Articles avec #noir et rouge tag

Poison d'Avril

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

 

 

Noir et rouge a eu 18 mois le premier avril dernier. La gueule du poisson. Et pourtant, depuis sa parution en octobre 2016, mon recueil de nouvelles a reçu la bagatelle (pour un massacre ?) de neuf chroniques et retours de lecture. Ce qui, si l'on considère les ventes de mon bouquin, représente un ratio pour le moins spectaculaire. De plus, neuf chroniques, pour un livre publié chez Rivière Blanche, c'est intrinsèquement énorme. Sauf erreur de ma part, depuis quatre ans, seul Le Dieu sans nom, de mon talentueux ami Serge Rollet, a réalisé un meilleur score, et franchi le cap des dix avis.

 

Précision : quand j'écris « retour de lecture », « avis » et « chronique », j'exclus bien entendu les commentaires de trois lignes postés sur Amazon (où mon recueil n'a de toute façon quasiment jamais été en vente), et les « critiques » de dix lignes à peine dignes d’un statut Facebook dues à des « blogueurs » certes très polis, mais qui n'en restent pas moins semi-analphabètes (« Je remerci l'éditeur pour ce service de presse que j'est beaucou aimer » – et je n’exagère pas).

 

Bref. Ceci pour dire que j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance, même. Jugez plutôt : cinq de ces neuf chroniques dépassent les 10 000 caractères ! Mais ce n’est pas la taille qui compte, et les concours de… signes ne passeront pas par moi. En tant qu’adepte de la short short story, ce serait un comble. Il n’en reste pas moins que je suis un peu estomaqué de constater qu’en mettant toutes ces chroniques bout à bout, on parvient presque à… 80 000 caractères – soit l’équivalent moyen d’un chapitre de Noir et rouge !

 

Je voulais donc profiter de cette date un peu symbolique pour m’adresser une nouvelle fois à celles et ceux qui m’ont accordé leur confiance et témoigné leur soutien. Alors dans l’ordre chronologique : merci à Zaroff, Catherine, Sarah, Sébastien, Steve, Marie, David, Sandy et Adrien. Vos avis enthousiastes forment la véritable colonne vertébrale de cette rubrique. Grâce à vous, mon recueil aura « vécu » un an et demi, ce qui par les temps qui courent – de plus en plus vite –, est loin d’être négligeable.

 

D’ailleurs, qui sait si vos textes ne susciteront pas à l’avenir de nouveaux achats ? Il y a six mois, j’annonçais de façon un peu prématurée le décès de Noir et rouge, et une rafale de superbes chroniques est venue me donner tort. Or comme il est certains cas où j’adore avoir tort, je replace ci-dessous les informations essentielles, avec pour les gourmand-e-s un rappel de l’offre promotionnelle en vigueur sur le site de Rivière Blanche. C’est permanent, alors n’hésitez pas. À bon entendeur…

 

http://www.riviereblanche.com/noire-n91-noir-et-rouge.html

 

http://www.riviereblanche.com/

 

Formule découverte : un livre de votre choix * offert à partir de 100 euro d'achat
* d'une valeur de 25 euro maximum. Titre à préciser par un message accompagnant un règlement effectué par Paypal, ou par écrit dans le cas d'un paiement par chèque. 

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par Adrien Party (Vampirisme.com)

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

 

 

Au travers de cette anthologie de trente nouvelles, le lecteur aura longuement la possibilité de se frotter avec la plume de l’entité bicéphale Artikel Unbekannt / Schweinhund. Non qu’il s’agisse de deux auteurs différents, étant donné que ces deux pseudonymes se rapportent au même auteur, mais il est bien question ici de deux approches de la littérature de genre. Artikel Unbekannt est ainsi le versant « Angoisse » (la collection de Fleuve Noir) de l’auteur, Schweinhund sa déclinaison « Gore » (autre collection bien connue du Fleuve Noir). On compte ainsi un roman sous ce nom dans la collection Trash, qui ressuscitait l’approche « Gore ». Baigné par des influences comme le Giallo, le cinéma de Carpenter et de Franco, le hard-boiled…

 

Si j’ai rencontré Artikel Unbekannt / Schweinhund il y a maintenant plusieurs années, pour son travail autour de Trash, il m’aura fallu un moment pour comprendre que plusieurs des textes de l’auteur convoquaient la figure du vampire. Dès lors, quoi de plus logique que de mettre la main sur ce qui s’avère être une compilation des différents textes courts du monsieur, incluant des inédits, mais surtout tous ses textes vampiriques, publiés au gré des Almanachs des Vampires de Rivière Blanche, et d’Histoire d’Aulx (une anthologie publiée dans le cadre du festival imaJn’ère où l’on retrouve aussi David Khara).

 

Dans l’ensemble, j’ai beaucoup apprécié les univers de l’auteur. Si la lecture du recueil d’une traite amplifie fortement l’absence de lumière qui se dégage de ses textes (qui peut s’avérer de fait éreintante), force est de constater le savoir-faire d’Artikel Unbekannt / Schweinhund pour poser des ambiances pesantes. Le nouvelliste semble à son aise quel que soit les univers et figures convoquées, qu’il s’essaie à la Lovecrafterie (« Retour aux sources »), qu’il joue avec certains super-héros bien connus (« Dark Knight ») ou moins connus (« La tension de la stratégie »), voire exhume des personnages emblématiques de la littérature de genre passée (« Le masque et la marque », « Le péril jaune »).

 

Côté vampire, on relève donc les textes suivants : « Rouge », « Jaune », À feu et à sang ». Trois textes rattachés au pseudonyme Artikel Unbelannt, et pas à Schweinhund. Une preuve de plus que le vampire a davantage sa place dans le giron fantastique que dans le gore à proprement parler. « Rouge » nous plonge dans les méandres de l’esprit d’un personnage dans les pensées duquel la couleur rouge tourne sans discontinuité. Si le lecteur ne comprend pas d’emblée dans quel cadre se situe le personnage, l’évolution de l’intrigue amènera des réponses… et une confrontation autant avec le réel (un docteur) et le mystique (un prêtre). Un texte qui bascule avec le religieux, et voit le personnage principal briser les dernières attaches qui le maintiennent tant bien que mal dans la réalité.

 

« Jaune » est présenté par son auteur comme une ode au Giallo. Il faut dire qu’avec un personnage féminin qui ne parvient pas à comprend les rêves qui l’assaillent, et la surveillance dont elle est l’objet, la figure du Dario Argento des Frissons de l’Angoisse n’est pas très loin. Mais l’auteur choisira un basculement vers le surnaturel, quand après avoir cédé à ses instincts, le voile d’obscurité qui recouvre les souvenirs de l’héroïne commencera à se déchirer.

 

Enfin, il y a « À feu et à sang ». Un texte qui en appelle à Jesus Franco et à deux de ses personnages vampiriques les plus emblématiques : La comtesse Carody, de Vampyros Lesbos, et la Comtesse Noire, du film éponyme. Un duo diablement séduisant, qui fera basculer dans l’horreur le protagoniste du texte, rapidement sous le charme de la première… avant de rencontre la seconde. Un bel hommage à l’approche érotique de la créature, autant qu’à la filmographie de Franco.

 

Si j’ai globalement apprécié ma lecture, j’avoue que c’est davantage dans la prose d’Artikel Unbekannt que je trouve mon bonheur. Beaucoup plus crue et frontale, la plume de Schweinhund est nettement moins en phase avec mes goûts. Mais l’ensemble vaut quoi qu’il en soit la lecture pour les amateurs de littérature en tous genres, car l’auteur a une bonne maîtrise des ambiances, et ses trois textes vampiriques explorent chacun un aspect différent de la carrière littéraire et cinématographique des buveurs de sang.

 

La chronique d’origine :

https://www.vampirisme.com/livre/artikel-unbekannt-schweinhund-noir-et-rouge/

 

Rappel du lien d’achat :

http://www.riviereblanche.com/collection-noire-n91-noir-et-rouge.html

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par Sandy Foulon (UltraGore)

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

 

 

Noir et Rouge est donc un recueil de nouvelles d’Artikel Unbekannt/Schweinhund, auteur multifacette grand amateur de littérature dite populaire, de la plus classique à la plus extrême. Deux pseudonymes, correspondant à deux identités littéraires, et deux couleurs, deux sensibilités. L'ensemble est organisé en quatre parties : « Slices of Death », réunissant des récits fantastiques où domine la mort, « Pulp is not dead » rend hommage à la littérature des pulp magazines, faisant la part belle aux super héros, à la SF et à l’espionnage ; « No Future » regroupe des textes de guerre et de (post-)apocalypse ; enfin, « White Trash » est la partie la plus gore. Pas mal de ces textes étaient déjà parus à gauche, à droite, donc un des intérêts du présent livre est de les rassembler en un seul endroit. Et puis il y a quelques inédits.

Faisons le tour de ces nouvelles…

SLICE OF DEATH


- À mourir de rire : non, ce texte qui inaugure le recueil n’est pas marrant, contrairement à ce que pourrait laisser penser une mauvaise lecture de son titre. Il ne faut pas prendre l’expression dans son sens habituel, mais bien de manière tout à fait littérale. Un récit de terreur dans la grande lignée des maîtres du genre.
- Rouge : notre auteur n’a pas son pareil pour rendre compte, par son écriture, des états hallucinés, de folie. Le lecteur évolue dans son texte à tâtons, un peu perdu. La condition pour profiter de l’expérience est bien sûr d’apprécier cette sensation de perdre pied. En tout cas, le traitement du thème en question est original. Allusif.
- Passé décomposé : une belle histoire d’amour romantique, tourmentée et fantastique. Parce que les maladresses et les échecs ponctuent aussi nos vies.
- Jaune : Noir. Rouge. Et jaune. Artikel Unbekannt aurait glissé un clin d’œil à l’Allemagne que ça ne nous étonnerait pas, vu ses déclarations d’amour notamment à Berlin. « Jaune » mixe avec efficacité hommage au Giallo et thème du vampirisme. La structure, qui fait s’alterner les deux points de vue (celui de l’enquêteur et celui de la femme) donne au texte un agréable dynamisme.
- Retour aux sources : un des récits les plus classiques du recueil (je ne connote pas du tout négativement le terme ‘classique’). Il fait immanquablement penser à du Lovecraft, mais aussi à une nouvelle de W. H. Hodgson ainsi qu’à Clark Ashton Smith et son goût pour les îles /continents oubliés (cf. Poséidonis), lui-même proche du « Maître de Providence ». Autant dire qu’on lit ça avec un grand plaisir.
- À feu et à sang : un bel hommage à l’univers de Jess Franco. Récit d’un envoûtement fatal. Quand Eros mène à Thanatos.

PULP IS NOT DEAD


Une deuxième partie que j’ai trouvée moins intéressante que les autres, car elle est moins personnelle, elle visite des genres qui m’enthousiasment moins entièrement que l’horreur, le gore, l’épouvante (etc.), et, selon les cas, certains textes font appel à des univers préexistants que je n’ai pas l’honneur de connaître. Ceci dit, rien à redire quant au style.


- Dark night : Artikel Unbekannt réécrit un passage clé de l’histoire de Batman. Même si le choix du personnage et du passage en question est à saluer, cette petite nouvelle arrive dans une période où l’overdose de blockbusters superhéroïques a achevé de me dégoûter du genre.
- La tension de la stratégie : j’ai beaucoup apprécié l’impression de me retrouver en plein poliziottesco. L’histoire est particulièrement prenante. Vous l’aurez compris, un peu plus réservé pour l’aspect « super héros », mais il passe encore bien ici.
- Aliénation : Alien revisité par notre auteur.
- Le masque et la marque : cela commence avec une messe noire qui tourne court, puis ça prend une tournure inattendue. Ceux qui, comme moi, ne connaissent pas les différents personnages (Léonox, Mephista, etc.) et leurs univers respectifs mis en présence l’un de l’autre dans cette nouvelle, risquent de se sentir un peu perdus.
- Le péril jaune : l’intérêt de cette autre réunion de personnages populaires (Miss Ylang-Ylang, monsieur Ming,…) pourra échapper, du moins pour une bonne partie, à ceux qui ne connaissent pas ceux-ci. Reste le style.
- Travaux forcés : un pur hommage de fan qui orchestre la rencontre entre le personnage (Panthera) et l’écrivain (Pierre-Alexis Orloff). Une fois encore, force m’est de reconnaître que je ne connais pas ce personnage et ses aventures, et que, par voie de conséquence, je reste assez extérieur au truc.

NO FUTURE


La partie qui nous reconnecte totalement à son auteur.


- Japon, année zéro : une solide nouvelle avec une belle ampleur temporelle. Un pays qui connaîtra le feu nucléaire, trois destinées liées, une fin déroutante. Un des « must » de ce recueil.
- Angst : située juste après la Seconde Guerre mondiale, « Angst » nous balade de l’Espagne à l’Allemagne et met en scène des nazis confrontés aux horribles résultats d’une de leurs expériences qui leur échappent. Cela pourrait presque constituer l’épilogue de « Entre chien et loup » de Cornelia B. Ferrer, la nouvelle de Nazisploitation parue dans Cin’Exploitation n° 2. Un pur plaisir.
- Caïn et la belle : du pur post-apo comme on l’aime. Des ruines, un homme qui se réveille amnésique, la solitude, et puis… la rencontre. Et une fin qui fait travailler notre imagination. La mention des rats nous rappelle que Julien Heylbroeck (vu le duo que formaient Schweinhund et Julien pour TRASH, difficile de penser à l’un sans penser à l’autre) avait aussi écrit un excellent récit post-nuke dans lequel fourmillaient de gros rongeurs (« Junkfood Rampage », cf. l’anthologie Dimension TRASH ).

WHITE TRASH


Cette quatrième et dernière partie regroupe les 8 textes déjà parus sous ce titre commun « White Trash » dans Dimension TRASH, que je viens justement d’évoquer, ainsi que d’autres petites nouvelles, soit provenant d’autres anthologies, soit inédites. On pénètre ici totalement dans l’antre du Schweinhund. La partie la plus trash, la plus rageuse, la plus folle. Je renvoie à ce que j’avais déjà écrit dans ma chronique de Dimension TRASH, mais je vais quand même reprendre tout, texte par texte…


- 1985-1990 : Schweinhund annonce la couleur dès l’entame de cette partie avec cet hommage maladif à la collection Gore. Tout en folie et en animalité.
- La chambre noire : texte qui s’articule bien avec le précédent. Encore plus maladif. On retrouve bien là le style de l’auteur de Bloodfist, qui aime à jouer avec les mots et à cultiver l’obscurité, tout en se faisant volontiers trash. La figure féminine de dominatrice qui y apparaît semble bien être une personnification de la maladie qui ronge le protagoniste. Un de ces textes qu’on relit plusieurs fois pour tenter d’en percer au mieux le sens.
- Légion : Ce que je viens de d’écrire pour « La chambre noire » à propos du style et de l’aspect « crypté » est encore plus vrai pour « Légion ». On ne sait plus trop si ce qui prime, c’est le fond ou la forme. Deux pages très denses, qu’on lit, relit et rerelit.
- Quinze minutes : du sexe cru bien sale avec à nouveau un personnage de dominatrice. Plus direct, plus limpide que les deux précédents. Trash.
- Bon sang ne saurait mentir : même veine que « Quinze minutes » : du sexe bien dégueu pratiqué par des personnages repoussants. On sent tout le bien que pense l’auteur de ces deux types de personnes (la grosse américaine gavée aux McDo et le cadre supérieur)… Un peu plus de légèreté que dans la précédente, cependant.
- Löwenacht : retour au style le plus fiévreux, le plus enragé de l’auteur. Un discours antireligieux auquel se mêle le thème du cannibalisme.
- Profondo nero : un joli titre qui rappelle plein de bonnes choses pour un bref récit halluciné qui utilise des éléments du Giallo dans un univers cauchemardesque à la « In the Mouth of Madness ».
- 2013-2016 : la version actualisée de « 2013-2015 » parue dans Dimension TRASH. Il s’agit d’un hommage à la collection TRASH (dont l’arrêt, que je n’arrive toujours pas à digérer, est le plus grand drame littéraire depuis la mort de la collection Gore).
- Contre-nature : premier texte qui n’était pas présent dans le « White Trash » de Dimension TRASH. Du grand Schweinhund. Un récit fragmenté où s’alternent le point de vue d’une femme enceinte et celui du bébé qu’elle porte. Une relation vécue comme une guerre. L’antithèse de tous les trucs cuculs qu’on entend sur le sujet. Bien tordu.
- S.O.S. : une petite tranche de vie d’un mec pas net. Quand on comprend à la fin de qui il s’agit, cela devient tout de suite moins anecdotique ! Le style se fait très haché. Il instaure un sentiment d’urgence et donne un caractère halluciné à l’ensemble. Bien vu, le titre (qui n’est pas seulement le cri d’un terrien en détresse…) !
- Confrontation : l’écriture redevient un peu plus classique pour les besoins de cette nouvelle à travers de laquelle l’auteur fait sentir ses idées politiques en s’amusant à tordre le cou de quelques clichés.
- L’altro inferno : on l’aura compris, Artikel Unbekannt/Schweinhund est un grand amateur de cinéma bis. On a eu l’occasion de pointer ses déclarations d’amour aux films de Jess Franco et au Giallo, entre autres choses. Ici, il paie son tribut à la Nunsploitation.
- Blutwurst : un texte basé sur des souvenirs personnels, où se mêlent étrangement plaisir et douleur. À lire en écoutant de l’electro industrial.
- L’œil du serpent : un hommage à l’écrivain Kââ. C’est obscur et plein de rage (« Ensuite je briserai mes chaînes. Te frapperai avec. Puis je frotterai tes plaies. Contre les barbelés » p. 209).
- Corps et liens : hommage au même auteur, mais à ce qu’il a publié sous le pseudo de Corsélien. Douleur et tendresse s’y mêlent.

Enfin, le livre se termine par une interview de l’auteur, menée par Zaroff (qui a écrit, entre autres, Night Stalker et Bayou), histoire d’en savoir un peu plus sur lui.

En résumé, ce recueil permet de bien se rendre compte que notre écrivain possède plusieurs facettes. Il est à la fois unique et multiple. Très attentif à la forme, il est capable de changer assez radicalement de style selon les objectifs poursuivis. Ça nous change des nombreux écrivains lisses et trop unidimensionnels ! On le sent par ailleurs avide de partager avec ses lecteurs ses différentes influences, qu’elles soient littéraires, cinématographiques ou autres. En tout cas, l’ensemble est suffisamment varié pour toucher différents types de lecteurs. N’hésitez donc pas à y picorer votre bonheur…

 

Lien d'achat.

 

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par David Coulon

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

 

 

"Voilà voilà. Je viens de finir Noir et rouge. Que dire ? Que j'ai eu l'impression de traverser, via une seule et même plume, un siècle d'anthologie de noir, d'horreur, de SF, de trash, de polar. De Lovecraft à Alien en passant par le giallo et le hard boiled, Artikel Unbekannt/Schweinhund alias A., l'homme aux mille masques (que la couv est bien choisie !) est non seulement un styliste hors pair, mais également le témoin, de tout ce qui se fait de mieux dans la littérature de genre – et dans la littérature tout court.

 

Ce qui semblerait être, vu de loin, comme un hommage à cette littérature, une sorte d'allégeance, un exercice de style, ressemble, vu de près, à l'émergence d'un auteur (et non plus d'un témoin) qui traverse le siècle à la recherche de nos pulsions et craintes les plus sourdes. La mort est là, omniprésente. Le sang, la peur. Tous les styles, tous les genres, toutes les références, tous les hommages, ne suffisent pas/plus à cacher les craintes de l'auteur, ses angoisses à lui (et non pas simplement les allusions à la collection du même nom).

 

Et l'exercice de style de se transformer sous nos yeux en un condensé de ce qui forge nos angoisses les plus sourdes, nos délires les plus déments, nos attirances les plus malsaines. Oui, Noir et Rouge sonne comme une anthologie. Celle de nos "Ça" intérieurs. Chapeau, mec."

 

Lien d'achat chez Rivière Blanche.

 

 

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par Marie Latour

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

 

 

L’auteur qui se cache derrière le double pseudonyme d’Artikel Unbekannt et de Schweinhund signe le recueil de nouvelles Noir et rouge sorti il y a un an déjà aux éditions Rivière Blanche. Les chroniqueurs qui l’ont lu jusqu’ici ont beaucoup insisté sur la dichotomie annoncée dans le titre entre la couleur rouge et la couleur noire, entre la violence brutale et le froid désespoir. L’auteur lui-même insiste d’ailleurs beaucoup sur ce point dans l’interview qu’il donne à Zaroff à la fin du livre. Et c’est vrai qu’il s’installe une vraie dualité et complémentarité au fil des pages entre les textes « noirs », initialement publiés sous le pseudonyme d’Artikel Unbekannt, et le rouge des nouvelles écrites par Schweinhund (un pseudonyme qui a d’ailleurs signé le roman Bloodfist paru aux éditions Trash.)

 

Pourtant, en refermant l’ouvrage, c’est un autre détail qui a attiré mon attention : la couverture signée par l’illustrateur Hari Wald. Elle représente un homme habillé de noir qui tient devant son visage hâlé de rouge un masque en forme de loup. Hari Wald a, à mon sens, su parfaitement capter l’essence du recueil. D’abord, parce que le masque, le loup, sont omniprésents dans le recueil. Mais aussi parce que cet objet représente parfaitement la dichotomie établie entre Artikel Unbekannt et Schweinhund : un auteur unique qui se masque derrière deux pseudonymes pour mieux surprendre, interpeller, choquer. Surtout, ce loup est un symbole qui sert presque de ligne conductrice à l’ouvrage. Parce qu’il représente d’abord dans l’imaginaire collectif la dissimulation. Celle que les personnages utilisent pour cacher leurs réelles intentions, celle du texte qui camoufle son sens profond, celle enfin de l’auteur qui avance masqué pour mieux sauter à la gorge du lecteur.

 

Cependant, le loup représente également la dichotomie : celle qui sépare traditionnellement l’homme masqué et l’homme qui s’offre au regard. Bien sûr, cela évoque la quasi-schizophrénie de l’auteur positionné entre ses deux pseudonymes, le noir Artikel Unbekannt et le rouge Schweinhund comme le suggère l’écrivain Sébastien Gayraud dans sa chronique. Mais cela va plus loin. Car cette dichotomie est intriquée dans le cœur de recueil : les personnages se répondent entre eux, comme des doubles fantomatiques d’une même entité, les récits se transforment en échos de références culturels partagées, les mots s’opposent et se confrontent pour mieux frapper. Enfin, le loup, représente le mystère de celui qui se cache et se travestit – essence même d’un recueil qui pose d’inextricables énigmes n’appelant pas toujours à être déchiffrées. Il se place là où la raison cède, et où le fantasme, le rêve ou le cauchemar interpellent.

 

L’ouvrage est divisé en quatre parties : la première, Slices of death, renvoie au cinéma de Jean Rollin et de Jess Franco avec une esthétique hachée, douloureuse. Pulp is not dead, ensuite, revisite les classiques de la littérature populaire française et américaine tandis que No future explore les thèmes du genre post-apocalyptique. Enfin, White trash regroupe les écrits de Schweinhund, sortes de courtes convulsions expérimentales situées dans l’univers du Trash et du gore.

 

« Slices of death » :

À mourir de rire : Cette nouvelle n’est pas ma préférée du recueil. Elle est d’abord parue dans l’anthologie fantastique annuelle des éditions Malpertuis. Je dois cependant reconnaître qu’elle constitue un exercice de style savamment exécuté. Cette histoire d’un jeune homme obsédé par le rire de sa sœur jusqu’au délire psychotique démontre toute la virtuosité verbale d’Artikel Unbekannt. L’autrice Catherine Robert parle d’ailleurs, avec raison, d’écriture « hallucinée » pour en définir le ton.

Rouge : Poursuivant son analyse des petites névroses et grosses psychoses, Artikel Unbekannt explore les tréfonds de l’âme d’un aliéné avec une anti-religiosité toute iconoclaste. Ce texte a d’abord été publié dans le recueil Histoires d’aulx des éditions ImaJn’ère et Sous la Cape.

 

Passé décomposé : Premier coup de cœur de l’ouvrage, ce récit inédit, loin d’être une simple histoire d’amour malheureuse, emporte par son mystère. Les personnages, énigmatiques, y sont dignes d’un bon film du genre. Cette nouvelle constitue une réflexion nostalgique sur la capacité de l’humain à se perdre chaque jour un peu plus en détruisant ce qu’il aime.

 

Jaune : Poursuivant son exploration psychotique, Artikel Unbekannt nous place dans la peau d’une criminelle aliénée en utilisant deux thèmes fantastiques très présents dans le recueil : celui de la métamorphose humaine et de la manipulation. Ce texte est aussi le premier hommage de l’ouvrage, rendu ici au genre cinématographique Giallo. Il a été initialement publié en 2011 dans le recueil Histoires d’aulx.

 

Retour aux sources : Cette agréable nouvelle sur le thème des secrets de famille intrigue le lecteur jusqu’à la découverte de l’inavouable.

 

À feu et à sang : Magnifiquement chroniquée par l’autrice Sarah Buschmann, cette nouvelle constitue un second coup de cœur. Toujours sur le thème du « on détruit mieux ce que l’on aime », elle rend hommage à deux références de la cinégraphie populaire. Elle explore ainsi l’inexorabilité de la perte de soi sur fond de sensualité et de désespoir. Ce très beau récit a été initialement découvert par les éditions Rivière Blanche et publié dans L’almanach des vampires 2.

 

« Pulp is not dead » :

Cette partie, très vivante et fascinante, est aussi l’une de mes préférées. Elle constitue autant d’hommages à la littérature populaire et aux comics. Pourtant, je ne connaissais que deux des références utilisées – avouant ainsi mon inculture. Ce qui ne m’a pas gênée dans la lecture de ces textes, qui ne tombent pas dans le private joke. Et même, sans doute ces références littéraires leur donnent-elles une coloration particulière qui éblouit et interpelle.

 

Dark night : Cette jolie nouvelle explore les origines de la vocation en mettant en scène deux célèbres personnages des comics américains. Si j’ai assez vite deviné leurs identités, il n’en reste pas moins à la fin de la lecture un sentiment d’amusement assez rare dans cet ouvrage. Félicitations aux éditions ImaJn’ère et Sous la Cape qui ont les premières publié ce récit dans l’anthologie U-Chroniques.

 

La tension de la stratégie : Troisième coup de cœur de l’ouvrage, ce récit est aussi mon préféré. Écrit dans un style digne d’un polar dans l’Italie des années 1975, il questionne l’activisme politique du XXe siècle en mettant en scène un puissant métamorphe recherché par deux dualités. Les identités s’y répondent dans un entremêlement constant jusqu’à se confondre, chacune se faisant l’écho de la précédente dans une poétique de l’âme humaine. J’aurais beaucoup aimé la découvrir lors de sa première parution en 2013 dans l’anthologie Dimension Super-Héros 2.

 

Alienation : Éditée une première fois dans le recueil Créatures 2 en 2015 de l’Association Otherlands et à l’époque chroniqué par Françoise Grenier, cette histoire aux faux-semblants de SF rend hommage à un classique du cinéma populaire. Il fait cependant le choix de déplacer la focale en la plaçant du point de vue d’un androïde. Ce choix narratif donne au texte une force métaphysique qui évoque le sacrifice d’une intelligence artificielle pour une cause à laquelle il a été programmé et condamné. Cependant, la fin est trop semblable à l’original à mon goût pour ne pas se dévoiler au lecteur à mi-parcours.

 

Le masque et la marque : Encore une nouvelle qui m’a beaucoup marquée sur le thème du métamorphe humain et du glissement d’identités. Là encore, de belles dualités de personnages sont au rendez-vous, et les figures de Léonox et Méphista sont conviées à la fête. À n’en pas douter, cette approche désespérée du genre humain n’aurait pas déplu aux concepteurs de ces personnages Paul Béra et Maurice Limat. Ce très beau récit a encore une fois su être repéré par les éditions Rivière Blanche, qui l’ont édité dans leur anthologie Les Compagnons De l’Ombre 13 en 2014.

 

Le péril jaune : Là encore découvert par Rivière Blanche en 2016 dans Les Compagnons De l’Ombre 19, ce récit se veut un hommage à André Caroff et Henri Vernes. Il convoque ainsi les personnages Miss Ylang-Ylang et Mme Atomos dans un récit s’annonçant comme un bon polar, mais finissant sur une note un peu décevante…

 

Travaux forcés : Malgré les qualités d’écriture dont a toujours fait preuve Artikel Unbekannt, je suis restée un peu en dehors de ce récit qui abuse du private joke. Cela reste tout de même un bel hommage à Pierre-Alexis Orloff.

 

« No future » :

Cette troisième partie écrite sur fond de post-apocalyptique a confirmé la très belle impression laissée par la deuxième, et comprend à nouveau quelques magnifiques coups de cœur.

 

Japon, année zéro : Plébiscitée par toutes les chroniques publiées sur Noir et rouge jusqu’à présent, cette nouvelle constitue pour moi un nouveau coup de cœur. Au milieu de la catastrophe nucléaire du Japon en guerre, le récit met en scène les relations de rivalité, haine et amour entre trois personnages qui se répondent comme des doubles ou des alter-égos pour finir par fusionner ensemble. Véritable tragédie fantastique, elle laisse une impression brutale de fascination/répulsion surmontée d’une réflexion intelligente sur l’identité et le destin humain. Merci à ImaJn’ère d’avoir le premier fait sortir cette nouvelle de l’ombre dans l’anthologie Rétro-fictions.

 

Angst : Ainsi arrive mon dernier coup de cœur de ce recueil. Situé juste après le cataclysme nazi dans un Berlin dévasté, ce magistral récit met en scène deux anciens officiers SS tentant de raviver le souffle de la destruction dans des esprits anéantis… Un jeu dangereux qui peut à tout moment se retourner contre eux ! Cet inédit singulier sur fond de fantastique pose la question de la possibilité de la résilience dans un traumatisme collectif mal digéré.

 

Caïn et la belle : Découvert une nouvelle fois par les éditions ImaJn’ère dans le recueil Riposte Apo en 2014, ce récit post-apocalyptique pose la question de l’autodestruction de l’humanité et de son impossible résilience à travers un personnage amnésique, seul rescapé de la catastrophe. A la recherche d’une mémoire plus que d’une vie, ce survivant nous entraine dans sa recherche de l’histoire humaine. Si j’ai beaucoup aimé ce récit, malheureusement, sa fin peu limpide ne m’a pas permis de lui attribuer le statut de coup de cœur.

 

« White trash » :

Déjà, nous entrons dans la dernière partie du recueil qui est aussi celle que j’aime le moins : elle est signée de la main du Schweinhund (le « cochon-chien » en allemand) ; c’est sale, dérangeant, expérimental et iconoclaste. J’avoue m’être trouvée un peu mal à l’aise devant ces textes abrupts, corrosifs, et pour certains peu limpides. Je suis en effet plus adepte de la « froideur » mystérieuse de l’Artikel Unbekannt que de la folie enragée du Schweinhund… Une opinion pas toujours partagée par les autres lecteurs. En effet, les chroniques de Catherine Robert, Sarah Buschmann et Steve Martins plébiscitent toutes très largement ces courts récits sinueux et torturés. Des goûts et des couleurs…

 

1985-1990 : Publié dans l’anthologie Dimension Trash de Rivière blanche, ce récit ciselé est un véritable hommage à la collection « Gore » des antiques éditions Fleuve noir. Il peut d’ailleurs se lire comme la déclaration d’amour d’un lecteur assidu à un genre et à un éditeur.

 

La chambre noire : L’histoire d’ébats sexuels – ou quand la réalisation d’un fantasme conduit à son autodestruction… Cette nouvelle est également parue dans Dimension Trash en 2015.

 

Légion : Également paru dans Dimension Trash, ce récit d’amour et de mort est d’un travail formel impeccable.

 

Quinze minutes : La réalisation d’un fantasme morbide a un prix… Que ce soit financier ou psychologique. Récit également paru dans Dimension Trash.

 

Bon sang ne saurait mentir : Une histoire d’adultère morbide paru dans Dimension Trash.

 

Löwenacht : Dans ce nouveau récit initialement publié dans Dimension Trash, Schweinhund prend plaisir à se jouer de nos interdits culturels avec l’évocation du cannibalisme.

 

Profondo nero : Un texte un brin obscur sur fond de viol et d’inceste également paru dans Dimension Trash en hommage à Dario Argento et John Carpenter.

 

Contre-nature : L’épineuse question de la relation mère-enfant est évoquée ici à travers le récit d’une grossesse avortée. Ce texte est initialement paru dans l’anthologie Les Contes Rouges des Artistes Fous Associés.

 

SOS : J’ai beaucoup apprécié cet inédit énigmatique porté par une chute magistrale ! Je n’en dirais pas plus…

 

Confrontation : Ce récit initialement publié dans Les Contes Éthyliques de l’association des Artistes Fous Associés m’a beaucoup marquée par la force qu’il dégage malgré une apparente simplicité d’écriture. Sans avoir recours à une déferlante d’hémoglobine, l’auteur installe en quelques lignes une violence sociale impressionnante.

 

L’altro inferno : Inspiré des films de Bruno Mattei, Claudio Fragasso et Ken Russell, ce récit à l’ambiance soignée est porteur d’une violence iconoclaste. Dommage qu’il soit si difficile d’accès !

 

Blutwurst : Après l’exploration du cannibalisme, de l’inceste, de l’avortement et de la religion, Schweinhund poursuit l’invocation des interdits avec la pédophilie.

 

L’œil du serpent et Corps et liens : Je n’ai pas bien compris le sens de ces textes qui se veulent des hommages à l’auteur Kââ/Corsélien, que je ne connais pas. Ils ont été initialement publiés dans les recueils Corps et liens 1 et 2 de Rivière Blanche. Pour la première fois, Schweinhund sombre ici un peu trop dans le délit d’initié…

 

Au final, j’ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles qui doit se lire doucement et intensément tant il regorge de niveaux de lecture. Et j’ai fini par me demander s’il n’était pas au fond qu’une mise en abyme de son auteur ? Une tranche de lui-même qu’il offre au cannibalisme du lecteur, avec ses peurs et ses doutes, ses fantasmes et son nihilisme, où les parties de lui-même se répondent en échos dans un inextricable dialogue intérieur. D’ailleurs ne dit-il pas dans l’interview finale écrire « dans la douleur », présentant ainsi presque sans masque son « intimité profanée » ?

 

Rappel du lien d'achat.



 

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par Steve Martins

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

 

"Dur, dur, de passer après les magnifiques chro' déjà reçues par Noir et rouge. Car je me rends compte qu'il y a en effet beaucoup à dire sur ce recueil sans savoir en même temps par quel bout commencer. Il y a déjà cette plume, élégante, racée et tout à la fois crue et viscérale. L'art de nous trouer le bide, tout en enveloppant le verbe d'un voile poétique et mortifère. Tout en respectant les codes littéraires, l'auteur se joue des règles, déforme le sens des mots en employant d'infinis et troubles jeux de miroirs à travers desquels il aime à égarer un lecteur de plus en plus incertain ; macabre labyrinthe duquel on ne ressort jamais indemne.

 

Car au-delà de ce style fascinant, ne cessant jamais de se réinventer lui-même au cours des pages et des lignes, il y a aussi cette dualité. Dualité entre le noir et le rouge, dualité entre deux faces d'un même marionnettiste ; Artikel se cachant derrière le masque du Chien-Porc et vice-versa. Qui tient la plume, qui souffle les images ? Le réel se dissout peu à peu dans le spectre du fantasme, jusqu'à ne plus laisser qu'une brume opaque et poisseuse de laquelle s'échappent des fantômes d'images volées à notre inconscient – puissantes, saisissantes, laissant au lecteur de nombreuses pistes d'interprétations. C'est d'ailleurs l'une des grandes forces des textes réunis ici : ne jamais avancer une vérité unique sur le pourquoi du comment, mais plutôt laisser des portes ouvertes où chacun pourra se faire sa propre idée. Tout en y apportant du sens. Je ne disséquerai pas chaque texte l'un après l'autre, mais donnerai simplement un avis général sur chacune des 4 parties composant ce recueil :

 

Slices of Death : Je connaissais déjà certains de ces textes, mais les retrouver réunis ici au sein d'autres inédits leur donne une force supplémentaire. Je ne connais pas grand-chose aux giallos (hormis quelques Dario Argento visionnés il y a de lointaines années), mais j'ai retrouvé dans certains de ces textes une récurrence des figures typiques de ces films. Des tueurs masqués aux femmes vénéneuses, jusqu'au fardeau de ces obsessions conduisant inéluctablement à la mort ou à la folie, chaque protagoniste possède ici sa part d'ombres. Assumée ou pas. Et toujours ce mélange baroque et stylisé entre fantasme et réel, où l'un ne cesse d'empiéter sur le territoire de l'autre, jusqu'à perdre complètement pied. Et toujours en distillant ci et là des pistes d'interprétations ou de sens caché, se révélant pleinement après une nouvelle lecture.

 

Les ambiances sont réussies, lourdes, pernicieuses ou parfois complètement hallucinées et j'ai adoré me perdre dans ces dédales (comme dans "Rouge", où l'on suit pas à pas la dégradation d'un esprit vers la folie... avant de nous rendre compte peut-être qu'"autre chose" est à l'œuvre derrière : un grand moment, au crescendo insidieux parfaitement maîtrisé !). Mention spéciale à Retour aux Sources également, qui m'a rappelé quelques motifs Lovecraftiens, tout en étant marqué du sceau propre de son auteur. Joli tour de force !

 

Pulp is not Dead : Tout en appréciant la plume à sa juste valeur, j'ai moins été pris dans cette partie, non pas à cause des textes qui la composent (d'excellente facture), mais plutôt de mon manque de culture dans ces domaines, qui m'ont empêché de saisir toutes les allusions et références. Et vu que ces textes-là sont ultra-référencés, je suis forcément passé à côté de plein de choses…

 

J'ai quand même pris plaisir à lire ces textes, à la prose toujours maîtrisée et dont certains, malgré leur caractère nébuleux à mes yeux, m'ont tout de même complètement pris dans leurs filets. Comme l'excellent Le Masque et La Marque, dont les images et faux-semblant, doubles maléfiques et autres figures maudites m'ont rappelé une certaine veine du cinéma d'épouvante des années 70, aussi bien que des thrillers sulfureux et obsessionnels de Brian de Palma (Body Double et Pulsions, notamment, dont beaucoup de thématiques rejoignent certaines traitées ici).
J'ai beaucoup aimé aussi La Tension de la Stratégie. Bien que ne connaissant rien à l'univers Hexagon Comics, j'ai trouvé que la tension omniprésente, justement, apportait au récit un délicieux sentiment d'urgence (ainsi qu'un joli relief). Et aussi un petit arrière-goût d'aventures et de mystères "surannés", qui m'ont étrangement rappelé les réjouissantes aventures de Sibilla, parues elles aussi sur Rivière Blanche -- peut-être le cadre italien 70's y joue-t-il un rôle, allez savoir. J'ai adoré aussi redécouvrir Aliénation, qui revisite aussi à sa façon un classique du SF Horrifique, tout en lui apportant sa petite touche perso. Du beau boulot donc, mais dont une petite part m'est apparue un brin hermétique, cependant...

 

No Future : Trois des meilleurs textes de ce recueil, chacun avec sa touche perso, allant de l'uchronie revisitée au post-apo' nihiliste. Mes préférences iront néanmoins à Japon, Année Zéro, plongeon trouble dans les retombées des bombes – dont les particules influeront sur le parcours de chacun des trois personnages – à la façon d'un "récit-choral" poisseux où les destins des uns et des autres s'entrecroisent au sein d'une toile ténébreuse, sur fond de conflits et d'horreurs banalisées. La plume est juste, les personnages malades de l'intérieur, mais l'on ne peut s'empêcher de les suivre dans leur descente en enfer, curieux de savoir comment cela se terminera. Mais chez Artikel comme chez son alter-ego, l'issue est rarement heureuse, le "happy-end" toujours hors de portée. Réalité déviante peut-être, mais la fatalité et l’inéluctabilité des choses reste une constante. Ce qui a le mérite de ne pas nous faire miroiter des vains mirages : on reste ici ancrés dans la tourbe de notre monde déliquescent, pour le pire comme pour le pire encore.

 

Mon autre "coup de cœur" sur cette partie s'est porté sur le post-apo' sauvage (dans son propos sur notre nature profonde) et sans concession de "Caïn et la Belle". Histoire d'amour, histoire de mort. La notre, celle de notre propre espèce comme celle de notre supposée foi. On ne pourrait y voir qu'un récit de fin du monde... mais ce ne serait pas lire entre les lignes et faire mine de se cacher les yeux en contemplant le monstre/guerrier stupide nous lorgnant de l'autre côté du miroir. Si c'est la fin du dernier homme, cela fait déjà bien longtemps que l'Humanité, elle, est morte... Un sacré uppercut que ce récit, que j'ai dû (re)lire à plusieurs reprises pour m'imprégner totalement du propos et de la force d'évocation. Magistral !

 

White Trash : Probablement l'une des parties les plus denses et fournies de ce recueil, ainsi que celui comportant les textes les plus viscéraux. J'en connaissais déjà certains (que j'ai tout autant adoré redécouvrir dans ces conditions), mais une grande partie m'était également inconnue. Il y aurait tant à dire en fait sur chacun d'eux (même les plus courts) que j'y passerais des heures, simplement pour rendre compte de tout ce qu'ils suscité en moi ; en bien, en mal, ou plus certainement quelque part entre les deux, là où le noir et le rouge se diluent naturellement l'un dans l'autre.

 

Ceux que j'ai préféré, toutefois, sont peut-être ceux où le style de la Bête se fait le plus cru et dépouillé, où le rythme se saccade et tressaute sur lui-même, comme des suites de mantras ou d'incantation explorant les zones d'ombres au-delà de l'insondable humain. Et si j'ai parfois été révulsé par certains d'entre eux, j'y ai toujours retrouvé une résonance et un fond de vérité qui fait sens avec le reste. Et toujours ces savoureux jeux de mots et d'assonances, de ruptures de ton ou de rythme permettant aux lignes suivantes de rebondir, encore et encore. Litanies sans fin du désespoir ou de la folie humaine, de l'horreur du quotidien comme des fausses doctrines nous empoisonnant le cerveau.

 

Et parfois se glisse, au détour d'un mollard craché à la gueule du politiquement correct ou des institutions, une note malicieuse et fort à propos (comme pour nous rappeler que le Schweinhund peut aussi se gausser des insanités qu'il décrit de façon si précise). Là, en guise d'exemple me vient ce savoureux passage dans Lowenacht : "un homme-loup efflanqué au sourire vitriolé, animal-totem ministre du culte, suppo de satin toujours prêt à s'introduire tel un péché capiteux dans le fondement des culs-bénits-oui-oui." À déguster sans modération.

 

J'ai adoré en apprendre plus également, dans certains de ces textes, ce qui anime réellement l'aberration bicéphale à l'origine de ces lignes. Ses préoccupations, ses modèles, ses artistes de prédilection : découvrir un peu l'envers du décor, en somme. Je pourrais bien encore parler de ce que j'ai adoré dans celui-ci ou abhorré (au bon sens du terme) dans celui-là, mais je finirais par me répéter, sans rendre réellement justice à la plume exigeante, riche et multi-facette de cet auteur protéiforme.

 

Un petit mot, tout de même sur Contre-Nature, qui m'a arraché quelques grimaces de dégoût, tout en trouvant l'angle d'approche du thème et son traitement particulièrement original. Éprouvant. Les frontières entre réalité étouffante et fantasmes dégénérés dans S.O.S m'ont collé le frisson (encore plus en lisant les notes d'auteur sur l'inspiration directe du texte) et j'ai encore une fois "jubilé" au massacre perpétré dans L'Altro Inferno, moins l'expression d'un propos anticlérical de base que le rejet total d'institutions liberticides se cachant derrière le discours "bien-pensant" (et vomitoire) du sacrifice/salut miséricordieux.

 

Quand Schweinhund tord le cou, éviscère ou brise sous son talon, ce n'est que pour mieux souligner la bêtise crasse d'une société engluée dans ses propres contradictions et institutions ; écrans de fumée si bien normés et aseptisés de toute pensée personnelle qu'ils n'en deviennent finalement que des carcasses vides prêtes à laisser éclater toute la haine, la frustration et le mépris de ses enfants-marginaux. Le Chien-Porc se fait alors leur porte-parole et envoie valser les conventions dans un flot libérateur et salvateur de fluides en tous genres, pour notre plus grand bonheur. Qu'il rende hommage à ses modèles ou invoque les démons de notre inconscient, l'auteur trouve toujours le ton juste, en ciselant sa prose de lignes épurées et incisives, comme autant de balafres sur un corps encore tiède. De l'hémoglobine et de la bile, certes, mais toujours doublées d'une haute exigence stylistique, en bon défenseur de la langue (coupée ou non) qu'il est.

 

Bref, je me suis déjà bien assez épanché sur ce recueil, tout en ayant l'impression d'avoir omis l'essentiel. Noir et Rouge est donc une excellente porte d'entrée pour découvrir cet auteur schizophrène et doublement talentueux qu'est l'entité Artikel Unbekannt/Schweinhund. La plupart des textes, toujours justes et précis dans leur expression, comportent également plusieurs niveaux de lecture, dont certains ne se dévoilent qu'après coup (et après relecture). Et c'est aussi là l'un des points que j'ai adoré dans ce recueil : du haut de ses "petites" 200 pages, on ressent pourtant après coup l'impression d'en avoir lu bien plus, tant les récits, denses et parfaitement calibrés, regorgent de détails à peine dévoilés, de non-dits, fausses pistes et double-sens à appréhender. Et ça aussi, mine de rien, reste un point hautement appréciable.

 

Je me contenterai donc de terminer en disant que j'ai passé un excellent moment de lecture, pas toujours facile, mais qui sait se dévoiler à ceux qui sauront y trouver leurs propres trésors personnels. Et personnellement, j'y ai trouvé les miens. Je les garderai enfermés dans un tiroir bien caché, en attendant donc ma prochaine lecture du bonhomme (en espérant qu'elle ne tarde pas trop à arriver... et hop, une petite perche, ni vue ni connue !). Lecture approuvée et validée, donc."

 

Rappel du lien d'achat.

Voir les commentaires

Noir et rouge : complément

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

Complément d’information

 

Noir et rouge aura neuf mois demain. Si on ajoute à cette période les neuf mois qui ont séparé la validation du projet par Philippe Ward de sa publication le premier octobre dernier, ça représente un an et demi. Alors même si mon recueil n’a pas reçu de nouveau retour depuis quelque temps, j’ai estimé que le moment n’était pas trop mal choisi pour faire un petit bilan. D’où ce billet aux allures de récapitulatif, qui va mettre à votre disposition tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur mon bouquin sans oser le demander.

 

Mais commençons par le commencement. Et au commencement était cette rubrique dédiée, que je vous invite à parcourir si vous ne l’avez pas encore fait. Y figurent notamment la couverture de mon recueil, et sa superbe illustration par Hari Wald, le sommaire détaillé et la quatrième de couv’ (billet un). Ensuite, je rappelle que plusieurs de mes nouvelles sont en accès libre sur le site de Rivière Blanche (billet deux).

 

Ont aussi été postés sur ce blog tous les visuels des anthologies dans lesquelles mes textes ont été publiés au préalable (billet trois). Enfin – et surtout – les superbes chroniques reçues par Noir et rouge ont bien entendu été relayées tour à tour (billets quatre à sept, avec encore une fois mes sincères remerciements à Zaroff, Catherine Robert, Amaranth et Sébastien Gayraud).

 

Si vous lisez ces lignes, vous savez déjà tout ça. Ce que vous savez peut-être moins, c’est qu’il existe sur la Toile des endroits où on cause de mon bouquin. Et où j’interviens. Celui-ci, par exemple :

 

http://ecritoiredesombres.forumgratuit.org/t3167-noir-et-rouge-artikel-unbekannt-schweinhund

 

Et ces deux-là, aussi :

 

http://riviereblanche.informe.com/octobre-2016-noir-et-rouge-dt1818.html

http://ultragore.leforum.eu/t1771-Noir-et-rouge-Artikel-Unbekannt-Schweinhund.htm

 

Je n’en avais pas encore parlé jusqu’ici pour deux raisons. 1/ Je suis une quiche totale en matière d’autopromo et 2/ Je suis admin sur le premier de ces trois forums et modo sur les deux autres. Compliqué par conséquent d’être juge et partie, surtout sur le forum de mon éditeur. D’où le fait que je n’ai jamais osé la ramener par là-bas, laissant le soin à l’indispensable mvpfef d’y relayer les chroniques reçues par Noir et rouge.

 

Pour autant, j’avais quand même envie de signaler ici l’existence de ces trois topics. Ne serait-ce que pour renvoyer l’ascenseur à toutes celles et ceux qui y ont manifesté de l'intérêt à l'égard de mon bouquin. Alors comme un peu de name-dropping ne peut pas faire de mal (et que je n’ai pas envie que mvpfef se sente seul), merci à Paladin, Amaranth, Zaroff, Raven, Catherine, Cancereugène, Ulysse, Françoise, Lester, Silence, Sangore et Tak.

 

Autre chose : même si ma double identité et mes pseudos impossibles rendent le référencement… compliqué, disons, certain(e)s ont réussi la prouesse de constituer (une partie de) ma biblio et de jolies fiches « auteur ». Consultables en cliquant sur les liens suivants :

 

https://www.noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?numauteur=2147190535

http://www.bdfi.net/auteurs/u/unbekannt_artikel.php)

https://booknode.com/auteur/schweinhund

 

Au cas où tout ça vous donnerait l’envie d’acquérir mon recueil, je me permets d’ajouter une autre série de liens. Parce que si les livres publiés par Rivière Blanche ne se trouvent qu’assez rarement en librairie, les choix restent nombreux sur Internet. La preuve :

 

http://www.riviereblanche.com/index.html

http://www.priceminister.com/boutique/mvpfef

http://www.ebay.fr/usr/mvpfef?_trksid=p2047675.l2559

 

Le recours aux robots-esclaves amazoniens n'est donc pas une obligation, ni même un mal nécessaire. Au contraire. Tous les indépendants vous le diront : l'achat en direct chez l'éditeur est TOUJOURS préférable. Alors merci d’avance d’agir en conséquence.

 

Voilà, je crois que j’ai à peu près fait le tour. Et si jamais vous en voulez (encore) plus :

 

https://www.facebook.com/Artikel-Unbekannt-Schweinhund-630722613775161/?ref=hovercard

 

À vos risques et périls.

 

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par sébastien Gayraud

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

"Depuis la sortie de la fabuleuse anthologie Dimension Trash et surtout du premier roman Bloodfist, qui nous avait laissé un souvenir mémorable (« du Boris Vian attiré par la boue », dixit Nécrorian), nous attendions avec une impatience non feinte quelques informations sur ce mystérieux auteur caché derrière ces pseudonymes aussi bipolaires qu'imprononçables, Artikel Unbekannt et Schweinhund. Après une enquêtes acharnée, nous sommes parvenus à identifier l'individu ainsi qu'à établir son casier judiciaire. Écrivain, chroniqueur, co-fondateur avec Julien Heylbroeck de l'indispensable maison d'éditions Trash, il demeure surtout un authentique défenseur d'une certaine littérature indépendante, abreuvée à la source du célèbre Fleuve Noir, dont le souvenir de la collection Gore perdure aujourd'hui via le travail d'une poignée de passionnés. A.U. / S. est un militant culturel, un vrai, qui prend soin de cultiver l'effacement, dissimulant derrière des masques gigognes une personnalité discrète, modeste mais tenace et dont les récentes sorties permettent enfin de mesurer le talent.

Noir et Rouge est un recueil de nouvelles compilant, en plus de quelques inédits, des textes dispersés sur des anthologies, dont certaines devenues introuvables. Divisé en quatre sous-parties  (Slices of death, Pulp is not Dead, No Future et White Trash), il regroupe en plusieurs entrées thématiques les diverses tendances de l'auteur, expliquant au passage sa double identité. Artikel Unbekannt (Article Inconnu) pratique une certaine forme de fantastique à l'ancienne, héritière d'une littérature francophone allant de Jean Ray à Kurt Steiner (ou, pour faire court, toute l'école de la collection Angoisse) ; Schweinhund (contraction de « porc » et de « chien » en allemand) aborde une forme de gore extrême plus contemporaine et urbaine, bien dans la lignée de Trash. Les deux entités cohabitant (en principe) dans un même corps, quelques textes ici présents transgressent cette arbitraire séparation.

Slices of Death exploite une esthétique qui renvoie immanquablement au cinéma de Jean Rollin et Jess Franco et à leurs univers gothiques stylisés, comme hors du temps. On retrouve dans cette série d'histoires des narrateurs hallucinés, hantés par de monstrueux secrets familiaux ou le souvenir obsessionnel de femmes mortes. L'auteur déploie un style élégant qui évoque à merveille ces perceptions faussées, cet onirisme malsain imprégné d'érotisme macabre. Une grande réussite. Pulp is not Dead, comme son titre l'indique, regroupe six histoires rendant hommage à tout un pan de la littérature populaire, comic books américains mais aussi « sérialistes » français. C'est la partie la plus référencée du recueil, dont l'appréciation nécessite sans doute une certaine culture d'initié de la part du lecteur. Batman s'invite ainsi à la fête ainsi qu'un dérivé de Alien dédié à Dan O'Bannon et H.R. Giger. Une de nos nouvelles favorites : La Tension de la Stratégie, clin d'œil à la fois à un des personnages fétiches de Hexagon Comics, Wampus, et au polizieschi italien, l'action se déroulant à Turin au beau milieu des années de plomb. La troisième partie, No Future, est dédiée au post-apocalyptique, genre chéri des fans de Mad Max et de Métal Hurlant, mais aussi d'une certaine culture musicale post-punk. Trois nouvelles qui nous transportent du japon pré-Hiroshima au Berlin en ruines de l'après-guerre, ville dont l'auteur connait bien les labyrinthes et les fantômes.

Mais, selon nous, le meilleur de Schweinhund se trouve dans la quatrième séquence, White Trash, dont une partie fut publié dans Dimension Trash et dont on découvre ici une version rallongée et enrichie de plusieurs inédits. On se souvient de la forte impression que nous avions eu à la lecture de l'anthologie, dont nous découvrions le versant le plus fragmenté, expérimental, via une série de chapitres parfois réduits à un seul paragraphe, brisant le format « nouvelle » et abordant l'horreur sous l'angle d'un collage particulièrement novateur. Cette version « extended » gomme en partie cette impression, donnant une forme plus « classique » à l'ensemble, sans que la qualité des textes en soit changée. Le lecteur est convié à une bacchanale gore où l'auteur brasse toute une culture souterraine (Fleuve Noir, le cinéma bis italien, la culture dark / industrielle via des clins d'œil à Front 242 et Brighter Death Now et, réactualisé pour la circonstance, un hommage aux auteurs de Trash éditions) pour en créer une synthèse à teneur hautement toxique. Paranoïa, terreur et visions cauchemardesques forment la toile de fond de cet univers halluciné mais pas du tout irréel, et donc d'autant plus dangereux. Car certains avertissements de l'auteur et surtout un des derniers textes du recueil viennent remettre les pendules à l'heure : au-delà du jeu des références et des citations se trouve une autre forme de violence, celle, bien réelle, de la société et de la rue. Confrontation est une tranche de vie sans fioriture, une pure scène de haine rentrée, la haine de classe, tristement banale et quotidienne. Bien loin du fantastique, la vie de tous les jours, l'essence même de l'horreur.

Par la rencontre entre ses deux avatars, A.U. / S. ouvre l'éventail d'une littérature à mi-chemin entre l'imaginaire le plus débridé et la réalité la plus cradingue, offrant un ouvrage qui a presque tout d'un manifeste. Il le fait surtout avec un style unique, typiquement français dans son rapport à la langue, riche en jeux de mots et en torsions verbales, un peu comme si Céline revisitait Peter Sotos. C'est une dernière chose à souligner, non des moindres : notre anonyme est l'un des rares écrivains actuels que l'on peut lire à la fois pour la pertinence du fond ET de la forme. Peu dans le paysage littéraire contemporain peuvent en dire autant. Un auteur pas comme les autres, dont la discrétion ne doit pas cacher la démarche ambitieuse et profondément singulière."

Lien vers le texte d'origine.

Rappel du lien d'achat chez Rivière Blanche.

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par Amaranth

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

J’attendais avec impatience et grand plaisir ce recueil de nouvelles. Enfin les nouvelles de Schweinhund réunies. Mais pas que : celles d’Artikel Unbekannt aussi. Si je connaissais moins cet aspect de l’auteur, j’ai pu le découvrir à travers ce livre. Et je n’ai pas été déçue. Noir et Rouge réunit une variété de textes. Des textes de toutes les couleurs. Noirs et Rouges, mais pas seulement. Car on trouve également, au fil de ces pages, du post-apocalyptique, du fantastique, des hommages à la collection Angoisse, à Gore, à TRASH mais aussi à des personnages de Comics. Un recueil marqué par sa diversité, donc, mais parcourut par certains thèmes récurrents : l’obsession, la folie, et une certaine solitude des personnages également.

Il est découpé en 4 parties : Slices of death, Pulp is not dead, No future et White trash.

 

1. Slices of death :

À mourir de rire : j'ai beaucoup aimé ce texte qui tourne autour d'une obsession. La description de ce rire, de la gorge du personnage, de sa bouche, et de son meurtre ensuite, est très visuelle (la comparaison avec une tranche de viande fait bien son effet). Les émotions du personnage, ambivalentes à certains moments, et envahissantes, sont bien transposées. Le personnage a réussi à m'embarquer avec lui dans son obsession, qui confine pourtant parfois au délire. Dans ce texte, on ressent déjà bien la patte de Schweinhund, je trouve, avec un style très précis et maitrisé, parsemé d'images où fantasmagorie et réalité s'entremêlent. Le passage sur le bateau m'a un peu rappelé Bloodfist, sûrement à cause de la scène dans la mer.

C'est un texte original, bien maitrisé, qui donne le ton du recueil. J'aurais bien dit la couleur, mais ça, c'est plutôt la deuxième nouvelle qui s'en charge.

Avec Rouge on plonge encore un peu plus profondément dans les visions, les images, la folie… j'associe le Chien-Porc à ces thèmes, bien entendu, mais aussi à un style particulier, qui là s'expose dans toute sa complexité et sa force. Dans ce texte, je pourrais presque qualifier l'écriture d'épileptique, avec ces phrases courtes, ces images qui se superposent plus qu'elles ne s'enchaînent. Mais l'épilepsie se caractérise par une perte de contrôle, ce qui n'est pas l'impression que j'ai eu, puisqu'il y a toujours un soin particulier, une précision dans le choix des mots qui renvoie plutôt à de la maîtrise. Et en même temps, la folie s'exprime, se ressent et donc il y a quelque chose d'un peu "décousu", avec justement ces images qui s'imposent et auxquelles il faut donner du sens, ce qui n'est pas forcément évident au début de la lecture. C'est bien pour ça que j'ai parlé de "complexité" donc. Difficile de parler d'un texte comme celui-là. J'ai en tout cas apprécié la direction prise par rapport au thème de la possession, même si à la fin de la lecture je ne pourrais donner une explication certaine. Il y a un flou qui subsiste. Ce n'est pas quelque chose qui me dérange. Ce texte est très évocateur et pour moi, s'inscrit dans la lignée de Scheinwhund.

Passé décomposé : j'ai beaucoup aimé cette histoire d'amour tragique. Le personnage est très seul, sa vie semble défiler sans qu'il n'y prenne vraiment part, comme s'il était dans une sorte de bulle, à l'écart des autres. Une bulle remplit de vide, qu'il ne perce pas, entraîné un peu malgré lui dans le cours de sa vie. Cette profonde solitude que j'ai ressentie, cette impression de "vide" qui entoure le personnage, c'est quelque chose que j'ai déjà perçu chez d'autres personnages des nouvelles de ce recueil, notamment dans "à mourir de rire", même si dans celle-ci le personnage prend une part beaucoup plus active. Je pense que c'est lié au fait qu'on suit le personnage, ses pensées, de manière "intime", mais que sa vie et les autres personnes qui y prennent part n'apparaissent pas dans le récit ou de manière assez lointaine. Ça participe à l'ambiance sombre du texte.

Jaune : j'ai apprécié le découpage et le flou maintenu tout au long du récit, avec des pièces disséminées et des images qui surgissent, ce qui rappelle à nouveau un procédé un peu Schweinhundien.

Retour aux sources : agréable à lire, mais j'ai un peu moins aimé, car elle est un peu plus classique. L'ambiance est toujours assez lourde, avec un personnage à nouveau très seul.

À feu et à sang : déjà découverte dans l'Almanach des vampires. Il s'agit d'une nouvelle plus "douce", avec un style encore différent, mais toujours fluide et travaillé. Il y a quelque chose d'assez sensoriel. On retrouve la part "sombre" avec un personnage à nouveau coupé du monde, plongé dans la solitude et surtout dans une obsession, même si cette fois elle est plus extérieure qu'intérieure. Donc on y retrouve certains thèmes, mais en même temps, elle est vraiment différente. On ne pourrait pas dire "positive" en soi, mais l'amour est réellement présent, une certaine tendresse aussi, et la fin irait plutôt dans le sens du don. Il y a un partage entre les protagonistes, et même une certaine affection.

 

2. Pulp is not dead : six récits hommages qui m’ont moins embarquée, bien que le style reste de très bonne qualité.

Dark night : une rencontre de deux personnages de comics. C’est bien fait, on ne sait pas à quoi s’attendre au début de la nouvelle, mais peut-être un poil un peu trop court.

La tension de la stratégie : j’ai y découvert Wampus, personnage d’Hexagon Comics. J’ai préféré cette nouvelle-ci, avec des personnages intéressants et une intrigue qui tient en haleine.

Aliénation : ma préférée de cette partie, avec une ambiance oppressante et un androïde qui se retrouve bien seul dans son voyage dans l’espace. Ou au contraire, peut-être pas suffisamment…

Le masque et la marque et Le Péril Jaune sont deux hommages aux Fleuve Noir Angoisse. Ces nouvelles sont bien écrites, mais je pense qu’on est forcément plus touché par ce qu’elles racontent lorsqu’on connaît bien les personnages mis en scène. Sauf Mme Atomos, ils ne m’étaient que connus que de noms, donc je n’ai pas été très embarquée par l’histoire.

Travaux forcés : courte mise en scène de l’auteur de la série Panthera, Orloff, amusante et plaisante à lire.

 

3. No future :

Japon, année zéro : trois destins qui se croisent et s’entremêlent. J’ai aimé le développement des personnages, l’un après l’autre, avec des vies qui au départ s’éloignent pour mieux se rejoindre ensuite. Et ce n’est pas celui qui apparaît le plus sympathique qui au final l’est. D’ailleurs, sympathique n’est pas vraiment un terme qui convient à ces personnages. Le contexte ne s’y prête pas non plus. Le Japon sous les bombes à la lumière de trois personnes bien particulières. C’est très beau.

Angst : période similaire mais autre lieu, on accompagne cette fois des nazis dans l’après-guerre de Berlin. Un texte qui sonne très juste, très « réaliste »… enfin jusqu’à un certain point. Celui où le fantastique peut se mêler à la réalité.

Caïn et la belle : j’ai adoré cette nouvelle. Le début est très efficace et j’ai directement été plongée dans l’ambiance sombre, désespérée et le calvaire de cet homme. La fin nous emmène sur un rivage plus inattendu. Est originale. Un sans faute.

 

4. White Trash : ma partie préférée, même si chacune possède des textes forts. Celle-ci en assène à la pelletée. Des textes courts, mais percutants. Et toujours avec ce style inimitable qui joue avec les mots, les choisit avec une précision chirurgicale mais n’hésite pas étaler les tripes et la crasse pour salir un peu tout ça quand il le faut.

1985-1990 : un bel hommage à la collection Gore, avec toujours les thèmes de l’obsession et de la folie sous-jacents. J’ai beaucoup aimé la construction. Et la fin.

La chambre noire : un combat contre une entité qui semble bien l’incarnation de sa propre folie. Une nouvelle obsession. Dans le noir. Les mots s’enchaînent et se percutent, et nous percutent. Beaux comme cette maladie à figure d’amazone.

Légion : invocation au rythme envoûtant, où l’auteur joue avec les mots. On ne comprend pas tout et on s’en fout.

Quinze minutes : efficace, percutant, plus ancré dans le réel et la violence frontale.

Bon sang ne saurait mentir : approche plus directe à nouveau, brutale. Avec une chute efficace. Et une pointe d’humour. Juste ce qu’il faut.

Löwenacht : une sorte de pamphlet, comme l’a très bien dit Catherine. Contre le consumérisme. Contre les croyances aveugles et aveuglantes. Toujours avec ce style si particulier, aux images fortes et percutantes.

Profondo nero : celle-ci tient une place spéciale dans mon coeur. C’est celle qui m’a fait découvrir et adoré les textes courts de Schweinhund. Un vrai petit bijou, qui représente parfaitement les thèmes et l’écriture ciselée de l’auteur. Un délire visuel, prenant. Perturbant. Le sens se dévoile dans les détails. Des images fantasmagoriques qui révèlent pourtant toute la réalité. Une réalité bien crue. Horrible. Il y a du Lynch, là-dedans.

2013-2016 : un joli hommage aux auteurs de TRASH. Nouvelle miroir à 1985-1990. Plus personnelle, encore. On y découvre la maison de l’auteur, et de drôles de choses s’y déroulent…

Contre-nature : le récit d’une vengeance un peu particulière. Un fœtus, ce n’est pas aussi inoffensif qu’on pourrait le croire. Un texte qui cristallise les angoisses liées à la grossesse, et toute l’étrangeté qui accompagne ce processus. C’est glauque. Et c’est flippant.

S.O.S. : une promenade hallucinée dans un New York oppressant.

Confrontation : la violence est dans la tension qui parcourt le récit. Trois personnages un peu cabossés, qui se comprennent à demi-mot et partagent une tranche de vie. Quelques heures dans une nuit. Qui changent tout ? Ou rien ? Et est-ce que ça a de l’importance ?

L'altro inferno : la même force d’évocation que pour Profondo Nero, avec un rythme envoûtant, les clés du mystère qui se dévoilent peu à peu et des images fortes qui se modifient au fil de la compréhension. Un texte puissant, qui saisit, prend aux tripes. Et qui pourtant envoûte.

Blutwurst : un texte très sensoriel. Fantasmagorique. Les scènes se mélangent dans une violence visuelle et sonore.

L'oeil du serpent et Corps et liens : hommages à Kââ/Corsélien. Dans le premier, j’y ai vu le personnage de « Silhouettes de mort… », mais ça, c’est peut-être parce qu’il s’agit du seul Kââ à mon actif.

Le deuxième texte m’a encore plus plu. Il est d’une poésie folle (et les deux termes s’y marient vraiment très bien). Il termine même sur un poème, que j’ai adoré. Macabre et beau. Ce qu’un poème devrait être.

Les textes de Schweinhund sont plus ou moins facilement compréhensibles, plus ou moins sombres et malsains, jouent plus ou moins avec les mots. Certains sont plus hermétiques, difficiles d’accès, même si tous valent qu’on prenne la peine d’y pénétrer. « Corps et liens » est de ceux qui atteignent un équilibre parfait. Entre la beauté des mots et l’intrigue sombre.

Le recueil se termine sur une interview de l’auteur par Zaroff, qui a écrit « Night Stalker » et « Bayou ».

 

Pour conclure, Noir et Rouge est un recueil qu’il faut aborder comme un aventurier. À la découverte d’un univers à part. D’un style unique. D’histoires qui peuvent plonger loin dans l’obscurité. Certaines nouvelles seront conquises facilement, d’autres mériteront d’y retourner encore et encore. Parfois, leurs paysages ne s’ouvriront pas totalement à vous, et il faudra accepter de se laisser porter par les mots, sur des rivages inconnus où le réel est flou.

 

Chaque mot est choisi avec attention, chaque phrase est ciselée. Vous serez touché. Mais difficile de dire par quel texte précisément : la sensibilité y est si forte qu’en fonction de la vôtre, le résultat peut être surprenant.

Dans tous les cas, c’est un voyage qui vaut la peine d’être fait. Et bonne nouvelle, il sera facile d’y retourner. À portée de votre main.

 

Rappel du lien d'achat chez Rivière Blanche.

Lien vers la chronique d'origine.

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par Catherine Robert

Publié le par Léonox - Commenter cet article et avis postés :

"Fini ma lecture de Noir et rouge paru aux Editions Rivière blanche en octobre 2016. Une lecture intéressante, plaisante, diversifiée, où l'on a la joie de retrouver toutes les palettes de cet auteur multifacettes. Dans ce recueil se trouve rassemblée l'ensemble des nouvelles parues dans diverses anthologies, augmentée de quelques inédits. Le livre est découpé en quatre parties, où l'on peut s'amuser à essayer de deviner qui d'Artikel ou de Schweinhund est aux commandes.

Slice of death : composée de six récits où la réalité se mélange aux cauchemars.

À mourir de rire : j'y ai bien reconnu le style "halluciné" de l'auteur dont on ne sait pas toujours situer la frontière entre mirages et réalités. C'est assez étouffant. La folie du personnage est bien rendue, tout comme son obsession pour ce rire. On a tous déjà entendu des rires qui nous irritent, on entre bien dans son délire.
Rouge : encore plus halluciné, avec une frontière encore plus floue entre les mondes du réel, du fantasme et de la possession. Là aussi, on étouffe sous les mots. C'est une ambiance quasiment anxiogène, très bien faite. C'est aussi une des raisons pour lesquelles, on ne peut pas lire les textes l'un après l'autre. Une pause est bien nécessaire pour respirer, digérer, et assimiler.
Passé décomposé : une histoire d'amour maudite, sombre, mais à l'atmosphère moins étouffante que les deux premières nouvelles. L'inéluctabilité du destin, et ce qui doit arriver arrivera, de toute façon. J'apprécie cette noirceur.
Jaune : je dois avouer que je ne suis pas sûre d'avoir compris la fin. C'est assez rare quand je lis l'auteur, mais ça m'a un peu laissé une impression plus mitigée, même si j'ai aimé le ton de l'histoire, et ce côté mémoire en fuite qui revient petit à petit, pour le pire.
Retour aux sources : un style moins haché, plus fluide, pour une histoire où j'ai deviné assez vite les dessous. Ce qui n'empêche qu'elle m'a plu, bien sûr. C'est toujours aussi maîtrisé et prenant. Car même dans un style moins cogneur, l'atmosphère reste lourde.
À feu et à sang : celle-là, je l'avais découverte dans "L'almanach des vampires", et je l'avais vraiment beaucoup aimée à l'époque. Je l'ai relue, et je l'apprécie toujours autant. C'est la plus "douce" (si tant est qu'on peut parler de doux pour les récits de l'artiste), la plus sensuelle aussi, de cette première partie. On vit les émotions du protagoniste jusqu'à l'épilogue.

Pulp is not dead : à nouveau six récits, hommages à des auteurs, à des oeuvres. Il m'a été plus difficile d'entrer dans ces nouvelles. Pas à cause du style, impeccable, comme d'habitude. Pas à cause d'histoires que je n'aurais pas comprises, tout est très fluide. Non, cela vient de moi et de mon inculture. Il s'agit de textes "hommages" et malheureusement la plupart des œuvres originelles me sont plus ou moins inconnues. De là, j'ai ressenti une sorte de manque. Compliqué pour moi d'apprécier à leur juste valeur ces six textes.

Dark night : un petit garçon qui fait des cauchemars, un film au cinéma le soir, une rencontre dans les rues ensuite. Une courte histoire, bien écrite, avec une petite chute que je n'ai pas vue venir. Très bien écrite, peut-être un peu courte et rapide. Je ne sais pas trop quoi en dire de plus.
La tension de la stratégie : j'ai préféré ce récit-ci, alors même que je ne connais pas du tout l'oeuvre originelle. Une enquête sur un incendie, un antagoniste d'ailleurs, du suspense, des personnages accrocheurs. Vraiment sympa.
Aliénation : dans celui-là, il y en a quand même un, j'ai vu l'hommage à un film qui reste un de mes préférés. Du coup, contente je suis, mais on s'en fout. En tout cas, j'ai beaucoup apprécié l'histoire de cet androïde un peu dépassé par les événements, certains clins d’œil que j'ai repérés (j'ai dû en louper aussi), la progression de l'intrigue. C'est mon top de cette partie.
Le masque et la marque : cette nouvelle, j'en ai bien sûr apprécié la lecture, mais ne connaissant aucun des personnages extirpés d'autres romans, je n'ai malheureusement pas pu l'apprécier à sa juste valeur. C'est l'exemple type d'histoires où j'ai ressenti le manque dans mes connaissances. Vu cette inculture, je ne peux pas en dire grand chose, juste qu'elle est très bien écrite et très bien menée, et qu'elle devrait plaire aux amateurs des Fleuve noir Angoisse.
Le péril jaune : celle-ci rejoint la précédente. Je ne connais pas les histoires de départ, il me manque donc un truc pour rentrer complètement dedans. Et pareillement à la précédente, elle est pourtant superbement écrite.
Travaux forcés : par contre, ici, malgré, encore une fois, mon ignorance, j'ai pris plus de plaisir. Peut-être grâce à une histoire qui pourrait presque coller à n'importe quel écrivain dont on est fan. Aussi apprécié les petites allusions vers des éditeurs. Bref, elle est amusante.

No future : trois nouvelles pour cette partie-ci. Qui partent vers l'apo ou le catastrophe, dans un style qui emprunte, je dirais, aussi bien à celui d'Artikel qu'à celui de Schweinhund.

- Japon, année zéro : Kiyochi, Kumiko, Kojima, trois jeunes gens ayant fait leurs études ensemble, liés par l'amour et la haine, dans un Japon juste avant Hiroshima. Un trio en route vers un étrange destin. Rondement mené, pour un récit s'extirpant des ruines d'une des pires horreurs commises par l'humanité.
- Angst : dans le Berlin de l'immédiate après-guerre, une histoire mêlant anciens nazis et expériences contre-nature. Comme pour la précédente nouvelle, on plonge dans une période noire de l'histoire pour contempler ses blessures et ses cicatrices. Un beau texte.
- Caïn et la belle : un homme se réveille sans mémoire dans un monde post-apocalyptique. Qui est-il ? D'où vient-il ? Que s'est-il passé ? Une quête vers les souvenirs et la compréhension, puis la rencontre et enfin les réponses. Un beau récit de fin du monde, assez sombre et sans espoir, que j'aime beaucoup.

White trash : un ensemble de quinze nouvelles, dont j'en connaissais déjà plus de la moitié, puisque huit d'entre elles furent publiées à l'origine dans Dimension Trash. La partie plus rouge du recueil. Celle où l'on retrouve Schweinhund dans ses obsessions pour les cauchemars, la folie, l'horreur, ou la violence.

- 1985-1990 : l'auteur compose une ode à une de ses références, la collection Gore du Fleuve noir. Le tout mélangé de folie. Bel hommage.
- La chambre noire : j'en avais découvert une version courte, il y a déjà pas mal de temps. La voici rallongée, mais j'y retrouve toute sa noirceur et sa paranoïa. Encore, le thème de la folie décliné d'une autre manière.
- Légion : une sorte d'incantation folle, sombre, et oppressante, où l'auteur joue avec les mots comme il aime à le faire. Et toujours cette folie sous-jacente.
- Quinze minutes : ici, nulle folie, juste du sale, du trash. Plus direct et cogneur, aussi bien dans l'histoire plus ancrée dans la réalité, que dans le style violent.
- Bon sang ne saurait mentir : dans celui-ci aussi, nous retrouvons la folie, mais dans le style moins halluciné de la précédente, juste la violence, avec un côté un peu décalé qui arrive à faire sourire.
- Löwenacht : une sorte de pamphlet contre le consumérisme, mais avec le style propre à Schweinhund, ça devient autre chose, un récit à nouveau halluciné.
- Profondo nero : celle-ci reste à part pour moi. Je l'ai découverte il y a plus de deux ans, et si ce n'était pas le premier récit de l'auteur que je lisais (le deuxième si je ne me trompe pas), c'est celui qui me l'a vraiment fait découvrir et apprécier. Un récit sombre, où tout se cache dans les détails, où la folie est hallucinée comme pour d'autres textes, mais avec un rapport clair à son origine, à son horreur.
- 2013-2016 : l'autre nouvelle qui se taille une place à part. Lorsque je l'ai découverte dans Dimension Trash, je l'ai beaucoup appréciée, un bel hommage aux auteurs Trash. Mais ce plaisir fut accompagné d'une petite pointe de déception, les derniers auteurs à rejoindre Trash ne s'y trouvaient pas évoqués, faute à une deadline trop juste. L'auteur l'a reprise un peu, et c'est avec joie que je m'y suis retrouvée. Alors merci, ce sont quelques lignes qui m'ont fait extrêmement plaisir.
- Contre-nature : cauchemar de grossesse, très malsain et sombre.
- S.O.S. : un peu de claustrophobie, un peu d'agoraphobie, un peu de phobie tout court, et une promenade dans un New York écrasé par la chaleur, plaisante à suivre.
- Confrontation : beaucoup moins de violence, même si elle reste à l'affût. J'ai bien aimé cette histoire de confrontation avec ses personnages peut-être pas si improbables que ça.
- L'altro inferno : un texte, presque une litanie où s'évoquent la religion, l'enfer, le mal, d'ici et d'ailleurs. Un récit puissant.
- Blutwurst : l'histoire d'un homme à un concert, ou d'un petit garçon, ou d'un fantôme, on choisit, comme on veut, mais c'est sombre et ça fait mal.
- L'oeil du serpent : hommage à Kââ/Corsélien, dans le style à Schweinhund, un mélange de pensées folles et une réalité brute.
- Corps et liens : comme le précédent, un hommage au même auteur. Schweinhund y joue avec les mots, avec délectation, ça donne le résultat habituel, un texte halluciné, étouffant, oppressant, sombre, et malsain, où l'on devine l'histoire par petits coups, petites phrases, et le puzzle se met en place doucement.

Artikel Unbekannt et Schweinhund soumis à la question par Zaroff : une interview menée par Zaroff, auteur Trash des opus "Night Stalker" et "Bayou", où le compositeur du présent recueil se livre (un peu) sur lui-même, ses références, sa façon d'écrire.

Pour conclure, je dirais que "Noir et rouge" est un livre à lire à son aise, parce que le sentiment d'oppression éprouvé sur la plupart des nouvelles invite à une pause. Il faut prendre le temps de digérer les textes, de les assimiler, parfois de passer derrière les mots, pour découvrir le sens caché. Schweinhund/Artikel est un orfèvre qui cisèle chaque phrase, les amenant loin dans la stylistique. C'est parfois ardu, ça donne un résultat étonnant, mais surtout, c'est intense, une façon de procéder que je n'ai encore jamais trouvée chez aucun autre auteur. Ça le met à part, une personnalité littéraire unique, ce qui en fait sa force."

Rappel du lien d'achat chez Rivière Blanche.

Lien vers la chronique d'origine.

Voir les commentaires

1 2 > >>