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Ceux qui grattent la terre - Patrick Éris

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« Ceux qui grattent la terre », de Patrick Éris,

 

Séma éditions, collection « Effroi »

 

 

 

 

 

Quand il n'écrit pas, et sous un autre nom, Patrick Éris exerce l'activité de traducteur, et il a, entre autres, contribué à faire découvrir au public français l'excellent Graham Masterton, dont je suis un inconditionnel. Rien que pour ça, il a déjà droit à toute ma considération. Mais, je l'avoue à ma grande honte, je ne connaissais pas encore la qualité de sa plume, qu'il prouve avec ce petit roman aux éditions Séma.

 

Un roman qu'il dédie au grand Serge Brussolo, un autre écrivain planant très haut dans mon panthéon personnel, et qui présente tous les ingrédients d'un excellent livre fantastique, dans la lignée des meilleurs « Angoisse ». Nous suivons donc le récit à la première personne de la vie d'une jeune chômeuse venant de trouver un emploi de rêve : secrétaire particulière d'un auteur à succès spécialisé dans le paranormal. Celui-ci se révèle être une sorte d'ermite vivant reclus dans un immense appartement parisien, au milieu d'une documentation gigantesque lui servant à rédiger ses livres à succès. Paraplégique et ombrageux, cet Allemand d'origine s'avère au fil des semaines un mentor et un soutien pour la jeune Karin, à qui il confie la gestion de sa vie quotidienne en échange du gîte et du couvert, en plus d'un salaire qu'elle n'espérait plus.

 

Mais, bien sûr, l'étrange ne tarde pas à s'immiscer dans ce bonheur fragile, sous la forme de grattements lancinants dans la cave de l'immeuble, et d'un homme noir fantomatique qui s'acharne sur les occupants de l'édifice. Pour fuir cette menace, la secrétaire et l'« énigmologue »s'exilent dans un manoir des Vosges, loin de Paris et de ses mystères immémoriaux. C'est alors que commence une terrible descente aux enfers pour Karin, qui la conduira à une cascade de révélations stupéfiantes en compagnie de son employeur au passé bien trouble...

 

Traduire des romans fantastiques mène-t-il à une osmose avec leurs auteurs ? En tout cas, il m'a semblé que Patrick Éris s'est imprégné de certaines des qualités des meilleurs d'entre eux pour transcrire l'atmosphère oppressante qui baigne tout le roman. À l'instar de Masterton, il excelle à pulvériser notre incrédulité à l'aide de descriptions vivantes, ancrées dans le réel, et surtout de personnages attachants, même et surtout dans leurs petits défauts. La psychologie de Karin, en particulier, traumatisée par son passé de chômeuse, hantée par l'échec et par l'éventualité d'une rechute dans l'exclusion sociale, contribue à nous identifier avec elle, et donc à trembler à mesure qu'elle bascule dans le surnaturel. Patrick Éris invoque aussi le plus grand des auteurs fantastiques, Lovecraft en personne, par le biais d'allusions et d'incursions dans les « Hautes Terres du Rêve ». L'homme noir semble un avatar du terrible Nyarlathotep, et des titres du Reclus de Providence sont semés au détour de certaines pages, comme des points de repère pour guider le lecteur « par-delà le mur du sommeil ».

 

Comme chez Graham Masterton, le style du récit est simple, direct et tranchant, mais non sans une certaine ironie. Cet humour discret se montre aussi avec l'évocation d'un personnage secondaire que beaucoup sauront reconnaître, un érudit gastronome et accumulateur gourmand de « documentation » surnommé « le Cardinal » qui fait une brève apparition sous forme de clin d’œil amical.

 

Enfin, j'ai particulièrement apprécié la volonté de situer l'action en France, d'abord dans un Paris imprégné de légendes encore prégnantes, puis dans une région méconnue et sauvage, les Vosges, qui a aussi inspiré Abraham Merrit autrefois. Voilà qui nous change d'un grand nombre de productions fantastiques se croyant obligées de placer leur récit aux États-Unis, et qui prouve qu'on peut écrire une bonne histoire sans devoir la localiser à Nouille-Orque, Scie-à-tôle ou Los-en-gelée...

 

Alors, si vous voulez frissonner, si la galopade des rats dans les murs vous évoque parfois le crissement d'ongles sur la pierre, n'hésitez plus et partez à la recherche de « Ceux qui grattent la terre » en compagnie de Patrick Éris...

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Sous le vent de la liberté - Christian Léourier

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Sous le vent de la liberté

 

Christian Léourier

 

Éditions Argyll

 

 

 

 

 

Xavier Dollo, alias Thomas Géha, en plus d'être un excellent auteur, se révèle un éditeur avisé et un homme de goût, et je suis fier de le compter parmi mes amis. Fondateur de la maison d'édition « Argyll », il a eu la gentillesse de m'offrir et de me recommander ce roman de Christian Léourier, « Sous le vent de la liberté ». D'habitude, je me sens peu motivé par les pavés, préférant le dynamisme des formats courts, aussi ai-je ressenti une légère appréhension à l'idée de me plonger dans ce gros volume de presque sept-cents pages, d'autant plus qu'il s'agit d'un roman d'aventures historiques, alors que mes goûts me portent davantage vers les littératures de mauvais genre.

 

Mais la maquette et la couverture sont sobres et élégantes, loin des photoshoperies tapageuses qui saturent les rayons des libraires, et en fait on découvre vite qu'on a affaire ici à trois romans révisés par l'auteur et rassemblés en une intégrale, ce qui me garantissait la possibilité de souffler au besoin entre chaque partie. Ce que je ne fis pas !

 

Je me suis donc embarqué avec joie dans le sillage de Yann de Kervadec, cadet breton et désargenté, qui à la mort de son père s'en va découvrir le vaste monde dans le but de retrouver son frère aîné, afin de restaurer son domaine spolié par des bourgeois avides de titres et de spéculation. Cette quête sur une trame classique ne sera que prétexte en réalité pour offrir au lecteur un splendide roman d'apprentissage et d'aventures. Enrôlé sur un navire de la Royale, notre héros picaresque se retrouve bientôt en route vers la Nouvelle-France, sur la piste d'un aîné bien ambigu. Il s'acoquine avec des trappeurs avant, (Tabarnak !) de se voir capturé par une tribu d'Iroquois qui l'adopte et le forme à la dure vie de coureur des bois.

 

Puis, Yann rencontrera quelques figures de la Guerre d'Indépendance américaine, dont Lafayette, avant de courir de nouvelles aventures parmi un équipage de négriers sur les côtes d'Afrique de l'ouest. Ensuite, il s'adonnera à la piraterie sur l'océan indien, ce qui lui permettra de côtoyer des rajahs en butte aux ambitions coloniales des puissances européennes. Enfin, il reviendra aux Antilles où il sera contraint d'assister à la lutte des esclaves contre les planteurs français, en attendant de regagner sa Bretagne natale, puis Paris, où la grande Révolution déchaîne la violence et les pires passions.

 

Il est quasi impossible de résumer en quelques mots le foisonnement d'aventures, de coups de théâtre et de personnages bien campés qui animent ces trois romans. Grâce à un style tantôt léger, tantôt dramatique, Christian Léourier pousse son lecteur à aimer chacun des acteurs de ces aventures, à apprécier leurs vertus et leurs faiblesses, dans un monde nuancé où nul ne s'avère totalement bon ou mauvais. À l'aide d'une documentation solide, il parvient à rendre tangible ce XVIIIe siècle si agité. La façon dynamique et imagée, « graphique » dont le récit avance m'a fait penser à ces BD d'aventures maritimes comme « Les Passagers du Vent » ou « L'Épervier », qui tiennent le lecteur en haleine tout en soulevant des sujets passionnants.

 

Car résumer ces romans à de banales histoires distrayantes serait une erreur. En plus de nous conter des aventures trépidantes, Léourier sait poser des thématiques universelles : humanisme contre égoïsme, Lumières contre obscurantisme, liberté contre esclavage, les personnages choisissent leur camp, déterminent leurs actes selon leur nature et en subissent les conséquences. Notre jeune héros, élevé dans l'esprit libertin et lecteur de Voltaire expérimente la dure réalité, mûrit et comprend que rien n'est simple ni tranché, mais toujours il court vers la liberté et vers plus d'humanité. Le tout est écrit sans manichéisme ni simplisme, avec une plume riche et vraie...

 

« Sous le Vent de la Liberté » restera pour moi une belle découverte, un de ces romans d'aventures qui donnent à rêver et à espérer, capables de redonner ce sentiment d'émerveillement, au même titre que « L'Île au Trésor » ou « Les Enfants du Capitaine Grant ».

 

Alors, n'hésitez plus, foncez chez Argyll, et, si vous ne craignez pas les embruns et l'air du grand large, cinglez en compagnie de Yann de Kervadec « Sous le Vent de la Liberté » !

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Le dossier Arkham - Alex Nikolavitch

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« Le dossier Arkham » par Alex Nikolavitch

 

aux éditions Léha

 

 

 

 

Autre lecture rapportée de mes pérégrinations estivales aux « Mystériales » de Redon, voici un court (cent-cinquante pages environ) livre très atypique, devant lequel je suis tombé en arrêt aussitôt. En tant qu'admirateur de l’œuvre de Lovecraft, certains mots-clefs comme « Arkham » déclenchent en moi un genre de réflexe conditionné qui me pousse à entamer la conversation avec l'auteur, quand je l'ai sous la main, puis à feuilleter le bouquin avant de l'acquérir « quoi qu'il en coûte » comme dirait l'autre.

 

Bref, c'est nanti d'une dédicace que vous pouvez admirer sur votre blog préféré que je rentrai chez moi et commençai la lecture de l'objet en question. Il ne s'agit pas d'un roman de facture classique, car, en plus d'un récit narrant l'enquête et les derniers jours d'un détective privé découvert assassiné dans une chambre close, nous nous trouvons davantage en possession d'un véritable carnet mêlant illustrations, copie de (faux, bien sûr !) documents officiels, coupures de journaux et autres fac-similés de correspondances. Ainsi décrit, l'ensemble pourrait paraître confus, mais, étant donné que chaque fragment contribue à faire avancer l'intrigue, et que la mise en page est limpide, on se prend très vite au jeu pour dévorer ce « Dossier Arkham » avec appétit.

 

 

 

 

 

 

Tous les ingrédients d'une nouvelle d'H.P. Lovecraft se voient convoqués et exploités : secte mystique et mystérieuse, sombres entités n'attendant qu'une invocation pour ravager notre dimension, manuscrits allusifs lourds de menaces voilées, articles de journaux relatant de façon prosaïque des événements paranormaux, et personnages impuissants, comme manipulés par le destin, courant vers une fin inéluctable. Nous sommes ici en terrain de connaissance, et décrit ainsi ce livre pourrait sembler peu novateur, car on y retrouve des traits communs à « L'Appel de Cthulhu », et au « Cauchemar d'Innsmouth », entre autres. Alors, cette collection de thèmes et d'éléments pourrait paraître au premier abord dénué d'originalité, voire de créativité pour qui est familier de l’œuvre de celui qu'il est convenu d'appeler « le Maître de Providence ».

 

Mais il n'en est rien, heureusement ! Car, loin de constituer un hommage naïf et un peu servile à l'inventeur du Mythe de Cthulhu, ce « Dossier » se révèle un petit bijou d'érudition lovecraftienne et d'humour ! D'abord, parce que Alex Nikolavitch connaît son sujet sur le bout des doigts. Il exerce le métier de traducteur, et a ainsi contribué à la publication en France de la biographie de HPL par S. T. Joshi, et il a également scénarisé une BD retraçant la vie de notre auteur favori. C'est dire si l'individu en question maîtrise Lovecraft et son univers !

 

 

 

 

 

Enfin, je sais que, à première vue, il est difficile de concilier la notion d'humour avec celle de « Mythe de Cthulhu ». C'est cependant la performance que réussit Alex Nikolavitch, en truffant son récit de références à la Pop Culture. De Sardou aux « Tontons Flingueurs », de Conan le Barbare à Indiana Jones, en passant par « John le Charpentier », les jeux de mots jalonnent le roman, et on se prend à recenser toutes les allusions, plus ou moins transparentes, qui parsèment l'histoire. Ainsi, en plus de développer une histoire pastichant avec talent le père fondateur du fantastique moderne, Alex Nikolavitch réussit à mobiliser l'attention de son lecteur en lui proposant un petit exercice d'érudition des plus distrayant.

 

Alors, s'il ne marquera sans doute pas l'histoire des émules de Lovecraft, ce « Dossier Arkham » s'avère cependant une réussite de littérature « pulp » et sans prétention, à découvrir pour se prouver que le « Mythe de Cthulhu » peut encore susciter de bonnes pages de lecture.

 

 

 

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Éditions Ogmios, collection "Lueurs obscures"

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Les éditions Ogmios nous ont fait l'amitié de nous proposer trois de leurs parutions, trois longues nouvelles, presque de courts romans, présentant trois visages du fantastique et de l'imaginaire. Encore une fois, voilà la preuve que ce genre peu considéré de nos jours revêt des aspects multiples, protéiformes, et qu'il reste impossible de l'enfermer dans des tiroirs munis de belles étiquettes.

 

 

 

Marie de Pluie - Pauline Sidre

 

 

Les familles, nous le savons tous, cachent parfois des secrets qu'il est souvent préférable de laisser enfouis. Mais, d'un autre côté, comment résister à la tentation lorsqu'il s'agit d'explorer la maison d'un aïeul dont le souvenir reste confus ? Ce dilemme, un frère et une sœur vont devoir l'affronter, au risque de ressusciter un membre de la famille que chacun avait oublié.

 

Pauline Sidre nous offre ici un joli roman court, tout en mystère, chuchotis et allusions, en plus d'une ambiance pluvieuse que les mauvaises langues attribuent à la seule Bretagne. Inutile de rechercher avec ce récit à plusieurs voix (l'autrice donne la parole tantôt à la sœur, tantôt au frère) un fantastique à grand spectacle, tels ces films à effets spéciaux privilégiant l'action au détriment de la réflexion. Tout repose sur l'atmosphère, sur le non-dit et sur la spéculation, jusqu'à un final à la fois révélateur et plein de nouvelles questions.

 

J'ai particulièrement apprécié le style de Pauline Sidre, qui parvient à créer des personnages crédibles par petites touches, et qui met en place une progression dramatique faite d'ambiance suggérée et de révélations bien dosées. Une bonne surprise, et une plume à suivre.

 

 

 

La sentinelle - Jean-Pierre Favard

 

 

Encore une bonne histoire, d'un fantastique plus urbain et selon une thématique plutôt classique : celle de la maison hantée. Mais, au fait, qui hante qui ? Et l'éternelle question revient : les drames qui se sont déroulés dans un lieu imprègnent-ils ses murs pour rejaillir plus tard, et infecter les descendants des premiers occupants, à la manière d'un virus indestructible ?

 

Sur une trame classique, que n'aurait sans doute pas reniée Stephen King, Jean-Pierre Favard construit un récit prenant, avec une narration à la première personne permettant de partager les doutes et les terreurs de son personnage principal. Peu à peu, on s'attache à cet homme tourmenté, ses questions deviennent les nôtres, et si on devine que la conclusion ne pourra que se révéler tragique, on se précipite vers la dernière page. L'auteur parvient à distiller une atmosphère étrange, parfois même malsaine, et la paranoïa du héros finit par nous faire douter de sa santé mentale, en même temps que les indices s'accumulent pour nous orienter vers une issue surnaturelle.

 

Voilà donc une deuxième longue nouvelle tenant ses promesses, et qui, dans le style classique que j'affectionne, procure de bons moments de lecture.

 

 

 

Pascal Malosse - L'île aux Moines

 

 

Je termine cette petite revue par le texte de Pascal Malosse qui m'a le moins convaincu. Il faut dire que je suis peu friand d'enquêtes policières, et que les charmes de la Méditerranée me laissent aussi froid que le cœur d'un contrôleur du fisc eskimo. Alors, les investigations d'un inspecteur de police alcoolique sur l'île de Lerins ne font pas partie de mes priorités dans le choix de mes lectures. J'ai conscience qu'il s'agit d'une affaire de goûts personnels, et que, malgré tout, cette enquête ne manque pas d'attrait en ce qui concerne la progression dramatique et la façon dont le mystère est agencé pour aboutir à la résolution finale, les meurtres atroces s'avèrent plutôt inventifs, certains traits humoristiques teintés d'ironie font mouche. Il faut noter aussi que le dernier chapitre bascule franchement dans le domaine fantastique, et que l'ultime phrase conclut l'histoire avec brio.

 

Alors, pourquoi rester sur ma réserve ? Sans doute parce que, par moment, j'ai ressenti l'impression de lire une parodie du « Nom de la Rose » d'Umberto Eco, et que certains clichés m'évoquent les séries policières dont nous abreuvent les chaînes de télévision tous les dimanches soir (et les autres jours aussi !) En conclusion : une enquête horrifique qui ne marquera pas ma mémoire à jamais, mais que les amateurs de polar apprécieront sans doute davantage que moi.

 

 

Cette nouvelle collection, baptisée « Lueurs obscures », s'avère au final prometteuse : les trois textes proposés sont de qualité, et, si elle se poursuit, je ne doute pas que tous les amateurs y trouveront leur bonheur selon leurs goûts spécifiques. De plus, le travail éditorial m'a semblé correctement exécuté, la mise en page limpide, et les illustrations, qu'elles soient de couverture ou intérieures, collent avec les textes et témoignent du talent certain des dessinateurs. Enfin, le concept de « novelas » lisibles en environ une heure se révèle judicieux pour ceux qui, comme moi, ne sont pas amateurs de pavés littéraires et préfèrent diversifier leurs univers de lecture.

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Crache-béton - Serge Brussolo

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Entrer dans un roman de Serge Brussolo, c'est prendre un ticket pour l'attraction la plus périlleuse de tout le parc de sa plantureuse bibliographie. Chacun de ses livres devient une découverte, une aventure, souvent saugrenue, toujours déstabilisante, et on en ressort avec une sensation de vertige, et une seule envie : retourner visiter ce qui tient à la fois de la maison hantée et du grand huit. Embarquons donc pour le monde des Crache-béton, ces énormes baleines mutantes qui transforment les eaux salées d'un lac en cailloux qu'elles recrachent ensuite sur la station balnéaire du rivage. Les immeubles sont mitraillés de galets, les bâtiments croulent sous l'accumulation de roche, et les habitants qui ne se sont pas pliés au pouvoir dictatorial de la milice omniprésente se sont réfugiés dans les égouts... En quelques descriptions rapides, Serge Brussolo nous brosse le tableau apocalyptique d'un monde ordinaire en plein délitement, d'une société où la férocité et le chacun pour soi sont devenus les règles acceptées par tous. Le héros de cette aventure se voit ballotté bien malgré lui dans cette suite d'événements absurdes, à une époque indéfinie, dans un lieu indéterminé. Lui qui ne souhaitait que gagner un peu d'argent en vendant une cargaison de chats mutants à peindre soi-même (?) se retrouve embringué dans une chasse à la baleine, à bord de galères bricolées dans un bois trop tendre, en une sorte de parodie déjantée de « Moby Dick ».

 

Aujourd'hui, dans un futur lointain, sur terre ou dans une colonie spatiale ? L'auteur ne le précise pas, et le lecteur s'en moque un peu, pris qu'il se trouve dans une succession de scènes d'action improbables et de rebondissements spectaculaires. Brussolo se déchaîne, donne libre cours à son imagination et foisonne d'idées toutes plus délirantes les unes que les autres. Ce roman donne l'impression de se retrouver dans un monde onirique livré à une logique interne tordue, c'est ce qui fait sa force car, après quelques pages on a le sentiment d'évoluer à l'intérieur d'un cauchemar dont on peine à s'extirper.

 

Le talent de l'auteur, son métier, consistent à nous faire accepter des situations absurdes comme allant de soi, et nous nous retrouvons alors dans un univers obéissant à des règles faussées, mais présentant une cohérence interne. Dans cette logique du non-sens, on peut penser à Lewis Caroll, sans le côté british, et certaines scènes très graphiques évoquent des peintures surréalistes où le quotidien le plus sordide côtoie l'impossible.

 

Un lecteur par trop rationnel pourrait reprocher ce foisonnement d'idées dans un si court volume (à peine plus de deux cents pages) mais il faut y voir plutôt un festival de créativité et de culot, servi par une plume dynamique, sobre et irréprochable.

 

Car cet écrivain ne se refuse rien quand il s'agit de nous embarquer dans ses délires, et c'est ainsi que Brussolo est grand !

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Les enfants du continent perdu - Édouard Peschard

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Les enfants du continent perdu

 

Édouard Peschard, chez Faralonn éditions

 

 

 

 

J'aime bien les salons du livre. Alors, lorsque j'ai appris que l'excellent Jérôme Nédélec organisait fin août dernier à Redon (56) une manifestation centrée sur les littératures de l'imaginaire intitulée « Les Mystériales » ; et qu'en outre l'événement se déroulerait dans le cadre somptueux d'un ancien cloître, je me suis rendu sur les lieux du forfait sans hésiter. Ce genre de salon fournit l'occasion de retrouver des connaissances, et surtout la possibilité d'entrer en relation avec de nouvelles têtes et de nouveaux talents. Ce fut le cas avec le très sympathique Édouard Peschard, qui s'empressa de me dédicacer le premier opus de sa trilogie. En temps normal, je ne lis pas de littérature jeunesse, étant majeur depuis peu, et me consacrant surtout à des lectures moins édulcorées. Mais Édouard sut montrer tant d'enthousiasme à l'évocation de son roman que je me laissai convaincre, et repartis avec le premier tome sous le bras.

 

Fidèle à mon habitude, je ne me livrerai pas à l'exercice facile du résumé (la quatrième de couverture s'en charge très bien), car je préfère vous donner mes impressions de lecteur. Sachez seulement qu'il s'agit d'une aventure à la fois historique et fantastique se déroulant au Moyen-Âge autour du Mont-Saint-Michel, et qui met aux prises plusieurs groupes d'enfants et de mystérieux et puissants envahisseurs bien décidés à conquérir le monde. L'action est au rendez-vous, soutenue et efficace, les chapitres brefs et bien équilibrés, si bien qu'on arrive rapidement au bout de ce court (182 pages) premier tome avec l'impression que l'histoire ne fait que commencer, et qu'on en reprendrait bien un petit peu.

 

L'auteur exerce la coupable activité de professeur d'histoire, et cela se ressent : sans jamais tomber dans le didactisme, il parvient par petite touche à susciter l'ambiance et le contexte du Mont et de Saint-Malo, et ainsi à nous propulser sans trop de difficulté dans un XIVe siècle alternatif en butte à l'agression d'une civilisation dotée d'une technologie avancée. Des notes explicatives en fin de volumes éclaircissent certains termes, et on peut penser qu'un enfant ou un jeune adolescent pourrait glaner quelques connaissances sur l'histoire médiévale à cette lecture, tout en se distrayant en suivant les péripéties de héros de son âge, accompagnés d'un mentor évoquant à la fois Merlin et Gandalf.

 

Par parenthèse, j'envie les élèves d'Édouard Peschard, car s'il mène ses cours comme il conduit son roman, ce doit être un plaisir d'user ses fonds de culotte sur les sièges de sa classe. J'aurais rêvé qu'il remplace une certaine Mademoiselle P...., en Seconde, qui autrefois réussit presque à me dégoûter de l'Histoire contemporaine en résumant l'épopée napoléonienne à une suite de statistiques économiques et de digressions oiseuses sur le fait que la guerre, c'est pas bien.

 

Refermons la parenthèse, et abordons la question du style.

 

À titre personnel, j'aurais sans doute préféré une écriture un peu plus ciselée, et parsemée de davantage de termes fleurant bon l'ancien français. Parfois, les personnages s'expriment d'une manière trop moderne pour ajouter à la vraisemblance du récit, et quelques dialogues sonnent de façon trop contemporaine pour contribuer à l'immersion dans un monde médiéval. Mais on ne doit pas perdre de vue que le texte vise un public jeune, supposé peu familier avec l'Histoire, et encore moins enclin à consulter un dictionnaire chaque fois qu'un élément de vocabulaire lui échappe. Néanmoins, je note avec satisfaction que le récit est mené au passé simple, au contraire de beaucoup de romans estampillés « jeunesse », écrits au présent comme si les adolescents s'avéraient trop stupides pour saisir les nuances des différents temps du passé !

 

En conclusion, ces « Enfants du continent perdu » se révèle un agréable court roman, où l'aventure et l'action règnent, tout en laissant la place à une discrète érudition et à une tension dramatique qui donne envie de découvrir les suites de cette trilogie.

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Monstrueuse féerie - Laurent Pépin

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Voilà un texte inclassable, différent, dont on ne sort pas intact. Et c'est tant mieux, tant je me sens parfois noyé sous des flots de propositions de lecture où le conformisme des idées (forcément à la mode !) le dispute à une langue peu maîtrisée. Avec cette « Monstrueuse féerie », j'ai ressenti l'impression d'émerger du marais. Enfin !

 

Il ne s'agit pas ici d'un récit de fantasy, même si on y croise des elfes. Même pas de « fantastique » au sens propre du terme, car on n'y retrouve aucun des classiques ingrédients du genre. C'est une longue nouvelle sur la folie, racontée par un dément, mais qui veut dire quelque chose. Exercice difficile que de vouloir se mettre dans la peau, ou plutôt dans le cerveau, de ce qu'il est convenu d'appeler un malade mental. Cela requiert de la connaissance (mais l'auteur en possède, puisqu'il exerce en hôpital psychiatrique), mais aussi et surtout cette touche spéciale qui permet d'aborder des sujets si délicats sans sombrer dans le rapport clinique ou dans le grotesque. Ce « toucher » si particulier, que j'appelle le style, Laurent Pépin le maîtrise, et il lui permet de nous choquer, de nous affliger, de nous écœurer, parfois, sans jamais tomber dans la facilité de la caricature déjà vue.

 

Le lecteur se voit donc entraîné dans le récit « de l'intérieur » d'une maladie mentale, d'une déchéance de l'esprit rationnel. La réalité du narrateur se tord, se distord et s'effiloche au fil de cette confession d'un barjot, et nous, ne disposant que d'un point de vue unique, nous retrouvons bientôt embarqué dans une glissade vers la folie. Mais attention ! On ne se situe pas là en face d'un simple délire, d'une accumulation d'absurdités. L'histoire, ou plutôt le conte, est structuré, agencé de façon à faire coller tous les éléments ensemble selon une logique rigoureuse, si l'on en admet les prémisses. Ici réside tout le talent de Laurent Pépin, dans cette manière de nous présenter l'irrationnel sur un ton relativement raisonnable, ce qui nous amène tout doucement à nous demander quelles sont les limites de la santé mentale, et, par conséquent, où se trouve la frontière qui nous sépare de la dinguerie absolue. Lire cette histoire, ce témoignage, se révèle une expérience traumatisante parfois, et on peut comprendre que certains n'adhèrent pas à la forme employée, cependant j'ai aussi ressenti ce texte comme une preuve qu'il reste possible de sortir des sentiers battus en proposant une offre différente de ce qui se publie d'habitude.

 

Enfin, cette longue nouvelle est également une histoire d'amour, fou, bien entendu. D'abord l'amour jamais partagé pour des parents destructeurs de leur enfant, pour cette famille dysfonctionnelle qui restera la seule référence pour le narrateur. Mais aussi l'amour existant entre le personnage principal et celle qu'il a baptisée « son elfe », et qui essaiera de le sauver malgré lui.

 

« Monstrueuse Féerie » ne se résume pas, ne se raconte pas, c'est un de ces récits qui provoquent un choc, de nombreuses interrogations sur la nature de la folie et du réel, c'est une expérience à lire, et à vivre.

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L'Obscur - Frédéric Lyvins

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Une communauté isolée dans une grande maison peut-être hantée, un suicide collectif, un voisin trop curieux, une adolescente volontaire, un flic obstiné... Si je commence cette chronique par un inventaire, c'est pour montrer que Frédéric Lyvins ne craint pas de puiser dans le réservoir des thèmes et des personnages déjà vus pour construire son thriller fantastique. Et il a bien raison de procéder de cette façon, car il réussit à produire avec ces ingrédients bien connus des amateurs du genre un petit roman sympathique et rythmé, dans la lignée des œuvres d'auteurs anglo-saxons de talent, comme James Herbert ou Graham Masterton, pour qui vous connaissez déjà mon admiration.

 

Quand une petite famille bien sous tous rapports fait l'acquisition d'une grande et belle demeure dans une grosse bourgade du nord de la France, tout semble aller pour le mieux. Mais, très vite, les parents changent d'attitude et de personnalité, et leur fille adolescente se voit obligée de lutter contre ce qui apparaît comme une machination diabolique ourdie depuis longtemps. Dans son combat, elle aura pour allié un inspecteur de police qui n'a jamais admis son échec dans l'enquête sur le meurtre collectif ayant anéanti une communauté qui avait élu domicile dans la maison, des années plus tôt, et un voisin curieux traumatisé par la mort de sa femme qu'il impute aux forces habitant la bâtisse.

 

Nous assistons donc aux efforts d'une jeune fille pour découvrir ce qui a poussé ses parents à changer d'attitude, jusqu'à menacer l'existence de leurs deux plus jeunes enfants, et en quoi consiste l'ombre qui plane sur cette si étrange maison. Comme d'habitude, je n'en dévoilerai pas davantage sur les rebondissements qui rythment cette histoire plutôt bien construite, à la manière des romans d'angoisse de la bonne époque de la collection « Terreur ». Il vous suffira de savoir qu'il s'agit d'une lecture agréable, et pour une fois située ailleurs que dans le Maine ou quelque autre patelin des États-Unis, ce qui, en définitive, procure une impression de dépaysement bien venue. En effet, je me réjouis toujours des trop rares occasions où un auteur francophone choisit de nous présenter une intrigue nouée dans un décor familier de notre vieille Europe, sans nous asséner des personnages stéréotypés genre flics du Effebi-aïe ou gros bras de la Souatte... Un bon point donc pour Frédéric Lyvins.

 

Côté plus négatif, je noterai que le mystère se résout un peu vite, grâce à un personnage intervenant à la manière d'un deus ex machina, ce qui gâche un tantinet la fin du roman, avec des explications arrivant en bloc, comme si l'auteur avait eu hâte de conclure son court (177 pages) roman. Ensuite, mais c'est une affaire de goût, le style demanderait sans doute à se voir davantage travaillé, pour le rendre plus littéraire, moins descriptif et impersonnel. Enfin, le choix d'une adolescente comme personnage principal m'a paru une tentative pour s'adresser à un public très jeune, ce qui le situe en plein dans l'air du temps, mais qui pose quelques problèmes de vraisemblance dans le récit.

 

En conclusion, « L'Obscur » s'avère une lecture sympathique, sans présenter de réelle surprise ou innovation pour un lectorat aguerri au genre. Un livre à offrir sans hésiter à des lecteurs jeunes, ou désireux de s'initier au fantastique contemporain.

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Comuna 13 - Philippe Ward

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Loin de ses montagnes et de ses ours, Philippe Ward nous propose avec « Comuna 13 » un voyage mouvementé en Colombie, entre les derniers soubresauts de la guérilla et le souvenir tout récent des fameux cartels de la cocaïne, dont Medellín était l'épicentre. Fidèle à mon habitude, je ne vous résumerai pas l'intrigue de ce roman nerveux et dynamique, d'autres chroniqueurs l'ont fait avant moi, souvent avec talent. Je préfère évoquer le réel plaisir éprouvé lors de cette lecture.

 

Tous les ingrédients sont réunis dans ce livre pour renouer avec la tradition du parfait roman populaire : une bonne dose d'exotisme, relevée d'un zeste d'érotisme, des adversaires patibulaires, redoutables sans se montrer stéréotypés, des héros malgré eux qui se sortent des difficultés grâce à des alliés parfois improbables, une chasse au trésor... Ajoutez à cette composition un style direct qui ne s'attarde jamais sur le superflu, et vous obtenez une recette parfaite pour un récit qu'on ne lâche pas avant la dernière page !

 

Les personnages sont suffisamment fouillés pour ne pas devenir caricaturaux, Philippe Ward prend le temps de leur fournir un passé, des traits de caractère qui nous les rendent attachants, et cette volonté d'accorder de l'épaisseur à ses acteurs parvient à nous accrocher aux destins croisés et souvent contrariés des différents protagonistes. Ainsi, au fil des pages, Maribel et Sébastien, nos deux héros, deviennent des figures familières, incarnées, que l'on suit avec plaisir et pour lesquelles on tremble et on s'émeut.

 

En plus de toutes ces qualités, la vraie plus-value de « Comuna 13 » reste le réalisme des descriptions de la Colombie en général, et de Medellín en particulier : Philippe y a séjourné, et cela se ressent à travers l'évocation des lieux. Sans jamais se montrer pesant, l'auteur parvient au travers de courtes notations, d'anecdotes choisies, à nous faire partager son attrait pour cette région du monde méconnue, mais qui en devient attirante et passionnante grâce à son talent. Je vous rassure, nous n'avons pas droit à de longues digressions d'ordre politique ou géographique. Tout est dépeint à petites touches, sans longs passages encyclopédiques tirés du Ouèbe : Philippe Ward possède assez son métier et son sujet pour savoir alterner les moments d'action pure et les courtes pauses évoquant les paysages exotiques traversés, nous offrant aussi des aperçus révélateurs sur le contexte social et historique de la Colombie, à travers les interactions avec des personnages secondaires souvent truculents.

 

Comme ses héros, le pays leur servant de cadre devient ainsi autre chose que de simples mots sur le papier : une réalité concrète, presque palpable, permettant une véritable évasion, et c'est, finalement, tout ce que le lecteur demande à un roman populaire !

 

En conclusion, « Comuna 13 » s'inscrit bien dans la lignée de l'oeuvre de Philippe Ward : une littérature sans prétention, mais pas sans qualité, destinée à la distraction mais vouée à l'action, solidement charpentée et bénéficiant d'un parfum de vécu irremplaçable. Le seul bémol que j'ajouterai reste que, comme la fin du roman demeure ouverte, le lecteur peut ressentir un pincement de frustration...

 

Alors, Philippe, à quand la suite ? Dis, c'est encore loin, L'Eldorado ?

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Le masque des regrets - Kurt Steiner

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Le Masque des regrets

 

Kurt Steiner (André Ruellan)

 

Fleuve Noir « Angoisse » N°68

 

Le Masque « Fantastique » première série (rouge) N°17

 

 

 

Voilà encore un petit livre remarquable, à contre-courant des modes actuelles, que l'on risque peu, hélas, de voir rééditer en ces temps d'engouement pour les « sagas » à rallonges ! Il s'agit d'un très court roman, presque une « novela », évitant les descriptions interminables et les études de caractère pour se consacrer à un fantastique discret, atmosphérique et onirique. Si Kurt Steiner s'adonnait surtout à la science-fiction et à l'écriture de scénarios, il a également produit quelques romans d'inspiration surnaturelle, pour la mythique collection « Angoisse » au Fleuve Noir, éditeur dont il fut un des piliers.

 

« Le Masque des regrets » se présente comme le récit d'une rencontre, celle d'un auteur curieux et désœuvré et d'une adolescente au charme trouble et vénéneux lors d'une soirée de Mardi-Gras au cœur du quartier du Marais, à Paris. Intrigué plus que de raison, amoureux dès le premier regard, le narrateur s'aperçoit très vite que la jeune femme cache de nombreux secrets derrière une apparence angélique, et que la réalité contemporaine possède des racines dans le passé, jusqu'au siècle de Louis XIV et de la fameuse Affaire des Poisons... Racontée à la première personne, nous découvrons une histoire linéaire, au cours de laquelle des indices sont semés afin de nous faire deviner sans peine la clef du mystère, somme toute d'un grand classicisme. Inutile ici de chercher une thématique novatrice, ni un suspense insoutenable, donc.

 

Alors, pourquoi évoquer ce roman aujourd'hui, me demanderez-vous ? Peut-être parce qu'avec le recul (ce titre date de 1960) il a éveillé en moi une nostalgie semblable à celle éprouvée lors du visionnage de films français des années soixante, ceux de Audiard et Autant-Lara, par exemple. Car les personnages du roman de Kurt Steiner évoluent dans un Paris qui n'existe plus, une ville dont certains quartiers et certains édifices avaient peu changé depuis le Grand Siècle, une cité magique et parfois dangereuse, où vivait un peuple aux us et au langage particuliers. Par cet aspect, « Le Masque des regrets » m'a rappelé un autre ouvrage peu connu, le très mystérieux et ésotérique « Pantacle de l'ange déchu », de Charles-Gustave Burg, un roman à clef convoquant aussi une histoire d'amour tragique, les drames du passé s'enchevêtrant avec le présent, et une connaissance affûtée d'un vieux Paris disparu sous les coups de pelle mécanique de la promotion immobilière et de la mondialisation sans limites. Car les vieux quartiers de la capitale et leurs habitants aux mœurs bohèmes sont les autres héros de ce petit livre attachant.

 

Alors, si vous cherchez un roman à la mode, un de ces pavés clinquants et conformistes qui semblent constituer le fantastique contemporain, oubliez ce « Masque des regrets ». Mais si un petit voyage nostalgique au cœur d'un Paris d'autrefois, aussi englouti que l'Atlantide, vous attire pour passer quelques heures intrigantes, alors rendez-vous chez votre bouquiniste attitré, vous ne serez pas déçus !

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