Passe de quatre - A.L Giussani

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Passe de quatre - A.L Giussani

Bouquin signé des sœurs Angela et Luciana Giussani (des saintes, bordel !), créatrices de Diabolik en BD (fumetti en italien) en 1962. Profitant du succès grandissant de ce personnage masqué, les Éditions du Diable Noir sortirent dix romans de poche entre 1968 et 1970.

C'est un pur roman de gare, à commencer par sa photocouverture tirée du film « Danger : Diabolik » de Mario Bava. Son prix de l'époque : 3,80 FF ! Mise en page très aérée car les dernières lignes s'arrêtent à cinq centimètres du bas de page.

Ce premier titre reprend tous les codes du fumetti : repaire secret au cœur d'un rocher, jaguar rapide, muscles saillants roulant sous une combinaison en nylon, poignards, bikinis microscopiques, « maillot de bain capable de tenir tout entier dans un dé à coudre », lingots d'or, déguisements, cambriole... la lecture est aisée (forcément), mais on se prend vite au jeu de l'auteur (qui a écrit ce foutu bouquin ?) et on dévore les 250 pages sans s'en apercevoir.

Les scènes sont répétitives malgré tout. Préparation du coup, déguisement ou confection d'un masque, casse, meurtres, fuite, blessures, fuite, retournement, fuite, cachette, cul. Hormis Diabolik, le second personnage le plus important est sa compagne Eva Kant (ou la fâcheuse tendance à se désaper dès le retour de son héros) qui le sauve régulièrement de la noyade et d'accidents divers et variés. L'inspecteur Ginko n'apparaît que brièvement et course le malfrat sans parvenir à le choper. Sauf une fois, mais il se fait avoir par un subterfuge incroyable. On apprend aussi que le policier aime les filles faciles rencontrées dans les bars de nuit.

J'ai été surpris par la violence qui contraste avec le côté romanesque du personnage. L'homme tue sans hésiter et sans se poser de questions. Seul l'appât du gain l'intéresse. Il peut égorger un clébard sans rechigner, utiliser un gaz mortel, mettre des coups de boule, briser des nuques. On compte quand même 17 morts dans l'histoire !

Ce premier roman de la collection est une réussite à mon sens car il divertit, amuse, intrigue, fait sourire... tous les sentiments humains y passent ! Le lecteur accro du fumetti ne sera pas déçu et fermera le bouquin, un rictus sardonique traversant ses lèvres minces. Vivement la suite...

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À l'absente

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

À l'absente

Madame,

Vous ne lirez pas cette lettre – car c’en est une –, mais j’avais quand même envie de vous l’écrire. Envie, voire besoin. Alors voilà ma bouteille à la mer, avec à l’intérieur toute mon admiration pour vous. Et quelques mots pour dire le manque déjà provoqué par votre… absence. Oui, je préfère « absence », c’est plus doux. Et pourtant, les mots durs, la façon de désigner les choses telles qu’elles sont, sans fard, sans périphrases balourdes et autres métaphores ronflantes, je connais un peu. Il faut dire qu’avec vous j’ai été à bonne école. Mais vous m’avez aussi appris la différence entre dureté et brutalité. Et une « absence » comme la vôtre, c’est déjà bien assez dur. Pas besoin d’en rajouter. D’autant que la dureté n’exclut pas la tendresse. Ça aussi, c’est grâce à vous que je le sais.

La dureté, ce n’est pas réservé aux garçons. Pas plus que la tendresse n’est l’apanage des filles. Quand j’entends des imbéciles prétendre qu’il y aurait une écriture « masculine » et une autre « féminine », je sors mon roman de Gudule. C'est en effet en vous lisant que j'ai compris que les femmes n'avaient rien à envier aux hommes en matière de littérature d’horreur. Concernant la littérature générale, je le savais déjà, mais jusqu’à une époque assez récente, les « mauvais genres » semblaient encore réservés aux hommes. Fort heureusement, la situation a évolué ces dernières années. Il était grand temps. Et c’est sous l’influence de gens tels que vous. C'est d’ailleurs en partie grâce à vous que j'ai fini par réussir à employer le mot « auteure », même si ce « e » final m'a fait un peu grincer des dents au début.

Depuis vos débuts dans la collection « Frayeur », dirigée par le regretté Jean Rollin, jusqu'à vos deux recueils de romans d’épouvante parus chez Bragelonne, vous avez marqué de votre empreinte unique la littérature fantastique de langue française. Parfois comparée à Marc Agapit pour votre style direct et sans fioritures, vous avez livré une oeuvre profondément perturbante, et mêlé petite et grande mort en une danse macabre bravant tous les tabous. Vos activités horrifiques se sont ensuite perpétuées sur la Rivière Blanche. En témoignent la sortie en février 2012 du massif recueil de nouvelles Mémoires d'une aveugle (Noire 37) et celle, en avril 2013, d'un volume intitulé Truc (Noire 50) comprenant deux romans.

Puis il y eut l’année dernière, chez le même éditeur, vos Grands moments de solitude, postés à l’origine sur votre blog. Vous m’aviez d’ailleurs annoncé vous-même cette publication en ces termes : (Ce livre) « va paraître en hors-collection. Je pense qu'il n'aurait pas sa place ailleurs, vu que ce n'est ni du fantastique, ni de la SF. En revanche, je pense qu'il peut intéresser les lecteurs de ce genre de littérature, dans la mesure où il révèle les dessous et les anecdotes de certaines collections mythiques, comme « Présence du futur » ou « Frayeur ». » Une vraie curiosité, donc, que cette anthologie de textes courts, tantôt absurdes, cocasses ou féroces, permettant d'apprécier votre art de la concision et votre sens de l’autodérision.

À la même époque, vous m’aviez aussi parlé d’un certain Lupanar des anges, à paraître, toujours chez Rivière Blanche. Le titre seul avait suffi à me mettre la bave aux lèvres. Puis le temps a passé. Ce Lupanar n’est pas encore sorti, mais je ne vous avais pas oubliée. Cruelles coïncidences, je vous avais même envoyé il y a quelques semaines un petit message pour vous dire que j'avais revu et corrigé mes chroniques du Club des petites filles mortes et des Filles mortes se ramassent au scalpel, et qu'elles avaient été postées sur le blog que je partage avec mon camarade Zaroff. Peu après, j'avais lu le premier des deux romans inclus dans Truc. Je m'apprêtais justement à me plonger dans le second, et songeais à écrire un nouvel article.

Eu égard aux circonstances, l’article en question attendra un peu. En revanche, ces lignes-là, je tenais à vous les adresser « à chaud ». Pas question de passer votre départ sous silence. Parce que maintenant, je peux bien le dire : je n’étais pas loin de vous tenir pour ma « mère » en littérature. J'aurais tellement aimé que vous nous écriviez un Trash... Je suis certain que ça vous aurait amusée. Mais là c’est trop tard. Vous avez rejoint Julia Verlanger, Kathy Acker et Franca Maï. Heureusement, il reste Dominique Rocher, Micky Papoz, Kathe Koja, Virginie Despentes et Justine Niogret. La responsabilité est immense. Le vide aussi. Car en dépit du talent de ces auteures, vous n’étiez pas de celles que l’on remplace.

Ce ne sont pas des petites filles qui sont mortes ce jeudi 21 mai 2015, mais une grande Dame.

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L'île aux chimpanzés - Marija Nielsen

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

L'île aux chimpanzés - Marija Nielsen

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j'ai lu ce huis-clos végétal d'une seule traite. Rédigé comme des séquences cinématographiques, le scénario est élégamment rythmé de bout en bout, sans temps morts ni relâchements. Une primatologue, Tatiana Orloff, humiliée par ses confrères, se venge en invitant trois hommes, une femme et son domestique sur son île privée. Plus loin, un autre îlot cache des primates sauvages, intelligents et organisés. Profitant d'un apéritif soporifique, la vengeresse les entraîne sur l'île maudite et les abandonne à leur sort, désertant également son domestique et laissant une unique seringue d'insuline pour le diabétique du groupe...

Digne d'un film de Jess Franco, on ne peut que se laisser embarquer dans diverses influences comme « L'horrible Dr Orlof », « Les chasses du Comte Zaroff » ou encore « La comtesse pervesse » et « La planète des singes ». Ce survival's island donne la chair de poule et nous plonge dans l'atmosphère surannée des films d'aventure aux confins d'une jungle étouffante aux nombreux pièges. C'est aussi l'occasion de révéler les travers et défauts des protagonistes face aux périls simiesques.

J'ai été conquis par l'histoire et, collector oblige, l'auteure nous gratifie d'un bonus de cinq pages au ton plus contemporain. Une vraie réussite pour le Carnoplaste et une satisfaction pleine et entière pour le lecteur avide de sensations à l'ancienne.

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Bloodfist par Lester L. Gore

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Ceux qui lisent les articles postés sur ce blog savent déjà que Zaroff et moi tenons Lester L. Gore en haute estime. L’homme est en effet un écrivain de grand talent. Mais il est aussi un lecteur avisé. Et un chroniqueur redoutable. Autant dire que j’ai été comblé quand Lester a posté cette superbe chronique il y a tout juste un an sur le forum L’Écritoire Des Ombres.

"C’est ma deuxième incursion dans la collection Gore de Trash éditions, et je ne regrette pas. Dire que je n’en sors pas intact serait exagéré, (j’en ai vu d’autres, et lu encore plus), mais la lecture de ce petit (par la taille) livre pourrait éprouver les nerfs de personnes sensibles. Mais après tout, la collection porte la mention « pour adultes consentants », alors…

« Bloodfist », c’est l’histoire d’un tueur psychopathe confronté à des névropathes vengeurs et à un gourou sociopathe. C’est une histoire de dérives, de sang et de perversions. C’est violent, jubilatoire parfois, c’est un voyage au cœur de la folie meurtrière qui emmène le lecteur jusqu’au bout des transgressions. La construction du récit est impeccable, morcelée entre les différents points de vue des divers protagonistes, alternant les passages à la première personne et le point de vue du narrateur omniscient avec beaucoup de pertinence, si bien que le lecteur n’est jamais perdu.

Mais surtout, avec « Bloodfist », j’ai découvert un vrai auteur, un écrivain avec un style, une personnalité qui transparaît au travers des pages fiévreuses et sanglantes, une voix véritable et reconnaissable. C’est écrit sans concession, sans maniérisme, mais avec une véritable aisance dans le maniement de la langue. Ce SchweinHund a du chien, c’est moi qui vous le dis ! Il parvient même à insérer une sorte de poésie de l’horrible dans ses descriptions les plus nauséeuses, il y a quelque chose de baudelairien dans la façon dont il décrit la beauté perverse de la violence, la fascination pour le sang et la charogne.

À lire pour ceux qui croient que le « populaire », l’« épouvante », le « gore » n’est qu’un sous-genre bâclé par des tâcherons négligeant le style et l’écriture. Voilà qui leur apportera un démenti cinglant."

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Midget Rampage - Julian C. Hellbroke

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Midget Rampage - Julian C. Hellbroke

Ohio 1982. Nelson, un nain attifé d’un costume de singe est la mascotte des Gorillas, équipe universitaire de football dans la petite bourgade d’Herschellville. Il anime les quart-temps en dansant ou faisant des acrobaties pour le public. Il a repris le flambeau de son paternel, lui-même ancienne gloire de l’équipe et ne dépassant pas le mètre.

Croisant le propriétaire des Gorillas, Nelson ramasse un papier tombé à terre. Le texte est explicite et Nelson comprend vite qu’on évoque un trafic de drogue organisé au sein de l’équipe lors des rencontres à l’extérieur. Nelson dénonce les dirigeants lors d’un match en s’emparant du micro et prend la fuite.

Dès ce moment, l’intrigue s’accélère crescendo jusqu’à un final explosif. On pourrait croire que c’est un récit linéaire, poussif et pépère. Mais c’est mal connaitre Julien Heylbroeck, auteur de TRASH. On sent l’écriture orgasmique, véritable hommage au pulp américain, les séries Z et le « Rape & Revenge » où ça castagne sec dans la tripaille. Tueurs cannibales, médecin maudit nazi adepte de l’interrogatoire musclé qui relègue Torquemada en danseuse étoile, lesbiennes se léchouillant dans les vestiaires… Et l’auteur (qui signe ici Julian C. Hellbroke) parvient à décrire des scènes gore sans tomber dans la vulgarité, ce qui (croyez-moi) n’est guère évident. Avec une énergie incroyable et désespérée, le nain affronte toute une armada de méchants gusses armés jusqu’aux dents. Tout y passe : flingues, hachoir, cisailles, couteau, fusils à pompe, batteur et aiguille à viande, grenades, croc de boucher, pistolets mitrailleurs et j’en passe et des meilleures.

Vous l’aurez compris, ça part dans tous les sens et on prend un pied d’enfer. Steven Seagal peut aller se coucher, il faudra compter avec Nelson dorénavant ! Je vous garantis deux bonnes heures de lecture et je félicite également l’exceptionnelle illustration de couverture de Francisco Varon.

Encore un mot sur ce fascicule édité par Le Carnoplaste. « Midget Rampage, le nain au costume de sang » fait partie d’un cover to cover, recueil à deux histoires imprimées en sens inverse. L’autre roman est « Ravageuse » d’Irène Maubreuil qui sera chroniqué à part. Ne vous privez pas d’acquérir ce fascicule pour seulement 14 euros. Si vous ne le faites pas, tant pis pour vous. Votre vie sera terne et dénuée de sentiments fougueux. Moi, je me régale et j’en redemande. Comme un crevard aux yeux rougis par la jalousie.

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La mort en partage - Nécrorian / Jean Mazarin

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La mort en partage - Nécrorian / Jean Mazarin

Entre deux guerres : La mort en partage, de Nécrorian et Jean Mazarin.

Deux romans. Deux pseudonymes. Mais un seul volume et un unique auteur pour mieux évoquer les horreurs de la guerre. Et invoquer les créatures qui s’en repaissent. À l’image des monstres qui le hantent, Djinns est un roman qui vient de loin. Entrepris il y a vingt-cinq ans et destiné à la collection Gore, ce récit était resté inachevé suite à l’interruption de la série. Puis il y eut en 2012 l’affaire des Plaques chauffantes, déjà chez Rivière Blanche, qui marqua le grand retour de Nécrorian. Une résurrection aussi spectaculaire que bien accueillie, car elle prouva avec fracas que le terrible alter ego de Jean Mazarin avait toujours le goût du sang… Ce que ces Djinns extirpés des profondeurs de l’histoire viennent rappeler aujourd’hui.

Algérie, 1957. Des légionnaires venus des quatre coins d’Europe dressent le bilan de leur dernier affrontement avec les fellagas. Soixante-trois morts. Une véritable hécatombe. Pourtant, ce n’est qu’un début. Car un autre ennemi rôde dans le désert, et il est beaucoup plus dangereux. Après avoir interrompu la fuite éperdue du jeune Ali, une équipe décide d’aller vérifier les dires de l’adolescent. Car celui-ci ne cesse de répéter « ils sont tous morts », et ce n’est pas des fellagas qu’il parle, mais des habitants de son village…

Or il s’avère qu’Ali avait raison. El Okbah n’est plus qu’un charnier à ciel ouvert. Et les hommes de Kurt s’aperçoivent avec dégoût que les victimes ont littéralement été réduites en charpie. Cependant, comme la nuit est tombée entretemps, ils n’ont plus d’autre choix que de passer la nuit dans le village. Une décision qu’ils ne vont pas tarder à regretter amèrement.

C’est le moment choisi par l’auteur pour fracturer son récit en nous projetant dans un passé presque oublié. Toutefois, loin d’amener une distance qui viserait à atténuer l’horreur de la situation, les chapitres épousant le point de vue d’Oqba le Conquérant ne font que l’augmenter. Empalements, égorgements, éventrations, viols collectifs : aucun doute, Djinns est bel et bien un roman estampillé Nécrorian, qui n’a rien perdu de sa verve gore.

Mais ces effets ne sont pas gratuits. Car cette débauche d’atrocités permet de remonter aux sources du mal pour mieux dépeindre ses conséquences sur le présent. Et sur l’avenir… Certains lieux sont sacrés, et malheur à ceux qui les profanent par leur présence. Chacun des légionnaires fera ainsi les frais d’une vengeance immémoriale, dont la moins cruelle ne sera pas celle qui, plutôt que des geysers de sang, fera couler une simple flaque d’eau…

Autres temps, autres meurtres avec L’hiver en juillet, qui retrouve enfin son titre initial. Publié une première fois dans l’éphémère collection « Science Fiction » lancée en 1988 par Patrick Siry, l’ouvrage, signé à l’époque Emmanuel Errer, s’appelait bien à l’origine L'hiver en juillet. Ce n’est que lors de sa réédition cinq ans plus tard au Fleuve Noir, au sein de la tout aussi brève collection « Angoisses », qu’il fut rebaptisé Le baigneur. Et afin de mieux brouiller les pistes et effacer le souvenir de sa première vie, il fut cette fois présenté comme un livre de Jean Mazarin. Un seul roman, deux titres et deux pseudonymes fusionnant aujourd’hui grâce à cette version définitive qui s’impose comme le complément idéal à Djinns.

Paris, 1992. Julien est réparateur de poupées anciennes. Un jour, en plein mois de juillet, une femme curieusement emmitouflée en dépit de la chaleur ambiante lui amène un baigneur à la tête enfoncée. Le jeune homme, intrigué par le comportement mystérieux de sa cliente, accepte de s'occuper du poupon. C'est alors que sa vie va basculer. Il se retrouve propulsé cinquante ans plus tôt dans la France de 1942, en pleine furie antisémite. Et cette brèche temporelle ressemble plus à une fracture ouverte qu’à un rêve à l’intérieur d’un rêve…

En lisant L’hiver en juillet, vous sombrerez dans la tourmente d'une période effroyable, vous vous ferez écraser le visage par des bottes à clous, vous aurez peur des loups qui rôdent, vous aurez très froid, même en plein été... Oui, vous penserez parfois à l’auteur de Djinns, pour qui l’innocence n’existe pas. Mais vous songerez aussi aux « Angoisse » du grand Kurt Steiner, pour ce flottement fantastique entre rêve et réalité, et pour l'éclatement de la personnalité du protagoniste principal, perdu entre un passé affreux et un futur impossible. Peut-être même effectuerez-vous un parallèle avec certain récit de Claude Seignolle, intitulé... Les loups verts.

Depuis ma première lecture de L’hiver en juillet, une phrase de Nécrorian me revient de loin en loin en mémoire. Il disait qu’ « un Gore doit être vite écrit, et vite lu ». Alors certes, ce roman, même s’il comporte des scènes terribles, n’est pas un Gore, et j’ignore s’il a été « vite écrit ». En revanche, ce dont je suis certain, c’est que « vite lu » ne signifie pas « vite oublié ». Parce que si j’ai dévoré ce livre en quelques heures, l'image de la femme frileuse continue à me hanter aujourd’hui encore et je crains toujours de sentir la morsure du froid en juillet…

Et si Djinns et L’hiver en juillet n’étaient que les deux faces d’une même pièce ? Dans les deux cas, le passé saute à la gorge du présent pour lui faire sentir son haleine fétide. Dans les deux cas, la brutale intrusion du Fantastique vient achever ceux qu’un impitoyable réalisme aura épargnés. Dans les deux cas, nous avons affaire à un auteur qui prend l’histoire à bras-le-corps et qui ne fait pas de prisonniers. Alors choisis bien ton camp, camarade.

NDLR : Quelques fragments de cette chronique sont issus de la préface de L’hiver en juillet. J’ai en effet eu l’honneur de la rédiger, à la demande du directeur de collection de Rivière Blanche Philippe Ward. J’ai également signé celle de Djinns, sous un autre pseudonyme, mais j’ai préféré ne pas puiser dans ce texte. Ceux qui achèteront le livre comprendront pourquoi.

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Le village des ténèbres - David Coulon

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le village des ténèbres - David Coulon

Ce nouveau roman de David Coulon paru début avril 2015, coup de cœur de Franck Thilliez pour le prix du polar VSD, est un thriller déroutant. Certaines scènes sont terrifiantes, glaçantes et pourront dérouter le lecteur habitué à un traitement habituel, une intrigue conformiste. Coulon insuffle un rythme moins consensuel en parsemant son récit de nombreuses variations introspectives, de sensations désagréables, de renoncement et d’espoir. Aussitôt, j’ai pensé au style utilisé par Jack Ketchum, notamment pour le remarquable « Morte saison » et sa vivacité dans l’horreur.

Autant David Coulon possédait une verve simenonienne dans son premier roman, autant il change complètement de caractère dans ce nouvel ouvrage. C’est plus dur, plus rugueux, plus désespéré et plus sombre. Sorte de survival montagnard où nous suivons principalement les destinées de trois personnages : un commercial cassé, un jeune gendarme et sa petite amie. Le lieu, un village perdu et craint. Le mobile, des disparitions mystérieuses. Le gendarme part enquêter, le commercial vient signer un contrat de vente et la petite amie vient retrouver son amoureux. Ils vont se perdre dans un cauchemar innommable.

David Coulon prouve qu’il possède plusieurs cordes à son arc. Il prend le risque d’indisposer le lecteur en écrivant autre chose que le thriller commun. D’ailleurs, Thilliez ne s’y est pas trompé et c’est un signe ! Si j’avais un reproche à faire, c’est la narration un peu répétitive dans la deuxième partie. Mais tout ceci s’efface devant les effets insoutenables et presque surréalistes (Brussolo n’est pas loin) que l’auteur nous jette en pleine face. Pour faire simple, David Coulon est le Jack Ketchum français et j’estime qu’il nous surprendra encore dans les prochaines années. On sent que l’auteur est évolutif, qu’il se remet en question, qu’il pose les tripes sur la table et que rien n’est joué chez cet écrivain.

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Interview de Schweinhund par Zaroff # Part 2

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Interview de Schweinhund par Zaroff # Part 2

Quelles sont tes autres formes d’expression ? Tu peins, tu chroniques, tu chantes sous la douche ? As-tu d’autres activités ?

J’écris des chroniques. Et je bêta-lis, relis et corrige des nouvelles et des romans.

Que recherches-tu à travers le gore ? Est-ce un défouloir, une récréation ou une exploration psychanalytique ?

Rien de tout ça. Si j’ai envie de me défouler, je cogne sur un sac de frappe. Si je veux me distraire, je regarde un film d’action hongkongais. Et je ne crois pas du tout à la notion d’ « exploration psychanalytique ». Le gore, c’est avant tout un genre, avec ses propres codes. Il se trouve qu’il correspond souvent aux histoires dont j’ai envie de me débarrasser. Si lesdites histoires plaisent à quelques-uns, ça me suffit. Tout le reste n’est que littérature.

Dans une intrigue gore, préfères-tu le polar urbain, le thriller, le fantastique, le social ?

Je pense qu’un roman gore, pour être efficace, a besoin d’être réaliste. Donc selon moi tous les genres susceptibles d’amener de la distance sont à proscrire. À la limite, un usage modéré du Fantastique peut être toléré, à condition qu’il soit horrifique et, surtout, qu’il ne se prenne pas les pieds dans le tapis de l’invraisemblance. L’outrance, oui, mais il faut qu’on puisse y croire. La plupart des grands auteurs français de la collection GORE venaient du Polar, et ce n’est pas du tout un hasard si aujourd’hui on se souvient surtout de leurs romans.

Un jour, tu as écrit que le gore « était l’intimité profanée ». J’ai trouvé cette approche très intéressante. Peux-tu approfondir ?

Si j’avais su qu’un jour j’aurais à « approfondir » cette formule, je me serais sans doute abstenu. Mais bon, puisque le vin est tiré... Alors ce que je voulais dire par là, c’est que le gore n’existe pas sans violence. Or je pense qu’on peut parler d’ « intimité » en évoquant le partage d’une histoire, dans le sens où l’auteur se met à nu devant son lecteur, qui s’accapare son texte. C’est une expérience privilégiée, mais dès lors qu’il s’agit d’un récit gore, elle se mue en atrocité. Car l’auteur, après avoir susurré des mots d’amour à l’oreille de son lecteur, reprend la main en lui crachant la mort au visage. Petite mort deviendra grande.

Un mouchard albanais m’a révélé qu’un de tes amis était végétarien. Penses-tu que ces bouffeurs de légumes bouillis sont normaux ou devraient-ils être sacrifiés sur l’autel de la viande saignante ?

Ton copain albanais t’a bien renseigné. Mais la première partie de ta question m’embête un peu, parce que la « normalité », j’ai jamais trop su ce que c’était. Quant à sacrifier les végétariens, c’est hors de question. Ne serait-ce que parce qu’en effet un de mes meilleurs amis fait partie de cette secte. Et puis, ce puissant lobby est responsable à lui seul d’un cinquième du catalogue de TRASH. Je dois donc en tenir compte. Alors tant que notre collection existera, il y aura toujours du vert dans notre rouge. C’est à prendre ou à laisser.

Un autre mouchard, belge celui-là, m’a révélé que tu traînais sur le forum L’Écritoire Des Ombres. Je me suis laissé dire que cet endroit était un nid de reptiliens adeptes du culte de la Frite Vicieuse. Info ou intox ?

Info. Même si, tout comme toi, je participe moins à la vie du forum depuis quelque temps, je continue à apprécier l’endroit et j’y passe tous les jours. J’ai découvert sur L’Écritoire plusieurs auteurs de talent, avec lesquels j’ai parfois noué de vraies relations d’amitié. De plus, j’ai aussi eu l’occasion de travailler avec certains membres, et ce n’est pas fini, car de nouveaux chantiers se profilent. Et puis, j’aime les frites. Surtout quand elles sont vicieuses.

Es-tu un auteur long ou court ?

Comme je le disais plus tôt, je ne me vois pas vraiment comme un auteur. Mais tous les textes que j’ai réussi à finaliser jusque-là sont courts, voire très courts. Bloodfist est donc une sorte d’exception. Une « sorte » seulement, parce que les chapitres y sont plutôt brefs, et certains pourraient, une fois extraits de leur contexte et un peu retravaillés, devenir des micronouvelles. En résumé, l’aspect sec et lapidaire de la forme courte me convient bien.

Quels sont tes prochains projets ?

Le mot « projet » ne fait pas partie de mon vocabulaire. Il implique une vision à long terme qui m’a toujours fait défaut. Pour développer des projets, il faut avoir confiance en soi, mais aussi en autrui, et plus généralement en l’avenir. Donc pour ma part, c’est trois fois « niet », camarade. Alors j’avance petit à petit et traite les chantiers les uns après les autres. Néanmoins, faute de pouvoir me montrer plus précis, voilà quand même les grandes lignes de mon planning jusqu’à la fin de l’année : quatre de mes nouvelles paraîtront chez deux éditeurs différents dans quatre anthologies au second semestre. Elles sont déjà écrites, mais le travail n’est pas terminé, parce que mon partenaire Trasheux Julien H. et moi-même allons être plus ou moins impliqués dans le développement de deux de ces recueils. En parallèle, je vais rédiger la préface d’un autre livre qui me tient beaucoup à cœur, et qui sera publié à la rentrée. Et bien sûr je vais m’occuper de nos trois futurs bébés TRASH, eux aussi prévus pour cet automne, tout en continuant à écrire des chroniques pour La Tête En Noir et pour ce blog. Quant au reste, je vais essayer de trouver le temps pour développer un nouveau récit perso, mais à ce stade (50 000 signes en friche), il est encore bien trop tôt pour en parler.

Zaroff te remercie d’avoir répondu à son interrogatoire et espère qu’il te retrouvera bientôt dans un bouquin édité chez TRASH. Et il tient également à t’adresser ses vives félicitations pour les chroniques exceptionnelles que tu postes ici. Partager ce blog avec toi est un véritable bonheur et honneur.

C’est moi qui te remercie. D’ailleurs, puisque l’occasion m’en est donnée, on va remettre les choses en perspective et procéder par ordre. Donc : 1. Merci à toi pour tout ce que tu fais pour TRASH depuis que nous existons. Merci de nous avoir donné une telle visibilité sur L’Écritoire Des Ombres et sur sa page Facebook, ainsi que sur ce blog. Ton soutien sans faille nous est vraiment très précieux. 2. Merci d’avoir fait confiance au micro-éditeur débutant que TRASH était il y a deux ans. Nous sommes très heureux de compter ton Night stalker au sein de notre catalogue. 3. Merci de m’avoir invité sur ce blog. Un an déjà que grâce à toi je dispose d’une belle tribune pour mes chroniques. Je suis ravi qu’elles te plaisent. Ça signifie que les livres et les auteurs que je présente sont plutôt bien mis en valeur, et en tant que chroniqueur, c’est tout ce qui m’intéresse. 4. Enfin, merci beaucoup pour cet entretien. Pour un peu, il me donnerait l’étrange impression que je suis quelqu’un d’important. Enfin, pour ça, il faudrait que j’aie le melon. Ce qui est contraire à mon absence totale de religion.

Le mot de la fin ?

I don’t exist.

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Souvenirs d'ImaJn'ère...

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Souvenirs d'ImaJn'ère...

Salut les fans ! Un rapide topo de ma venue au salon d'ImaJn'ère qui s'est tenu les 25 et 26 avril 2015. Muni de mon t-shirt ACDC et un sac à dos rempli ras la gueule, me voilà embarqué dans le train dès six heures du mat. Après deux ou trois correspondances (Angers se trouve près de Islamabad), j'arrive dans la cité angevine, l’œil encore frais et la langue aride. Léonox, tel un seigneur des Carpathes, m'accueille dans son grand uniforme noir, tel un totem sorti de The Wall, sans doute un anarcho-stalinien selon les dires du philosophe coréen kim Jul Heillebroèque. Après une heure de marche forcée (j'ai tenu mon colonel), nous débouchons enfin devant les salons Curnonsky, que je discerne à travers la brume de pollution.

Escalier à gauche, chiottes à droite. Mon esprit fonctionne au maximum. J'emprunte à gauche. Bingo ! J'accède au salon. Parquet ciré, murs pastels, moulures, lustres... putain, on se croirait chez le Préfet. Au fond de la salle, le stand TRASH est déjà installé. 15 titres dressés comme des statues cyclopéennes sur une nappe noire (sans doute chipée à une cartomancienne de passage). Léonox et moi posons nos augustes fessiers et attendons. Il craque le premier et s'endort au bout de quinze minutes. Moi je guette, telle une sentinelle nazie camouflée dans le bosquet des Ardennes. Le parquet grince. Diantre, quelqu'un vient ? Fausse alerte, c'était un rat musqué.

Puis le gros de la troupe arrive. Julien, Robert, Brice, Romain. Robert Darvel, un homme délicieux mais il faut ajouter du sel, s'occupe du Carnoplaste à l'étage, Brice Tarvel à ses côtés. Monsieur Tarvel me fait l'honneur de dédicacer tous ses romans emportés dans ma besace : "Dépression", "La vallée truquée", "Le bal des iguanes"... et Robert Darvel (un spécialiste de Jean Ray, de la mère de Terence Fisher, de Marabout Fantastique, de la Hammer, de... stop !) me signe quelques fascicules du Carnoplaste dont le terrible "L'Île du docteur Corman".

Quel plaisir de rencontrer nos lecteurs. Certains ont le regard perdu, la mâchoire pendante. On peut les comprendre. Voir en vrai leurs idoles, c'est pas humain. Une pensée pour nos deux fans nommés Sébastien (Quoi, les deux ? Ils se sont pas foulés pour le prénom, bordel !), dont l'un possède un exemplaire de Night Stalker dédicacé par Willy et moi (dessin et signature). Imaginez le collector !!! Il pourra en tirer au moins 57 centimes TTC sur Ebay Roumania. Puis survient un singulier personnage, un Marshal, une roteuse à la main, un Remington six-coups dans l'autre. Laurent Whale et son regard de squale, le James Coburn intérimaire, le Lee Van Cleef des rades, l'écluseur des saloons.

Mes rencontres s'enchaînent et la venue de David Khara change la donne de suite. Homme charmant, charismatique et enjoué. Il nous parle de ses futurs projets, me signe son "Vestiges de l'aube" et papote avec nous. Au fil des heures, nous risquons d'attraper froid avec les courants d'air. Julien, en homme avisé, sort le casse-pattes d'un litre. Nous nous disons aussitôt que nous aurons du mal à finir la bouteille tant nos œsophages sont vierges de substances acides. Heureusement Christophe Siébert arrive pour nous aider à relever ce challenge. Puis s'organise une interview avec Angers TV et la belle journaliste. En hommes galants, nous cachons le whisky pour ne pas offusquer les téléspectateurs. Schweinhund m'offre quatre romans de Paul Bera consacrés à Léonox et je le remercie pour sa générosité à toute épreuve.

Julien et moi devisons sur des points fondamentaux : la nécessité d'un totalitarisme participatif et solidaire, la pensée unique bicéphale, une dictature fédératrice, un novlangue scolaire, un stalinisme anarchique, un capitalisme bénévole. D'ailleurs, nous comptons passer notre nuit de noces en Corée du Nord prochainement. Jong-un est un fervent admirateur de TRASH.

Que dire de plus ? J'ai rencontré des hommes cultivés, d'une gentillesse incroyable, des passionnés de la plume. Merci à ImaJn'ère et au collectif TRASH pour ce beau moment. J'ai repris le train en fin de soirée, des souvenirs plein la caboche. Une pensée amicale à Antoine et Julien dont je garde nos échanges dans un coin du cœur. C'est beau, hein ? Presque du Harlequin. Merci les gars.

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