Seven - Anthony Bruno

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Seven - Anthony Bruno

Tout le monde a déjà vu SEVEN au cinoche. Mais qui a lu le livre ? Hein, qui ? Cessez de regarder le sol, bande de crevards, vous ne méritez pas ce blog. On pourrait penser que c’est une vulgaire novellisation du film rédigée par un laideron franciscain terré dans une cave. Faux ! C’est un excellent bouquin de 250 pages qui se dévore en deux ou trois soirées.

On y retrouve le vieux Somerset, flic aguerri et désespéré de tant de violences quotidiennes et son remplaçant, l’impétueux et fougueux David Mills. Alors que le film met surtout l’accent sur les crimes odieux perpétrés par le tueur en série John Doe, le bouquin est surtout axé sur les relations troubles, colériques et négatives entre ces deux flics que tout oppose. Et le machiavélique Doe sait que Mills est le maillon faible du duo. Le chiffre 7 est aussi le noyau central de l’intrigue : les sept péchés capitaux, les sept derniers jours de Somerset qui a décidé de prendre sa retraite.

Je ne vais pas résumer ce livre car vous connaissez sans doute le scénario, mais lisez ce bouquin pour le côté psychologique ressenti par les flics de terrain qui croupissent dans le sordide urbain. Le style de l’auteur est fluide, le vocabulaire est ciselé et les effets sanglants sont disséminés avec parcimonie. Ce bouquin prouve aussi qu’on peut écrire un thriller dérangeant sans tomber dans le sanguinolent à chaque ligne. C’est l’atmosphère qui prime. Et les tueurs en série fascineront toujours les foules. Seuls les imbéciles pensent le contraire. Un bouquin marquant et un véritable bonheur de lecture.

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Bloodfist par Fantasio

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Bloodfist par Fantasio

Je lis avec le plus grand intérêt les billets de Fantasio depuis des années. Je partage avec cet homme nombre de goûts communs et considère qu'il est l'un des meilleurs chroniqueurs du Web. Sachant qu’il avait acquis nos premiers romans, j'attendais son avis à propos du mien avec impatience et anxiété. Le moins que l’on puisse dire est que je n’ai pas été déçu.

Décidément, Trash Éditions ménage bien des surprises à ses lecteurs ! La qualité est la caractéristique des trois premiers romans de cette toute jeune maison. Après Nécroporno du talentueux Robert Darvel, après l'étonnant et très bon Pestilence de Degüellus voici maintenant un bouquin qui en déroutera plus d'un mais qui se caractérise par une originalité dans l'écriture tout à fait surprenante voire ahurissante.

Nous sommes ici en présence des délires cauchemardesques et tortueux d'un esprit dément. Des monologues inclus dans un récit (volontairement ?) saccadé et déroutant. Une histoire impossible à résumer, à raconter mais qui emmène le lecteur très loin dans la folie sanguinaire d'un personnage énigmatique.

Certes, c'est souvent très gore mais surtout l'auteur : Schweinhund (haha) prends les mots, les expressions, les triture, les malaxe, les mâchouille puis les recrache à la face du lecteur à la façon du zombie d'un Boris Vian halluciné mâtiné de Raymond Devos dont le cerveau aurait trempé dans un bain de LSD pendant quelques décennies. C'est provocateur, choquant, parfois décousu ou abscons mais toujours passionnant. Schweinhund joue avec la langue (sans jeu de mot) d'une manière plus qu'originale. On peut presque parler de roman expérimental.

Bloodfist est un roman que certains pourront trouver trop atypique ou bizarre mais qui justement m'a littéralement envoûté par son non-conformisme et son excentricité. Car nous sommes ici assez loin du gore classique. Un roman troublant que je conseille sans réserve malgré ou à cause de son extravagance et de sa singularité. On peut aussi noter, une fois de plus, la belle et sombre illustration de couverture signée Vitta Van Der Vuulv.

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Écrire des nouvelles fantastiques

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Écrire des nouvelles fantastiques

Ce guide conviendra à l'auteur débutant qui désire écrire des nouvelles fantastiques. Guy Kermen dispense surtout un état d'esprit, des manières à adopter, des astuces en évoquant les principes de base pour prétendre à la publication rapidement sur différents supports : fanzines, micro-édition, auto-publication...

L'amateur y puisera des conseils simples, nécessaires et compréhensibles sans tomber dans la lourdeur de ces nombreux guides rébarbatifs et trop documentés. Règles basiques de mise en page, phénomène de la page blanche, inspiration et critiques, soumissions de récits et comment débuter ?

Guy Kermen parle avec sincérité de sa passion pour l'écriture et espère que le débutant trouvera dans ce guide tout ce qu'il recherche au fond de lui pour se jeter dans le grand bain.

SOMMAIRE :

— Pourquoi ces conseils ? 10 points essentiels
— Pourquoi veux-tu écrire ?
— Écrire quoi ?
— Les influences
— Supports et coins d'écriture
— Comment débuter ? Mise en page
— Soumissions, appels à textes et critiques
— Trouver son style, sa respiration
— S'auto-publier
— Un peu de promo : L'Écritoire des Ombres
— Conclusion

Guide vendu 2.99 euros sur Amazon.

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Le club des petites filles mortes - Gudule

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le club des petites filles mortes - Gudule

Grand-mère, comme vous avez de grandes dents : Le club des petites filles mortes, de Gudule.

Drôle de nom et drôle de titre. Un peu comme si l’ange du bizarre, dans toute sa perverse mansuétude, nous adressait une mise en garde en forme de clin d’œil. Voyez donc, le titre même du recueil est presque la transgression d’un tabou. Vous êtes vaguement mal à l’aise. Mais n’avez-vous pas envie d’en savoir plus ? De succomber à la tentation ? De retrouver l’ambiance des fêtes foraines de votre enfance, ces odeurs de barbe à papa, et ces jolis manèges où tournent des chevaux de bois couleur pastel ? N’aimeriez-vous pas consacrer quelques heures à ces petites filles un peu trop pâles et figées qui vous dévorent déjà les yeux, pardon, DES yeux? Étrange phénomène de première impression - souvent la bonne -, surtout dans le cas d’un livre que l’on n’a pas (encore) lu… Il est vrai que celui-ci est bien particulier.

Le club de petites filles mortes, recueil/cercueil décomposé de huit romans écrits entre 1995 et 1998, est l’œuvre d’une personne connue grâce à ses innombrables livres… pour enfants ! Mieux qu’un pseudonyme, Gudule est en effet l’anagramme de Duguël, Anne de son prénom, auteur belge jadis parrainé par l’inestimable Jean Rollin dans le cadre de la collection « Frayeur » aux éditions Fleuve Noir. Et cette charmante dame aujourd’hui grand-mère de perpétuer la tradition horrifico-fantastique de ses glorieux concitoyens J. Ray, T. Owen, M. de Guelderode et G. Prévot en perpétrant une série de crimes littéraires aussi odieux qu’impunis !

Dancing lolita, par exemple, premier roman de cette série de huit, est une plongée extrêmement malsaine dans un univers futuriste où les jeunes filles ont souvent 70 ans, et où la cure de jouvence qu’elles ont subi a des conséquences sexuelles plutôt ambigües… Dans ce contexte, la petite Mina, victime d’un beau-père abusif, tombera de Charybde en Scylla, de réseau de prostitution en tueuse à gages, de faux amis en vrais ennemis, de petite en grande mort… Très différent du précédent texte, Entre chien et louve n’a pas pour protagoniste principal une petite fille, mais une Africaine déracinée et un chien vraiment pas comme les autres… Là encore cependant, le sexe et la mort sont intimement mêlés, et les thèmes de l’isolement et de la réincarnation s’interpénètrent en un ensemble original et troublant.

Avec Gargouille, retour au monde de l’enfance et à sa consubstantielle cruauté avec un jeu de massacre où le fantastique pur le dispute à l’horreur la plus crue ; quelque part entre le Giallo et le Slasher, pour les cinéphiles, voilà un récit de vengeance aussi inventif que bien construit : à souffre-douleur, souffre-douleur et demi ! La petite fille aux araignées, moins baroque, est tout aussi implacable. Pauvre petite Miquette qui ne peut accepter la mort de sa mère, littéralement vidée de sa substance par un affreux sortilège, et qui, du fond de l’hôpital où on l’a enfermée, pense pouvoir la ressusciter grâce à une purée d’araignées magique…

Place maintenant à un morceau de choix : Mon âme est une porcherie - quel grand titre ! Cette histoire démente d’une petite fille amoureuse d’un cochon (non, ce n’est pas aussi glauque que vous croyez… quoique) traite avant tout d’une superstition… qui dégénère rapidement en psychose. Petite précision : le mot « dégénère » trouve ici son illustration la plus putride. À bon entendeur… Le roman suivant, Petite chanson dans la pénombre, commence on ne peut plus tragiquement : quoi de plus atroce qu’un viol suivi d’un meurtre ? Ce qui pourrait être une fin n’est cependant qu’un début : le spectre de la petite martyre trouvera dans la gentille Zoé le parfait véhicule pour sa vengeance. La fusion des deux personnalités n’aura hélas qu’un temps : les vampires psychiques distinguent aisément dominants et dominés…

La lecture de La baby-sitter est à déconseiller fortement à tous les jeunes parents. Il s’agit là d’un vrai conte de terreur où la fiction contamine peu à peu la réalité, et les enfants n’y sont pas moins exposés parce qu’ils sont des enfants, bien au contraire… Enfin, Repas éternel boucle la boucle, avec une touche « anticipation » tendance cauchemar. Cette société post-apocalyptique ultra policée, avec ses castes et son gourou/dictateur, ressemble à celle du film Soleil vert… en pire. Ah, manger ou être mangé… Qu’on se le dise, le « Sex and horror » n’est pas un genre exclusivement masculin, et cet éprouvant recueil en est la preuve par huit ! À vous maintenant de le vérifier en plongeant grâce à Gudule au plus profond de l’intimité féminine, et que cette expression soit comprise au propre, au sale et au figuré, je gage que vous ne regretterez pas ce « voyage au bout de l’enfance » impitoyable et vertigineux…

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Interview de David Coulon

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Interview de David Coulon

Bonjour David Coulon. Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Alors, j'ai 40 ans pile poil. Je suis psy de formation, mais également metteur en scène. Barbu. Je suis né dans le Var, et j'habite en Normandie. Et je suis pacsé depuis peu, alors ne rêvez pas.

Tu as été remarqué par Franck Thilliez pour le prix VSD du Polar pour ton prochain roman "Le village des ténèbres" qui sortira le 2 avril chez Les Nouveaux Auteurs. As-tu couché avec lui et, si c'est le cas, avons-nous une chance, Léonox et moi, d'offrir nos corps musculeux pour réussir ?

J'étais très impatient de rencontrer Franck Thilliez. D'ailleurs je m'étais vêtu de bleu tout comme lui, à cette occasion. Mais rien n'y a fait. Il avait un train à prendre. J'ai simplement réussi à lui soutirer un ticket de métro. Comme expérience sexuelle, j'ai connu mieux. Donc, rangez vos muscles, les gars. Plus sérieusement, j'ai beaucoup apprécié la rencontre avec Thilliez. Il n'a pas tari d'éloges sur mon manuscrit, et m'a donné plein de conseils pour l'améliorer, gérer le suspens, tout ça. Les échanges à propos de mon manuscrit ont été très fructueux. C'est de surcroit quelqu'un de très sympa, très abordable. Qu'il ait accordé son "coup de coeur" à mon roman me touche beaucoup.

Tu as un style qui rappelle Jonquet ou encore Simenon pour certains aspects atmosphériques. Quelles sont tes influences ?

Voilà des comparaisons qui me ravissent. Ce sont deux auteurs que j'admire. Je suis bien mal placé pour caractériser mon propre style. Je viens du théâtre, donc je pense avoir une écriture "orale" par moment. Mes influences principales sont sans doute liées à mes lectures théâtrales. Je n'aime pas les récits trop linéaires. J'aime les ruptures. J'aime quand ça gueule au-milieu d'une belle phrase. J'aime David Peace, Chuck Palahniuk, et, à un degré moindre car trop inégal à mon goût, Bret Easton Ellis. Oui, un mélange de ces trois-là avec Jonquet, Simenon, et quelques théâtreux un peu barrés du style Rodrigo Garcia.

Quel est ton rythme d'écriture ? As-tu un lieu de prédilection pour écrire ?

Il faudrait que j'ai un rythme d'écriture, mais j'écris à l'instinct. Je peux écrire plusieurs jours, en étant cloitré, pondre 200 pages ainsi, puis passer deux mois sans jeter une ligne. J'ai besoin de marcher, beaucoup, sans but, en ville, en campagne, en bord de mer, en laissant les images et l'histoire venir. Sans rien écrire. Je dois ressembler à un psychotique en errance. Et puis, d'un coup, le besoin se fait sentir, et je ponds des lignes et des lignes. Je n'ai pas de lieu de prédilection. J'ai fini d'écrire et corriger "Dernière fenêtre sur l'aurore", sous une tente, au mois d'août, au milieu des Dolomites !

Es-tu un auteur court ou long ? Tu es plutôt du genre 250 000 signes ou dépassant le million de signes comme Bernard Minier ?

Court. Sans hésitation. Je viens de la nouvelle. J'ai publié des dizaines et des dizaines de nouvelles dans des revues avant de me lancer dans du long. J'écris chaque chapitre, chaque paragraphe, comme une nouvelle. Je suis un sprinter, pas un coureur de fond. Mais "Le Village des Ténèbres" fait dans les 500 000 signes quand même...

Espères-tu vivre de ta plume ou est-ce une simple passion ?

En vivre est un rêve ! Mais la passion fait vivre (c'est beau, hein ! Tu peux noter la citation, Zaroff, pour un prochain Trash).

Hormis Zaroff et Schweinhund, quels sont les auteurs qui animent ton imaginaire ?

Beaucoup... Brussolo est le premier nom qui me vient à l'esprit. Ce mec te fait partir loin, alors que la plupart de ses récits sont improbables voire grand-guignolesques. Et malgré cela, impossible de lâcher le moindre de ses bouquins. Il est fort. Très fort. Pas assez reconnu, à mon goût. Le second nom qui me vient à l'esprit est Stephen King. C'est pas bien original, mais à l'adolescence, j'en ai bouffé et j'adorais ça. En polar, j'aime beaucoup Marcus Malte et Jean-Hugues Oppel. J'aime aussi beaucoup Hafed Benotman qui nous a quitté il y a peu. On l'avait invité, avec un collectif d'artistes, à des lectures à la Fabrique Ephéméride, à Val de Reuil, entre Rouen et Paris. Des jours et des échanges géniaux.,Ce mec était un grand.

Et, parmi les monuments, je dirais :Jonquet, Peace, Palahniuk, Ellis. Qui innovent stylistiquement. Et ça, c'est important. C'est même crucial, à mon goût.

As-tu un domaine précis comme le thriller ou t'autorises-tu tous les genres en fonction de ton inspiration ?

Je m'autorise tout. Le roman noir m'intéresse car il permet d'aborder, même par bribes, même sur une phrase ou deux, même sans avoir l'air d'y toucher, une réalité sociale. Mais je ne sais pas si j'écris du thriller, du noir, ou de la daube. J'écris, c'est tout. Catégoriser et classer, c'est nécessairement réduire. Il y a de la littérature blanche qui pourrait être classée noire, et vice-versa.


Fais-tu un plan précis de ton intrigue ou travailles-tu à l'arrache comme Zaroff ?

Les deux, mon capitaine. En général, je commence avec un plan. Et au bout de quelques jours, je fais tout à l'arrache !


Tu sais que ce blog est aussi consacré à TRASH ÉDITIONS. Que penses-tu de cette collection et quels sont tes ouvrages préférés ?

J'adore cette collection. Je les ai tous. Pas encore tous lus, car j'ai une PAL monumentale, mais je trouve le projet fantastique. Je parlais de Bret Easton Ellis tout à l'heure, et je me demande si, à l'heure actuelle, un texte tel que "American Psycho" pourrait être édité ailleurs que dans une collection telle que TRASH. Mes ouvrages préférés dans la collec ? Joker. Pas que je ne veuille pas répondre, mais je ne les ai pas tous lus. Donc, par honnêteté intellectuelle, je m'abstiens...

Ton remarquable "Dernière fenêtre sur l'aurore" est réédité depuis peu. Est-ce ton initiative ou as-tu été repéré ?

En fait, j'ai envoyé un autre roman à Jérôme Vincent, l'éditeur d'ActuSF. Roman qui ne lui a pas plu (et qui est toujours dans mes tiroirs !). Et il m'a demandé de lui envoyer le polar déjà édité (Dernière fenêtre sur l'aurore) dont je parlais dans ma présentation. Et il a souhaité le rééditer en poche pour sa nouvelle collection, Hélios, dédiée au polar. Ça donne une deuxième vie à ce bouquin, je suis comblé ! D'autant que j'essuie les plâtres de cette nouvelle collection noire. C'est un double plaisir ! Je suis très attaché à ce bouquin que certains trouvent dur, très noir. Pourtant, je ne fais qu'aller au bout de la logique, même inconsciente, des personnages. Et je vois ce que ça donne. La littérature permet ça. Je ne comprends pas que l'on puisse être choqué par un bouquin, et qu'on ne le soit pas dans la vie de tous les jours. La littérature permet de comprendre, d'interroger la violence sociale, la violence humaine. De bousculer le réel. Or, l'on reproche parfois à la littérature d'être trop violente. Et on continue à vivre dans ce monde-là sans rien faire pour le changer. C'est un non-sens.

Que conseilles-tu à un auteur amateur pour se faire publier ?

Ne pas baisser les bras. Jamais. J'ai mis 10 ans pour publier mon premier bouquin. En fait, j'en ai écrit quatre. Trois dormiront ad vitam dans les tiroirs car ils sont mauvais. Mais au début, tu ne le sais pas. Donc : ne jamais baisser les bras. Ensuite : écouter. Même les remarques les plus négatives. Surtout. Et enfin : continuer à écrire contre vents et marées. Il y a une grosse part de chance et de hasard dans la publication, mais il faut savoir provoquer ça. Et être patient. Très.


Nous savons, par le biais d'un indic au FBI, que tu pratiques le théâtre. Cet art de la scène est-il important pour ton écriture, notamment pour tes personnages ?

Oui, incontestablement. Ça me permet de donner corps (au moins dans ma tête) à tous les personnages. Sur scène, tous les persos, même les plus secondaires, doivent avoir une consistance. Dans un bouquin, pareil. Le théâtre m'a appris ça. Et je pense aussi qu'il influence ma façon d'écrire. Le rythme. Les respirations.

Si tu ne devais retenir qu'un livre de chevet, quel serait-il ?

Un seul ? Dur... Peut-être "1984" pour sa clairvoyance. Car ça y est. On y est. Tout le monde devrait le lire. Ce livre décrit notre présent.

Tu es plutôt stylo et carnet ou ordinateur ?

Ordi. J'ai un tout petit notebook qui me suit partout. C'est mon animal de compagnie.


Combien de temps mets-tu pour rédiger un roman ?

C'est très variable. Ça dépend du nombre de réécritures. Mais 6 mois me parait être une bonne moyenne, assez crédible.

Grâce à cette magnifique interview, nous espérons que nos millions de visiteurs te connaîtront mieux. Nous te remercions d'avoir dévoilé un peu de ton intimité et te souhaitons le meilleur pour la suite de ta carrière. Léonox et moi sommes des fervents admirateurs. Nous attendons patiemment la sortie de ton bouquin début avril et il sera chroniqué comme il se doit sur ce blog. Merci à toi et bon vent pour tes futurs écrits.

Merci à vous. Comme vous êtes des fervents admirateurs, peut-être vos corps musculeux pourraient-ils me convenir ?

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Bloodfist vu par David Didelot

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Bloodfist vu par David Didelot

David Didelot, fondateur du remarquable fanzine Vidéotopsie, est un véritable expert de la collection Gore. Fort logiquement, il s’est donc jeté sur les romans TRASH comme un mort de faim. Et il a aimé ce qu’il a lu. Au point de réaliser six chroniques, dont celle-ci, qu’il a intégrées au sommaire de son extraordinaire ouvrage Gore, dissection d’une collection.

Troisième et dernière tranche de cette première livraison Trash, "Bloodfist" pourrait bien déstabiliser l’amateur de barbaque prédécoupée… Le bien nommé Schweinhund n’avait pas non plus pour objectif de servir un roman gore classique et premier degré : « Trash est un laboratoire, un terrain de jeux, où j’essaie de proposer plusieurs niveaux de lecture, en faisant mal à la langue. ». Nous voilà prévenus… A mi-chemin, donc, entre le roman d’horreur populaire – tendance Collection Gore – et le récit plus expérimental (plus « arty » si l’on veut être désagréable…), "Bloodfist" emprunte surtout à l’ambiance glauquissime et à la narration tortueuse des œuvres extrêmes d’un Peter Sotos.

Véritable descente dans les enfers d’une psyché détraquée – dont l’acuité met en lumière la crasse, l’ordure et la bêtise du monde qui l’entoure – "Bloodfist" raconte l’errance psychotique et fantasmatique d’un esprit déglingo, celui de son narrateur adolescent, tueur en série qui s’affronte à une espèce de secte SM et à son mystérieux gourou, « l’homme aux pigeons »… Entre les rêveries mortifères, les étranges rencontres (celle de la mystérieuse L…, créature « corsélienne » dans l’âme !) et les délires sanguinaires de notre « héros », peu de respirations, peu de prises offertes au lecteur qui voudrait se raccrocher aux canons classiques d’un récit plus linéaire… Non, l’intérêt de "Bloodfist" n’est pas dans son « histoire » ou ses rebondissements, non moins que dans ses passages vraiment gore (encore que l’on frissonne quand même à ce fistfucking très « blood » !).

Schweinhund préfère plonger dans l’esprit trouble de son narrateur, avatar punk d’un John Doe ("Seven") ou d’un Rorschach ("Watchmen") lorsqu’il conchie « cet humanisme correctement gluant et contre-nature imposé par les dictatures sociales-démocrates occidentales de la fin du vingtième siècle. » (p. 72). Là, pour le coup, on n’est pas loin d’être d’accord avec notre serial killer ! Véritable feu d’artifice stylistique (parfois un peu « self conscious »…), "Bloodfist" bouscule son lecteur, le bringuebale d’un oxymore à une antithèse, d’un paradoxe à une homonymie, d’une métaphore à une paronomase, explorant constamment le double-fond des mots, leurs signifiés cachés… Schweinhund voulait faire mal à la langue, il lui fait du bien ! Hypnotique et dérangeant, "Bloodfist" est un roman assez rare et original pour mériter plusieurs lectures… Une expérience littéraire unique !

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Glacé - Bernard Minier

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Glacé - Bernard Minier

Thriller imposant de 500 pages se passant dans les Pyrénées. C'est le premier roman de Bernard Minier mettant en scène le commandant Martin Servaz. La découverte d'un cheval décapité à deux mille mètres d'altitude assure un prologue puissant et visuel. Le style de l'auteur est un peu "ampoulé" et poussif par moments. Mais je dois admettre que les intrigues et les rebondissements sont légion et Minier prend le soin de décrire les effets climatiques, les troubles psychologiques de certains personnages.

Usine hydroélectrique, Institut renfermant des psychopathes violents, colonie de vacances désaffectée, montagnes enclavées... l'ambiance est angoissante à souhait. Néanmoins, je regrette que certains personnages ne soient pas plus approfondis. Je pense notamment à la psychologue Diane, l'adjointe Samira ou encore Margot, la fille du commandant. J'ai aimé le caractère atypique de quelques protagonistes : l'homosexualité de Vincent (l'adjoint geek) et de Irène (la gendarmette), la relation trouble et ambiguë avec Charlène (la femme de Vincent), le passé violent de Servaz... On devine que l'univers de Minier ne demande qu'à s'accroître dans les deux autres opus "Le cercle" et "N'éteins pas la lumière". Le plus gros défaut, à mon avis, est la relation entre Diane et Hirtmann, la psychologue contre le tueur en série. Elle n'a pas la puissance de feu d'un Thomas Harris dans "Le silence des agneaux".

Malgré tout, je veux donner une chance à cet auteur (déjà traduit à l'étranger) car ce Servaz mélomane (disciple de Gustav Mahler), lettré, intelligent et possédant des failles morales me semble posséder un potentiel prometteur. La lecture des deux autres volumes me donnera raison... ou pas ! Affaire à suivre.

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Cacesthesis, volume 2

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Cacesthesis, volume 2

Recueil de 12 nouvelles fantastiques. Récits d'horreur, créatures sur une île oubliée, bombe atomique, femme traquée dans la forêt, fin du Monde, anticipation, catacombes, Hitler...

Ce recueil (dernier volume) contentera les lecteurs avides de frissons, de SF, de gore, de polar, de terreur et d'épouvante. L'écrivain amateur désirant progresser pourra, en plus de mon guide consacré à l'écriture de nouvelles fantastiques, trouver de nombreuses sources d'inspiration. Je vous souhaite une agréable lecture et j'attends vos commentaires avec impatience.

Sommaire :

- La corvée (horreur)
- Le chaudron (horreur)
- Marie-les-sorts (horreur)
- La créature de Peddocks Island (horreur)
- Shiva (guerre)
- Une merveilleuse soirée (horreur)
- La berceuse (horreur)
- Le grand bordel (fin du Monde)
- Le facteur (horreur)
- Polaroïds (horreur)
- Kainsmal ou la marque de Caïn (Anticipation)
- Le cimetière des Oubliés (Anticipation)

Recueil vendu 2.99 euros sur Amazon.

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La belle nuit pour un homme mort - Henri Vernes

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La belle nuit pour un homme mort - Henri Vernes

Morituri te salutant : La belle nuit pour un homme mort, d’Henri Vernes.

Il y a les livres qu’on dévore, et ceux qui nous dévorent. Il y a des lectures éclairantes, et d’autres qui éveillent notre « part des ténèbres ». Et il y a les moments précieux entre tous, entre chien et loup, où vous allez tomber au champ d’horreur comme certains tombent amoureux. Oui, parce qu’on ne peut que « tomber » sur un roman comme La belle nuit pour un homme mort, comme on tombe de Charybde en Scylla. On ne peut que tomber des nues en découvrant qu’un ouvrage aussi noir et halluciné a été signé par le créateur de Bob Morane.

Et puis, on ne peut que tomber sous le charme de ces pages pleines d’une rage si frénétique, d’un désespoir si intense, qu’elles conduisirent le grand Léo Malet à dire de ce livre incroyable : « C’est l’un de mes préférés ». Écrit en 1947 et publié en 1949, période charnière à l’odeur de charnier s’il en est, La belle nuit pour un homme mort s’évapora ensuite pendant près de soixante ans avant de finalement reparaître en 2007. Comme si les éditeurs avaient d’un commun accord décidé de préserver leur lectorat d’un contenu aussi offensant.

Mais justement, de quoi parle-t-il, ce fameux roman, enfin ? Eh bien, c’est assez simple : tout est dans le titre. Brand a décidé de mourir. Et rien ni personne ne l’en empêchera. C’est ainsi que nous cheminons à ses côtés, dans un Paris de cauchemar, où sa dernière nuit sera consommée/consumée comme la cigarette du condamné. Et nous voyons par ses yeux un monde apocalyptique, peuplé de créatures d’épouvante, de femmes fatales et d’hommes qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Un monde confronté à sa propre inanité, qui tourne en boucle sur lui-même, et convoque un cortège de souvenirs amers pour les mêler, en une danse macabre et obscène, à des anticipations effroyables.

Un monde-orgie, que Brand traverse comme un fantôme pervers en se raccrochant à tous ses actes manqués et autres actions ratées. Et il ne se contente pas de prendre un plaisir masochiste à se confronter à son passé. Ce serait trop facile, et ça ne lui suffirait pas. Non, s’il a décidé d’aller jusqu’au bout de sa propre nuit, il a aussi besoin de contaminer, d’avilir, de souiller. Alors il cherche. N’hésite pas à corrompre l’innocence quand il la rencontre. Et s’il ne trouve pas, il invente. Tous les moyens sont bons pour fuir cet atroce vide intérieur qui le ronge. Même s’il sait qu’aucune rencontre ne pourra rien changer à sa décision. C’est là tout le paradoxe de ce mort en sursis, qui le temps d’une nuit va réussir, à force d’autosuggestion, à fondre tout ce qui l’entoure en une seule et même gigantesque raison d’en finir.

Alors oui, La belle nuit pour un homme mort est un roman noir. Mais un roman noir avec des tripes. Et des boyaux, aussi. Qu’on se le dise, la littérature gore ne fut pas créée ex nihilo dans les années 80. Cette terrible odyssée en est la preuve. Le Gore est sorti des camps de la mort, paré de l’abominable tenue rayée dissimulant de pauvres corps profanés, et de sa rencontre avec le Polar sont nées quelques œuvres inclassables et définitives, sans doute trop en avance sur leur temps. Henri Vernes, six ans avant de créer la valeureuse figure chevaleresque de Bob Morane, a écrit l’une d’entre elles. Et j’avoue que ce sale roman noir et rouge m’a terrassé. Mais je le relirai. Si je l’ose.

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