Noir sur blanc vu par Zaroff

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Parcourir un ouvrage de mon ami Artikel est toujours l'assurance d'un tour d'horizon complet de la littérature qui nous obsède : les mauvais genres. Et ce dernier opus « Noir sur blanc » ne déroge pas à la règle. Je connais ce lascar depuis quelques années et je peux assurer que l'homme est vrai dans ses convictions et un seul mot me vient à l'esprit si je devais le caricaturer : caractère (ne pas confondre avec caractériel). C'est bien pour cette qualité (parmi d'autres) que je partage ce blog avec lui avec un contentement croissant. Caractère à défendre une littérature populaire et à honorer les auteurs concernés sans se soucier des moues et grimaces des lecteurs coincés du derche qui murmurent de la poésie de chambre en sirotant un thé vert.

 

Et Rivière Blanche ne s'est pas trompé en le nommant codirecteur de leur collection Noire en 2017 car Artikel multiplie les casquettes : écrivain, lecteur, chroniqueur, préfacier de talent, correcteur, rédacteur, développeur de projets... celui qui travaille avec Artikel connaît son dynamisme et sa rage à tirer le meilleur d'un récit. Mes deux romans TRASH sont nés grâce à son énergie et sa fidélité. Quels échanges incroyables passés en sa compagnie. Artikel est un meneur et un moteur et ce livre ornemente tout son terreau culturel et permet également de découvrir des livres passionnants et de rendre hommage aux nombreux auteurs de notre adolescence. Artikel ne reniera jamais ce qui l'a forgé. D'abord en relatant toutes les couleurs du noir : A.D.G, Agapit, Brussolo, DOA, Manchette, Errer, Geha, Gayraud, Eris... puis les teintes plus rouges, de Gudule à Corsélien en passant par les collections GORE, MANIAC, ANGOISSE.

 

J'ai parlé de fidélité et Artikel n'oublie pas les amis : Coulon, Heylbroeck, Khara, Leroy,Tarvel, Siébert, Vilà, Niogret, Rollet, Didelot. Mais que serions-nous sans les anciens ? Ceux qui nous ont transmis la foi : Malet, Caroff, Pelot, Roussel, San Antonio, Steiner, Limat et tant d'autres. Artikel nous parle aussi de quelques séries incontournables : Mme Atomos, Méphista, Panthéra. Artikel fait un constat sans équivoque : les femmes sont aussi talentueuses que les hommes dans le domaine qui nous intéresse. Ne parlez jamais « d'écriture féminine » avec Artikel sous peine de vous voir infliger une bastonnade ou une flagellation avec des ronces et du barbelé. Les plus sceptiques liront les productions de Luna Beretta et le fanzine Violences pour s'apercevoir que le style n'a pas de sexe (comme les anges).

 

Artikel retrace donc son parcours avec un large sélection d'articles (presque une centaine), l'intégralité de ses textes consacrés à Rivière Blanche, ses futurs projets. Et ne croyez pas que ce livre est une « satisfaction de soi-même » ou une quelconque publication faite par et pour l'auteur. J'ai dit «caractère » et Artikel n'est pas du genre à être satisfait, même de lui. Toute son âme est dirigée vers les autres et surtout envers ceux qui le méritent. Pas de concession avec Artikel. Le noir et le rouge sont à l'honneur et je conseille "Noir sur blanc" pour s'abreuver de chroniques essentielles. Un vaste champ des possibles. Artikel est rusé : il sait qu'on ne pourra suivre son chemin qu'avec humilité. Mais attention, le sentier sera boueux et jonché de caillasses. Un bouquin vital comme le sang qui bouillonne dans nos veines.

 

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Noir sur blanc vu par Serge Rollet

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L’auteur du Dieu sans nom et de Quinze pas vers l’étrange vous parle de mon Noir sur blanc beaucoup mieux que je ne saurais le faire moi-même. Je suis d’autant plus touché par ce superbe article que mon recueil doit être un enfer à chroniquer. Néanmoins, si j’en crois le verdict de Serge, il n’est pas trop désagréable à lire – la preuve arguments à l’appui ci-dessous :

 

Mine de rien, Noël approche, et vous comptez peut-être parmi vos amis, ou pire, dans votre famille, un de ces originaux qui ne se contentent pas de cadeaux ordinaires : les gadgets forcément connectés à la mode leur sont indifférents, eux, ils ne jurent que par les livres. Mais pas n'importe lesquels ! Car ces phénomènes ricanent quand on évoque devant eux le dernier essai polémique dont tous les médias causent, et le sarcasme leur vient aux lèvres à la seule idée des prix littéraires. D'ailleurs, ils possèdent des rayons emplis de bouquins dont vous n'avez jamais entendu parler, qu'ils collectionnent et qu'ils lisent et relisent. Eux, ce qu'ils préfèrent, ce sont les romans noirs, le fantastique et ses dérivés, les horreurs diverses et variées qui faisaient hausser les épaules de nos profs de français, bref, les « mauvais genres » ! Alors, comment trouver le cadeau idéal pour ce genre de marginal qui ne se contente pas d'acheter ce que leur vendent les émissions de télé et les supermarchés de la culture au rabais ?

 

Heureusement, Rivière Blanche est là, qui a eu la bonne idée de publier un recueil des articles, analyses et préfaces d'Artikel Unbekannt ! Derrière ce pseudonyme aussi germanique que nébuleux se cache un directeur de collection avisé, un auteur talentueux, un commentateur sagace et un ami fidèle (et cette dernière qualité, dans ce milieu, n'est pas une évidence.) Mais l'essentiel reste que son livre se révèle une véritable mine de découvertes littéraires dans les genres qui nous intéressent. Grâce à de brèves chroniques, il parvient, sans jamais déflorer l'intrigue des ouvrages analysés, à susciter l'intérêt, la curiosité, voire la convoitise, envers des livres et des collections peu – ou pas du tout – médiatisés. Aidé d'une connaissance étendue des maisons d'édition passées ou contemporaines, l’auteur nous emmène pour une petite balade parmi les collections mythiques comme les fameuses « Angoisse » ou « Gore » chez Fleuve Noir, mais aussi chez des éditeurs plus confidentiels, mais tout aussi passionnés par les genres transgressifs que sont le roman noir, l'épouvante ou le fantastique.

 

La passion : c'est aussi ce qui anime Artikel Unbekannt, une passion dévorante pour les écrivains et les éditeurs qui savent nous mener sur les chemins d'un imaginaire débridé, parfois vénéneux mais toujours stimulants, aux antipodes donc de la soupe standardisée servie au grand public par les marchands des tristes « temples de la culture » que sont les supermarchés spécialisés. Ceux-là ne vous offriront pas la possibilité de découvrir Corsélien, Nécrorian, Justine Niogret ou Luna Beretta. « Noir sur Blanc », si !

 

Offrez ce petit bouquin, et vous n'aurez plus aucun souci à vous faire pour vos prochains cadeaux : l'heureux récipiendaire y trouvera une abondance de titres à lire absolument, et il s'empressera de vous soumettre sa liste de souhaits ! Mais avant de l'offrir, n’oubliez pas l’essentiel : lisez-le ! Même, et surtout si vous vous déclarez allergique aux genres qu'il chérit, et qu'il défend si bien : en particulier la page 66 est un modèle d'explication du « genre » et de la façon de le mettre au service de ses idées, une synthèse qui vaut une cargaison de causeries universitaires, et que tout apprenti-auteur devrait punaiser au-dessus de son clavier.

 

En outre, c'est bien rare si en feuilletant « Noir sur Blanc », vous ne trouvez pas un thème, une approche qui saura éveiller votre curiosité. Et aussi, lisez-le pour le plaisir. Car ce bougre d'Artikel Unbekannt a du style, une patte qu'on apprend vite à reconnaître : un mélange de légèreté, quand il évoque les thèmes souvent difficiles de ses auteurs de prédilection, et de gravité, lorsqu'il défend avec fougue les « mauvais genres » et la littérature dite « populaire » ; le tout assorti d'un enthousiasme communicatif qui ne recule devant rien quand il s'agit de promouvoir les petits éditeurs (encore) indépendants, aidé d'une langue riche et inventive, qui ne rechigne pas à la créativité ni aux jeux de mots. Alors, lisez ce livre, et faites des heureux : c'est moi qui vous l'écris. Noir sur Blanc !

 

Et si les mots de Serge vont ont donné envie d’en savoir davantage, c’est toujours par ici que ça se passe :

 

http://www.riviereblanche.com/hors-series-hs55-noir-sur-blanc.html

 

 

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Sorcière de chair - Sarah Buschmann

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C'est une grande fierté de chroniquer le premier roman de Sarah. J'ai connu cette femme, encore adolescente et innocente, au Manoir du Fantastique. Et quel chemin parcouru depuis ! À force de remise en question, de recherches de style, elle a commencé à se forger un caractère sombre, évocateur et non dénué d'intérêt. À la lecture de ses nouvelles, on devinait déjà l'auteure en devenir, reprenant inlassablement son travail pour en tirer le meilleur (et le pire pour nos prudes lectures). On suppose que son périple en Australie lui a procuré des émerveillements, des craintes dans le bush sauvage et surtout de nombreuses interrogations. Car c'est ce grand et puissant pays insulaire qui est le personnage central de « Sorcière de chair ». De Darwin à Sydney en passant par Melbourne, l'auteure nous emporte dans un tourbillon de meurtres rituels et démoniaques. Et quelle bonne idée d'avoir mélangé le thriller urbain et l'ésotérisme ancestral de l'Australie. On navigue entre l'horreur et la perplexité, le scientifique et la peur primale. Certains pourraient reprocher à Sarah un aspect « bit-lit » à la chose (ou « Young adult » comme je l'ai aperçu dans d'autres articles) mais c'est ne pas savoir lire entre les lignes. Comprendre le tissage subtil de l'intrigue, la destinée et la vengeance, un pouvoir maléfique susceptible d'anéantir une personnalité.

 

L'approche des crimes est déroutante : les victimes se mutilent sous l'emprise de la sorcellerie et par le contrôle de certaines zones du cerveau (mémoire, volonté...). Ici, on n'évoque pas les grimoires et les potions ou d'autres clichés maintes fois décrits. C'est une sorcellerie plus actuelle, de l'Urban fantasy contemporaine dans un pays où les périls sont nombreux. L'écriture est enlevée, mature, documentée sans lourdeurs... et le gore subtil est semé par petites touches dans une enquête où les flashbacks recentrent le vécu de l'inspectrice, son passé et ses difficultés à poser un masque neutre sur un corps meurtri et haineux.

 

Pour ma part, il m'a manqué le côté plus rustique et rural de l'Australie et principalement le désert de Simpson où les sorcières sont enfermées dans une prison. Ce lieu a titillé mon imaginaire et j'espère fortement que la suite de ce livre (et je crois savoir qu'elle existera un jour) se déroulera dans ce décor. Alors, ce futur diptyque prendra plus d'ampleur, de force et d'unité, mêlant la solitude des villes et la virilité des espaces dépeuplés. Sarah aura les tripes pour nous embarquer dans un univers plus glauque qui ne demande qu'à s'accroître.

 

Que dire de mieux ? Pour un premier roman, celui-ci est déjà nominé pour les Prix Masterton et Bob Morane. Ça vous la coupe, hein ? Non, c'est juste un hommage assumé à Sarah qui ne laisse personne indifférent. Même si sa longue jupe cache une jambe de bois sous un moignon de genou gangrené, Sarah est une belle personne. Mais méfiez-vous de son sourire enjôleur, y a de la sorcière là-dessous !

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Bazaar - Stephen King

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Imaginez un antiquaire qui s'installe dans votre patelin. Alléché par la vitrine, vous entrez. Un homme raffiné vous reçoit, vous écoute, devient votre ami ou plutôt un interlocuteur privilégié. Et surtout il connaît vos désirs les plus chers, vos vices les plus enfouis. L'objet de votre passion apparait soudain dans les mains de Leland Gaunt. Pour Brian c'est une carte de 1956 d'un joueur de base-ball dédicacée. Aucun article n'a de prix. C'est la règle ! Il faut marchander... vendre son âme ! Gaunt est le Faust kingien. Et le Bazar des Rêves est sa boutique. Acquérir un objet ne vous coûtera que quelques billets et un mauvais tour à faire à votre voisin. Tacher les draps de Wilma Jerzyck avec de la boue par exemple. Ou encore éviscérer le chien de Nettie avec un tournevis !

Peu à peu la haine se dilue dans Castle Rock. La jalousie enfle, les rancœurs empirent à la satisfaction du maître d’œuvre Gaunt. Des souvenirs douloureux surgissent. Polly et ses mains arthritiques, Pangborn le shérif qui a perdu sa femme et son fils dans un accident, le maire Keaton inculpé de détournement de fonds, Brian amoureux de son orthophoniste... Gaunt a un objet pour chacun.

King prend le temps de poser les pièces sur l'échiquier de Gaunt. La convoitise par les vices prend de l'ampleur chez les nombreux personnages qui peuplent ce pavé de 672 pages. La troisième partie est la conséquence des machinations tissées par Gaunt envers les âmes de Castle Rock. À noter que le shérif Pangborn est celui qui avait mené l'enquête de l'affaire Thad Beaumont dans La Part des Ténèbres. Un roman époustouflant dans sa construction et son déroulement parfait.

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