Le tango des assassins - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le tango des assassins - Maud Tabachnik

Autant les deux derniers romans étaient (assez) bien foutus, mais ce cinquième opus n'est guère fameux sur les huit que compte la série consacrée à Sandra Khan et Sam Goodman. Nina, la petite amie de Sandra, est enlevée lors d'une mission en Argentine. Elle était chargée d'enquêter sur des disparitions d'enfants. On apprend vite que les deux hommes qui l'accompagnaient étaient des agents du Mossad. Les autorités officielles ne font rien pour ne pas envenimer les relations diplomatiques entre l'Argentine et les USA.

Sandra demande de l'aide à Sam qui la rejoint, accompagné de sa mère envahissante. Un vieux nazi est responsable du kidnapping. Forcément, c'est un pervers doublé de sadisme. Le final est vite torché et on referme ce bouquin en soupirant. Après cinq romans, on s'aperçoit que Sandra est le véritable héros de cette série. Goodman semble effacé et distant. Et on sent surtout que l'auteure a du mal à être originale. Les thèmes sont redondants et on s'enfile la même dose sur les Juifs, les nazis, les complots divers, les homos, les flics corrompus et les politicards véreux. Plus que trois livres à compulser (je vais attendre un peu) avant de vous rendre un avis définitif sur cette série. Mais je crois que l'illusion sera vaine.

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GORE, première partie

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

GORE, première partie

De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts : les Français de la collection Gore.

Tout a déjà été dit à propos de la collection Gore. Du moins je le pensais en 2014, quand est paru chez Artus Films l’extraordinaire ouvrage de David Didelot Gore : Dissection d’une collection. Mais David lui-même étant revenu à plusieurs reprises sur les lieux de son crime depuis la parution de ce livre, l’idée d’un petit article a commencé à me trotter dans la tête. Après une réflexion si mûre qu’elle en vint à flirter dangereusement avec le pourrissement, l’idée m’apparut telle une blessure sur une paume de stigmatisé : le sang, c’est la vie ! Certes, la collection Gore est morte depuis longtemps. Mais comme mon but n’est pas de me recueillir sur des tombes, ni de profaner des sépultures, pourquoi ne pas aborder moi-même en tout bien toute horreur quelques-uns des romans Gore qui m’ont le plus impressionné ?

Ainsi sera-t-il donc, rouge sur rouge, et « let me introduce myself in you » (pardon my french). Ou plutôt non, pas pardon. Et cette fois, c’est en français dans le texte. Car à mes yeux, les meilleurs Gore ont justement été écrits par des auteurs français. Or pour une fois que les fromages qui puent se révèlent plus doués que les Anglo-Saxons dans le domaine de la culture populaire, on ne va certainement pas s’en excuser. Et puis quoi, encore. En tout cas, une chose est sûre : sans Nécrorian et Corsélien, je ne serais pas en train d’écrire ces lignes.

Ces deux auteurs, mieux connus sous d’autres pseudonymes (Jean Mazarin et Kââ alimentèrent aussi avec bonheur la collection Spécial-Police, toujours au Fleuve Noir), ont livré les Gore les plus extrêmes et transgressifs avec une totale liberté de ton et un style unique. C'est de l’horreur froide et sans humour, du noir sur rouge qui attaque en profondeur, de la littérature « dans ta face » (certains diraient « dans ton c... »), ça fait très mal et ça ne se rattrape jamais au lavage. Personnellement, je suis sorti transformé de ces lectures.

Daniel Riche, fondateur et directeur de la collection Gore, s’attacha en outre à proposer à ses lecteurs avides d’autres romans écrits par des auteurs « maison ». C’est ainsi que G.J. Arnaud, Pierre Pelot, André Caroff, Kurt Steiner, Jean-Pierre Andrevon et Joël Houssin trempèrent tour à tour avec bonheur leur plume dans le sang. Ces brillants transfuges des séries Angoisse, Anticipation et Spécial-Police donnèrent ainsi à la collection un cachet qui l’éloignait du ghetto de l’exploitation, inventant sans le vouloir une sorte de « label rouge » à la française ! À ce titre, Bruit crissant du rasoir sur les os, de Corsélien, fait figure de mètre étalon : c’est un grand roman, brillamment écrit, et ce chemin de croix psychotique et sanglant possède un style et une singularité à faire pâlir d’envie bien des « fantastiqueurs » traditionnels…

Enfin, je recommanderai aussi la lecture des huit romans signés par le duo Éric Verteuil pour la collection Gore, même si la quantité n’est pas forcément symptomatique de qualité. Cela étant, si au début de l’aventure, chaque contributeur français a vu le truc comme un défi, il convient de distinguer ceux qui se sont frottés indistinctement à tous les genres populaires, sans goût particulier pour celui-ci, de ceux qui se sont pris au jeu et ont aimé ça au point de persister. Et les Verteuil aimaient le Gore. Un peu. Beaucoup. Passionnément. Alors oui, je conseillerai toujours à un amateur de la collection Angoisse Grand-Guignol 36-88, de Kurt Steiner (Gore 62) et Extermination, d'André Caroff (Gore 83), qui sont deux sacrés bouquins. Des contributions comme celles-là ont indéniablement donné leurs lettres de « noblesse » à la collection. En sont-elles représentatives pour autant ? Pas plus que les romans d’Éric Verteuil.

Malgré tous ces exemples, il en restera toujours pour prétendre que cette littérature malséante et nauséabonde n’a que peu de rapports avec l’imaginaire, arguant que le gore est au fantastique ce que la pornographie est à l’érotisme. À ces esprits chagrins, je répondrai ceci : une approche aussi frontale, brutale, voire bestiale que celle d’un Nécrorian dans Blood-sex (ou quand un titre se fait quintessence) ne verse-t-elle pas à force d’outrances et de transgressions dans l’irrationnel le plus sauvage ? De la même manière, un film aussi brillant et extrême que Cannibal holocaust est certes une sorte de manifeste du « nécro-réalisme », mais n’est-il pas pour autant difficile d’y croire ? En définitive, la confrontation directe avec l’horreur la plus pure ne peut-elle être perçue comme l’étape terminale du Fantastique ?

Terminale, ou pas. Car si les auteurs français sont l’arbre qui cache la forêt, les Goreux anglo-saxons pourraient bien avoir envie de sortir du bois. To be continued…

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Gémeaux - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Gémeaux - Maud Tabachnik

C'est une évidence : notre vaste monde est peuplé de tarés. Et ceux de ce quatrième volet des enquêtes de Sam Goodman et Sandra Khan sont véritablement tordus, violents et sadiques. Les deux frères Hunter sont jumeaux et l'un deux, débile, suit son frangin avec une admiration sans faille. Leur route est tracée de meurtres, viols, braquages. Après avoir flingué le collègue de Goodman, ils s'échappent et croisent Genosi, un Corse, en cavale également. Un détail s'impose : il est encore plus fondu que les deux autres ! Leur équipée sauvage va atteindre le paroxysme de l'horreur lorsqu'ils vont enlever trois gamins pour une commande spéciale, un snuff.

D'autre part, on retrouve Sandra (couronnée du Pulitzer), dévastée psychologiquement après son retour de Boulder City, laissée pour morte dans le désert. Pour la remettre en selle, Goodman lui demande de l'aide pour traquer les trois criminels dans les environs de San Francisco. L'auteure nous adresse un road-movie implacable, dur, cruel, impitoyable. Rien à voir avec les deux premiers opus. Ce duo composé d'un lieutenant juif, beau gosse et habillé avec élégance (et entouré d'une mère possessive) avec la jeune reporter lesbienne au caractère bien trempé commence à bien me plaire.

Le final laisse une porte ouverte, notamment le destin de Sandra. Elle est encore en danger et on referme le livre en se rongeant les ongles. Suite au prochain numéro.

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Le retour du taxidermiste - François Darnaudet

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Contes de la folie (extra)ordinaire : Le retour du taxidermiste, de François Darnaudet

François Darnaudet n’a que 26 ans lorsque paraît Le taxidermiste (écrit à quatre mains avec Thierry Daurel), premier roman de ce diptyque halluciné. Et le moins que l’on puisse dire est que l’homme y fait déjà montre d’un talent... fou, ce qui tombe plutôt bien dans un tel contexte. Après ce coup d’éclat, l’auteur se construit une brillante carrière, fréquentant tous les mauvais genres de la littérature populaire (du Polar au Fantastique sous oublier le Gore) et passe tout naturellement du Fleuve Noir à la Rivière Blanche au milieu des années 2000.

Rivière Blanche qui réédite donc Le taxidermiste en 2008, accompagné de sa suite inédite Le club des cinq fous, rédigée par le seul François Darnaudet. Et comme si l’objet n’était déjà pas assez étrange comme ça, ce recueil intègre la collection « Blanche » de l’éditeur, laquelle a pour vocation d’accueillir des textes relevant de la Science-fiction, du Space opera ou du Post-apo ! Mais ne nous y trompons pas : Le retour du taxidermiste appartient bel et bien au genre Noir, même s’il faut admettre que l’auteur y a injecté une solide dose de rouge…

Albert Cziffram, Hector Balsinfer, Ali M’Gari et Jacques Marioton sont cinglés. Complètement cinglés. Le quatuor a pour habitude de se réunir dans une bibliothèque du cinquième arrondissement pour échafauder d’absurdes théories et poursuivre d’obscures recherches. Jusqu’au jour où la découverte d’un traité ésotérique intitulé Bedouck, et plus particulièrement le chapitre La réincarnation par la taxidermie, va faire atteindre le point de non-retour à trois des quatre olibrius. Trois seulement, car Jacques Marioton a franchi la ligne depuis un bon moment, et la taxidermie n’a déjà plus de secrets pour lui. Ou presque.

Jacques Marioton est un tueur de femmes. Mais plutôt que des les empailler, il préfère leur faire avaler toutes sortes de métaux avant d’étudier les réactions de leur organisme. Une approche de la taxidermie originale, à défaut d’être concluante. Seulement l’homme a commis une erreur. Il s’en est pris à la petite amie de l’inspecteur de police Charles Jabert. C’est ainsi que le roman rejoint le genre Noir par la bande. En effet, s’ils présentent en détail les activités dégénérées de la confrérie, les deux auteurs n’en oublient pas pour autant de décrire l’enquête menée par Jabert. Jusqu’à l’inévitable et fatale rencontre entre tous les protagonistes…

Prolongement direct du premier opus, Le club des cinq fous, écrit par François Darnaudet en 1990, était resté inédit jusqu’à cette édition « intégrale ». Et il aurait été vraiment regrettable de ne pouvoir découvrir un tel roman, tant il pousse le principe du fameux « bigger and louder », utilisé pour qualifier la surenchère propre aux suites, dans ses derniers retranchements. Plus de meurtres, plus de gore, plus d’iconoclasme, plus d’échanges débridés et d’expérimentations démentes : les fous ont recruté de nouveaux adeptes, et ça se sent ! D’autant plus qu’Albert Cziffram a mystérieusement disparu, et que les membres de la secte sont prêts à payer de leur personne pour qu’il revienne parmi eux. Enfin, prêts à faire payer d’autres personnes, surtout… Le club des cinq fous s’avère ainsi encore plus haut en couleur et généreux que son prédécesseur (ce qui n’est pas une mince performance) et constitue une expérience de lecture aussi singulière que plaisante.

Véritable curiosité, Le retour du taxidermiste est donc à conseiller sans réserve à tous les amateurs de romans noirs qui sortent vraiment des sentiers battus. Assurément, ils ne seront pas déçus du voyage. À condition qu’ils en reviennent sains (d’esprit) et saufs, bien entendu.

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