Mondo Carne

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Mondo carne, in GoreZine 2

(Revue dirigée par Christophe Siébert et Luna Beretta)

 

 

 

Après un premier numéro paru en décembre 2017, le GoreZine revient, et il n’est pas content. Plus affreux, plus sale et plus méchant, et surtout deux fois et demi plus épais que son prédécesseur, avec une grosse moitié des auteur-e-s de Dimension Violences au sommaire. Avec aussi une illustration de couverture complètement dingue de Françoise Duvivier, admirable artiste collagiste, et une série de dessins tout aussi dingues d'Arnaud S. Maniak, non moins admirable artiste que j’ai donc le plaisir de retrouver juste après le projet Weird romances.

 

Ce qu’en disent les (ir)responsables de la chose : « Le GoreZine orchestre la rencontre d’artistes et auteur-e-s offrant un panorama étendu du gore, depuis ses jubilatoires giclées de sang fidèles aux canons du genre jusqu'à ses aspects plus marginaux. Alors si vous voulez découvrir à quoi ressemble en ce moment l'underground de l'horreur (spoil : pas à un pique-nique organisé par Alexandre Jardin) et vous baffrer une orgie de textes et d’illustrations qui utilisent la violence crue, le corps supplicié, la dégueulasserie sociale, les monstres, les cauchemars, le caca dans la tête et des tas d'autres trucs encore pour exprimer le monde contemporain ou simplement les fantasmes bizarres de leurs auteur-e-s, vous êtes au bon endroit. Ce nouveau GoreZine est plus proche du livre que de la revue, d'ailleurs nous considérons cette publication davantage comme une anthologie que comme le numéro deux du fanzine. Jugez plutôt : format 17x17 cm., couverture 300g., pelliculage mat, 256 pages d’horreur, 37 participant-e-s, papier intérieur 90g. ivoire, reliure cousue, tirage limité à 130 exemplaires numérotés à la main, de la belle ouvrage ! Forcément, le prix s'en ressent un peu : 12 euros + 3,50 euros de participation aux frais de port, ce qui est quand même nettement inférieur au prix moyen d'un livre de même taille. »

 

Voilà pour les caractéristiques générales. En ce qui concerne ma petite personne en particulier, je remets donc une pièce dans la machine du Mondo, après mon court texte Mondo merdo, publié à l’origine dans le premier GoreZine, avant d’être repris dans Dimension Violences. Mondo carne, comme son titre le laisse entendre, comporte plusieurs clins d’œil au cinéma d’exploitation italien (entre autres) qui devraient faire plaisir aux amateurs. Néanmoins, malgré cet aspect référentiel assumé, je tenais à éviter le délit d’initié. J’espère y être parvenu.

 

Extrait : Parquet noir, murs noirs. Peaux noires, habits noirs. Cheveux noirs et regards noirs. Sur la scène, la fille noire a pris le micro noir. Derrière elle, deux types en noir arc-boutés contre leurs machines s’envoient des masses de bruit blanc au visage. Noirs, les manteaux de cuir dont ils sont vêtus, et blancs leurs traits dissous derrière les bandelettes qui les recouvrent.

 

Vous avez aimé (et survécu à) Dimension Violences ? Vous adorerez (et succomberez au) GoreZine !

 

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Duma Key - Stephen King

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Sans doute King a mis l'expérience traumatique de son accident de 1999 dans ce livre où, Edgar Freemantle, un entrepreneur millionnaire a un grave accident sur un chantier. Amputation d'un bras, douleurs costales, divorce... son médecin devine vite des tendances suicidaires chez son patient et l'incite à changer de vie, de lieu et de métier. Edgar pose ses valises sur une île de Floride : Duma Key. Il loue une habitation à Salmon Point qu'il surnomme vite Big Pink, du fait de sa couleur rosée. Conquis par le bercement mélodieux des coquillages et des somptueux couchers de soleil, il reprend goût au dessin, passion oubliée depuis ses années estudiantines. Peu à peu, des esquisses prémonitoires, des visions morbides donnent un sens surréaliste à ses peintures. D'ailleurs Dali a vécu trois semaines dans cette maison ! Est-ce un lieu médiumnique ?

Au fil de ses promenades (exercices périlleux), Edgar rencontre Wireman, l'avocat d'Elizabeth Eastlake, une riche octogénaire qui possède toute la partie nord de l'île. Des liens subtils se tissent entre eux. Elle ressent le talent artistique enfoui dans l'homme dont les craintes et les tourments psychologiques empêchent son art de s'épanouir véritablement.

Certes c'est bien écrit, rondement mené, personnages complexes... mais je me suis ennuyé à la troisième partie du livre. Contrairement à Histoire de Lisey où le récit prend de l'ampleur progressivement, je pense que c'est l'inverse pour celui-ci. Le thème central est plutôt éculé pour ma part, même si toute la trame artistique est formidablement bien développée par King. Pour conclure, c'est un bon King qui tient le haut du pavé mais il est moins éblouissant que son précédent roman de 2007 (Histoire de Lisey).

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Noir sur blanc vu par Damien Lagauzère

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L’un des grands mérites de Noir sur blanc, d'Artikel Unbekannt, est d’annoncer la couleur – c’est le cas de l’écrire – dès les premières pages. Par exemple, quand j’ai lu l’expression « Un doigt d'honneur, et trois de ouisquie » j’ai vite compris que ma liste de bouquins à lire allait encore se rallonger. Et ça n’a pas manqué, puisque quelques chapitres plus tard, j’avais finalisé ma commande des deux bouquins de Brice Tarvel parus chez Lune Écarlate, et aussi fait un tour sur le site du Carnoplaste : les bonnes formules marchent toujours sur moi. Ceci dit, non seulement le recueil d’Artikel Unbekannt est composé d’autant de fiches de livres à lire dès que possible, mais il retrace une histoire de ces genres littéraires dont pour ma part je suis loin de connaître tous les détails – même si j'adore lire ce genre d'horreurs.

 

Après avoir fini Noir sur blanc, j’ai réalisé qu’il m'a inspiré plus que je ne le pensais à la base. Outre le fait que je sais désormais où chercher la prochaine fois que j'aurai besoin de références pour finaliser une commande chez Rivière Blanche (entre autres éditeurs) je me suis aussi dit que ce recueil ferait une bonne source pour un étudiant en fac de lettres qui trouverait un prof acceptant un tel sujet. Le tout serait bien sûr de trouver le bon point de départ. Alors, comme je me suis souvenu que dans une vie antérieure, j’ai été étudiant en socio, j'ai cherché… Bon, la réponse ne m'a pas sauté à la gueule comme un facehugger dans l'infirmerie du Nostromo, mais j'ai fini par trouver. En fait, ce bouquin révèle des pistes plus qu'intéressantes dès lors qu'il s'agit de s'intéresser à la structure d'un champ et d'un marché littéraire.

 

Que des livres disparaissent et renaissent plusieurs décennies plus tard sous d'autres titres et pseudo d'auteur, c'est déjà pas banal. Mais il y a aussi un autre axe, qui est celui de la population. Qui sont les auteurs et lecteurs de ces littératures, côté français et US ? Quid du contenu des livres eux-mêmes ? Quelles sont les différences entre les thèmes ? Quelles passerelles entre fond et forme ? (Car il y a forcément des spécificités propres aux auteurs français et US.) Bref, voilà dans les grandes lignes ce que m'a inspiré Noir sur blanc. Merci donc à Artikel Unbekannt d'avoir, l'espace de ces quelques jours de lecture, réveillé l'étudiant en socio qui sommeille finalement toujours en moi. Si Rivière Blanche accepte les stagiaires et que je trouve un sponsor pour financer ma vie d'otium, je reprends mes études !

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Si t'as peur, jappe - Marie & Joseph

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« Le jour où Christian Tarsier avait rencontré le Si t'as peur, jappe, qui se présentait comme « le meilleur groupe de blues, et le seul, de Lévigny-sur-Cher », il devait y avoir, dans son ciel astral une méchante conjonction de Saturne en trigone, de couilles en barre et de Charybde en Scylla ; parce que des groupes de tarés, depuis le temps qu'il promenait sa batterie dans toutes les galères musicales de la région Centre, il en avait déjà connu un certain nombre ; mais comme celui-là, jamais. Que le pianiste fût obsessionnel, le bassiste alcoolique et le guitariste-parolier complètement zinzin dans différentes catégories non homologuées, c'était dans l'ordre, et Christian Tarsier ne songeait pas à s'en étonner : il était bien kleptomane, lui — même si telle n'était pas l'opinion du juge qui l'avait condamné à deux mois de prison ferme, sous le fumeux prétexte que les kleptomanes honnêtes n'opéraient point avec une pince-monseigneur et un rossignol. Mais ces musiciens-là... ben c'était pas des tarés normaux. »

 

Ainsi débute ce deuxième roman paru en 1984, mettant en scène Philippe, Alain, Lazare, Gian Battista et Christian, membres du groupe de Blues minable nommé Si t'as peur, jappe, vivant dans une vieille ferme berrichonne « transformée en kolkhoze musical avec deux litres de bière » dont la principale occupation est de retaper le vieux Ford déglingué afin de reprendre la route. Lors d'un différend de mille balles les opposant à Frillon-Gapier, un fils à papa gérant un magasin de musique, ils vident son camion pour rentrer dans leurs frais. Ils embarquent une caisse à outils sans savoir qu'elle contient un objet mystérieux convoité par une autre bande de loubards. Aussi ridicules, ceux-ci travaillent pour Frillon-Gapier père, un antiquaire. La bande se compose de Valvo (le chef), Frite, Sylvette (la maîtresse de Valvo et comptable chez Frillon-Gapier fils), Sartago (le gorille) et Tatou toujours accompagné de son rat Gégène. De Bourges, le groupe part vers les Cévennes. Les péripéties seront nombreuses, les situations burlesques et les dialogues savoureux. Quel est ce mystérieux trésor que convoitent les voleurs ? Dans le final cévenol, deux autres sbires vont se mêler à cette affaire sordide : Paludes et Sorbonne le Katangais. C'est un polar jouissif où la grande culture des auteurs suinte à chaque page. Les personnages ne sont guère avisés, ce qui décuple l'intérêt des lecteurs. Vive le polar socio-rural dont Marie & Joseph sont les histrions.

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