Mémoires d'un compagnon de l'ombre # 2

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Mémoires d’un compagnon de l’ombre 2 : la collection Noire.

 

Tout comme son aînée la « Blanche », qui prolonge la célèbre « Anticipation » du Fleuve Noir, la collection Noire, initiée deux ans plus tard, s'inspire d'une autre série, tout aussi prestigieuse : la mythique « Angoisse ». Afin de mieux signaler la filiation, Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier ont d'ailleurs commencé par un coup d'éclat, en rééditant l'intégrale de la saga de Mme Atomos, d’André Caroff, sous la forme de six épais omnibus (Noire 1 à 6). D'autres livres du même type suivront, en particulier ceux consacrés aux Angoisses de Kurt Steiner (six romans réédités pour la première fois depuis cinquante ans, répartis en deux recueils : Noire 16 et 18), sans oublier L’ambassadeur des âmes, de Dominique Rocher (Noire 23) rassemblant L'homme aux lunettes noires et Humeur rouge.

 

La collection Gore n'est pas oubliée, puisque Cauchemar à Staten Island, de Gilles Bergal, est proposé dans l’opulent volume La nuit des hommes-loups (Noire 8), agrémenté de sa suite inédite et d’un ensemble de nouvelles. Le même principe est repris pour les deux derniers titres de la collection, La chair sous les ongles, de l’ex-François Sarkel devenu Brice Tarvel, et Les démons d'Abidjan, de Richard D. Nolane, que l’on retrouve dans deux recueils (La chair sous les ongles et Séparation de corps (Noire 51 et 22) présentant en bonus des sélections de nouvelles des auteurs. Quant à Zombies gore, de François Darnaudet (Noire 57), il s’agit en fait de la réédition de ses deux romans Gore Collioure Trap et Andernos Trap !

 

Des partis pris exemplaires, mais la « Noire » ne saurait être réduite à l'exhumation des trésors du passé. En effet, non contents de se distinguer par leur travail d'archivistes, les deux dirigeants de Rivière Blanche ont également à cœur de proposer du sang neuf. De David Khara, dont le premier livre, Les vestiges de l'aube (Noire 19) fut un des plus gros succès de l'éditeur, à Christophe Siébert, avec son terrible Nuit noire (Noire 33), des romans inédits de Micky Papoz (Au seuil de l'enfer, Noire 27) à l'intégrale des nouvelles d’Anne Duguël (Mémoires d'une aveugle, Noire 37), en passant par les retours inespérés de Max-André Rayjean (Momie de sang, Noire 43) et de l'infâme Nécrorian (Plaques chauffantes, Noire 45), tous les aspects du Fantastique et de l’Horreur sont abordés dans une belle et saine diversité.

 

Et ce n'est pas tout, car la collection Noire présente aussi par le biais des recueils de nouvelles dédiés aux Compagnons De l'Ombre des rencontres originales entre de nombreux héros et antihéros emblématiques de la littérature populaire ! Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Carnacki, Fantômas, Judex, Belphégor, Le Nyctalope, Bob Morane... Toutes ces figures illustres, et bien d'autres encore, sont réunies au sein des 20 volumes parus à ce jour, et y croisent le fer lors d'intrigues en forme d'hommages aussi dynamiques que respectueux. Un esprit « rétro » qu’on retrouve dans les aventures de Panthéra, une mutante sexy en diable à la recherche de son passé, qui s'est imposée en l'espace de quatre romans (Noire 11, 30, 69 et 92) comme l’ambassadrice idéale de la collection Noire… Laquelle est devenue si riche que j’ai mentionné à peine la moitié des 100 titres publiés depuis son lancement en 2006.

 

L’embarras du choix, sans aucun doute… Mais j’aurai l’occasion de citer d’autres ouvrages dans le troisième article de cette série. Article qui se conclura par une annonce. Parce que si le début de mon histoire avec la Rivière Blanche remonte à 2010, elle a connu récemment un rebondissement spectaculaire. To be continued

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Heca-Tomb vu par serge Rollet

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Une critique de Serge Rollet, alias lester L. Gore ne se refuse pas. Sa culture est immense et c'est un homme sympathique. Bref, un ami. Et je le remercie pour cet article argumenté, précis et tout simplement clairvoyant.

" Critiquer un livre n’est jamais facile, même si on l’a aimé. Éviter les clichés et le défonçage de portes ouvertes n’est pas la moindre des difficultés lorsqu’on s’attelle à la tâche de décrire ce qu’on a pensé d’une lecture. Mais, quand l’auteur du livre en question est un ami, et qu’en plus il vous a offert le susmentionné bouquin assorti d’une dédicace pleine de chaleureuse amitié, comment faire pour ne pas être soupçonné de copinage ?
Quand, en outre, l’auteur est une personne charmante dans la vraie vie, un convive parfait à table, un bon citoyen et un père de famille dévoué, comment après ça faire la critique de son dernier livre, le fameux « Heca-Tomb », qui semble être issu des fermentations perverses d’un cerveau malade ?

Tout ce long et inutile préambule pour dire tout le bien que je pense de Zaroff et de son petit dernier, « Heca-Tomb » chez Zone 52 éditions. Mais attention : comme le CD qui accompagne le livre, l’objet n’est pas à mettre entre toutes les mains ! C’est du gore bien trash, bien salingue, dans la pure ligne des collections mythiques du Fleuve Noir de la grande époque, cette même tradition que quelques passionnés continuent d’animer, en faisant mourir leurs personnages avec délectation, sadisme et une réjouissante créativité.

Zaroff, avec une économie de moyens maîtrisée, sans effet de style inutile, nous entraîne donc dans son univers familier, celui de l’Amérique profonde des laissés pour compte, loin des mégapoles et du show-biz. Son chaud business à lui, c’est la description par le menu, jusqu’à l’écœurement recherché, des pires violences perpétrées par ses personnages, tous des minables, à l’encontre d’autres protagonistes tout aussi pitoyables. C’est souvent amusant à force d’outrance, parfois écœurant, toujours surprenant d’inventivité dans l’horreur. Pour lutter contre cette série de massacres aberrants, ce déchaînement de violence aveugle, Zaroff reforme le tandem qui lui avait réussi dans son livre précédent chez Trash éditions, « Night Stalker » ( comment ? Vous ne l’avez pas encore lu ? Filez vite l’acheter !) c’est à dire un flic provincial bourru et vaguement ahuri auquel on a de la peine à ne pas donner les traits d’un Clint Eastwood raté, et un agent du Effe-Bi-Aïe finaud mais débordé par un environnement de ploucs tarés. Bien entendu, ce duo calamiteux secondé par des adjoints bras-cassés n’empêchera en rien la vague de tueries de submerger en entier la bourgade concernée, comme un tsunami de sang et de tripes à l’air.

Mais là où l’auteur parvient à se renouveler, c’est lorsqu’il abandonne les thématiques du tueur en série socio-psychopathe pour aborder les rivages du fantastique horrifique, afin de rendre un hommage appuyé à Stephen King en personne. Car « Heca-Tomb » n’est pas qu’un catalogue de meurtres et de perversités exhibé sans intention ; c’est surtout l’occasion pour l’ami Zaroff d’évoquer un des romans marquants de King, « Bazaar », sans oublier quelques clins d’œil à d’autres récits Kingiens. Sans tomber dans la servilité, ni dans l’obésité littéraire qui marque hélas bien des romans de King, Zaroff nous sert donc un remake épuré des œuvres maléfiques de Leland Gaunt, une relecture déjantée de « Needful Things », pimentée à la sauce gore, et on en redemande !

Bref, « Heca-Tomb » est un petit opus jubilatoire, décomplexé et jouissif, une brillante variation sur des thématiques classiques, assorti d’un hommage bien sympathique au maître de Bangor, que je recommande à tous les amateurs de gore, mais aussi aux connaisseurs en fantastique."

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Troglo-Blues - Bertrand Passegué

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Le cycle « Troglo-Blues » de Bertrand Passegué. Ça fait un bout de temps que je comptais lire ces deux opus parus chez FN Anticipation... et quelle erreur de ne pas l'avoir fait plus tôt ! Je me suis plongé dedans comme jamais. Y a tout ce que j'aime comme ambiance et intrigue. Un Paris dévasté par les bombes, la périphérie étant devenue un désert brûlant. Le personnage principal est Joris, un homme de main du maire Lacourt. Il est chargé de l'approvisionnement et part chercher des sacs de blé dans les villages. C'est plus du vol organisé mais les villageois n'ont guère le choix. Lacourt est un édile autoritaire et ses soldats se chargent de maintenir l'ordre dans la capitale. La journée surtout. Car, dès que la nuit tombe, les troglos prennent le relais et malheur à celui qui se fait attraper. Les troglos (tels les fameux Morlocks de H.G Wells) vivent dans le métro et sont des as du surin. Chargé d'une mission, Joris part à la recherche d'un messager avec ses collègues. Il faut retrouver une sacoche contenant des informations confidentielles. C'est ce qu'affirme le maire. Pourchassé par les troglos, Joris se cache et tombe sur le cadavre du messager et de ses assassins dans un musée. Sa curiosité l'emporte, il fracture la sacoche et découvre son contenu : des lettres du maire et du chef des troglos. Tout est planifié, des heures de patrouille aux petits arrangements entre amis. Joris constate avec stupéfaction qu'une collusion existe entre les troglos et la mairie ! C'est une bombe qu'il tient dans les mains. Idéal pour conclure un deal avec l'opposition ou marchander un rang social plus élevé avec Lacourt. Mais le maire est malin et fait chasser le renégat par ses hommes. Poursuivi et encerclé, Joris est obligé de pénétrer dans le métro. Les soldats obstruent l'entrée avec des gravats. Coincé, Joris s'enfonce dans l'obscurité des galeries souterraines. Bien vite, il est repéré par les troglos...

 

Le second ouvrage annonce un rite initiatique où Joris (qui se présente sous une fausse identité) est confronté. Le choix est simple : aller aux « fouilles » ou subir des tests. Après de multiples épreuves (dont la purification par l'air, l'eau et le feu), il doit subir une chasse à l'homme. Le survivant pourra rejoindre le monde des troglos. Les dignitaires de cet univers souterrain forment une caste ressemblant à une société secrète. On distingue l'un d'eux qui dirige les Servants, la force armée. Des soldats sanguinaires qui font régner l'ordre avec violence. Un autre s'occupe de la partie administrative et la gestion du réseau. Le Boss, un homme obèse avec son harem, dirige tout ce petit monde au sein d'un palais luxueux et doté d'un confort supportable. Que va devenir Joris qui est traqué à la surface par les hommes du maire ? On se prend d'amitié pour ce personnage mais on s'aperçoit qu'il cache son jeu et que sa personnalité n'est pas dépourvue de vices. C'est surtout un opportuniste qui veut arriver à ses fins. Bref, c'est un bon bouquin (en deux volumes) qui se lit vite. Le scénario est bien ficelé, l'écriture plaisante et le tout forme un excellent divertissement.

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Mémoires d'un compagnon de l'ombre # 1

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Mémoires d’un compagnon de l’ombre 1 : esprit de corps.

 

Ce texte, dont le titre constitue un emprunt en forme de clin d’œil à Jean-Marc Lofficier, a déjà été publié sur ce blog. Mais une actualisation s’imposait. Aussi l’ai-je largement augmenté, puis redécoupé en quatre parties. Dont voici la première.

 

Rivière Blanche est un cas à part dans le petit monde du Fantastique et de la Science-fiction français. La genèse de cette maison d’édition indépendante est à elle seule intrigante : Rivière Blanche est en fait une émanation de Black Coat Press, entité américaine fondée par Jean-Marc Lofficier proposant des romans de Fantastique et de Science-fiction français… traduits en anglais ! Malgré quelques points communs entre les deux catalogues (Les Compagnons De l’Ombre devenant Tales of the shadowmen outre-Atlantique), les deux structures sont toutefois dotées d’identités bien distinctes. Si Black Coat Press se consacre pour l’essentiel à la période fin 19ème/début 20ème, Rivière Blanche, fondée en 2004, s’inscrit dans la tradition des prestigieuses collections Anticipation et Angoisse, issues de l’âge d’or du Fleuve Noir, sans pour autant miser sur des rééditions systématiques, loin s’en faut…

 

Seul maître à bord – avec Jean-Marc Lofficier – naviguant sur les eaux tumultueuses de la Rivière Blanche, Philippe Ward, en tant que directeur que collection, tient en effet à proposer un maximum de textes inédits. S’il est le garant d’un certain esprit populaire et nostalgique intimement lié aux références évoquées plus haut, il a néanmoins la volonté, et c’est tout à son honneur, de donner leur chance à de jeunes plumes prometteuses, sans oublier d’aller rechercher de loin en loin quelques grands anciens qui rêvent et dorment par-delà le mur du sommeil… C’est ainsi que la ligne « Blanche » (Anticipation/SF) s’est construite dans un esprit « rétro-futuriste », proposant une salutaire alternance entre des auteurs comme Thomas Geha, Laurent Whale ou Alain Blondelon, et la « vieille garde » du Fleuve Noir, incarnée par des pointures tels P.-J. Hérault, Jean-Pierre Andrevon ou Daniel Piret.

 

Notons cependant que si la « Blanche » a valeur de figure de proue, avec ses 154 livres édités à l’heure où j’écris ces lignes, cet arbre luxuriant ne doit pas pour autant cacher la forêt. Car le catalogue de Rivière Blanche est vaste. Très vaste, même. La « Noire », qui fera l’objet à elle seule de mon deuxième billet, vient par exemple de franchir le cap des 100 titres. Soit un total incroyable de 254 ouvrages, auxquels il convient encore d’ajouter les quelque 150 volumes publiés dans les collections Fusée/Dimension (anthologies et recueils de nouvelles dédiés à des thématiques ou des auteurs spécifiques), Baskerville (qui permet à Jean-Daniel Brèque de proposer des romans et recueils dus aux grands auteurs de l'Angleterre victorienne) et Hors-série/Artbooks (où sont rassemblés les livres « hors-genre » et autres inclassables).

 

Seule ombre au tableau, le manque de visibilité de ces ouvrages, prix de la farouche indépendance de Black Coat Press, pénalise quelque peu son catalogue pléthorique. Mais il arrive parfois que la Rivière sorte de son lit… Un certain nombre de titres ont ainsi été réédités chez Michel Lafon, Bragelonne, Critic, Hélios, Le Moutons Électriques et… TRASH. Mais l’heure n’est pas encore venue de faire de cet article une affaire personnelle. Je préfère pour l’instant laisser cette présentation parler d’elle-même, car elle établit de manière indiscutable que Rivière Blanche s’est imposé au fil des ans comme un label de référence, prouvant parution après parution que la quantité ne nuisait en rien à la qualité. Ce que je vous laisse le soin de vérifier toutes affaires cessantes sans attendre la suite de mon petit feuilleton.

 

 

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Ça - Stephen King

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À l'occasion de la sortie du remake de "Ça" fin septembre, j'en profite pour sortir une vieille chronique de la trilogie. C'est cadeau !

 

Le premier volet débute en 1957 par une scène atroce : un gamin joue avec un bateau en papier le long d'un caniveau. Il s'agit de George Denbrough, frère de Bill le Bègue. Le frêle esquif (badigeonné de paraffine par le frérot) tombe dans une bouche d'égout. Le gamin se penche et aperçoit... un clown ! Aux multiples surnoms : "Mr. Bob Gray", "Grippe-Sou", "Le clown cabriolant". L'enfant ne se méfie pas et tend son bras pour un ballon et une barbe à papa. 45 secondes plus tard, Dave Gardener arrive le premier sur place après le premier cri. "Du sang coulait dans l'égout depuis le trou déchiqueté où se trouvait autrefois le bras gauche ; des os emmêlés, horriblement brillants, dépassaient du vêtement déchiré." Vingt-sept ans plus tard (en 1984) des événements se déroulent et s'enchaînent. Un pédé se fait tabasser par une bande de jeunes. Ils le font basculer par dessus le pont. Deux témoins (un voyou et le compagnon homo de la victime) voient un clown près du pilier qui attrape Hagarty dans l'eau pour lui bouffer le bras sous des milliers de ballons. Afin de faire condamner les trois délinquants, la police occulte ces témoignages. Lors du procès, personne ne fit allusion au clown. Un an après, la galerie de personnages s'allonge. Nous apprenons que William Denbrough (rappelez-vous : Bill le bègue) est devenu un écrivain d'épouvante. Son ami d'enfance, Stanley Uris, est un homme qui a réussi professionnellement. Un soir, il reçoit un coup de téléphone (un certain Mike). En raccrochant le combiné il reste évasif envers sa femme sur le destinataire de l'appel. Il monte, contrairement à ses habitudes, prendre un bain, au grand étonnement de Patricia. Inquiète, elle grimpe au premier et découvre une porte fermée. Elle trouve une clé et pénètre dans la salle de bains. Macabre spectacle : son mari s'est tranché les deux bras, du poignet au creux du coude, pour ensuite tracer de son propre sang sur le carrelage bleu au-dessus de la baignoire, un mot : ÇA !

Richard Tozier, un célèbre DJ d'une radio de rock, est également appelé par Mike Hanlon. Rich doit aller à Derry car "Il" est revenu. Durant l'été 1958, des gamins se sont promis de se rassembler lorsque "Ça" serait de retour. Rich avait onze ans en 1958. Déjà nous sentons que l'indicible est là, sous nos terreurs d'enfants. Un pacte de sang a été conclu. Des gamins formaient "la bande des nouilles" cet été-là. Des enfants emmerdés par des durs et coursés par trois terreurs : Reginalg Huggins dit "Le Roteur", Victor Criss et le chef, un gosse démoniaque, Henry Bowers. Ben Hanscom se souvient de tout ceci, un soir au bar, devant son ami Ricky Lee. Ben était le gros de la bande martyrisée. Aujourd'hui Hanscom est un architecte reconnu (on lui a même consacré une couverture au Time comme architecte le plus prometteur des États-Unis !) ; hélas Ben a également été contacté. Ben se biture la gueule au whisky et reprend sa route. Lee se dit que c'est la dernière fois qu'il le voit.

Eddie Kaspbrak est un homme particulier. Chauffeur de célébrités (il devait conduire Al Pacino avant d'avoir son coup de fil de Mike), il est submergé par les souvenirs d'une mère envahissante envers un fils trop délicat (du moins pour elle). Depuis sa boîte à pharmacie déborde de médicaments (sur quatre niveaux) et il ne sort jamais sans inhalateur ! Il embarque tout son attirail et prend un taxi, au grand désespoir de Myra, son épouse. Il repart vers l'été 1958 ! Beverly Rogan est une femme battue. Travaillant dans la mode, elle est mariée depuis quatre ans à Tom, un homme gros et violent. Elle ne doit pas fumer en sa présence. Un dîner froid et c'est trois coups de ceinturon ! L'appel de Mike, qui la prévient que "Ça" est revenu, l'émancipe. Elle cogne son mari avant de partir dans la nuit. Sans argent et une simple valise à la main. Mike Hanlon est le seul à être resté à Derry. Dès 1980, il se doute que "Ça" est revenu mais il attend avant d'être sûr. Il fait des recherches sur Derry qui n'est pas une ville comme les autres. Beaucoup trop de crimes de sang jalonnent l'histoire de Derry. Des crimes ou catastrophes redoutables, disparitions d'enfants (127 pour l'année 1958), une population entière de 340 âmes a même disparu en 1741 ! En quatre mois ! Pas un indice. Est-ce une ville où se nourrissent les animaux ?

Stephen King pose ses personnages sur deux-cent-huit pages exactement ! Peu à peu, nous découvrons la formation du Club des Ratés. Tout commence dans les Friches-Mortes, un vaste marécage où se déversent les eaux usées de Derry. Les enfants construisent un barrage sous les ordres de Ben. Incidemment, nous découvrons que chacun a déjà eu affaire au monstre dévoreur d'enfants. Celui-ci se présente sous diverses formes selon les témoignages : créature des égouts, momie, loup-garou. Bill et Richie combattent « Ça » avec un pistolet PPK, de la poudre à éternuer et une fronde ! Des sentiments naissent également avec Ben et Richie (tous deux amoureux de Bev ; elle-même amoureuse de Bill), la haine envers la bande de Bowers amène des affrontements réguliers, la terreur... tout commence à se mettre en place par les savoureux come-back des protagonistes qui se dirigent vers Derry.

 

Stephen King a distillé de nombreux éléments de sa vie personnelle dans ses personnages. Ceux-ci possèdent des complexes et des traumatismes. Bill est bègue et souffre de la mort de son petit frère. Eddie est couvé par une mère maladive. Bev est battue, Richie se crée des voix pour dissimuler sa personnalité tandis que Ben est obèse. Stan est juif et écarté par les écoliers en général. Mais ensemble ils affrontent les tourments de la vie avec le sourire. Des caillots de sang giclent du lavabo de la petite Bev tandis que Ben, Stan et Eddie avouent également leurs visions communes du monstre. Ils aident Bev à nettoyer la salle de bains maculée. Ils sont seuls à voir ce macabre spectacle ; les adultes y sont aveugles. Curieusement, dès que les enfants se solidarisent, le monstre recule comme s'il se nourrissait des peurs enfantines. La maturité est un bouclier et ils vont vite s'en apercevoir.

Mike Hanlon se remémore les souvenirs de son père, soldat à Derry en 1930. La Légion de la Décence Blanche (un groupuscule du KKK) incendie le BlackSpot et fait soixante morts. Le racisme est partout mais le mal est ailleurs : il est enfoui dans le sol de Derry. Mike relate les événements dans son journal. Déjà, à l'époque, son père avait eu affaire à Butch Bowers, le père de cette racaille d'Henry. Tout est lié à Derry, le bien et le mal. La narration de l'incendie du Black Spot est un paragraphe d'anthologie. Toute la bande est enfin réunie. Après un repas de retrouvailles au Jade Of The Orient (fortement perturbé au dessert), chacun retourne vers des lieux de son enfance. Les hallucinations morbides se succèdent. Le clown surgit dans la bibliothèque pour Ben, prend la forme d'Huggins le Roteur pour Eddie... Ils se souviennent : Mike est accepté dans la bande après une bataille forcenée aux cailloux contre Henry et ses potes. Ils dévoilent à Mike leur terrible secret : ils savent qui tue les enfants et ce n'est pas un être humain. Après la cérémonie de la petite fumée, ils ont la vision de la venue originelle de « Ça ». Eddie a mûri. Il affronte enfin sa mère qui lui reproche de suivre des mauvais amis. Ed ne veut pas de chantage affectif. Sa mère comprend que son fiston chéri n'est (ne sera) plus jamais le même.

Le troisième volet est nettement plus violent que les deux autres. On sent que le King ne plaisante plus ! Il a présenté ses personnages, les lieux, les décors, les complexes, les heurts, les souvenirs, les statuts sociaux... maintenant il tranche dans le vif ! Et cela commence par la mort du jeune Patrick Hockstetter (un sociopathe en devenir), un maniaque cruel envers les animaux. Les sangsues vont lui régler son compte. Le déroulement s'étoffe et on devine que la fin va être terrifiante. La ville de Derry possède une autonomie propre comme les personnages qui la peuplent. Ce roman est géant et cancéreux. Il vous ronge les os et vous glace le sang. Les effets sont superbement rendus et distillés avec soin.

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