L'armée des veilleurs - Jérôme Nédélec

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Critique « L'armée des veilleurs », de Jérôme Nédélec, aux éditions Stéphane Batigne.

 

 

Une fois n'est pas coutume sur le fabuleux blog du non moins mirifique collectif ZLL, je vais vous rendre compte d'un roman historique. D'abord parce que j'ai eu la chance de rencontrer l'auteur des « Frontières liquides » dans le cadre somptueux du Salon du livre du château de Comper, à Brocéliande, et que nous avons pu échanger de façon très sympathique. Ensuite, parce que cette conversation m'a suffisamment intrigué pour que je décide de lire ce premier tome d'une future trilogie, intitulée « L'Armée des veilleurs ».

 

Nous sommes donc au IXè siècle, la Bretagne est en plein conflit de succession, et ses frontières à l'est sont menacées par l'ambition des rois Francs. Pourtant, le danger actuel vient de la mer : les redoutables Hommes du Nord, les Vikings, projettent de faire main basse sur l'Armorique affaiblie. Au lieu de nous conter l'affaire d'un point de vue omniscient, géostratégique, Jérôme Nédélec prend le parti de nous immerger aux côtés de la piétaille. Plus exactement, de deux personnages loin des nobles cours et des politiciens. Il s'agit d'un guerrier viking, qui commence à se poser des questions sur le sens de sa vie, et d'un jeune soldat breton chargé, avec une poignée d'hommes, de protéger un gué stratégique vital pour les deux partis.

 

 

 

 

Les chapitres alternent donc entre les deux points de vue, ce qui a l'avantage de rendre la lecture rapide et rythmée. Autre élément très moderne dans le récit, qui rapproche les personnages du lecteur, c'est le choix du langage, et l'humour délibéré de certaines répliques. Jérôme Nédélec a fait le pari audacieux de bannir les archaïsmes trop fréquents, tout en restant rigoureux dans la description du contexte historique. Du point de vue de l'écriture, c'est un pari difficile, et Jérôme s'en sort à la perfection : on se prend à sourire de certains réflexions et dialogues, et ainsi à éprouver de la sympathie pour les protagonistes, un peu comme dans la série « Kaamelot ».

 

« Les frontières liquides » se révèle donc un très bon roman historique, à la fois original dans son traitement formel, et sérieux et abouti quant à son contexte. Mais pas seulement ! Car vous vous doutez bien que sur ce blog consacré aux littératures de (mauvais) genres, on allait bien trouver un petit quelque chose se rapportant à nos prédilections coupables !

 

En effet, la trilogie de Jérôme Nédélec comporte une autre dimension, une ouverture vers la fantasy. Mais pas l'heroic-fantasy habituelle que l'on trouve à tous les coins de librairie, à base de resucées faciles de Tolkien, pleine de trolls et de dragons qui servent surtout de deus ex machina à des auteurs convaincus que l'imitation des grands anciens tient lieu de talent et dispense de recherches. Il s'agit plutôt d'un subtil glissement vers le surnaturel, en compagnie des interventions, au fil des chapitres, d'un autre personnage , différent des deux héros déjà évoqués. Une petite fille mystérieuse, dont nous découvrons les pensées intimes qui nous incitent à songer qu'elle est bien plus qu'une gamine adoptée par un couple de commerçants itinérants. En effet, entre les passages narratifs, nous nous retrouvons immergés dans les méditations de ce personnage étrange, et tout l'art de Jérôme Nédélec consiste à nous suggérer des développements surprenants, à distiller des informations qui nous poussent à tourner les pages avec gourmandise !

 

Dernières nouvelles du front : Trinox, nouvelle émanation des éditions Stéphane Batigne, vient de publier le deuxième tome intitulé « Les forêts combattantes ». Je vous en livrerai la chronique dans quelque temps, mais je gage déjà qu'elle sera enthousiaste !

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Le syndrome du varan - Justine Niogret

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Parental advisory : explicit content : Le syndrome du varan, de Justine Niogret

 

 

 

 

Justine Niogret considère que Le syndrome du varan est son meilleur livre. Elle le dit très calmement, d’une voix égale, comme elle proposerait du thé ou du café. Et elle ne balance pas en plus des phrases comme : « Fais gaffe, jusqu’ici c’était qu’un échauffement » ou : « Maintenant, ça rigole plus : tu vas prendre cher ». Non, elle ne fait pas ça. Pas besoin. Déjà, l’autrice dont il est ici question n’est pas réputée pour survendre son travail en en faisant des caisses. Ensuite, aucun de ses précédents ouvrages n’est du genre à laisser indifférent.

 

Et pourtant… Et pourtant, après lecture de ce fameux roman, force est de constater… qu’elle avait raison. Non, sa mise en garde introductive aux allures de sentence sans appel n’est pas exagérée. Et oui, Le syndrome du varan est sans doute son meilleur livre. Mais c’est aussi, dans le même temps, celui dont il est le plus difficile de parler. Justine dit qu’en général elle a assez peu de retours de son lectorat. Et c’est vrai aussi. En particulier pour ce roman.

 

Mais moi ça ne m’étonne pas. Parce que ce livre l’est, particulier. Parce que « Meilleur », ça signifie dans le cas présent : plus fort, plus dur, plus violent, plus douloureux, plus âpre, plus malaisant – j’en passe et pas forcément des plus légers. « Meilleur », ça veut dire te faire passer l’envie de faire le malin et jouer au héros. À jamais. Et puis, le varan, c’est un animal très spécial. Surtout quand comme ici il t’arrache les mots de la bouche. Et qu’il ne les rend pas. Le varan, il est longtemps resté là sans rien dire et sans bouger, à en prendre plein la gueule.

 

Donc maintenant qu’il a réussi à crever sa gangue, c’est pas pour venir te proposer un bain de boue tiédasse. Maintenant, il l’ouvre, sa gueule. Et ce qu’il rend, c’est les coups. Alors c’est toi qui commences à te transformer en varan. À accuser le(s) coup(s). À ne plus trop savoir comment tu t’appelles. Ni comment s’appelle ce que tu es en train de lire. S’agit-il d’un roman ? D’un essai ? D’un témoignage ? D’une autofiction ? Demande à l’autrice si tu l’oses. Pour ma part, j’ai pris le flacon pleine tête ; j’ai pas eu le temps de regarder l’étiquette.

 

Mais ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est que ce livre est bouleversant. Parce que ce n’est pas seulement le récit d’une enfance brisée – ce qui serait déjà beaucoup. C’est aussi le journal d’une survie. D’une survie malgré eux, malgré soi-même, une survie envers et contre tout, avec en filigrane les prémisses d’une possible reconstruction. Ce qui compte, c’est que l’expérience va être choquante. Très. Mais elle sera émouvante. Très aussi. Et bien sûr c’est la rencontre des deux qui constitue le sel versé sur ces blessures mises en partage.

 

On a beau s’y attendre, on a beau être prévenu, on a beau avoir une petite expérience en matière de littérature qui fait mal, le varan sera toujours plus fort que toi. Parce que justement, le varan, ce n’est pas que de la littérature. Et il a fallu qu’il le soit, fort, pour résister à cette génitrice vipérine folle à tuer, à cet inséminateur dégueulasse à vomir, à tous ceux qui ont vu mais n’ont rien fait, à tous ceux qui ont su et ont voulu en profiter, à toute une société plus ou moins complice, organisée pour marcher au pas sur la tête du varan. Et l’écraser.

 

Dans le fond, Le syndrome du varan m’a d’abord appris qu’une de mes autrices préférées était aussi une de mes personnes préférées. Je m’en doutais un peu, mais là ça a le mérite d’être clair. Next. Puis il m’a rappelé à quel point la réalité éclatait la fiction. À mains nues. Dans la forme, le Fantastique n’aura décidément jamais sur moi l’impact tétanisant de la vérité nue et brute. Quant au Gore, s’il reste un outil bien pratique, ce roman apporte la preuve qu’on peut aller beaucoup plus loin – et faire beaucoup plus mal – sans y avoir recours.

 

Enfin – et surtout – Justine Niogret elle-même a trouvé le moyen de rendre cette affaire encore plus personnelle. Genre au cas où ça ne suffisait pas, en plus je vais te mettre mon poing final à la ligne. Ҫa ne tombe pas sous le sens et ça ne va pas forcément de pair, pourtant… Pourtant, je ne vois pas comment conclure autrement. Alors voilà : le varan a d’excellentes raisons de prétendre que les héro-ïne-s, ça n’existe pas. Soit. Pour ma part, j’estime qu’il existe au moins une exception – et c’est le varan lui-même qui m’a donné son nom.

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Longue marche et grande traque - Richard Bachman

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Concernant l’œuvre de Stephen King, j'ai une admiration pour les romans signés Bachman. Ils sont plus secs, nerveux, moins épais et le style de jeunesse de King est nettement différent comme si l'instinct prenait le dessus sur la réflexion. On va s'intéresser sur deux romans d'anticipation mettant en scène deux hommes jeunes : Ben Richards (28 ans) et Ray Garraty (16 ans). Marche ou crève fut achevé durant l'année scolaire 66/67 lorsque King était encore étudiant universitaire et publié en 1979. Cent jeunes hommes impliqués dans une marche sélective encadrée par des militaires. Moins de 6 km/h et c'est un avertissement. Celui-ci s'annule après une heure de marche sans rappel à l'ordre. Trois avertissements et le marcheur incriminé est abattu. Le gagnant final (et donc l'unique rescapé) recevra ce qu'il désire jusqu'à la fin de ses jours. L'action est entrecoupée par les monologues internes de Garraty, les hommes deviennent des fauves apeurés, le temps se fond dans un magma informe et dénué de repères. Toutes les limites humaines s'acheminent vers les frontières de la folie. La réalité s'efface peu à peu vers une âme commune mise à nu et à mort. C'est un roman terrifiant au destin inéluctable.

 

On retrouve plus d'ironie et de cynisme dans Running Man (1982) où le pays est contrôlé par le Réseau et sa télévision obligatoire, le Libertel. Les programmes diffusés sont des jeux morbides et les téléspectateurs peuvent cracher leur haine, dénoncer et même tuer les fugitifs. Tout ceci pour occulter les classes sociales misérables qui vivent dans des taudis puants et dont la pollution rythme les décès, à grand renfort de statistiques tronquées. Nous sommes proches d'un univers imaginé par Orwell : 1984. Pour guérir sa petite fille de dix-huit mois atteinte d'une pneumonie, Richards intègre « La grande traque » après une sélection impitoyable. Il doit survivre durant un mois tout en postant deux vidéos chaque jour sous peine de perdre ses primes quotidiennes. Tous les coups sont permis pour le dénoncer, l'abattre, le reconnaître. Mais Richards est un homme intelligent, sachant bluffer et tromper ses ennemis. Nous assistons également aux tromperies de la télé-réalité qui présente sa femme comme une vulgaire clocharde. Les visages sont retouchés et tout est fait pour attiser la haine du grand public envers l'homme traqué. Une fois encore, le destin du personnage central sera implacable.

 

Il faut se jeter sur ces deux romans pour les intrigues efficaces et concises. Les histoires se déroulent en temps réel, un compte à rebours infernal et la lente agonie d'un homme contre une autocratie démoniaque et perfide. Assurément, ce sont deux livres à part dans la constellation kingienne. Et peut-être les meilleurs... Pour l'anecdote, Ben Richards se retrouve à Derry lors de sa fuite. Heureusement, pas de clown à la con à l'horizon ! Juste des chasseurs et les médias.

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Entretien avec Emmanuel Neuman

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(Photographie fournie par E. Neuman)

 

 

 

Pour commencer, une présentation : qui est Emmanuel Neuman ? Un aventurier intergalactique, un homme politique qui se cache derrière un pseudonyme, un ET venu faire de l'intox, ou une I.A. en vacances ?

 

Qui suis-je ? Mince, tu commences par la question sans doute la plus compliquée de toutes ! Je ne suis rien de tout ce que tu énumères, ça c’est sûr : trop peureux pour être aventurier, trop honnête pour faire de la politique, trop terre-à-terre pour être extra-terrestre et trop riche en carbone pour faire une IA en silicium. Pour le reste, je n’ai pas beaucoup de certitudes et mon psy non plus d’ailleurs. Après vingt-cinq ans de suivi aux frais de la Sécurité sociale, il a pris sa retraite récemment en me disant que j’étais le plus gros échec de sa carrière et qu’il souhaitait bonne chance au pauvre gars qui prendrait sa suite pour s’occuper de moi...  Nan, je blague ! Bon, pour ne pas esquiver complètement ta question par une pirouette, je dirai simplement qu’Emmanuel Neuman est un pseudonyme. Neuman, autrement dit l’ homme nouveau : on me demande à chaque fois pourquoi ce pseudo. Alors je vais te livrer la réponse en exclusivité mondiale : c’est un clin d’œil à un texte de Claudel. Plus personne ne lit Paulo aujourd’hui, surtout pas les amateurs de SF, et c’est bien dommage, parce qu’il savait écrire, le bougre ! Donc sa pièce Tête d’Or commence par cette tirade, qui a inspiré mon pseudonyme : « Me voici, Imbécile, ignorant, Homme nouveau devant les choses inconnues. Je tourne la face vers l’Année et l’arche pluvieuse, j’ai plein mon cœur d’ennui ! Je ne sais rien et je ne peux rien. Que dire ? que faire ? À quoi emploierai-je ces mains qui pendent ? ces pieds qui m’emmènent comme les songes ? Tout ce qu’on dit, et la raison des sages m’a instruit Avec la sagesse du tambour ; les livres sont ivres ». Mon roman, comme mon pseudonyme, font référence à ces vers célèbres, qui parlaient déjà de l’absurde bien avant que Camus n’ait entrepris de le faire. Accessoirement Neumann, avec deux « n », c’est aussi le père de la cybernétique, ce qui renvoie aux IA, qui sont très présentes dans mon roman. Coup double en quelque sorte

 

« Dura Lex Sed Rollex » est-il un premier roman ?

 

Oui, du moins pour la présente existence. Pour les précédentes, je ne sais pas : j’ai oublié.

 

Des extraterrestres insectoïdes jouent un rôle important dans le roman. Alors, phobie des bêtes à six pattes ou trop de visionnages de « Starship Trooper » ?

 

Phobie, je ne suis pas sûr que ce soit le bon mot. Dans mon roman, les affreuses bêtes extraterrestres à six pattes ou plus (je n’ai pas fait l’effort de compter précisément leur nombre de pattes) sont plutôt du côté des espèces évoluées de la galaxie. Quant aux demeurés et aux monstres, ils se recrutent surtout parmi nos congénères humains. Les espèces de cafards aliens d’opérette qui sèment moins la terreur que la rigolade dans mon roman sont aussi un clin d’œil à deux maîtres de la science-fiction : le grand Robert Heinlein et le non moins grand Joe Haldeman. Tu as cité Starship Troopers, prix Hugo 1960, mais je pastiche aussi La guerre éternelle, prix Hugo 1976.

 

L'Intelligence Artificielle tient une place décisive dans « Dura Lex... ». Selon toi, est-elle en passe de supplanter la bonne vieille connerie naturelle, ou celle-ci a-t-elle encore de beaux jours devant elle ?

 

Je crois beaucoup à l’avenir de la connerie. Il ne faut pas l’enterrer trop vite. D’ailleurs, si la connerie était cotée en bourse, j’investirais à fond dedans. Sinon, concernant les intelligences artificielles, je constate que pour l’instant, il s’agit seulement de systèmes hyper spécialisés de traitement statistique permettant d’exploiter de très grosses bases de données pour établir des corrélations que l’intelligence humaine n’avait pas songé à établir. Les résultats sont bluffants et surprenants, mais le deep learning de ces IA reste complètement supervisé par l’être humain qui élabore les algorithmes d’apprentissage et fournit les bases de données. On n’a pas encore des machines qui pensent, qui imaginent, qui créent, qui inventent, qui soient en mesure de passer de la corrélation à la signification. Mais plus que le sujet d’une réflexion prospective, les IA dans Dura Lex sont avant tout une référence à un de mes auteurs favoris : Ian Banks. Son cycle de la Culture est une œuvre fascinante. J’adore les Mentaux qui peuplent ses récits. En outre, Banks est aussi l’un des rares auteurs de SF qui ait un peu d’humour...

 

On peut subodorer une once de cynisme, voire une pincée d'ironie grinçante envers la classe politique dans ton roman. Est-ce la fréquentation réelle des décideurs qui te pousses à décrire les grands de ce monde et les généraux sous des traits si sombres ?

 

Alors là, je tombe des nues. Dura Lex transpire un amour et une à admiration sincères pour ceux qui nous représentent et que j’ai la chance, que dis-je ? le privilège, de servir et de côtoyer de façon quasi quotidienne. Ce que je vois, ce sont des visionnaires dotés d’un sens inaltérable de l’intérêt général et de l’État, capables de s’abstraire des petits calculs politiciens ou des problèmatiques micro-locales, qui affirment en toutes circonstances, avec la larme à l’œil et la main sur le cœur, leur fidélité à de nobles principes, qui défendent leurs convictions face aux lobbies de toutes sortes, qui savent prendre le risque de déplaire à l’opinion publIque quitte à perdre leur poste aux élections suivantes. Si c’était une interview filmée, je leur ferais un gros cœur avec les deux mains, comme ça, pour leur dire : politiques, je vous aime. C’est juste dommage que, consacrant tellement de temps et d’énergie à conquérir et conserver le pouvoir, il ne leur en reste finalement plus assez pour en faire quelque chose d’utile... 

 

En refermant ton livre, on se sent partagé entre la sensation d'avoir passé un bon moment de rigolade et un désespoir profond envers l'espèce humaine. Alors, Emmanuel Neuman est-il un humoriste ou un philosophe ?

 

Ta question me touche, parce qu’elle met le doigt sur ce qui est le projet fondamental de ce roman. J’ai voulu faire de Dura Lex un livre drôle et triste en même temps. C’est les deux et c’est indissociable. Ça démarre dans la franche rigolade, la truculence, l’outrance, l’absurde, avec des dialogues et des péripéties déjantés et bien assaisonnés, comme dirait San Antonio. Je les ai écrits en pensant à un genre théâtral, la farce, ainsi qu’à des chouettes films français des années 1960-1970, comme Les valseuses, les Tontons flingueurs, Calmos ou Les galettes de Pont-Aven. Puis insensiblement, au milieu de la rigolade et de l’outrance, le malaise s’installe, on se met à rire jaune, on sent percer le désespoir et l’absurde derrière le rire. La farce bouffonne prend alors des allures de voyage au bout de la nuit, qui conduit à une fin absurde. D’ailleurs le nom d’un des deux personnages principaux du récit est une référence directe à Céline. Bref, mon roman fait le choix de rire pour ne pas pleurer. Comme disait Rabelais, voyant le deuil qui vous mine et consume, mieux vaut traiter du rire que des larmes...

 

Hormis « Starship Troopers » et les Monty Python, quelles sont tes autres références en matière de SF ? (Le programme de LREM est exclu, hors compétition).

 

Comme je l’ai dit, mon roman se nourrit à de très nombreuses sources littéraires ou cinématographiques qui n’ont rien à voir avec la SF. Raison pour laquelle Dura Lex est un roman de SF qui ressemble si peu à un roman de SF, tout en en étant un malgré tout. Le sens du dialogue et de l’humour ne sont malheureusement pas des points fort de la SF, qui se focalise uniquement sur l’imaginaire, l’aventure et le suspense. Je rêverais d’une SF qui s’ouvre plus largement au-delà de ses bases historiques et stylistiques. Ceci dit, je me suis nourri aussi de science-fiction à partir des grands auteurs classiques de ce genre : Robert Heinlein, Joe Haldeman, Greg Bear, Ian Banks, Franck Herbert, David Brin, Dan Simmons, Jack Vance, Isaac Asimov, Peter Hamilton, j’en passe et j’en oublie...

 

Enfin, as-tu des projets, littéraires ou autres ? Une suite, ou alors d'autres récits de SF ?

 

Oui, j’ai bien envie de reprendre la plume ! La difficulté, c’est le temps. Écrire est une activité qui absorbe complètement. J’ai écrit Dura Lex il y a un petit moment déjà, suite à un accident qui m’a tenu immobilisé plusieurs semaines. J’ai pu écrire à temps plein, du matin au soir ! Depuis, j’ai eu, si je puis dire, le malheur d’être en bonne santé. Quand je réécrirai, je ne pense pas que ce sera pour donner une suite à Dura Lex. J’ai envie d’écrire une histoire sur un thème qui m’angoisse terriblement. Celui de la catastrophe climatique qui se profile. J’ai l’impression que nous sommes tous bien installés dans une voiture qui fonce à toute allure dans un mur et nous rions et jouons en regardant ailleurs. C’est un peu l’histoire d’un suicide collectif que nous sommes en train d’écrire. 

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