Le festin de l'araignée - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le festin de l'araignée - Maud Tabachnik

Après deux lectures des aventures de Goodman et Khan, voici enfin un bouquin qui tient mieux la route. Suite à un ordre du rédacteur en chef Woody du San Francisco News, Sandra est envoyée à Boulder City, une bourgade paumée au fond du désert, dans le Nevada. Des touristes disparaissent régulièrement et, malgré une première enquête du FBI, toutes les affaires sont restées en l'état. Sandra quitte à regret sa villa donnant sur le Pacifique et arrive dans un lieu étouffant, tant par le climat que l'attitude des habitants.

Elle se confronte vite à un shérif belliqueux (elle connaîtra même une nuit en cellule), des autochtones racistes, un ivrogne, un vendeur de bestioles dangereuses, un tueur tombé dans la psychose religieuse. Une fois encore, l'auteure ne nous épargne pas les nombreux clichés : du serveur homo au flic alcoolique. C'est principalement un bouquin à lire pour son atmosphère poisseuse, son soleil qui tape sur les nerfs, la consanguinité, l'autarcie et le mutisme.

Toute l'intrigue repose sur la journaliste (pas de Goodman cette fois) et on découvre d'autres facettes de cette femme qui affronte toute une population contre elle. On regrette que d'autres pistes ne soient pas exploitées à fond, notamment les milices fascistes juste évoquées en quelques lignes. Le final est expédié trop vite et des questions restent en suspens. Mais si vous êtes fan des vieux films de Walter Hill, ce bouquin est pour vous.

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Les créateurs - Thomas Géha

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Les créateurs - Thomas Géha

L’art ne respecte pas les saisons, mais il les sublime : Les créateurs, de Thomas Geha.

Après une année 2011 très dense (deux romans parus), Thomas Geha a de nouveau fait parler de lui quelques mois plus tard avec une autre publication qui a surpris nombre de lecteurs. Loin de ses deux cycles majeurs de Fantasy et de Post-Apo, Le sabre de sang et Alone, ce livre, intitulé Les créateurs, est en effet… un recueil de nouvelles ! Forme littéraire devenue mal-aimée et mésestimée, la nouvelle fut pourtant le moyen d’expression quasi exclusif d’auteurs comme Poe et Lovecraft, qui n’écrivirent jamais qu’un seul roman chacun… Particulièrement sensible à la forme courte en général et à la très belle couverture de l’ouvrage en particulier, son acquisition fut pour moi un acte d’autant plus naturel que j’avais déjà eu l’occasion de constater à plusieurs reprises l’aisance de Thomas Geha vis-à-vis de ce format aussi pur qu’exigeant…

Et non seulement ce livre s’est révélé à la hauteur de mes attentes, mais il m’a aussi permis de vraiment redécouvrir celui qui l’a écrit. Car autant le dire tout net : Les créateurs est une petite merveille. Force est de constater après lecture que, quand l’éditeur présente cette œuvre comme « la plus personnelle » de son auteur, cela n’a rien d’une vaine accroche publicitaire. Il s’agit en effet d’ « un recueil original et atypique », mais aussi du travail le plus émouvant et abouti de Xavier Dol… pardon, de Thomas Geha.

Les créateurs est composé de six textes. Six odes à la vie, douces-amères et vibrantes, empreintes d’une « inquiétante étrangeté » que je qualifierais volontiers de « poétique du bizarre ». Ainsi de La voix de monsieur Ambrose, dont la délicieuse ambiance décadente et « fin de siècle » est magnifiée par une très impressionnante scène d’orgie à laquelle participe un certain… Arthur Machen ! Le génial auteur du Grand Dieu Pan n’est d’ailleurs pas le seul écrivain invité par le facétieux Thomas Geha, et je vous laisse imaginer qui se cache derrière le nom « David Escarras », pour une petite note d’intention et d’humour bienvenue… Autre texte magistral, Là-bas se déroule à Prague, entre 1704 et 2004, et s’il n’est jamais cité, l’ombre de Gustav Meyrink et de son fascinant Golem plane sur cette déchirante passion sacrificielle coincée entre deux époques. Un très beau voyage, à la fois triste et tragique, dont n’est pas pour autant exclu… l’espoir.

Copeaux, la nouvelle suivante, est un véritable bijou. Tout en retenue, à l’image de ce grand-père rude et taiseux, cette histoire tendre et douloureuse traite des sentiments de perte et de culpabilité avec une finesse bouleversante. À lire aux enfants un soir de Noël au coin du feu, et à conseiller ardemment à ceux qui ont l’impression d’avoir un problème de communication avec « les anciens » vivant à la campagne… Autre contexte, même subtilité de traitement : Bris se déroule dans un futur indéterminé, entre les murs clos d’une ville menaçante. Il est ici question de mémoire, d’amour et de sacrifice. Peut-être qu’un ange y passe, et peut-être que malgré tout rien n’est perdu…

Dans les jardins pourrait être rapprochée de Copeaux. L’auteur y fait montre de tout son talent pour peindre d’émouvants personnages à la recherche de leurs origines dans des tableaux champêtres plus vrais que nature. Comment résister dans un tel contexte à l’envie de cueillir le fruit défendu pendu aux branches du mythique « arbre de vie » ? Enfin, Sumus Vicinae est une nouvelle pleine d’audace, où l’auteur mêle avec maestria classicisme et anticipation pour mieux décrire les errances de son protagoniste principal. Ou comment une quête d’identité se transforme, après une éprouvante odyssée entre « démons et merveilles », en possible renaissance…

Avant de déguster ce recueil, j’appréciais déjà beaucoup Thomas Geha. L’homme et l’écrivain. Et mon sentiment n’a fait que se renforcer depuis lors, car Les créateurs donnent l’impression d’encore mieux connaître l’homme, maintenant que l’écrivain-chrysalide s’est transformé en auteur-papillon. Ce livre est donc un petit miracle, d’autant que, s’il séduira les amateurs de Fantastique, il ne leur est pas pour autant exclusivement réservé. Entendons-nous bien : jamais le genre n’est ici méprisé, au contraire, sans lui aucun de ces textes n’existerait, mais les amateurs de Fantastique ne sont pas seuls à se délecter de La morte amoureuse ou La vénus d’Ille… En définitive, ces six textes ne présentent qu’un seul défaut : celui de n’être pas douze ! Et quand on pense au nombre de nouvelles signées Thomas Geha disséminées au petit bonheur la chance dans autant de publications aussi cruellement invisibles, l’on se prend à rêver à un deuxième volume qui mettrait à la disposition d’un lectorat émerveillé d’autres petits Golems reprenant vie sous ses yeux. Messieurs de Critic, si vous me lisez…

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Parution 19 & 20 !

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Parution 19 & 20 !

Ils sont beaux, ils sont chaud... bons comme un pain au chocolat trouvé dans une benne à la frontière hongroise. Ce sera l'occasion de découvrir un nouvel auteur "Crazy Farmer" et un second opus de Christophe Siébert. Comme d'hab, toutes les infos sur le site de TRASH (ainsi que sur leur page FB).

Commandez-les sans tarder sous peine de mutilations à la Tchikatilo, de caresses à la Guy Georges et de cours de tannerie avec Ed Gein.

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La mort quelque part - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La mort quelque part - Maud Tabachnik

Je poursuis les aventures de Sam Goodman avec ce deuxième opus. Mon avis est encore mitigé, comme celui de ma première lecture : Un été pourri.

Je peux même avancer que cette intrigue est encore pire que la précédente. Après son fiasco à Boston, Goodman est muté à Paris (surtout une mise au placard temporaire) dans le cadre d'un échange de policiers par Interpol. Il emménage dans l'appartement d'une cousine, dans le quartier Juif près du Marais. L'auteure n'évite pas les clichés en nous décrivant des policiers caricaturés à l'extrême : un Breton, un Corse et un Auvergnat. En fond de décor, un racisme outrancier envers les juifs et l'Amérique.

L'intrigue est basique : un poseur de bombes s'attaque à TF1 puis à d'autres victimes ciblées. On découvre rapidement l'identité du tueur, un pauvre type soignant une mère grabataire et paralysée. Un scénario idéal pour un Thierry Jonquet. Et on sent vite que l'auteure s'empêtre dans les rebondissements et le final devient ubuesque avec une virée dans les catacombes et un dénouement de l'affaire... grâce au vaudou ! Il faut noter que la journaliste lesbienne Sandra Khan ne fait qu'une brève apparition au dernier chapitre.

Malgré tout, l'écriture scolaire de Tabachnik procure quand même un rapide divertissement, parfait pour une lecture "fast food" durant les grandes vacances, allongé sur un transat. Le troisième opus que j'ai commencé se passe dans le désert du Nevada et me semble plus consistant. Affaire à suivre...

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Collection Noire de Rivière Blanche

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Collection Noire de Rivière Blanche

Noir sur blanc

Tout comme son aînée la « Blanche », qui prolonge la célèbre « Anticipation » du Fleuve Noir, la collection Noire de Rivière Blanche, lancée en 2006, s'inspire d'une autre série, tout aussi prestigieuse : la mythique « Angoisse ». Afin de mieux signaler la filiation, Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier ont d'ailleurs commencé par un coup d'éclat, en rééditant l'intégrale de la saga de Mme Atomos sous forme de six épais volumes (Noire 1 à 6). D'autres ouvrages du même type suivront, notamment ceux consacrés aux Angoisses de Kurt Steiner (six romans répartis en deux recueils : Noire 16 et 18), sans oublier L’ambassadeur des âmes, de Dominique Rocher (Noire 23) rassemblant L'homme aux lunettes noires et Humeur rouge.

La collection Gore n'est pas oubliée, puisque Cauchemar à Staten Island, de Gilles Bergal, sera proposé dans l’opulent omnibus La nuit des hommes-loups (Noire 8), agrémenté de sa suite inédite et d’un recueil de nouvelles. Le même principe sera repris pour les deux derniers titres de la collection, La chair sous les ongles, de l’ex-François Sarkel devenu Brice Tarvel, et Les démons d'Abidjan, de Richard D. Nolane, que l’on retrouvera dans deux recueils (La chair sous les ongles et Séparation de corps (Noire 51 et 22) présentant en bonus des sélections de nouvelles des auteurs. Quant à Zombies gore, de François Darnaudet (Noire 57), il s’agit en fait de la réédition de ses deux romans Gore Collioure Trap et Andernos Trap !

Des partis pris exemplaires, mais la « Noire » ne saurait être réduite à l'exhumation des trésors du passé. En effet, non contents de se distinguer par leur travail d'archivistes, les deux dirigeants de Rivière Blanche ont également à cœur de dénicher nombre de textes inédits, tout en donnant leur chance à de jeunes auteurs. Ainsi la collection va-t-elle se développer, tout comme la « Blanche », en instaurant une judicieuse alternance entre recueils de nouvelles et de romans, et en dressant des passerelles entre « Grands Anciens » et petits nouveaux.

De David Khara, dont le premier roman, Les vestiges de l'aube (Noire 19) fut un des plus gros succès de l'éditeur, à Christophe Siébert, avec son terrible Nuit noire (Noire 33), des romans inédits de Micky Papoz (Au seuil de l'enfer, Noire 27) à l'intégrale des nouvelles d’Anne Duguël (Mémoires d'une aveugle, Noire 37), en passant par les retours inespérés de Max-André Rayjean (Momie de sang, Noire 43) et de l'infâme Nécrorian (Plaques chauffantes, Noire 45), tous les aspects du Fantastique sont abordés dans une belle et saine diversité.

Et ce n'est pas tout, car la collection Noire présente aussi par le biais de la série Les compagnons de l'ombre des rencontres originales entre de nombreux héros et anti-héros emblématiques de la littérature populaire ! Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Carnacki, Fantômas, Judex, Belphégor, Le Nyctalope, Madame Atomos... Toutes ces figures illustres, et bien d'autres encore, sont réunies au sein des 18 recueils de nouvelles parus à ce jour, et y croisent le fer lors d'intrigues en forme d'hommages aussi dynamiques que respectueux.

Enfin, honneur aux dames, je laisserai le soin de conclure cette petite présentation à la dangereuse Panthéra, une mutante sexy en diable à la recherche de son passé, qui s'est imposée en l'espace de trois romans (Noire 11, 30 et 69) comme la figure de proue idéale de la collection Noire… Laquelle est aujourd’hui devenue si riche que j’ai mentionné à peine la moitié des 88 titres publiés depuis dix ans. Sans doute ce qu’on appelle l’embarras du choix… Mais ne dit-on pas qu’il vaut mieux faire envie que pitié ?

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