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Le cannibale - Jack Cannon

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C'est grâce à mon ami Julien Heylbroeck que j'ai découvert la série « Supercops » parue entre 1994 et 1995 chez Fleuve Noir et dirigée par Stéphane Bourgoin. Plusieurs flics durs, solitaires et téméraires sont à l'honneur dans les nombreux romans de cette collection : l'Inspecteur Harry, VICAP (agents spéciaux Flynn et Tanner), Jason Stalker (tireur d'élite et ancien Marine), D.E.A. En gros, une trentaine d'opus rédigés par des auteurs différents : Dane Hartman, Michael Newton, Mack Tanner, Paul Malone.

Dans cette chronique, nous allons surtout nous intéresser à Jack Cannon et son personnage Joe Ryker, héros de six titres édités aux USA de 1974 à 1975 et écrits par le célèbre auteur Nelson Richard DeMille, romans de jeunesse pour se faire la main et reniés par l'auteur ! Son premier succès interviendra en 1978 avec la parution de « By the Rivers of Babylon » et DeMille vendra plus de trente millions de livres à travers le monde par la suite. Il utilisera d'autres pseudonymes comme Kurt Ladner ou encore Brad Matthews. « The Cannibal » est le cinquième titre sur six sorti en 1975 et sera traduit en France dans le numéro deux, sous le titre « Le cannibale », en juin 1994.

Une escouade de reconnaissance du 1er corps d'armée est au Laos, près du fleuve Xe Pon. Le paysage est dévasté et défiguré par les nombreux cratères d'obus. La végétation est réduite en cendres par le napalm. Les hommes doivent compter les morts pour les statistiques des bureaucrates. Six soldats menés par un jeune lieutenant inexpérimenté. L'artillerie nord-vietnamienne les bombarde par surprise. Seul le toubib en réchappe. Son nom est Kondor. Il se terre dans des galeries durant plusieurs jours, tenaillé par la faim. Il lèche la vase pour survivre et résister. Bientôt, il mange son premier cadavre humain...

En automne, des femmes asiatiques disparaissent, traquées par un chasseur venant des égouts de New York. Le sergent de police Joe Ryker est chargé de l'enquête. Comme Columbo, il porte un imper crasseux et fume un cigare pestilentiel. Son métier l'emmerde souvent et il regrette « de ne pas se shooter : cela lui aurait donné une raison de vivre — ou de mourir ». Ayant refusé un poste de commissaire dans un trou paumé du Massachusetts, sa femme l'avait quitté. New York lui colle à la peau depuis sa naissance. Ryker ne se voit pas habiter ailleurs. Comme il le dit : « Un requin ne peut pas vivre dans le désert ! »

Ryker travaille seul. Son ancien partenaire Lentini a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée. Malgré une traduction à l'arrache, c'est une lecture jouissive pour le fan du genre. Les ambiances sinistres participent à une découverte immersive. Les scènes gore sont bien troussées et les personnages secondaires donnent une plus-value non négligeable à l'ensemble. Et n'oublions pas les dialogues salaces et savoureux de réalisme cru. Totalement conquis par ce flic à l'ancienne, il ne me reste qu'à dénicher les cinq autres volumes de la série Ryker et c'est une sacrée paire de manches, un travail de limier ! Je relève le défi et encore merci à Julien pour le tuyau. Digne du meilleur indic des quartiers chauds de Chinatown.

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Les foetus d'acier - Serge Brussolo

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Dans la galaxie brussolienne, on ne peut occulter la tétralogie (même si à la base c'était une trilogie et que le quatrième opus n'est pas intégré en sous-titre comme les trois précédents) consacrée aux soldats de goudron. Ces escouades policières violentes et organisées sont régulièrement évoquées dans d'autres romans de l'auteur comme l'insurrection et le blocus policier de Saint-Euphrate dans « Ira Melanox, la colère des ténèbres » de 1986. Cette série s'étale de 1984 à 1987 toujours chez Fleuve Noir Anticipation. Il faut indiquer que le quatrième volume a obtenu le Grand Prix 1988 de la Science-Fiction française.

 

Lise Sarella est l'héroïne principale de Les fœtus d'acier (édition revue et corrigée en 2004 sous le titre « La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond » où elle devient Lize Unke) et elle appartenait au corps d'élite policier des « soldats de goudron », sobriquet venant des uniformes de cuir noir avec casque de chrome à visière miroir. À la suite de quatre bavures sanglantes, les services de la police urbaine sont supprimés par la nouvelle municipalité d'Almoha. Les fonctionnaires sont « recyclés » dans des fonctions mineures et la police est remplacée par des robots et des androïdes. La pègre s'oriente vers le piratage informatique, laissant les petits malfrats dégrader les édifices publics avec des armes antédiluviennes. Malgré les nombreuses démissions de ses collègues, Lise intègre avec rancœur le sixième Bataillon scaphandrier du métro englouti. Son équipent est archaïque, mal entretenu et chaque expédition dans les rames englouties est périlleuse et les dangers nombreux : rats hybrides, vase-ciment, accidents de décompression, pilleurs d'épaves...

 

Lise est chargée de déposer des vivres et vêtements dans les rares poches d'air de stations de métro pour les survivants dont on ne sait rien. L'air vicié les a sans doute rendus fous. Sont-ils devenus d'informes créatures mutantes ? Lise déambule dans le dédale immergé, un tuyau dispensant de l'oxygène dans son scaphandre par l'intermédiaire d'un compresseur prêt à rendre l'âme à chaque plongée. Sa mission principale est de recenser les morts momifiés et entassés dans les rames de métro. Trouver des papiers d'identité et prendre des photos des visages. Une boue a transformé l'épiderme des corps en un cuir imputrescible et résistant. Des voyageurs se rendant au travail et noyés subitement lors de la catastrophe dont les complotistes contestent la version officielle des autorités. Serait-ce un gaz militaire toxique qui est la cause de la catastrophe et non une inondation des tunnels ? Lise tente de découvrir la vérité parmi les nombreux traîtres de son équipe et de ses supérieurs. Lors d'une expédition, elle est capturée par une tribu sauvage aux cerveaux ravagés. Elle se rend vite compte que ses soupçons sont fondés...

 

C'est un roman de Brussolo que je place parmi ses meilleurs. Très visuel et surréaliste, on croise des personnages vénérant un distributeur de chewing-gum. C'est la marque de fabrique de l'auteur où l'humain est l'essence même de ses fonctions vitales primaires, l'organique surpassant l'intellect et la raison. L'humain devient le rouage d'un système qui le dépasse. Brussolo, c'est le George Orwell du fantastique et non le Stephen King français comme on l'affirme régulièrement. Politique, totalitarisme, rébellion, expérimentations, asservissement... on retrouve ces items dans ce bouquin hallucinant. Brussolo, c'est l'écriture reptilienne. Les fondations de nos instincts primitifs et sauvages.

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Les enfants de Pisauride - Jean-Pierre Andrevon

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Contrairement à plusieurs auteurs qui posent le décor dans des régions américaines (moi le premier), Andrevon est typiquement français et assume ses choix en transposant des thèmes fantastiques dans la ruralité ou l'urbanisme cradingue des cités. Il prouve que le style et le talent peuvent s'inscrire dans notre identité française sans avoir à rougir de ses homologues anglo-saxons. On peut évoquer ainsi Robert Merle, Seignolle, Maupassant, Féval, Dumas, Béalu... qui ne trahissent pas notre culture mais la valorise comme d'autres de l'école belge de l'épouvante (Ray, Owen, Ghelderode pour ne citer que les principaux). Ce livre paru en 1990 est une réédition corrigée et augmentée de la précédente sortie en 1975 dans la collection « Lendemains retrouvés », numéro dix, sous le pseudonyme de Alphonse Brutsche. En préambule, Andrevon indique que ce roman est dans la tradition des films Universal des années 50.

 

Près d'une centrale nucléaire, on assiste à l'agonie d'une araignée. Mourante parmi les décombres, elle parvient à expulser ses œufs et donne naissance à des centaines d'arachnides. Un jeune comptable et sa femme Simone font un pique-nique durant un dimanche ensoleillé. Il se fait piquer au bras sans savoir la provenance de la piqûre. Un peu patraque, il repart confiant en se disant que ça ira mieux le lendemain. Mais dans la nuit, il est en proie à d'affreux cauchemars et d'hallucinations. Il se réveille le corps baigné de sueur et le bras douloureux. Au bout de quelques jours, il visite un médecin qui lui incise l'énorme furoncle luminescent. Et la chaîne de contamination essaime son venin sur plusieurs personnes de son entourage : le docteur, un collègue de travail, un clochard... Les métamorphoses s'enchaînent peu à peu et certaines scènes font frémir le lecteur, notamment celle où le médecin de ville coupe son bras et le brûle pour échapper au terrible virus qui le ronge.

 

Malgré les qualités indéniables de l'histoire, le style, le vocabulaire, l'intrigue reste plate et manque de piment. On peut relever la personnalité des protagonistes mais l'action propre est linéaire. J'ai lu beaucoup de bouquins traitant les mutations animales et celui-ci ne sera pas dans le haut du panier même si il n'y a rien à redire sur la maîtrise technique du récit.

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Ira Melanox, la colère des ténèbres - Serge Brussolo

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Je suis toujours admiratif envers l'imaginaire inouï de Brussolo ainsi que ses descriptions d'accroche, notamment pour poser les intrigues. Et ce bouquin ne déroge pas à la règle : un autocar constellé de graffiti parcourant une mauvaise route. À l'intérieur, David, un jeune infirmier stagiaire se rendant à une étrange station de curistes : Saint-Alex. Dès son arrivée, il est surpris de voir des infirmes se dorant la pilule sur une plage peuplée de parasols et d'infirmiers musculeux. Tous sont plâtrés et leurs gestes sont ralentis comme des automates « au ressort dévidé ». En se restaurant, il rencontre une serveuse. Le patron de la taverne pèse des cuillères et des tasses et indique les grammages sur des étiquettes. Le décor est posé en quelques chapitres ! Soudain, un homme s'écroule, victime d'une fracture spontanée. Sa tête implose et le crâne s'effondre comme un soufflé. Une épidémie décalcifiante frappe la population et une « psychose de la fragilité » s'est emparée des patients dont la fortune et l'aigreur ont fait fermer les établissements et négoces susceptibles d'accroître leur dépression, notamment un centre de musculation dont les culturistes se cachent dans une grotte enfouie sous un dolmen pour soulever de la fonte.

 

David, collectionneur-kleptomane, est au chômage depuis une petite formation d'infirmier auxiliaire. Il a été retenu sur dossier par Julie, une infirmière rousse potelée aux courbes érotiques. Pourquoi lui ? Il est juste bon à nettoyer les sols carrelés et vider les poches d'urine. Il se rend à l'Institut Minsky, bâtiments de brique rouge juchés au bord des falaises et giflés par des vents érosifs. Pour y parvenir, il faut traverser une lande désolée dont les rumeurs locales évoquent un mystérieux monstre à la silhouette simiesque. D'ailleurs, le terrain bosselé et marécageux est parsemé d'ossements d'animaux. Les os sont blanchis, presque cirés. L'institut médical donne le cafard : les salles sont abandonnées et souillées par du sable et de la poussière, les rares patients ont des traitements hypnotiques pour dépressions profondes et sont uniquement nourris par des perfusions et sondes.

 

Selon ses habitudes, Brussolo éparpille son récit de multiples idées surréalistes : arbres à foudre, musique qui rend fou grâce à l'enregistrement sur sillons d'électroencéphalogrammes de meurtriers psychopathes, greffes de cornes sur des patients névrosés, corps enfermés dans des cocons ivoirins, insectes-projectiles guidés par des effluves olfactifs... tout en évoquant certains romans parmi les souvenirs paranoïdes de David : Funnyway, Docteur Squelette, les Soldats de goudron ou encore Hurlemort. Impossible également de se projeter dans une temporalité car le récit flirte avec la science-fiction. D'ailleurs une planète nommée Desder 3 est relatée par le professeur Minsky dans le but de ses recherches secrètes. Le centre médical n'est qu'une façade et les deux infirmiers y perçoivent des avantages futurs pour s'enrichir. L'esprit troublé de Julie parvient à embarquer le naïf David dans une sinistre entreprise. Le final est jouissif lors du blocus policier organisé par les escouades de cuir à Saint-Euphrate. Les femmes fortunées de la Jet Set tombent, fauchées par des tireurs invisibles. La population pense à une invasion extra-terrestre et la cité devient une forteresse où les émeutes sont légion. La vengeance de Julie est implacable et le stratagème utilisé est irrationnel pour les spécialistes des attentats. Quel sera le destin de ces deux personnages au passif équivoque et qui est Ira Melanox ? Vous le saurez en lisant ce bouquin idéal pour appréhender le vaste univers fiévreux de Brussolo.

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Le pays des mutants - Marc Agapit

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Le prolifique Marc Agapit, auteur de 43 romans chez FN Angoisse (dont l’œuvre va du moyennement bon à l'excellent) est un écrivain majeur dans la littérature fantastique populaire française. Je garde des souvenirs émus de « L'école des monstres » qu'il faudra que je relise un jour pour en tirer un article.

Malgré des livres inoubliables, certaines intrigues me semblent inégales. C'est le cas avec « Le pays des mutants », on touche presque le fond ! Mélange d'espionnage, de sorcellerie et de grand n'importe quoi. En gros, un jeune homme paralysé, bâtard d'une liaison adultérine, est veillé par son père qui lui procure des cigarettes spéciales pour enjoliver son quotidien. L'infirme drogué se retrouve dans un monde parallèle semblable au nôtre.

Le roman décrit quatre voyages successifs du jeune Michel Deleure. Et là, on sent que ça part en couilles. Deux magiciens qui s'affrontent dont un se transformant en araignée géante pour bouffer l'autre, une automobile parlante et qui s'évapore dans le non-espace, des services secrets (l'Esdec) chargés de protéger la planète, Michel devenant le seul élément capable de réussir une mission capitale pour sauver l'humanité menacée. Tout devient vite grotesque et incompréhensible. Et ce final où le père bricole un truc pour son fils et assouvir une vengeance (je vous laisse découvrir quoi) m'a fait éclater de rire en visualisant ce singulier spectacle. Roman à réserver uniquement aux collectionneurs. Pour les lecteurs, c'est une autre histoire ! Ceci n'enlève en rien l'estime que nous portons à cet auteur phare. On ne peut évoquer Fleuve Noir sans citer cet écrivain parti en 1985.

Rappel sur "La bête immonde" par Léonox.

Rappel sur la chronique de "L'ogresse" par Zaroff.

 

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Magna Mater - Laurent Fétis

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Roman de 1994 paru dans la défunte collection Angoisses. L'ambiance des favelas de Rio est superbement bien rendue grâce à un lyrisme totalement maîtrisé. Véritable pandémonium aux accents gore, on découvre Lily, jeune métisse de seize ans et prostituée. Elle possède de terribles pouvoirs destructeurs, succube démoniaque que le géniteur allemand, le Feld-Maréchal Wilhelm Krein, veut utiliser pour créer un nouveau Reich, aidé par une tribu d'indiens cannibales. En parallèle, un couple de touristes débarque à Rio et va se trouver confronté à l'innommable.

 

Tout s'enchaîne dans un méli-mélo de scènes invraisemblables (notamment le Christ Rédempteur du Corcovado qui prend vie) et je n'ai strictement rien compris au final tant c'est absurde et abracadabrantesque. Je suis bon client en général et ça me désole cette fois. Le style est impeccable mais le fond est surréaliste et, pour ma part, ça n'a pas fonctionné. Je remercie Patrick de m'avoir offert ce livre malgré mon avis mitigé après lecture. Ça reste quand même un bel objet qui trônera dans ma bibliothèque avec ses congénères.

 

Heureusement, Laurent Fétis a produit d'autres romans excellents dont le burlesque "La cervelle contre les murs" chez Gore en 1989 sous le pseudonyme de Brain Splash.

 

 

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Le clown de minuit - Alain Venisse

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Tous les amateurs de romans d'horreur connaissent forcément Alain Venisse dont les principales œuvres furent publiées dans la collection Frayeur dirigée par le regretté Jean Rollin. Venisse est un auteur qui reprenait souvent les thèmes fantastiques les plus connus pour en tirer des intrigues bien construites et d'une honnête efficacité. Ce « clown de minuit » a l'avantage d'inaugurer la collection avec ce premier opus paru en 1994. C'est sans doute son unique intérêt car l'histoire est somme toute assez banale. L'image du clown maléfique est ancrée dans notre culture populaire, notamment à cause de la créature de Derry dans « It » de Stephen King. On peut penser également au célèbre tueur en série américain surnommé « The Clown Killer », John Wayne Gacy (qui se déguisait en « Pogo le clown ») inculpé pour le meurtre de 33 jeunes hommes, 21 condamnations à perpétuité et 12 condamnations à mort. Il fut exécuté en 1994 par injection létale.

 

Dans sa préface, Alain Venisse relate l'influence de ce roman : Lon Chaney Sr, grand comédien des années 20. Un jour, on lui demanda ce qu'était la peur chez lui ? Sa réponse fut : « Je suis chez moi. Il est minuit, et j'entends frapper à ma porte. Je vais ouvrir et, dans l'encadrement, je vois sortir de l'ombre... un clown qui me regarde. »

 

 

Malgré les scènes d'horreur bien troussées (surtout celle se passant dans le cabinet d'un dentiste ou encore celle du restaurant avec la friteuse), l'intrigue reste linéaire et sans réelles surprises. On devine très vite l'origine du monstre, qui le manipule et pourquoi. Une fillette paraplégique aux dons de télékinésie (« Carrie »?) qui se venge des personnes de son entourage proche : le médecin de famille, le dentiste, la prof de piano...

 

Néanmoins, en 150 pages, le scénario est complet et ne présente pas d'incohérences. J'ai surtout apprécié l'apparition dans le brouillard lors de l'épisode de la clinique, me rappelant l'atmosphère de « Curse of the Demon » de Jacques Tourneur. Vous l'aurez compris, c'est un roman vite oublié qui a le mérite de revisiter le mythe du clown démoniaque dans le fantastique français. Je vous rassure, Alain Venisse fera beaucoup mieux par la suite.

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Attention les fauves - Brice Pelman

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Doria est une jeune veuve, traductrice dans l'édition. Son mari est décédé, deux ans auparavant, dans un accident de voiture. Elle vit sur les hauteurs de Nice avec ses deux jumeaux de onze ans, Patrick et Marieke. Un soir, un voisin lui rend visite. Pris d'une pulsion soudaine, Jourdain la viole et l'étrangle sur le lit. Le lendemain, Patrick découvre sa mère, la langue noire et gonflée. Et sa peau est glacée. Il pense à la peste. Sa sœur, dont on devine qu'elle a de l'ascendant sur son frère, dit qu'elle est morte. Que vont-ils devenir ? Vont-ils se retrouver en pension ? Marieke a la solution : il ne faut rien dire à personne. Ils se débrouillent pour les courses, imitent l'écriture de leur mère pour le carnet de correspondance, prétextent des excuses pour justifier son absence : maladie, voyage...

 

Jourdain est torturé. Pourquoi ne parle-t-on pas de son crime aux infos ? Les enfants continuent à aller à l'école et prennent le car tous les matins. Est-elle vivante ? La situation devient périlleuse lorsqu'une tante de Paris rend visite aux enfants. Patrick la tue avec un gros cendrier et ils la jettent dans le puits situé au fond du jardin. Il faut aussi se méfier de Mme Josepha, une grenouille de bénitier qui rôde dans les parages et se doute de quelque chose.

 

Forcément, les incidents vont s'enchaîner rapidement et les gosses auront du mal à tout affronter, accumulant les mensonges, quitte à se contredire. On peut regretter un final vite enlevé après un développement au suspense équilibré. Dans la même collection au calibrage identique, je dois avouer que ma préférence se tourne plutôt vers Georges J. Arnaud. Au moins, ce roman a le mérite et l'originalité de mettre en scène des enfants aussi attachants qu'effrayants.

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Syndrome apocalypse - Hugues Douriaux

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C'est ce que je nomme un bon petit post-apo qui fait son job ! Tout est réuni pour contenter le lecteur pervers et friand de scènes bien crades. D'ailleurs, je m'étonne que ce bouquin ne soit pas paru dans la célèbre collection GORE car il n'aurait pas eu à rougir de la confrontation. L'intrigue se passe à New Houston, au Texas, après une guerre nucléaire qui a dévasté la planète. Phillip Corbett, un chercheur biologiste hait cette humanité et cherche par tous les moyens à éradiquer les survivants. Et quel meilleur moyen qu'un virus redoutable qu'il s'inocule pour tester les effets sur son organisme. Satisfait, il disperse cinq fioles dans le système de ventilation du centre de recherches où il travaille, la Fairbanks Inc. Il adresse un courrier aux autorités et s'enfuit du centre avant d'être tabassé à mort par le gang de Bart le Concasseur. Forcément, les voyous ne se doutent pas qu'ils sont contaminés à leur tour. Les symptômes sont évolutifs : troubles intestinaux, migraines, fièvre, crachats, toux violentes... les intestins pourrissent de l'intérieur. 

Neuf jours après, le chaos s'installe. Le maire place des barrages autour de la ville afin que la contamination n'infeste pas le reste du pays. Le gouverneur est parti se planquer à Washington où les discussions amènent des choix cruciaux pour la survie de la population. Nous assistons à des pillages, des viols, des massacres. Les flics et les militaires sont postés à la périphérie de la ville, laissant le centre de New Houston à la proie des pillards et des zonards. L'histoire s'axe autour de Rebecca Garfield, chef de la sécurité de Fairbanks Inc. Elle recherche des documents dans le domicile de Corbett pour tenter d'aider les chercheurs à trouver un antidote. Elle se fait violer par Bart et son gang. Les événements s'enchaînent, les descriptions de viols deviennent rugueuses (pour notre plus grand plaisir) et que va devenir New Houston dans cette apocalypse grandissante ? 

Vous l'aurez compris mes amis, c'est un bouquin qui parvient à titiller nos âmes putrides en à peine 190 pages. Tout est bon, bien formulé, vif et intéressant. Le final est un peu convenu et guère original, mais l'ensemble tient la route. Un livre que je conseille pour les fans du genre. Un plaisir de lecture à ne pas négliger dans cette collection Anticipation. On se marre lorsque le maire se met en visiophone avec le directeur de Fairbanks Inc. (pour faire le point sur l'épidémie ravageuse) et qu'il l'aperçoit en train de culbuter Rebecca en levrette sur son bureau. Et son adjoint a cette répartie merveilleuse : "Ça prouve que le vieux Fairbanks a la situation bien en main !"

 

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Magie sombre - Gilles Thomas

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Ce bouquin sorti en 1977 est un livre à part dans l'univers de Gilles Thomas (alias Julia Verlanger), autrice qu'on ne présente plus. Éliane Taïeb (son véritable nom) est décédée en 1985 et elle est considérée comme la grande dame du fantastique français, de la SF et il est de notre devoir de perpétuer la mémoire de cette femme au talent immense. Originalité de ce roman, Gilles Thomas présente le narrateur de l'histoire comme son voisin. Lors d'une soirée à discuter en buvant du cognac, celui-ci relate une aventure surprenante enregistrée au magnétophone. Gilles Thomas a retranscrit ce témoignage sur papier « mot pour mot, sans en retrancher ou en ajouter un seul. »

 

D'ailleurs, le récit se passe dans la banlieue parisienne, à Chaville plus précisément, lieu de résidence de Julia Verlanger à la fin des années 70. Jef Buron est un jeune homme vivant dans un H.L.M. Garçon épicier, il habite chez ses parents. La famille est modeste, le père bosse à l'usine et la mère au foyer dirige les finances du ménage. Comme elle le répète régulièrement à son mari, il a des goûts de ministre avec une paye d'ouvrier ! Jef a la passion des livres et consacre un maigre budget à son vice. Il parcourt les brocantes et bouquineries pour satisfaire sa boulimie de lecture. Une de ses connaissances lui propose un livre bien étrange : Les Secrets Puissants et Terribles de la Magie.

 

Le grimoire promet de nombreuses choses : obtenir l'amour des femmes, réparer un pucelage, guérir une maladie, chasser les loups, s'enrichir par le commerce. Jef Buron est désemparé car les ingrédients des charmes sont inexistants. Comment dénicher du fiel de cheval, une drachme de sang de vautour, la cervelle d'une huppe, un morceau de corde d'un pendu ou encore du jus d'os humain ? Dans ce siècle moderne où plus personne ne croit à la sorcellerie, comment réaliser ces recettes maléfiques ? Alors Jef se débrouille pour remplacer ces ingrédients introuvables par d'autres. Le sang de vautour devient de l'huile de vidange, un crâne est changé par une tête de poupée. Et ça marche ! Son premier charme est celui de l'enrichissement. Jef gagne un tiercé dans l'ordre. Puis c'est la roulette au casino et un billet gagnant à la Loterie. Son second sortilège est d'amener un succube femelle dans sa chambre pour satisfaire ses envies sexuelles. Hélas, des accidents surviennent peu à peu dans son entourage et les décès se succèdent jusqu'à atteindre un membre de sa famille. Jef comprend vite qu'il est responsable et demande de l'aide à un farfadet.

 

Je disais donc que ce livre est une intrigue à part parmi les thèmes récurrents de Gilles Thomas. D'abord par le style, un mélange d'Auguste le Breton et de Joël Houssin. Un ton urbain libéré qui rend les personnages attachants. Une fable sociale empreinte de magie presque intime. Une autre facette pour découvrir Gilles Thomas sous un angle différent. Ce livre ne révolutionne pas les codes, mais il procure une lecture divertissante. On le referme en se disant : « Merde, c'est déjà fini ! »

 

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