Rage - Richard Bachman

Publié le par Zaroff

 

À partir de 1977, Stephen king a publié sept romans sous le nom d'emprunt de Richard Bachman. La supercherie étant découverte par un journaliste, King admit être cet auteur double en 1985. Comme mon comparse Léonox, je préfère les Bachman aux King. Ce sont souvent des romans secs, sombres, brutaux, perfides, moins obèses (n'est-ce pas Serge ?) où les complexes d'enfance de King jaillissent : rejet des camarades, troubles psychologiques, abandon du père, brimades, vexations, conflits familiaux, déchéance sociale, perte d'un emploi... Utiliser Bachman fut aussi l'occasion d'éditer des romans de jeunesse inédits et de ne pas noyer le marché par un Stephen King trop prolifique ; les éditeurs ne voulant pas vendre plus d'un King par an. Selon la légende, Bachman serait né de la conjonction d'un livre de Richard Stark (l'autre alias maléfique de Donald Westlake) et d'un disque de Bachman-Turner Overdrive. À l'origine, King désirait prendre le pseudonyme de Guy Pillsbury (celui de son grand-père maternel) mais, à cause de fuites, King dut retirer son manuscrit rédigé en 1965 et achevé en 1971 : Getting It Hot.

New American Library sortit ce roman en 1977 avec un autre titre choc et explicite : Rage. Ce livre est un cas à part dans l’œuvre kingienne. Tout d'abord, ce fut le premier roman écrit par King, encore lycéen. Et surtout, c'est le seul bouquin interdit de réédition, suite à divers événements dont l'Amérique nous offre une vision effroyable régulièrement (et ce n'est pas la dernière tuerie à Las Vegas qui nous prouvera le contraire). La fusillade au lycée de Columbine fut la goutte d'eau pour King et il prit cette décision radicale. Vous ne trouverez ce livre qu'en occasion désormais. Pour ma part, je possède trois exemplaires différents.

Ce roman de jeunesse peut devenir un mode opératoire pour des esprits instables, un vecteur potentialisant de violence. Durant une matinée, Charles Decker prend sa classe en otage, après avoir tué deux enseignants. Toute la haine qu'il contient depuis l'enfance éclabousse le récit, par la narration à la première personne. Charlie raconte tout à ses camarades qui éprouvent de la sympathie (pitié ?) pour lui au fil des heures. Un jeu pervers se met en place, telle une thérapie de groupe où chacun s'explore et crache son venin. Deux filles se battent et se giflent tandis que Ted Jones, le mec parfait, devient le loup à abattre. Charlie se joue des flics, du proviseur, du psy du lycée de Placerville par le biais d'un interphone. Ses répliques cinglantes forcent l'admiration des vingt-quatre élèves. L'autorité parentale est remise en cause, on y évoque les tracas de la sexualité naissante ou consommée et Charlie devient le miroir, un puits de vérité. Les valeurs éducatives du système américain sont critiquées et Charles étend son emprise psychique sur le groupe. On le constate surtout lorsqu'une fille sort aux toilettes et revient dans la classe sans avoir eu l'instinct et la volonté de s'enfuir.

Charlie a besoin de reconnaissance. Qui n'a jamais cherché à le comprendre ? Rage est un regard acide sur la recherche de maturité, d'existence et de loyauté. Il faut lire Bachman encore et encore. Même si King l'a fait mourir "d'un cancer du pseudonyme" et lui a rendu hommage dans la préface de La part des ténèbres. On peut supposer qu'un Bachman sortira un jour, manuscrit de jeunesse oublié dans un tiroir (Blaze est un exemple), une caisse, un carton ou un grenier. Notamment Babylon Here (nommé aussi Sword in the Darkness selon d'autres sources), long roman réaliste décrivant une émeute raciale écrit juste après Marche ou crève, de 1968 à 1970. Je dis ça, je dis rien... Stephen ?

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Z
Salut Lekarr. Je te conseille de lire le recueil "Différentes saisons" pour changer ton opinion. Tu y trouveras ton compte. Également "Colorado Kid" qui est très différent. "Dolores Claiborne" devrait aussi te plaire. Les deux livres que tu cites ne sont pas forcément les meilleurs livres de King à découvrir. Bien à toi et merci de ton passage. C'est toujours un plaisir.
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L
C'est le premier "King" que j'ai lu, emprunté à un copain de chambrée pendant mon service militaire et je me souviens ne pas avoir été emballé.
J'ai récidivé presque 20 ans plus tard avec "Cell", hélas ce fut une nouvelle déception avec ce post-apo très, très, très moyen.
Il y a deux ans une amie a réussi, malgré mes réticences, à me faire lire un 3ème bouquin du monsieur. Ce fut "La petite fille qui aimait Tom Gordon" et là encore je n'ai pas accroché.
J'ai conscience que ces trois titres ne sont pas les plus représentatifs de l'œuvre de King mais je pense surtout que j'ai beaucoup de mal à me faire à son style que je trouve (ce n'est que mon humble et très subjectif avis) extrêmement lourd.
Du coup je pense que j'en resterai là dans mon exploration de son œuvre : je lui ai laissé trois chances, c'est bien suffisant !
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