Le pays des mutants - Marc Agapit

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Le prolifique Marc Agapit, auteur de 43 romans chez FN Angoisse (dont l’œuvre va du moyennement bon à l'excellent) est un écrivain majeur dans la littérature fantastique populaire française. Je garde des souvenirs émus de « L'école des monstres » qu'il faudra que je relise un jour pour en tirer un article.

Malgré des livres inoubliables, certaines intrigues me semblent inégales. C'est le cas avec « Le pays des mutants », on touche presque le fond ! Mélange d'espionnage, de sorcellerie et de grand n'importe quoi. En gros, un jeune homme paralysé, bâtard d'une liaison adultérine, est veillé par son père qui lui procure des cigarettes spéciales pour enjoliver son quotidien. L'infirme drogué se retrouve dans un monde parallèle semblable au nôtre.

Le roman décrit quatre voyages successifs du jeune Michel Deleure. Et là, on sent que ça part en couilles. Deux magiciens qui s'affrontent dont un se transformant en araignée géante pour bouffer l'autre, une automobile parlante et qui s'évapore dans le non-espace, des services secrets (l'Esdec) chargés de protéger la planète, Michel devenant le seul élément capable de réussir une mission capitale pour sauver l'humanité menacée. Tout devient vite grotesque et incompréhensible. Et ce final où le père bricole un truc pour son fils et assouvir une vengeance (je vous laisse découvrir quoi) m'a fait éclater de rire en visualisant ce singulier spectacle. Roman à réserver uniquement aux collectionneurs. Pour les lecteurs, c'est une autre histoire ! Ceci n'enlève en rien l'estime que nous portons à cet auteur phare. On ne peut évoquer Fleuve Noir sans citer cet écrivain parti en 1985.

Rappel sur "La bête immonde" par Léonox.

Rappel sur la chronique de "L'ogresse" par Zaroff.

 

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Canyon rouge - Michel Honaker

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Dans le domaine du gore, on ne peut occulter un maître en la matière : Michel Honaker. Son premier roman Planeta non Grata fut directement publié chez Fleuve Noir Anticipation, excusez du peu ! L'homme excelle dans tous les genres avec une aisance déconcertante. Moi, je l'ai connu principalement avec sa série du Commandeur chez Media 1000. Sans oublier, bien évidemment, son second gore Terminus sanglant qu'il faudra que je chronique un jour prochain.

 

On va s'intéresser à son premier méfait édité en 1987, numéro 40. Canyon rouge est un roman qui n'est pas trash du tout si on le compare à d'autres camarades de la collection. C'est plutôt une intrigue qui prime par son atmosphère, sa chaleur étouffante et ses rites indiens ancestraux. Un mystérieux canyon aux grottes insondables où se terrent des créatures aquatiques nommées Kachinas. Des offrandes sont offertes tous les ans lors d'une fête par les amérindiens locaux qui vivent dans une réserve. Hélas, un flic va foutre le bordel en détruisant un panier plongé dans la rivière. Les meurtres vont surgir peu après. Forcément, les policiers vont incriminer les indiens lors du premier massacre découvert dans une ruelle. Le chef indien, Stone Face, petit-fils de chaman, pressent la cruelle vérité mais n'ose l'affirmer face à des Blancs provocateurs et racistes. Il convoque un avocat pour aider la réserve à se défendre des accusations menées contre son peuple.

 

Stone Face a perdu la foi et l'apprentissage des rituels anciens. Son peuple brimé depuis des années ne possède plus le code et le savoir des anciens. Seul Stone Face peut retrouver la voie des ancêtres et combattre les Kachinas. Lors d'un rêve, il va affronter son double maléfique et reprendre les connaissances enfouies dans sa mémoire. Je peux vous assurer que ce passage est un morceau d'anthologie par sa puissance évocatrice.

 

C'est un excellent roman empreint de mysticisme, de force morale et d'abnégation. Dans ces temps tourmentés de communautarisme et de discrimination, il est bon de se rappeler que toutes les races sont complémentaires pour vivre, espérer et gagner l'estime. L'espoir n'est pas toujours contemporain. Il se trouve aussi dans nos racines et ce roman le prouve à juste titre.

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Entretien avec Jean-Christophe Chaumette

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Auteur plusieurs fois récompensé du prestigieux prix Masterton, pour « L'Aigle de Sang », « L'Arpenteur de mondes » et « Le Dieu Vampire », auteur d'une série de romans de SF chez Fleuve Noir Anticipation, tu es un écrivain reconnu par les amateurs de « mauvais genres », dont nous sommes, ici sur ce blog. Peux-tu nous en dire plus sur ta carrière, et ce qui t'a amené à l'écriture ?

 

L’envie d’écrire m’a démangé très tôt. Et dès le début, il s’est agi de littérature de l’imaginaire. Je me souviens d’une tentative de rédaction d’une nouvelle de SF alors que je devais avoir 15 ou 16 ans. Je m’en souviens parce que cette nouvelle était en quelque sorte « l’ébauche » de mon dernier roman, « Les Rats de Hamelin ». Une idée que j’ai mis sur « pause » pendant plus de 40 ans. Je suis coutumier du fait. J’ai écrit un roman historique, « Le Pays des chevaux célestes », publié une première fois en 2008 (et réédité cette année), dont l’origine se trouve dans ma thèse de doctorat, « Les Animaux dans les guerres de l’Antiquité », écrite en 1987. J’ai accumulé de la documentation pendant 20 ans avant de me lancer. Je stocke les idées ; et un jour je les ressors.

 

Je raconte parfois comment la « révélation » m’est venue lors de l’étude d’un extrait de « Salammbô » de Gustave Flaubert, en classe de 6ème. C’est ce jour-là que je me suis dis : je veux faire pareil ! Pas être le nouveau Gustave Flaubert, bien sûr, mais raconter moi aussi des histoires ; être un conteur. Quelques années plus tard, je suis tombé sur la BD de Druillet tirée de « Salammbô », et j’ai assisté au télescopage du roman historique qui m’avait fasciné (j’ai dû le lire dix fois) avec l’univers futuriste de Druillet. Je pense que tout est parti de là.

 

J’ai commencé mon premier roman, « Le Neuvième Cercle », alors que j’étais à l’École vétérinaire, en 1984. J’ai mis au moins deux ou trois ans à l’achever, c’est un gros pavé ! Il a été publié chez « Fleuve Noir », la première fois, en 1990, après mon deuxième roman (« Le Jeu », 1989). A l’époque je ne connaissais personne, j’étais juste un type naïf dans la vingtaine qui envoyait par la poste des manuscrits de tous les côtés. J’avais la chance d’avoir une femme qui croyait en ce que je faisais, qui s’est tapé des centaines de pages à la machine à écrire et m’a aidé à photocopier le résultat dans des boutiques spécialisées. A l’époque c’était écriture à la main, corrigée jusqu’à obtenir le texte abouti, dactylographie et reproduction à la photocopieuse. Pas d’ordinateur, pas de traitement de texte, pas de correcteur orthographique, pas d’imprimante maison. Je vais avoir l’air d’être un vieux con, mais je préférais cette époque-là. Il y avait une sorte de « sélection naturelle » des acharnés de l’écriture. Aujourd’hui tu peux taper ton bouquin sur un clavier, laisser une IA corriger les fautes et t’autoéditer en ligne.

 

Après ces débuts j’ai mené en parallèle ma carrière de véto et celle d’écrivain. Comme j’ai un bon métier je n’ai jamais galéré financièrement, par contre je n’ai pas pu consacrer suffisamment de temps, non pas à l’écriture mais à sa promotion. Je n’ai presque pas eu de contacts avec mes différents éditeurs, je n’ai pas pu fréquenter le milieu de l’édition, des fanzines, des festivals. Je bossais, j’écrivais en parallèle, je trouvais un éditeur intéressé à distance, je faisais un petit saut à Paris de temps en temps et c’est tout. Je sais que j’ai raté des opportunités à cause de ce manque de disponibilité, notamment dans le domaine des scénarios. Mais c’était vraiment impossible pour moi d’assurer mon boulot en clientèle véto, d’écrire et en plus d’aller tous les quatre matins à Paris me montrer aux « décideurs » de l’audiovisuel. Plusieurs projets ont avorté. Mais je ne regrette rien de ma vie ; absolument rien. J’ai écris les histoires que je voulais écrire. J’ai raconté ce que je voulais raconter.

 

 

L'édition parait de plus en plus cloisonnée, avec de multiples sous-genres visant des « niches » particulières (et toutes en anglais!) : bit-lit, young adult (curieusement, rien pour les vieux!) dark-urban-light-high-heroic fantasy... À la lecture de tes romans, j'ai eu plutôt l'impression d'une littérature transversale, avec des éléments empruntés à différents « genres ». Je me trompe ?

 

Tu as parfaitement raison. J’ai une sainte horreur des étiquettes. Dans tous les domaines, et donc en matière d’écriture. Je trouve odieux de définir quelqu’un par son sexe, sa race, sa religion, son orientation sexuelle. Par conséquent je déteste que l’on définisse un auteur par le « genre » qu’il pratiquerait. Pour moi il n’y a dans la vie que des individus, tous différents les uns des autres, et dans la littérature que des écrivains, chacun unique en son genre.

 

A contrario, j’adore le métissage. En tant que véto, j’ai appris que l’hétérosis donne des produits plus résistants, plus vigoureux, somme toute meilleurs que ceux issus d’une trop forte consanguinité. En tant qu’amateur de musique, je trouve que ce qui sort d’un grand chaudron où se mélangent les courants musicaux est particulièrement savoureux.

 

Plus ou moins consciemment, je mélange tout. J’écris du Fantastique qui se déroule dans le futur. Je colle du paranormal dans un roman historique. J’écris une saga de Fantasy qui ressemble à un Space-Opera. Certains lecteurs sont dérangés par cela. J’ai lu très récemment une critique de quelqu’un qui ne digérait pas du tout mon « brouet » de genres, dans « L’Aigle de sang ». Je le comprends. Certaines personnes ont besoin de « genre pur ». Comme je l’ai écris plus haut, il n’y a que des auteurs uniques, et en assez grand nombre pour que tous les lecteurs trouvent leur bonheur.

 

Tes livres sont réédités chez « Évidence ». C'est l'occasion de te demander ton opinion sur les nouvelles formes d'édition, et sur l'avenir du métier.

 

Je crois que la question, c’est plutôt : quel est l’avenir du texte ? Qu’un roman soit lu sur papier ou sur une liseuse, acheté en ligne, chez un libraire ou dans un marché aux puces, c’est toujours un texte. Ce qui me frappe, c’est que désormais la diffusion des idées se fait de moins en moins par l’intermédiaire du texte, et de plus en plus par l’intermédiaire de la vidéo. Je m’énerve parfois, en cherchant des renseignements sur un sujet, de ne trouver sur le Net que des vidéos.

 

Je me demande si la jeune génération s’interroge sur le danger de cette évolution. Convaincre par le texte est autrement plus difficile que par la vidéo. Lorsqu’on lit, le cerveau enclenche immédiatement l’analyse critique. Lorsqu’on regarde une vidéo, l’esprit critique est un peu en sommeil. Je sais qu’il est agaçant d’entendre des références à Hitler et au nazisme, mais je suis persuadé que les Allemands auraient été plus critiques envers Hitler si ceux qui étaient fascinés par ses discours avaient lu « Mein Kampf ».

 

Il faut lire. Juger les idées à travers des textes. Pas regarder un gugusse qui vous hypnotise parce qu’il possède un talent d’orateur et peut vous faire gober n’importe quoi.

 

 

Tu as publié plusieurs recueils de nouvelles. Comment expliques-tu le peu d'intérêt des lecteurs et des éditeurs sur cette forme littéraire ? Et, plus globalement, que penses-tu de la nouvelle ?

 

Il y a manifestement une appétence de plus en plus grande pour les histoires longues, très longues. Le triomphe de la série en est la parfaite illustration. Je ne sais pas expliquer la faveur donnée aujourd’hui aux séries qui s’étalent sur plusieurs saisons par rapport aux films, qui représentaient la « norme » dans ma jeunesse. Par conséquent je ne sais pas davantage expliquer le désamour pour la nouvelle. En SF, certains auteurs sont immenses par leur talent en matière de nouvelles, je pense à Philip K. Dick. Manifestement on se prive de quelque chose en délaissant la nouvelle. Pour moi la nouvelle, de la même manière d’ailleurs que la poésie, « travaille » l’esprit à la manière du koan zen. Il s’agit de forcer le lecteur à chercher, imaginer. C’est de la maïeutique. L’explication est peut-être là. Il est possible que la société actuelle soit essentiellement composée d’individus qui ne veulent plus chercher et imaginer. Ils veulent que tout leur soit donné, dans le moindre détail ; prémâché.

 

 

Ici, chez le Collectif ZLL, on s'intéresse beaucoup au style. Comment décrirais-tu le tien ? Passes-tu beaucoup de temps sur la forme, avec des ratures et des réécritures, ou bien es-tu plutôt spontané ?

 

J’ai toujours beaucoup travaillé. Je passe du temps sur ce que j’écris. Je me relis et me corrige un nombre incalculable de fois. Et je ne suis pas certain qu’il existe des auteurs capable de fonctionner presque en écriture automatique, avec un texte quasi abouti au premier jet. Mais je me trompe peut-être.

 

Dans tes romans fantastiques (« l'Arpenteur de monde », « L'Aigle de sang », « Le Dieu Vampire ») tu évoques des ouvrages fictifs ou réels pour étayer les motifs fantastiques qui parsèment tes livres. J'ai aussitôt pensé à Lovecraft qui employait le Necronomicon dans le même but. Que penses-tu de cet auteur, et de son influence ?

 

Cette question renvoie, d’une certaine manière, à la question 4. Étant donné le peu d’appétence des lecteurs, et donc des éditeurs, pour les histoires courtes, nouvelles, poèmes, fables, j’utilise mes romans pour « placer » des histoires courtes. Une saga comme « Le Neuvième Cercle » est littéralement truffée d’histoires parallèles racontées à travers les textes placés en tête des chapitres. Ces histoires étayent l’intrigue principale, bien sûr, mais ont également des rapports entre elles. Et surtout, elles remplissent la fonction dont je parlais dans la réponse 4 : elles sollicitent l’imagination du lecteur. Dans l’espace qu’elles ouvrent, il peut construire un « univers-miroir » qui reflète l’univers du roman.

 

Je dirais que Lovecraft a utilisé cette technique « à l’envers ». Il écrit de nombreuses nouvelles, des histoires courtes donc, qui sont toutes étayées par un unique et mystérieux ouvrage, « Le Necronomicon ». Cet « univers-miroir » effrayant construit par l’imagination du lecteur à partir de fragments du Necronomicon contribue grandement à l’efficacité des nouvelles de Lovecraft.

 

 

Tu as reçu quatre fois le prix Masterton. Comme l'auteur écossais, tu utilises souvent la mythologie existante et l'histoire pour les tordre et les adapter à tes récits. Quelle est ton opinion sur l'auteur des « Manitou » ?

 

Pour être exact, je ne l’ai reçu que trois fois ce fameux prix, pour « L’Arpenteur de mondes », « L’Aigle de sang » et « Le Dieu Vampire », mais « L’Arpenteur de mondes » a obtenu en plus le prix spécial de meilleur roman de la décennie.

 

L’anecdote qui étonne souvent, c’est que je n’ai découvert Masterton qu’après avoir reçu pour la première fois le prix qui porte son nom. Bien entendu j’adore sa manière de transposer les mythologies. Il possède un style qui « colle » parfaitement aux récits fantastiques et à l’horreur. Il illustre exactement une expression parfois galvaudée : un maître du genre.

 

Tu sembles fasciné par le mal, ses manifestations à travers l'histoire, et les grands criminels de masse. De Gengis Khan aux massacres rwandais, tes livres explorent l'éventail des perversions humaines. Comment expliques-tu cette fascination, la tienne et celle du public, pour la cruauté ?

 

Tout d’abord, il n’y a pas d’histoire réussie sans méchants réussis. Les lecteurs ne sont pas forcément fascinés par la cruauté, mais ils recherchent, plus ou moins consciemment, à assister à la lutte du Bien contre le Mal. Or c’est par la compréhension de ce qu’est le Mal que ces deux camps peuvent leur apparaître. Lorsqu’un artiste réalise un dessin, il trace les ombres. La lumière, il ne la dessine pas. La lumière, c’est ce qui reste entre les ombres. Je crois qu’un écrivain doit travailler de la même façon. Il crée l’ombre de son histoire.

 

Ensuite, je suis un grand passionné d’Histoire. Je suis d’ailleurs effaré qu’il existe des interrogations sur le maintien ou non de l’enseignement de l’Histoire à l’école. Seule la connaissance de l’Histoire permet de fabriquer des citoyens responsables. Or l’Histoire, pour utiliser une image classique, est un fleuve de sang. Notre époque, la période pendant laquelle nous sommes nés, avons grandi et sommes devenus des adultes, est une parenthèse enchantée, tout au moins en Occident. Je suis persuadé qu’il faut bien connaître le mal dont l’espèce humaine a été capable pour empêcher sa résurgence. Je suis un grand admirateur de la pensée de Jung, et je crois qu’il a vraiment mis le doigt sur quelque chose de fondamental avec la notion d’Ombre. Chacun d’entre nous possède son Ombre individuelle, qu’il vaut mieux apprendre à connaître pour ne pas la voir un jour se manifester intempestivement et prendre les commandes. Les peuples possèdent une Ombre collective, qu’ils doivent connaître, reconnaître, admettre, pour la dompter et la tenir en respect. Cette connaissance de l’Ombre est fondamentale. Ce que tu appelles fascination pour le mal est plutôt une quête permanente de l’Ombre.

 

Peux-tu nous donner quelques indices sur tes futurs projets ? Des manuscrits que nous découvrirons bientôt ?

 

Comme tu l’as remarqué, je pratique la « littérature transversale ». Le roman que je suis en train d’écrire rentre dans cette catégorie. Il s’agit de transposer un des plus grands mythes de l’Occident dans un futur post-apocalyptique. Le problème c’est qu’il s’agit d’une énorme saga qui est en train de me ramener à mes débuts, lorsque j’écrivais « Le Neuvième Cercle » : des dizaines de personnages à gérer, des intrigues multiples qui se télescopent, avec la contrainte supplémentaire de devoir suivre ce qui est décrit dans la légende dont je m’inspire. Il s’agirait d’un roman standard, j’en serais vers la fin. Mais là, il y a encore du boulot !

 

C'est la dernière question, en forme de carte blanche : Tu dis ce que tu veux, même que mes questions sont nulles... Mais ce n'est pas obligé !

 

Non, tes questions ne sont pas nulles, sinon je ne me serais pas montré aussi bavard ! Je souhaite simplement avoir une pensée pour toutes celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, m’ont aidé, soutenu, encouragé et ont contribué à la naissance et à la diffusion de mes histoires. Je n’ai pas croisé que des personnes droites et sympathiques tout au long de ces quelques 35 années pendant lesquelles je me suis efforcé d’écrire, mais j’essaie d’effacer le négatif de mes souvenirs et de conserver le positif ; et il y a beaucoup de positif !

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Le Dieu vampire - Jean-Christophe Chaumette

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En préambule, je préviens les amateurs de vampires adolescents entièrement sculptés dans un cure-dents, les lectrices de « Twilight », les fans de romance bourrées de beaux gosses à longues canines et les collectionneuses de bit-lit en général que ce « Dieu Vampire » n'est pas pour eux. « Fuyez ! Pauvres fous ! » comme disait l'autre barbu. !

 

Comme d'habitude, je ne résumerai pas ce livre : vous me semblez assez grands pour trouver la quatrième de couverture sur de bons sites Internet. Il vous suffit de savoir qu'il s'agit ici d'un pur roman fantastique, et que si les sentiments ne sont pas absents du récit, ils n'en constituent pas la trame essentielle. Nous nous trouvons donc confrontés à toute la noirceur du mal qui se niche dans les tréfonds de l'humanité, et les vampires dont il est question ressemblent davantage à des bourreaux argentins ou tchétchènes qu'à des éphèbes tourmentés par une crise d'adolescence compliquée par la pousse intempestive de quelques dents surnuméraires.

 

Comme à son habitude, Jean-Christophe Chaumette nous propulse dans son intrigue sans nous laisser le temps de souffler : à l'instar des meilleurs auteurs de thrillers américains, il balade le lecteur entre les montagnes de la Mongolie et les banlieues chic des Yvelines, en passant par l'île de Ré et le musée Guimet. Absorbés par un style nerveux, dépouillé, nous suivons les aventures d'une improbable équipe de traqueurs de monstres, de tueurs sadiques et sanguinaires que nous avons plaisir à détester. Car les adversaires de nos héros malgré eux ne dorment pas dans des cercueils, en attendant l'heure nocturne d'aller séduire de belles innocentes avant de les laisser exsangues, comme dans toute histoire vampirique qui se respecte. Ce sont plutôt des bourreaux humains de la pire espèce, de ceux qui ont terrorisé les peuples dans le monde entier et de tous les temps, du Chili au Rwanda et au Cambodge, et des roitelets assyriens à Hitler et Staline, en passant par Gengis Khan et Vlad l'Empaleur.

 

Jean-Christophe Chaumette renouvelle et modernise un mythe ancien, bouleverse les règles et introduit des éléments scientifiques, voire science-fictionnels pour dépoussiérer un thème qui ronronnait depuis trop longtemps entre le gore de cinéma fauché et la romance pour adolescentes victimes de poussées hormonales. On retrouve dans cette façon de raconter ce qui est devenu la marque de fabrique de cet auteur, qui ne se contente pas des étiquettes éditoriales accolées à des « genres » précis. Car ce « Dieu Vampire » pourrait aussi bien se retrouver classé dans la catégorie « Science-fiction », aux côtés, par exemple, des « Vampires de l'Espace » de Colin Wilson. Avec sa rigueur scientifique (il exerce la profession de vétérinaire, comme son héroïne) Chaumette dépeint une aventure où rien ne s'avère surnaturel, hormis l'hypothèse de départ : si on oublie celle-ci, aucun des événements décrits ne viole les lois de la nature, ni celles de la science. On peut juste affirmer que l'auteur spécule et lâche la bride à son imagination, mais à aucun moment l'action ne devient invraisemblable, ou grotesque, et notre incrédulité reste suspendue jusqu'à la dernière page, et continue à alimenter l'imaginaire une fois le volume refermé.

 

« Le Dieu Vampire » s'avère donc un excellent livre au suspense constant, habité par des personnages attachants, et animé par une action quasi ininterrompue. Mais surtout, il se pose comme l' un de ces ouvrages inclassables qui laissent une impression durable, et finalement, ils ne sont pas si nombreux que ça dans le domaine des littératures de genre.

 

Maintenant, si vous voulez en savoir davantage sur Jean-Christophe Chaumette, sur sa carrière, ses inspirations et sa façon de travailler, je vous conseille de rester fidèles au blog du Collectif : nous avons en effet soumis Jean-Christophe à la question, façon Torquemada, bien sûr, et il a tout déballé ! Compte-rendu détaillé la semaine prochaine, si vous êtes bien sages !

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Seasons of the Witch

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Seasons of the witch in Dimension Étranges Détectives 2

(Anthologie dirigée par Pascal Roussel. Éditions Rivière Blanche)

 

 

 

Depuis la publication de Noir et Rouge fin 2016, j’ai surtout laissé parler le Schweinhund qui sommeille en moi. J’ai ainsi enchaîné les fragments plus ou moins ramassés, dans la continuité de White trash, la quatrième et dernière partie de mon recueil. Comme s’il y avait une espèce d’urgence à aller droit au but. Résultat des courses : un (in)certain nombre de textes courts, voire très courts (entre 3000 et 12 000 signes, à la louche). Mais je n’ai pas vraiment cherché à analyser cette orientation ; ça ne m’intéresse pas. Pour autant, au bout d’un moment, j’ai à nouveau ressenti le besoin de prendre davantage de temps pour raconter une « vraie » histoire. Surtout que j’avais une idée de nouvelle qui nécessiterait un minimum de développement.

 

C’est alors que Pascal Roussel m’a parlé de son anthologie Dimension Étranges Détectives. À ce moment-là, il était en train de boucler le premier volume, et il envisageait déjà d’en mettre un deuxième en chantier. Je lui ai donc balancé mon pitch. L’idée était de raconter une histoire mettant en scène John « Hellblazer » Constantine, le fameux punk sorcier inventé par Alan Moore. Mais avec deux « contraintes » de mon choix. La première consistait à prendre pour cadre l’univers mis en place par Azzarello et Frusin quand ils ont repris la série au numéro 151. La seconde était de traiter le thème de la sorcellerie – et surtout celui des sorcières. Je n’avais pas emprunté le titre de mon texte au regretté George A. Romero pour rien.

 

Pascal m’ayant dit banco, je me suis lancé. Quelques mois plus tard, j’accouchai de mon texte le plus long depuis quatre ans. Que j’envoyai dans la foulée à l’anthologiste, non sans une légère appréhension. Son retour devait rapidement dissiper mes doutes :

« J'adooooooooooooore. J'avais conscience de connaître le héros sans parvenir à trouver son nom. Mais ça fait un moment que j'ai lu Hellblazer. Donc en effet, il est clair qu'il est préférable de connaître la BD. Mais c'est juste un plus. Le texte fonctionne très bien comme il est. »

 

Le texte en question est donc paru le 1er mai dernier. Et j’ai été ravi de découvrir que Pascal l’avait placé en dernière position, pour clôturer l’anthologie. En bientôt dix ans de publications, c’est la première fois que ça m’arrive, alors c’est un peu beaucoup la fête. Reste maintenant à espérer que cette nouvelle vous plaira aussi.

 

Extrait : Mais ce jeu de dupes ne trompait personne : chassez le surnaturel, il revient au galop. D’ailleurs, ce n’était pas un jeu, et il n’avait pas la main. Quelque chose – ou plutôt quelqu’un – l’avait retenu. Alors il était resté là comme une loque perdue entre deux mondes, attendant de retrouver ses esprits pour mieux les mettre au service d’autres esprits. Attendant que la louve hurle plus fort que les chiens. Que vienne l’heure des sorcières.

 

https://www.riviereblanche.com/fusee-f91-dimension-etranges-detectives-2.html

 

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