La tête en noir

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La tête en noir

Trente ans dans le Noir

Grâce à la louable initiative d’un de ses contributeurs, le plus vieux fanzine français consacré au Polar vient d’apparaître sur certain réseau social bien connu. Et c’est un petit événement. En effet, les « Grands Anciens » de La Tête En Noir ont débuté leurs coupables activités en… 1984 ! Au commencement étaient les seuls Jean-Paul Guéry et Gérard Berthelot. Trente-deux ans plus tard, La Tête En Noir compte douze rédacteurs et deux illustrateurs. Un tel parcours, unique dans l’histoire du fanzinat français, a valeur d’exemple, et cette longévité paraît incroyable. Mais si La Tête En Noir fait depuis des années autorité sur le plan national, elle a évolué avec son temps tout en demeurant fidèle à ses principes (comme quoi c’est possible, messieurs les politiques). Ainsi le petit bimestriel angevin a-t-il su rester aussi ouvert que constant, ce qui lui a permis de devenir grand et d’atteindre aujourd’hui les 179 numéros.

Et à qui profite le crime ? Aux lecteurs et aux auteurs, et seulement à eux. Car La Tête En Noir a toujours été gratuite. Même quand elle accueille les suppléments « La tête en rose » de Michel Amelin, dédié au roman Policier sentimental et/ou « La tête et l’histoire » de Claude Mesplède, qui aborde les littératures Noires sous un angle historique. Même depuis que le fanzine est passé de douze à seize pages. Jean-Paul Guéry a en effet décidé courant 2013 d’intégrer quatre chroniqueurs supplémentaires à son équipe. Et il a donné carte blanche à deux d’entre eux pour mettre un peu de rouge dans son Noir. C’est ainsi que le Politburo de TRASH Éditions a eu l'honneur d'être chaleureusement accueilli au sein de La Tête En Noir. Voilà donc bientôt trois ans que Julien H. et moi-même cheminons aux côtés de la fin fleur des « polardeux ». Non sans une certaine fierté, disons-le tout net.

D’aucuns ont peut-être pensé qu’une telle « greffe » avait quelque chose d’incongru. Mais ce serait oublier que les ouvrages d’Ann Radcliffe étaient considérés à l’origine comme des « romans noirs ». Vinrent ensuite le Dupin d’Edgar Poe, le Carnacki de William Hope Hodgson, le John Silence d’Algernon Blackwood, le Harry Dickson de Jean Ray, le mystère à la manière d’Edgar Wallace et le mélange des genres à l’œuvre au sein de la mythique collection Angoisse. Puis, plus près de nous, les thrillers fantastiques et/ou horrifiques de Dean Koontz, Serge Brussolo, Jean-Christophe Grangé ou Michael Marshall. Sans compter bien sûr les illustres transfuges de Spécial-Police qui alimentèrent avec gourmandise la collection Gore (Jean Mazarin/Nécrorian, Kââ/Corsélien, Joël Houssin, Éric Verteuil…).

Tout ceci pour dire que le Polar, le Fantastique et l’Horreur ne sont que des branches d’un seul arbre, et partagent les mêmes racines. Ce qu’en toute modestie mon « partner in crime » Trashien et moi aimons rappeler aux lecteurs de La Tête En Noir. À eux de vérifier s’ils le souhaitent, grâce à cette fréquentation alternative de nos « mauvais genres » de prédilection, combien la frontière qui les sépare est parfois poreuse… Alors, « la peur du Noir » ou « le sang c’est la vie » ? Pourquoi choisir entre deux étapes d’un même processus ? Car tout ne se résume-t-il pas en définitive à un cri(me) dans la nuit ? Mais je m’éloigne du sujet. Ou pas. Quoiqu’il en soit, bravo et merci à Jean-Paul Guéry et à ses fidèles collaborateurs pour l’exceptionnel travail (au noir ?) accompli durant toutes ces années. En espérant qu’ils continueront le plus longtemps possible à porter aux nues le drapeau (du) Noir !

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Lettres mortes - Shaun Hutson

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Lettres mortes - Shaun Hutson

Je vous préviens les gars, je ne vais pas avoir un avis objectif. Je suis un addict de Shaun depuis longtemps. Son roman "Les larvoïdes" m'avait laissé sur le cul. La preuve, c'est que j'ai chroniqué ce gusse de nombreuses fois : ici. On peut déplorer qu'il ne soit guère publié chez nous. Pourtant, son œuvre est diverse. Hormis ses romans gore, cet auteur anglais a novélisé des films de la Hammer (Twins of Evil, The revenge of Frankenstein, X The Unknow), des bouquins de guerre sous le pseudo de Wolf Kruger ( Blood & Honour, Sledgehammer, Convoy of Steel, Forged in Fire...), des westerns sous le nom de Samuel P. Bishop, des histoires d'extra-terrestres sous la patronyme de Frank Taylor, des audio books, livres de jeunesse (Midnight Library).

Bragelonne a eu le mérite de publier des traductions intégrales et, comme le regretté Daniel Riche, je préfère de loin les versions écourtées de la collection GORE. "Lettres mortes" est d'un ton assez caricatural. Les personnages sont esquissés, comme ce lieutenant de New Scotland Yard chargé d'enquêter sur des crimes atroces perpétrés dans le milieu de l'édition. On se croirait presque dans "Le mystère de la chambre jaune" car les meurtres ont lieu dans des pièces fermées de l'intérieur. Contrairement à Gaston Leroux, Hutson ajoute sa signature fantastique. Une auteure, Megan hunter, publie un livre sur le mentor de Dante dont sa théorie sur la création lui apporta les foudres de l'Église. En gros, un artiste serait capable d'évoluer et d'exister dans les univers imaginés et de concrétiser le fictif. D'une enquête parsemée de scène trashy, on tombe dans un final digne d'un Stephen King. C'est un bouquin sympatoche qui se lit vite, malgré ses 88 chapitres et on ne lui demande rien de plus. Hutson procure du divertissement et c'est tout à son honneur.

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Trash et style

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Trash et style

Cette série d’articles était censée s’arrêter avec le précédent. Cependant, il semble que ces billets n’ont pas été jugés intéressants par certains, si j’en crois les quelques retours obtenus. Et comme je suis un garçon bien élevé, j’ai pour habitude de répondre quand on me parle. Surtout quand j’estime que le discours de mon interlocuteur est pertinent. Alors merci à mes camarades de L’Écritoire Des Ombres, sans lesquels ce qui suit n’aurait pas existé.

L’un d’entre eux a émis, entre autres observations fondées, certaines remarques quant au style (très) voyant et aux jeux de mots (trop) fréquents dans Bloodfist. Et il a bien fait. Ainsi que je le disais dans un précédent article, ce sont là deux aspects sur lesquels le chien-porc devra travailler si d'aventure je décide de le faire ressortir de sa niche-bauge. Les avis au sujet de mon bouquin ont précisément été partagés pour ces raisons-là. Mais on ne s’attendait pas non plus à faire l’unanimité en proposant un roman de ce genre.

Et puis, les polémiques, quand on a choisi un pseudo comme Schweinhund et qu'on écrit pour TRASH Éditions, j'ai envie de dire qu'il vaut mieux savoir y faire face. Je n'ai donc aucun problème avec ça. Au contraire, je pense que tout ce qui fait parler de la collection est bon à prendre. Et j'adore échanger avec nos lecteurs, en particulier avec ceux qui prennent la peine de développer des avis aussi objectifs que constructifs. D’autant plus quand lesdits avis, malgré quelques bémols, contiennent le mot « virtuose » et se concluent par « bravo ».

Cela étant, comme cette intéressante question du style continue à faire débat et, tel un serpent de mer taquin, refait souvent surface, voilà quelques précisions complémentaires. Nécrorian avait dit que nos trois premiers romans étaient « trop bien écrits ». Mais cette phrase visait sans doute plus particulièrement le mien, qu'il avait estimé « très difficile à juger ». Ce que je conçois fort bien. En effet, la grille de lecture appliquée par le Maître avait été celle de la littérature dite « populaire ». Je crois donc qu'il faut comprendre ce « trop bien écrit » comme « trop bien écrit pour une forme de littérature qui vise avant tout l’immédiateté ».

Peut-être avions-nous aussi insisté trop lourdement sur notre filiation avec la collection Gore, alors qu'elle n'était pas notre seule influence, loin s'en faut. Dès lors, Nécrorian s'attendait sans doute davantage à un prolongement, plutôt qu'à une variation très libre sur le thème. Il a par conséquent été un peu surpris, et s'est senti plus à l'aise avec le roman de Zaroff, qui répondait mieux selon lui aux canons du genre. Et il avait tout à fait raison sur ce point. Il n'en reste pas moins que Bloodfist peut, malgré sa forme un peu « bizarre », être considéré comme une sorte de Polar malsain, ce qu'il est en partie, d'ailleurs. Mais même dans ce cas, on en revient aux propos d'origine : un bon Polar doit être fluide, et sa lecture ne doit pas être hachée.

En conclusion, si je suis vraiment heureux que mes expériences formelles aient rencontré quelques échos positifs, je le suis tout autant quand je constate que ces tentatives n'ont pas nui au rythme de la lecture. En effet, si j'entendais bien proposer un roman inconfortable, je ne voulais pas pour autant qu'il en devienne désagréable à lire. Difficile de trouver le juste équilibre. Certes, je tiens à satisfaire ceux pour qui le style est essentiel, mais je ne veux pas non plus ne m'adresser qu'à eux et perdre une partie du lectorat en cours de route. Là se trouvera le principal enjeu de mon éventuel deuxième roman. Car même si j’ai longtemps considéré le Schweinhund comme un « one shot », j’ai signé depuis Bloodfist quelques bricoles sous ce pseudo. Alors peut-être qu’il y en aura d’autres…

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Les enfants du néant - Olivier Descosse

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Les enfants du néant - Olivier Descosse

Premier bouquin que je lis de cet auteur, écrivain et avocat. Ma foi, j'ai été agréablement surpris. Moins lourd qu'un Bernard Minier et moins fouillé qu'un Maxime Chattam. En gros, c'est un bon compromis pour s'assurer la lecture d'un thriller vif et divertissant. Point de vue des personnages, on reste dans les codes : flic au passé trouble, jeune femme policière pour l'aider. On navigue entre Grenoble, Paris et Avignon où des ados sont massacrés.

L'enquête démontre que les victimes ont des personnalités obscures (prostitution, drogue, satanisme...) et que les meurtres sont liés à certains films. Il est marrant de voir que l'auteur parle explicitement du site Horreur.com où certains protagonistes surfaient pour assouvir leurs pulsions meurtrières. Je peux vous assurer qu'un adepte du gore va sur des sites plus "pertinents" que celui-ci. Là-dessus, je pense que l'auteur s'est planté. Il ne faut jamais évoquer un domaine qu'on ne maîtrise pas totalement. Ok, je fais mon chieur, mais je tenais à le dire. Hormis ce problème de fond, ce thriller est un bon page-turner. Les rebondissements sont nombreux, on navigue dans la petite bourgeoisie de province, le satanisme (le personnage de Bafamal est trop vite brossé par contre), la religion, les zonards... Le flic est un ancien psychanalyste et se tortille dans de fumeuses théories pour démasquer ce cross killer (tueur en série mobile) jusqu'au dénouement qui parvient à nous surprendre.

Un thriller bien brossé, une écriture fluide et concise, des scènes horribles soft, un peu de sexe (juste une fin de chapitre) ; c'est un roman qui pourra convenir à un lectorat large et qui fait le boulot. Je vais encore lire du Descosse pour voir si mon impression optimiste se confirme.

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