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Rage - Richard Bachman

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

À partir de 1977, Stephen king a publié sept romans sous le nom d'emprunt de Richard Bachman. La supercherie étant découverte par un journaliste, King admit être cet auteur double en 1985. Comme mon comparse Léonox, je préfère les Bachman aux King. Ce sont souvent des romans secs, sombres, brutaux, perfides, moins obèses (n'est-ce pas Serge ?) où les complexes d'enfance de King jaillissent : rejet des camarades, troubles psychologiques, abandon du père, brimades, vexations, conflits familiaux, déchéance sociale, perte d'un emploi... Utiliser Bachman fut aussi l'occasion d'éditer des romans de jeunesse inédits et de ne pas noyer le marché par un Stephen King trop prolifique ; les éditeurs ne voulant pas vendre plus d'un King par an. Selon la légende, Bachman serait né de la conjonction d'un livre de Richard Stark (l'autre alias maléfique de Donald Westlake) et d'un disque de Bachman-Turner Overdrive. À l'origine, King désirait prendre le pseudonyme de Guy Pillsbury (celui de son grand-père maternel) mais, à cause de fuites, King dut retirer son manuscrit rédigé en 1965 et achevé en 1971 : Getting It Hot.

New American Library sortit ce roman en 1977 avec un autre titre choc et explicite : Rage. Ce livre est un cas à part dans l’œuvre kingienne. Tout d'abord, ce fut le premier roman écrit par King, encore lycéen. Et surtout, c'est le seul bouquin interdit de réédition, suite à divers événements dont l'Amérique nous offre une vision effroyable régulièrement (et ce n'est pas la dernière tuerie à Las Vegas qui nous prouvera le contraire). La fusillade au lycée de Columbine fut la goutte d'eau pour King et il prit cette décision radicale. Vous ne trouverez ce livre qu'en occasion désormais. Pour ma part, je possède trois exemplaires différents.

Ce roman de jeunesse peut devenir un mode opératoire pour des esprits instables, un vecteur potentialisant de violence. Durant une matinée, Charles Decker prend sa classe en otage, après avoir tué deux enseignants. Toute la haine qu'il contient depuis l'enfance éclabousse le récit, par la narration à la première personne. Charlie raconte tout à ses camarades qui éprouvent de la sympathie (pitié ?) pour lui au fil des heures. Un jeu pervers se met en place, telle une thérapie de groupe où chacun s'explore et crache son venin. Deux filles se battent et se giflent tandis que Ted Jones, le mec parfait, devient le loup à abattre. Charlie se joue des flics, du proviseur, du psy du lycée de Placerville par le biais d'un interphone. Ses répliques cinglantes forcent l'admiration des vingt-quatre élèves. L'autorité parentale est remise en cause, on y évoque les tracas de la sexualité naissante ou consommée et Charlie devient le miroir, un puits de vérité. Les valeurs éducatives du système américain sont critiquées et Charles étend son emprise psychique sur le groupe. On le constate surtout lorsqu'une fille sort aux toilettes et revient dans la classe sans avoir eu l'instinct et la volonté de s'enfuir.

Charlie a besoin de reconnaissance. Qui n'a jamais cherché à le comprendre ? Rage est un regard acide sur la recherche de maturité, d'existence et de loyauté. Il faut lire Bachman encore et encore. Même si King l'a fait mourir "d'un cancer du pseudonyme" et lui a rendu hommage dans la préface de La part des ténèbres. On peut supposer qu'un Bachman sortira un jour, manuscrit de jeunesse oublié dans un tiroir (Blaze est un exemple), une caisse, un carton ou un grenier. Notamment Babylon Here (nommé aussi Sword in the Darkness selon d'autres sources), long roman réaliste décrivant une émeute raciale écrit juste après Marche ou crève, de 1968 à 1970. Je dis ça, je dis rien... Stephen ?

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Ça - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

À l'occasion de la sortie du remake de "Ça" fin septembre, j'en profite pour sortir une vieille chronique de la trilogie. C'est cadeau !

 

Le premier volet débute en 1957 par une scène atroce : un gamin joue avec un bateau en papier le long d'un caniveau. Il s'agit de George Denbrough, frère de Bill le Bègue. Le frêle esquif (badigeonné de paraffine par le frérot) tombe dans une bouche d'égout. Le gamin se penche et aperçoit... un clown ! Aux multiples surnoms : "Mr. Bob Gray", "Grippe-Sou", "Le clown cabriolant". L'enfant ne se méfie pas et tend son bras pour un ballon et une barbe à papa. 45 secondes plus tard, Dave Gardener arrive le premier sur place après le premier cri. "Du sang coulait dans l'égout depuis le trou déchiqueté où se trouvait autrefois le bras gauche ; des os emmêlés, horriblement brillants, dépassaient du vêtement déchiré." Vingt-sept ans plus tard (en 1984) des événements se déroulent et s'enchaînent. Un pédé se fait tabasser par une bande de jeunes. Ils le font basculer par dessus le pont. Deux témoins (un voyou et le compagnon homo de la victime) voient un clown près du pilier qui attrape Hagarty dans l'eau pour lui bouffer le bras sous des milliers de ballons. Afin de faire condamner les trois délinquants, la police occulte ces témoignages. Lors du procès, personne ne fit allusion au clown. Un an après, la galerie de personnages s'allonge. Nous apprenons que William Denbrough (rappelez-vous : Bill le bègue) est devenu un écrivain d'épouvante. Son ami d'enfance, Stanley Uris, est un homme qui a réussi professionnellement. Un soir, il reçoit un coup de téléphone (un certain Mike). En raccrochant le combiné il reste évasif envers sa femme sur le destinataire de l'appel. Il monte, contrairement à ses habitudes, prendre un bain, au grand étonnement de Patricia. Inquiète, elle grimpe au premier et découvre une porte fermée. Elle trouve une clé et pénètre dans la salle de bains. Macabre spectacle : son mari s'est tranché les deux bras, du poignet au creux du coude, pour ensuite tracer de son propre sang sur le carrelage bleu au-dessus de la baignoire, un mot : ÇA !

Richard Tozier, un célèbre DJ d'une radio de rock, est également appelé par Mike Hanlon. Rich doit aller à Derry car "Il" est revenu. Durant l'été 1958, des gamins se sont promis de se rassembler lorsque "Ça" serait de retour. Rich avait onze ans en 1958. Déjà nous sentons que l'indicible est là, sous nos terreurs d'enfants. Un pacte de sang a été conclu. Des gamins formaient "la bande des nouilles" cet été-là. Des enfants emmerdés par des durs et coursés par trois terreurs : Reginalg Huggins dit "Le Roteur", Victor Criss et le chef, un gosse démoniaque, Henry Bowers. Ben Hanscom se souvient de tout ceci, un soir au bar, devant son ami Ricky Lee. Ben était le gros de la bande martyrisée. Aujourd'hui Hanscom est un architecte reconnu (on lui a même consacré une couverture au Time comme architecte le plus prometteur des États-Unis !) ; hélas Ben a également été contacté. Ben se biture la gueule au whisky et reprend sa route. Lee se dit que c'est la dernière fois qu'il le voit.

Eddie Kaspbrak est un homme particulier. Chauffeur de célébrités (il devait conduire Al Pacino avant d'avoir son coup de fil de Mike), il est submergé par les souvenirs d'une mère envahissante envers un fils trop délicat (du moins pour elle). Depuis sa boîte à pharmacie déborde de médicaments (sur quatre niveaux) et il ne sort jamais sans inhalateur ! Il embarque tout son attirail et prend un taxi, au grand désespoir de Myra, son épouse. Il repart vers l'été 1958 ! Beverly Rogan est une femme battue. Travaillant dans la mode, elle est mariée depuis quatre ans à Tom, un homme gros et violent. Elle ne doit pas fumer en sa présence. Un dîner froid et c'est trois coups de ceinturon ! L'appel de Mike, qui la prévient que "Ça" est revenu, l'émancipe. Elle cogne son mari avant de partir dans la nuit. Sans argent et une simple valise à la main. Mike Hanlon est le seul à être resté à Derry. Dès 1980, il se doute que "Ça" est revenu mais il attend avant d'être sûr. Il fait des recherches sur Derry qui n'est pas une ville comme les autres. Beaucoup trop de crimes de sang jalonnent l'histoire de Derry. Des crimes ou catastrophes redoutables, disparitions d'enfants (127 pour l'année 1958), une population entière de 340 âmes a même disparu en 1741 ! En quatre mois ! Pas un indice. Est-ce une ville où se nourrissent les animaux ?

Stephen King pose ses personnages sur deux-cent-huit pages exactement ! Peu à peu, nous découvrons la formation du Club des Ratés. Tout commence dans les Friches-Mortes, un vaste marécage où se déversent les eaux usées de Derry. Les enfants construisent un barrage sous les ordres de Ben. Incidemment, nous découvrons que chacun a déjà eu affaire au monstre dévoreur d'enfants. Celui-ci se présente sous diverses formes selon les témoignages : créature des égouts, momie, loup-garou. Bill et Richie combattent « Ça » avec un pistolet PPK, de la poudre à éternuer et une fronde ! Des sentiments naissent également avec Ben et Richie (tous deux amoureux de Bev ; elle-même amoureuse de Bill), la haine envers la bande de Bowers amène des affrontements réguliers, la terreur... tout commence à se mettre en place par les savoureux come-back des protagonistes qui se dirigent vers Derry.

 

Stephen King a distillé de nombreux éléments de sa vie personnelle dans ses personnages. Ceux-ci possèdent des complexes et des traumatismes. Bill est bègue et souffre de la mort de son petit frère. Eddie est couvé par une mère maladive. Bev est battue, Richie se crée des voix pour dissimuler sa personnalité tandis que Ben est obèse. Stan est juif et écarté par les écoliers en général. Mais ensemble ils affrontent les tourments de la vie avec le sourire. Des caillots de sang giclent du lavabo de la petite Bev tandis que Ben, Stan et Eddie avouent également leurs visions communes du monstre. Ils aident Bev à nettoyer la salle de bains maculée. Ils sont seuls à voir ce macabre spectacle ; les adultes y sont aveugles. Curieusement, dès que les enfants se solidarisent, le monstre recule comme s'il se nourrissait des peurs enfantines. La maturité est un bouclier et ils vont vite s'en apercevoir.

Mike Hanlon se remémore les souvenirs de son père, soldat à Derry en 1930. La Légion de la Décence Blanche (un groupuscule du KKK) incendie le BlackSpot et fait soixante morts. Le racisme est partout mais le mal est ailleurs : il est enfoui dans le sol de Derry. Mike relate les événements dans son journal. Déjà, à l'époque, son père avait eu affaire à Butch Bowers, le père de cette racaille d'Henry. Tout est lié à Derry, le bien et le mal. La narration de l'incendie du Black Spot est un paragraphe d'anthologie. Toute la bande est enfin réunie. Après un repas de retrouvailles au Jade Of The Orient (fortement perturbé au dessert), chacun retourne vers des lieux de son enfance. Les hallucinations morbides se succèdent. Le clown surgit dans la bibliothèque pour Ben, prend la forme d'Huggins le Roteur pour Eddie... Ils se souviennent : Mike est accepté dans la bande après une bataille forcenée aux cailloux contre Henry et ses potes. Ils dévoilent à Mike leur terrible secret : ils savent qui tue les enfants et ce n'est pas un être humain. Après la cérémonie de la petite fumée, ils ont la vision de la venue originelle de « Ça ». Eddie a mûri. Il affronte enfin sa mère qui lui reproche de suivre des mauvais amis. Ed ne veut pas de chantage affectif. Sa mère comprend que son fiston chéri n'est (ne sera) plus jamais le même.

Le troisième volet est nettement plus violent que les deux autres. On sent que le King ne plaisante plus ! Il a présenté ses personnages, les lieux, les décors, les complexes, les heurts, les souvenirs, les statuts sociaux... maintenant il tranche dans le vif ! Et cela commence par la mort du jeune Patrick Hockstetter (un sociopathe en devenir), un maniaque cruel envers les animaux. Les sangsues vont lui régler son compte. Le déroulement s'étoffe et on devine que la fin va être terrifiante. La ville de Derry possède une autonomie propre comme les personnages qui la peuplent. Ce roman est géant et cancéreux. Il vous ronge les os et vous glace le sang. Les effets sont superbement rendus et distillés avec soin.

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Trilogie Bill Hodges - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Sans avoir lu Stephen King durant des mois, je me suis plongé dans cette trilogie consacrée à Bill Hodges, un officier de police retraité. Dépressif, il passe ses journées devant la télévision à regarder des jeux débiles. Près de lui, un flingue qui le tente. Il le porte souvent à sa bouche. Et c'est un macabre fait divers qui va le sortir de sa léthargie. Un homme dans une Mercedes grise va foncer dans une foule de demandeurs d'emplois au City Center. Huit morts et des dizaines de blessés. Par jeu, le tueur va adresser un courrier à l'ancien flic et un contact virtuel sur la messagerie d'un site Le parapluie bleu de Debbie. On connaît vite l'identité de Mr Mercedes, un pauvre type vivant avec sa mère alcoolique, relation presque incestueuse. Mais c'est un type intelligent et minutieux qui adore bricoler des « trucs », notamment pour capter le signal d'ouverture des portières d'une bagnole. Dans ce jeu pervers entre les deux hommes, le flic va être secondé par deux alliés : Jerome, un étudiant afro-américain et Holly, une femme un peu tarée et virtuose de l'informatique. Hodges va perdre une femme aimée dans cette lutte acharnée mais aussi une raison de vivre. Empêchera-t-il une autre tragédie ? Mr Mercedes a les moyens techniques pour causer la mort d'une centaine d'innocents. Surtout qu'il a une idée en tête...

 

Nous retrouvons nos trois acolytes, quatre ans après les faits, dans Carnets noirs. Hodges a fondé une agence nommée Finders Keepers et Holly est devenue sa secrétaire. Sauf dans de brefs apartés, Mr Mercedes est absent de l'intrigue. C'est une autre histoire qui se déroule sous nos yeux. Tout débute par un cambriolage en 1978 chez un écrivain célèbre : John Rothstein, auteur de la trilogie Jimmy Gold et qui n'a rien publié depuis quinze ans. Mais il a écrit dans des carnets (165 au total) qui sont rangés dans un coffre-fort. Morris Bellamy, le cerveau de la bande a connaissance de l'existence de ces carnets, tue l'écrivain par vengeance (il ne supporte pas ce qu'est devenu Jimmy Gold et en veut à l'auteur) et planque l'argent et les carnets dans une malle. Cette malle est enfouie sous les racines d'un arbre, au bord d'un ruisseau, près de chez lui. Pour une sordide affaire de viol, il prend trente ans de prison. En 2009, Pete Saubers qui habite dans l'ancienne maison de Morris va trouver par hasard cette malle. Et l'argent qui représente 20 000 dollars. Et il va s'en servir pour aider ses parents car son père est handicapé : il faisait partie des blessés du City Center. Durant quatre ans, Pete va poster 500 dollars chaque fin de mois, sans que ses parents se doutent de la provenance de cet argent qui va les sortir de la misère. Pete est un fan absolu des livres de Rothstein et va planquer les carnets pour les compulser petit à petit. Deux romans inédits de Jimmy Gold, des nouvelles, des poésies, des essais. C'est une découverte majeure à ses yeux et des collectionneurs se ruineraient pour ces carnets intimes. Et cette idée commence à germer dans sa tête, surtout lorsque la réserve d'argent est épuisée. Arrive ce qui devait arriver : Bellamy sort de prison, liberté conditionnelle. Il est vieux et épuisé. Mais son obsession est restée la même. Reprendre la malle et lire les carnets. Il ne pense qu'à ça depuis trente longues années. Sa déception va se transformer en une haine morbide. Et il va partir à la chasse de celui qui a pris son trésor. Bill Hodges, Jerome et Holly vont aider Pete, suite à l'appel de Tina, sœur de Pete et amie de la sœur de Jerome. C'est une course contre la montre. Car Bellamy retrouve vite le responsable du sacrilège et il ne pardonne rien.

 

Fin de ronde reprend un aspect plus surnaturel que les deux autres romans. Mr Mercedes reprend du service. Je ne vais pas dévoiler l'intrigue, mais on parle de psychokinésie, de tablettes digitales (les fameux Zappits) reprogrammés, le jeu Fishin' Hole et sa démo hypnotisante, les poissons roses à choper, les étranges Dr Z et son acolyte Z-Boy... Mr Mercedes est le Prince du Suicide et Hodges est à cran pour attraper ce tueur redoutable. Sous fond de contrôle mental, King nous délivre un thriller fantastique musclé et terrifiant. Surtout par les personnages attachants et complexes. Quel malheur de quitter Holly, Hodges et Jerome. Se dire qu'on ne les reverra sans doute jamais. Une véritable tristesse après avoir lu la dernière page de cette formidable trilogie. Le deuxième opus est un peu à part, selon moi, dans la cohérence de cette trilogie. C'est plus un hommage à la littérature américaine et à J.D Salinger en particulier, sous les traits de Rothstein (un mélange de Philip Roth et de John Steinbeck ?). Les deux autres opus sont plus proches et putain que le final est émouvant. Pour ne rien vous cacher, j'ai même versé une larme. King a fait le boulot comme jamais. Gloire à William Kermit Hodges, le Off-Ret. Un toufu policier au grand cœur.

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Brume - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Brume est un recueil de nouvelles dont la nouvelle éponyme est la plus longue. Ce recueil couvre une période de 17 années d'écriture. Des gens se trouvent coincés dans un supermarché tandis qu'une brume épaisse envahit le pays. Des monstres tentaculaires et oiseaux préhistoriques évoluent dans le brouillard. Une hystérique religieuse sème le trouble dans la foule. Nouvelle adaptée par Darabont, sous le titre The Mist.

En ce lieu, des tigres ou le souvenir de la première institutrice du King à Stratford dans le Connecticut. Et si un tigre venait la boulotter dans les toilettes ? King n'aurait pas été contre ! Récit surréaliste. Le singe est un jouet maléfique (thème de la couverture) qui revient hanter l'homme qui le trouvât enfant. La révolte de Caïn est troublant car il est prémonitoire du massacre de Columbine et rappelle évidemment le roman Rage écrit sous le pseudo de Richard Bachman. Un étudiant abat froidement ses camarades de campus. Il est adossé à la fenêtre, un fusil à lunette dans la main. Le raccourci de Mme Todd me plaît par sa narration enjouée. Mme Todd (qui apparaît sous les traits de Tabitha King) est une fana des raccourcis, notamment pour relier Castle Rock à Bangor. Les chemins empruntés deviennent de plus en plus courts et défient le temps et l'espace. Puis Mme Todd disparaît un jour.

Un homme se souvient d'une expédition. L'excursion, chose rare chez King, est un récit à forte tendance SF dont le thème est la téléportation sur Mars. Nous suivons Carune, l'inventeur du procédé, 320 ans auparavant, en 1987. La conclusion est atroce. Le gala de noces se passe durant la prohibition. Un mafieux invite un groupe de jazz aux épousailles de sa frangine. Une seule condition : ne pas se moquer d'elle car elle est grosse, un vrai dinosaure humain. Paranoïa : une mélopée tient sur trois pages ! Un homme est envahi d'une paranoïa universelle. Le monde entier conspire contre lui.

Le radeau est une histoire que vous pourrez voir adaptée dans Creepshow 2. Quatre étudiants se baignent dans un lac et rejoignent un radeau ancré à cinquante mètres du rivage. Le premier jet écrit en 1968 fut perdu par Stephen (c'est un de ses défauts d'égarer plein de tapuscrits !). Machine divine à traitement de texte parut à l'époque dans Playboy et lui rapporta deux mille dollars. Bon récit très plaisant à parcourir contrairement à L'homme qui refusait de serrer la main que j'ai trouvé assez basique avec une conclusion sans surprise. Sables : un vaisseau fédéral s'écrase sur une planète. Plus précisément sur une immense mer de sable. Deux hommes sont à bord, le troisième étant mort. Face au désert, la fin est inéluctable pour l'équipage car l'eau vient à manquer. Un vaisseau vient les secourir. Récit bizarre qui rappelle Twilight Zone.

L'image de la Faucheuse est foutrement intéressant. Dans un musée des curiosités, on enlève le miroir de Delver car des clients tentent régulièrement de le détruire. Miroir maléfique aux effets troublants depuis des siècles. Un homme défie le miroir et se place devant, malgré les avertissements du conservateur. Nona relate la cavale sanglante d'un homme possédé. Sa fuite se termine dans un caveau avec sa belle. Pour Owen est un hommage touchant du King envers son fils atteint d'obésité. Le goût de vivre ou la volonté réelle de survie d'un homme qui fait preuve de cannibalisme envers son propre corps pour survivre après un naufrage. Le camion d'oncle Otto fut écrit après un long voyage de King en voiture. Le camion existe vraiment. Récit du style de Christine. Un véhicule se venge d'un assassinat et reprend sa place dans le champ.

Livraisons matinales (laitier n°1) par le méchant Spike, laitier chez Cramer. Je ne vous conseille pas d'être sur le chemin de sa tournée. Grandes roues : où l'on lave son linge sale en famille (laitier n°2) : un loser doit passer un contrôle technique. Hélas, sa Chrysler 1957 est foutue. Mémé est un récit touchant où un enfant est confronté à la mort de sa grand-mère. Il est seul dans la maison et ne sait pas quoi faire, ni comment réagir... surtout lorsque la mémé désire l'étrangler ! Un des meilleurs récits de ce recueil. La ballade de la balle élastique où un éditeur narre le suicide d'un jeune auteur prometteur, rendu célèbre avec sa nouvelle "La Ballade de la balle élastique" et son premier roman "Les Mafiosi". Succès éditorial et adaptation cinématographique. Un enfant fut à l'origine du drame. Le thème est la folie.

Le chenal est une nouvelle que j'apprécie car cela se passe sur l'Ile de la Chèvre et j'adore les histoires qui se développent sur une île. Pas d'échappatoire possible sur une terre ceinte d'eau. Il ne reste que les hommes et des consciences. Stella Flanders, la plus ancienne résidente de l'île, se souvient...

Recueil complet de Stephen King qui aborde des thèmes fondamentaux sur les destinées.

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Joyland - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Roman assez court pour le Maître de Bangor car il ne comporte que 325 pages. Les critiques que l'on peut lire sur le ouèbe sont diverses et variées et je vais vous donner mon avis (... ça tombe bien, ce blog est fait pour ça !).

Certes l'histoire manque d'approfondissement pour les personnages secondaires (le personnel du Parc principalement), on aurait aimé en savoir plus sur les protagonistes, leur passé, le devenir de quelques autres, la mort de Linda, la période se passant entre la jeunesse et la vieillesse de Devin Jones... mais l'ambiance est là ! Un étudiant puceau et en détresse se retrouve à travailler dans un Parc d'Attractions durant l'été 1973. Il rencontre des amis et un mode de vie propre à Joyland (la Parlure, porter la Fourrure, les lapins...) qui va marquer sa vie à tout jamais.

King y ajoute d'autres ingrédients : le fantôme d'une femme assassinée dans la Maison de l'Horreur, un gamin atteint de dystrophie musculaire et d'un léger shining, une logeuse, une cartomancienne... tout un univers rappelant "La foire des ténèbres" de Bradbury avec un ton plus mélancolique et poétique.

Les nostalgiques des vieux King devraient apprécier ce roman. Moi j'ai savouré chacune des pages et j'ai bouffé ce bouquin en trois jours. On peut penser à l'atmosphère de "Stand By Me" (comme le signale la quatrième de couverture) mais, pour l'errance initiatique du personnage, j'ai pensé à "Duma Key". Lisez ce bouquin et donnez votre avis ici. Tout ce que je peux dire, c'est que Joyland laissera une trace dans mon imaginaire. Il a déclenché en moi de vagues souvenirs et des émois de jeunesse. Une fois encore, King prouve qu'il est encore là et pour longtemps.

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Blaze - Richard Bachman

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Blaze est une particularité à lui seul. Il fut écrit avant Carrie ! Rédigé sous le pseudo de Bachman entre 1966 et 1973, c'est le dernier des romans de Bachman (Rage, Marche ou crève, Running Man, Chantier et La peau sur les os). Stephen le trouva mauvais et l'oublia durant quelques années. Le manuscrit fut déposé dans un carton dans un coin de la bibliothèque Folger de l'université du Maine durant trente ans ! King admet aussi avoir perdu deux autres manuscrits : Under the Dome et The Cannibals. Blaze fut donc révisé et publié. Les droits d'auteur iront à la fondation Haven. Mais passons tout de suite à l'intrigue...

On voit tout de suite que c'est une œuvre de jeunesse car Stephen souffre d'habitude d'éléphantiasis littéraire contrairement à Blaze qui comporte des chapitres très courts et peu développés dans la psychologie des personnages. Psychologie guère poussée d'ailleurs pour Blaze le colosse hanté par la voix de son mentor George, un caïd à la petite semaine. Le père de Blaze a eu la bonne idée de jeter son gamin trois fois de suite dans l'escalier. Depuis Clayton "Blaze" Blaisdell est retardé mental avec une carrure de colosse. Entraîné vers des combines foireuses par George, Blaze sert de main-d’œuvre pour les boulots de merde, du genre voler une tire... encore faut-il penser à baisser le capot ou éteindre la loupiote du plafonnier !

Le dernier plan foireux de George est d'enlever le bébé d'une riche famille d'armateurs : les Gerard. Hélas, George n'est plus et ne subsiste que dans la tête de Blaze. Le colosse décide de mettre en oeuvre le rapt. Purs moments de lecture à la vue de Clayton faisant ses courses dans un magasin pour nourrissons ou bien encore le braquage d'une boutique pour quelques dollars... surtout penser à mettre le bas sur le visage ! Blaze pénètre chez les Gerard en pleine nuit et enlève le nourrisson. En parallèle nous assistons à des flashbacks sur l'adolescence de Blaze à Hetton House, un pensionnat pour orphelins et enfants difficiles. Il y règne une discipline de fer. Il se fait un copain : John Cheltzman, qui l'aide à faire ses devoirs de maths en contrepartie d'une protection car John est le souffre-douleur de ses camarades. Ensemble ils font une virée mémorable à Boston après avoir trouvé un portefeuille rempli de dollars dans un cinoche. L'épisode de la cueillette des myrtilles est le plus touchant, voire dramatique. Le destin de Blaze se trompe de sens à ce moment hélas.

C'est un bouquin divertissant de King. La lecture est aisée, ça se lit comme un bon polar à la James Hadley Chase et Blaze est attachant dans ses déboires. De nombreuses touches comiques parsèment l'histoire. Ce roman de jeunesse permet de découvrir une facette de King plus légère et moins complexe. Roman moins ambitieux que tous les autres mais qui offre l'occasion d'un excellent compromis entre deux récits plus corsés...

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22/11/63 - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Ce roman de King est une réelle prouesse, une immersion dans l'Amérique des années 1958 à 1963. King s'inscrit dans le thème du voyage dans le temps avec efficacité et on peut affirmer que ce roman deviendra un classique du genre au même titre qu'un H.G Wells ou Poul Anderson. En 2011, Jake Epping (un prof d'anglais) se trouve confronté à une faille temporelle découverte par un ami restaurateur atteint d'un cancer. Se sachant perdu, il demande à Jake de poursuivre une mission précise : empêcher l'assassinat de Kennedy en 1963. Mais chaque traversée dans le temps est une remise à zéro des évènements changés. Epping est donc forcé de passer cinq années dans le passé car chaque passage débute systématiquement le 09 septembre 1958 à 11h58.

King va émailler son intrigue de multiples rebondissements : paris sportifs en connaissance des résultats, tuerie d'une famille, passage par Derry (et rencontre avec deux protagonistes de ÇA) et surtout une histoire d'amour intense avec une bibliothécaire. Peu à peu, Jake va entrer dans l'univers de Lee Harvey Oswald, suivre ses déplacements dans des quartiers miteux à Dallas, en tentant de savoir si l'homme va agir seul. Mais le passé est tenace et ne se laissera pas dompter. Jake va subir des souffrances physiques, morales et psychologiques irréversibles.

Sur 935 pages, King envoûte le lecteur par un suspense incroyable et documenté. Pour anecdote, c'est Joe Hill (le fils de Stephen King) qui a trouvé une fin autre que celle choisie par son père à l'origine. La conclusion est simplement terrifiante et prouve qu'on ne change pas impunément le passé sans briser certaines harmonies. En résumé, 22/11/63 est un chef-d’œuvre !

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