Syndrome apocalypse - Hugues Douriaux

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C'est ce que je nomme un bon petit post-apo qui fait son job ! Tout est réuni pour contenter le lecteur pervers et friand de scènes bien crades. D'ailleurs, je m'étonne que ce bouquin ne soit pas paru dans la célèbre collection GORE car il n'aurait pas eu à rougir de la confrontation. L'intrigue se passe à New Houston, au Texas, après une guerre nucléaire qui a dévasté la planète. Phillip Corbett, un chercheur biologiste hait cette humanité et cherche par tous les moyens à éradiquer les survivants. Et quel meilleur moyen qu'un virus redoutable qu'il s'inocule pour tester les effets sur son organisme. Satisfait, il disperse cinq fioles dans le système de ventilation du centre de recherches où il travaille, la Fairbanks Inc. Il adresse un courrier aux autorités et s'enfuit du centre avant d'être tabassé à mort par le gang de Bart le Concasseur. Forcément, les voyous ne se doutent pas qu'ils sont contaminés à leur tour. Les symptômes sont évolutifs : troubles intestinaux, migraines, fièvre, crachats, toux violentes... les intestins pourrissent de l'intérieur. 

Neuf jours après, le chaos s'installe. Le maire place des barrages autour de la ville afin que la contamination n'infeste pas le reste du pays. Le gouverneur est parti se planquer à Washington où les discussions amènent des choix cruciaux pour la survie de la population. Nous assistons à des pillages, des viols, des massacres. Les flics et les militaires sont postés à la périphérie de la ville, laissant le centre de New Houston à la proie des pillards et des zonards. L'histoire s'axe autour de Rebecca Garfield, chef de la sécurité de Fairbanks Inc. Elle recherche des documents dans le domicile de Corbett pour tenter d'aider les chercheurs à trouver un antidote. Elle se fait violer par Bart et son gang. Les événements s'enchaînent, les descriptions de viols deviennent rugueuses (pour notre plus grand plaisir) et que va devenir New Houston dans cette apocalypse grandissante ? 

Vous l'aurez compris mes amis, c'est un bouquin qui parvient à titiller nos âmes putrides en à peine 190 pages. Tout est bon, bien formulé, vif et intéressant. Le final est un peu convenu et guère original, mais l'ensemble tient la route. Un livre que je conseille pour les fans du genre. Un plaisir de lecture à ne pas négliger dans cette collection Anticipation. On se marre lorsque le maire se met en visiophone avec le directeur de Fairbanks Inc. (pour faire le point sur l'épidémie ravageuse) et qu'il l'aperçoit en train de culbuter Rebecca en levrette sur son bureau. Et son adjoint a cette répartie merveilleuse : "Ça prouve que le vieux Fairbanks a la situation bien en main !"

 

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La guerre des rats - David Robbins

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Tout le monde a sans doute déjà vu le film Stalingrad sorti en 2001 avec Jude Law et Ed Harris. Par contre, le bouquin de 1999 écrit par David Robbins ? Ah, je perçois un murmure inquiet ! Stalingrad fut une bataille macabre, un condensé de l'horreur, une guerre dans la guerre. Du 23 août 1942 au 31 janvier 1943, elle occasionna 1 109 000 morts dans les deux armées. Sur 500 000 habitants avant la guerre, seuls 15 000 civils survécurent. D'un côté, la sixième armée allemande du général Friedrich von Paulus et, de l'autre, la soixante-deuxième armée soviétique du général Vassili Tchouikov.

 

Au cœur de ce carnage, l'adjudant-chef Vassili Zaïtsev et le colonel SS Heinz Thorvald. Deux tireurs d'élite exceptionnels. Surtout au service de la propagande. Deux icônes pour propager le mythe du héros au sein des soldats du front. Pour les faire mourir en souriant. Toutes les guerres sont dégueulasses et l'humanité est perdante, quoi qu'on en dise. Les scènes secondaires et affrontements personnels sont fondés sur les souvenirs des survivants interviewés par l'auteur ou selon des témoignages écrits. Thorvald est le directeur de l'école des tireurs d'élite de la SS. En 1939, en Pologne, il a abattu 200 soldats avec son Mauser Kar 98K avec lunette Zeiss à grossissement 6. Il tire à mille mètres ! L'école se trouve à Gnössen, à la sortie de Berlin. Il tirait pendant les pauses entre les combats pour saper le moral de l'ennemi.

 

Zaïtsev est chargé de former une unité de tireurs isolés avec son co-équipier Viktor Medvedev dit « L'Ours ». Zaïtsev est « Le Lièvre ». Un journaliste à L'Étoile Rouge, le capitaine Igor Danilov, sert d'agent de liaison politique et parlera des exploits de Zaïtsev dans les futurs articles. La Russie a besoin de héros pour encourager les combattants du front. Zaïtsev est un chasseur de l'Oural et sa technique instinctive est remarquable d'efficacité. 42 allemands sont tués en douze jours pour 43 cartouches tirées.

 

L'intrigue est romancée par l'amour naissant entre Zaïtsev et la tireuse d'élite Tania Tchernova. Un quatrième personnage fictif joue également un rôle important, le caporal allemand Nikki Mond. Il semblerait que Thorvald fut un tireur imaginé par les autorités soviétiques car on ne trouve aucune trace de ce duel historique dans les rapports militaires. C'est un bouquin parfait pour se plonger dans le chaudron de Stalingrad, même si l'ensemble est assez répétitif dans les actions des tireurs. C'est surtout l'atmosphère et le désespoir des deux camps qui donnent à l'histoire tout son potentiel.

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Poison d'Avril

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Noir et rouge a eu 18 mois le premier avril dernier. La gueule du poisson. Et pourtant, depuis sa parution en octobre 2016, mon recueil de nouvelles a reçu la bagatelle (pour un massacre ?) de neuf chroniques et retours de lecture. Ce qui, si l'on considère les ventes de mon bouquin, représente un ratio pour le moins spectaculaire. De plus, neuf chroniques, pour un livre publié chez Rivière Blanche, c'est intrinsèquement énorme. Sauf erreur de ma part, depuis quatre ans, seul Le Dieu sans nom, de mon talentueux ami Serge Rollet, a réalisé un meilleur score, et franchi le cap des dix avis.

 

Précision : quand j'écris « retour de lecture », « avis » et « chronique », j'exclus bien entendu les commentaires de trois lignes postés sur Amazon (où mon recueil n'a de toute façon quasiment jamais été en vente), et les « critiques » de dix lignes à peine dignes d’un statut Facebook dues à des « blogueurs » certes très polis, mais qui n'en restent pas moins semi-analphabètes (« Je remerci l'éditeur pour ce service de presse que j'est beaucou aimer » – et je n’exagère pas).

 

Bref. Ceci pour dire que j’ai eu de la chance. Beaucoup de chance, même. Jugez plutôt : cinq de ces neuf chroniques dépassent les 10 000 caractères ! Mais ce n’est pas la taille qui compte, et les concours de… signes ne passeront pas par moi. En tant qu’adepte de la short short story, ce serait un comble. Il n’en reste pas moins que je suis un peu estomaqué de constater qu’en mettant toutes ces chroniques bout à bout, on parvient presque à… 80 000 caractères – soit l’équivalent moyen d’un chapitre de Noir et rouge !

 

Je voulais donc profiter de cette date un peu symbolique pour m’adresser une nouvelle fois à celles et ceux qui m’ont accordé leur confiance et témoigné leur soutien. Alors dans l’ordre chronologique : merci à Zaroff, Catherine, Sarah, Sébastien, Steve, Marie, David, Sandy et Adrien. Vos avis enthousiastes forment la véritable colonne vertébrale de cette rubrique. Grâce à vous, mon recueil aura « vécu » un an et demi, ce qui par les temps qui courent – de plus en plus vite –, est loin d’être négligeable.

 

D’ailleurs, qui sait si vos textes ne susciteront pas à l’avenir de nouveaux achats ? Il y a six mois, j’annonçais de façon un peu prématurée le décès de Noir et rouge, et une rafale de superbes chroniques est venue me donner tort. Or comme il est certains cas où j’adore avoir tort, je replace ci-dessous les informations essentielles, avec pour les gourmand-e-s un rappel de l’offre promotionnelle en vigueur sur le site de Rivière Blanche. C’est permanent, alors n’hésitez pas. À bon entendeur…

 

http://www.riviereblanche.com/noire-n91-noir-et-rouge.html

 

http://www.riviereblanche.com/

 

Formule découverte : un livre de votre choix * offert à partir de 100 euro d'achat
* d'une valeur de 25 euro maximum. Titre à préciser par un message accompagnant un règlement effectué par Paypal, ou par écrit dans le cas d'un paiement par chèque. 

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Thanatéros - Catherine Robert

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Si George Orwell avait engrossé Kathe Koja, leur fille serait Catherine Robert. Et son parrain serait le regretté Jack Ketchum. Ce live est la bible du Mal, de la Perversité et de la Domination. Partis de rien, ces deux romans n'auraient sans doute jamais vu le jour sans le redoutable regard acéré de Schweinhund, co-directeur de la collection noire chez Rivière Blanche. Ce puzzle de nouvelles disparates devaient forcément former quelque chose de cohérent, tel un Golem d'argile. Le récit de départ fut Sexcellence, un court texte de 10 000 signes qui amena, à terme, un bourbier de treize chapitres, l'autrice sentant que cette atmosphère valait la peine de s'y attarder. Et c'est à force de persévérance, de conseils, de remise en question entre ces deux protagonistes que ce remodelage constant, augmenté de deux autres textes, donna naissance à LARMES DE SEXE. Société fictive basée sur le règne du sexe, de ses castes et de ses perversions sociétales. Des destins féminins à des degrés divers, en fonction du physique, des attraits et aptitudes sexuelles, de la rigueur à tout supporter et à approuver dans cette déshumanisation progressive où la femme n'est qu'un objet dans l'instauration d'un pouvoir phallocrate. Cette dystopie ne ménage rien aux lecteurs et Catherine parvient à nuancer les scènes pornos sans tomber dans une répétition sans fin et insipide. Il faut rendre honneur aux titres des chapitres qui composent cet opéra sordide : Sexercice, Sexamen, Sextérieur, Sextasy, Sexogamie... 17 chapitres implacables mélangeant apo, dystopie, torture porn, zoophilie, SF où l'écriture lyrique et endiablée est au service de récits forts, angoissants, traumatisants. Il y a peu de femmes dans l'univers du gore et c'est regrettable. Leur vision du genre est impitoyable, clairvoyante, trouble et dérangeante. Il faudra compter avec Catherine Robert désormais.

Nous retrouvons un ton plus noir avec TRANCHES DE MORT. Encore une fois, Schweinhund décela une signature commune dans différents textes durs, comme Péché de chair (Ténèbres 2015), Yin et yang, Je suis méchante... Destins brisés où la folie s'accouple avec la mort, parricide, cannibalisme, réclusions physiques, cloisonnements psychologiques... presque impossible d'identifier le bourreau et sa victime. Souvent la femme accepte son sort pour atteindre la liberté. Désillusion, acceptation et trépas. Le tout empreint d'une subtile spiritualité. Cette belle réussite prouve surtout qu'une collaboration étroite entre un directeur de collection et une autrice permet un résultat étonnant, visionnaire et original. Un œil extérieur peut changer la donne et semer le désarroi chez un écrivain. Cette dualité fondée sur la confiance était de mise chez TRASH ÉDITIONS (j'en sais quelque chose) et elle a fait ses preuves. Le fait de retrouver cet état d'esprit, cette réciprocité de talents chez Rivière Blanche, dans ce cas précis, ne pourra qu'être bénéfique et, en premier lieu, pour les lecteurs désirant découvrir des thèmes inusités. Un grand bravo à ce cercle de passionnés pour cette (douloureuse) expérience. Et mille mercis à Catherine Robert d'avoir mis les mains dans le pétrin, sans fausse modestie ni orgueil déplacé (ce qui est souvent le cas chez certains écrivaillons bouffis de vanité). Ce bouquin, sorti des tripes et digne d'un Siébert, laissera des traces indélébiles dans notre domaine commun. Catherine et Schweinhund, je vous baise les pieds.

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Divino Sacrum - Franca Maï

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Il était une voix : Divino sacrum, de Franca Maï.

 

 

Il était une voix, qui s’est éteinte bien trop tôt par une blême journée de février. Cette voix, c’était celle de Franca Maï. Comédienne, réalisatrice, productrice, nouvelliste, poétesse et romancière, Franca Maï était non seulement une artiste complète, mais aussi – et surtout – une personne d’exception : je ne l’ai jamais rencontrée, mais toutes celles et ceux qui ont eu cette chance sont unanimes. Et à personne d’exception, héritage d’exception : livrer un testament aussi puissant que Divino sacrum n’est en effet pas donné à tout le monde.

 

Ce livre, le huitième écrit par Franca Maï, a fini par être publié de façon posthume plus de quatre ans après la mort de l’autrice. Sans l’abnégation de Bruno Pochesci et le courage des éditions OVNI, il n’aurait d’ailleurs peut-être jamais existé. Il est vrai que c’est le genre d’ouvrage que les amateurs de prose tiédasse qualifient volontiers de « difficile ». Raison de plus pour remercier celles et ceux qui se sont sorti les tripes et ont pris des risques pour donner à ce témoignage douloureux et poignant l'écrin qu'il méritait.

 

Autant dire que j’avais les meilleures raisons du monde pour évoquer Divino sacrum tôt ou tard. Mais pour ça, il me fallait d’abord le découvrir. Or je savais que ce serait difficile. Très difficile, même. C’est la raison pour laquelle j’ai différé de semaine en semaine mes retrouvailles avec Franca Maï, dont j'admire les écrits depuis longtemps. Enfin, deux mois après avoir fait l’acquisition du livre, je me suis décidé. Mais s’il ne m’a fallu que quelques jours pour le lire, il m’a ensuite fallu le digérer. Et là, le processus a été plus long.

 

Parce que Divino sacrum fait mal. Vraiment mal. Il y avait longtemps qu'un roman ne m'avait pas serré la gorge à ce point. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que j’ai mis un an à y revenir afin d’écrire cette petite chronique. Franca Maï avait un talent fou, et je ne me sentais pas à la hauteur de ses mots. C’est aussi simple que ça. Et si je prends aujourd’hui le taureau par les cornes, ce n’est pas parce que je suis plus sûr de moi. Mais il est quand même une chose dont je suis sûr : il y a celles et ceux que l’on oublie. Et il y a les autres.

 

Il était une voix. Il était une voix, et le parcours d’une combattante. Car Divino sacrum, c’est avant tout le démantèlement et la redéfinition syllabe par syllabe de l’expression « acharnement thérapeutique ». Ce livre irracontable est à la fois l’histoire d’une lutte acharnée, et d’une thérapie respectée. En vain. Deux fois. Alors certes, l’issue est connue (Virago5, sale pute, si tu savais à quel point je te hais) et les dés peuvent paraître pipés. Mais ce serait oublier l’essentiel. Soit l’incroyable volonté de Franca Maï, son énergie farouche et sa saisissante faculté à conserver intacte sa faculté d’émerveillement.

 

Divino sacrum n’est donc pas un roman. C’est bien plus que ça. C’est une confrontation avec le réel. Mais un réel aux antipodes de ces « autofictions » dégoulinantes de complaisance dont les grossistes en mille-feuilles inondent les supermarchés de la cuculture prête à consommer. Non. Pas de ça par ici. De toute façon, Divino sacrum, vous ne le trouverez pas en librairie. Pas assez consensuel, pas assez présentable, sans doute. Trop beau pour être vrai, surtout. Mais après tout, ne dit-on pas que « ce qui est rare est précieux » ?

 

Il était une voix, qui toujours résonne à mes oreilles. Merci pour votre grâce. Une voix à la fois suave et un peu rauque. Merci pour votre force. Une voix mutine qui depuis six ans persiste à susurrer le même refrain facétieux. Merci d’avoir été, si intensément. Un refrain irrésistible, constitué de trois mots. Et merci d’être encore. FUCK. LA. MORT.

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