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Longue marche et grande traque - Richard Bachman

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Concernant l’œuvre de Stephen King, j'ai une admiration pour les romans signés Bachman. Ils sont plus secs, nerveux, moins épais et le style de jeunesse de King est nettement différent comme si l'instinct prenait le dessus sur la réflexion. On va s'intéresser sur deux romans d'anticipation mettant en scène deux hommes jeunes : Ben Richards (28 ans) et Ray Garraty (16 ans). Marche ou crève fut achevé durant l'année scolaire 66/67 lorsque King était encore étudiant universitaire et publié en 1979. Cent jeunes hommes impliqués dans une marche sélective encadrée par des militaires. Moins de 6 km/h et c'est un avertissement. Celui-ci s'annule après une heure de marche sans rappel à l'ordre. Trois avertissements et le marcheur incriminé est abattu. Le gagnant final (et donc l'unique rescapé) recevra ce qu'il désire jusqu'à la fin de ses jours. L'action est entrecoupée par les monologues internes de Garraty, les hommes deviennent des fauves apeurés, le temps se fond dans un magma informe et dénué de repères. Toutes les limites humaines s'acheminent vers les frontières de la folie. La réalité s'efface peu à peu vers une âme commune mise à nu et à mort. C'est un roman terrifiant au destin inéluctable.

 

On retrouve plus d'ironie et de cynisme dans Running Man (1982) où le pays est contrôlé par le Réseau et sa télévision obligatoire, le Libertel. Les programmes diffusés sont des jeux morbides et les téléspectateurs peuvent cracher leur haine, dénoncer et même tuer les fugitifs. Tout ceci pour occulter les classes sociales misérables qui vivent dans des taudis puants et dont la pollution rythme les décès, à grand renfort de statistiques tronquées. Nous sommes proches d'un univers imaginé par Orwell : 1984. Pour guérir sa petite fille de dix-huit mois atteinte d'une pneumonie, Richards intègre « La grande traque » après une sélection impitoyable. Il doit survivre durant un mois tout en postant deux vidéos chaque jour sous peine de perdre ses primes quotidiennes. Tous les coups sont permis pour le dénoncer, l'abattre, le reconnaître. Mais Richards est un homme intelligent, sachant bluffer et tromper ses ennemis. Nous assistons également aux tromperies de la télé-réalité qui présente sa femme comme une vulgaire clocharde. Les visages sont retouchés et tout est fait pour attiser la haine du grand public envers l'homme traqué. Une fois encore, le destin du personnage central sera implacable.

 

Il faut se jeter sur ces deux romans pour les intrigues efficaces et concises. Les histoires se déroulent en temps réel, un compte à rebours infernal et la lente agonie d'un homme contre une autocratie démoniaque et perfide. Assurément, ce sont deux livres à part dans la constellation kingienne. Et peut-être les meilleurs... Pour l'anecdote, Ben Richards se retrouve à Derry lors de sa fuite. Heureusement, pas de clown à la con à l'horizon ! Juste des chasseurs et les médias.

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Roadmaster - Stephen King

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Le narrateur principal du roman est Sandy Dearborn, chef de la compagnie D. Il relate des souvenirs auprès de Ned Wilcox, dont le père (flic aussi à la compagnie D) vient d'être tué sur la route. Jeune recrue, Sandy fut appelé avec ses collègues à se rendre dans une station-service. Un mystérieux homme en noir s'est volatilisé en laissant sa Buick devant la pompe à essence. Celle-ci est d'aspect étrange et son intérieur est factice : le volant ne tourne pas, les boutons de radio ou de boîte à gants non plus. La voiture est entreposée dans le Hangar B depuis, sous le secret total de l'équipe. Le père de Ned avait été le plus intrigué à l'époque car il entendait un étrange bourdonnement à l'intérieur de la voiture. Curt Wilcox déclara aussitôt que la Buick "était une zone sismique". Peu de temps après, des phénomènes étranges se produisent : séismes de lumière, apparitions d'êtres démoniaques, disparitions de policiers... Ned veut en avoir le cœur net pour comprendre la mort de son père.

Deuxième roman où King prend une automobile comme thème central après Christine. Le rapport avec la Tour Sombre est évident. L'apparition des créatures lovecraftiennes rappelle également les monstruosités de Brume.

Ce roman démarrait bien pourtant ! Puis, peu à peu, des longueurs narratives rendent une lecture ennuyeuse. On assiste à des descriptions incroyables (autopsies), personnages attachants ; le tout sur une géographie très réduite. Toute l'histoire se passe dans un rayon de quelques kilomètres seulement. Originalité du roman aussi par le choix de la Pennsylvanie et non du Maine pour situer l'action. Je suis très partagé sur ce livre, intéressant et chiant à la fois.  

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Shining, l'enfant lumière - Stephen King

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C'est un bouquin hallucinant. 500 pages d'un récit qui se dévore comme la folie dévore le héros Jack Torrance atteint du "mal des blédards". Torrance est un ancien prof tombé dans une déchéance d'alcoolique. Il dépose depuis des années, sur un manuscrit de pièce de théâtre, toute sa médiocrité et un labeur inutile d'écrivaillon raté. Ses penchants pour la boisson — et la violence envers son fils (celui-ci fait tomber de la bière sur les feuillets de LA PIÈCE et se fait casser le bras par un père fou de haine) et sa femme Winnifred dit "Wendy" — font craindre le pire. Le divorce n'est pas loin car Jack a perdu son boulot d'enseignant. Normal lorsqu'on frappe un étudiant qui vous a crevé les pneus. La solution ou le retardement de l'échéance du couple est le repli dans les montagnes. Un ami lui fourni un emploi de gardiennage d'hiver dans l'hôtel Overlook, palace de 110 chambres. Le cuisinier révèle à Danny qu'il possède le Don. Le gamin de cinq ans a des visions d'avenir. Viens ici petit merdeux. Ce séjour forcé lui fait peur. Où te caches-tu petit merdeux ? Son compagnon invisible Tony le met en garde. Jack est ravi de cette solitude. Il va pouvoir enfin se consacrer à LA PIÈCE de toute son âme.

Danny ressent de plus en plus l'oppression des lieux. Il faut dire aussi que le précédent gardien a pété les plombs. Ses deux filles furent massacrées à la hache et il tira sur sa femme avec un fusil de chasse avant de retourner l'arme sur lui. Tu vas recevoir ta raclée, sale garnement. Danny possède donc le shining, le pouvoir de ressusciter les choses et les événements passés. Les incidents maléfiques tapis dans l'hôtel vont se réveiller et entraîner Torrance dans une satanée spirale. Pour Wendy, cette retraite forcée est l'occasion de sauver son foyer en péril. Hélas les mauvaises manies de Jack, insidieuses, menaçantes et paranos vont percer la carapace déjà ébranlée de l'écrivain. Wendy est sous la coupe d'une mère agressive et aigrie tandis que Jack se remémore une enfance rythmée de brutalités d'un père alcoolique et d'une mère déconnectée de la réalité. Un frère sera tué au Vietnam. Jack commence à entrevoir son père dans des délires psychotiques ; la haine se distille dans tous les pores de Jack. Son cerveau s'embrume de paranoïa destructrice. Le mal est là. La fin est purement hallucinante. Au final, pas grand chose à voir avec l'adaptation de Kubrick ! Pas de scène de hache mais un autre ustensile est utilisé pour les joutes hôtelières ! Le côté maléfique de l'emprise de l'hôtel sur Jack est nettement plus accentué dans le roman. Il ne faut pas oublier non plus un aspect primordial du roman : le rôle de la chaudière ! J'oubliais un parallèle important : la similitude du récit avec La Mort Rouge de Poe. Un extrait est cité en préface. Les couleurs sont importantes dans ce roman, ce sont des balises dans la folie destructrice de Torrance.

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Salem - Stephen King

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Cette nouvelle édition de 2006 comporte une préface de l'auteur datée de 2005, des scènes coupées dans le roman de 1977, une postface de 1999 et deux nouvelles en rapport avec Salem parues dans le recueil Danse Macabre : "Un dernier pour la route" et "Celui qui garde le ver". Des illustrations inédites en noir et blanc assurent à l'ensemble une lecture plaisante et indispensable pour les fans.

Ben Mears est hanté par un souvenir vécu enfant dans une maison. Marsten House fut le théâtre de crimes horribles. Ben découvre un pendu à l'étage. King présente les personnages de Jérusalem's Lot dans les premiers chapitres. Ben est un écrivain. Il désire acquérir la demeure de Marsten House juchée en haut d'une colline mais il apprend que celle-ci a été vendue à un certain M. Straker et son associé Barlow. Ils achètent la maison et ouvrent une boutique d'antiquités (tiens, tiens... serait-ce un prélude à Bazaar ???). Peu à peu l'horreur s'empare de Salem. Un homme découvre un chien empalé sur la grille du cimetière ; un enfant disparaît tandis que son frère Danny décède peu après à l'hôpital d'une sorte d'anémie pernicieuse. Le chef de la police municipale Parkins Gillespie mène son enquête et soupçonne les "étrangers" Straker, Barlow et Mears d'un lien quelconque envers la disparition de Ralphie Glick.

C'est le second roman de King et une de ses œuvres favorites. Admirateur du célèbre Dracula de Bram Stoker (dont il rappelle les nombreux points communs parodiés chez Le Seigneur des Anneaux) depuis l'enfance, ce roman ravive le mythe avec force détails et galerie de personnages dans une petite bourgade du Maine. Roman plus personnel que Carrie, on y discerne les futurs thèmes de Ça, Le Fléau, Bazaar, La tempête du Siècle où la religion a une part importante dans les dérives en sus des peurs d'enfance et analyses sociales de l'Amérique profonde. Stephen King est un sociologue de l'horreur !

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Duma Key - Stephen King

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Sans doute King a mis l'expérience traumatique de son accident de 1999 dans ce livre où, Edgar Freemantle, un entrepreneur millionnaire a un grave accident sur un chantier. Amputation d'un bras, douleurs costales, divorce... son médecin devine vite des tendances suicidaires chez son patient et l'incite à changer de vie, de lieu et de métier. Edgar pose ses valises sur une île de Floride : Duma Key. Il loue une habitation à Salmon Point qu'il surnomme vite Big Pink, du fait de sa couleur rosée. Conquis par le bercement mélodieux des coquillages et des somptueux couchers de soleil, il reprend goût au dessin, passion oubliée depuis ses années estudiantines. Peu à peu, des esquisses prémonitoires, des visions morbides donnent un sens surréaliste à ses peintures. D'ailleurs Dali a vécu trois semaines dans cette maison ! Est-ce un lieu médiumnique ?

Au fil de ses promenades (exercices périlleux), Edgar rencontre Wireman, l'avocat d'Elizabeth Eastlake, une riche octogénaire qui possède toute la partie nord de l'île. Des liens subtils se tissent entre eux. Elle ressent le talent artistique enfoui dans l'homme dont les craintes et les tourments psychologiques empêchent son art de s'épanouir véritablement.

Certes c'est bien écrit, rondement mené, personnages complexes... mais je me suis ennuyé à la troisième partie du livre. Contrairement à Histoire de Lisey où le récit prend de l'ampleur progressivement, je pense que c'est l'inverse pour celui-ci. Le thème central est plutôt éculé pour ma part, même si toute la trame artistique est formidablement bien développée par King. Pour conclure, c'est un bon King qui tient le haut du pavé mais il est moins éblouissant que son précédent roman de 2007 (Histoire de Lisey).

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Bazaar - Stephen King

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Imaginez un antiquaire qui s'installe dans votre patelin. Alléché par la vitrine, vous entrez. Un homme raffiné vous reçoit, vous écoute, devient votre ami ou plutôt un interlocuteur privilégié. Et surtout il connaît vos désirs les plus chers, vos vices les plus enfouis. L'objet de votre passion apparait soudain dans les mains de Leland Gaunt. Pour Brian c'est une carte de 1956 d'un joueur de base-ball dédicacée. Aucun article n'a de prix. C'est la règle ! Il faut marchander... vendre son âme ! Gaunt est le Faust kingien. Et le Bazar des Rêves est sa boutique. Acquérir un objet ne vous coûtera que quelques billets et un mauvais tour à faire à votre voisin. Tacher les draps de Wilma Jerzyck avec de la boue par exemple. Ou encore éviscérer le chien de Nettie avec un tournevis !

Peu à peu la haine se dilue dans Castle Rock. La jalousie enfle, les rancœurs empirent à la satisfaction du maître d’œuvre Gaunt. Des souvenirs douloureux surgissent. Polly et ses mains arthritiques, Pangborn le shérif qui a perdu sa femme et son fils dans un accident, le maire Keaton inculpé de détournement de fonds, Brian amoureux de son orthophoniste... Gaunt a un objet pour chacun.

King prend le temps de poser les pièces sur l'échiquier de Gaunt. La convoitise par les vices prend de l'ampleur chez les nombreux personnages qui peuplent ce pavé de 672 pages. La troisième partie est la conséquence des machinations tissées par Gaunt envers les âmes de Castle Rock. À noter que le shérif Pangborn est celui qui avait mené l'enquête de l'affaire Thad Beaumont dans La Part des Ténèbres. Un roman époustouflant dans sa construction et son déroulement parfait.

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Sac d'os - Stephen King

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Il semblerait que ce roman sorti en 1998 soit le roman le plus titré en prix littéraires de Stephen King. Je reste mitigé devant ces 726 pages alors que l'intrigue serait mieux posée en 500 pages. Dieu que ce bouquin fut long à lire ! C'est bourré de lourdeurs, de réflexions psychanalytiques et d'apparitions fantomatiques. Au bout d'un moment, ça lasse. Et je vous épargne les nombreux conciliabules entre les avocats, juristes et détective privé pour la garde de Kyra, la fille de Mattie.

 

Mike Noonan est un écrivain de best-sellers qui perd sa femme. Son deuil est immense et il subit le blocage de l'écrivain. Impossible pour lui d'écrire sans avoir de nausées. Et ça dure quatre ans. Il parvient à berner son éditeur en lui refourguant des anciens manuscrits gardés dans un coffre à la banque. Désirant retrouver l'inspiration, il repart dans sa maison en bois « Sara Laughs », nichée dans les bois, près du lac Dark Score. Peu après, il est assailli par des visions, des bruits, des lettres magnétiques se déplaçant sur son frigo pour former des messages. En résumé, deux fantômes s'affrontent : celui de Johanna sa défunte femme et Sara Tidwell, une chanteuse afro-américaine de blues ayant vécu début 1900.

 

Noonan rencontre Mattie, une jeune veuve vivant avec sa petite fille Kyra dans une caravane. C'est la belle-fille de Max Devory, un multimillionnaire influent et tyrannique. Il se bat pour avoir la garde de Kyra et tous les moyens sont bons pour s'emparer de la fillette. Au fil du livre, on devine qu'une terrible malédiction frappe Dark Score et ses nombreuses noyades...

 

Une série de deux épisodes adapte ce roman, avec Pierce Brosnan dans le rôle de Mike Noonan. Elle a au moins le mérite de visualiser les grandes lignes du roman, même si elle s'écarte des fondamentaux. Bref, un bon bouquin pour les lecteurs patients.

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Dead Zone -Stephen King

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John Smith est un homme banal, presque effacé. Un modeste enseignant portant une malédiction qui va le briser. À six ans, il percute un hockeyeur sur un étang gelé. Commencent alors les cauchemars et d'infimes impressions, comme deviner les numéros à la Roue de la Fortune lors d'une fête foraine. Accompagné de Sarah, John est professeur à Cleaves Mills. Sa pudeur l'empêche de coucher avec son amie malgré un amour grandissant. John est patient. En rentrant chez lui (après avoir décliné l'offre de Sarah à rester chez elle) avec un taxi, il a un accident qui le laisse dans le coma durant presque cinq longues années. Et c'est l'émergence d'une zone morte dans son cerveau et ses futures possibilités effrayantes : voir le passé ou l'avenir de quelqu'un en le touchant ou en apposant ses mains sur un objet, une photographie.

Et le regard de son entourage va changer, de la gratitude à l'effroi et le rejet. On lui fera des propositions malsaines, on le dénigrera dans la presse... John est-il un monstre ne donnant pas les réponses attendues ? Sa médiumnité l'amène à sauver des étudiants, à arrêter un violeur assassin, à prévoir des incendies et surtout à percevoir l'aura maléfique de Greg Stillson, un candidat loufoque et démago qui se présente à des élections locales. Cet homme violent sera le Président des États-Unis dans les prochaines années et déclenchera un holocauste nucléaire. Et John se pose cette question capitale : "Si vous pouviez remonter dans le temps, sachant ce que vous savez, tueriez-vous Hitler ?"

C'est un roman calme, jamais horrifique et d'une intensité psychologique presque à part dans l'univers de Stephen king. Ce sont principalement les personnages secondaires qui paraissent terrifiants, comme la mère de John, une hystérique de la Foi. Et on comprend que ce sont eux les responsables de son mal-être, pire encore que ce don divinatoire qui le ronge.

La version filmique de Cronenberg ne parvient pas à retranscrire toute l’ambiguïté de John Smith (même si sa conclusion me semble plus forte que celle du livre) qui combat seul ses démons intérieurs. Ce don est un fléau, une fatalité et tout le cheminement des actes subis par John donne à cette histoire une intrigue forte, mystique et intrusive. Il faut noter que la ville de Castle Rock apparaît pour la première fois dans ce roman idéal pour le lecteur novice désirant faire son baptême du feu kingien.

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Women's King

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Stephen King n'est jamais aussi bon lorsqu'il décrit un personnage féminin. Il parvient à embarquer son lectorat avec une rare perspicacité, tant les sentiments divers qui submergent ses femmes sont authentiques et justes. Et c'est un défi pour un auteur de rendre vraisemblable des destins aussi variés. D'ailleurs, les femmes kingiennes ne sont pas des figurantes comme dans la plupart des romans. Elles forment un ensemble cohérent, concret et sont indispensables aux intrigues. Voici donc une sélection de quatre ouvrages où une femme tient un rôle prépondérant.

 

Rose Madder débute par une fausse couche de Rosie. Son flic de mari lui a encore filé une raclée... et cela fait quatorze années que ça dure. La vue d'une minuscule goutte de sang sur un drap va être l'élément déclencheur pour Rose McClendon. Elle s'empare d'une carte de crédit et s'enfuit de la maison sans demander son reste. Sûr que son mari ne va pas apprécier du tout cette petite fugue. Fugue ? Non ! Rosie se barre illico et se dirige vers la gare routière et monte dans un bus.
Peu de temps après, elle trouve refuge chez "Filles et Sœurs", une sorte de refuge pour femmes battues. Elle reprend goût à la vie, trouve du boulot et prend un appartement. Chez un brocanteur, elle déniche un tableau à l'huile sous verre qui représente une femme de dos dans un champ herbeux sous un ciel orageux. Une ruine se découpe dans le lointain. Au dos figure un nom écrit au fusain : Rose Madder. Rosie est subjuguée par la toile et décide de la troquer contre sa bague de fiançailles. Au fil des jours, elle remarque des éléments troublants dans la peinture. Des apparitions, le champ qui semble s'élargir, des grillons dans le marouflage au dos du cadre... tandis que Norman, rendu fou par la trahison de sa femme, est déjà sur ses traces.Comme Alice, Rosie va traverser le miroir... ou plutôt le tableau et rejoindre Rose Madder, son ka...
Une heureuse surprise ce roman. C'est un univers où se mêlent l'onirisme et la violence pure. Le récit prend de l'épaisseur après 300 pages, devient malsain avant de terminer dans une terreur absolue. Norman est un personnage vraiment fou. Le tableau est un lien de la Tour Sombre et, plus précisément, des Terres Perdues.

 

Histoire de Lisey est mon livre préféré de King. Le début rappelle un peu la trame de Sac d'os ; un deuil et le mystère de la création en toile de fond. Mais contrairement à celui-ci, Histoire de Lisey se démarque des romans précédents par une intensité incroyable.
Stephen King atteint un palier supplémentaire dans un art où il trône, depuis plus de trente ans, en maître incontesté sur l'Olympe de la Terreur.

La narration de l'accident de Scott Landon (il se fait tirer dessus et tombe sur l'asphalte brûlant d'un parking) est une anthologie de King rarement lue et je pèse mes mots ! Sa femme Lisey le prend dans ses bras et Scott, la bouche en sang, lui annonce que la chose obscure est là ! C'est un paragraphe magique tant il est crédible. Stephen n'avait pas réalisé cela depuis très longtemps. Rien que pour lire cette dizaine de pages, on se doit d'acheter ce bouquin ! En somme, King se pose une question simple car ce roman est une autobiographie déguisée ! Qu'arriverait-il à Tabitha King le jour de la mort du Maître de Bangor ? Sera-t-elle harcelée par des collectionneurs avides ? C'est ce qui arrive à Lisey. Par contre, le collectionneur lui envoie un psychopathe !
En parallèle nous découvrons les soeurs de Lisey dont l'aînée, Amanda, est folle et s'automutile. L'univers de Scott Landon apparaît également peu à peu à travers les souvenirs, les anecdotes et les discussions avec son entourage. Tandis qu'Amanda sombre de plus en plus dans une catatonie sévère, Lisey reçoit des menaces de Zack McCool ! Appels téléphoniques, chat égorgé dans la boîte aux lettres, messages dactylographiés... je n'irai pas plus loin dans le déroulement de l'intrigue.
C'est un roman qui se mérite. Il vous faudra beaucoup de patience et de ténacité pour arriver à destination ! Ne baissez-pas les bras ! Les 400 premières pages peuvent paraître rebutantes mais tenez le coup. Le résultat vaut son pesant d'or ! Et ce n'est pas un nard !...

 

Qui ne se rappelle pas le visage effroyable du personnage de Kathy Bates dans Misery ? C'est un roman kingien court : seulement 440 pages ! Le roman commence par une citation de Friedrich Nietzsche : "Quand tu regardes en l'abîme, l'abîme aussi regarde en toi". Le ton est donné ! Un écrivain célèbre pour sa série des Misery dont l'histoire se déroule à la fin du 19ème siècle fait mourir l'héroïne Misery Chastain dans son dernier roman Misery's Child. Abreuvé de champagne pour avoir enfin "enterrer" ce personnage à l'eau de rose, Paul Sheldon a un accident de voiture. Il est recueilli par Annie Wilkes, infirmière et rustre femme... admiratrice numéro un de Misery ! Dès les premières pages, la folie meurtrière de Wilkes transparaît dans ses dialogues et ses réactions. Sheldon est soigné mais Wilkes vient d'acquérir Misery's Child et découvre la mort de son héroïne préférée... À partir de cet instant, tout dérape ! Les brimades commencent, cruelles, sordides... De l'eau de serpillière pour avaler les médicaments, laisser Sheldon crever de soif et allongé dans sa pisse (il a eu les deux jambes brisées lors de l'accident) ou pire encore : obliger Sheldon à brûler son manuscrit de l'après Misery ! Exemplaire unique envolé en fumée. Son admiratrice est formelle ; Sheldon ne doit faire que du Misery. De plus c'est un roman dans le roman ! Stephen King nous gratifie de quelques chapitres du Retour de Misery. Ainsi nous entrons dans le monde d'Annie et comprenons sa folie. J'arrête ici mon résumé car la suite est effroyable. La scène du film où Annie lui brise les chevilles avec une masse n'est rien comparé à ce qui arrive à l'écrivain dans le roman. C'est du grand King.

 

Dolores Claiborne est un roman original par sa construction car nuls chapitres ne sont présents. C’est une longue déposition de Dolores face à deux policiers et une sténographe. Elle est accusée du meurtre de Vera Donovan son employeur. Elle avoue l’assassinat de son mari vingt-neuf ans auparavant mais nie farouchement celui de Vera, femme cruelle et autoritaire. Dolores fut sa femme de chambre, sa dame de compagnie puis sa garde-malade. Trente années de bons et loyaux services à subir les caprices de Donovan. Dolores Claiborne relate le calvaire subi auprès de Vera. Son despotisme était sans limite. Six pinces pour les draps, tel produit pour la baignoire, la disposition des paillassons… à cela s’ajoute les paralysies et la sénilité de Vera. Dolores se tait et supporte. Elle tue son mari durant l’éclipse du 20 juillet 1963 mais nie farouchement avoir fait chuter Vera Donovan dans l’escalier. Ce roman est surtout le récit de la maltraitance d’une femme. Maltraitances physiques, morales et sociales réservées aux femmes dans les années 50 et 60. Mais il y a pire ! Son mari Joe pratique des attouchements sur leur fille Selena. Roman fort sur les rapports féminins, la vieillesse, le départ des enfants et la dureté de la vie. Un véritable tour de force de King pour ce long monologue de 320 pages. La lecture est fascinante.

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Rage - Richard Bachman

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À partir de 1977, Stephen king a publié sept romans sous le nom d'emprunt de Richard Bachman. La supercherie étant découverte par un journaliste, King admit être cet auteur double en 1985. Comme mon comparse Léonox, je préfère les Bachman aux King. Ce sont souvent des romans secs, sombres, brutaux, perfides, moins obèses (n'est-ce pas Serge ?) où les complexes d'enfance de King jaillissent : rejet des camarades, troubles psychologiques, abandon du père, brimades, vexations, conflits familiaux, déchéance sociale, perte d'un emploi... Utiliser Bachman fut aussi l'occasion d'éditer des romans de jeunesse inédits et de ne pas noyer le marché par un Stephen King trop prolifique ; les éditeurs ne voulant pas vendre plus d'un King par an. Selon la légende, Bachman serait né de la conjonction d'un livre de Richard Stark (l'autre alias maléfique de Donald Westlake) et d'un disque de Bachman-Turner Overdrive. À l'origine, King désirait prendre le pseudonyme de Guy Pillsbury (celui de son grand-père maternel) mais, à cause de fuites, King dut retirer son manuscrit rédigé en 1965 et achevé en 1971 : Getting It Hot.

New American Library sortit ce roman en 1977 avec un autre titre choc et explicite : Rage. Ce livre est un cas à part dans l’œuvre kingienne. Tout d'abord, ce fut le premier roman écrit par King, encore lycéen. Et surtout, c'est le seul bouquin interdit de réédition, suite à divers événements dont l'Amérique nous offre une vision effroyable régulièrement (et ce n'est pas la dernière tuerie à Las Vegas qui nous prouvera le contraire). La fusillade au lycée de Columbine fut la goutte d'eau pour King et il prit cette décision radicale. Vous ne trouverez ce livre qu'en occasion désormais. Pour ma part, je possède trois exemplaires différents.

Ce roman de jeunesse peut devenir un mode opératoire pour des esprits instables, un vecteur potentialisant de violence. Durant une matinée, Charles Decker prend sa classe en otage, après avoir tué deux enseignants. Toute la haine qu'il contient depuis l'enfance éclabousse le récit, par la narration à la première personne. Charlie raconte tout à ses camarades qui éprouvent de la sympathie (pitié ?) pour lui au fil des heures. Un jeu pervers se met en place, telle une thérapie de groupe où chacun s'explore et crache son venin. Deux filles se battent et se giflent tandis que Ted Jones, le mec parfait, devient le loup à abattre. Charlie se joue des flics, du proviseur, du psy du lycée de Placerville par le biais d'un interphone. Ses répliques cinglantes forcent l'admiration des vingt-quatre élèves. L'autorité parentale est remise en cause, on y évoque les tracas de la sexualité naissante ou consommée et Charlie devient le miroir, un puits de vérité. Les valeurs éducatives du système américain sont critiquées et Charles étend son emprise psychique sur le groupe. On le constate surtout lorsqu'une fille sort aux toilettes et revient dans la classe sans avoir eu l'instinct et la volonté de s'enfuir.

Charlie a besoin de reconnaissance. Qui n'a jamais cherché à le comprendre ? Rage est un regard acide sur la recherche de maturité, d'existence et de loyauté. Il faut lire Bachman encore et encore. Même si King l'a fait mourir "d'un cancer du pseudonyme" et lui a rendu hommage dans la préface de La part des ténèbres. On peut supposer qu'un Bachman sortira un jour, manuscrit de jeunesse oublié dans un tiroir (Blaze est un exemple), une caisse, un carton ou un grenier. Notamment Babylon Here (nommé aussi Sword in the Darkness selon d'autres sources), long roman réaliste décrivant une émeute raciale écrit juste après Marche ou crève, de 1968 à 1970. Je dis ça, je dis rien... Stephen ?

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