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Entretien avec David Coulon

Publié le par Zaroff - Commenter cet article et avis postés :

 

 

 

Bonjour David Coulon. Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Alors, j'ai 40 ans pile poil. Je suis psy de formation, mais également metteur en scène. Barbu. Je suis né dans le Var, et j'habite en Normandie. Et je suis pacsé depuis peu, alors ne rêvez pas.

Tu as été remarqué par Franck Thilliez pour le prix VSD du Polar pour ton prochain roman "Le village des ténèbres" qui sortira le 2 avril chez Les Nouveaux Auteurs. As-tu couché avec lui et, si c'est le cas, avons-nous une chance, Léonox et moi, d'offrir nos corps musculeux pour réussir ?

J'étais très impatient de rencontrer Franck Thilliez. D'ailleurs je m'étais vêtu de bleu tout comme lui, à cette occasion. Mais rien n'y a fait. Il avait un train à prendre. J'ai simplement réussi à lui soutirer un ticket de métro. Comme expérience sexuelle, j'ai connu mieux. Donc, rangez vos muscles, les gars. Plus sérieusement, j'ai beaucoup apprécié la rencontre avec Thilliez. Il n'a pas tari d'éloges sur mon manuscrit, et m'a donné plein de conseils pour l'améliorer, gérer le suspens, tout ça. Les échanges à propos de mon manuscrit ont été très fructueux. C'est de surcroit quelqu'un de très sympa, très abordable. Qu'il ait accordé son "coup de coeur" à mon roman me touche beaucoup.

Tu as un style qui rappelle Jonquet ou encore Simenon pour certains aspects atmosphériques. Quelles sont tes influences ?

Voilà des comparaisons qui me ravissent. Ce sont deux auteurs que j'admire. Je suis bien mal placé pour caractériser mon propre style. Je viens du théâtre, donc je pense avoir une écriture "orale" par moment. Mes influences principales sont sans doute liées à mes lectures théâtrales. Je n'aime pas les récits trop linéaires. J'aime les ruptures. J'aime quand ça gueule au-milieu d'une belle phrase. J'aime David Peace, Chuck Palahniuk, et, à un degré moindre car trop inégal à mon goût, Bret Easton Ellis. Oui, un mélange de ces trois-là avec Jonquet, Simenon, et quelques théâtreux un peu barrés du style Rodrigo Garcia.

Quel est ton rythme d'écriture ? As-tu un lieu de prédilection pour écrire ?

Il faudrait que j'ai un rythme d'écriture, mais j'écris à l'instinct. Je peux écrire plusieurs jours, en étant cloitré, pondre 200 pages ainsi, puis passer deux mois sans jeter une ligne. J'ai besoin de marcher, beaucoup, sans but, en ville, en campagne, en bord de mer, en laissant les images et l'histoire venir. Sans rien écrire. Je dois ressembler à un psychotique en errance. Et puis, d'un coup, le besoin se fait sentir, et je ponds des lignes et des lignes. Je n'ai pas de lieu de prédilection. J'ai fini d'écrire et corriger "Dernière fenêtre sur l'aurore", sous une tente, au mois d'août, au milieu des Dolomites !

Es-tu un auteur court ou long ? Tu es plutôt du genre 250 000 signes ou dépassant le million de signes comme Bernard Minier ?

Court. Sans hésitation. Je viens de la nouvelle. J'ai publié des dizaines et des dizaines de nouvelles dans des revues avant de me lancer dans du long. J'écris chaque chapitre, chaque paragraphe, comme une nouvelle. Je suis un sprinter, pas un coureur de fond. Mais "Le Village des Ténèbres" fait dans les 500 000 signes quand même...

Espères-tu vivre de ta plume ou est-ce une simple passion ?

En vivre est un rêve ! Mais la passion fait vivre (c'est beau, hein ! Tu peux noter la citation, Zaroff, pour un prochain Trash).

Hormis Zaroff et Schweinhund, quels sont les auteurs qui animent ton imaginaire ?

Beaucoup... Brussolo est le premier nom qui me vient à l'esprit. Ce mec te fait partir loin, alors que la plupart de ses récits sont improbables voire grand-guignolesques. Et malgré cela, impossible de lâcher le moindre de ses bouquins. Il est fort. Très fort. Pas assez reconnu, à mon goût. Le second nom qui me vient à l'esprit est Stephen King. C'est pas bien original, mais à l'adolescence, j'en ai bouffé et j'adorais ça. En polar, j'aime beaucoup Marcus Malte et Jean-Hugues Oppel. J'aime aussi beaucoup Hafed Benotman qui nous a quitté il y a peu. On l'avait invité, avec un collectif d'artistes, à des lectures à la Fabrique Ephéméride, à Val de Reuil, entre Rouen et Paris. Des jours et des échanges géniaux.,Ce mec était un grand.

Et, parmi les monuments, je dirais :Jonquet, Peace, Palahniuk, Ellis. Qui innovent stylistiquement. Et ça, c'est important. C'est même crucial, à mon goût.

As-tu un domaine précis comme le thriller ou t'autorises-tu tous les genres en fonction de ton inspiration ?

Je m'autorise tout. Le roman noir m'intéresse car il permet d'aborder, même par bribes, même sur une phrase ou deux, même sans avoir l'air d'y toucher, une réalité sociale. Mais je ne sais pas si j'écris du thriller, du noir, ou de la daube. J'écris, c'est tout. Catégoriser et classer, c'est nécessairement réduire. Il y a de la littérature blanche qui pourrait être classée noire, et vice-versa.

Fais-tu un plan précis de ton intrigue ou travailles-tu à l'arrache comme Zaroff ?

Les deux, mon capitaine. En général, je commence avec un plan. Et au bout de quelques jours, je fais tout à l'arrache !

Tu sais que ce blog est aussi consacré à TRASH ÉDITIONS. Que penses-tu de cette collection et quels sont tes ouvrages préférés ?

J'adore cette collection. Je les ai tous. Pas encore tous lus, car j'ai une PAL monumentale, mais je trouve le projet fantastique. Je parlais de Bret Easton Ellis tout à l'heure, et je me demande si, à l'heure actuelle, un texte tel que "American Psycho" pourrait être édité ailleurs que dans une collection telle que TRASH. Mes ouvrages préférés dans la collec ? Joker. Pas que je ne veuille pas répondre, mais je ne les ai pas tous lus. Donc, par honnêteté intellectuelle, je m'abstiens...

Ton remarquable "Dernière fenêtre sur l'aurore" est réédité depuis peu. Est-ce ton initiative ou as-tu été repéré ?

En fait, j'ai envoyé un autre roman à Jérôme Vincent, l'éditeur d'ActuSF. Roman qui ne lui a pas plu (et qui est toujours dans mes tiroirs !). Et il m'a demandé de lui envoyer le polar déjà édité (Dernière fenêtre sur l'aurore) dont je parlais dans ma présentation. Et il a souhaité le rééditer en poche pour sa nouvelle collection, Hélios, dédiée au polar. Ça donne une deuxième vie à ce bouquin, je suis comblé ! D'autant que j'essuie les plâtres de cette nouvelle collection noire. C'est un double plaisir ! Je suis très attaché à ce bouquin que certains trouvent dur, très noir. Pourtant, je ne fais qu'aller au bout de la logique, même inconsciente, des personnages. Et je vois ce que ça donne. La littérature permet ça. Je ne comprends pas que l'on puisse être choqué par un bouquin, et qu'on ne le soit pas dans la vie de tous les jours. La littérature permet de comprendre, d'interroger la violence sociale, la violence humaine. De bousculer le réel. Or, l'on reproche parfois à la littérature d'être trop violente. Et on continue à vivre dans ce monde-là sans rien faire pour le changer. C'est un non-sens.

Que conseilles-tu à un auteur amateur pour se faire publier ?

Ne pas baisser les bras. Jamais. J'ai mis 10 ans pour publier mon premier bouquin. En fait, j'en ai écrit quatre. Trois dormiront ad vitam dans les tiroirs car ils sont mauvais. Mais au début, tu ne le sais pas. Donc : ne jamais baisser les bras. Ensuite : écouter. Même les remarques les plus négatives. Surtout. Et enfin : continuer à écrire contre vents et marées. Il y a une grosse part de chance et de hasard dans la publication, mais il faut savoir provoquer ça. Et être patient. Très.

Nous savons, par le biais d'un indic au FBI, que tu pratiques le théâtre. Cet art de la scène est-il important pour ton écriture, notamment pour tes personnages ?

Oui, incontestablement. Ça me permet de donner corps (au moins dans ma tête) à tous les personnages. Sur scène, tous les persos, même les plus secondaires, doivent avoir une consistance. Dans un bouquin, pareil. Le théâtre m'a appris ça. Et je pense aussi qu'il influence ma façon d'écrire. Le rythme. Les respirations.

Si tu ne devais retenir qu'un livre de chevet, quel serait-il ?

Un seul ? Dur... Peut-être "1984" pour sa clairvoyance. Car ça y est. On y est. Tout le monde devrait le lire. Ce livre décrit notre présent.

Tu es plutôt stylo et carnet ou ordinateur ?

Ordi. J'ai un tout petit notebook qui me suit partout. C'est mon animal de compagnie.

Combien de temps mets-tu pour rédiger un roman ?

C'est très variable. Ça dépend du nombre de réécritures. Mais 6 mois me parait être une bonne moyenne, assez crédible.

Grâce à cette magnifique interview, nous espérons que nos millions de visiteurs te connaîtront mieux. Nous te remercions d'avoir dévoilé un peu de ton intimité et te souhaitons le meilleur pour la suite de ta carrière. Léonox et moi sommes des fervents admirateurs. Nous attendons patiemment la sortie de ton bouquin début avril et il sera chroniqué comme il se doit sur ce blog. Merci à toi et bon vent pour tes futurs écrits.

Merci à vous. Comme vous êtes des fervents admirateurs, peut-être vos corps musculeux pourraient-ils me convenir ?

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