Noir et rouge, vu par Catherine Robert

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

"Fini ma lecture de Noir et rouge paru aux Editions Rivière blanche en octobre 2016. Une lecture intéressante, plaisante, diversifiée, où l'on a la joie de retrouver toutes les palettes de cet auteur multifacettes. Dans ce recueil se trouve rassemblée l'ensemble des nouvelles parues dans diverses anthologies, augmentée de quelques inédits. Le livre est découpé en quatre parties, où l'on peut s'amuser à essayer de deviner qui d'Artikel ou de Schweinhund est aux commandes.

Slice of death : composée de six récits où la réalité se mélange aux cauchemars.

À mourir de rire : j'y ai bien reconnu le style "halluciné" de l'auteur dont on ne sait pas toujours situer la frontière entre mirages et réalités. C'est assez étouffant. La folie du personnage est bien rendue, tout comme son obsession pour ce rire. On a tous déjà entendu des rires qui nous irritent, on entre bien dans son délire.
Rouge : encore plus halluciné, avec une frontière encore plus floue entre les mondes du réel, du fantasme et de la possession. Là aussi, on étouffe sous les mots. C'est une ambiance quasiment anxiogène, très bien faite. C'est aussi une des raisons pour lesquelles, on ne peut pas lire les textes l'un après l'autre. Une pause est bien nécessaire pour respirer, digérer, et assimiler.
Passé décomposé : une histoire d'amour maudite, sombre, mais à l'atmosphère moins étouffante que les deux premières nouvelles. L'inéluctabilité du destin, et ce qui doit arriver arrivera, de toute façon. J'apprécie cette noirceur.
Jaune : je dois avouer que je ne suis pas sûre d'avoir compris la fin. C'est assez rare quand je lis l'auteur, mais ça m'a un peu laissé une impression plus mitigée, même si j'ai aimé le ton de l'histoire, et ce côté mémoire en fuite qui revient petit à petit, pour le pire.
Retour aux sources : un style moins haché, plus fluide, pour une histoire où j'ai deviné assez vite les dessous. Ce qui n'empêche qu'elle m'a plu, bien sûr. C'est toujours aussi maîtrisé et prenant. Car même dans un style moins cogneur, l'atmosphère reste lourde.
À feu et à sang : celle-là, je l'avais découverte dans "L'almanach des vampires", et je l'avais vraiment beaucoup aimée à l'époque. Je l'ai relue, et je l'apprécie toujours autant. C'est la plus "douce" (si tant est qu'on peut parler de doux pour les récits de l'artiste), la plus sensuelle aussi, de cette première partie. On vit les émotions du protagoniste jusqu'à l'épilogue.

Pulp is not dead : à nouveau six récits, hommages à des auteurs, à des oeuvres. Il m'a été plus difficile d'entrer dans ces nouvelles. Pas à cause du style, impeccable, comme d'habitude. Pas à cause d'histoires que je n'aurais pas comprises, tout est très fluide. Non, cela vient de moi et de mon inculture. Il s'agit de textes "hommages" et malheureusement la plupart des œuvres originelles me sont plus ou moins inconnues. De là, j'ai ressenti une sorte de manque. Compliqué pour moi d'apprécier à leur juste valeur ces six textes.

Dark night : un petit garçon qui fait des cauchemars, un film au cinéma le soir, une rencontre dans les rues ensuite. Une courte histoire, bien écrite, avec une petite chute que je n'ai pas vue venir. Très bien écrite, peut-être un peu courte et rapide. Je ne sais pas trop quoi en dire de plus.
La tension de la stratégie : j'ai préféré ce récit-ci, alors même que je ne connais pas du tout l'oeuvre originelle. Une enquête sur un incendie, un antagoniste d'ailleurs, du suspense, des personnages accrocheurs. Vraiment sympa.
Aliénation : dans celui-là, il y en a quand même un, j'ai vu l'hommage à un film qui reste un de mes préférés. Du coup, contente je suis, mais on s'en fout. En tout cas, j'ai beaucoup apprécié l'histoire de cet androïde un peu dépassé par les événements, certains clins d’œil que j'ai repérés (j'ai dû en louper aussi), la progression de l'intrigue. C'est mon top de cette partie.
Le masque et la marque : cette nouvelle, j'en ai bien sûr apprécié la lecture, mais ne connaissant aucun des personnages extirpés d'autres romans, je n'ai malheureusement pas pu l'apprécier à sa juste valeur. C'est l'exemple type d'histoires où j'ai ressenti le manque dans mes connaissances. Vu cette inculture, je ne peux pas en dire grand chose, juste qu'elle est très bien écrite et très bien menée, et qu'elle devrait plaire aux amateurs des Fleuve noir Angoisse.
Le péril jaune : celle-ci rejoint la précédente. Je ne connais pas les histoires de départ, il me manque donc un truc pour rentrer complètement dedans. Et pareillement à la précédente, elle est pourtant superbement écrite.
Travaux forcés : par contre, ici, malgré, encore une fois, mon ignorance, j'ai pris plus de plaisir. Peut-être grâce à une histoire qui pourrait presque coller à n'importe quel écrivain dont on est fan. Aussi apprécié les petites allusions vers des éditeurs. Bref, elle est amusante.

No future : trois nouvelles pour cette partie-ci. Qui partent vers l'apo ou le catastrophe, dans un style qui emprunte, je dirais, aussi bien à celui d'Artikel qu'à celui de Schweinhund.

- Japon, année zéro : Kiyochi, Kumiko, Kojima, trois jeunes gens ayant fait leurs études ensemble, liés par l'amour et la haine, dans un Japon juste avant Hiroshima. Un trio en route vers un étrange destin. Rondement mené, pour un récit s'extirpant des ruines d'une des pires horreurs commises par l'humanité.
- Angst : dans le Berlin de l'immédiate après-guerre, une histoire mêlant anciens nazis et expériences contre-nature. Comme pour la précédente nouvelle, on plonge dans une période noire de l'histoire pour contempler ses blessures et ses cicatrices. Un beau texte.
- Caïn et la belle : un homme se réveille sans mémoire dans un monde post-apocalyptique. Qui est-il ? D'où vient-il ? Que s'est-il passé ? Une quête vers les souvenirs et la compréhension, puis la rencontre et enfin les réponses. Un beau récit de fin du monde, assez sombre et sans espoir, que j'aime beaucoup.

White trash : un ensemble de quinze nouvelles, dont j'en connaissais déjà plus de la moitié, puisque huit d'entre elles furent publiées à l'origine dans Dimension Trash. La partie plus rouge du recueil. Celle où l'on retrouve Schweinhund dans ses obsessions pour les cauchemars, la folie, l'horreur, ou la violence.

- 1985-1990 : l'auteur compose une ode à une de ses références, la collection Gore du Fleuve noir. Le tout mélangé de folie. Bel hommage.
- La chambre noire : j'en avais découvert une version courte, il y a déjà pas mal de temps. La voici rallongée, mais j'y retrouve toute sa noirceur et sa paranoïa. Encore, le thème de la folie décliné d'une autre manière.
- Légion : une sorte d'incantation folle, sombre, et oppressante, où l'auteur joue avec les mots comme il aime à le faire. Et toujours cette folie sous-jacente.
- Quinze minutes : ici, nulle folie, juste du sale, du trash. Plus direct et cogneur, aussi bien dans l'histoire plus ancrée dans la réalité, que dans le style violent.
- Bon sang ne saurait mentir : dans celui-ci aussi, nous retrouvons la folie, mais dans le style moins halluciné de la précédente, juste la violence, avec un côté un peu décalé qui arrive à faire sourire.
- Löwenacht : une sorte de pamphlet contre le consumérisme, mais avec le style propre à Schweinhund, ça devient autre chose, un récit à nouveau halluciné.
- Profondo nero : celle-ci reste à part pour moi. Je l'ai découverte il y a plus de deux ans, et si ce n'était pas le premier récit de l'auteur que je lisais (le deuxième si je ne me trompe pas), c'est celui qui me l'a vraiment fait découvrir et apprécier. Un récit sombre, où tout se cache dans les détails, où la folie est hallucinée comme pour d'autres textes, mais avec un rapport clair à son origine, à son horreur.
- 2013-2016 : l'autre nouvelle qui se taille une place à part. Lorsque je l'ai découverte dans Dimension Trash, je l'ai beaucoup appréciée, un bel hommage aux auteurs Trash. Mais ce plaisir fut accompagné d'une petite pointe de déception, les derniers auteurs à rejoindre Trash ne s'y trouvaient pas évoqués, faute à une deadline trop juste. L'auteur l'a reprise un peu, et c'est avec joie que je m'y suis retrouvée. Alors merci, ce sont quelques lignes qui m'ont fait extrêmement plaisir.
- Contre-nature : cauchemar de grossesse, très malsain et sombre.
- S.O.S. : un peu de claustrophobie, un peu d'agoraphobie, un peu de phobie tout court, et une promenade dans un New York écrasé par la chaleur, plaisante à suivre.
- Confrontation : beaucoup moins de violence, même si elle reste à l'affût. J'ai bien aimé cette histoire de confrontation avec ses personnages peut-être pas si improbables que ça.
- L'altro inferno : un texte, presque une litanie où s'évoquent la religion, l'enfer, le mal, d'ici et d'ailleurs. Un récit puissant.
- Blutwurst : l'histoire d'un homme à un concert, ou d'un petit garçon, ou d'un fantôme, on choisit, comme on veut, mais c'est sombre et ça fait mal.
- L'oeil du serpent : hommage à Kââ/Corsélien, dans le style à Schweinhund, un mélange de pensées folles et une réalité brute.
- Corps et liens : comme le précédent, un hommage au même auteur. Schweinhund y joue avec les mots, avec délectation, ça donne le résultat habituel, un texte halluciné, étouffant, oppressant, sombre, et malsain, où l'on devine l'histoire par petits coups, petites phrases, et le puzzle se met en place doucement.

Artikel Unbekannt et Schweinhund soumis à la question par Zaroff : une interview menée par Zaroff, auteur Trash des opus "Night Stalker" et "Bayou", où le compositeur du présent recueil se livre (un peu) sur lui-même, ses références, sa façon d'écrire.

Pour conclure, je dirais que "Noir et rouge" est un livre à lire à son aise, parce que le sentiment d'oppression éprouvé sur la plupart des nouvelles invite à une pause. Il faut prendre le temps de digérer les textes, de les assimiler, parfois de passer derrière les mots, pour découvrir le sens caché. Schweinhund/Artikel est un orfèvre qui cisèle chaque phrase, les amenant loin dans la stylistique. C'est parfois ardu, ça donne un résultat étonnant, mais surtout, c'est intense, une façon de procéder que je n'ai encore jamais trouvée chez aucun autre auteur. Ça le met à part, une personnalité littéraire unique, ce qui en fait sa force."

Rappel du lien d'achat chez Rivière Blanche.

Lien vers la chronique d'origine.

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La vague -Boyd Morrison

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Si vous recherchez un bon blockbuster à la 2012, ce livre est pour vous. Un astéroïde tombe dans l'océan Pacifique et déclenche un mega-tsunami dévastateur sur Hawaï. Il affole toutes les statistiques connues à ce jour car la réaction n'est pas comparable à un séisme, reléguant le tsunami de 2004 à un simple pet dans une baignoire. Le personnage principal est Kai Tanaka, le directeur du centre d'alerte Tsunami du Pacifique. En rôles secondaires, sa femme Rachel (directrice d'hôtel), sa fille unique et sa copine, une femme médecin et le frère de Kai.

Avant la première vague, toute cette intrigue nous prend aux tripes et c'est un phénoménal page-turner. Tanaka suit son instinct et déclenche une alerte pour tenter de sauver un million de personnes. On s'aperçoit vite que la plupart des habitants s'en cogne la nouille. Sauf que la vague atteint vingt-cinq mètres de haut ! Inutile de vous dire que votre bouée jaune fluo ne vous sauvera pas. Les immeubles s'écroulent tandis que des rescapés tentent de rejoindre les terres dans un embouteillage indescriptible.

Évidemment, trois autres vagues sont annoncées par les balises placées en haute mer. Et la dernière a des proportions inimaginables. À cet instant, le bouquin commence à devenir répétitif. Les survivants tentent tout pour échapper à un destin fatal. Des actes héroïques contrastent avec la bêtise humaine. Tout tombe dans le caricatural, mais ce type de bouquin est très visuel sans être original. Pourtant, c'est bien écrit et le lecteur y trouvera un plaisir certain en le lisant sur la plage. Tout en jetant un œil inquiet vers la mer. On ne sait jamais !

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Achetez Heca-Tomb. C'est un ordre. Obey !

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Message de The Black Zombie Procession :

"Les romans Heca-Tomb, écrit par le fou Zaroff (auteur des monstrueux ("Night Stalker" et "Bayou"), viennent enfin d'arriver ! C'est du Gore de chez Gore qu'il nous a pondu : extrême, régressif, sans limite et sans concession, ambiance ultra eighties, crapoteux et craspec' à souhait, saupoudré de dérapages porn splatter déments ! Et je rappelle que le roman a un lien avec le nouveau disque de The Black Zombie Procession (IV : Heca-Tomb), la double peine, bam.

Les packs de précommandes vont pouvoir partir tranquillement ! Pour les autres, le pack est toujours disponible sur le www.nastymerch.com (nouveau mini album de BZP + le roman Heca-Tomb + 1 Poster deluxe + 1 Sticker).
Préface du livre par l'immense David Didelot et postface par moi-même pour ce beau p'tit bouquin édité chez Zone 52. Illustration signée Andrei Bouzikov (Toxic Holocaust, Ghoul, Municipal Waste...)."

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Corps et liens, tome 2 - Kââ/Corsélien

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Corps et liens, tome 2, de Kââ/Corsélien.

 

« Tome 2 », oui. Car un seul volume ne suffisait pas. Ce projet a donc dès le début été conçu comme un tout. Une somme qui comprendrait l’intégralité des six romans d’horreur que Pascal Marignac destinait à l’origine aux collections Gore et Maniac. Or si pour les trois premiers, le plan s’est déroulé sans accroc, la suite a hélas été beaucoup moins simple. Entre changements d’éditeurs et de pseudonymes, cessation d’activité et interruption de collections, Dîner de têtes faillit bien ne jamais voir le jour. Mais cette histoire, je l’ai déjà racontée.

 

Ce que je n’ai pas encore dit, en revanche, c’est à quel point ma première lecture de Voyage au bout du jour a été déterminante. À l’époque où j’ai découvert ce roman, j’avais déjà lu les Gore de Corsélien. J’avais rencontré les loups-cerviers de L’État des plaies, les moines fous de Bruit crissant du rasoir sur les os et le lance-flammes de Retour au bal, à Dalstein. Je savais donc déjà que Pascal Marignac avait quelque chose que les autres auteurs n’avaient pas. Notamment cette faculté stupéfiante de présenter des personnages ordinaires qui, confrontés au Mal, vont peu à peu sombrer dans la folie pure pour faire corps avec lui.

 

Mais à l’époque où j’ai découvert le troisième titre de la collection Maniac, j’ignorais que Béhémoth était Corsélien. De même que je n’avais pas encore fait le lien avec Kââ. Et quand un an après avoir survécu au cauchemar tentaculaire de Béhémoth, j’ai réalisé en lisant mon premier Kââ que l’auteur de tous ces livres était un seul et même homme, je me souviens avoir pensé quelque chose comme : « Ouf. S’ils ne sont qu’un, ça devrait aller ». Parce qu’avec trois loups de ce – gros – calibre dans mon poulailler mental, je ne me serais pas senti de taille à lutter. Avec Corsélien, Béhémoth et Kââ, la lune était tombée trois fois de suite dans le caniveau, et la bougresse en avait foutu partout. Trois pseudonymes pour mieux laisser bronzer les cadavres et les éparpiller façon puzzle : je n’en menais pas large.

 

Aujourd’hui, après avoir relu une nouvelle fois les six romans d’horreur de Pascal Marignac, mon état s’est amélioré. Je suis un peu plus calme. « Calme », face à une œuvre aussi épouvantable, ça peut paraître curieux. Mais comme il s’agit là d’un des adjectifs favoris de l’auteur, son usage ici me semble assez justifié. Surtout que pour moi, ce n’est pas « le calme avant la tempête », mais après. La tempête, c’était le décès prématuré de Pascal, le long vide noir ensuite, et tous ses livres presque introuvables. Désormais, j’y vois plus clair.

 

J’ai l’impression de mieux connaître la personne dissimulée derrière les pseudonymes. Deux phrases extraites de Lésions irréparables me paraissent notamment très éclairantes. Quand, chapitre 8, Naïk s’adresse à Markus et lui demande : « Vous sondez l’horreur, n’est-ce pas ? Avec la volonté de l’extraire ? C’est cela ? » puis, chapitre 10, quand elle lui confesse : « Je suis une cicatrice ». Là se trouve la signature de Corsélien. À ce moment précis, l’auteur regarde son lecteur dans les yeux. Il s’incarne dans son personnage, le marque de son empreinte. Une véritable valeur ajoutée, qui prouve s’il en était besoin que ce n’est pas parce qu’on œuvre dans des genres dits « populaires » qu’on doit produire de la littérature au rabais. Une valeur ajoutée parmi beaucoup d’autres, que vous pouvez retrouver dans le deuxième tome de Corps et liens, disponible depuis le 1er décembre 2016 chez Rivière Blanche.

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 183, novembre / décembre 2016.

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Concours pour gagner un pack "Heca-Tomb" !

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Pour fêter la sortie du package Heca-Tomb, j'organise un jeu-concours pour faire gagner un pack CD et roman dédicacé par Samy Nasty (Black Zombie Procession) et Zaroff. Ce concours est uniquement réservé aux membres du forum de L'Écritoire des Ombres. Les invités désirant participer à ce concours devront impérativement s'inscrire sur notre forum.

Ce concours se tiendra du 15 au 31 janvier minuit. Vous devrez répondre à un questionnaire de dix questions. Parmi les bonnes réponses (10/10 bien évidemment), un tirage au sort sera effectué et le nom du gagnant sera révélé le 1er février. Ne comptez pas sur un favoritisme quelconque. Ma main sera vierge et impartiale.

Les participants devront m'adresser leurs réponses par message privé uniquement. Je souhaite bonne chance à tous. Prière de m'envoyer vos réponses à partir du 15 janvier et non avant !

Toutes les infos ici...

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Heca-Tomb : précommandes

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Les posters BZP viennent d'arriver, version deluxe, format A3, ils seront offerts dans le package CD+ Livre Heca-Tomb (et un sticker).

Les précommandes seront lancées le 16 janvier, elles comprennent le CD + le roman gore éponyme + 1 poster + 1 sticker (Everyday Is Like Sunday Records / Zone 51 Éditions). La version LP sera dispo début février, sans le roman (les Productions de l’Impossible Rds). Toutes les infos sur www.likesunday.com.

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Une camionnette qui servait de volière - Brice Tarvel

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Lire du Brice Tarvel est toujours un délice. Et encore plus lorsqu'il aborde le post-apo. Transposez Tchernobyl à Courpigny et vous obtiendrez un récit dense, burlesque et surréaliste. Du Brussolo avec de la poésie. Le Chaudron, une centrale nucléaire, a foutu la merde un beau jour. Les survivants se démerdent comme ils peuvent avec les moyens du bord. L'auteur brosse un décor misérable avec des personnages merdeux et attachants. La petite Zuzu dont les cheveux poussent plus vite d'un côté, le gros Gobe-Mouche vivant dans une péniche bancale, le vieux Kadou et sa camionnette déglinguée, les Xylolâtres adorateurs des arbres et des buissons, les Scruts qui surveillent ce monde en perdition à bord de dirigeables, Nanachina une droïde coupée en deux qui sert de vide-couilles à Kadou... et d'autres choses qui amènent de l'ampleur au récit : des insectes hallucinogènes, des roseaux qui sifflotent du Beatles, des hommes-taupes, des crève-béton.

 

C'est pourquoi je pense aussitôt à du Boris Vian qui se serait accouplé avec Brussolo ! Un merveilleux bouquin paru chez OVNI au style pouvant rappeler l'excellent « Dépression » d'un certain François Sarkel. On suppose que l'intrigue se passe en France, mais on ne sait pas où ni quand... et, croyez-moi, ça n'a guère d'importance tant l'histoire nous embarque comme jamais. Ce bouquin pourrait être adapté par un Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro pour son scénario très visuel et fantastico-rural. Et en bonus, l'auteur nous gratifie une nouvelle intitulée « Enfin L'Apocalypse », la cerise sur le gâteau pour ce bon petit bouquin. Mention spéciale pour la photographie de couverture par J.C Claeys qui illustre parfaitement l'atmosphère de ce roman.

 

Lien d'achat.

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Jugan - Jérôme Leroy

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La jeune fille et le monstre : Jugan, de Jérôme Leroy.

 

De l’art de varier les plaisirs en surprenant ses lecteurs. Après l’extraordinaire diptyque Le bloc-L’ange gardien, Jérôme Leroy était attendu de pied ferme, avec un sacré défi à relever s’il choisissait de persister dans un registre similaire. Mais l’homme n’a pas les deux pieds dans le même sabot et, tel le sniper du roman noir qu’il est, il aime changer son fusil d’épaule afin de mieux toucher sa cible au coeur. Ce qu’il prouve ici en s’inspirant d’un roman de Barbey d’Aurevilly, pour livrer une histoire d’amour/à mort aux allures de tragédie sociale.

 

Car Jugan dépasse le cadre du simple fait divers. Largement. Mieux, ce cadre, Jérôme Leroy le fait voler en éclats. Grâce à une alternance de violence et de douceur qui n’appartient qu’à lui, l’auteur convoque petite et grande histoire et les mêle de façon si intime qu’il devient presque impossible de les séparer. En tout cas, son narrateur n’en est pas capable. Il faut dire que cette histoire, grande ou petite, a changé sa vie. Au point qu’elle hante encore ses rêves des années plus tard. Au point que ces rêves lui manqueraient s’ils venaient à disparaître…

 

Mais Joël Jugan n’est pas de ceux que l’on oublie. Surtout après ce séjour en prison qui l’a transformé en monstre « d’un point de vue physique comme moral ». Aurait-il exercé une telle emprise sur la belle Assia à l’époque du groupe Action Rouge ? Difficile à dire. Cependant, une chose est certaine : leur relation n’aurait pas pris une telle tournure avant. Car Jugan a beaucoup changé. Certes, il n’a jamais été un tendre : partisan de la lutte armée, il a fait couler le sang sans hésiter. Celui de ses adversaires comme celui de ses partisans.

 

Or on lui a fait payer cette radicalité. Avec les intérêts. Son visage n’est plus qu’une plaie. Alors quand l’ancien terroriste revient à Noirbourg après sa libération, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Et chacun se demande quelles sont ses intentions. Entend-il réactiver Action Rouge ? A-t-il d’autres projets ? Parviendra-t-il à faire profil bas ? Ce que Joël Jugan veut à sa sortie de prison, sans doute ne le sait-il pas lui-même. Du moins pas encore. Car tout bascule à partir du moment où il croise la route d’Assia Rafa.

 

Assia la courageuse, qui aide son père Samir à tenir sa petite supérette tout en poursuivant ses études. Assia « l’intello », qui a eu son bac et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Assia la pure, qui n’a encore jamais cédé aux avances des garçons. Jusqu’au jour où elle rencontre « le monstre ». Monstre qui prend aussitôt un fantastique ascendant sur la jeune femme, et ne tarde guère à lui infliger souillures et humiliations, pour l’entraîner au bout de son infernale logique de destruction. Car Joël et Assia, c’est à la vie, mais surtout à la mort.

 

C’est en ça que Jugan est un roman aussi puissant que désespérant. Quand l’incarnation vivante d’une intégration réussie se trouve confrontée à un ex-militant d’extrême-gauche appliquant la politique de la terre brûlée de façon proprement diabolique (pour citer le titre d’un autre roman de Barbey d’Aurevilly), on peut même parler d’ironie effroyable. Et ce n’est pas le court chapitre final qui change quoi que ce soit. Si le narrateur a réussi à tourner la page en fondant une famille, celle d’Assia a fondu comme neige au soleil. Quant à Jugan, il est en enfer. D’où sans doute l’arrière-goût de cendres laissé par ce terrible roman.

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 178, janvier / février 2016.

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