours des pages et des lignes, il y a aussi cette dualité. Dualité entre le noir et le rouge, dualité entre deux faces d'un même marionnettiste ; Artikel se cachant derrière le masque du Chien-Porc et vice-versa. Qui tient la plume, qui souffle les images ? Le réel se dissout peu à peu dans le spectre du fantasme, jusqu'à ne plus laisser qu'une brume opaque et poisseuse de laquelle s'échappent des fantômes d'images volées à notre inconscient – puissantes, saisissantes, laissant au lecteur de nombreuses pistes d'interprétations. C'est d'ailleurs l'une des grandes forces des textes réunis ici : ne jamais avancer une vérité unique sur le pourquoi du comment, mais plutôt laisser des portes ouvertes où chacun pourra se faire sa propre idée. Tout en y apportant du sens. Je ne disséquerai pas chaque texte l'un après l'autre, mais donnerai simplement un avis général sur chacune des 4 parties composant ce recueil :

 

Slices of Death : Je connaissais déjà certains de ces textes, mais les retrouver réunis ici au sein d'autres inédits leur donne une force supplémentaire. Je ne connais pas grand-chose aux giallos (hormis quelques Dario Argento visionnés il y a de lointaines années), mais j'ai retrouvé dans certains de ces textes une récurrence des figures typiques de ces films. Des tueurs masqués aux femmes vénéneuses, jusqu'au fardeau de ces obsessions conduisant inéluctablement à la mort ou à la folie, chaque protagoniste possède ici sa part d'ombres. Assumée ou pas. Et toujours ce mélange baroque et stylisé entre fantasme et réel, où l'un ne cesse d'empiéter sur le territoire de l'autre, jusqu'à perdre complètement pied. Et toujours en distillant ci et là des pistes d'interprétations ou de sens caché, se révélant pleinement après une nouvelle lecture.

 

Les ambiances sont réussies, lourdes, pernicieuses ou parfois complètement hallucinées et j'ai adoré me perdre dans ces dédales (comme dans "Rouge", où l'on suit pas à pas la dégradation d'un esprit vers la folie... avant de nous rendre compte peut-être qu'"autre chose" est à l'œuvre derrière : un grand moment, au crescendo insidieux parfaitement maîtrisé !). Mention spéciale à Retour aux Sources également, qui m'a rappelé quelques motifs Lovecraftiens, tout en étant marqué du sceau propre de son auteur. Joli tour de force !

 

Pulp is not Dead : Tout en appréciant la plume à sa juste valeur, j'ai moins été pris dans cette partie, non pas à cause des textes qui la composent (d'excellente facture), mais plutôt de mon manque de culture dans ces domaines, qui m'ont empêché de saisir toutes les allusions et références. Et vu que ces textes-là sont ultra-référencés, je suis forcément passé à côté de plein de choses…

 

J'ai quand même pris plaisir à lire ces textes, à la prose toujours maîtrisée et dont certains, malgré leur caractère nébuleux à mes yeux, m'ont tout de même complètement pris dans leurs filets. Comme l'excellent Le Masque et La Marque, dont les images et faux-semblant, doubles maléfiques et autres figures maudites m'ont rappelé une certaine veine du cinéma d'épouvante des années 70, aussi bien que des thrillers sulfureux et obsessionnels de Brian de Palma (Body Double et Pulsions, notamment, dont beaucoup de thématiques rejoignent certaines traitées ici).
J'ai beaucoup aimé aussi La Tension de la Stratégie. Bien que ne connaissant rien à l'univers Hexagon Comics, j'ai trouvé que la tension omniprésente, justement, apportait au récit un délicieux sentiment d'urgence (ainsi qu'un joli relief). Et aussi un petit arrière-goût d'aventures et de mystères "surannés", qui m'ont étrangement rappelé les réjouissantes aventures de Sibilla, parues elles aussi sur Rivière Blanche -- peut-être le cadre italien 70's y joue-t-il un rôle, allez savoir. J'ai adoré aussi redécouvrir Aliénation, qui revisite aussi à sa façon un classique du SF Horrifique, tout en lui apportant sa petite touche perso. Du beau boulot donc, mais dont une petite part m'est apparue un brin hermétique, cependant...

 

No Future : Trois des meilleurs textes de ce recueil, chacun avec sa touche perso, allant de l'uchronie revisitée au post-apo' nihiliste. Mes préférences iront néanmoins à Japon, Année Zéro, plongeon trouble dans les retombées des bombes – dont les particules influeront sur le parcours de chacun des trois personnages – à la façon d'un "récit-choral" poisseux où les destins des uns et des autres s'entrecroisent au sein d'une toile ténébreuse, sur fond de conflits et d'horreurs banalisées. La plume est juste, les personnages malades de l'intérieur, mais l'on ne peut s'empêcher de les suivre dans leur descente en enfer, curieux de savoir comment cela se terminera. Mais chez Artikel comme chez son alter-ego, l'issue est rarement heureuse, le "happy-end" toujours hors de portée. Réalité déviante peut-être, mais la fatalité et l’inéluctabilité des choses reste une constante. Ce qui a le mérite de ne pas nous faire miroiter des vains mirages : on reste ici ancrés dans la tourbe de notre monde déliquescent, pour le pire comme pour le pire encore.

 

Mon autre "coup de cœur" sur cette partie s'est porté sur le post-apo' sauvage (dans son propos sur notre nature profonde) et sans concession de "Caïn et la Belle". Histoire d'amour, histoire de mort. La notre, celle de notre propre espèce comme celle de notre supposée foi. On ne pourrait y voir qu'un récit de fin du monde... mais ce ne serait pas lire entre les lignes et faire mine de se cacher les yeux en contemplant le monstre/guerrier stupide nous lorgnant de l'autre côté du miroir. Si c'est la fin du dernier homme, cela fait déjà bien longtemps que l'Humanité, elle, est morte... Un sacré uppercut que ce récit, que j'ai dû (re)lire à plusieurs reprises pour m'imprégner totalement du propos et de la force d'évocation. Magistral !

 

White Trash : Probablement l'une des parties les plus denses et fournies de ce recueil, ainsi que celui comportant les textes les plus viscéraux. J'en connaissais déjà certains (que j'ai tout autant adoré redécouvrir dans ces conditions), mais une grande partie m'était également inconnue. Il y aurait tant à dire en fait sur chacun d'eux (même les plus courts) que j'y passerais des heures, simplement pour rendre compte de tout ce qu'ils suscité en moi ; en bien, en mal, ou plus certainement quelque part entre les deux, là où le noir et le rouge se diluent naturellement l'un dans l'autre.

 

Ceux que j'ai préféré, toutefois, sont peut-être ceux où le style de la Bête se fait le plus cru et dépouillé, où le rythme se saccade et tressaute sur lui-même, comme des suites de mantras ou d'incantation explorant les zones d'ombres au-delà de l'insondable humain. Et si j'ai parfois été révulsé par certains d'entre eux, j'y ai toujours retrouvé une résonance et un fond de vérité qui fait sens avec le reste. Et toujours ces savoureux jeux de mots et d'assonances, de ruptures de ton ou de rythme permettant aux lignes suivantes de rebondir, encore et encore. Litanies sans fin du désespoir ou de la folie humaine, de l'horreur du quotidien comme des fausses doctrines nous empoisonnant le cerveau.

 

Et parfois se glisse, au détour d'un mollard craché à la gueule du politiquement correct ou des institutions, une note malicieuse et fort à propos (comme pour nous rappeler que le Schweinhund peut aussi se gausser des insanités qu'il décrit de façon si précise). Là, en guise d'exemple me vient ce savoureux passage dans Lowenacht : "un homme-loup efflanqué au sourire vitriolé, animal-totem ministre du culte, suppo de satin toujours prêt à s'introduire tel un péché capiteux dans le fondement des culs-bénits-oui-oui." À déguster sans modération.

 

J'ai adoré en apprendre plus également, dans certains de ces textes, ce qui anime réellement l'aberration bicéphale à l'origine de ces lignes. Ses préoccupations, ses modèles, ses artistes de prédilection : découvrir un peu l'envers du décor, en somme. Je pourrais bien encore parler de ce que j'ai adoré dans celui-ci ou abhorré (au bon sens du terme) dans celui-là, mais je finirais par me répéter, sans rendre réellement justice à la plume exigeante, riche et multi-facette de cet auteur protéiforme.

 

Un petit mot, tout de même sur Contre-Nature, qui m'a arraché quelques grimaces de dégoût, tout en trouvant l'angle d'approche du thème et son traitement particulièrement original. Éprouvant. Les frontières entre réalité étouffante et fantasmes dégénérés dans S.O.S m'ont collé le frisson (encore plus en lisant les notes d'auteur sur l'inspiration directe du texte) et j'ai encore une fois "jubilé" au massacre perpétré dans L'Altro Inferno, moins l'expression d'un propos anticlérical de base que le rejet total d'institutions liberticides se cachant derrière le discours "bien-pensant" (et vomitoire) du sacrifice/salut miséricordieux.

 

Quand Schweinhund tord le cou, éviscère ou brise sous son talon, ce n'est que pour mieux souligner la bêtise crasse d'une société engluée dans ses propres contradictions et institutions ; écrans de fumée si bien normés et aseptisés de toute pensée personnelle qu'ils n'en deviennent finalement que des carcasses vides prêtes à laisser éclater toute la haine, la frustration et le mépris de ses enfants-marginaux. Le Chien-Porc se fait alors leur porte-parole et envoie valser les conventions dans un flot libérateur et salvateur de fluides en tous genres, pour notre plus grand bonheur. Qu'il rende hommage à ses modèles ou invoque les démons de notre inconscient, l'auteur trouve toujours le ton juste, en ciselant sa prose de lignes épurées et incisives, comme autant de balafres sur un corps encore tiède. De l'hémoglobine et de la bile, certes, mais toujours doublées d'une haute exigence stylistique, en bon défenseur de la langue (coupée ou non) qu'il est.

 

Bref, je me suis déjà bien assez épanché sur ce recueil, tout en ayant l'impression d'avoir omis l'essentiel. Noir et Rouge est donc une excellente porte d'entrée pour découvrir cet auteur schizophrène et doublement talentueux qu'est l'entité Artikel Unbekannt/Schweinhund. La plupart des textes, toujours justes et précis dans leur expression, comportent également plusieurs niveaux de lecture, dont certains ne se dévoilent qu'après coup (et après relecture). Et c'est aussi là l'un des points que j'ai adoré dans ce recueil : du haut de ses "petites" 200 pages, on ressent pourtant après coup l'impression d'en avoir lu bien plus, tant les récits, denses et parfaitement calibrés, regorgent de détails à peine dévoilés, de non-dits, fausses pistes et double-sens à appréhender. Et ça aussi, mine de rien, reste un point hautement appréciable.

 

Je me contenterai donc de terminer en disant que j'ai passé un excellent moment de lecture, pas toujours facile, mais qui sait se dévoiler à ceux qui sauront y trouver leurs propres trésors personnels. Et personnellement, j'y ai trouvé les miens. Je les garderai enfermés dans un tiroir bien caché, en attendant donc ma prochaine lecture du bonhomme (en espérant qu'elle ne tarde pas trop à arriver... et hop, une petite perche, ni vue ni connue !). Lecture approuvée et validée, donc."

 

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Rage - Richard Bachman

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À partir de 1977, Stephen king a publié sept romans sous le nom d'emprunt de Richard Bachman. La supercherie étant découverte par un journaliste, King admit être cet auteur double en 1985. Comme mon comparse Léonox, je préfère les Bachman aux King. Ce sont souvent des romans secs, sombres, brutaux, perfides, moins obèses (n'est-ce pas Serge ?) où les complexes d'enfance de King jaillissent : rejet des camarades, troubles psychologiques, abandon du père, brimades, vexations, conflits familiaux, déchéance sociale, perte d'un emploi... Utiliser Bachman fut aussi l'occasion d'éditer des romans de jeunesse inédits et de ne pas noyer le marché par un Stephen King trop prolifique ; les éditeurs ne voulant pas vendre plus d'un King par an. Selon la légende, Bachman serait né de la conjonction d'un livre de Richard Stark (l'autre alias maléfique de Donald Westlake) et d'un disque de Bachman-Turner Overdrive. À l'origine, King désirait prendre le pseudonyme de Guy Pillsbury (celui de son grand-père maternel) mais, à cause de fuites, King dut retirer son manuscrit rédigé en 1965 et achevé en 1971 : Getting It Hot.

New American Library sortit ce roman en 1977 avec un autre titre choc et explicite : Rage. Ce livre est un cas à part dans l’œuvre kingienne. Tout d'abord, ce fut le premier roman écrit par King, encore lycéen. Et surtout, c'est le seul bouquin interdit de réédition, suite à divers événements dont l'Amérique nous offre une vision effroyable régulièrement (et ce n'est pas la dernière tuerie à Las Vegas qui nous prouvera le contraire). La fusillade au lycée de Columbine fut la goutte d'eau pour King et il prit cette décision radicale. Vous ne trouverez ce livre qu'en occasion désormais. Pour ma part, je possède trois exemplaires différents.

Ce roman de jeunesse peut devenir un mode opératoire pour des esprits instables, un vecteur potentialisant de violence. Durant une matinée, Charles Decker prend sa classe en otage, après avoir tué deux enseignants. Toute la haine qu'il contient depuis l'enfance éclabousse le récit, par la narration à la première personne. Charlie raconte tout à ses camarades qui éprouvent de la sympathie (pitié ?) pour lui au fil des heures. Un jeu pervers se met en place, telle une thérapie de groupe où chacun s'explore et crache son venin. Deux filles se battent et se giflent tandis que Ted Jones, le mec parfait, devient le loup à abattre. Charlie se joue des flics, du proviseur, du psy du lycée de Placerville par le biais d'un interphone. Ses répliques cinglantes forcent l'admiration des vingt-quatre élèves. L'autorité parentale est remise en cause, on y évoque les tracas de la sexualité naissante ou consommée et Charlie devient le miroir, un puits de vérité. Les valeurs éducatives du système américain sont critiquées et Charles étend son emprise psychique sur le groupe. On le constate surtout lorsqu'une fille sort aux toilettes et revient dans la classe sans avoir eu l'instinct et la volonté de s'enfuir.

Charlie a besoin de reconnaissance. Qui n'a jamais cherché à le comprendre ? Rage est un regard acide sur la recherche de maturité, d'existence et de loyauté. Il faut lire Bachman encore et encore. Même si King l'a fait mourir "d'un cancer du pseudonyme" et lui a rendu hommage dans la préface de La part des ténèbres. On peut supposer qu'un Bachman sortira un jour, manuscrit de jeunesse oublié dans un tiroir (Blaze est un exemple), une caisse, un carton ou un grenier. Notamment Babylon Here (nommé aussi Sword in the Darkness selon d'autres sources), long roman réaliste décrivant une émeute raciale écrit juste après Marche ou crève, de 1968 à 1970. Je dis ça, je dis rien... Stephen ?

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Mémoires d'un compagnon de l'ombre # 3

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Mémoires d’un compagnon de l’ombre 3 : hier et demain.

 

« Hier », parce que si j’ai moi-même eu l’honneur d’intégrer la collection Noire l’année dernière avec mon recueil de nouvelles Noir et rouge, mieux vaut en l’occurrence commencer par le commencement. Et au commencement était un parfait inconnu (qui a jugé opportun de rester par la suite unbekannt, mais c’est une autre histoire). De fait, avant de devenir auteur, j’ai d’abord été lecteur. Et chroniqueur. Ensuite j’ai placé quelques nouvelles. Puis Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier m’ont confié la rédaction de préfaces et/ou d’articles. Enfin, j’ai eu le privilège de développer pour eux des projets, tels l’anthologie Dimension TRASH, Le Dieu sans nom, de Serge Rollet, les deux tomes de Corps et liens, de Kââ/Corsélien, et De chair et d’encre, de Dola Rosselet, à paraître très bientôt... Sans oublier Noir et rouge, puisqu’à l’instar des titres précédents, les éditeurs m’ont non seulement donné le feu vert avec un bel enthousiasme, mais ils m’ont ensuite laissé carte blanche.

 

Six livres en trois ans dans des conditions aussi optimales, ce n’est pas rien. Et ce n’est pas fini. En effet, Jean-Marc et Philippe ont pris au printemps une décision radicale : celle de me nommer co-directeur de la collection Noire. J’aurai ainsi le redoutable privilège de diriger d’autres ouvrages, et j’assumerai cette fonction sous mon véritable nom, comme indiqué sur la page d’accueil du site de l’éditeur. Précisions d’importance : je ne suis pas là pour « trashiser » la « Noire », qui de toute façon ne m’a pas attendu pour proposer des bouquins corsés. De plus, Philippe va continuer à s'occuper de ses auteurs, de même que Jean-Marc, de son côté, va poursuivre Les Compagnons De l'Ombre et autres ouvrages à tendance pulp. La collection sera donc partagée en trois, ce qui devrait me permettre de développer quatre livres par an : ceux prévus pour 2018 sont d’ores et déjà en chantier.

 

J’ai encore du mal à réaliser ce qui m’arrive, mais je suis bien conscient qu’« un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». C’est pourquoi je ne pouvais plus décemment différer cette annonce, même si le fait de parler de ma petite personne me répugne toujours autant. Et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai choisi de commencer par le grand – Rivière Blanche, donc – avant d’en venir au petit – ma récente sortie de l’ombre. D’où, aussi, ma biblio RB détaillée à venir dans un quatrième et dernier billet, de façon à établir une sorte de CV. Parce que si certain-e-s d’entre vous situent peut-être vaguement Artikel Unbekannt, Schweinhund et Léonox, personne (hormis celles et ceux qui ont déjà travaillé avec moi) n’a jamais entendu parler d’« Antoine Dumont » et pour cause.

 

En espérant que ces données vous permettront de mieux comprendre qui je suis, et à quel point l’éditeur d’exception qu’est Rivière Blanche a changé ma vie. Mon objectif est maintenant de lui rendre une petite partie de ce qu’il m’a apporté. Face à un catalogue de 400 titres, où figurent tant de « Grands Anciens » confirmés et de « petits nouveaux » qui souvent deviennent grands, il y a là quelque chose d’assez vertigineux. Mais j’ai toute confiance en les auteurs que j’ai choisis. Eux seront à la hauteur de l’enjeu. Et il est énorme, cet enjeu. Car je pense que Rivière Blanche est ce qui est arrivé de mieux à la littérature populaire française au 21ème siècle. Jean-Marc Lofficier et Philippe Ward en sont à la fois responsables et coupables. Mais surtout, ne me croyez pas sur parole. Lisez les livres qu’ils publient.

 

 

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Trilogie Arnaud Stolognan - François sarkel

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Dans le monde des baroudeurs, on pourrait citer Marko Linge, Indiana Jones, Bob Morane, Will Jaeger et tant d'autres. Mais également le personnage fictif Bob Saint-Clar interprété par notre Belmondo national dans Le Magnifique. Et c'est à lui que j'ai pensé en imaginant les traits d'Arnaud Stolognan, même si François Sarkel le portraitise comme Kevin Costner. Veste en daim, mocassins, cigarillo Dedo de Esclavo aux lèvres, Winchester à la main, Stolognan parcourt le monde au gré des missions qu'on lui propose dans son monastère désaffecté en Lozère où il loge en compagnie de sa vieille mère, mélomane et ancienne lanceuse de couteaux. Et le voilà parti au Pérou, dans la jungle humide et poisseuse, rechercher les débris d'un satellite ou d'un engin expérimental. En parallèle, il doit aussi retrouver le corps d'une cantatrice (et sa mallette de bijoux) dont l'avion s'est crashé. En sauvant une femme lors d'une partie de cartes, il s'enfuit avec Florène Lafouge, une québécoise. Bientôt, ils atterrissent en catastrophe, l'avion criblé de balles par les guérilleros. Et La vallée truquée dispose de nombreux périls : métal polymorphe mimétique qui prend la forme de la végétation, des animaux se font dépecer en tombant sur les feuilles tranchantes. Ils se cachent dans un charnier pour échapper aux combattants qui les pistent. Les entrailles de la jungle s'entrouvrent lors d'un léger séisme. Le duo découvre l'intérieur d'un vaisseau spatial et d'étranges créatures de trois mètres plongées dans un liquide nourricier. Florène leur trouve un nom : les Roughs. Pourchassés, ils fuient au cœur de l'enfer vert où les dangers sont multiples : guérilleros, indiens Campas, extraterrestres, insectes, serpents, flore factice... une intrigue digne d'un Brussolo au mieux de sa forme. Les dialogues savoureux annoncent une complicité entre Arnaud et Florène, aux caractères bien trempés et l'attrait de l'argent anime leur progression dans cette jungle envahissante et dangereuse. Arnaud pense aux extraordinaires propriétés de ce métal (le caméléonium) qu'il pourra monnayer et Florène est obnubilée par les bijoux. Surtout qu'une prime d'un million de dollars est offerte (pour le retour du corps de la diva) par des admirateurs et financée par un multimilliardaire. Arriveront-ils à réussir ces deux missions ? Leur peau ne vaut pas très cher dans ce coin retiré de la forêt péruvienne.

 

Six mois après, avec Les chasseurs de chimères, changement de décor radical. Fini la touffeur de la jungle tropicale. Place au Grand Nord canadien, ses tempêtes de neige, son blizzard et ce froid glacial qui enveloppe les hommes. Un égyptologue et sa nièce débarquent chez Stolognan un soir, poursuivis par des tueurs. Blessé, le vieux professeur raconte une histoire étrange : un homme-oiseau à tête de faucon (tel le Dieu Horus), une agence nommée Teratos qui organise des chasses privées avec des animaux modifiés génétiquement, un laboratoire secret caché dans les steppes canadiennes, mutations humaines. Et voilà Stolognan qui part avec Miquette, la jeune nièce du professeur, au tempérament bien affirmé. Après avoir été capturés par les soldats de Teranos, l'aventurier retrouve une connaissance : Florène Lafouge ! Que fait-elle parmi ces criminels ? Est-elle la complice des scientifiques ? Comme le célèbre docteur Moreau de H.G Wells, les créatures sont immondes et dangereuses... surtout lorsqu'un grizlynx est à vos trousses.

 

Ces deux premiers opus datent de 1995 et, oh surprise, Arnaud Stolognan reprend du service douze ans après, grâce à Rivière Blanche, avec ce mystérieux Destination cauchemar publié en 2007. Le format garde celui d'origine, environ 170 pages pour une quinzaine de chapitres. D'un ton nettement plus brussolien, l'intrigue se déroule en Birmanie où Florène et Arnaud prennent des vacances. Chez un antiquaire local, la belle compagne d'Arnaud se retrouve enfermée dans un coffre dont le bois possède d'étranges propriétés : le latens. Les péripéties seront nombreuses en suivant la piste des sœurs Swanson au cœur de la jungle. L'atmosphère oppressante rappelle celle vécue dans La vallée truquée, mais de dernier opus m'a semblé plus cruel et implacable sur le devenir des deux personnages. Serait-ce la fin de Stolognan ? Je vous laisse découvrir ce livre pour vous faire un avis. François Sarkel est un auteur susceptible de brouiller le lecteur à son aise.

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