10 000 litres d'horreur pure -Thomas Gunzig

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

10 000 litres d'horreur pure -Thomas Gunzig

J'avais deux bonnes raisons d'acheter cet ouvrage, "modeste contribution à une sous-culture", en sus de la magnifique illustration de Blanquet :

- j'avais littéralement apprécie "Kuru" du même auteur

- "petite introduction en guise de justification" en préface... par l'auteur et son amour des années héroïques de la VHS et des slashers

Même le pitch avait titillé ma libido : "Cinq étudiants partent en week-end dans un chalet perdu au bord d'un lac pour se détendre après leurs examens. À la nuit tombée, ils aperçoivent une ombre qui les observe en lisière de la forêt. Le cauchemar va commencer."

L'intrigue se déroule sur 45 chapitres courts et développent les faits et gestes de tous les protagonistes : Ed et Tina, Patrice, JC, Marc, Kathy, Ivana et Laurence. Les personnages sont caricaturés comme il faut, le décor est idéal, les dialogues sont contemporains... bref, tous les codes et références du genre sont maîtrisés. Mais, vous vous doutez bien de mon léger froid, j'ai décroché lorsque l'histoire glisse lentement vers un surréalisme délirant et semi-lovecraftien. Moi je veux lire un survival classique qui tape dedans ! Pas un truc qui sombre dans le burlesque "blob" dégénéré. J'avoue aussi que ce roman pourra plaire à d'autres lecteurs adeptes du genre... mais pas pour moi ! Je préfère, et de très loin, un "Morte saison" de Ketchum. J'ai un grand respect pour Gunzig mais je n'ai pas aimé son livre. Et même les dessins de Blanquet sont en noir et blanc à l'intérieur. Et je vous épargne les nombreuses coquilles qui parsèment le bouquin.

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Hommage à Rivière Blanche

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Hommage à Rivière Blanche

Capitaine courageux : Philippe Ward, le directeur de collection.

Seul maître à bord - avec Jean-Marc Lofficier - naviguant sur les eaux tumultueuses de la Rivière Blanche, Philippe Ward est un cas à part dans le petit monde du Fantastique et de la Science-Fiction française. La genèse de cette maison d’édition indépendante est à elle seule intrigante : Rivière Blanche est en fait une émanation de Black Coat Press, entité américaine proposant des romans de Fantastique et de Science-Fiction français… traduits en anglais ! Malgré quelques points communs entre les deux catalogues (Les compagnons de l’ombre devenant Tales of the shadowmen outre-Atlantique), les deux structures sont cependant dotées d’identités bien distinctes. Si Black Coat Press se consacre surtout à la période fin 19ème/début 20ème, Rivière Blanche, fondée il y a tout juste dix ans, s’inscrit en revanche dans la tradition des prestigieuses collections « Anticipation » et « Angoisse », toutes deux issues de l’âge d’or du Fleuve Noir, sans pour autant miser sur des rééditions systématiques, loin s’en faut…

Philippe Ward, en tant que directeur que collection, tient en effet à proposer un maximum de textes inédits. S’il est le garant d’un certain esprit populaire et nostalgique indéniablement lié aux références évoquées plus haut, il a cependant la volonté, et c’est tout à son honneur, de donner leur chance à de jeunes auteurs prometteurs, sans oublier d’aller rechercher de loin en loin quelques grands anciens qui rêvent et dorment par-delà le mur du sommeil… C’est ainsi que la ligne « Blanche » (Anticipation/SF) fait se côtoyer harmonieusement Alain Blondelon, Eric Boissau et Simon Sanahujas, tout en convoquant la « vieille garde » du Fleuve Noir, incarnée entre autres par P.-J. Hérault et Max-André Rayjean. À l’identique, la série « Noire » (Angoisse/Fantastique) a offert une seconde jeunesse aux classiques de Kurt Steiner, André Caroff et Dominique Rocher, tout en révélant le mystérieux Pierre-Alexis Orloff et l’horrible Christophe Siébert (dont le tétanisant Nuit noire mérite bien vos nuits blanches…).

On le voit, l’éventail est large, et s’est étoffé jusqu’à atteindre des chiffres éloquents : 121 ouvrages sont parus dans la « Blanche », et 67 dans la « Noire ». Seule ombre au tableau, le peu de visibilité de la Rivière Blanche, prix de sa farouche indépendance, la pénalise quelque peu, même si les choses évoluent dans le bon sens… J’en veux pour preuve la belle initiative des éditions Critic, qui ont lancé une collection sobrement intitulée… « Les trésors de la Rivière Blanche », dont le but est d’offrir une vraie distribution à certains titres du catalogue, le tout dans des versions revues, corrigées et augmentées. Le premier volume paru, Les étoiles s’en balancent, de Laurent Whale, fut ainsi suivi de l’uchronie Le dernier des francs, de Michel Pagel, puis, début 2014, de l’intégrale des Alone, le cycle Post-Apo de Thomas Geha.

Grâce à ses deux collections principales, mais aussi aux labels « Dimension » et « Baskerville », Rivière Blanche est parvenu à s’imposer comme une signature de référence. Dans une judicieuse alternance de recueils de nouvelles et de romans, d’auteurs « Grands Anciens » confirmés et de « petits nouveaux » qui souvent deviennent grands, l’éditeur a réussi à développer un univers unique, à la fois nostalgique et inventif. Alors, rétro-futuriste, Rivière Blanche ? Une chose est sûre en tout cas : je suis convaincu que Rivière Blanche est ce qui est arrivé de mieux à la littérature populaire française au 21ème siècle. Et que le directeur de la collection en est pleinement responsable et coupable. Mais surtout, ne me croyez pas sur parole. Lisez leurs livres.

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Désert des spectres - David H. Keller

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Désert des spectres - David H. Keller

On voit tout de suite que c'est un bouquin des années cinquante. Paru à l'origine chez Angoisse (numéro 5), l'écriture rappelle un bon vieux Franju versus Godzilla. On y retrouve le thème récurrent de cette époque : les mutations scientifiques. Je peux vous dévoiler les créatures de l'intrigue car l'illustration est explicite : les guêpes géantes.

Le scénario n'est pas mal ; un entomologiste se fait enfermer dans un pénitencier situé dans le cratère d'un volcan éteint. Tous les ans, à une date fixe, mille criminels sont envoyés à Rose Crater. Que deviennent-ils ? Suite à la demande du chef de la Pègre (dont la fille est incarcérée à Rose Crater), l'entomologiste accepte la mission, principalement par curiosité suite à la vue de certains clichés photographiques scientifiquement impossibles. Il se fait arrêter volontairement pour comprendre et voir ce qui se passe dans cet univers clos et non contrôlé par les autorités.

Ça se lit bien mais je n'en garderai pas un souvenir impérissable. Cette histoire remaniée par un Brussolo serait terrible !

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La mort noire - Christian Vilà

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La mort noire - Christian Vilà

C'est une lente progression dans l'univers d'une drogue révolutionnaire. Après ingestion de mystérieuses pilules noires, le drogué devient l'âme du Mal. Folies sexuelles, mutilations, cannibalisme... rien n'est épargné aux lecteurs.

Mais je fus déçu par un style trop neutre et distancé. Autant MurderProd (même auteur chez TRASH ÉDITIONS) est d'une violence inouïe, autant ce vieux GORE ne m'a pas emballé. Pour les essaims grouillants de la Mort Noire, je préfère de loin un Miasmes de mort de Gilles Santini (chez Poche Revolver Fantastique) avec des effets plus percutants. Mais j'avoue aussi que je suis mauvais juge car les GORE teintés de surnaturel ne sont pas forcément ma tasse de thé. Et vu que je connais l'auteur de réputation, je sais qu'il a fait beaucoup mieux et qu'il continuera encore à nous enchanter.

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La saga de Mme Atomos # chapitre 6

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La saga de Mme Atomos # chapitre 6

La femme scorpion : La saga de Mme Atomos, chapitre 6.

Quinze romans. Quinze déclarations de guerre totale. Quinze fois des centaines de morts. Quinze visions d’une Amérique dévastée, un genou à terre. Mais quinze échecs cinglants pour Mme Atomos. Or l’ennemie jurée des États-Unis a beau disposer d’importantes ressources, tant financières que technologiques, elle n’en reste pas moins humaine. En effet, l’objectif d’André Caroff n’a jamais été de transformer Mme Atomos en mutante futuriste ou en amazone extraterrestre. Et si la série a pu perdurer aussi longtemps, c’est non seulement parce qu’elle a su conserver la petite touche de réalisme qui l’ancrait dans le contexte sociopolitique de son époque, mais aussi parce qu’elle présentait des personnages faillibles.

C’est ainsi que dans Mme Atomos jette un froid, Kanoto Yoshimuta ne se contente pas de concevoir un fusil réfrigérant qui a le don de transformer ses victimes en poupées de glace cassantes comme du verre, mais elle assure ses arrières en obtenant le soutien de militants afro-centristes extrémistes. Selon le bon vieux principe du « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », ce partenariat privilégié a pour objectif avoué la création d’une nouvelle nation réservée aux Noirs et nommée New Africa, qui serait fondée dans le Sud des États-Unis !

Grâce à la hardiesse et la réactivité de Smith Beffort et Yosho Akamatsu, ce projet démentiel échouera comme les précédents. Mais leur malfaisante adversaire conserve toujours une longueur d’avance, ainsi que le prouve le dernier roman officiel de la série, Mme Atomos cherche la petite bête. Grâce à un nouveau modèle de cerveau-moteur miniature, qu’il est désormais possible d’introduire par simple projection, une véritable panique va se répandre comme une trainée de poudre sur le Wyoming. Car il n’est plus tant question de contrôle que de meurtres de masse. Et les meurtres en question n’étant pas ici commis par des hommes, ils s’avèrent d’autant plus imprévisibles…

Après la fin d’ « Angoisse », un ultime roman put paraître dans la collection « Anticipation » en raison du caractère hybride de la saga. Et c’est tout naturellement qu’il figure, sous le titre Les sphères de Mme Atomos, au sein de l'intégrale Rivière Blanche. Les mêmes personnages y sont cette fois confrontés à des petites soucoupes volantes dissimulant des inducteurs de pensée, tandis que Mme Atomos a décidé de semer la terreur et la violence de façon pyramidale en s’attaquant au sommet de l’état. Se posant ainsi en spectatrice, elle entend bien faire prendre aux députés le même genre de décision qui a réduit Hiroshima et Nagasaki en cendres. À cette différence près qu’en l’occurrence les victimes seront américaines…

Une conclusion en apothéose, qui permet à l’auteur d’apporter la touche finale à ce portrait de femme tout en contrastes. Car comment ne pas succomber au charme envoûtant de la dame lorsqu’elle demande avec candeur à son âme damnée Isadori : « Tu ne trouves pas que j’ai un peu grossi » ? Comment ne pas être touché par cette femme qualifiée de folle par Smith Beffort, lorsqu’elle lui rappelle l’abomination du double bombardement qui a changé sa vie et celle de son peuple, ponctuant son terrible réquisitoire d’un implacable « Où sont les fous » ? Deux extrêmes qui reflètent toute la richesse et l’ambiguïté d’un personnage dont André Caroff a su faire la figure de proue d’une forme de littérature populaire n’excluant pas certain sous-texte politique. Voilà pourquoi Mme Atomos est éternelle. Parce que son « v » est à la fois celui de la volupté, de la victoire et de la vengeance. Et parce que les fous sont partout.

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L'encre et le sang - Thilliez et Scalese

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

L'encre et le sang - Thilliez et Scalese

Longue nouvelle de 118 pages d'un duo d'auteurs confirmés évoluant dans le thriller : Thilliez et Scalese. Ce récit baigne clairement dans le fantastique urbain. Un homme se rend à Hong-Kong pour se venger. Il s'est fait dépouiller d'un tapuscrit par son éditrice au profit de son amant (au physique plus vendeur). Le thriller nommé Bloody Sea atteint les meilleures ventes mondiales. William Sagnier pénètre dans la luxueuse villa de Jack Malcombe (l'écrivain usurpateur) pour le tuer. Il se fait refouler par des gardes et redescend dans les quartiers malfamés de la mégapole.

Au détour d'une ruelle, il est attiré par un magasin envahi de livres. Et surtout d'un objet que lui propose la vieille vendeuse : une machine à écrire. Cet engin maléfique a un pouvoir immense car il peut changer le destin en fonction de ce qui est tapé sur la feuille blanche. William teste la machine en créant une catastrophe. Mais le Mal a le revers de la médaille...

En peu de pages, les auteurs parviennent à transcrire un récit hallucinant, vif et sanglant. Le format court rend honneur à l'intrigue et à l'atmosphère poisseuse des bas-fonds de Hong-Kong. C'est un petit bouquin (vendu moins de trois euros) que je vous encourage à découvrir.

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La place du mort - Christophe Siébert

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La place du mort - Christophe Siébert

Christophe Siébert, « prolétaire de la littérature depuis 2007 », présente La place du mort, son dernier livre, paru en mai dernier chez l’excellent éditeur Camion Noir, comme « une série Z existentielle ». Mais c’est aussi un roman noir. Et un sacré morceau de roman noir. Brutal, féroce, radical, impétueux, tout en étant rempli jusqu’à la gueule d’une infinie tendresse et d’une vraie compassion. Car « compassion » signifie « souffrir avec ». Or c’est vraiment de ça qu’il s’agit ici. La place du mort, c’est l’histoire d’une fuite en avant, et dès le prologue on sait que l’issue sera fatale.

Alors on souffre avec Blandine à mesure qu’on découvre son passé fracassé. Et on souffre encore plus quand on réalise que son présent est empreint d’une beauté si fragile qu’il ne peut offrir aucune perspective d’avenir. Oui, j’ai bien écrit « beauté fragile », tandis que certains ne verront là que violence extrême, pornographie déviante et nihilisme martelé. Comme si ces trois notions devaient nécessairement exclure la beauté. Comme si un portrait de femme devait nécessairement être peint en rose pastel. Comme si le féminisme avait pu s’imposer sans jamais s’être fait… violence.

Voilà pourquoi Blandine n’hésite pas à se servir de son corps comme d’une arme. C’est elle qui mène la danse, et qui impose son « Sex, drugs and Electronic Body Music ». Car elle écoute Front 242, et les amateurs – dont je suis – apprécieront la totale cohérence de ce choix. Les mots de Christophe Siébert, coupants et précis comme des rasoirs, épousent à merveille les BPM millimétrés et les samples crypto-politiques du quatuor belge. Et si cette formule énergique et froide constitue la bande-son idéale d’une odyssée tragique aux allures de danse macabre, c’est justement parce qu’elle trouve un personnage capable de faire corps avec elle. À musique « virile », femme forte.

« Les vrais durs ne dansent pas », écrivait Norman Mailer. Et pourtant Blandine danse. Et elle joue. Avec le feu, évidemment. Elle se brûle le bout des seins avec des cigarettes pour mieux se sentir vivante. Elle aime Sammy, qui s’est fait ramasser par les flics. Sammy qui comme elle en a vu – et senti – de dures. Elle ferait n’importe quoi pour le libérer. Vraiment n’importe quoi. Alors elle recontacte son frère, aventurier, ami et… amant. Leurs retrouvailles seront pour eux l’occasion de franchir toutes les limites. Au diable codes sociaux et autres normes morales. Au diable les artifices, et vive le feu. La liberté a un prix, et Blandine est prête à le payer comptant.

La place du mort, c’est ce qui pourrait ressortir d’une collision entre La balade sauvage, de Terrence Malick, et le documentaire consacré aux Sex Pistols L’obscénité et la fureur. Comme si Christophe Siébert avait réussi à organiser une impossible rencontre entre Virginie Despentes et le regretté Jean-Patrick Manchette. Comme s’il ne s’était pas contenté de prendre une part – active, forcément – à leur conversation, mais les avait accompagnés jusqu’au bout de la nuit dans une ultime virée furieuse.

Alors, engagé ou dégagé, La place du mort ? Les deux, mon capitaine. Et enragé, surtout. Enragé sans relâche, sans pitié et sans remords. Enragé comme l’était le terrible brûlot de Pierre Pelot, Le sourire des crabes (sorti en 1977, ça ne s’invente pas), à la trame assez similaire, auquel ce roman frénétique donne un écho strident pour mieux enfoncer le clou dans les paumes du lecteur crucifié. On vous a dit que les derniers Punks étaient morts ? On vous a menti. Il reste Christophe Siébert.

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Lovita (Police des moeurs n°146) - Pierre Lucas

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Lovita (Police des moeurs n°146) - Pierre Lucas

J'ai tellement croisé ces livres vendus par masse dans les bouquineries que je me suis enfin décidé à en lire un, histoire de ne pas mourir idiot. Ce bouquin fut pioché dans la bibliothèque de mon père (eh oui les amis, les chiens ne font pas des chats...). Vu la couverture, on se doute qu'il ne s'agit pas de la biographie de Sainte Thérèse de Lisieux ! Police des Mœurs est une collection d'une centaine d'ouvrages écrits par de nombreux pseudonymes. Je m'attendais donc à une histoire bancale avec du fion, du fion et un peu de cul. Eh ben, je fus agréablement surpris ! L'équipe des Affaires Spéciales traque un tueur en série qui zigouille des hauts fonctionnaires à la scie égoïne. Lovita est une jeune femme prenant des cours de comédie et de théâtre. Son lien avec le tueur est qu'elle a couché avec toutes les victimes.

La révélation de l'identité du criminel est largement tirée par les poils pubiens mais on lit les 200 pages aisément car le style est prenant, bien construit et toutes les pistes sont exploitées avec logique et discernement. J'ai donc passé un bon moment de lecture durant deux jours. Je ne sais pas si tous les bouquins de cette collection valent le détour mais celui-ci m'a convaincu. Je retenterai l'expérience un de ces quatre.

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