Les foetus d'acier - Serge Brussolo

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Dans la galaxie brussolienne, on ne peut occulter la tétralogie (même si à la base c'était une trilogie et que le quatrième opus n'est pas intégré en sous-titre comme les trois précédents) consacrée aux soldats de goudron. Ces escouades policières violentes et organisées sont régulièrement évoquées dans d'autres romans de l'auteur comme l'insurrection et le blocus policier de Saint-Euphrate dans « Ira Melanox, la colère des ténèbres » de 1986. Cette série s'étale de 1984 à 1987 toujours chez Fleuve Noir Anticipation. Il faut indiquer que le quatrième volume a obtenu le Grand Prix 1988 de la Science-Fiction française.

 

Lise Sarella est l'héroïne principale de Les fœtus d'acier (édition revue et corrigée en 2004 sous le titre « La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond » où elle devient Lize Unke) et elle appartenait au corps d'élite policier des « soldats de goudron », sobriquet venant des uniformes de cuir noir avec casque de chrome à visière miroir. À la suite de quatre bavures sanglantes, les services de la police urbaine sont supprimés par la nouvelle municipalité d'Almoha. Les fonctionnaires sont « recyclés » dans des fonctions mineures et la police est remplacée par des robots et des androïdes. La pègre s'oriente vers le piratage informatique, laissant les petits malfrats dégrader les édifices publics avec des armes antédiluviennes. Malgré les nombreuses démissions de ses collègues, Lise intègre avec rancœur le sixième Bataillon scaphandrier du métro englouti. Son équipent est archaïque, mal entretenu et chaque expédition dans les rames englouties est périlleuse et les dangers nombreux : rats hybrides, vase-ciment, accidents de décompression, pilleurs d'épaves...

 

Lise est chargée de déposer des vivres et vêtements dans les rares poches d'air de stations de métro pour les survivants dont on ne sait rien. L'air vicié les a sans doute rendus fous. Sont-ils devenus d'informes créatures mutantes ? Lise déambule dans le dédale immergé, un tuyau dispensant de l'oxygène dans son scaphandre par l'intermédiaire d'un compresseur prêt à rendre l'âme à chaque plongée. Sa mission principale est de recenser les morts momifiés et entassés dans les rames de métro. Trouver des papiers d'identité et prendre des photos des visages. Une boue a transformé l'épiderme des corps en un cuir imputrescible et résistant. Des voyageurs se rendant au travail et noyés subitement lors de la catastrophe dont les complotistes contestent la version officielle des autorités. Serait-ce un gaz militaire toxique qui est la cause de la catastrophe et non une inondation des tunnels ? Lise tente de découvrir la vérité parmi les nombreux traîtres de son équipe et de ses supérieurs. Lors d'une expédition, elle est capturée par une tribu sauvage aux cerveaux ravagés. Elle se rend vite compte que ses soupçons sont fondés...

 

C'est un roman de Brussolo que je place parmi ses meilleurs. Très visuel et surréaliste, on croise des personnages vénérant un distributeur de chewing-gum. C'est la marque de fabrique de l'auteur où l'humain est l'essence même de ses fonctions vitales primaires, l'organique surpassant l'intellect et la raison. L'humain devient le rouage d'un système qui le dépasse. Brussolo, c'est le George Orwell du fantastique et non le Stephen King français comme on l'affirme régulièrement. Politique, totalitarisme, rébellion, expérimentations, asservissement... on retrouve ces items dans ce bouquin hallucinant. Brussolo, c'est l'écriture reptilienne. Les fondations de nos instincts primitifs et sauvages.

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Ténèbres 2015

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Première constatation en ouvrant ce volume : il y a de quoi faire ! Un menu riche et consistant, au point qu’il me serait difficile de présenter chaque nouvelle en détail, car il y a beaucoup à dire sur l'ensemble. Je me contenterai donc d'affirmer que dans l'ensemble j'ai passé un très bon moment. Pour autant, si à mon sens la plupart des textes sont quasiment au même niveau, il serait forcément erroné d'affirmer que je les ai tous appréciés de la même façon (l'histoire habituelle des goûts personnels et sensibilités), mais ainsi en va-t-il de la plupart des recueils ou anthologies.

 

Ça commence de belle façon avec une histoire de zombies au traitement plutôt original et qui malgré le thème éculé, donne vite envie de poursuivre. Ensuite, ça enchaîne magnifiquement avec Péché de Chair de Catherine Robert, gros coup de poing dans le bide (et qui arrache tout le reste au passage), et on continue ainsi de découvertes en bonnes surprises. Avec quelques baisses de niveau aussi, par moments – avec Le Spot de la Mort, par exemple, sur lequel je me suis un brin ennuyé, malgré une idée pourtant plutôt fun à la base. J'ai beaucoup aimé L'Amour, la Haine et la Mer d'Ordures, si Belle, qui se joue effectivement d'une approche poétique barrée à l'image de son titre, pour rester sur une très belle note émotionnelle.

 

Et mention spéciale, en ce qui me concerne, à la très belle La Décharge, tout à fait dans mes goûts, avec son mélange de mélancolie, de fantastique et de terreurs enfantines mais où l'on parle aussi de transmission ou du pouvoir de l'imagination. Un gros coup de cœur pour ce récit (qui est d'ailleurs le plus long du recueil). Très bon moment aussi avec Hanako-San y es-tu ?, de Henri Bé, qui traite intelligemment des mythes urbains à la sauce japonisante, tout en se révélant très efficace et accrocheur :  l'écriture coule, fluide et tranquille, tout en nous plongeant rapidement dans le cœur du mystère sans avoir l'air d'y toucher. Un auteur à suivre de près, assurément... !

 

Pour le reste, pas mal de très bonnes choses aussi : La Tache, par exemple, avec son pitch tout droit sorti d'un épisode de Twilight Zone, ou l'excellente et étrange Corps Étranger de Laurent Morival, à l'efficacité et à la dynamique pernicieuse toute Kingienne – mais à côté aussi de moins bonnes (par exemple certains récits en fin de recueil, dont je ne sais pas trop quoi penser).

 

Je me rends compte, avec le recul, que mes textes préférés sont finalement ceux qui s'éloignent le plus des grandes figures classiques du genre Fantastique/Horreur, pour explorer des territoires plus déviants. Beaucoup d'approches différentes, qui passent par des chemins de traverse et donnent envie d'en découvrir davantage en s'avançant dans ces sombres ornières.

 

Notons enfin la présence au sommaire de nombreuses plumes francophones franchement talentueuses. Qu’ils soient confirmés ou en devenir, tous ces écrivains livrent ici le meilleur d’eux-mêmes. Ce qui, en tant qu'auteur amateur, me donne envie également de me booster pour atteindre le même niveau... Une très belle publication dans tous les cas !

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Cochrane vs Cthulhu - Gilberto Villaroel

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Comme chacun devrait le savoir, je suis depuis toujours fasciné par le Mythe de Cthulhu, et très amateur des récits prolongeant, avec plus ou moins de succès, l’œuvre de Lovecraft. Depuis quelques années, il semblerait que toute une génération d'auteurs reprenne le mythe, le remette au goût du jour et l'actualise, chacun selon sa sensibilité ; et cette mode me réjouit.

 

Ce que vous ignorez sans doute, amis du Collectif ZLLT, c'est que je voue une fervente admiration pour Napoléon 1er et son époque. Alors, vous pensez bien que je me suis jeté sur cette parution qui propose une aventure maritime mettant aux prises un célèbre amiral anglais, une garnison de dragons de la Garde et le principal Grand Ancien de la mythologie lovecraftienne, Cthulhu en personne, le tout durant les Cent Jours.

 

Je ne connaissais pas cet éditeur, « Aux Forges de Vulcain », mais je dois reconnaître qu'il propose des livres attirants, en ce qui concerne la fabrication : maquette sobre qui change des habituelles photos bidouillées, impression et papier de qualité font que le lecteur prend en main un ouvrage très professionnel. Autre point agréable : un avant-propos et une postface de l'auteur permettent de découvrir la genèse de l’œuvre, ce qui se révèle utile lorsqu'on s'intéresse au processus d'écriture. J'ai bien relevé quelques coquilles (surtout vers la fin du livre), et quelques phrases ou expressions m'ont paru inadaptées, sans doute à cause de la traduction, mais l'impression sur l'ensemble du volume reste favorable.

 

En fait, l'auteur chilien de ce roman propose une sorte de relecture de « L'Appel de Cthulhu », avec l'émersion de la cité engloutie de R'Lyeh au large des côtes françaises, et le combat désespéré des ennemis héréditaires réunis pour lutter contre un dieu extraterrestre terrifiant. Nous nous trouvons ici dans un univers uchronique, où la principale différence avec l'histoire réelle réside dans le fait que, dans ce monde parallèle, Napoléon a construit Fort Boyard une quarantaine d'années avant son achèvement véritable en 1857. Sinon, le contexte demeure familier, ce qui permet d'entrer dans l'action sans longs chapitres d'exposition.

 

Car, de l'action, il y en a ! En un peu moins de quatre-cents pages, nous assistons à la découverte d'une menace fondamentale pour l'humanité, qui va amener Anglais et Français présents dans le fort à conclure une alliance insolite pour repousser les assauts de Cthulhu et ses créatures infernales. Les militaires seront aidés par deux des esprits les plus acérés de l'époque, les frères Champollion, envoyés spécialement de Paris par Fouché pour interpréter de mystérieuses inscriptions proches des indéchiffrables hiéroglyphes égyptiens...

 

Vous l'aurez compris, l'idée brille par son originalité, et « Cochrane VS Cthulhu » se lit vite, à la façon d'un roman d'aventures sans prétention. Cette impression est renforcée par le style sans fioritures, très dynamique et quasi cinématographique, et les amateurs de rebondissements devraient ressentir le même plaisir qu'au visionnage d'un honnête film d'action.

 

Alors, pourquoi ai-je refermé ce livre avec un sentiment mitigé, entre la légère déception et le regret ? Sans doute à cause de quelques erreurs historiques et techniques gênantes dont voici quelques exemples :

 

— le capitaine n'est pas un grade d'officier supérieur, mais subalterne

 

— personne ne se roulait de cigarettes en 1815, pour la bonne raison qu'elles n'existaient pas (elles furent popularisées par les Anglais après la guerre de Crimée)

 

— des erreurs techniques sur la navigation, et les navires de l'époque, en particulier sur l'utilisation de la vapeur (c'est d'ailleurs un Français qui a inventé le procédé, et pas Cochrane). De plus, je vois mal comment diriger une embarcation si on remplace le gouvernail par une hélice, comme indiqué page 307...

 

Mais il s'agit là de détails qui risquent de choquer peu de lecteurs, hormis ceux qui, comme votre serviteur, se révèlent de pénibles pinailleurs. J'ai déjà indiqué que ce roman utilisait les procédés du roman-feuilleton populaire, ce qui lui confère un dynamisme certain, un petit côté daté sympathique. Hélas, il n'en évite pas les écueils : malgré un bel effort pour dépeindre des personnages secondaires attachants, le héros se montre si vierge de tout défaut, si surhumain qu'il a peiné à susciter mon empathie. Cochrane est décrit comme une sorte de géant inaccessible à la peur ou à la fatigue. Doué dans tous les domaines, il bricole un lance-flammes avec une lampe à huile et un canon de fusil à ses heures perdues, avant de prendre tout naturellement le commandement des opérations dans la lutte désespérée contre un Grand Ancien un peu grognon d'avoir été réveillé en sursaut... On peut être bon public, mais parfois, trop c'est trop ! Pour ma part, je préfère les personnages présentant quelques faiblesses, un peu humains, quoi, et pas des sortes de super-héros dignes des pires navets Marvel revus par Disney...

 

Un autre tic d'écriture qui m'a un peu agacé consiste à donner un résumé des chapitres précédents, comme si le récit était vraiment livré en épisodes. Ce procédé répétitif, peut-être destiné à fournir un volume de pages plus important, le public préférant les pavés aux formats courts, peut sembler amusant au début, mais il m'a fatigué tout au long d'un si grand nombre de chapitres.

 

Et Cthulhu, dans tout ça ? Villaroel nous en dessine un portrait fidèle à la description de Lovecraft, mais dans un esprit plus proche de celui de Derleth, ou pire, de Lumley. Le Grand Ancien nous est décrit comme un danger physique, matériel, qu'on peut contrer à coups de barils de poudre noire et de fusées Congreve. Tout l'aspect surnaturel, mystique, toute la dimension génératrice de folie se voient bannis du récit, au profit d'une approche matérialiste du conflit. Cthulhu est dépeint comme un extraterrestre gigantesque et vindicatif, doté de l'éternité et d'une puissance immense, mais l'aspect vertigineux, transcendant qu'a su lui conférer Lovecraft est évité, et je le regrette un peu. En fait, le dieu qui surgit de R'lyeh évoque davantage le monstre de Cloverfield qu'une entité extradimensionnelle dont la seule vision suffit à rendre dément : le genre de bestiau qu'une bonne bombe atomique tactique ou un Cochrane en forme parviennent à renvoyer dans sa tanière.

 

En conclusion, malgré toutes les réserves énoncées, et même si « l'horreur cosmique » si chère à Lovecraft reste quasi absente du récit, « Cochrane vs Cthulhu » s'avère un livre honnête, procurant une lecture divertissante, à condition de ne pas se montrer trop à cheval sur la fidélité au canon lovecraftien, et sur la rigueur technique et historique.

 

 

 

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Orages en terre de France - Michel Pagel

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De beaux lendemains : Orages en terre de France, de Michel Pagel.

 

 

 

On ne présente plus Michel Pagel. Notamment connu – et reconnu – pour le fascinant cycle La comédie Inhumaine (huit romans et recueils de nouvelles rassemblés cette année en deux magnifiques omnibus par Les Moutons Électriques), l’homme est aussi l’auteur, dissimulé derrière le facétieux pseudonyme de Pierre-Alexis Orloff, du feuilleton Panthéra, initié il y a déjà dix ans chez Rivière Blanche (six titres parus à ce jour, série en cours).

 

Mais ces deux sagas, en dépit de leurs incontestables qualités respectives, ne doivent pas pour autant être l’arbre qui cache la forêt. Car la bibliographie de Michel Pagel, depuis ses débuts en 1984 au Fleuve Noir, n’a jamais cessé de s’étoffer et comprend de nombreux autres ouvrages tout aussi captivants. Comme justement ce Orages en terre de France, publié à l’origine dans la fameuse collection Anticipation en 1991 et réédité début 2020 chez Hélios.

 

Surprenant à plus d’un titre, ce roman se déroule à la fin du XXème siècle, dans le cadre d’un conflit opposant la France et l’Angleterre. Il s’agit par conséquent d’une uchronie. Mais une uchronie fortement imprégnée de Science-fiction et de Fantastique – voire d’Horreur… Un mélange détonnant, mais pas si étonnant dans le fond, tant Michel Pagel a souvent pris le parti, durant sa longue carrière, d’abolir les frontières entre les genres pour mieux servir ses récits.

 

Structuré en quatre chapitres distincts mais complémentaires, Orages en terre de France pourrait presque être qualifié de « fix-up ». Toutefois, si ces différentes parties s’apparentent a priori à des nouvelles agencées de façon à constituer un ensemble cohérent, elles ne sont pas vraiment indépendantes les unes des autres. En réalité, ces quatre histoires n’en forment qu’une : celle des deux pays en proie à une guerre de religion interminable.

 

Le texte initial, Ader, se déroule en 1991. Jehan, déprimé par ce conflit millénaire qui semble sans issue, décide de se rendre chez son ancien professeur Clément afin de se changer les idées. À cet instant, il ne se doute pas encore que cette visite de courtoisie va non seulement bouleverser sa vie, mais aussi celles de millions de personnes. En effet, Clément a développé un projet insensé, et son choix d’y associer son ancien élève s’avérera lourd de conséquences…

 

À première vue sans lien direct avec son prédécesseur, le deuxième chapitre, Bonsoir, maman, est le plus bref des quatre, mais aussi, sans doute, le plus émouvant. Michel Pagel y trace avec beaucoup de délicatesse le portrait d’une femme âgée et malade, qui craint de ne jamais voir ses petits-enfants. Car la guerre vorace continue à prélever ton tribut meurtrier, et si Paul fait son possible pour apaiser sa mère, il sait bien au fond de lui-même qu’elle a raison.

 

Ensuite, nouveau changement de décor et de point de vue avec Le templier, long récit qui permet à l’auteur de mettre l’accent sur l’implication de l’Église dans ce conflit sanglant. En haut lieu, on aimerait beaucoup utiliser la fameuse invention de Clément, améliorée depuis sa création par Jehan, mais le très médiatique et conservateur télévangéliste Frédéric d’Arles s’y oppose. Les arguments de la capiteuse Jeanne parviendront-ils à le faire changer d’avis ?

 

Dans la quatrième et dernière partie, L’inondation, l’intrigue a lieu en 1995. La situation générale ne s’est pas arrangée – au contraire. Plongés dans un bourbier effroyable, les protagonistes du récit se débattent comme ils peuvent pour survivre. Mais si Marc, Ian et Émilie optent chacun à leur manière pour une fuite en avant, c’est pour mieux foncer droit dans le mur. Une conclusion à la fois absurde et funeste, qui laisse un goût de cendres dans la bouche.

 

Orages en terre de France est donc un ouvrage très original et maîtrisé de bout en bout. Grâce à ces quatre tableaux complémentaires permettant de balayer tout le spectre d’un bien sombre théâtre des opérations, Michel Pagel livre une uchronie saisissante, à mi-chemin entre le fix-up et le roman choral. Notons enfin que même si ce livre oscille entre divers genres de l’imaginaire en ayant le goût exquis de ne jamais vraiment choisir son camp, son propos reste, près de trente ans après sa première publication, toujours autant d’actualité. Hélas…

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Les enfants de Pisauride - Jean-Pierre Andrevon

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Contrairement à plusieurs auteurs qui posent le décor dans des régions américaines (moi le premier), Andrevon est typiquement français et assume ses choix en transposant des thèmes fantastiques dans la ruralité ou l'urbanisme cradingue des cités. Il prouve que le style et le talent peuvent s'inscrire dans notre identité française sans avoir à rougir de ses homologues anglo-saxons. On peut évoquer ainsi Robert Merle, Seignolle, Maupassant, Féval, Dumas, Béalu... qui ne trahissent pas notre culture mais la valorise comme d'autres de l'école belge de l'épouvante (Ray, Owen, Ghelderode pour ne citer que les principaux). Ce livre paru en 1990 est une réédition corrigée et augmentée de la précédente sortie en 1975 dans la collection « Lendemains retrouvés », numéro dix, sous le pseudonyme de Alphonse Brutsche. En préambule, Andrevon indique que ce roman est dans la tradition des films Universal des années 50.

 

Près d'une centrale nucléaire, on assiste à l'agonie d'une araignée. Mourante parmi les décombres, elle parvient à expulser ses œufs et donne naissance à des centaines d'arachnides. Un jeune comptable et sa femme Simone font un pique-nique durant un dimanche ensoleillé. Il se fait piquer au bras sans savoir la provenance de la piqûre. Un peu patraque, il repart confiant en se disant que ça ira mieux le lendemain. Mais dans la nuit, il est en proie à d'affreux cauchemars et d'hallucinations. Il se réveille le corps baigné de sueur et le bras douloureux. Au bout de quelques jours, il visite un médecin qui lui incise l'énorme furoncle luminescent. Et la chaîne de contamination essaime son venin sur plusieurs personnes de son entourage : le docteur, un collègue de travail, un clochard... Les métamorphoses s'enchaînent peu à peu et certaines scènes font frémir le lecteur, notamment celle où le médecin de ville coupe son bras et le brûle pour échapper au terrible virus qui le ronge.

 

Malgré les qualités indéniables de l'histoire, le style, le vocabulaire, l'intrigue reste plate et manque de piment. On peut relever la personnalité des protagonistes mais l'action propre est linéaire. J'ai lu beaucoup de bouquins traitant les mutations animales et celui-ci ne sera pas dans le haut du panier même si il n'y a rien à redire sur la maîtrise technique du récit.

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