Articles avec #bloodfist tag

Exit

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Exit

Que ceux qui ont trouvé Bloodfist épuisant se réjouissent : presque trois ans après sa parution, le bouquin est – enfin – épuisé. Et si tout se passe bien, il ne sera pas réédité. À moins qu’Albin Michel Lafon me fasse une proposition malhonnête, bien entendu. Autant dire que ce sale petit roman n’est pas prêt de ressortir des limbes dans lesquelles il s’apprête à replonger. Par conséquent, il est temps de clôturer cette rubrique. Elle aura duré quinze mois. Soit, à ma grande surprise, neuf de plus que ce que j’annonçais lors de mon premier billet.

À l’origine, je ne pensais relayer ici que les chroniques reçues par mon livre. Ce qui était déjà beaucoup. Sauf que certain(e)s ont pris au pied de la lettre une phrase figurant sur sa quatrième de couverture. En effet, « Bloodfist traite de la notion de confrontation ». Grâce au forum l’Écritoire Des Ombres, mission accomplie. Schweinhund a de facto eu la chance de « se confronter à son lectorat ». En témoigne la série de six articles venue s’intercaler sur ce blog entre les diverses chroniques, prolongeant ainsi la drôle de vie de mon drôle de bouquin.

Aujourd’hui, cette vie s’achève. Alors en guise de gerbe sur la tombe du chien-porc, et pour conclure en beauté, voici deux derniers avis à propos de Bloodfist. Ils m’ont vraiment touché, car ils émanent d’auteurs que j’apprécie beaucoup, au plan artistique comme au plan humain.

« Ai fini Bloodfist, roman gore de l'ami Schweinhund, aux éditions Trash.
C'est bien dégueu, mais c'est très bien écrit (malgré quelques tics de jeunesse qui poussent parfois l'auteur à surjouer dans l'écriture) et bien dégueu aussi (mais je l'ai peut-être déjà dit, allez savoir).
Cela dit, aucune difficulté à se plonger dans l'histoire de ce garçon qui aimait disséquer des grenouilles, et qui va rencontrer une jeune femme à la sexualité... euh, trash (au moins y'a pas mensonge sur la marchandise !
Le titre est parlant...), et qui va le mener dans une "aventure" plus que trouble.
Amis psychopathes, bonjour. Vivement le prochain roman de l'auteur (avec un vrai nom d'auteur ?), parce que le talent est là et ne demande qu'à exploser (pas en jet de viscères par contre...).
Bref, pas mon truc, ce genre de lecture, mais les fans devraient se délecter de celui-ci, c'est une
évidence. »

Thomas Geha

Thomas Geha est sans doute le plus brillant nouvelliste en activité que je connaisse (comme l’indiquera bientôt ma chronique de son recueil Les Créateurs, paru aux éditions Critic). Il est aussi l’auteur du remarquable diptyque Post-Apo Alone, d’abord publié chez Rivière Blanche, puis ressorti sous forme d’intégrale, toujours chez Critic. Son avis, le tout premier reçu par Bloodfist quinze jours après sa parution, m’a fait d’autant plus plaisir qu’en effet, Thomas n’est en règle générale guère friand de ce genre de littérature. Mais en tant que lecteur vorace et éditeur exigeant, il ne m’aurait pas fait de cadeau si le bouquin lui avait déplu. Alors oui, on se connaît. Et oui, on s’apprécie. Mais non, ceci n’est pas du copînage. Merci Thomas.

« Lu Bloodfist, mon premier "TRASH" (mais pas le dernier).
Je ne m'attendais absolument pas à "ça". Ce qui rend la découverte de ce bouquin encore plus déroutante, encore plus intéressante. On est entre un bouquin gore pur jus, et Nietzsche. Entre un univers fantasmé à la Pasolini ou à la Lynch ou à la Gaspar Noé, ou l'enfant adoptif des trois, et Schopenhauer. Bref, on est dans du gore philosophique. L'ami Schweinhund invente ici clairement un nouveau genre. Alors certes, cela aurait pu gagner dans l'épure (ça n'est que mon avis) dans certains jeux de mots (maux), mais quel panard de lire de la philo dans un univers dégueu, trash, pervers. Quel plaisir malsain de plonger dans l'univers mental de ces personnages perturbés, tout en touchant du doigt une philosophie nihiliste poussée à l'extrême.
Ouais, c'est du gore philosophique.
Ouais, c'est un nouveau genre.
Ouais, c'est à lire. Absolument. Car je n'ai jamais rien lu
de tel. »

David Coulon

David Coulon est l’auteur de deux excellents romans noirs que j’ai eu le plaisir de chroniquer sur ce blog. Pour l’anecdote, j’ai découvert le premier, Dernière fenêtre sur l’aurore, au moment même où il lisait Bloodfist de son côté. Une curieuse synchronicité, qui n’est pas restée sans lendemain. Il se murmure d’ailleurs qu’on en trouverait trace au sein du catalogue de TRASH, mais ne le répétez pas... C’est que David et moi avons beaucoup en commun. Mais ça, je l’ignorais au moment où j’ai pris connaissance de son opinion à propos de mon bouquin. Ce que je savais déjà, en revanche, c’est que l’homme avait un sacré talent. Je te souhaite une belle et longue route, David.

Un grand merci à tou-te-s. See you in hell.

Voir les commentaires

Trash et style

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Trash et style

Cette série d’articles était censée s’arrêter avec le précédent. Cependant, il semble que ces billets n’ont pas été jugés intéressants par certains, si j’en crois les quelques retours obtenus. Et comme je suis un garçon bien élevé, j’ai pour habitude de répondre quand on me parle. Surtout quand j’estime que le discours de mon interlocuteur est pertinent. Alors merci à mes camarades de L’Écritoire Des Ombres, sans lesquels ce qui suit n’aurait pas existé.

L’un d’entre eux a émis, entre autres observations fondées, certaines remarques quant au style (très) voyant et aux jeux de mots (trop) fréquents dans Bloodfist. Et il a bien fait. Ainsi que je le disais dans un précédent article, ce sont là deux aspects sur lesquels le chien-porc devra travailler si d'aventure je décide de le faire ressortir de sa niche-bauge. Les avis au sujet de mon bouquin ont précisément été partagés pour ces raisons-là. Mais on ne s’attendait pas non plus à faire l’unanimité en proposant un roman de ce genre.

Et puis, les polémiques, quand on a choisi un pseudo comme Schweinhund et qu'on écrit pour TRASH Éditions, j'ai envie de dire qu'il vaut mieux savoir y faire face. Je n'ai donc aucun problème avec ça. Au contraire, je pense que tout ce qui fait parler de la collection est bon à prendre. Et j'adore échanger avec nos lecteurs, en particulier avec ceux qui prennent la peine de développer des avis aussi objectifs que constructifs. D’autant plus quand lesdits avis, malgré quelques bémols, contiennent le mot « virtuose » et se concluent par « bravo ».

Cela étant, comme cette intéressante question du style continue à faire débat et, tel un serpent de mer taquin, refait souvent surface, voilà quelques précisions complémentaires. Nécrorian avait dit que nos trois premiers romans étaient « trop bien écrits ». Mais cette phrase visait sans doute plus particulièrement le mien, qu'il avait estimé « très difficile à juger ». Ce que je conçois fort bien. En effet, la grille de lecture appliquée par le Maître avait été celle de la littérature dite « populaire ». Je crois donc qu'il faut comprendre ce « trop bien écrit » comme « trop bien écrit pour une forme de littérature qui vise avant tout l’immédiateté ».

Peut-être avions-nous aussi insisté trop lourdement sur notre filiation avec la collection Gore, alors qu'elle n'était pas notre seule influence, loin s'en faut. Dès lors, Nécrorian s'attendait sans doute davantage à un prolongement, plutôt qu'à une variation très libre sur le thème. Il a par conséquent été un peu surpris, et s'est senti plus à l'aise avec le roman de Zaroff, qui répondait mieux selon lui aux canons du genre. Et il avait tout à fait raison sur ce point. Il n'en reste pas moins que Bloodfist peut, malgré sa forme un peu « bizarre », être considéré comme une sorte de Polar malsain, ce qu'il est en partie, d'ailleurs. Mais même dans ce cas, on en revient aux propos d'origine : un bon Polar doit être fluide, et sa lecture ne doit pas être hachée.

En conclusion, si je suis vraiment heureux que mes expériences formelles aient rencontré quelques échos positifs, je le suis tout autant quand je constate que ces tentatives n'ont pas nui au rythme de la lecture. En effet, si j'entendais bien proposer un roman inconfortable, je ne voulais pas pour autant qu'il en devienne désagréable à lire. Difficile de trouver le juste équilibre. Certes, je tiens à satisfaire ceux pour qui le style est essentiel, mais je ne veux pas non plus ne m'adresser qu'à eux et perdre une partie du lectorat en cours de route. Là se trouvera le principal enjeu de mon éventuel deuxième roman. Car même si j’ai longtemps considéré le Schweinhund comme un « one shot », j’ai signé depuis Bloodfist quelques bricoles sous ce pseudo. Alors peut-être qu’il y en aura d’autres…

Voir les commentaires

Bloodfist par Zone 52

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Bloodfist par Zone 52

Zone 52 est un remarquable fanzine dédié aux « mauvais genres » et à la culture populaire. Mon partenaire Julien H. et notre ami David Didelot ont été interviewés dans le numéro deux. Numéro deux qui comporte aussi une épatante série de chroniques de la collection TRASH. Voici celle de Bloodfist. Avec mes sincères remerciements à Jérémie Grima et Michel Jovet.

« Une escouade de morues sans âge échouée sur les trottoirs écoule sous le manteau une huile de mauvaise foi coupée avec le parfum Prisunic en promotion cette semaine. Tout le monde le sait et tout le monde le tait. Il faut bien que la terre tourne. Il faut bien que les têtes se tournent, et se détournent, dans tous les sens jusqu’à ce que les os craquent, pour tous la peine est capitale, et Guillotin le diablotin se frotte les mains en grimaçant. Il le « faut » ? Il le faux. »

Concentré : c’est le mot que j’utiliserais si je devais décrire le plus rapidement possible cette orfèvrerie gore que j’ai eu l’immense plaisir de me prendre en pleine gueule.

Concentré, parce que autant le dire tout de suite, on vous sert avec le sourire un concentré de boucherie, avec un détachement irréel qui renforce encore la gluance des actes, que je me garderai bien de vous décrire pour ne pas vous gâcher le repas. Le jeune garçon au mental sentant déjà un peu la charogne, qui voit la lumière au détour d’une dissection de grenouille au bahut, ça présage un adulte hautement divertissant.

Concentré, parce qu’il faut le rester – c’est un livre très exigeant. Le niveau de langage et le véritable déferlement d’outils stylistiques vous lacèrent sans relâche – un bonheur pour ceux qui ont fait Devos psychanalytique avec option Larousse au lycée Ed Gein de Satan sur Marne, une véritable torture pour les autres (vous êtes prévenus !).

On est bel et bien à l’exact opposé du roman qui se bouquine d’un œil distrait entre deux stations. Dans toute bonne œuvre, plusieurs passages sont nécessaires pour bien en goûter toute la substantifique moelle, mais dans le cas présent, prévoyez plutôt un régime de pauses bien régulières, histoire de pouvoir goûter correctement et digérer comme il faut ce que vous venez d’avaler.

Concentré, parce qu’on a l’impression, à la lecture, que le papier est dégoulinant d’un concentré de déséquilibre, de vertiges, et que c’est en train de passer par les pores de sa peau. Pourtant, ce qui aurait pu tourner à l’exercice psycho-littératuro-machin-auto-masturbatoire réussit au contraire la prouesse de placer efficacement le lecteur en plein milieu de l’âme du protagoniste, et à lui faire vivre sa vision déformée, maladive, torturée, pleine de remugles, d’êtres plus ou moins louches, de désirs et de répulsions, de fluides poisseux et malodorants. Et aussi comprendre ce qu’il peut y avoir d’anodin à farfouiller dans les tripes de quelqu’un quand on est cerné par une ambiance poisseuse, irréelle, et une atmosphère aussi lourde qu’un container d’abats non identifiés.

Si David Lynch et le boucher du coin se jetaient dans un hachoir à viande parce que Dario Argento vient de s’y balancer, le DVD de Maniac à la main, on obtiendrait sûrement ce petit bijou à la sortie. Une immersion totale, tranchante, goûteuse, et délicieusement réussie dans les bas-fonds psychopathogiques.

Voir les commentaires

Auteur versus littérature populaire ?

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Un de mes lecteurs a dit que Bloodfist lui semblait plus proche du « livre d’auteur » que du roman de gare. Si je comprends ce qu’il a voulu dire, je ne suis pas vraiment d’accord avec lui. En fait, il n’y a pas pour moi la littérature dite « populaire » d’un côté et les « auteurs » de l’autre. À mon avis, les deux expressions ne s’opposent pas forcément. Lovecraft, par exemple, n’a été édité de son vivant que dans des publications pulp bon marché. De même pour Clark Ashton Smith. Or tous les deux étaient des auteurs. Et des sacrément bons, en plus.

Même chose pour les regrettés Manchette et Fajardie dans le domaine du Polar. Autres exemples tout aussi frappants, Corsélien/Kââ et Marc Agapit n’ont écrit que des romans de genre. Du Gore et du Polar pour le premier, de l’Angoisse pour le second. Eux aussi étaient pourtant bel et bien des auteurs. Ce qui est d’ailleurs valable pour le cinéma : à mes yeux, Jess Franco, Jean Rollin et Dario Argento sont des « auteurs ».

Alors à quoi je reconnais un auteur ? Pour faire simple et rapide : à son style et à ses obsessions (ses thèmes récurrents, et sa façon de les traiter). Et il est très important selon moi qu’on puisse trouver des auteurs dans les collections populaires. Parce que c’est la meilleure assurance que les genres traités vont être bousculés et rénovés. Qu’ils vont évoluer de l’intérieur. Voilà ce qui m’intéresse. Les machines à mouliner du cliché, les livres vite (et souvent mal) écrits et vite oubliés, c’est pas ce qui me fait vibrer.

Des bouquins pulp, j’en ai lu beaucoup : de l’horreur, du Polar et du Gore, et les seuls qui m’ont vraiment frappé ont été écrits par des « auteurs ». Pas par les pisse-copies assermentés payés au feuillet par les éditeurs pour boucher les trous. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à dire qu’on se souvient des collections Angoisse et Gore surtout grâce à Agapit, Steiner, Corsélien et Nécrorian (dont la signature est à mon sens reconnaissable, malgré son style « blanc »).

D’autre part, je disais dans le deuxième article de cette série que j’avais essayé d’intégrer dans Bloodfist la plupart de mes influences. La collection « Désordres », dirigée par Laurence Viallet, en était une. Pas spécialement une collection populaire, mais des auteurs comme Peter Sotos et Kathy Acker m’ont beaucoup marqué. D’où, sans doute, le côté un peu « hybride » de mon bouquin. Certains ont même été jusqu’à le rapprocher de Nuit Noire pour cette raison, ce qui est évidemment un grand honneur pour moi. Il est vrai que j’ai des goûts communs avec Christophe (Manchette, Sotos) et qu’il dit lui-même être venu au Gore « par accident ».

Pour autant, si vraiment je devais effectuer une distinction entre les différentes tendances de la collection, je placerais d’abord MurderProd et Lumpen aux côtés de Nuit Noire. À eux trois (quatre, si on tient compte de Bloodfist), ces romans incarnent la ligne « dure » et « noire » de TRASH. En gros, avec ces bouquins-là, on n’est pas là pour rigoler. Et je trouve que le style de Kriss Vilà et Janus, de même que les thèmes qu’ils développent, font que leurs romans respectifs sont aussi « marqués » et personnels que celui de Christophe (et le mien, donc).

D’un autre côté, on trouve bel et bien dans notre catalogue des bouquins ouvertement pulp ou du Gore « old-school », ce qui permet de varier les plaisirs. Car la diversité est un élément capital pour continuer à surprendre et éviter de tomber dans le piège de l’uniformité. Ces sous-genres distincts sont donc aussi importants les uns que les autres. D’autant plus que les différences entre eux justifient autant que leurs points communs l’idée même d’une collection.

Voir les commentaires

Bloodfist par Cancereugène

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Cancereugène est un grand amateur de littérature horrifique. Il ne se contente d’ailleurs pas d’en lire, car après un premier texte publié dans Dimension TRASH, il figurera bientôt au sommaire du tome 2 de l’anthologie Morts Dents Lames. S’il qualifie sa critique de Bloodfist d’ « étrange », je la trouve pour ma part très honnête et remarquablement argumentée.

Je suis totalement client des bouquins de chez Trash Editions. La collection « Gore » dont elle s'inspire, fait partie de mon adolescence, j'en ai fait acheter des dizaines par mes parents (j'avais quinze ans, impossible pour moi de payer avec mon fric, je n'en avais pas !) Je me suis bâfré avec des trucs impensables, parfois surfaits, bancals, souvent bourrés de clichés, drôles - en tout cas, j'ai en mémoire le souvenir de bouquins pas compliqués à lire, sans ambitions stylistiques particulières, faciles à ingérer en quelques heures... J'ai lu les ouvrages de la collection Trash du premier au dernier dans l'ordre, comme un bon élève !

Ce Bloodfist de Schweinhund, opus n° 3, n'est pas mon préféré de la collection. Ce n'est pas non plus le « pire »... J'ai mis du temps à me plonger véritablement dedans. Il m'a paru moins « fluide » que les autres. Le style hyper travaillé et l'intrigue, étrange, m'ont paru assez hermétiques. J'ai l'impression qu'il est trop bien écrit. Étrange critique, j'en conviens. Cela peut paraître injuste, de donner l'impression de « reprocher » une trop belle écriture à un auteur. Et en effet, s'il s'agissait d'en faire un vrai reproche, je me sentirais mal d'avoir proféré telle infamie. Mais il ne s'agit pas d'un reproche, juste d'un constat.

Dans mon idée, un roman de collection gore ou trash doit procurer un plaisir immédiat, ou presque. Le travail effectué ici m'a un peu laissé en dehors, et j'ai dû redoubler d'efforts pour m'y plonger vraiment. Depuis, je l'ai lu une seconde fois, je dis ça pour démontrer qu'il n'y aucun rejet ! Disons qu'il faut s'accrocher. Les formules de style mangent souvent l'intrigue, elle-même assez bizarre, labyrinthique. Ce qui m'a le plus surpris et ralenti dans ma lecture, ce sont les jeux de mots. Il y en a trop à mon goût. Je reconnais leur virtuosité, elle ne fait aucun doute... mais j'ai dû m'accrocher, parfois, pour rester dans le rythme.

Exemple : "Dans la forme j'allai vers lui, mais dans le fond, il y a des tiroirs. Un double-fond, donc, et les tréfonds de mes bas-fonds sont l'alchimie de mon malaise". C'est dans la forme particulièrement bon, c'est parfait pour un exercice littéraire, mais dans le cadre d'un roman "immédiat", cela me paraît trop ambitieux. Lors d'une présentation de cette collection, au forum d'Angers, l'un des auteurs a qualifié la nature des romans de la collection Trash de "romans de gare" – terme sans doute trop générique pour ce style de littérature. Mais Bloodfist, par son style, son approche intellectuelle et graphique de l'horreur, ne peut décidément pas être considéré comme un roman de gare.

Je pense au final être trop fainéant pour apprécier à sa juste valeur cette œuvre complexe. La plupart des Gore ou des Trash me paraissent davantage récréatifs et ludiques... voire « classiques » et c'est sans doute ce que je pensais trouver en entamant ma plongée dans Trash. J'aime beaucoup cette collection, je l'ai dit, le niveau d'écriture, les excès, les histoires souvent bien barrées, font mon régal... Et maintenant que je pense avoir compris la ligne éditoriale, qui me semble bien différente de celle de la collection « Gore », je réalise que ce Bloodfist est tout à fait à sa place dans cette collection. Alors je ne souhaite qu'une chose : que Schweinhund se remette au boulot !

Voir les commentaires

Nécrorian

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

« Ce qui me fascine dans le gore, c'est que les hommes sont capables des pires paroxysmes. C'est pour ça que je ne fais pas intervenir de monstres ou de créatures abominables venues d'ailleurs, parce qu'alors, ce n'est plus du gore, mais ça vire au fantastique, et moi, dans ce cas-là, je n'y crois plus. »

Nécrorian est un maître, et je ne peux que souscrire, du moins globalement, à ses propos. Comme lui, je pense que le Gore et le Fantastique n'ont pas grand-chose en commun.
Je serai néanmoins un peu plus nuancé en ce qui concerne certaines de ses catégorisations.
Pour moi, le Gore est à l'épouvante ce que la pornographie est à l'érotisme. Une version paroxystique certes, mais l'un n'exclut nécessairement pas l'autre. Personnellement, je tends d'ailleurs vers une formule graduelle qui me permet de mêler les deux. L'important est de ne jamais perdre de vue que tous les moyens sont bons pour pénétrer l'intimité du lecteur et l'amener à une expérience si extrême qu’il ne pourra pas l’oublier.

Nécrorian a dit par ailleurs : « l'éventration pour l'éventration, ça ne sert à rien ». Je suis d'accord si cette phrase signifie qu'il est impossible de se passer d'un scénario. Peu importe le genre auquel il appartient : un roman doit raconter une histoire, point barre. En revanche, je ne suis pas de l’avis de l’auteur de Blood-Sex quand il prétend qu' « on ne peut pas aller tellement plus loin » (sous-entendu « que la collection Gore »). Des romans comme Nuit Noire et MurderProd apportent à eux seuls le plus cinglant des démentis à de telles assertions. Alors non, je ne crois pas que le Gore soit mort avec la collection éponyme, même si en effet le genre s'est peu à peu affadi en étant récupéré par la littérature fantastique classique.

Néanmoins, je rejoins complètement Nécrorian quand il dit que les genres sont poreux.
Ah, vous avez voulu vous accaparer notre jouet ? Qu'à cela ne tienne, nous dénaturerons les vôtres ! S’il veut survivre, le Gore doit accepter d'aller fouiller dans les poubelles afin de retrouver son identité perdue. Ni Dieu ni maître, ni censure ni concession, et les choses redeviendront claires. Il existe une scène Gore cinématographique underground et totalement irrécupérable, à nous de recréer son équivalent littéraire avec du sang neuf, et « longue vie à la nouvelle chair » !

Car si la collection Gore fit beaucoup pour la popularisation du genre, l'aspect « cadence-production » et le rythme de parution effréné contribuèrent dans le même temps à son appauvrissement. Je ne suis pas loin de penser que le Gore a été un peu prisonnier de sa propre surenchère. Il est possible que tout y ait déjà été tenté. Sauf que tenter n’est pas réussir.

Il y a l'art et la manière, le lard et le cochon : ce qu'il faut c'est deux ou trois idées fortes, un scénar musclé sec, un style frénétique, obsessionnel, et la volonté de mettre les mains dedans quand il faut. C'est pour ça que mes bouquins Gore préférés sont l'oeuvre d'auteurs issus du Néo-Polar français. Le Gore, c'est l'intimité profanée, les corps meurtris, la violence, la prédation, et mors ultima ratio. En gros, ni plus ni moins que ce qu'on voit à la télé au journal de vingt heures. J'en écris parce que je n'accepte pas qu'on me tende cet insupportable miroir. J'essaie de désacraliser la mort gore du corps et de garder la main tant que je le peux.
Bien sûr, c'est peine perdue.

Mais le désir de briser les tabous est vieux comme le monde, celui de transformer la boue en or aussi. Dans l'Antiquité, les oracles lisaient l'avenir dans les entrailles. Depuis la nuit des temps, le sang coule du ventre des femmes chaque mois. Le Gore a connu ses propres cycles menstruels. Comme tous les genres populaires, il se régénèrera.

Voir les commentaires

Bloodfist par Catherine Robert

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Au moment où elle a découvert Bloodfist, Catherine Robert n’avait pas encore écrit une ligne de ce qui allait devenir le 17ème roman de la collection TRASH. Aussi la chronique suivante n’est-elle en rien partisane. Et elle me fait d’autant plus plaisir qu’elle émane d’une auteure de talent en plein essort, ainsi qu’en témoignent ses trois nouvelles publiées cette année :

La collection TRASH, c'est un peu l’héritière de la défunte collection Gore chez Fleuve noir. C'est donc du violent, du sanglant, du malsain, du dur. Les réfractaires au genre auront envie de fuir leurs romans, mais ce serait rater des curiosités comme Bloodfist, un gore plus psychologique qui nous entraîne dans la psyché d'un jeune sociopathe. Dans sa psyché, mais aussi en spectateur de ses actes extrêmes.

Bloodfist est atypique, étrange, spécial et différent. Une plongée cauchemardesque dans les pensées d'un être asocial et psychopathe. Tandis qu'autour de lui s'agitent un gourou et un enquêteur, tous deux aussi borderline que le personnage principal. Un roman qui m'a beaucoup plu, par son ambiance glauque, torturée et désespérée. Pas de répit dans cette histoire, aucune oasis à laquelle se raccrocher, on nage dans la perversité et on en redemande.

Mais si on y plonge aussi facilement, c'est également du fait d'une écriture ciselée, un jeu sur la langue et les mots, une parfaite maîtrise du français qui participe grandement à l'atmosphère horrible. Le gore est là, pas de doute, mais il est au service d'une histoire intéressante et très bien écrite, qui nous prouve que ce n'est pas parce qu'on offre de la tripaille, qu'on doit le faire n'importe comment.

Bref, un auteur à suivre, un livre à lire pour tous les amateurs de littérature sans tabou. conseiller à tous ceux qui aiment et à tous ceux qui sont curieux de la découverte. Ainsi qu'à tous ceux qui n'aiment pas. Car c’est une belle occasion de voir que le genre propose du bon, même du très bon.

Voir les commentaires

Bloodfist vu par Amaranth

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

J’ai connu la jeune femme qui utilise le joli pseudonyme d’Amaranth sur le forum L’Écritoire Des Ombres. Nouvelliste de talent (sa première nouvelle sera publiée en novembre), Amaranth est aussi une lectrice avertie. Elle dispose ainsi d’une page personnelle sur le fameux site de lecture Booknode. Et m’a fait l’honneur d’y poster la chronique suivante :

La comparaison va être étrange, mais pourquoi pas ? Après tout, c'est un livre étrange. Ce qui me vient en tête après avoir lu Bloodfist, c'est la théorie de la forme (aussi appelée Gestalt théorie). Ce livre, c'est une sorte d'entité. Chaque détail est important mais il y a une force d'évocation inhérente au livre lui-même qui relève de l'inexplicable, presque de la magie. Des images à la fois belles et dérangeantes se succèdent parfois sans « logique » mais pourtant, elles trouvent leur place juste au sein de ce récit. Celui-ci navigue entre analyse et instinct avec juste la bonne dose pour être embarqué dans ce cauchemar éveillé. Les parties hallucinations rappellent bien évidemment du Lynch, je pense surtout au passage « théâtre » dans le bar qui m'a fortement évoqué Mulholland Drive. Certaines images sont vraiment très évocatrices (le chien dans l'eau, le passage dans la mer).


Une autre grande force de ce roman, ce sont les personnages tout en nuances. Il n'y a pas de délimitation manichéenne. Au contraire, il n'y a justement pas de repères. On suit donc ces personnages que nous comprenons sans les comprendre, qui nous sont à la fois proches et éloignés. On est dans les pensées du personnage principal sans que celles-ci ne soient expliquées ou explicitées. Tout est ambigu dans ce roman, jusqu'à notre propre ressenti. Ce livre est donc un ensemble, qui ne peut être réduit à une succession de détails, de mots, d'idées. Comme une mélodie, sa musique parvient à toucher, à saisir les émotions à un niveau viscéral où le sens n'a plus tellement d'importance. Bloodfist se ressent plus qu'il ne se comprend. Certains l'ont très justement qualifié de gore psychanalytique, philosophique... je rajouterai même que c'est un gore musical. Émotionnel.

Voir les commentaires

Mondo Trasho

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

MONDO TRASHO

Une amie me parlait dernièrement de certaines images de camps d'extermination qui l'avaient bouleversée. Je la comprends d'autant mieux que j'ai aussi eu l'occasion d'en voir très jeune. Et elles m'ont marqué au fer rouge. Justement parce qu'en dépit des innombrables ignominies littéraires ou pelliculées dont je me suis abreuvé depuis lors, je n'ai jamais lu/vu pire. En outre, je tiens pour un fait établi que cette immonde boucherie a vraiment existé. C'est précisément pour cette raison qu'une oeuvre de fiction, aussi extrême soit-elle, n'aura jamais sur moi autant d'impact qu'une situation « à caractère gore égal » issue de la réalité.

Dans le même ordre d'idées, prenons cet exemple de l'accouchement, évènement gore s'il en est. Comment je le sais ? Tout simplement parce que c'est exactement le terme qu'ont employé ceux qui dans mon entourage ont eu l'occasion d'en voir. Et ce n'était pas pour me faire plaisir. Voilà pourquoi je comprends tout à fait « ceux qui font une drôle de tête quand la tête du bébé sort ». Pour moi c'est une scène d'une violence absolue, accomplie de surcroît dans un déferlement gore bien difficile à reproduire en termes d'impact au cinéma ou en littérature.

Femme qui souffre de façon paroxystique, bébé submergé de substances diverses, tous les deux rivalisant de hurlements, qui de douleur, qui de terreur, j'avoue que j'ai bien du mal à comprendre qu'on puisse trouver la situation « belle » (je l'ai aussi entendu dire, mais par d'autres personnes, et beaucoup plus rarement). Sans doute y a-t-il du vrai dans la fameuse phrase « L'amour est aveugle ». Mais à chacun ses arrangements avec le réel, je ne suis pas là pour en juger. Je me réserve juste le droit d'être en total désaccord. Pour ce qu'elle vaut, et pour en conclure, mon opinion personnelle sur ce sujet se trouve assez bien résumée dans un sample utilisé par un de mes groupes favoris: « The beginning of life is a moment of terror ».

TRASH SOCIAL VERSUS CRASH SOCIETAL

La question des étiquettes : tenue incorrecte exigée ? Quand on écrit, on n'y pense pas, et on s'en fout un peu. La question ne se pose qu'après coup. Alors c'est vrai qu'avec TRASH on a un concept précis, mais on reste libre de le tordre dans tous les sens et d'y écrire ce qu'on veut comme on veut. Quant au nom de la collection, nous l'avons choisi parce qu'il est tapageur, accrocheur et représentatif. Et ça nous évite d'être qualifiés de tout et de n'importe quoi par des pisse-copies conservateurs au cas où nos bouquins tomberaient entre de mauvaises mains.

Bien sûr que le Gore est un défouloir, bien sûr qu'on y projette pêle-mêle nos envies les plus déviantes, nos fantasmes les moins avouables, nos pulsions les plus obscènes. Mais ce n'est pas incompatible avec d'autres ambitions. Je ne vois pas pourquoi le Gore/Trash serait plus gratuit et vain que les autres genres. Perso, l'âme, je n'y crois pas, mais l'homme, oui, car quoi que je fasse pour lui échapper, je le retrouve toujours. Alors il faut bien que je me confronte à lui. Et pour moi toute confrontation est violence. C'est justement de ça que traite Bloodfist. Et c'est d'ailleurs pourquoi je trouve si amusant de répondre à ceux qui me posent des questions du type: « Mais pourquoi écrivez-vous ce genre de choses ? Pourquoi faites-vous du Gore ? ».

Et pourquoi pas ? Pourquoi pas du rouge qui tache, pour changer de la Blanche fadasse ? Pourquoi serions-nous obligés de toujours nous justifier ? Est-ce qu'on demande aux Goncourt et autres Renaudot pourquoi ils écrivent de la Blanche ? De surcroît, dans la plupart des cas, ces questions sont des poupées gigognes, dissimulant bien mal une agressivité latente. Mais pas question de tendre l'autre joue. D'autant moins que ladite agressivité a été suscitée par une oeuvre de fiction, que d'aucuns jugent pertinent de faire basculer dans le réel pour en tirer des conclusions fumeuses, tels de petits docteurs Freud de comptoir. Bon. Finalement, de telles attitudes ne prouvent qu'une chose: mon récit fonctionne. Bonus non négligeable, il permet à certains lecteurs de s'entretenir en jouant au boomerang.

Voir les commentaires

Bloodfist vu par Françoise

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Françoise est un des piliers du forum L’Écritoire Des Ombres. Mais elle est aussi – et surtout – une nouvelliste plusieurs fois publiée. Ses textes témoignent d’un goût certain pour l’audace et les sensations fortes, vertus qui guident aussi ses choix de lectrice. Ainsi a-t-elle souhaité découvrir Bloodfist, qu’elle a ensuite gratifié de cette chronique on ne peut plus flatteuse :

J’ai lu et je ne suis pas déçue ! Un vrai régal que cette odyssée au pays de Schweinhund.

C’est une création pure : la force du style et la plongée au cœur de la tourmente (dans la tête de cet homme – collégien avide de dissections, plutôt sympa au début du roman - au comportement de plus en plus limite pour finir en tueur psychopathe) nous entraîne au-delà du raisonnable. Il entraîne avec lui d’autres cinglés que l’on n’a pas envie de rencontrer ni de connaître car leurs agissements nous plongent dans l’horreur totale.

C’est une expérience certes éprouvante mais unique... À chaque page, une découverte nouvelle, à chaque chapitre, un angle de vue différent et des réflexions philosophiques en prime. Tous ces méandres mènent à une impasse car le ton est nihiliste... pas de pitié pour le pauvre lecteur. J’aime être surprise et là, j’ai été comblée.

Un roman pour le moins déroutant car il n’y a pas de fil conducteur. L’auteur nous laisse en plein marasme. Profondément noir et rouge. Pourtant, j’ai été portée par les accents très proches de Lautréamont qui émanent de cette prose rude.

Je me suis immergée dans ce mélange détonnant de descriptions gore bien sanglantes et de visions on ne peut plus dérangeantes d’un être torturé - mais on ne sait pas pourquoi - enclin à considérer ses semblables comme de pauvres choses à écraser, à massacrer.

Nous voici au bord de la haine pure pour le genre humain.

Cet homme est le purificateur, par le sang versé d’une manière horrible, d’autres hommes tout aussi ignobles, donc, acte.

Il n’y a aucune logique pour guider les pas du héros. Il va où la colère le pousse. On aura droit à une légère explication à la fin, surtout pour le flic qui le suit

Pour conclure : roman original aux accents proches des chants de Maldoror, le bien nommé Lautréamont : voilà pour la référence suprême. Ces mots, les envolées les plus « lyriques » m’y ont fait penser lorsque le « héros » part dans des hallucinations étonnantes, presque poétiques.

Je conseille même aux âmes sensibles d’aborder ce roman comme une expérience des limites.

Merci pour cette découverte.

Voir les commentaires

1 2 > >>