Opération Satan - David Rome # S.C.U.M 03

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Opération Satan - David Rome # S.C.U.M 03

Troisième opus du S.C.U.M après avoir quitté nos mercenaires préférés au Japon. Cette fois, nos joyeux drilles ont pour mission de récupérer une princesse jordanienne, descendante de Mahomet aux mains du Hezbollah dont elle cautionne la cause au détriment de son pays natal. Elle accompagne le troisième terroriste le plus recherché sur Terre.

Nous avons l'honneur de découvrir un nouveau membre occasionnel du S.C.U.M : Isaac Jewison, "un nègre, juif, apatride et capable de piloter n'importe quel engin volant." Pas de temps mort dans ce bouquin beyrouthin. Ross et ses potes défouraillent, mutilent, grenadent, mitraillent et découpent des musulmans par centaines de kilos de chair.

Les complots se nouent entre égyptiens, israéliens, phalangistes, russes et syriens. Le seul mot d'ordre de Mark Ross : le pognon ! Après avoir écumé Beyrotuh de long en large, le S.C.U.M achève sa mission au Caire. Vous aurez même droit à l'interrogatoire d'une terroriste pas piqué des vers : découpe au rasoir, coups dans la gueule, coups de crosse, coups de rangers dans les côtes... il n'y a que le saucisson de porc frotté sur sa chatte épilée qui aura raison du mutisme de la kamikaze en attente de la fatwa, le droit au suicide. Bref, ce ne sont pas des poètes ! Mais tant que les Arabes s'entretuent, le S.CU.M est ravi : il a du boulot et la paie tombe par millions de dollars cash.

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Le soleil ne se lève plus sur Tokyo - David Rome # S.C.U.M 02

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le soleil ne se lève plus sur Tokyo - David Rome # S.C.U.M 02

Melki, l'illustrateur mythique de la série des S.C.U.M s'est fortement inspiré de Terminator pour cette couverture... sauf que l'histoire de cet épisode se passe au Japon, où un attentat est décrit dans le prologue, au sein de l'usine Kawasaki. Nous retrouvons nos joyeux drilles du S.C.U.M au bord d'une piscine d'une villa de la Côte d'Azur. La nymphomane Vecci lorgne encore et toujours sur le string en lycra de Mark Ross, les jumeaux autrichiens Sig-Sauer accompagnent le petit vietnamien Tran Phan Thi qui sirote un cocktail "capable d'envoyer tout un régiment à l'asile." Soudain le lieutenant-colonel Fairfax surgit avec un dénommé Kato Seiji, trésorier du service de sécurité japonais, au sein du Naicho.

Ce bouquin est boosté aux amphétamines car tout le déroulement se passe en une nuit, avant que le soleil ne se lève dans la capitale japonaise. Le S.C.U.M met les petits plats dans les grands et affrontent la police, la pègre, les yakusas, des miliciens, des maffieux, des cabarets miteux pour trouver le Chef impitoyable surnommé "la momie". Il est de mèche avec les russes pour installation de bases militaires et régulation des trafics de drogue. On retrouve avec grand plaisir les membres du S.C.U.M dont Kevin Saro, le James Bond du Poker, tricheur génial et racé. Une fois de plus, Mark Ross joue de sa bite gigantesque pour parvenir à ses fins et infiltrer ses ennemis. Le final est endiablé lorsque les mercenaires pénètrent dans la forteresse imprenable de Michima Oï, qui a enlevé Fairfax. Et là, David Rome nous sort le grand jeu : terrain miné, douves avec piranhas, chiens sauvages équipés d'explosifs, caméras thermiques et lance-roquettes, soldats et artillerie lourde. Mais le S.C.U.M va employer toutes les ruses pour dénicher le cerveau.

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La variole rouge - David Rome # S.C.U.M 01

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La variole rouge - David Rome # S.C.U.M 01

Enfin une série virile parue au Fleuve Noir Action entre 1986 et 1988 d'un certain David Rome. Six bouquins uniquement, mettant en scène le S.C.U.M (Special Commando Unlimited Mission), groupuscule aultra-violent apatride, anti-terroriste, sans aucun contrôle officiel, d'origine inconnue dont la mission principale est d'infiltrer et anéantir les groupes terroristes. Sous le pseudonyme de David Rome, on reconnaît le style brutal et déjanté si cher à... Joël Houssin ! Eh oui, c'est bien lui l'auteur de la saga Doberman. Mais S.C.U.M ça claque et c'est machiste. C'est du S.A.S plus testiculé. C'est pas une littérature pour tapettes ou végétaliens en quête d'absolu.

Dès les premiers chapitres, les personnages principaux sont en place. L'agent de liaison : le lieutenant-colonel Fairfax, "Lui, le seul et unique intermédiaire entre le monde civilisé et le Special Commando Unlimited Mission... le commando le plus cher, le plus redoutable et le moins contrôlé de toutes les unités anti-terroristes", militaire muni d'une jambe d'acier (membre emporté par une mine Claymore) et homosexuel. Il contacte Mark Ross, chef du S.C.U.M, ancien polytechnicien reconverti acteur de théâtre pornographique, au sexe hypertrophié qui fait la joie des actrices.Suite à un accident de bagnole, sa femme est un légume vivant et sa petite fille est morte.

Puis vient Brit, un jeune rouquin hooligan, ancien membre du National Front auprès de Lincoln Hurst. Ce nazillon est recherché par la mafia car il a empalé une mamma italienne avec la hampe d'un drapeau durant les incidents du Heysel, tribune Z ! Bref, la mission démarre pour cause de variole ! Des membres dissidents de l'Organisation Armée contre le Communisme International ont recruté les membres les plus actifs des organisations d'extrême-droite européenne (P.O.E, H.I.A.G, M.S.I, N.P.D, National Front, mouvement O.D.E.S.S.A) pour former le Front Armée Noire (F.A.N). Par le biais du professeur Holborn, sympathisant nationaliste et de Lincoln Hurst (le salopard), une quantité importante de virus variolique lyophilisée a disparu des laboratoires de l'unité 24 et de diffuser ce virus en France. Depuis 1980, la vaccination obligatoire n'est plus en règle et la durée de l'immunité vaccinale n'excède pas trois ans. On prévoit 30 à 40 millions de morts !

Y a un passage qui m'a fait hurler de rire lorsque Mark Ross et Brit viennent chercher Laetitia Vecci, une espionne nymphomane retirée dans un asile de fous pour se reposer. Le médecin est ennuyé car son traitement commence à faire des effets. Lisez cet extrait :

"Bref, elle va beaucoup mieux. Il faut impérativement lui éviter les tentations et, j'insiste sur ce point, ne plus lui parler de sexe. La moindre allusion la fait monter comme du lait sur le feu. Vous me comprenez ?

— Parfaitement.

— Je ne voudrais pas qu'une maladresse gâche des semaines de travail, insista le médecin.

— Vous pouvez compter sur moi, affirma Ross.

Le toubib hocha la tête, à moitié convaincu. Il poussa la porte de la chambre et s'effaça pour laisser entrer Ross. Laetitia était allongé sur son lit et feuilletait distraitement une revue de jardinage.

— Alors, salope ? gloussa Mark. Toujours le feu au cul ?"

Le ton est donné ! L'action est explosive et monte en puissance durant les 22 chapitres tandis que de nouveaux personnages font leur apparition entre les bains de sang et les parties de baise : l'israëlien Attalli, les frères jumeaux Sig Sauer, le tueur silencieux vietnamien Tran Phan Thi, l'espionne nazie lesbienne Alexandra Von Shuster ou encore le chef du K.G.B, le général Yezhoda. Le S.C.U.M poursuit la trace de trois terroristes (Alexandra, Lincoln Hurst et Guliani) porteurs d'un tube de variole pourprée. Deux pistes s'avèrent fausses tandis que le plus cruel, Lincoln Husrt, s'apprête à diffuser son poison durant le concert de l'Huma, la scène se préparant pour un concert des Rolling Stones ! Vous imaginez le carnage entre les prolos, les communistes et les rockers !

David Rome ne nous épargne rien, entre les techniques de crime (allant de l'épingle derrière le lobe de l'oreille et le lance-flammes à bout portant), les ébats sexuels torrides à l'arrière de la Cobra Shelby de Mark Ross, le pistolet silencieux remplaçant le godemiché anal pour faire taire un témoin... Bref, on tape dans du lourd et ça file sans que le lecteur ne s'ennuie une seule seconde. Et, croyez-moi, c'est pas donné à tout le monde de réussir un tel exploit. On en redemande. Suite au prochain numéro...

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Dernière fenêtre sur l'aurore - David Coulon

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Dernière fenêtre sur l'aurore - David Coulon

Il y a cet immense bunker isolé où quatre hommes retenus captifs sont systématiquement avilis et torturés.Il y a la belle Aurore Boischel, dix-huit ans, jeune fille de bonne famille, qui gît sur son lit, morte. Assassinée. Il y a ce détective privé embauché par un inconnu pour filer... un policier. Et il y a Bernard Longbey, le flic revenu de tout, qui sait que la petite bourgade de Bois-Joli est devenue une toile de mort et de folie où l’araignée attend sa proie...

Vous dire que j'ai aimé ce roman noir serait un mensonge. Je l'ai littéralement dévoré. Non seulement pour l'intrigue mais surtout pour le style psychanalytique de l'auteur David Coulon. Un flic de la Brigade de Protection des Mineurs se consume de l'intérieur. Lentement. Sous fond de pédophilie et de tortures, la vengeance est la trame principale. Bizarrement, j'ai pensé à certains effets sordides de Tchao Pantin et le personnage de Coluche. Une détresse visuelle où l'espoir n'a plus de mise. C'est un roman très bien construit où la folie prend une ampleur incomparable et sinistre.

On peut regretter que le bunker ne soit pas plus exploité, notamment ce que vivent les protagonistes, mais il est certain que le lecteur adepte du polar urbain et du thriller sera largement repu par ce style sec et tranchant à la Jonquet. Une belle découverte et on peut remercier vivement les Éditions Asgard et la magnifique illustration de Philippe Jozelon pour ce roman marquant et abouti.

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Un p'tit gars de Géorgie - Erskine Caldwell

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Un p'tit gars de Géorgie - Erskine Caldwell

Caldwell brosse en quelques épisodes les mésaventures savoureuses d’une famille pauvre de Géorgie. Quatre personnages évoluent dans des histoires burlesques et tragico-comiques dans le patelin de Sycamore. Morris Stroup est le père de famille. Fainéant, volage, malin… Il se fourre continuellement dans des combines hasardeuses, au grand dam de son épouse Martha. Handsome Brown est le nègre à tout faire du foyer. Tiraillé entre les ordres de la maîtresse de maison et les magouilles de Stroup, le Noir subit les conséquences de ses actes avec un ahurissement attendrissant. Enfin, le narrateur de ce roman à épisodes, William Stroup, est le jeune garçon de la famille.

Les situations s’enchaînent dans un crescendo d’humour et de cocasserie. Le Révérend universaliste demande à Stroup de remplacer son bedeau pour sonner la cloche lors d’un mariage… qui se terminera en pugilat au son du glas. Handsome tombe dans un puits ou est attaqué par des piverts qui empêchent Stroup de dormir. Martha fait du pâté avec un coq de combat (dernière trouvaille de Morris) et laisser des chèvres brouter sur le toit n’est pas du goût des amies de Martha. Et que dire de ses lettres d’amour de jeunesse détruites dans la machine à presser de son époux, à qui il manque de la matière première pour faire des ballots !

Stroup se livre à toutes les facéties pour récolter quelques cents, pique des œufs pour son tabac, flirte avec la reine des romanichels tandis que les roms pillent sa maison ou vend de la ferraille en « prélevant » des outils chez sa voisine.

Ce court roman découpé en quatorze récits est un vrai plaisir de lecture et permet de se familiariser avec Erskine Caldwell en se payant une bonne tranche de rigolade.

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La fourmilière - Robert Bloch

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La fourmilière - Robert Bloch

Dieu que j'aime cette couverture ! Neo a su fasciner des lecteurs par leurs illustrations intenses et fascinantes. Avec La Fourmilière, Bloch nous présente une ville (Chicagee) au nombre effarant de 38 millions d'habitants. La surpopulation oblige les célibataires à ne vivre que dans une pièce unique (un peu comme la piaule de Bruce Willis dans Le Cinquième Elément).

Les transports en commun se résument à des commutrains, vastes wagons sans ouvertures. Le héros ne se plaint guère car il a la chance de n'être qu'à 60 bornes de son boulot ! Certains (les couples) se trouvent à plus de 120 km puisque les deux-pièces sont rares. Le personnage principal dénommé Harry Collins débute ses péripéties en 1997 et l'histoire s'achève en 2065.
C'est nettement et profondément décousu voire inachevé ! Les passages ont des liaisons et cohérences très faibles. Nous évoluons dans des spasmes grammaticaux, de descriptions orwelliennes en complot gouvernemental. L'ensemble suinte une resucée de Soleil Vert, de 1984, du Meilleur des Mondes avec une touche de Brazil. Robert Bloch donne l'impression de mélanger plusieurs idées ou concepts avant de les balancer en vrac sur le papier !

De l'année 2000, nous faisons un bond soudain en 2012 ! Harry est devenu vacher ! J'ai laissé tomber la lecture à la quatre-vingt-et-unième page ! Pas eu le courage de poursuivre avec Matriarchie. Remis le Neo à côté de ses partenaires ! Un Bloch franchement pitoyable.Vaut mieux se rabattre sur ses Contes de terreur.

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Cache-cache effroyable - Jack Ketchum

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Cache-cache effroyable - Jack Ketchum

D' accord les mecs ! Je sais bien que cette collection GORE comporte beaucoup de merdouilles, d'intrigues insipides et d'effets prévisibles à cent mètres mais Ketchum n'est pas du même tonneau sacredieu ! Les ignares qui rigolent dans mon dos n'ont sans doute jamais lu le remarquable et terriblement sordide "Une fille comme les autres" paru chez Bragelonne ?

Cet auteur américain encensé par son pote Stephen King (dans les préfaces) n'a rien à envier à ses confrères même s'il est encore méconnu dans nos zones européennes. On peut croire à un hommage mérité (comme ce cher Jim Thompson) dans les prochaines décennies.

C'est de loin le pire roman de Ketchum (paru sous le titre Hide and Seek en 1984) car les personnages sont brossés avec hâte. Trois jeunes gens aisés et désabusés entraînent un péquenot local dans un cache-cache dans la maison abandonnée des Crouch. Sur 150 pages désignées gore, on peut facilement découper ce bouquin en deux parties :

- 140 pages de descriptions inintéressantes sur l'amour naissant de Dan et de Casey avec quelques péripéties sans intérêt,

- 10 pages un peu sanglantes qui ne feraient pas frémir Benoît XVI.

Si vous désirez découvrir Ketchum, cantonnez-vous surtout à Morte saison et Une fille comme les autres.

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Les douze heures de la nuit - Lester L. Gore

Publié le par ZAROFF

Les douze heures de la nuit - Lester L. Gore

C'est le recueil d'un pote qui écrit merveilleusement bien. Déjà paru en fichier numérique, il est désormais disponible chez les éditions Cécile Langlois : http://www.editionslangloiscecile.fr/catalogue/

Voici ma chronique de l'époque :

Lester L. Gore plonge le lecteur dans un récit lovecraftien dès le premier texte "Dans la peau." Un dermatologue reçoit en pleine nuit une jeune femme terrorisée. Sur son corps, une abomination est tatouée sous son sein. Dagon étend son emprise sur le corps de la femme et le médecin reste impuissant. Que devient la science face à l'innommable ? Le dermatologue va en payer le prix.
J'ai toujours rêvé d'écrire une nouvelle mettant en scène les prémices du fascisme et Lester a dépassé toutes mes espérances avec cet incroyable récit (le meilleur du recueil à mon sens) où le jeune caporal Hitler devient "Le Berserker" d'un dieu nordique maudit nommé Baldrung. Après avoir été remarqué lors d'un meeting dans une brasserie, un baron l'invite à dîner chez lui. Cet aristocrate est de la société de Thulé et il possède d'étranges reliques. Hitler deviendra le réceptacle au prix d'un sacrifice humain. C'est tout simplement une nouvelle magistrale et je pèse mes mots.
On retrouve le thème de la féline (Jacques Tourneur) dans "Métamorphoses." C'est empreint de poésie dans un ton à la Seignolle et Gilles Bergal. On peut aussi citer La vouivre de Aymé. Toutes ces influences donnent un conte revisité par Lester qui ne laisse pas indifférent.

Le récit suivant, "Léo", est plus sordide car il met en scène une fillette battue et violée par son père divorcé, chanteur raté, alcoolique et drogué. Au plus fort de la violence, la vieille peluche d'Alison va réagir... "Le sanctuaire" est une histoire fantasy nettement plus longue. Elle relate la guerre du petit Peuple pour empêcher la construction d'un Centre sur un lieu ancestral. Ce récit est teinté de "Rumeurs sur le Rouergue" de Tardi et de "Faërie" de Feist. Quand le jubilatoire affronte la féérie sous des travers politico-financiers, l'ensemble forme un sacré bordel Arthurien.
Dans les années cinquante, un cryptozoologue se rend au Congo dans une tribu de pygmées. Il entend parler du "Dernier des Mokélés", une créature de la jungle. Mais comment expliquer au chef qu'il s'agit d'un monstre du Jurassique si l'on se fie aux descriptions de la tribu ? Hélas, les pygmées vont jouer un sale tour aux projets du scientifique. Lester revisite le mythe du Monde Perdu avec une touche d'humour.

Nous changeons de registre avec "Dans le reflux du temps" et le thème du voyage dans le temps. Un pilote d'avion traverse un étrange nuage et s'écrase en mer. Il est sauvé par un galion du seizième siècle avec, au fond de sa cale, un fabuleux trésor. L'homme laissera un indice pour prouver son témoignage quatre siècles plus tard !
Un homme responsable de la mort accidentelle d'un enfant subit la vengeance du dieu anaconda dans "La mort sinueuse" tandis que dans "Gibier", un chasseur traque un animal bien singulier : l'homme. Quel est donc ce chasseur à la suprématie déjouée par une espèce plus forte ?

On approche du sublime avec le récit suivant "Der Nachrichter." À Valençon, un officier SS arrive dans la garnison pour y remettre de l'ordre. Il s'occupe d'une famille juive, les Morowitz, dont le doyen est sculpteur. Vous mélangez "La forteresse noire" de F.P Wilson, "Les inhumains" de Brussolo et "Le golem" de Meyrink et vous obtiendrez un breuvage à la Lester ! Cependant, pour le lecteur avisé, le récit perdra un peu de son suspense mais il aura le mérite de subjuguer et d'étonner les autres.

"Guérison" est un conte à la Matheson teinté d'humour noir. Un homme est admis à l'hôpital psychiatrique. Il errait dans la campagne et affirmait être un homme venu d'ailleurs. Son Q.I est exceptionnel mais le médecin doute quand même. La DGSE dépêche un agent pour recueillir sa science du futur. Mais le docteur a déjà pratiqué son traitement. Hélas, nous arrivons à la douzième et dernière nouvelle avec "L'Anneau de Seth" où nous retrouvons l'univers psychiatrique. Après avoir chiné un anneau dans une brocante, un homme a d'étranges rêves macabres se passant dans l’Égypte Antique. Des prêtres psalmodient le nom d'un dieu de l’Égypte primitive : Seth.

Formidable moment de lecture. Lester est un triptyque à lui seul : BR Bruss, Matheson et Lovecraft. Il parvient à surprendre le lecteur par des récits intenses, incisifs et surprenants à la trame équilibrée et documentée. Et, pour une somme dérisoire, vous seriez d'infâmes idiots de vous en priver. À lui de se magner le derche pour nous sortir un second recueil !

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Fils unique - Jack Ketchum

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Fils unique - Jack Ketchum

Ketchum s'est inspiré d'un documentaire relatant l'histoire tragique d'une infirmière ayant tué son mari en 1989. Ce roman est réussi pour de multiples raisons : la trame juridique et procédurale (lors des journées d'audience) est irréprochable, les paragraphes oscillent de l'horreur des sévices sexuels au thriller noir. Ketchum ne se contente pas d'écrire un simple récit de viol, d'actes pédophiles ou d'inceste avec des grands effets visuels et vulgaires, l'auteur a l'intelligence de distiller la violence cachée que la justice inflige aux victimes.

Une fois de plus, ce roman de Ketchum est éprouvant. Certaines scènes sont dures car ancrées dans le réel. Ketchum nous évite un voyeurisme de bas étage et dénonce avec brio la situation d'une femme désespérée aux prises avec un mari fou et incestueux envers son fils de huit ans. Cette violence domestique vous prend aux tripes comme seul sait le faire Ketchum.

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Mourir idiot - Yves Gibeau

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Mourir idiot - Yves Gibeau

"Ils commençaient à rigoler, les gens. J'étais toujours là, pas très jovial d'allure, la peau et les os, mais vivant." Ainsi débute le dernier roman autobiographique d'Yves Gibeau, fils d'un fusilier marin de passage aux environs de Reims, en 1915. Ensuite sa mère épousera l'adjudant Gibeau qui adoptera le bâtard ! La famille a la bougeotte. Orvilliers. Saint Julien dans l'Aube durant trois ans, la naissance du demi-frère, plus de trente déménagements, des tas de métiers. "J'ai voulu récapituler, un jour. Même avec ma mémoire des choses et des gens je suis resté en panne. Je confondais, je mélangeais les dates, les endroits, les maisons, les boutiques."

En parallèle, Gibeau relate sa vieillesse et son arrivée à Roucy, et l'achat de la bâtisse du curé. Les cartons de bouquins (plus de 8000) amenés par des déménageurs en colère. C'est le retour en enfance et l'amour des greniers, des livres de littérature populaire du grand-père Régnault. "Mes premières joies, les véritables, c'est dans les greniers que je les ai connues (...) C'était un refuge, un havre, mon sanctuaire, comme diraient d'autres écrivains, inspirés." Les livres du grand-père, par caisses entières, et disparus au fil du temps après la mort du vieux. Gibeau se fera un point d'honneur à tous les retrouver. "J'y repensais souvent aux livres du grand-père. Et puis un jour, bien que j'aie pris goût à une autre littérature, je me suis mis en quête, torturé par les souvenirs. J'allais explorer dans les salles de vente, les kermesses, sur les quais à Paris, dans les boîtes, chez les libraires d'occasion. Chaque fois que j'en découvrais un roman d'amour ou d'aventures de l'époque, même couverture coloriée et brillante, même odeur, même grain râpeux des feuilles épaisses, je nous revoyais le grand-père et moi, là ou ailleurs. J'avais un petit pincement, un petit grelottement de tristesse. Le regret. Celui de mes jours d'enfant. Celui du temps qui avait passé. Je les ai tous retrouvés. Avec de l'acharnement, de la patience, du pognon aussi. Il serait content le grand-père s'il savait. S'il savait que j'en ai écrit à mon tour des livres. Des histoires qu'il aurait sûrement aimées."

C'est par Avaux-le-Château que commencent les pèlerinages de Gibeau, "les quêtes urgentes d'impressions et de souvenirs.' Mourmelon, Bezannes, Bazoches, Hourges, Reims, Bouzy. "À Bouzy, sur les coteaux de Champagne où le fusilier marin m'avait créé à la va-vite." Puis vient la communion à Champigny, les pensions, la reprise d'une ferme minable dans les Ardennes (dernière lubie de l'adjudant) au grand désespoir de sa mère. Masure sordide, fenêtres étroites et crasseuses, linoléum usé au sol, l'écurie de la jument, une étable "aux trois vaches" et une porcherie sans cochons. L'adjudant devient un apprenti-cultivateur : "Mon père, c'était un fanatique du labeur. Pas très grand, mais costaud en nerfs. Il était le premier debout sans besoin de réveil, prêt comme à l'armée, avalait son café noir de la veille dans un verre à moutarde, de ceux qui pétaient pas au chaud, se roulait une cigarette de gris papier Job, la dégustait, planquait le mégot au fond d'une poche pour le dépiauter plus tard avec d'autres et s'en rouler une supplémentaire, forte et économique, salivait un bon coup dans ses mains, puis se jetait à l'ouvrage, tête baissée." Gibeau est trop délicat pour les travaux, "un nareux" comme disait son grand-père, de son patois à lui.

À l'école d'Avaux, la dernière avant celle des enfants de troupe, Gibeau se régale des livres de l'école rangés dans une petite armoire vitrée au fond de la classe. C'est la découverte de Jacquou le croquant, Le Petit Chose, Les Misérables... livres lus en cachette du père, camouflé dans la paille de la grange. Ça change du Manuel du gradé d'infanterie, seul livre autorisé dans le foyer familial ! Gibeau remerciera son instituteur en obtenant son certificat d'études avec mention "très bien", chose rare à l'époque. Les grandes vacances sont l'occasion pour le jeune Gibeau de s'adonner à une passion qui ne le quittera jamais : la recherche de tout ce que les Allemands avaient abandonné après la guerre de 14. Gibeau recommencera, à cinquante ans, a écumer Verdun et le Chemin des Dames afin de ramasser des reliques. Sa seconde passion c'est le vélo ! Le Tour de France avec les résultats de l'étape dans l'Éclaireur de l'Est. Mais pour posséder un vélo avec l'adjudant, c'est peine perdue et raclées puissantes. Gibeau relate aussi ses souvenirs de cinéma, premiers films vus au collège et premiers émois visuels. On repense au grand-père qui n'a jamais connu cette expérience. Puis vient la première visite médicale réglementaire avant d'aller aux enfants de troupe. Hélas, tout est parfait ! Gibeau est bon pour le service ! L'adjudant est ravi mais la mère est catastrophée et décide de foutre le camp avec valises et provisions. Gibeau mènera son frère chez les grands-parents. Et la mère revient, faut la chercher à Paris... et les disputes reprennent. C'en est trop l'agriculture et l'adjudant décide de reprendre un commerce à Mourmelon.

Gibeau revient sur son arrivée à Roucy, les difficultés rencontrées pour s'intégrer aux autochtones, puis les emmerdes, le voisinage fuyant et la solitude d'un homme incompris et rejeté par la populace. Les opinions se confrontent mais ne se mélangent pas. C'est ainsi. Gibeau est le paria, le Céline de Roucy ! Aide-boulanger, camelot à Mourmelon durant les grandes vacances avant un autre déménagement près de Reims, à Bezannes. Gibeau revient aussi sur ses années ratées d'enfant de troupe, les prostituées, l'amour du cyclisme et les désillusions familiales, sa mère partie et réfugiée chez les bonnes sœurs à Paris... avant de changer d'horizon en reprenant une boutique d'accessoires et petit poste à pompe unique à Paris, sur la route d'Orléans avec l'adjudant qui a pardonné la fugue. Pour Gibeau, c'est le départ pour la guerre. "L'occasion de revenir avec des galons" dit l'adjudant. Gibeau reviendra seulement avec sa peau ! Fait prisonnier, il retrouve son demi-frère, travailleur volontaire en Allemagne, dans une fonderie à Bielefeld. Gibeau est honteux de ce passage à l'ennemi : "Ce con de frère, qui était rentré d'Afrique pour pas manquer au devoir il paraît, et tuer des Boches ! Il passait à l'ennemi d'un coup, demi-tour changement de position, pour une portion de patates supplémentaires. On le savait crevard dans la famille, d'hérédité, fallait qu'il la soutienne sa maousse carcasse, mais à ce point-là !" Au retour d'Allemagne, Gibeau retrouve ses parents replantés à Reims dans un autre commerce d'épicerie. Après une embrouille, il repart à Marseille et exerce plusieurs métiers dont celui de caissier dans un cabaret mafieux tenu par des Corses.

A ressasser les occasions perdues, les tentations au suicide pullulent dans le crâne de Gibeau... plutôt que finir par ressembler aux vieux du pays. Noyade dans l'Aisne ? Pendaison dans le grenier ? Ou alors un soporifique radical ! A moins de préférer le tracteur du Gustave. Mais l'envie de tout recommencer, de tout réécrire taraude aussi l'esprit de l'auteur. Une revanche sur la vie ! Et faut que ce soit la bonne saison ! "Un sale soir d'automne, sombre et gluant, ça peut aider. Je préférais, moi, pas quitter tout dans le froid et la bouillasse. J'irais m'éteindre au soleil, calé sur le perron, en regardant tant que je pourrais encore foncer à ras de terre les hirondelles et les fourmis plein les marches. Je l'avais tellement arpenté mon petit coin de verdure clos dans la muraille. Des allées et venues de taulard ou de malade, interminables, à chambouler de fatigue. Je ruminais, je reniflais une larme souvent, mais je dégustais tout le décor, les buissons de roses et d'orties géantes, les hosties de la monnaie-du-pape, la pierraille frangée de myosotis, la rhubarbe qui s'étendait en feuilles énormes, tropicales il semblait." Les citations punaisées sur les murs toisent Gibeau. Faulkner, Hemingway, Céline, Rubinstein, Bove... certains sont morts d'ailleurs ! Des beaux suicidés ! Gibeau loupe le sien. Whisky et somnifères. Pas assez de tubes ! Puis l'asile, les fous légers. Et Gibeau en ressort, libre comme l'air. "Syndrome dépressif" qu'il écrit le directeur sur le papelard de sortie. C'est pas la mort qui est idiote mais plutôt le sens absurde que l'on y prête. Ce besoin absolu d'y trouver une raison à sa propre mort. Conneries.

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