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Comuna 13 - Philippe Ward

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Loin de ses montagnes et de ses ours, Philippe Ward nous propose avec « Comuna 13 » un voyage mouvementé en Colombie, entre les derniers soubresauts de la guérilla et le souvenir tout récent des fameux cartels de la cocaïne, dont Medellín était l'épicentre. Fidèle à mon habitude, je ne vous résumerai pas l'intrigue de ce roman nerveux et dynamique, d'autres chroniqueurs l'ont fait avant moi, souvent avec talent. Je préfère évoquer le réel plaisir éprouvé lors de cette lecture.

 

Tous les ingrédients sont réunis dans ce livre pour renouer avec la tradition du parfait roman populaire : une bonne dose d'exotisme, relevée d'un zeste d'érotisme, des adversaires patibulaires, redoutables sans se montrer stéréotypés, des héros malgré eux qui se sortent des difficultés grâce à des alliés parfois improbables, une chasse au trésor... Ajoutez à cette composition un style direct qui ne s'attarde jamais sur le superflu, et vous obtenez une recette parfaite pour un récit qu'on ne lâche pas avant la dernière page !

 

Les personnages sont suffisamment fouillés pour ne pas devenir caricaturaux, Philippe Ward prend le temps de leur fournir un passé, des traits de caractère qui nous les rendent attachants, et cette volonté d'accorder de l'épaisseur à ses acteurs parvient à nous accrocher aux destins croisés et souvent contrariés des différents protagonistes. Ainsi, au fil des pages, Maribel et Sébastien, nos deux héros, deviennent des figures familières, incarnées, que l'on suit avec plaisir et pour lesquelles on tremble et on s'émeut.

 

En plus de toutes ces qualités, la vraie plus-value de « Comuna 13 » reste le réalisme des descriptions de la Colombie en général, et de Medellín en particulier : Philippe y a séjourné, et cela se ressent à travers l'évocation des lieux. Sans jamais se montrer pesant, l'auteur parvient au travers de courtes notations, d'anecdotes choisies, à nous faire partager son attrait pour cette région du monde méconnue, mais qui en devient attirante et passionnante grâce à son talent. Je vous rassure, nous n'avons pas droit à de longues digressions d'ordre politique ou géographique. Tout est dépeint à petites touches, sans longs passages encyclopédiques tirés du Ouèbe : Philippe Ward possède assez son métier et son sujet pour savoir alterner les moments d'action pure et les courtes pauses évoquant les paysages exotiques traversés, nous offrant aussi des aperçus révélateurs sur le contexte social et historique de la Colombie, à travers les interactions avec des personnages secondaires souvent truculents.

 

Comme ses héros, le pays leur servant de cadre devient ainsi autre chose que de simples mots sur le papier : une réalité concrète, presque palpable, permettant une véritable évasion, et c'est, finalement, tout ce que le lecteur demande à un roman populaire !

 

En conclusion, « Comuna 13 » s'inscrit bien dans la lignée de l'oeuvre de Philippe Ward : une littérature sans prétention, mais pas sans qualité, destinée à la distraction mais vouée à l'action, solidement charpentée et bénéficiant d'un parfum de vécu irremplaçable. Le seul bémol que j'ajouterai reste que, comme la fin du roman demeure ouverte, le lecteur peut ressentir un pincement de frustration...

 

Alors, Philippe, à quand la suite ? Dis, c'est encore loin, L'Eldorado ?

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Le masque des regrets - Kurt Steiner

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Le Masque des regrets

 

Kurt Steiner (André Ruellan)

 

Fleuve Noir « Angoisse » N°68

 

Le Masque « Fantastique » première série (rouge) N°17

 

 

 

Voilà encore un petit livre remarquable, à contre-courant des modes actuelles, que l'on risque peu, hélas, de voir rééditer en ces temps d'engouement pour les « sagas » à rallonges ! Il s'agit d'un très court roman, presque une « novela », évitant les descriptions interminables et les études de caractère pour se consacrer à un fantastique discret, atmosphérique et onirique. Si Kurt Steiner s'adonnait surtout à la science-fiction et à l'écriture de scénarios, il a également produit quelques romans d'inspiration surnaturelle, pour la mythique collection « Angoisse » au Fleuve Noir, éditeur dont il fut un des piliers.

 

« Le Masque des regrets » se présente comme le récit d'une rencontre, celle d'un auteur curieux et désœuvré et d'une adolescente au charme trouble et vénéneux lors d'une soirée de Mardi-Gras au cœur du quartier du Marais, à Paris. Intrigué plus que de raison, amoureux dès le premier regard, le narrateur s'aperçoit très vite que la jeune femme cache de nombreux secrets derrière une apparence angélique, et que la réalité contemporaine possède des racines dans le passé, jusqu'au siècle de Louis XIV et de la fameuse Affaire des Poisons... Racontée à la première personne, nous découvrons une histoire linéaire, au cours de laquelle des indices sont semés afin de nous faire deviner sans peine la clef du mystère, somme toute d'un grand classicisme. Inutile ici de chercher une thématique novatrice, ni un suspense insoutenable, donc.

 

Alors, pourquoi évoquer ce roman aujourd'hui, me demanderez-vous ? Peut-être parce qu'avec le recul (ce titre date de 1960) il a éveillé en moi une nostalgie semblable à celle éprouvée lors du visionnage de films français des années soixante, ceux de Audiard et Autant-Lara, par exemple. Car les personnages du roman de Kurt Steiner évoluent dans un Paris qui n'existe plus, une ville dont certains quartiers et certains édifices avaient peu changé depuis le Grand Siècle, une cité magique et parfois dangereuse, où vivait un peuple aux us et au langage particuliers. Par cet aspect, « Le Masque des regrets » m'a rappelé un autre ouvrage peu connu, le très mystérieux et ésotérique « Pantacle de l'ange déchu », de Charles-Gustave Burg, un roman à clef convoquant aussi une histoire d'amour tragique, les drames du passé s'enchevêtrant avec le présent, et une connaissance affûtée d'un vieux Paris disparu sous les coups de pelle mécanique de la promotion immobilière et de la mondialisation sans limites. Car les vieux quartiers de la capitale et leurs habitants aux mœurs bohèmes sont les autres héros de ce petit livre attachant.

 

Alors, si vous cherchez un roman à la mode, un de ces pavés clinquants et conformistes qui semblent constituer le fantastique contemporain, oubliez ce « Masque des regrets ». Mais si un petit voyage nostalgique au cœur d'un Paris d'autrefois, aussi englouti que l'Atlantide, vous attire pour passer quelques heures intrigantes, alors rendez-vous chez votre bouquiniste attitré, vous ne serez pas déçus !

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Histoire de la science-fiction en bande dessinée - Xavier Dollo et Djibril Morissette-Phan

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Histoire de la science-fiction en bande dessinée,

par Xavier Dollo et Djibril Morissette-Phan

aux éditions Les Humanos/Critic

 

 

 

Une fois n'est pas coutume, le blog du Collectif ZLLT va chroniquer une BD. Mais pas n'importe laquelle : il s'agit aujourd'hui d'une bande dessinée « documentaire », très ambitieuse puisque voulant retracer l'histoire d'un genre littéraire qui nous est cher, la SF.

 

« Documentaire, ça veut dire plein de noms, de dates et d'informations, c'est chronologique et scolaire, bref, c'est chiant ! Rien à voir avec les petits miquets que j'aime lire ! », s'exclamera alors le bédéphile grognon et peu curieux.

 

Et il se plantera, le bougre !

 

Car les deux auteurs de ce gros (208 pages!) ouvrage, Xavier Dollo pour le scénario et Djibril Morissette-Phan, pour le dessin, ont réussi le pari un peu fou de fournir une œuvre à la fois distrayante pour le profane, et documentée pour l'amateur éclairé. Le texte est bien sûr didactique, mais le ton jamais ennuyeux ou professoral, ce qui donne davantage au lecteur le sentiment de se voir intégré à une conversation plutôt que de subir un cours magistral.

 

On suit donc les deux complices dans une balade qui nous mène des origines du genre (les grands mythes de l'humanité) jusqu'aux écrivains contemporains, en passant par les fondateurs modernes (Mary Shelley, Verne, Wells,,,) et par les différentes écoles et tendances de la science-fiction (l'Âge d'or américain, la nouvelle vague, les « punks » steam- et cyber-, sans oublier bien entendu les auteurs français, etc.) Le scénario est soutenu par différentes astuces de narration, et nous nous surprenons bientôt à dialoguer avec les auteurs évoqués. C'est un bonheur de suivre H-G Wells pendant qu'il nous explique la genèse de ses romans, ou lorsque nous nous retrouvons dans la cabine téléphonique du Docteur Who pour des téléportations dans les différentes époques. Nous nous voyons même conviés à un dîner organisé par le créateur d' « Astounding » où les invités ne sont autres que les grands écrivains de l'Âge d'Or qui nous racontent leurs vies et leurs carrières. L'ensemble se révèle ainsi ludique, amusant parfois, jamais lourd ou contraint, et nous oublions que nous tenons en main un « ouvrage documentaire ».

 

Le dessin se conjugue avec le texte de façon harmonieuse, la lecture aisée grâce à une mise en page claire, mais pas trop classique. On sent d'ailleurs dans le découpage et dans le choix des couleurs une influence des « comics » américains, qui s'accorde avec bonheur au thème général du livre. Enfin, cette BD s'avère une véritable mine de suggestions pour un lecteur néophyte désireux de découvrir la SF, et de se constituer une culture dans ce genre si complexe. En effet, en bas de nombreuses pages, on trouve des listes de lecture, des films à voir, des couvertures de collections à explorer, bref, tout ce qu'il faut pour avoir envie de se précipiter chez le libraire spécialisé du coin !

 

Le plaisir devient un peu différent pour un vieux lecteur de SF comme moi, modeste collectionneur d'anciennes éditions, car la plupart des titres fondateurs évoqués sont déjà en ma possession (parfois dans différentes versions), mais la lecture de « L'Histoire de la SF en BD » m'a parfois redonné l'envie de me replonger dans un classique du « Rayon Fantastique » ou d' « Ailleurs et Demain », et m'a surtout motivé pour me mettre en quête de certains titres manquants.

 

En guise de conclusion, j'ajouterai seulement qu'on peut lire cette BD pour le simple plaisir de la découverte d'un genre, et aussi parce que de nombreuses anecdotes se révèlent aussi passionnantes que certaines fictions ; mais aussi qu'il faut la garder à portée de main comme un ouvrage de travail permettant de vérifier faits et références. Enfin, je mets au défi les curieux de ne pas se constituer une liste de souhaits et de recherches pour se bâtir une bibliothèque idéale de SF. En tout cas, c'est tout le mal que je vous souhaite !

 

PS : Continuez à suivre le Collectif ! Si vous voulez en savoir plus sur Xavier Dollo, alias Thomas Géha, nous vous offrirons bientôt une interview de l'auteur de « Histoire de la SF en BD » !

 

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Strange Crazy tales of pulpe - Les éditions « Les Artistes fous associés 

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Cette petite maison d'édition au nom qui sonne comme une plaisanterie nous propose en réalité un joli petit recueil bien sympathique, qui se veut un hommage et un prolongement des anciens magazines « pulps » de l'âge d'or de la SF américaine. Je dois avouer que je suis très amateur de ces récits populaires écrits voilà bientôt un siècle par des auteurs dont beaucoup ont sombré dans l'oubli. Il m'arrive même de temps à autre de replonger dans les anthologies publiées par « J'ai Lu » pour relire des nouvelles de Catherine L, Moore ou de Seabury Quinn, et de m'en régaler (1). Il y est question d'exploration spatiale et de quêtes mystiques, de contrebandiers sidéraux et de demoiselles en détresse, de démons et de merveilles. Les héros y sont sans complexe et parfois sans scrupule, et l'aventure la plus débridée y règne sans partage...

 

Il s'agit donc d'une belle initiative de cet éditeur de tenter de ressusciter ce style de récit, avec la complicité de treize auteurs. Mais a-t-il réussi son pari ?

 

Sans hésiter, la réponse est « oui » ! L'esprit « pulp » est présent dès la couverture, joliment travaillée pour prendre l'aspect fatigué des publications d'époque, et les textes sont illustrés avec talent à la manière des magazines originels. Bien, me direz-vous, mais les nouvelles ? Je répondrai que, étant donné la variété des styles, des auteurs et des thèmes abordés, il serait difficile de ne rien trouver de satisfaisant dans ce recueil. En effet, du polar au space opera, du fantastique à la « fantasy », presque tous les genres de l'imaginaire sont mis à contribution, donc chacun trouvera son bonheur en piochant dans la table des matières. À titre personnel, j'ai eu mon lot de jolies découvertes et de petites insatisfactions, en fonction de mes goûts et de l'humeur du moment. Parfois, j'ai fait la connaissance de réels talents, et à d'autres moments j'ai trouvé que certains auteurs se livraient à trop de parodie, ou bien cédaient à certaines lubies contemporaines assez éloignées de l'esprit « pulp » proprement dit, mais l'impression d'ensemble en refermant l'ouvrage reste d'avoir passé un bon moment en compagnie d'auteurs ayant joué le jeu d'une littérature sans prétention et dont le but avoué est de distraire.

 

Mais attention : en relisant la dernière phrase (oui, il m'arrive de me relire, même si ça ne se voit pas) je me suis dit qu'il ne fallait pas que vous pensiez que ce « Strange crazy tales... » ne consiste qu'en une suite d'historiettes dépourvues de profondeur. Comme toute littérature de fiction se donnant pour but l'exploration des univers de l'imaginaire, ces récits peuvent amener le lecteur à des réflexions sur notre monde bien réel, à la manière d'un miroir déformant qui, en accentuant les défauts, pousse à s'interroger sur la nature profonde de ce qu'il est convenu d'appeler « la réalité ».

 

C'est pourquoi je recommande la lecture de ce petit ouvrage ( et en plus, il est joli et pas cher du tout !)

 

 

(1) Les meilleurs récits de Weird Tales, Astounding, Amazing, Planet stories, etc...

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Le masque de Loki - Roger Zelazny et Thomas T. Thomas

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Si je connaissais Zelazny grâce à quelques-uns de ses romans parus chez Denoël « Présence du Futur », en particulier « Royaumes d'Ombres et de Lumières » et « Toi l'Immortel » ; j'ignorais l'existence de son coauteur, un certain Thomas T. Thomas. Hormis le fait que ses parents devaient posséder un sens de l'humour bien particulier (surtout si son deuxième prénom est Thomas), je ne sais rien de ce monsieur dont la quatrième de couverture proclame qu'il « est un écrivain prometteur ».

 

Le roman, conçu de façon habile, nous promène entre deux époques : les Croisades et un futur très proche, un XXIe siècle qui ressemble fort au nôtre, sur les traces d'un musicien de jazz paraissant l'enjeu inconscient d'une lutte entre deux factions mystérieuses et déterminées. Tandis que le héros malgré lui subit diverses manipulations visant à lui faire retrouver la mémoire de ses précédentes incarnations, une partie d'échecs millénaire a lieu entre les derniers Templiers et les descendants des disciples du Vieux de la Montagne, les Haschichins. Le but ultime de cette confrontation consiste en quelques pierres mystiques, fragments d'un cristal dérobé en Asgard par le maléfique Loki. Quel rapport entre la religion nordique et la Palestine du XIe siècle ? Au lecteur curieux de le découvrir, on n'est pas partisan de mâcher le travail, ici au blog ZLL !

 

Présentée ainsi, l'intrigue s'avère attrayante : un soupçon de SF, de la mythologie (et Zelazny s'est montré ailleurs fin connaisseur du sujet), une pincée de conspiration au moins aussi vraisemblable que du Dan Brown (c'est à dire très peu!), de l'Histoire à grand spectacle avec des batailles médiévales et du sang vermeil sur du sable brûlant, tout ça semble très appétissant pour l'amateur de mystère et de fantastique.

 

Pourtant, la mayonnaise ne prend pas. Peut-être à cause du procédé de va-et-vient entre les époques, qui devient lassant à force de répétition. Peut-être aussi en raison des clichés sur les Croisades, avec les Templiers machiavéliques et sournois, les Francs bourrins et sociopathes, et les mahométans raffinés et cruels. Cette vision très hollywoodienne et américaine du Moyen-Âge, simpliste et sans nuance dénote un manque de recherche, et, au final, ce déficit de connaissance profonde du sujet m'a procuré une impression de superficialité, comme quand les auteurs affirment qu'on peut apercevoir l'Atlantique du haut des collines de Normandie ! En ce qui me concerne, ce genre de bourde et de facilité me sort de l'histoire, et coupe les ailes de ma suspension d'incrédulité aussi vite qu'une salve de FlakVierling sur un Mosquito ! Le duo Zelazny-Thomas semble parfois s'empêtrer dans les explications, et n'obtient souvent qu'un peu plus de confusion dans un récit qui s'étire sans réelle nécessité sur plus de trois cent cinquante pages.

 

Avis mitigé, donc, et c'est dommage, car les idées de départ, sans se démarquer par une folle originalité, paraissaient prometteuses. À lire lors du prochain confinement, mais pas l'acquisition indispensable qui trompera l'ennui à coup sûr.

 

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Bienvenue à Sturkeyville - Bob Leman

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Une fois n'est pas coutume, je vais commencer cette chronique par des remerciements : à la créature protéiforme qui s'abrite derrière le pseudonyme de « Anton Vandenberg », qui m'a donné envie de lire ce petit ouvrage ; et à Damien Lagauzère, rôliste enthousiaste et fan de la première heure, qui m'a aimablement procuré l'objet de cet article.

 

« Bienvenue à Sturkeyville » est ce qu'il est désormais convenu d'appeler un « fix-up ». Pour ceux qui, comme moi, répugnent à utiliser la langue de Wellington et de Benny Hill, je préfère les termes de « recueil de textes courts reliés par un fil conducteur ».

 

Six nouvelles forment cet ensemble, où Sturkeyville, petite ville des Appalaches, tient le rôle de personnage central. C'est autour de cette cité en apparence somnolente, représentative des U.S.A. de la première moitié du siècle dernier, que se nouent des intrigues inquiétantes. Sturkeyville, en surface, symbolise l'archétype de la bourgade sans histoire, où naissent, travaillent et meurent des gens normaux. Une riche bourgeoisie y tient le haut de l'échelle sociale : industriels, banquiers et notaires se marient entre eux, se cooptent et veillent sur la santé morale et économique d'une population laborieuse et globalement satisfaite de son sort. Les premiers habitent des manoirs victoriens, les autres vivent dans des maisonnettes construites par les patrons paternalistes de la fonderie locale. Tout va pour le mieux à Sturkeyville, donc, dans la meilleure Amérique possible.

 

Vraiment ?

 

À mesure que nous découvrons les nouvelles, un autre portrait se brosse derrière la façade et ses habitants. On apprend qu'un abominable ver télépathe a pris la place d'une gentille mère de famille, et téléguide les actions de ses proches. On découvre que l'espèce des vampires se perpétue dans les ruines environnantes, tandis qu'un tueur en série rôde sur les rives d'un lac « aussi noir qu'une plaque d'ardoise »... À moins qu'il ne s'agisse de ces créatures mythiques qui furent autrefois des enfants et qui vivraient cachées dans la vase ? On fait la connaissance d'une famille consanguine vivant de peu et réfugiée dans un bourg décrépit, autour d'un patriarche pour le moins impressionnant. Pire que tout, une boucle temporelle causée par l'idiot du village déforme l'histoire et la réalité, au gré des errances d'un cerveau impénétrable !

 

Les thèmes abordés par Bob Leman ne se distinguent pas par leur originalité. On pense tout de suite aux Catskills de Lovecraft, où grouillent les familles dégénérées adoratrices de divinités monstrueuses. On peut aussi songer aux maisons hantées aux dimensions aberrantes d'Arkham, tant l'ambiance de Sturkeyville devient oppressante à mesure que l'on arpente ses rues en compagnie de Bob Leman. Mais j'ai toujours pensé que l'originalité, si elle est bienvenue parfois, ne constitue pas toute la saveur d'une histoire. En revanche, la manière dont celle-ci est traitée, le style et l'angle d'attaque font souvent la différence entre une nouvelle réussie et un conte banal. Et avec ce recueil, nous sommes servis ! Ainsi, le thème archirebattu du vampire est vu ici sous un angle très différent, autrement dit, ne vous attendez pas à rencontrer des suceurs romantiques comme chez Madame Rice, ou des godelureaux fragiles comme chez Madame Meyer ! De même, le motif de la mutation, de la métamorphose, s'il est omniprésent chez Leman, se voit ici traité davantage à la manière de Kafka que de celle des auteurs de science-fiction classique.

 

Mais surtout, Bob Leman possède un style bien personnel, qui le démarque des grands auteurs déjà cités : moins boursouflée que celle de Lovecraft, plus imagée que chez King, souvent teintée d'ironie, toujours très juste, la patte de cet écrivain parvient à distiller le malaise de façon insidieuse. J'ai pensé plusieurs fois au ton acide d'Ambrose Bierce : même recul et même malice sous-jacente dans certaines descriptions de caractères, même attrait pour l'étrange et le grotesque entre ces deux auteurs américains. Pour donner à ressentir toute la finesse et la force de ce style, je pense que la traduction de Nathalie Serval est très réussie, ce qui me pousse à féliciter « Scylla », une petite maison d'édition qui a accompli un formidable travail pour nous faire découvrir ce recueil de très grande qualité, illustré de dessins signés Arnaud S. Maniak restituant à la perfection l'ambiance et le ton des récits.

 

Le seul regret que j'ai éprouvé en refermant ce « Bienvenue à Sturkeyville » est que Bob Leman fut un auteur très peu prolifique, car j'aurais volontiers prolongé le plaisir avec d'autres histoires de cet écrivain injustement méconnu. En conclusion, amis lecteurs, précipitez-vous à Sturkeyville, vous y serez les bienvenus !

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Cochrane vs Cthulhu - Gilberto Villaroel

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Comme chacun devrait le savoir, je suis depuis toujours fasciné par le Mythe de Cthulhu, et très amateur des récits prolongeant, avec plus ou moins de succès, l’œuvre de Lovecraft. Depuis quelques années, il semblerait que toute une génération d'auteurs reprenne le mythe, le remette au goût du jour et l'actualise, chacun selon sa sensibilité ; et cette mode me réjouit.

 

Ce que vous ignorez sans doute, amis du Collectif ZLLT, c'est que je voue une fervente admiration pour Napoléon 1er et son époque. Alors, vous pensez bien que je me suis jeté sur cette parution qui propose une aventure maritime mettant aux prises un célèbre amiral anglais, une garnison de dragons de la Garde et le principal Grand Ancien de la mythologie lovecraftienne, Cthulhu en personne, le tout durant les Cent Jours.

 

Je ne connaissais pas cet éditeur, « Aux Forges de Vulcain », mais je dois reconnaître qu'il propose des livres attirants, en ce qui concerne la fabrication : maquette sobre qui change des habituelles photos bidouillées, impression et papier de qualité font que le lecteur prend en main un ouvrage très professionnel. Autre point agréable : un avant-propos et une postface de l'auteur permettent de découvrir la genèse de l’œuvre, ce qui se révèle utile lorsqu'on s'intéresse au processus d'écriture. J'ai bien relevé quelques coquilles (surtout vers la fin du livre), et quelques phrases ou expressions m'ont paru inadaptées, sans doute à cause de la traduction, mais l'impression sur l'ensemble du volume reste favorable.

 

En fait, l'auteur chilien de ce roman propose une sorte de relecture de « L'Appel de Cthulhu », avec l'émersion de la cité engloutie de R'Lyeh au large des côtes françaises, et le combat désespéré des ennemis héréditaires réunis pour lutter contre un dieu extraterrestre terrifiant. Nous nous trouvons ici dans un univers uchronique, où la principale différence avec l'histoire réelle réside dans le fait que, dans ce monde parallèle, Napoléon a construit Fort Boyard une quarantaine d'années avant son achèvement véritable en 1857. Sinon, le contexte demeure familier, ce qui permet d'entrer dans l'action sans longs chapitres d'exposition.

 

Car, de l'action, il y en a ! En un peu moins de quatre-cents pages, nous assistons à la découverte d'une menace fondamentale pour l'humanité, qui va amener Anglais et Français présents dans le fort à conclure une alliance insolite pour repousser les assauts de Cthulhu et ses créatures infernales. Les militaires seront aidés par deux des esprits les plus acérés de l'époque, les frères Champollion, envoyés spécialement de Paris par Fouché pour interpréter de mystérieuses inscriptions proches des indéchiffrables hiéroglyphes égyptiens...

 

Vous l'aurez compris, l'idée brille par son originalité, et « Cochrane VS Cthulhu » se lit vite, à la façon d'un roman d'aventures sans prétention. Cette impression est renforcée par le style sans fioritures, très dynamique et quasi cinématographique, et les amateurs de rebondissements devraient ressentir le même plaisir qu'au visionnage d'un honnête film d'action.

 

Alors, pourquoi ai-je refermé ce livre avec un sentiment mitigé, entre la légère déception et le regret ? Sans doute à cause de quelques erreurs historiques et techniques gênantes dont voici quelques exemples :

 

— le capitaine n'est pas un grade d'officier supérieur, mais subalterne

 

— personne ne se roulait de cigarettes en 1815, pour la bonne raison qu'elles n'existaient pas (elles furent popularisées par les Anglais après la guerre de Crimée)

 

— des erreurs techniques sur la navigation, et les navires de l'époque, en particulier sur l'utilisation de la vapeur (c'est d'ailleurs un Français qui a inventé le procédé, et pas Cochrane). De plus, je vois mal comment diriger une embarcation si on remplace le gouvernail par une hélice, comme indiqué page 307...

 

Mais il s'agit là de détails qui risquent de choquer peu de lecteurs, hormis ceux qui, comme votre serviteur, se révèlent de pénibles pinailleurs. J'ai déjà indiqué que ce roman utilisait les procédés du roman-feuilleton populaire, ce qui lui confère un dynamisme certain, un petit côté daté sympathique. Hélas, il n'en évite pas les écueils : malgré un bel effort pour dépeindre des personnages secondaires attachants, le héros se montre si vierge de tout défaut, si surhumain qu'il a peiné à susciter mon empathie. Cochrane est décrit comme une sorte de géant inaccessible à la peur ou à la fatigue. Doué dans tous les domaines, il bricole un lance-flammes avec une lampe à huile et un canon de fusil à ses heures perdues, avant de prendre tout naturellement le commandement des opérations dans la lutte désespérée contre un Grand Ancien un peu grognon d'avoir été réveillé en sursaut... On peut être bon public, mais parfois, trop c'est trop ! Pour ma part, je préfère les personnages présentant quelques faiblesses, un peu humains, quoi, et pas des sortes de super-héros dignes des pires navets Marvel revus par Disney...

 

Un autre tic d'écriture qui m'a un peu agacé consiste à donner un résumé des chapitres précédents, comme si le récit était vraiment livré en épisodes. Ce procédé répétitif, peut-être destiné à fournir un volume de pages plus important, le public préférant les pavés aux formats courts, peut sembler amusant au début, mais il m'a fatigué tout au long d'un si grand nombre de chapitres.

 

Et Cthulhu, dans tout ça ? Villaroel nous en dessine un portrait fidèle à la description de Lovecraft, mais dans un esprit plus proche de celui de Derleth, ou pire, de Lumley. Le Grand Ancien nous est décrit comme un danger physique, matériel, qu'on peut contrer à coups de barils de poudre noire et de fusées Congreve. Tout l'aspect surnaturel, mystique, toute la dimension génératrice de folie se voient bannis du récit, au profit d'une approche matérialiste du conflit. Cthulhu est dépeint comme un extraterrestre gigantesque et vindicatif, doté de l'éternité et d'une puissance immense, mais l'aspect vertigineux, transcendant qu'a su lui conférer Lovecraft est évité, et je le regrette un peu. En fait, le dieu qui surgit de R'lyeh évoque davantage le monstre de Cloverfield qu'une entité extradimensionnelle dont la seule vision suffit à rendre dément : le genre de bestiau qu'une bonne bombe atomique tactique ou un Cochrane en forme parviennent à renvoyer dans sa tanière.

 

En conclusion, malgré toutes les réserves énoncées, et même si « l'horreur cosmique » si chère à Lovecraft reste quasi absente du récit, « Cochrane vs Cthulhu » s'avère un livre honnête, procurant une lecture divertissante, à condition de ne pas se montrer trop à cheval sur la fidélité au canon lovecraftien, et sur la rigueur technique et historique.

 

 

 

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Nouvelles de la Zone 52

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Un recueil de nouvelles aux éditions... « Zone 52 » !

 

 

 

J'aime les nouvelles ! Alors, quand j'ai l'occasion de lire un gros recueil au titre mystérieux, c'est vous dire si je me réjouis ! Et quand, en guise de cerise sur le gâteau, ce recueil m'est remis en main propre, assorti d'une belle dédicace par un auteur ami que j'apprécie beaucoup, ladite cerise devient un bigarreau format maousse !

 

Il s'agit donc d'une collection de vingt nouvelles autour d'un thème central assez vaste pour permettre une grande diversité de styles, de regards et d'approches, ce qui se révèle, à mon sens, très divertissant de par la variété de l'ensemble. On passe ainsi du policier au gore, de la SF à la poésie, du fantastique à l'inclassable, tout en tournant autour de la mystérieuse « Zone 52 ».

 

Comme d'habitude, je ne ferai pas la recension et la critique de chacune des histoires, le but de mes chroniques restant de donner envie de découvrir (ou pas!), et non pas de gâcher le plaisir de la découverte en divulguant la substantifique moelle de chaque récit.

 

Il vous suffira donc de savoir que la Zone 52 se définit comme une sorte d'espace ouvert à tout l'imaginaire de ce collectif d'auteur, encore plus intrigant que la fameuse Zone 51, où, comme chacun sait, les émules de Sculler et Muldy passent leurs vacances à disséquer des cadavres d'ITI ou à déjouer les conspirations d'agences encore plus douteuses que secrètes.

 

Comme dans tout recueil de nouvelles, chaque lecteur préférera tel ou tel texte, selon ses goûts personnels et ses propres choix. Certes, certaines histoires manquent peut-être un peu de maturité dans le style, mais c'est une très bonne chose de publier de jeunes talents et ainsi de donner leur chance à des plumes qui ne demandent qu'à s'affirmer. Dans l'ensemble, il s'agit d'une anthologie de bonne tenue, avec des histoires de bon niveau, et surtout ce recueil donne envie de découvrir certains des auteurs peu connus.

 

Je retiendrai cependant quelques textes que je juge particulièrement marquants : d'abord, « Quarantine », de notre camarade Zaroff. Il ne s'agit pas ici de vil copinage, mais ce petit texte consiste en un avant-propos (au cinéma, on parlerait de « préquel ») à son court roman gore chez le même éditeur : « Héca-Tomb », et se révèle particulièrement éclairant sur les goûts et la démarche de cet auteur. En lisant ce court récit, on comprend que Zaroff développe son univers bien à lui, et reste fidèle à son style direct et épuré, et aussi qu'il en a encore sous le pied !

 

Une belle découverte, maintenant, avec « Pour nous d'abord » de Christophe Siébert. Cette nouvelle est extraite de son recueil « Images de la fin du monde », et m'a réellement donné envie d'appréhender ce monde bien particulier, dans un style très personnel que j'ai trouvé passionnant.

 

Enfin, j'attribue la mention spéciale à David Didelot, qui m'a autant amusé qu'inquiété avec sa « Dénonciation positive N°16984-270549 ». En quelques pages d'un réalisme glaçant, cet auteur livre une critique acerbe et criante de vérité de notre époque et de ses dérives, faisant encore une fois la preuve que l'enfer est pavé de bonnes intentions, et que « 1984 », c'est déjà demain...

 

En conclusion, « Nouvelles de la Zone 52 » s'avère un excellent recueil, et un souffle d'air frais montrant que la nouvelle reste un art à part entière, qu'on aimerait trouver plus souvent sur les tables des libraires.

 

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Le livre sans nom - Anonyme

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« Le Livre sans Nom », par un auteur anonyme (et qui fait bien de le rester)

 

 

 

Suis-je anormal ? Peut-être, sans doute même, car comment rester indifférent après la lecture d'une œuvre qui a récolté tant de lecteurs enthousiastes, tant de critiques élogieuses, et qui a suscité tant de spéculations sur l'identité de son auteur ? Peut-être aussi suis-je trop vieux pour ces conneries, comme disait l'autre, mais en refermant ce gros volume, j'ai seulement ressenti l'impression d'avoir perdu mon temps.

 

Pourtant, l'accroche avait tout pour me plaire : sur la quatrième de couverture, il est question d'enquêtes surnaturelles, de cinéma de genre avec des références à Tarantino (bof !) et à Carpenter (le grand maître), et surtout d'un livre sans nom aux mystérieux pouvoirs ! C'est donc confiant et songeant au mythique Necronomicon et au terrifiant Codex DeSoto que j'entamai la lecture de ce pavé à la sombre couverture. Et en effet, les références aux films qui n'entreront jamais à la Cinémathèque y sont nombreuses, presque autant que les cadavres. On passe allègrement du western à « Terminator », du « Silence des Agneaux » à « Seven », du « Vampires » de Big John Carpenter à « Sin City »... Mais amonceler les clins d’œil (trop) appuyés et les références ne suffit pas à écrire un bon livre. Pas plus qu'un amas de clichés ne parvient à construire un polar efficace, avec des personnages qu'on aime suivre, et des méchants qu'on adore craindre et détester. Ici, les poncifs s'accumulent au mépris de toute vraisemblance, et j'ai ressenti plusieurs fois l'impression que l'auteur avançait dans son récit sans plan ni vision d'ensemble de ce que deviendrait le livre une fois achevé. D'où l'ajout de comparses improbables, arrivant sur scène pour se faire dézinguer aussi vite qu'ils ont lâché une réplique, avant de disparaître pour toujours.

 

On tue beaucoup dans ce livre, ce qui ne serait pas pour me déplaire, à condition que les meurtres se révèlent un tant soit peu créatifs. Malheureusement, la lecture de ces divers assassinats finit par devenir lassante : coups de feu à répétition, armes dissimulées dans les manches et munitions à gogo, rien de novateur, si ce n'est qu'il me semble que la quantité de plomb tirée dans ce bouquin dépasse largement celle utilisée par les armées du Mikado un matin de décembre 1941 dans la charmante station balnéaire de Pearl Harbor. Tout ça pourrait devenir amusant par son côté exagéré, cartoonesque, comme quand Elmer Fudd le chasseur gâche un million de munitions pour rater avec constance un canard plus déjanté que mangeable, mais la mayonnaise ne prend pas à cause d'un style aussi plat que l'encéphalogramme d'un militant du (ici, ami lecteur, placez le sigle du parti politique que vous haïssez le plus. Moi, je ne veux me fâcher avec personne).

 

Car, je dois bien l'avouer, notre anonyme écrit sans panache, sans la moindre métaphore rigolote, sans aucune comparaison saugrenue, bref, sans ce petit quelque chose qui secoue un peu le lecteur et lui donne envie de tourner la page. Là où, pour faire passer les multiples invraisemblances, il aurait fallu la verve rabelaisienne, énorme, gargantuesque d'un San-Antonio en forme, l'auteur du Livre sans nom se contente d'aligner les mots sans jubilation ni folie, nous laissant sur le bord de la route sans aucune envie d'embarquer.

 

« Et le fantastique, dans tout ça », me direz-vous, l’œil torve et la bave aux lèvres, assoiffés comme je vous connais de manifestations surnaturelles et de créatures chairdepoulesques ? Eh bien, le courageux anonyme tente d'en fabriquer en convoquant quelques clichés du genre : on croise donc des vampires, une pierre magique censée accorder l'invulnérabilité, une ville où les éclipses solaires se produisent tous les cinq ans, des moines puceaux et anti-alcooliques mais experts en arts martiaux (ah non, ça, ce n'est pas fantastique, juste ridicule) et une voyante extra-lucide. Mais, encore une fois, il ne suffit pas de plaquer sur une histoire des éléments appartenant au genre pour la transformer par miracle en récit fantastique, loin de là. Le seul résultat de ces pénibles ajouts est de conforter l'idée que le lecteur se trouve face à un embrouillamini lourdaud, un brin démagogique, voire putassier, destiné à attirer un lectorat le plus large possible, à condition qu'il ne se montre pas difficile.

 

Je n'évoquerai pas la lourde vulgarité des dialogues échangés par les protagonistes. Bon, juste un peu, mais c'est parce que vous insistez... Alors, je pense qu'il ne suffit pas d'écrire « enculé » à chaque phrase pour se poser en auteur rebelle et rock n' roll, et pour montrer que ses personnages sont des vrais gros durs. Il existe tant de possibilités créatives et rigolotes dans le domaine de l'injure grossière, tant de voies à explorer dans le monde de l'invective humiliante que l'emploi systématique de cette simple interjection passée dans le langage courant dénote à elle seule la faiblesse imaginative de l'auteur.

 

En conclusion, si vous voulez vraiment vous éclater avec une histoire irrespectueuse, choquante, pleine de bruit, de fureur et de boyaux explosés, avec en plus du vrai fantastique pas pour les chochottes et des tueurs qui filent la pétoche à Satan en personne, oubliez « le Livre sans Nom » et procurez-vous « Preacher », le comics de Garth Ennis. Là, au moins, vous en aurez pour votre argent, et en plus, c'est plein de jolis dessins !

 

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Le Dieu vampire - Jean-Christophe Chaumette

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En préambule, je préviens les amateurs de vampires adolescents entièrement sculptés dans un cure-dents, les lectrices de « Twilight », les fans de romance bourrées de beaux gosses à longues canines et les collectionneuses de bit-lit en général que ce « Dieu Vampire » n'est pas pour eux. « Fuyez ! Pauvres fous ! » comme disait l'autre barbu. !

 

Comme d'habitude, je ne résumerai pas ce livre : vous me semblez assez grands pour trouver la quatrième de couverture sur de bons sites Internet. Il vous suffit de savoir qu'il s'agit ici d'un pur roman fantastique, et que si les sentiments ne sont pas absents du récit, ils n'en constituent pas la trame essentielle. Nous nous trouvons donc confrontés à toute la noirceur du mal qui se niche dans les tréfonds de l'humanité, et les vampires dont il est question ressemblent davantage à des bourreaux argentins ou tchétchènes qu'à des éphèbes tourmentés par une crise d'adolescence compliquée par la pousse intempestive de quelques dents surnuméraires.

 

Comme à son habitude, Jean-Christophe Chaumette nous propulse dans son intrigue sans nous laisser le temps de souffler : à l'instar des meilleurs auteurs de thrillers américains, il balade le lecteur entre les montagnes de la Mongolie et les banlieues chic des Yvelines, en passant par l'île de Ré et le musée Guimet. Absorbés par un style nerveux, dépouillé, nous suivons les aventures d'une improbable équipe de traqueurs de monstres, de tueurs sadiques et sanguinaires que nous avons plaisir à détester. Car les adversaires de nos héros malgré eux ne dorment pas dans des cercueils, en attendant l'heure nocturne d'aller séduire de belles innocentes avant de les laisser exsangues, comme dans toute histoire vampirique qui se respecte. Ce sont plutôt des bourreaux humains de la pire espèce, de ceux qui ont terrorisé les peuples dans le monde entier et de tous les temps, du Chili au Rwanda et au Cambodge, et des roitelets assyriens à Hitler et Staline, en passant par Gengis Khan et Vlad l'Empaleur.

 

Jean-Christophe Chaumette renouvelle et modernise un mythe ancien, bouleverse les règles et introduit des éléments scientifiques, voire science-fictionnels pour dépoussiérer un thème qui ronronnait depuis trop longtemps entre le gore de cinéma fauché et la romance pour adolescentes victimes de poussées hormonales. On retrouve dans cette façon de raconter ce qui est devenu la marque de fabrique de cet auteur, qui ne se contente pas des étiquettes éditoriales accolées à des « genres » précis. Car ce « Dieu Vampire » pourrait aussi bien se retrouver classé dans la catégorie « Science-fiction », aux côtés, par exemple, des « Vampires de l'Espace » de Colin Wilson. Avec sa rigueur scientifique (il exerce la profession de vétérinaire, comme son héroïne) Chaumette dépeint une aventure où rien ne s'avère surnaturel, hormis l'hypothèse de départ : si on oublie celle-ci, aucun des événements décrits ne viole les lois de la nature, ni celles de la science. On peut juste affirmer que l'auteur spécule et lâche la bride à son imagination, mais à aucun moment l'action ne devient invraisemblable, ou grotesque, et notre incrédulité reste suspendue jusqu'à la dernière page, et continue à alimenter l'imaginaire une fois le volume refermé.

 

« Le Dieu Vampire » s'avère donc un excellent livre au suspense constant, habité par des personnages attachants, et animé par une action quasi ininterrompue. Mais surtout, il se pose comme l' un de ces ouvrages inclassables qui laissent une impression durable, et finalement, ils ne sont pas si nombreux que ça dans le domaine des littératures de genre.

 

Maintenant, si vous voulez en savoir davantage sur Jean-Christophe Chaumette, sur sa carrière, ses inspirations et sa façon de travailler, je vous conseille de rester fidèles au blog du Collectif : nous avons en effet soumis Jean-Christophe à la question, façon Torquemada, bien sûr, et il a tout déballé ! Compte-rendu détaillé la semaine prochaine, si vous êtes bien sages !

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