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Entretien avec Philippe Morin

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Bonjour à vous. Avec la sortie de votre deuxième roman paru chez Rivière Blanche, nous avions envie d'en savoir plus sur vous. Vous nous semblez être un auteur discret qui ne s'éparpille pas dans les multiples réseaux sociaux nauséabonds qui peuplent Internet. Quel est votre parcours d'auteur ?

J’écris depuis l’âge de vingt ans, à peu près. J’en aurai le double dans le courant de l’année. J’ai été publié à trente ans pour la première fois, déjà chez Rivière Blanche, une collection que j’ai connue en effectuant des recherches sur le web sur L’Autoroute sauvage de Gilles Thomas. J’ai découvert un auteur qui était publié dans cette structure, Thomas Geha, qui venait de sortir un bouquin très inspiré de la trilogie de l’Autoroute. Je me suis penché sur le catalogue de la maison puis j’ai soumis les premiers chapitres d’un roman sur lequel je bossais à Philippe Ward qui m’a dit qu’il était intéressé… Je ne suis jamais allé au bout du projet que j’avais sur le feu mais un an plus tard, à l’occasion d’un appel à textes consacré au personnage de Cal de Ter créé par Paul-Jean Hérault, une nouvelle que j’avais envoyée a été sélectionnée et je me suis retrouvé au sommaire du Retour de Cal de Ter.

Par la suite, j’ai publié d’autres nouvelles chez Eons, Parchemins & Traverses, de nouveau Rivière Blanche, avant de sortir un roman chez eux en 2013, dans la collection Noire : Paris Zombies.

Quant à la discrétion que vous évoquiez, un mot sur ce thème : j’ai choisi d’utiliser un pseudonyme dans le but de me sentir libre d’écrire toutes les horreurs possibles et inimaginables sans avoir à soumettre mes textes au jugement moral de mes proches et de mon entourage. Autour de moi, pratiquement personne ne sait que j’écris. Je crois qu’aucun membre de ma famille ni le moindre ami n’a déjà lu une ligne signée de mon pseudo. Je trouve cette situation d’un confort absolu. Je n’ai à me justifier de rien et c’est vraiment appréciable. Pour ce qui est des réseaux sociaux, j’y fais un tour de temps en temps mais ce n’est pas trop ma came. Je ne goûte pas tellement les exercices d’autopromotion incessants rabâchés par des gars qui choisissent comme nickname « Monsieur Untel Auteur ». Je crois au texte, et rien qu’au texte. Après, il y a peut-être une certaine forme de snobisme mâtinée d’un complexe d’illégitimité dans mon attitude. Si demain j’étais au catalogue de la Série Noire ou que mes romans soient empaquetés dans la fameuse couverture crème de Gallimard et qu’on me proposait de passer à La Grande Librairie ou au JT pour évoquer mes bouquins, je foncerais. J’adorerais projeter des billets violets sur une groupie en string se déhanchant autour d’une barre de pole dance dans une loge de Canal+, ainsi que le font les écrivains médiatisés comme chacun sait.

Nous comprenons tout à fait votre ressenti et le partageons : seul le récit compte et suivre son instinct d'auteur plutôt qu'une mode est primordial. On devine que le format de la nouvelle « domine » vos publications. Est-ce un choix délibéré, une méthode où vous vous sentez à l'aise ? Ou est-ce une récréation que vous vous permettez durant la rédaction d'un roman ?

Les trois à la fois. J’aime aller à l’essentiel, à l’os. La nouvelle impose cette contrainte. Il n’y a pas de temps à perdre. Les scènes d’introduction n’ont pas lieu d’être, on est placés immédiatement au cœur de l’action. J’apprécie de ne pas devoir broder, de ne pas tirer à la ligne pour atteindre l’épicentre de l’événement. Je ne comprends d’ailleurs pas comment il est encore possible que le genre soit mésestimé en France, à notre époque où tout va trop vite, où le temps manque, une époque où les séquences vidéos les plus brèves possibles ont pris le pas sur les séries qui avaient pris le pas sur les films, où tout est mis en œuvre pour dépecer la faculté d’attention dans une société du loisir où chaque seconde compte. Je préfère cet exercice du sprint où les efforts doivent être condensés et explosifs plutôt que le travail laborieux du marathonien planchant sur son roman, retardant ses effets, différant les révélations. Je déplore que le format court ne soit pas plus aimé par les auteurs de littérature de genre, mais peut-être ne se contentent-ils que de répondre à une réalité économique paradoxale.

Personnellement j’ai toujours l’impression de faire trop long quand je travaille sur un roman. Paris Zombies est catégorisé comme tel mais c’est presque une coquetterie éditoriale. Durant la rédaction des Épouvantails, Philippe Ward m’enjoignait constamment d’étoffer mon propos. D’où, d’ailleurs, la présence au sommaire des nouvelles et de la novella complétant le volume afin d’épaissir celui-ci. Les romans, je les préfère quand ils sont noirs et secs comme un coup de trique. Genre Hors la nuit de Sylvain Kermici ou Ni ce qu’ils espèrent, ni ce qu’ils croient d’Élie Treese, pour évoquer des lectures personnelles récentes.

Votre âme de nouvelliste est-elle truffée de références précises ? On pourrait citer « Fantômes et Frafafouilles » de Fredric Brown ou encore « Contes de terreur » du remarquable Robert Bloch. Quels recueils de nouvelles vous sont incontournables ?

Curieusement il s’agit de recueils parus chez des éditeurs de littérature générale. Je place le Presque rouge de Sébastien Amiel paru chez l’Olivier au-dessus de tout. Techniquement ce bouquin est tellement parfait qu’il me donne envie de pleurer de rage quand je lis une des nouvelles qui le compose ou même simplement un extrait. Pas un mot en trop, pas un signe de ponctuation qui ne soit pas bien placé. D’un minimalisme glacé, c’est un sommet du genre qui me rappelle à quel point il est ardu de faire simple, clair, limpide. Dans le domaine qui nous intéresse, Bloch est en effet assez génial. J’aime beaucoup Clive Barker aussi, et Stephen King. Ce qui me plaît chez ce dernier c’est l’irruption de l’irréel le plus barré dans le réel le plus tangible qui soit. Pour ça, c’est le meilleur. Je garde un bon souvenir de l’Emporium d’Adam Johnson et de la Douce apocalypse de James Flint. Dans un registre plus classique, il m’arrive souvent de relire Richard Matheson.

Avant d'évoquer vos romans, abordons votre technique de travail en quelques mots. Écrivez-vous tous les jours ? Comment vous viennent les idées ? On sait qu'elles sortent de nulle part comme la plupart des auteurs, mais vous arrive-t-il de visionner des films et de lire des bouquins à la chaîne avant d'attraper un thème de récit ? Et enfin, un plan est-il défini à l'avance ou vous rédigez des lignes à l'instinct en vous laissant surprendre par les situations et/ou personnages ?

J’essaie d’appliquer la maxime de Pline : nulla dies sine linea. Pas un jour sans une ligne. Parfois je n’accouche vraiment que d’une seule ligne durant toute une journée mais ce n’est pas grave, le pari est tenu. Je ne dispose pas de beaucoup de temps à consacrer à l’écriture car comme je vous l’ai dit précédemment cette activité est pour ainsi dire tenue secrète. Ma femme sait que je gribouille mais je n’arrive à rien quand elle est dans les parages alors je dois me débrouiller pour me dégager du temps lorsqu’elle est absente. Ce n’est pas toujours évident avec un petit de 2 ans et demi… J’ai davantage de jours de congés qu’elle alors j’en profite aussi. Enfin il m’arrive régulièrement de sortir ma clé USB et d’écrire au boulot quand j’ai un moment. Mon plus gros problème vient de ma lenteur. Je suis perfectionniste à l’extrême et j’avance à un rythme abusivement lent. En revanche, quand je laisse un chapitre derrière moi, il est clean, grosso modo. La relecture finale se fera rapidement.

À l’époque où j’écrivais beaucoup de récits post-apocalyptiques, je ne lisais que ça pendant mes phases de rédaction. Ça m’aidait. J’y pensais tout le temps, je me vautrais dans les romans-catastrophes, j’en achetais des tonnes. Les meilleurs comme les pires romans de gare. Ça m’a passé, je n’ai plus besoin de cette immersion totale pour écrire. Pour Les Épouvantails, il n’a pas été impératif que je ne lise que du rural noir ou du survival. Même si je me suis quand même replongé dans le Morte saison de Jack Ketchum et dans les opus de Joël Houssin parus dans la collection Gore du Fleuve noir. J’avais aussi relu Les Enfants du maïs de King.

Mes projets mûrissent lentement. Une idée jaillit. Je la garde dans un coin de ma tête. C’est quand elle va en rencontrer une autre, ou lorsqu’elle va se télescoper avec un autre thème que, la plupart du temps, l’étincelle va se produire. Je sais à cet instant que je tiens quelque chose. Je laisse mijoter tout en commençant à réfléchir à la forme. Le projet doit-il se décliner en roman ou en nouvelle ? Qu’est-ce qui lui siéra le mieux ? Comment puis-je innover sur cette thématique ? En adoptant un point de vue original ? Lequel ? Je creuse, j’étoffe, je tente d’apporter quelque chose que je n’ai pas lu auparavant.

Le point de départ de Paris Zombies, par exemple, c’est la scène finale du film 28 semaines plus tard avec ces morts-vivants qui arpentent le Trocadéro. L’image m’a marqué. Je songe à quoi ressemblerait un 28 mois plus tard se déroulant dans la capitale. L’idée me séduit. Comment renouveler un peu le truc ? Le point de vue diffracté viendra quelques temps après.

Je ne définis pas de plan complet, précis. Par contre il me faut les personnages et la fin du récit, obligatoirement. Je dois savoir où je vais. Ainsi que quelques scènes-clés, autour desquelles le projet va s’articuler. Après tout peut arriver au fil de l’écriture. Des personnages évoluent, d’autres peuvent disparaître plus tôt que prévu. J’ai été sensible au conseil de Chuck Palahniuk qui recommande à l’auteur de se surprendre lui-même, s’il veut intéresser un tant soit peu le lecteur.

Concernant Paris Zombies, ce roman s'articule sur des fragments, des instants de vie précaire où l'horreur se niche dans les ruelles, les bouches de métro, les appartements abandonnés. Des nouvelles indépendantes (qui peuvent être lues séparément) qui s'articulent dans une intrigue globale. Contrairement à John Russo qui dirige souvent ses personnages dans un lieu confiné, vous choisissez un décor vaste et citadin. D'une manière humaniste, ce roman tient plus d'un Andrevon (Le reflux de la nuit est une merveille) que d'un Romero. Nous pensons aussi à Rage de David Moody par le traitement fragmenté du récit. En somme, quelle est votre vision du mort-vivant, thème éculé et maintes fois ressassé ? En quoi Paris Zombies peut-il intéresser le lecteur aguerri ? Qu'apportez-vous de plus à ce genre précis selon votre perception d'auteur ?

Tout d’abord je tiens à vous remercier d’établir, toutes proportions gardées bien sûr, des comparaisons aussi flatteuses avec des auteurs comme Moody (j’ai lu son Rage et apprécié le dynamisme de son récit qui part fort, accélère, et finit au sprint) et surtout Andrevon. Je crains de ne pas faire dans l’originalité mais j’appréhende le mort-vivant comme un pauvre hère délivré de son moi et de sa sage petite voix du Surmoi, laissant donc le champ libre et toute la place au ça. Plus d’interdit, plus de barrière : le mort-vivant croque la vie à pleines dents (n’est-ce pas ?) au mépris des conventions. Je pense qu’on peut le voir comme un ultra-libéral désinhibé qui peut enfin assouvir son addiction à la société de consommation sans la moindre retenue. Suprême allégresse (quel plaisir d’écrire des scènes mettant en scène ces jouisseurs ultimes) mais qui s’accompagne d’un danger tout aussi extrême, celui de constater le résultat d’un modèle sociétal où la pondération est un concept obsolète, où la loi du plus fort et elle seule l’emporterait, en un mot comme un cent à ce que donnerait la logique capitaliste portée à son paroxysme.

Le fait que Paris Zombies se déroule en France et surtout dans la capitale est me semble-t-il inédit, et si j’ai été captivé par le fait de mettre en scène des revenants à Paris, je me suis dis que ce cadre pouvait intéresser des lecteurs. J’écris toujours un bouquin qui me plairait en tant que lecteur. Cette ville offre un tel foisonnement de possibilités que l’éclatement du récit m’est apparu très tôt nécessaire afin d’embrasser un maximum de ces possibles. J’avais certes lu le World War Z de Max Brooks qui adopte un procédé similaire mais c’est bel et bien Paris et la richesse de sa géographie qui ont dicté le canevas formel du roman.

Je suis d’ailleurs tout à fait d’accord avec vous lorsque vous parlez d’un « décor vaste et citadin » mais énormément des fragments composant Paris Zombies se déroulent dans des espaces confinés. Les films de Romero m’ont marqué au fer rouge et je ne sais pas s’il est possible de se défaire de son influence quand on traite de la thématique des morts-vivants. C’est lui qui a défini la grammaire du genre.

Vos deux romans (et nous sommes jaloux) disposent de couvertures magnifiques de l'illustrateur Mike Hoffman. Notre imaginaire plonge de suite dans des ambiances dignes des comics américains (une pensée au passage au regretté Bernie Wrightson qui nous a quitté en mars). Mais, pour être honnêtes, nous pensons que l'illustration de Les épouvantails ne reflète pas particulièrement l'intrigue du livre, contrairement à Paris Zombies. Pourquoi ce choix ? Par contre, pour Les Enfants du maïs, elle serait parfaite !

J’ai appris à lire avec Strange et ses dérivés parus aux éditions Lug alors c’est peu de dire que j’ai sauté de joie quand Philippe Ward m’a proposé l’illustration de Mike Hoffman en guise de couverture pour Paris Zombies ! L’esprit comics, weird tales, suintait de tous les pores de ce dessin. J’étais ravi.

Pour Les Épouvantails il est vrai que la couv’ entre moins en résonance avec l’histoire développée dans le roman mais on ne pourra pas nier qu’elle ne matche pas idéalement avec le titre. Qui plus est, elle dégage à mon sens une dose suffisante d’angoisse. Et les couleurs sont superbes : on sent l’été pourrissant, la canicule, le danger, la mort qui rôde.

J’ignorais que Bernie Wrightson était décédé. Je dois encore avoir dans ma chambre de gosses chez mes parents quelques exemplaires de la Créature du Marais sortis chez Arédit. C’était un titre que j’appréciais.

Vous évoquez Stephen King. Quelle est votre œuvre marquante de cet écrivain ? Vous sentez-vous plus proche d'un Carrie, d'un Le corps (Différentes saisons), d'un Salem ou d'un Colorado Kid ? King possède une palette très large, passant de l'horreur au polar, du post-apo (Le Fléau) à la SF (Dreamcatcher ou Les Tommyknockers). Quel thème vous parle le plus chez King ?

Je crois que ce que j’apprécie le plus chez King, c’est quand il se décolle le moins possible de la réalité. Lorsque le danger ne vient pas d’une créature issue d’un autre monde mais de la voisine de palier. Lorsque l’action ne se déroule pas sur le terrain de la fantasy mais dans le centre commercial au bout de la ville. Difficile de choisir un titre parmi une bibliographie si abondante… Je vais probablement vous surprendre mais le volume de King que j’ai sans doute le plus relu doit être Écriture. Mémoires d’un métier où le boss n’est pas avare de conseils et d’anecdotes sur son job.

On pourrait résumer Les épouvantails à un survival rural mais c'est plus complexe que ça. Le malaise des paysans, les racines familiales sont des éléments de confrontation entre deux univers différents : le rapport à la terre et le rapport à l'argent. Jalousie, convoitise, adultère chez une famille citadine et instincts primitifs, sauvages chez les frères Neumance. Au milieu, un gendarme en bout de course, aigri dans la solitude. C'est mâtiné de Ketchum et Corsélien ! Parmi la terreur, on ressent l'amour filial qui perce les carapaces et les tromperies. Des zones d'ombre subsistent également : le rôle du mécanicien, le sort des rescapés... cette fin brutale qui ne répond pas à toutes nos questions était-elle prévue dès le départ ? Nous pouvons ajouter que ceci nous laisse un malaise persistant en refermant le livre. Est-il important pour vous de laisser le lecteur dans le doute ? De l'abandonner avec ses propres terreurs en somme.

La fin des Épouvantails était écrite dès le début, en effet. Ultime geste d’honneur d’un paysan appartenant à une époque révolue, un forçat de la terre qui n’aurait jamais eu l’idée de faire autre chose que d’accepter son sort et de serrer les dents en souffrant, au contraire de ses rejetons. Est-ce prémonitoire ? Peut-être. Bon nombre d’agriculteurs vivent dans une telle détresse, mènent une existence si difficile... Leur taux de suicide est ahurissant. Les mecs ne parviennent plus à gérer la pression folle exercée par les banques, le marché, les grandes surfaces, etc. Leur désarroi est si grand qu’ils ne voient d’autre option que celle de se mettre une balle dans la tête, jusqu’au jour où l’un d’eux aura l’idée de braquer le canon de sa pétoire ailleurs que sur sa propre tempe, qui sait ? Le projet de ce roman m’est venu après m’être demandé ce qui se passerait si un jour, au lieu de se tuer lui-même, un paysan décidait de tuer quelqu’un d’autre. Je connais ce milieu et je suis révolté par l’inaction de notre classe politique à l’encontre de ces hommes et de ces femmes à qui nous devons tellement. Les types se saignent durant leur vie entière pour des clopinettes. Ils sont méprisés. C’est affolant. Je préfère revenir au sujet du bouquin car le simple fait d’évoquer cette situation me met les nerfs. Le non-dit, le fait de ne pas répondre à toutes les questions était essentiel pour moi. Vous l’exprimez parfaitement : le doute est bien plus effrayant que la certitude et génère un malaise. Comment l’histoire se finit-elle vraiment ? Plusieurs hypothèses sont envisageables, y compris les plus pessimistes.

Nous pourrions continuer cette entrevue durant des heures, tant cet échange est passionnant. Mais tout a une fin et nous vous présentons nos remerciements les plus chaleureux pour cette interview qui, nous l'espérons, permettra à nos visiteurs de mieux connaître Philippe Morin, auteur de deux romans chez Rivière Blanche et à qui nous souhaitons le succès et la richesse pour ses prochaines publications. Une ultime question avant de vous libérer : des futurs projets au cours des mois ?

C’est moi qui vous remercie. Pour la pertinence de vos questions, pour la passion qui vous anime et que vous réussissez à communiquer. Pour le boulot effectué sur votre blog.

J’ai un projet en cours qui m’occupera jusqu’à la fin de l’année : un roman que je porte en moi depuis l’adolescence et qui sera destiné aux jeunes adultes. Pas vraiment la tasse de thé de votre site (rires). J’ai décidé de tout bloquer pour l’écrire une bonne fois pour toutes. J’ai des notes accumulées depuis des années, je suis dessus depuis décembre dernier et ça avance bien. Cette parenthèse refermée, je retournerai probablement vers mon domaine de prédilection : le format court, la nouvelle, de préférence bien noire. Je profite de mon passage ici pour adresser un petit salut à mon éditeur, Philippe Ward (je sais qu’il vous lit) et le remercier de ses conseils, de sa confiance, de la liberté qu’il accorde à ses auteurs, et de sa bienveillance. Et pour le féliciter encore une fois pour le prix Bob Morane qui vient de couronner son Manhattan Marilyn. C’est dit !

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Entretien avec Nelly Chadour # Part 3

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Entretien avec Nelly Chadour # Part 3

Et s’il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? Troisième et dernière partie de cet entretien à bâtons rompus avec Nelly (lisez la suite pour savoir sur qui on a tapé au point de rompre ces pauvres bâtons innocents). Nelly est donc l’auteure de Sibilla. Qui sort très bientôt, rappelons-le. Pas l’auteure. Sibilla. Disponible début février chez Rivière Blanche.

Léonox :

Juste un passage vite fait pour dire que je ne relance pas d'une question. Parce que j'ai commencé à mettre cet entretien en forme. Or je n'ai traité que la première partie, et j'arrive déjà à 16 000 signes ! (Je pense qu'on découpera cet entretien en trois parties sur le blog)
(Ou en dix)

Nelly C. :

Hinhinhin, je parle trop. (Enlève pas ma référence à Chromosome3 !)

Léonox :

Ouais, t'es bien bavarde, ma chère. Mais t'inquiète pour la référence au film de Cronenberg. Y a des intouchables, quand même. Par contre, si tu parles de Nine Inch Nails, je garantis rien.

Nelly C. :

Héhéhéhé, là, tu cherches la merde, ça va barder, tu oublies que j'ai deux cravaches et un chat Staline à la maison.

Léonox :

Les cravaches, même pas peur. En revanche, j’aime pas les chats. Encore moins les chats communistes. Je profite donc honteusement de l’occasion pour passer de l’âne au coq : puisque tu parlais théâtre et cinéma à la fin de la précédente partie de ce merveilleux entretien, parlons un peu point G culture G. Tes dix livres de chevet ? Tes dix groupes/chanteurs/chanteuses favoris ? Tes dix films préférés ?

Nelly C. :

Je classe que dalle, je lâche tout dans le désordre :

Livres :

- L'Homme qui rit, de Victor Hugo (certains lecteurs attentifs se rendront peut-être compte que j'ai tendance à pasticher le style du monsieur dans mes Diane)

- Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino.

- Perdido Street Station de China Mieville.

- Ça de Stephen King.

- Shining, idem.

- Le Seigneur des Anneaux.

- La Recherche du Temps Perdu de Proust (Je vous jure que c'est vrai !!!)

- Le Roi des Aulnes de Michel Tournier.

- Ubik de Philip K. Dick.

- Le Parfum de Patrick Süskind... et tout plein plein d'autres.

Musique :

- Nine Inch Nails (et la voix de pétasse de Trent qui emmerde tellement Léonox)

- Amanda Palmer

- Nick Cave, avec ou sans ses mauvaises graines

- Mike Patton

- Killing Joke

- Dead can Dance

- Rob Zombie

- Foetus

- Course of the Empire

- Bauhaus... et plein-plein-plein-plein…

Cinoche :

- Dark City d'Alex Poyas

- La Fiancée de Frankenstein de James Whale

- Beetlejuice de Tim Burton

- Sacré Graal d'on ne les présente plus

- L'échine du Diable de Del Toro

- Psychose (Hitchcock)

- Les Aventuriers de l'Arche Perdue de papa Spielby

- Brain Dead de Peter Jackson

- Breakfast Club de John Hugues

- Gremlins de Joe Dante... et une foultitude d'autres...

Raven :

Je relance, mais avant tout je tiens à souligner que tes propos sont très agréables à lire, ce qui me donne d'autant plus envie de lire ta prose (désolée, au risque de me retrouver enchaînée dans les oubliettes du forum, ce n'est pas encore fait). Et merci aussi pour ta patience et les détails personnels fournis.

Quand t'es tu considérée comme un écrivain ? Dès tes premiers mots ? Ta première publication ? Ton premier cachet ? Ton premier fan ? Je sais que tu as un boulot alimentaire, mais maintenant que tu as une bibliographie bien fournie, des contacts et des publications régulières, est-ce que tes droits d'auteur aident à faire bouillir la marmite ou est-ce que ça ne paye que le papier et les dragibus ?

Nelly C. :

Merci à toi Raven, ainsi qu'à Géraldine que j'avais failli oublier. Ça fait d'autant plus plaisir que je ne me sens pas toujours à mon aise quand je parle de ce boulot d'auteur, comme si les gens s'attendaient à ce que je leur révèle des trucs incroyables alors que c'est un job terriblement solitaire.

Pour ce qui est de lire mes œuvres, j'ai un conte scato-mais-pas-trop qui traîne dans la section fantasy de la partie Vos Récits sur le forum. Cela devrait t'offrir une petite entrée en matière (c'est le mot) en plus de l'immunité diplomatique auprès d'éventuels geôliers.

.Et pour répondre rapidement à tes questions, j'ai commencé à me considérer vraiment comme une écrivaine quand les publications se sont multipliées. Mais terminer un roman, même s'il ne sera jamais publié, aller au bout d'une nouvelle, ça reste un sacré boulot et tout le monde n'est pas capable de mener ce genre de projet jusqu'au mot fin. Donc dans mes moments d'optimisme, je me dis que je suis une auteure depuis mes 18 ans et mon premier roman achevé.

Concernant mes droits d'auteurs, comme pour 90% des écrivains, je dirais, c'est peanuts. Mieux vaut ne pas laisser tomber le job alimentaire.

Raven :

Oui, je l'ai vu, j'avais même commencé à lire puis manqué de temps pour le finir (honte à wam) (j'avoue que ce n'est pas un thème qui m'attirait particulièrement en tant que lectrice...) Sinon, penses-tu être plus productive/douée/naturelle (choisis ce qui te semble approprié) quand tu écris sous le coup de l'inspiration ou sur commande ? Ou cela ne fait-il aucune différence ?

J'ai souvent lu "si vous voulez devenir écrivain, écrivez tous les jours" ou des maximes bien-pensantes dans le genre. Qu'en est-il de toi ? Te réserves-tu une plage horaire ou des jours fixes bien calibrés ou c'est au p'tit bonheur ? As-tu des périodes sans écriture ? Es-tu du genre à tout planifier chapitre par chapitre ou te contentes-tu d'une idée de départ avec une vague idée de fin et après on verra bien ?

Quant un texte est fini, est-il fini-fini genre tu n'y reviens plus ou te relis-tu avec de la distance en te disant "j'aurais pu faire mieux" (ou au contraire te relis-tu avec plaisir ?)

Tu l'as déjà fait à 4 mains (ou +) ? C'est comment ? Sinon, ça te tente ? Tu as eu des propositions ? Tu en as envie (ou c'est en projet) avec quelqu'un en particulier ?

Pour rebondir sur ton post précédent, c'est vrai qu'on pose tout un tas de questions, je pense que, malgré tout, tout le monde est bien conscient que tes réponses ne peuvent pas s'appliquer à tout un chacun et ne sont pas un passe-partout magique qui ouvrirait les portes vers le monde enchanteur de la publication rien qu'en appliquant tout ça à la lettre^^ Mais tu as le mérite de nous entrebâiller la porte... ce dont nous te remercions !

Nelly C. :

Désolée de répondre si tardivement mais j'ai vu que tu enchaînais les questions en mode misère sur le pauvre monde et je suis allée me planquer sous ma couette pour pleurer.
Non, plus sérieusement, je vais procéder dans l'ordre.

Penses-tu être plus productive/douée/naturelle (choisis ce qui te semble approprié) quand tu écris sous le coup de l'inspiration ou sur commande ? Ou cela ne fait-il aucune différence ?

Ça ne fait pas beaucoup de différence, tant que je peux créer mes personnages. Ce sont eux, la clé de l'inspiration. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai mis un temps aussi long à accoucher de Sibilla : le personnage principal n'est pas de mon cru.

J'ai souvent lu "si vous voulez devenir écrivain, écrivez tous les jours" ou des maximes bien-pensantes dans le genre. Qu'en est-il de toi ?

Je pense déjà que c'est évident, et si tu en plus, tu t'adonnes à une lecture avide et variée, tu affutes ton don.

Te réserves-tu une plage horaire ou des jours fixes bien calibrés ou c'est au p'tit bonheur ?

Plutôt des jours fixes. Je dois jongler avec mes horaires de boulot, donc les jours de congé, les lundis et mardis, c'est open bar des mots !

As-tu des périodes sans écriture ?

Oui, bien sûr, des périodes assez courtes durant lesquelles je n'écris pas pendant deux ou trois jours. Mais je pense à d'autres récits, je réfléchis à mes projets, développe des scénars. Comme je ne prends pas de notes jusqu'au jour J où j'attaque vraiment la rédaction, on peut dire que je reste active.

Es-tu du genre à tout planifier chapitre par chapitre ou te contentes-tu d'une idée de départ avec une vague idée de fin et après on verra bien ?

Ça dépend pour qui je dois bosser ou s'il s'agit d'une œuvre personnelle. Par exemple, Trash et le Carnoplaste ont exigé un synopsis à valider. Après, j'avais le choix de m'en détourner un peu. Mais je ne planifie pas mes chapitres. J'ai l'idée de base, mais les éléments que je travaille un max, ce sont les personnages. A partir de tes perso, si tu arrives à leur donner une vie propre, ils mènent l'idée de base jusqu'à sa conclusion logique, en rapport avec leur personnalité et leur façon d'agir.

Quant un texte est fini, est-il fini-fini genre tu n'y reviens plus ou te relis-tu avec de la distance en te disant "j'aurais pu faire mieux" (ou au contraire te relis-tu avec plaisir ?)

J'ai tout intérêt à y revenir car mes premiers jets sont toujours en mode "écriture automatique". J'écris tout ce qui me passe par la tête, jusqu'aux moindres détails anodins. La phase de relecture est donc essentielle, avec l'esprit le plus critique possible. Je relis plusieurs fois et le texte est vraiment fini-fini quand je l'envoie à l'éditeur et que je passe à une autre histoire. Mais je suis toujours dans l'esprit "j'aurais pu mieux faire" pour mon style, mais le plaisir vient dans la redécouverte des personnages que je fais vivre.

Tu l'as déjà fait à 4 mains (ou +) ? C'est comment ? Sinon, ça te tente ? Tu as eu des propositions ? Tu en as envie (ou c'est en projet) avec quelqu'un en particulier ?

J'ai déjà écrit une nouvelle à quatre mains avec une amie scénariste et nous l'avons envoyée à Malpertuis... qui l'a refusée. Zob. C'était plutôt cool, mon amie est une personne qui sait mettre en confiance, mais j'ai dû me faire violence pour ne pas jouer les petits tyrans car j'ai tendance à être très maniaque et dirigiste. Et quitte à le refaire, il faudrait que ce soit avec quelqu'un que je connais bien mais je ne suis pas pressée. C'était sympa à tenter mais frustrant pour moi qui veux tout contrôler.

Raven :

Ah ah ah, ça c'est de la réponse ! Merci !

Pour les périodes sans écriture, 3 jours c'est très peu, sachant que ton cerveau bosse en sous-tâche quand même, on peut dire que tu es 7/7j en mode écrivain. Quand je disais fini-fini, je pensais envoyé, édité ou pas. Genre s'il t'arrive de revenir des années après sur un vieux texte.

Tu as eu peu de refus depuis que tu t'es lancée, si j'ai bien compris, du coup quand tu as un refus tu réagis comment ? (je veux dire, à part tout casser et aller plastiquer les locaux de l'éditeur)

Nelly C. :

Désolée de ne reprendre le collier que maintenant, il m'arrive de pas mal feignasser. Et, comme tu as pu le constater, je n'avais pas bien bité la question sur le "fini-fini".
Pour y répondre enfin, il est très rare que je revienne sur mes one shots, sauf quand je veux les renvoyer après un refus, par exemple. Une fois que c'est publié, je ne me relis plus car j'ai passé tellement de temps sur le texte qu'il me sort par les yeux. Par contre, avec les Aventures de Diane, je suis un peu obligée de relire des passages pour ne pas me planter d'un fascicule à l'autre.

Et donc, quand j'ai un refus, je fais la moue, puis je reprends le texte refusé pour le retravailler. En demandant des avis autour de moi si l'éditeur n'a pas été plus explicite sur les raisons. J'ai eu quatre nouvelles refusées, trois ont finalement trouvé un foyer après corrections et la dernière, qui était celle écrite à quatre mains, je n'y ai pas retouché.

Léonox :

Bon. Je viens de terminer la mise en forme de ce merveilleux entretien. Lequel se présente désormais sous l’aspect de trois opulents fichiers. "Opulents", parce que 16 000 signes plus 12 500 plus 11 000, ça fait quand même la bagatelle de presque 40 000 en tout. Seuil qui va sans doute être atteint, parce qu'une interview comme celle-là ne saurait se passer de conclusion.

Alors Nelly, maintenant que Sibilla jouit dispose d'une couverture digne de ce nom
( http://www.riviereblanche.com/sibilla.htm ) et que la sortie de ton recueil est officiellement calée début février, le mot de la fin ?

Nelly C. :

Le mot de la fin : j'ai pas fini d'en chier ! Voilà !

Je suis sur la dernière couche de corrections du format maquetté. J'en ai laissé passer des conneries ! Et viendra ensuite cette période de trouille au ventre à l'idée que les lecteurs soient déçus. Mais j'aurai toujours matière à écrire pour ne pas y penser. Rendez-vous avec le Diane troisième du nom.

Sinon, vous êtes adorables (oui, même Léonox Cochien) et encore merci pour l'attention portée à ma petite personne. J'espère vous retrouver à votre tour sur la sellette des questions, la variété des réponses promet d'être passionnante.

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Entretien avec Nelly Chadour # Part 2

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Entretien avec Nelly Chadour # Part 2

Quand y en a plus, y en a encore. C’est que dame Chadour a des choses à dire. Et les membres de L’Écritoire ne sont pas en reste. Mais notre Plumitive Punitive en a vu d’autres, et a vaillamment continué à faire front seule contre toutes et tous. Ça tombe bien, les restes, on aime bien ça, sur ce blog. Surtout quand il y en a assez pour rassasier nos lecteurs.

Eimelle :

Coucou Nelly ! Une femme de caractère avec plein de talent ! Moi aussi, j’ai des questions. La principale : comment fais-tu pour tenir le coup ? Je veux dire, moi, après 7 à 8h de boulot, je suis rincée, tellement crevée que je suis incapable d'écrire. Le week-end : pareil. Tellement rincée que je ne peux pas, et quand je veux, le temps de me mettre dans l'ambiance, de me lancer (peur de la page blanche), il me faut plusieurs jours d'affilée (que je n'ai pas !)

Ma deuxième question : comment tu corriges tes textes pour qu'ils soient bien propres ?

Ma troisième question : est-ce qu'à présent que tu as du réseau (trash, Rivière Blanche, Les Artistes Fous), tu vas aux projets ou les projets viennent à toi ? Je veux dire : est-ce qu'on t'appelle régulièrement pour te demander tel écrit sur tel sujet ? Si oui, au bout de combien de publications cela s'est-il produit ? Comment en es-tu arrivée à cette étape ?

Quatrième question : est-ce que tu écris toujours seule ou avec un éditeur qui te relis régulièrement et te guide (comme le très apprécié et sollicité Léonox) ?

Et cinquième question : combien de temps as-tu attendu avant de pouvoir publier régulièrement ? Outre tes essais chez Gallimard et autres, est-ce que tu as essuyé beaucoup de refus lors d'AT, ou tout est passé nickel dès le premier coup (un peu à la manière Bruno Pochesci) ?

Voilà. Ceci était un interrogatoire en règle.

Nelly C. :

Faut pas lancer des défis à Eimelle avec une épée en plastoc, elle revient aussitôt avec un tank. Meuh ! Le truc un peu ennuyeux, c'est que tu vas vite découvrir à travers mes réponses qu'il n'y a pas de cocktail magique ou de réponse-épiphanie, chaque auteur a un mode de fonctionnement qui lui est propre, une énergie intérieure qui n'appartient qu'à lui.

1. comment fais-tu pour tenir le coup ?

L'envie de raconter de me libérer des histoires qui encombrent mon esprit, peut-être ? Je ne tiens pas le coup à proprement parler, mais le fait d'avoir réussi à me libérer un peu de temps (je bosse 32h au lieu de 35 et depuis chez moi ce qui me libère une heure et demie supplémentaire que je perdais dans les transports) a été salutaire. Mais des fois, l'esprit et le corps ne suivent pas et je me traîne comme un golem en plomb. De toute façon, je vais bientôt voir une psy et je suis sous bêta bloquant car la fatigue me ruine un peu la vie. Si ça n'altère en rien mon travail en tant qu'auteure, je risque de sérieuses emmerdes dans mon couple et mon job alimentaire.

Et pour ce qui est se mettre dans l'ambiance, je suis toujours dans l'ambiance de mon récit, même au quotidien. Je dois être un peu autiste et de ce fait, je me force à sortir un peu, à voir des amis, sinon, je suis bien partie pour vivre en ermite.

2. comment corriges-tu tes textes pour qu'ils soient bien propres ?

Certains auteurs laissent un peu décanter après le premier jet, afin d'avoir du recul, de mon côté, je me lance tout de suite dans la correction. Le recul, je l'ai dès le début, l’avantage, peut-être, d'avoir un œil très critique et une estime de moi assez mauvaise ? Enfin bref, toujours est-il que je m'impose une correction très sévère (en tout bien tout honneur, rhooooo !)et que je repasse toujours trois fois sur mon texte. Même au bout de trois fois, cependant, je laisse passer des conneries, mais une connerie par page, aux yeux d'un éditeur, je pense que ça reste pardonnable. Ah et puis, je dois remercier Robert Darvel du Carnoplaste qui, à travers ses corrections du premier Diane, m'a montré comment fluidifier encore plus mon texte. Moi qui avais tendance à charger la mule de mots malmenés (huhu), j'ai appris à alléger un max en mémorisant un peu les notes de mon éditeur-correcteur.

3. est-ce qu'à présent que tu as du réseau, tu vas aux projets ou les projets viennent à toi ? Je veux dire : est-ce qu'on t'appelle régulièrement pour te demander tel écrit sur tel sujet ? Si oui, au bout de combien de publications cela s'est-il produit ? Comment en es-tu arrivée à cette étape ?

Je vais essayer de donner une réponse d'ensemble : les projets ont commencé à venir à moi après la publication de ma première nouvelle éditée chez Malpertuis. Je me suis constitué un réseau car j'ai eu du bol, il se trouve que Romain d'Huissier, Julien Heylbroeck et Robert Darvel avaient écrit une nouvelle dans cette même anthologie. J'ai vite sympathisé avec Romain qui fréquentait le même forum ciné que moi. Comme il cherchait des auteurs pour Dimension Super Héros chez Rivière Blanche, il m'a proposé une petite place. Ce que j'ai accepté, bien entendu. Et j'ai écrit la Disgrâce de Cagliostro. Robert Darvel, qui publiait un fascicule de Romain chez le Carnoplaste, a lu ma nouvelle et elle lui a plu. Le sujet était pile dans ce qu'il recherchait pour une série de fascicules façon Angélique et il a fait appel à mes services pour ce qui serait plus tard les Aventures de Diane d'Aventin. Ensuite, Julien m'a proposé d'écrire pour TRASH et les choses se sont enchaînées toutes seules. Même les Artistes Fous, c'était du réseau depuis le début car Maniak, leur dessinateur, est un vieil ami qui aimait bien les conneries que j'écrivais sur les forums. Ils ont donc spontanément fait appel à moi pour les Contes Roses et Marron. En revanche, les autres publications chez eux sont des réponses à leurs AT. Mais si on fait un bilan, en bref, la moitié de mes publications sont des commandes, donc oui, on fait régulièrement appel à ma plume.

4. est-ce que tu écris toujours seule ou avec un éditeur qui te relis régulièrement et te guide (comme le très apprécié et sollicité Léonox) ?

La première phase d'écriture et de relecture, je suis toujours seule. Puis quand j'ai bien corrigé mon texte, il peut m'arriver de faire appel à un bon ami qui a l’œil sur les trous de scénar pour lui proposer le boulot fini. Il aime beaucoup les Aventures de Diane donc, ça lui fait plaisir et ça m'aide beaucoup. Mais la plupart de mes travaux sont envoyés après un travail en solitaire. Sous la Peau, je l'ai envoyé sans autre point de vue que le mien à Léonox, qui m'a fait corriger deux trois trucs et coquilles et raccourcir le dernier chapitre trop long. Sinon, je ne sollicite personne pour trouver des idées, j'arrive à éviter les écueils de la page blanche et les conseils que je reçois après envoi sont souvent sur la forme. Même si le copain cité précédemment avait repéré pas mal de trucs qui ne marchaient pas sur le deuxième Diane. Ses conseils ont grandement amélioré le récit.

5. Naëlle a déjà posé le même genre de question. Alors pour simplifier, disons que j'ai attendu presque 20 ans avant d'être publiée et tout de suite, les choses se sont faites régulièrement. J'ai dû avoir deux-trois refus d'AT (Malpertuis, surtout) depuis 2011, mais ça va.

Similien :

Qu'en est-il du lectorat ? Des fidèles, des "fans" qui te suivent réellement (pas au sens propre, hein) ou surtout le lectorat habitué des différents éditeurs qui te publient ? Arrive-t-il que des lecteurs achètent un ouvrage collectif uniquement pour pouvoir lire ton texte ?

Schootswater :

C'est mon cas !

Nelly C. :

On le tient, on le tient, le lecteur fidèle ! Enfin ça fera deux avec un autre fidèle lecteur qui se fait appeler Phil le Poulpe et qui me suit depuis ma première nouvelle chez Malpertuis, c'est marrant. Ceux que mon boulot intéresse vraiment doivent se compter sur les doigts d'une main, pour l'instant, car je crois surtout qu'on me lit plus particulièrement par rapport aux éditeurs qui me publient. Mais si tu veux une vraie et bonne réponse précise et non à base de "je crois" et "je pense", je vais être obligée d'établir une fiche de chaque lecteur. D'ailleurs : Bonjour, M.Schootswater, c'est pour un sondage...

Françoise GRDR :

Je suis la troisième fan, si, je t'assure !!! Je regarde si ton nom figure dans un recueil avant de me décider à tourner les pages et à acheter (mais pour l'instant, je me calme sur les achats...)

Similien :

Fidéliser un lectorat est si difficile, pour les nouvellistes... Plus que pour les romanciers, j'imagine. C'est déjà très chouette que tu puisses compter sur des personnes comme Schootswater mais, tout de même, au regard de ta bibliographie, ce doit être frustrant...

Léonox :

(Nelly, je me permets)

Similien, Nelly éprouverait peut-être une vague frustration (et encore, pas sûr que ce soit bien le genre de la maison, mais bon) si elle n'écrivait que des nouvelles. Seulement c'est très loin d'être le cas. Entre ses deux fascicules au Carnoplaste, son roman chez TRASH et son recueil Sibilla chez Rivière Blanche, son nom figurera bientôt seul sur quatre volumes distincts.

Et en effet, miser sur le format long si on a l'ambition de "fidéliser un lectorat" est préférable. Parce que les gens comme Schootswater, Françoise et Phil le Poulpe sont des exceptions. A part eux, je ne connais personne qui achète une antho pour lire un seul texte. Personne. Avant de rencontrer ce fou furieux de Poulpe, je croyais même qu'il s'agissait d'une légende urbaine.

Géraldine BM :

Merci Nelly pour toutes ces infos. C'est sympa de partager ton parcours. C'est très instructif, et ça me fait me sentir moins à l'ouest, parce que c'est du vécu et que tu le racontes bien, avec beaucoup d'humour même si tu as des passes pas faciles.

Nelly C. :

Merci, Géraldine, c'est gentil. J'espère que ça reste instructif même si c'est très personnel.

Pour en revenir au lectorat, on prend peut-être le problème à l'envers. Sans sous-estimer l'importance des lecteurs bienveillants et fidèles, qui sont aussi essentiels au bouche à oreille, j'ai pour premier souci d'écrire un texte qui me plaise et susceptible de plaire à l'éditeur qui m'aura accordé sa confiance ou à qui j'envoie une soumission (coucou Catherine)

Se soucier de fidéliser un lectorat, ce serait vouloir satisfaire tout un groupe d'individus avec des attentes aussi variées que leur caractère, et les risques de tomber dans le fan service sont grands ! ("tiens, ce lecteur-ci et ce lecteur-là aimeraient une scène d'amour saphique à chaque chapitre pour les prochaines aventures de Diane. C'est partiiiiiiiiiiii !")

Quant à la frustration, j'estime déjà avoir fait un grand pas en avant en accrochant l’œil d'une jolie poignée d'éditeurs, je laisse les goûts de chacun et la chance amener leur moisson de curieux (j'ose pas encore dire "fans")

(D'ailleurs, ma page Facebook ouverte depuis 2 ans s'enrichit très lentement, mais il y a plein de "likers" que je ne connais absolument pas et qui ne sont même pas des amis d'amis. Je trouve que c'est un signe très encourageant)

Naëlle :

Nelly ! Je suis allée fouiner du côté de Facebook et j'ai trouvé ta page d'auteur. J'ai cru comprendre que tu fais partie d'une troupe de théâtre. Ma question est donc : est-ce que ça t'aide d'une quelconque façon dans l'écriture ? À faire des dialogues plus réalistes, ou bien à avoir une narration plus pêchue, ou que sais-je ? Est-ce que ça te donne envie d'écrire des pièces de théâtre orientées horreur, fantastique et tout le toutim ? Je suis sûre qu'on tient un filon !

Nelly C. :

Oups ! Naëlle qui poste pile poil quand je réponds !

Si le théâtre m'aide dans l'écriture, la réponse est oui, et c'est la même chose pour le cinéma, le musique, le dessin. Bref, le fait de goûter à plusieurs cultures m'est d'un grand secours ! Le dessin et le cinéma ont développé une imagination visuelle, la musique génère un rythme et des images, et le théâtre est nickel pour élaborer des dialogues qui sonnent juste, comme tu as dû le deviner, mais aussi pour retranscrire les émotions des personnages. En effet, on m'a souvent répété pendant les cours, et au sein de la troupe, qu'il fallait essayer de ressentir les émotions du personnage et non faire semblant (pourtant, j'ai pas encore réussi à pleurer sur scène, meeeerdeuh !)

Pour ce qui est d'écrire une pièce, une ancienne copine avait pour projet qu'on écrive un slasher en trois pièces-cuisine, mais l'idée et l'envie sont mortes avec notre amitié. Ça reviendra peut-être un jour, qui sait ? Pour essayer de ressusciter le Grand Guignol ? Mais je ne me sens pas encore prête à sauter le pas.

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Entretien avec Nelly Chadour # Part 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Entretien avec Nelly Chadour # Part 1

Naëlle, l’une des administratrices du forum L’Écritoire Des Ombres, a eu l’excellente idée d’initier un dialogue avec l’auteure de Sous la peau et des Aventures de Diane d’Aventin. Ni une ni deux, les autres membres du forum se sont aussitôt engouffrés dans la brèche, et non dans Nelly, afin de la soumettre à la question. Mais Nelly n’est pas de celles que l’on soumet.

Naëlle :

En regardant ta bibliographie, je remarque que tes premières publications remontent à quatre ans, et que depuis, pfiouuu ! ça s’enchaîne ! Alors dans un premier temps, les questions lambda : depuis combien de temps tu écris ? Et quand est-ce que tu as commencé à te dire que publier, ça serait une chouette idée, et que tu as envoyé des textes à des AT ? Combien de temps entre les premières soumissions et le premier « oui » ?

Nelly C. :

Depuis mes premières rédactions, à 8 ans. Je me suis rendu compte que ma plume n'était pas dégueu du tout quand mon institutrice a confié à ma mère qu'elle gardait toujours mes compositions pour la fin, car elle était sûre d'en apprécier la lecture. Du plus loin que je me souvienne, j'adorais créer des histoires, je dessinais des petites BD par paquet de cent (merci papa qui me ramenait des tonnes de ramettes de papier du boulot), et puis j'emmerdais ma mère quand elle me racontait des histoires car je ne les trouvais pas à mon goût et je voulais toujours ajouter mon grain de sel. Et finalement, voir qu'une grande personne autre que mes parents, trouvait de l'intérêt à ce que j'écrivais a été un déclic. J'allais être écrivaine et je n'en ai pas démordu.

Quant à l'envie d'être publiée, elle m’est venue au collège. Bon, ça va être moyen rigolo à révéler, mais j'étais très seule et suicidaire et je voulais laisser une trace de mon boulot. J'ai donc commencé un recueil de nouvelles, puis un roman de fantasy. J'ai lâché le premier et continué le second que j'ai terminé à 18 ans. La psyché allait un peu mieux mais j'étais toujours bien décidée à être publiée. J'ai donc envoyé le manuscrit un peu partout chez de gros éditeurs : Fleuve Noir, l'Atalante, etc. Mais, soyons honnête, je ne suis pas Rimbaud, ce roman était du grand n'importe quoi merdique et aurait-il été correct, même 20 ans auparavant, les gros éditeurs étaient assez élitistes.

Bref, comme Sœur Anne, je n'ai rien vu venir. Je n'ai pas baissé les bras, j'ai écrit un deuxième, puis un troisième roman qui ont suivi le même parcours et ont été refusés. A l'époque, je ne savais absolument pas qu'il y avait des petits éditeurs et je ne répondais donc à aucun appel à texte car je n'avais aucun écho, aucune idée de la façon de commencer à mettre un pied dans l'édition. Puis une copine à qui j'avais confié mes rêves irréalisables me parle de l'AT pour les éditions Malpertuis. C'était en 2010. Quelques mois après, j'apprenais que mon texte était accepté. Ah, ma deuxième réponse répond à ta troisième question.

Zaroff et Paladin :

Ça a l’air sympa comme tout, Sibilla. C’est adapté d’une BD, non ? Ça sort quand et ça parle de quoi exactement ?

Nelly C. :

Sibilla, c’est elle : http://www.hexagoncomics.com/sibilla.htm

Une héroïne de BD des années 70, remise au goût du jour par JM Lofficier de Rivière Blanche, et comme son background n'a pas encore été très étoffé, on m'a proposé d'écrire un recueil avec de nouvelles aventures. Les personnages ne m'appartiennent pas, mais les récits, ils sont inédits, ils sont made in bibi.

Donc très basiquement, ce sont des enquêtes surnaturelles à la X Files (je la fais évoluer sur le terrain flanquée son collègue et ami, le journaliste Leonardo Verga, un sceptique indécrottable et je m'attarde pas mal sur la relation liant ces deux-là) à base de fantôme thaïlandais dégueulasse, de sorciers malfaisants, de golems et autres protagonistes d'outre-tombe. C'est du pulp assez sage avec pour seule concession un peu trash mon fantôme thaï gluant et vicieux. Si tout va bien, le livre sortira en février.

Léonox :

Joli teaser. Mais moi je veux en savoir plus. Donc : combien de nouvelles contiendra le recueil (mes sources m'avaient parlé de cinq textes, mais sont-elles fiables ?) ? Peux-tu nous donner les titres des récits, ou c'est encore trop tôt ? As-tu déjà une idée du calibrage total ? Où en es-tu de cette couverture… problématique, disons ?

Par ailleurs, peux-tu nous présenter tes nouvelles pour Dimension TRASH et Bestiaire humain ? Enfin, la question à cent sous : quels sont tes projets post-Sibilla ?

Nelly C. :

Tes sources sont fiables ou à peu près, il y aura bel et bien cinq nouvelles dans ce recueil. Cependant, la première sera une version remaniée d'une histoire déjà publiée dans le premier Dimension Super-Héros. Il me semblait important de joindre ce récit non inédit car on retrouve un des personnages dans la nouvelle centrale qui, elle, est inédite.

Les titres seront :

  1. La disgrâce de Cagliostro

  2. Un admirateur

  3. Cercles mortels

  4. Histoire de Fantôme Thaïlandais (coucou, Tsui Hark et Ching Siu-Tung

  5. Lucia

Pour le nombre de signes, là, c'est encore un peu tôt car je n'ai pas fini les corrections qui consistent à enlever du gras. Pour l'instant, j'en suis à 488k après avoir terminé un premier jet de 531k. Concernant la couverture, j'ai contacté un copain très doué qui m'a proposé un dessin plus « comics », pile dans l'esprit BD que j'avais en tête. Cependant, je ne suis pas sûre d'avoir l'aval d'un des éditeurs, apparemment satisfait de la première couverture qui transforme cette pauvre Sibilla en gothopouffe... Mais on verra, j'attends que le dessin commandé soit terminé avant de proposer un changement.

À propos des nouvelles pour Dimension Trash et Bestiaire Humain, la première s'intitule Sacré Gril (oui, oui, c'est volontaire) et relate le martyre de Saint-Laurent, devenu depuis le saint patron des cuistots. Mais tout est raconté du point de vue du bourreau, un joyeux gaulois sadique versé dans les arts du supplice et le défonçage de culs masculins. Pour Bestiaire Humain, j'ai proposé un texte, d'Encre et de Regrets, qui suit dans le Texas des années 30, les pas d'une jeune institutrice endeuillée, traquée par une créature étrange. L'histoire s'inspire sans vergogne de la mort de Robert E. Howard. J'ai à peine changé les noms, et ceux qui ont vu le film the Whole Wide World avec Renee Zellweger et Vincent d'Onofrio seront en terrain familier.

Et après Sibilla ? Je vais reprendre les aventures de Diane d'Aventin pour un troisième fascicule et emmener mon infortunée héroïne dans un voyage de noce cauchemardesque. Puis je vais essayer de terminer deux nouvelles pour, respectivement, Rivière Blanche et les Artistes Fous et tenter un concours de nouvelles de SF pour les Utopiales de Nantes. Ensuite, suivant mon inspiration du moment, écrire la suite de Sous la Peau, ou développer deux de mes récits, Caraville et Narconir, en recueils complets, sans parler de deux projets de romans qui se sont fait une place dans ma liste des choses à écrire, et un très vieux récit d'heroic fantasy qui me fait du pied et me supplie de le remanier. Maso ! (Ah ! et j'oubliais une nouvelle pour un concours de l’Écritoire !)

Paladin :

Quelle énergie ! Tu te défonces aux amphets pour trouver l'inspiration et la pêche d'écrire tout ça ? Lire des gens comme toi me booste !

Nelly C. :

Haha, je me fais des cures de vitamine C, mais il m'arrive de m'effondrer (là, je suis en période un peu down, vite des kiwis !). Pour l'inspiration, la machine à créer marche toute seule, je régurgite enfin et en permanence des décennies de lectures et de visionnages de séries et de films. La pêche, par contre, beuh... elle est capricieuse, je suis feignasse, et ai tendance à tout remettre au lendemain, donc je me fais très souvent violence, d'une force...

Mais faut que je m'accroche aux compensations. Booster les gens, déjà, lecteurs ou auteurs, c'est gratifiant. Faire oublier à un lecteur qu'il est à l'hôpital à attendre que sa sœur sorte du bloc opératoire, ça donne carrément un sens nouveau à ce boulot, moi qui naguère n'écrivais que pour moi et j'essaie de garder en tête d'autres exemples. Donc, la pêche, j'ai vraiment besoin des autres pour l'alimenter, ce que tu viens de faire avec tes quelques mots et pour cela, je te remercie de tout mon cœur.

Léonox :

Merci pour tes réponses au sujet de Sibilla, Nelly.

Ainsi as-tu viré 43 000 signes. Ben dis donc, c'est quand même pas rien. Mais 488k, ça reste du musclé. Coïncidence amusante, tu auras donc égalé à toi toute seule le calibrage de Dimension TRASH. On devrait donc avoir droit à un beau bébé dodu d'à peu près 300 pages. Miam. Et pour la couv', je croise les doigts, parce que là c'est vraiment pas possible.

Sinon, ce passage m'a intrigué :

« Ensuite, suivant mon inspiration du moment, écrire la suite de Sous la Peau, ou développer deux de mes récits, Caraville et Narconir, en recueils complets »

La suite de Sous la peau, on en reparlera bien sûr en des lieux moins publics, mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de recueils ? À ma grande honte, je n'ai pas lu les nouvelles que tu mentionnes (d'ailleurs, justement, si tu veux nous en parler, n'hésite pas), aussi je ne vois pas trop ce que tu envisages. Tu entends écrire d'autres textes dans le même univers ou transformer ces récits en romans ? Et dans la première hypothèse, à qui les soumettrais-tu ?

Parce que ce n'est pas à toi que je vais apprendre la difficulté de placer un recueil de nouvelles (Sibilla étant bien sûr une exception à plusieurs titres : d'une part il s'agit d'une commande, ensuite, elle a pour vocation d'étoffer le reboot de l'Hexagonverse développé par Jean-Marc, et enfin, je crois que ton recueil contiendra une novella en tête de gondole, ce qui est toujours aidant chez Rivière Blanche fin de la parenthèse). So what ?

Nelly C. :

Nous parlerons donc de la suite de Sous la Peau entre quatre z'yeux sans aucun souci, j'attendrai ton feu vert pour attaquer. Et pour répondre aux questions suivantes :

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire de recueils ? A ma grande honte, je n'ai pas lu les nouvelles que tu mentionnes (d'ailleurs, justement, si tu veux nous en parler, n'hésite pas), aussi je ne vois pas trop ce que tu envisages. Tu entends écrire d'autres textes dans le même univers ou transformer ces récits en romans ? Et dans la première hypothèse, à qui les soumettrais-tu ? »

Concernant les deux nouvelles suscitées, Narconir et Caraville sont respectivement publiées aux éditions numériques Astéroïdes, complètement laissées à l'abandon (et l'éditeur étant aux abonnés absents, je vais mettre la nouvelle en ligne gratuitement sur un autre site, ça lui fera les pieds) et chez les Artistes Fous Associés dans l'anthologie l'Homme de Demain. Dans les deux cas, les lecteurs qui ont aimé m'ont souvent demandé si je comptais développer les univers car, selon eux, il y a matière à en raconter plus. Et comme souvent chez moi, au moment de dire non, des idées ont germé dans tous les sens, un peu comme les fœtus monstrueux sur le corps de Samantha Eggar dans Chromosome 3.

Et pour présenter vite fait les deux nouvelles, Narconir est le nom d'un tranquillisant efficace contre les insomnies les plus tenaces, mais dont l'un des effets secondaires les plus notables est de matérialiser les rêves du dormeur. Le récit suit les mésaventures d'une petite famille dont le père a pris de ce médicament et ne veut se passer de ces rêves. Pour de très bonnes raisons. Des thématiques qui peuvent être sympas à développer comme les cauchemars matérialisés, le scandale pharmaceutique et les lobotomies forcées n'y sont qu'esquissées et j'aimerais en parler plus en détail. Quant à Caraville, c'est une variation involontaire du Transperceneige (le film était en tournage au moment où j'écrivais et je ne connaissais même pas la BD, la honte !) dans laquelle on suit Furette, une orpheline au cœur d'un conglomérat suffoquant de voitures et camions accolés pour former une ville en perpétuel mouvement.

Pour le format prévu, je ne sais pas encore, ce n'est qu'à la phase de projet. Je pourrais faire comme Bradbury dans l'Homme Illustré et construire des nouvelles autour d'un fil directeur (suivre des rêveurs à travers les enquêtes d'un employé d'entreprise pharmaceutique qui veut effacer les preuves, découvrir le parcours des différents habitants de Caraville, etc.). Et donc, si j'en reste au format recueil, je pense envoyer mes textes à Malpertuis, la Volte, Rivière Blanche et les Moutons Électriques car il me semble que ces quatre éditeurs publient des nouvelles et que mes récits peuvent correspondre à leur ligne éditoriale.

Catherine Robert :

Moi, je voudrais bien poser des questions, mais y a rien qui arrive dans mon cerveau vide. Parce que si je demande : es-tu plutôt grand blond bronzé et sportif ou petit brun intellectuel,
je suis pas sûre que ce soit bien le genre d'interrogations attendues dans cet entretien.

Françoise GRDR :

Étonnant, tu es un concentré de volonté, je suis admirative ! J'aimerais te remercier pour ta façon franche d'aborder ton travail et je garderai dans ma tête ton exemple à suivre. Pour les questions : tu tapes (sur un clavier) ou tu griffes (le papier) à la plume ? Tu préfères le jour ou la nuit ?

Cancereugène :

T'envoies du pâté, quand même ! C'est une interview qui énerve, un peu (non, je ne suis pas jaloux !) J'aime bien la question de Françoise : jour ou nuit ? À laquelle j'ajouterais : est-ce que tu « sens » quand un texte est publiable ou pas ?...

Raven :

Je peux t'embêter moi aussi ? Tu écris où ? Partout ou dans ta tanière secrète? Dans quelle ambiance ? Sur un bureau parfaitement ordonné et dans un silence monastique ou dans un joyeux capharnaüm ?

Nelly C. :

Ah hou ! Au secours ! Plouf, plouf ! Il en tombe de partout !!
*agite ses petits bras tatoués en faisant glouglouglou*

Répondons dans l'ordre, ce qui est contraire à ma nature bordélique (vous allez voir à quel point).

@Catherine : Du moment que le mec n'est pas trop dégueu, aime se cultiver, ne pète pas plus haut que son cul, n'est pas jaloux et ne me flique pas, peu m'importe s'il est blanc bidet, bronzé chocolat, blond brun, roux, chauve, etc.

@Françoise : Ooooh, bah merci à toi. Après, je ne sais pas si je suis un exemple à suivre, enfin, pour la persévérance, je suppose, oui, ça finit par payer. Et pour répondre à tes questions : :

Tu tapes (sur un clavier) ou tu griffes (le papier) à la plume ? Tu préfères le jour ou la nuit ?

J'écris principalement chez moi, surtout depuis que je bosse à domicile, mais il m'arrive d'écrire dans le train, sur un cahier, au bic ! Certains chapitres de mes deux Diane et tout le début de Sous la Peau ont été écrits dans le métro, sur un cahier.

Et principalement le jour, par malchance, je suis une grosse dormeuse.

@Cancereugène : Houhou, j'aime bien énerver les gens, mais vu qu'on se revoit très bientôt, j'espère que tu seras calmé d'ici décembre.

Est-ce que tu "sens" quand un texte est publiable ou pas ?...

Heu... Pfffffou ! J'ai toujours l'impression que c'est foiré même après avoir relu le texte plusieurs fois. Donc je n'ai aucune certitude, tout ce que j'essaie de faire, c'est rendre le boulot le plus propre possible pour mettre toutes les chances de mon côté. Léonox, ce gros sadique, me faisait des comptes-rendus de Sous la Peau, chapitre par chapitre et je me rongeais les ongles à attendre, persuadée qu'il allait détester la suite alors qu'il avait été emballé par les premiers chapitres.

@Raven : Certaines réponses à Françoise devraient t'éclairer sur le premier feu de tes questions, mais quand je suis dans ma tanière secrète, j'écoute de la musique au casque pour m'élaborer une petite bulle (souvent rompue par gros chat con qui veut bouffer mes dessins et gros mec con qui n'a toujours pas bité, en 10 ans de vie commune, que casque sur les oreilles = autisme passager d'écrivaine méchante, foutre la paix) et de préférence, seule. Dans les transports, bien installée, ça peut marcher aussi car nous sommes seuls dans la foule.

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Interview de Schweinhund par Zaroff # Part 2

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Interview de Schweinhund par Zaroff # Part 2

Quelles sont tes autres formes d’expression ? Tu peins, tu chroniques, tu chantes sous la douche ? As-tu d’autres activités ?

J’écris des chroniques. Et je bêta-lis, relis et corrige des nouvelles et des romans.

Que recherches-tu à travers le gore ? Est-ce un défouloir, une récréation ou une exploration psychanalytique ?

Rien de tout ça. Si j’ai envie de me défouler, je cogne sur un sac de frappe. Si je veux me distraire, je regarde un film d’action hongkongais. Et je ne crois pas du tout à la notion d’ « exploration psychanalytique ». Le gore, c’est avant tout un genre, avec ses propres codes. Il se trouve qu’il correspond souvent aux histoires dont j’ai envie de me débarrasser. Si lesdites histoires plaisent à quelques-uns, ça me suffit. Tout le reste n’est que littérature.

Dans une intrigue gore, préfères-tu le polar urbain, le thriller, le fantastique, le social ?

Je pense qu’un roman gore, pour être efficace, a besoin d’être réaliste. Donc selon moi tous les genres susceptibles d’amener de la distance sont à proscrire. À la limite, un usage modéré du Fantastique peut être toléré, à condition qu’il soit horrifique et, surtout, qu’il ne se prenne pas les pieds dans le tapis de l’invraisemblance. L’outrance, oui, mais il faut qu’on puisse y croire. La plupart des grands auteurs français de la collection GORE venaient du Polar, et ce n’est pas du tout un hasard si aujourd’hui on se souvient surtout de leurs romans.

Un jour, tu as écrit que le gore « était l’intimité profanée ». J’ai trouvé cette approche très intéressante. Peux-tu approfondir ?

Si j’avais su qu’un jour j’aurais à « approfondir » cette formule, je me serais sans doute abstenu. Mais bon, puisque le vin est tiré... Alors ce que je voulais dire par là, c’est que le gore n’existe pas sans violence. Or je pense qu’on peut parler d’ « intimité » en évoquant le partage d’une histoire, dans le sens où l’auteur se met à nu devant son lecteur, qui s’accapare son texte. C’est une expérience privilégiée, mais dès lors qu’il s’agit d’un récit gore, elle se mue en atrocité. Car l’auteur, après avoir susurré des mots d’amour à l’oreille de son lecteur, reprend la main en lui crachant la mort au visage. Petite mort deviendra grande.

Un mouchard albanais m’a révélé qu’un de tes amis était végétarien. Penses-tu que ces bouffeurs de légumes bouillis sont normaux ou devraient-ils être sacrifiés sur l’autel de la viande saignante ?

Ton copain albanais t’a bien renseigné. Mais la première partie de ta question m’embête un peu, parce que la « normalité », j’ai jamais trop su ce que c’était. Quant à sacrifier les végétariens, c’est hors de question. Ne serait-ce que parce qu’en effet un de mes meilleurs amis fait partie de cette secte. Et puis, ce puissant lobby est responsable à lui seul d’un cinquième du catalogue de TRASH. Je dois donc en tenir compte. Alors tant que notre collection existera, il y aura toujours du vert dans notre rouge. C’est à prendre ou à laisser.

Un autre mouchard, belge celui-là, m’a révélé que tu traînais sur le forum L’Écritoire Des Ombres. Je me suis laissé dire que cet endroit était un nid de reptiliens adeptes du culte de la Frite Vicieuse. Info ou intox ?

Info. Même si, tout comme toi, je participe moins à la vie du forum depuis quelque temps, je continue à apprécier l’endroit et j’y passe tous les jours. J’ai découvert sur L’Écritoire plusieurs auteurs de talent, avec lesquels j’ai parfois noué de vraies relations d’amitié. De plus, j’ai aussi eu l’occasion de travailler avec certains membres, et ce n’est pas fini, car de nouveaux chantiers se profilent. Et puis, j’aime les frites. Surtout quand elles sont vicieuses.

Es-tu un auteur long ou court ?

Comme je le disais plus tôt, je ne me vois pas vraiment comme un auteur. Mais tous les textes que j’ai réussi à finaliser jusque-là sont courts, voire très courts. Bloodfist est donc une sorte d’exception. Une « sorte » seulement, parce que les chapitres y sont plutôt brefs, et certains pourraient, une fois extraits de leur contexte et un peu retravaillés, devenir des micronouvelles. En résumé, l’aspect sec et lapidaire de la forme courte me convient bien.

Quels sont tes prochains projets ?

Le mot « projet » ne fait pas partie de mon vocabulaire. Il implique une vision à long terme qui m’a toujours fait défaut. Pour développer des projets, il faut avoir confiance en soi, mais aussi en autrui, et plus généralement en l’avenir. Donc pour ma part, c’est trois fois « niet », camarade. Alors j’avance petit à petit et traite les chantiers les uns après les autres. Néanmoins, faute de pouvoir me montrer plus précis, voilà quand même les grandes lignes de mon planning jusqu’à la fin de l’année : quatre de mes nouvelles paraîtront chez deux éditeurs différents dans quatre anthologies au second semestre. Elles sont déjà écrites, mais le travail n’est pas terminé, parce que mon partenaire Trasheux Julien H. et moi-même allons être plus ou moins impliqués dans le développement de deux de ces recueils. En parallèle, je vais rédiger la préface d’un autre livre qui me tient beaucoup à cœur, et qui sera publié à la rentrée. Et bien sûr je vais m’occuper de nos trois futurs bébés TRASH, eux aussi prévus pour cet automne, tout en continuant à écrire des chroniques pour La Tête En Noir et pour ce blog. Quant au reste, je vais essayer de trouver le temps pour développer un nouveau récit perso, mais à ce stade (50 000 signes en friche), il est encore bien trop tôt pour en parler.

Zaroff te remercie d’avoir répondu à son interrogatoire et espère qu’il te retrouvera bientôt dans un bouquin édité chez TRASH. Et il tient également à t’adresser ses vives félicitations pour les chroniques exceptionnelles que tu postes ici. Partager ce blog avec toi est un véritable bonheur et honneur.

C’est moi qui te remercie. D’ailleurs, puisque l’occasion m’en est donnée, on va remettre les choses en perspective et procéder par ordre. Donc : 1. Merci à toi pour tout ce que tu fais pour TRASH depuis que nous existons. Merci de nous avoir donné une telle visibilité sur L’Écritoire Des Ombres et sur sa page Facebook, ainsi que sur ce blog. Ton soutien sans faille nous est vraiment très précieux. 2. Merci d’avoir fait confiance au micro-éditeur débutant que TRASH était il y a deux ans. Nous sommes très heureux de compter ton Night stalker au sein de notre catalogue. 3. Merci de m’avoir invité sur ce blog. Un an déjà que grâce à toi je dispose d’une belle tribune pour mes chroniques. Je suis ravi qu’elles te plaisent. Ça signifie que les livres et les auteurs que je présente sont plutôt bien mis en valeur, et en tant que chroniqueur, c’est tout ce qui m’intéresse. 4. Enfin, merci beaucoup pour cet entretien. Pour un peu, il me donnerait l’étrange impression que je suis quelqu’un d’important. Enfin, pour ça, il faudrait que j’aie le melon. Ce qui est contraire à mon absence totale de religion.

Le mot de la fin ?

I don’t exist.

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Interview de Schweinhund par Zaroff # Part 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Interview de Schweinhund par Zaroff # Part 1

Qui est Schweinhund et pourquoi ce nom ?

Schweinhund, c’est une créature aberrante issue du cerveau détraqué d’un type qui sévit par ailleurs sous les pseudonymes d’Artikel Unbekannt ou Léonox. Elle a été créée de toutes pièces pour TRASH. Quant à la signification de ce terme, c’est tout simplement la contraction des mots « porc » et « chien », en allemand. Et bien sûr, quand on qualifie quelqu’un de « Schweinhund », il ne s’agit pas vraiment d’un compliment. C’était pour moi une manière d’annoncer franchement la couleur au lecteur. Genre « fais gaffe, ça va pas être confortable ».

Bloodfist : pourquoi ce titre ?

Il y a quatre raisons, à la fois distinctes et complémentaires. La première, et la plus importante, tient au fait que la scène du « poing sanglant » est une des plus cruciales et, je crois, extrêmes, du bouquin. Ensuite Bloodfist, à l’oral, ça sonne comme Blood feast, le fameux film de l’inventeur du Gore Herschell Gordon Lewis. Et ça me permettait aussi de faire un clin d’œil au Blood-Sex de Nécrorian. Enfin, Bloodfist est le titre d’un film de tape produit par le pape du bis Roger Corman, qui a connu un nombre incalculable de séquelles. Et moi j’aime bien les films de tape. Surtout ceux qui laissent des séquelles.

Tu as mentionné deux autres pseudos. À quoi correspondent-ils ? Et quelles sont les différences entre tes trois identités ?

En fait, à l’origine, il n’y avait qu’Artikel Unbekannt. J’ai d’abord utilisé ce pseudonyme pour signer des chroniques dans un fanzine. Puis, quand mes premières nouvelles ont été publiées, je l’ai conservé, parce qu’il me plaisait bien. Ensuite, j’ai eu envie d’une nouvelle identité pour TRASH, parce que Bloodfist était très différent de tout ce que j’avais pu écrire jusqu’alors. Quant à Léonox, je ne m’en sers que sur Internet. En résumé, je dirais qu’Artikel Unbekannt reflète mon goût pour l’anonymat, tandis que Schweinhund cherche plutôt la merde confrontation. Et Léonox peut être considéré comme une synthèse des deux. C’est une sorte d’hybride écartelé entre les collections Angoisse et GORE.

Je crois savoir que tu as un rôle important chez TRASH ÉDITIONS. Quelle est l’origine de ce projet ?

Je suis « président » de la société TRASH Éditions, mais c’est juste parce qu’on ne pouvait mentionner qu’un seul nom. En réalité, notre boucherie compte deux hommes à tout faire : mon camarade Julien Heylbroeck et moi. Nous avons décidé de créer cette structure pour promouvoir une forme de littérature qui autorise, voire encourage, les débordements. Avec des bouquins courts et nerveux qui prendraient les lecteurs aux tripes. Or c’était là quelque chose qui d’après nous avait disparu depuis la fin de la collection GORE. Le seul cadre auquel nous tenions était le format poche, car populaire et à la portée de toutes les bourses.

TRASH est aussi un hommage assumé à la mythique et défunte collection GORE. Quels sont tes souvenirs émus de ces bouquins ? Tes auteurs cultes ?

Il est clair que TRASH doit beaucoup à GORE : on n’a jamais cherché à avancer masqués, même si ce serait très prétentieux de notre part de prétendre à un quelconque héritage. Ceci dit, on n’est pas là pour servir du réchauffé. Les hommages serviles et passéistes, c’est pas notre truc. Voilà pourquoi l’appellation les « bâtards de GORE » nous convient très bien. Quant à mes auteurs préférés, il s’agit exclusivement de Français, à l’exception de Shaun Hutson. Julien a une position un peu différente, mais de mon point de vue les bouquins les plus radicaux et intransigeants (et les mieux écrits, aussi) de la collection GORE sont l’œuvre d’auteurs français. Au premier rang desquels figurent pour moi Corsélien et Nécrorian.

Comme moi, tu admires l’œuvre de Charles Nécrorian, notamment pour BLOOD-SEX. As-tu déjà rencontré ce grand bonhomme en vrai ?

En effet, j’éprouve beaucoup d’admiration à l’égard de Jean Mazarin/Nécrorian. Et oui, j’ai eu la chance de le rencontrer. C’était en juin 2013, à l’occasion de la troisième convention organisée par l’association ImaJn’ère à Angers. Événement qui correspondait à la présentation officielle de la collection TRASH, avec nos trois premiers romans. Une journée inoubliable. Par la suite, nous sommes restés liés, et entretenons depuis lors une correspondance par mail. Mais pour en savoir plus à ce sujet, mieux vaut acquérir La mort en partage, qui vient de paraître chez Rivière Blanche. Car selon mes sources, ce copieux volume contiendrait, outre deux excellents romans, quelques informations exclusives…

Quelles furent tes influences, littéraires et autres, pour la rédaction de Bloodfist ?

Mes influences littéraires, je les ai déjà évoquées dans l’article intitulé « Pourquoi tant de haine », posté dans cette catégorie le 23 février, alors je ne vais pas y revenir. Mais j’ai d’autres sources d’inspiration, même si elles sont sans doute moins perceptibles dans ce que j’écris. La musique (je suis un Electro-Industrial Freak) et le cinéma de genre occupent notamment une grande place dans ma vie depuis très longtemps. Je pense donc que ces deux axes ont dû influer sur le rythme et l’ambiance de Bloodfist. Mais c’est de l’ordre de l’inconscient, et j’aurais du mal à étayer ce ressenti d’exemples précis.

Comment écris-tu ?

Dans la douleur. Et c’est pas une façon de se poser en artiste tourmenté, hein, pas du tout. Je veux juste dire par là que j’ai une relation à l’écriture assez compliquée. En fait, je ne me considère ni comme un écrivain, ni comme un auteur. Mes textes ne représentent pour moi qu’une série d’accidents. Et à chaque fois, c’est retour à la case départ. Pour moi, la notion d’ « acquis » n’existe pas. De plus, l’écriture est une forme de communication. Car que je sache, on écrit toujours pour être lu. Or je ne trouve pas cette manière de communiquer très naturelle. D’où des questions à la con, du genre « qu’est-ce que j’ai vraiment à dire ? », « et à qui ? ». Et puis, j’ai aussi une conscience très aigüe de mes influences. Certaines sont « digérées », d’autres moins. D’où le fait que j’avais purement et simplement cessé d’écrire pendant cinq ans. Rien. Pas une ligne. Et même depuis que j’ai repris, je dois toujours plus ou moins lutter contre ça. Enfin, je ne suis pas capable de cracher du signe au kilomètre. J’admire, et parfois j’envie, ceux qui en sont capables, mais en ce qui me concerne c’est impossible. Pour toutes ces raisons, l’écriture représente pour moi un processus complexe. Mais les choses trop simples ont tendance à m’ennuyer très vite. Donc…

Un livre marquant ?

Les chants de Maldoror.

Un film marquant ?

Der Todesking, de Jörg Buttgereit.

... Seconde partie de l’interview en ligne le lundi 04 mai...

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Interview de David Coulon

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Interview de David Coulon

Bonjour David Coulon. Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Alors, j'ai 40 ans pile poil. Je suis psy de formation, mais également metteur en scène. Barbu. Je suis né dans le Var, et j'habite en Normandie. Et je suis pacsé depuis peu, alors ne rêvez pas.

Tu as été remarqué par Franck Thilliez pour le prix VSD du Polar pour ton prochain roman "Le village des ténèbres" qui sortira le 2 avril chez Les Nouveaux Auteurs. As-tu couché avec lui et, si c'est le cas, avons-nous une chance, Léonox et moi, d'offrir nos corps musculeux pour réussir ?

J'étais très impatient de rencontrer Franck Thilliez. D'ailleurs je m'étais vêtu de bleu tout comme lui, à cette occasion. Mais rien n'y a fait. Il avait un train à prendre. J'ai simplement réussi à lui soutirer un ticket de métro. Comme expérience sexuelle, j'ai connu mieux. Donc, rangez vos muscles, les gars. Plus sérieusement, j'ai beaucoup apprécié la rencontre avec Thilliez. Il n'a pas tari d'éloges sur mon manuscrit, et m'a donné plein de conseils pour l'améliorer, gérer le suspens, tout ça. Les échanges à propos de mon manuscrit ont été très fructueux. C'est de surcroit quelqu'un de très sympa, très abordable. Qu'il ait accordé son "coup de coeur" à mon roman me touche beaucoup.

Tu as un style qui rappelle Jonquet ou encore Simenon pour certains aspects atmosphériques. Quelles sont tes influences ?

Voilà des comparaisons qui me ravissent. Ce sont deux auteurs que j'admire. Je suis bien mal placé pour caractériser mon propre style. Je viens du théâtre, donc je pense avoir une écriture "orale" par moment. Mes influences principales sont sans doute liées à mes lectures théâtrales. Je n'aime pas les récits trop linéaires. J'aime les ruptures. J'aime quand ça gueule au-milieu d'une belle phrase. J'aime David Peace, Chuck Palahniuk, et, à un degré moindre car trop inégal à mon goût, Bret Easton Ellis. Oui, un mélange de ces trois-là avec Jonquet, Simenon, et quelques théâtreux un peu barrés du style Rodrigo Garcia.

Quel est ton rythme d'écriture ? As-tu un lieu de prédilection pour écrire ?

Il faudrait que j'ai un rythme d'écriture, mais j'écris à l'instinct. Je peux écrire plusieurs jours, en étant cloitré, pondre 200 pages ainsi, puis passer deux mois sans jeter une ligne. J'ai besoin de marcher, beaucoup, sans but, en ville, en campagne, en bord de mer, en laissant les images et l'histoire venir. Sans rien écrire. Je dois ressembler à un psychotique en errance. Et puis, d'un coup, le besoin se fait sentir, et je ponds des lignes et des lignes. Je n'ai pas de lieu de prédilection. J'ai fini d'écrire et corriger "Dernière fenêtre sur l'aurore", sous une tente, au mois d'août, au milieu des Dolomites !

Es-tu un auteur court ou long ? Tu es plutôt du genre 250 000 signes ou dépassant le million de signes comme Bernard Minier ?

Court. Sans hésitation. Je viens de la nouvelle. J'ai publié des dizaines et des dizaines de nouvelles dans des revues avant de me lancer dans du long. J'écris chaque chapitre, chaque paragraphe, comme une nouvelle. Je suis un sprinter, pas un coureur de fond. Mais "Le Village des Ténèbres" fait dans les 500 000 signes quand même...

Espères-tu vivre de ta plume ou est-ce une simple passion ?

En vivre est un rêve ! Mais la passion fait vivre (c'est beau, hein ! Tu peux noter la citation, Zaroff, pour un prochain Trash).

Hormis Zaroff et Schweinhund, quels sont les auteurs qui animent ton imaginaire ?

Beaucoup... Brussolo est le premier nom qui me vient à l'esprit. Ce mec te fait partir loin, alors que la plupart de ses récits sont improbables voire grand-guignolesques. Et malgré cela, impossible de lâcher le moindre de ses bouquins. Il est fort. Très fort. Pas assez reconnu, à mon goût. Le second nom qui me vient à l'esprit est Stephen King. C'est pas bien original, mais à l'adolescence, j'en ai bouffé et j'adorais ça. En polar, j'aime beaucoup Marcus Malte et Jean-Hugues Oppel. J'aime aussi beaucoup Hafed Benotman qui nous a quitté il y a peu. On l'avait invité, avec un collectif d'artistes, à des lectures à la Fabrique Ephéméride, à Val de Reuil, entre Rouen et Paris. Des jours et des échanges géniaux.,Ce mec était un grand.

Et, parmi les monuments, je dirais :Jonquet, Peace, Palahniuk, Ellis. Qui innovent stylistiquement. Et ça, c'est important. C'est même crucial, à mon goût.

As-tu un domaine précis comme le thriller ou t'autorises-tu tous les genres en fonction de ton inspiration ?

Je m'autorise tout. Le roman noir m'intéresse car il permet d'aborder, même par bribes, même sur une phrase ou deux, même sans avoir l'air d'y toucher, une réalité sociale. Mais je ne sais pas si j'écris du thriller, du noir, ou de la daube. J'écris, c'est tout. Catégoriser et classer, c'est nécessairement réduire. Il y a de la littérature blanche qui pourrait être classée noire, et vice-versa.


Fais-tu un plan précis de ton intrigue ou travailles-tu à l'arrache comme Zaroff ?

Les deux, mon capitaine. En général, je commence avec un plan. Et au bout de quelques jours, je fais tout à l'arrache !


Tu sais que ce blog est aussi consacré à TRASH ÉDITIONS. Que penses-tu de cette collection et quels sont tes ouvrages préférés ?

J'adore cette collection. Je les ai tous. Pas encore tous lus, car j'ai une PAL monumentale, mais je trouve le projet fantastique. Je parlais de Bret Easton Ellis tout à l'heure, et je me demande si, à l'heure actuelle, un texte tel que "American Psycho" pourrait être édité ailleurs que dans une collection telle que TRASH. Mes ouvrages préférés dans la collec ? Joker. Pas que je ne veuille pas répondre, mais je ne les ai pas tous lus. Donc, par honnêteté intellectuelle, je m'abstiens...

Ton remarquable "Dernière fenêtre sur l'aurore" est réédité depuis peu. Est-ce ton initiative ou as-tu été repéré ?

En fait, j'ai envoyé un autre roman à Jérôme Vincent, l'éditeur d'ActuSF. Roman qui ne lui a pas plu (et qui est toujours dans mes tiroirs !). Et il m'a demandé de lui envoyer le polar déjà édité (Dernière fenêtre sur l'aurore) dont je parlais dans ma présentation. Et il a souhaité le rééditer en poche pour sa nouvelle collection, Hélios, dédiée au polar. Ça donne une deuxième vie à ce bouquin, je suis comblé ! D'autant que j'essuie les plâtres de cette nouvelle collection noire. C'est un double plaisir ! Je suis très attaché à ce bouquin que certains trouvent dur, très noir. Pourtant, je ne fais qu'aller au bout de la logique, même inconsciente, des personnages. Et je vois ce que ça donne. La littérature permet ça. Je ne comprends pas que l'on puisse être choqué par un bouquin, et qu'on ne le soit pas dans la vie de tous les jours. La littérature permet de comprendre, d'interroger la violence sociale, la violence humaine. De bousculer le réel. Or, l'on reproche parfois à la littérature d'être trop violente. Et on continue à vivre dans ce monde-là sans rien faire pour le changer. C'est un non-sens.

Que conseilles-tu à un auteur amateur pour se faire publier ?

Ne pas baisser les bras. Jamais. J'ai mis 10 ans pour publier mon premier bouquin. En fait, j'en ai écrit quatre. Trois dormiront ad vitam dans les tiroirs car ils sont mauvais. Mais au début, tu ne le sais pas. Donc : ne jamais baisser les bras. Ensuite : écouter. Même les remarques les plus négatives. Surtout. Et enfin : continuer à écrire contre vents et marées. Il y a une grosse part de chance et de hasard dans la publication, mais il faut savoir provoquer ça. Et être patient. Très.


Nous savons, par le biais d'un indic au FBI, que tu pratiques le théâtre. Cet art de la scène est-il important pour ton écriture, notamment pour tes personnages ?

Oui, incontestablement. Ça me permet de donner corps (au moins dans ma tête) à tous les personnages. Sur scène, tous les persos, même les plus secondaires, doivent avoir une consistance. Dans un bouquin, pareil. Le théâtre m'a appris ça. Et je pense aussi qu'il influence ma façon d'écrire. Le rythme. Les respirations.

Si tu ne devais retenir qu'un livre de chevet, quel serait-il ?

Un seul ? Dur... Peut-être "1984" pour sa clairvoyance. Car ça y est. On y est. Tout le monde devrait le lire. Ce livre décrit notre présent.

Tu es plutôt stylo et carnet ou ordinateur ?

Ordi. J'ai un tout petit notebook qui me suit partout. C'est mon animal de compagnie.


Combien de temps mets-tu pour rédiger un roman ?

C'est très variable. Ça dépend du nombre de réécritures. Mais 6 mois me parait être une bonne moyenne, assez crédible.

Grâce à cette magnifique interview, nous espérons que nos millions de visiteurs te connaîtront mieux. Nous te remercions d'avoir dévoilé un peu de ton intimité et te souhaitons le meilleur pour la suite de ta carrière. Léonox et moi sommes des fervents admirateurs. Nous attendons patiemment la sortie de ton bouquin début avril et il sera chroniqué comme il se doit sur ce blog. Merci à toi et bon vent pour tes futurs écrits.

Merci à vous. Comme vous êtes des fervents admirateurs, peut-être vos corps musculeux pourraient-ils me convenir ?

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