La galerie des horreurs - Patrice Lamare

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

La galerie des horreurs - Patrice Lamare

Unique roman de Patrice Lamare, alias Patrice Herr Sang, dans la collection GORE. Cet "activiste culturel" (voir l'interview consacrée à cet auteur dans GORE, dissection d'une collection par Sam Guillerand) rend un bouquin puissant et formidablement addictif. Je le place direct dans les meilleurs gory de la collection.

Preuve que cet écrivain hors-circuits est talentueux, j'ai ressenti diverses influences stylistiques dans l'intrigue. Le premier paragraphe se passant dans un commissariat parisien est typiquement simenonien. Puis on frôle du G.J Arnaud avant de sombrer dans du H.G Lewis. On peut rapprocher l'intrigue à "Colore-moi rouge sang" même si l'auteur assure qu'il s'est inspiré de son entourage peuplé d'artistes délirants. J'ai également songé à Nécrorian pour le côté couple sanglant, comme le terrifiant duo Murderren de Blood-sex. Ici, nous avons affaire avec Ugo Lugosi et son chauffeur Bela Batori. Ugo est un artiste total bouffé par un délire psychotique et sanguinaire. Avec son complice, il attire des victimes dans une villa isolée. Le sous-sol cache des salles carrelées où l'artiste puise son inspiration criminelle.

Des jeunes femmes disparaissent, un aveugle, un couple échangiste... et tout un arsenal est déployé pour mutiler les corps : tronçonneuse, hache, explosifs, barres de fer. Les violences sont explicites et décrites avec un soin particulier. Le final nous offre un vernissage digne d'une atmosphère à la Kathe Koja et les dérives obsessionnelles au service de l'Art. C'est un bouquin magnifique, cruel, sordide et le détachement de l'artiste face à ses expérimentations fait froid dans le dos. La narration est parfaite, le scénario intraitable, les personnages brossés avec justesse et les bases du torture porn sont judicieusement esquissées. Merci M. Lamare pour ce beau moment de lecture.

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Zazou - Jean Mazarin

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Zazou - Jean Mazarin

La victoire en chantant : Zazou, de Jean Mazarin.

Mars 2015. L’Atelier Mosésu lance une nouvelle collection de romans noirs dont l’intrigue se déroule durant la seconde guerre mondiale. Des livres sombres, réalistes, au service de l’Histoire, celle avec un grand H, selon la présentation de l’éditeur. Trois romans paraissent ainsi simultanément, dont un retient aussitôt l’attention de votre serviteur. Et pour cause. Zazou marque en effet le grand retour au Polar de Jean Mazarin, quatre ans après Il va neiger sur Venise et ce mystérieux Mutins légitimes hélas demeuré inédit. Une sortie qu’il est donc permis, voire conseillé, de considérer comme un véritable événement.

Paris, 1942. Paul, étudiant en droit et grand amateur de swing, mène une vie désinvolte et plutôt préservée des aléas de l’occupation. Bien que n’éprouvant aucune sympathie à l’égard de l’envahisseur, il profite d’un contexte personnel privilégié pour donner libre cours à sa passion pour la musique. Car Paul n’est pas un jeune homme comme les autres. Son père est commissaire de police. Et en dépit de leurs rapports parfois tendus, le climat familial demeure à peu près paisible malgré l’excentricité affirmée du jeune Zazou. Jusqu’au jour où…

Il est certaines rencontres qui font basculer une vie. De fait, Anna Tronska est certes très douée pour trouver grâce au marché noir toutes sortes de denrées devenues rares, mais elle s’adonne aussi en parallèle à d’autres activités. Des activités encore plus secrètes et beaucoup plus périlleuses. C’est ainsi que Paul s’abandonne à cette « liaison dangereuse » tout en se découvrant une conscience politique. Après avoir commencé pour afficher sa solidarité avec les Juifs en épinglant une étoile jaune sur sa veste, ce qui lui vaudra un séjour au camp de Drancy, le jeune homme se trouve face à des choix qui vont changer sa vie.

D’autant qu’il fait ensuite la connaissance des amis d’Anna. Or avec eux, il ne s’agit plus seulement de distribution de tracts. Mais Paul a pris sa décision, et il ne reculera pas. Il va intégrer le réseau dirigé par Mésange et franchir toutes les étapes qui l’amèneront au point de non-retour, non sans abandonner ses habits zazous pour mieux donner le change auprès de son père. La liberté a un prix, et le « goy » est prêt à le payer. Au prix fort.

Zazou, c’est une petite histoire enchâssée dans la grande, certes. Mais c’est aussi un récit initiatique. Car cet adolescent qui s’éveille à l’amour y apprend en parallèle le sens des mots courage et sacrifice. Ce qui lui permettra de devenir un homme. Un homme qui passera de la rébellion à la résistance, et dont le destin se fracassera contre le mur de la barbarie. Jean Mazarin prend ainsi le maquis pour mieux revenir au roman noir par des chemins de traverse, afin de traiter ses thèmes de prédilection avec le talent et l’efficacité qu’on lui connaît. Et Zazou d’enfoncer le clou dans des plaies encore béantes : jamais la musique ne sera assez forte pour couvrir le bruit des bottes. Mais toujours elle continuera à retentir.

Croyez-moi, à 81 ans, l’auteur de Collabo Song n’a rien perdu de sa verve. Ou plutôt non, ne vous contentez pas de me croire sur parole, et faites l’acquisition de ce livre remarquable. Quant à moi, cette terrible plongée dans le passé m’a, paradoxalement, amené à penser au futur. Et dans un futur idéal, Mutins légitimes, dont l’histoire se situe aussi pendant la deuxième guerre mondiale, retrouverait son titre originel de Handschar pour paraître dans cette belle collection de L’Atelier Mosésu. Non, ceci n’est pas une perche. C’est un espoir.

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L'instinct de mort - Jacques Mesrine

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

L'instinct de mort - Jacques Mesrine

À la Santé, Mesrine rédige ses mémoires de truand, ennemi public numéro un en France et au Canada. Enfance à l'éducation scolaire chaotique, la rue et le Milieu, les putes, les copains puis la guerre d'Algérie où il revient décoré. Certaines scènes sont choquantes, à la limite du supportable : notamment l'assassinat d'Ahmed la salope, proxénète tué à la dague italienne et enterré aussitôt après. Premiers cambriolages, naissance d'une fille avec Solédad rencontrée en Espagne. Règlement de compte sanglant à Milan en compagnie de Guido et retour à Gênes. Mesrine prend de l'assurance et de l'ampleur. Il devient un être violent et ne s'en cache pas. Il connaît les règles du jeu depuis le début et aborde son "métier" avec sincérité et froideur. Malgré son union avec Solédad et la naissance de Sabrina, il continue les coups avec ses copains, attaque un comptable et se fait arrêter avant de braquer un Crédit Populaire. Direction la prison d'Évreux, puis Fresnes et Orléans pour une peine de six mois. En sortant de taule il tente de se réinsérer en exerçant un emploi de maquettiste, par amour de sa fille et de sa femme. Seize mois après il est licencié et se retrouve au chômage, malgré une réhabilitation réussie. C'est sans doute à cet instant que Mesrine s'écartera à jamais du droit chemin.

Guido le met sur un gros coup : simuler un cambriolage dans la villa du gouverneur militaire de l'île de palma de Mallorca en Espagne pour y trouver un carnet et obtenir des informations. Il se fait attraper et Mesrine est pris pour un agent secret ! Son couple bat de l'aile avec Solédad, il la quitte sans prévenir et ouvre une auberge avec Janou, une femme rencontrée dans un bar. Après des ennuis avec une bande locale, Mesrine repart avec Janou malgré des affaires florissantes avec son auberge. Etant recherchés par la police, ils décident de s'envoler vers le Canada. Ses futures actions criminelles lui vaudront le titre peu enviable "d'ennemi public numéro un", un milliardaire sera enlevé, accusation et acquittement d'un meurtre, évasion d'un pénitencier, évasions multiples, braquages de banques, fusillades, attaque d'un pénitencier fédéral, meurtres de gardes nationaux... le séjour canadien sera mouvementé ! Pour anecdote, Mesrine assistera au lancement du premier homme sur la Lune le 16 juillet 1969 à Cap Kennedy... avant d'être incarcéré le soir même à la prison de Texarcana !

Mesrine jette sa vérité à la face de la société. C'est d'une autre époque mais le problème de l'incarcération en France est toujours d'actualité ! On ressent la haine de Mesrine envers les flics, les QHS, les détentions castratrices de liberté, les conditions inhumaines pour casser du détenu... c'est un livre violent où Mesrine juge son "métier" avec sincérité et franchise. Ce qui m'a beaucoup surpris sur ce personnage notoire fut son talent d'écriture. Sa prose est vive, nuancée et agréable à lire. Les tensions alternent avec des moments d'émotion par un vocabulaire simple et précis. Un livre qui ne laisse pas indifférent.

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Mondo Trasho

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

MONDO TRASHO

Une amie me parlait dernièrement de certaines images de camps d'extermination qui l'avaient bouleversée. Je la comprends d'autant mieux que j'ai aussi eu l'occasion d'en voir très jeune. Et elles m'ont marqué au fer rouge. Justement parce qu'en dépit des innombrables ignominies littéraires ou pelliculées dont je me suis abreuvé depuis lors, je n'ai jamais lu/vu pire. En outre, je tiens pour un fait établi que cette immonde boucherie a vraiment existé. C'est précisément pour cette raison qu'une oeuvre de fiction, aussi extrême soit-elle, n'aura jamais sur moi autant d'impact qu'une situation « à caractère gore égal » issue de la réalité.

Dans le même ordre d'idées, prenons cet exemple de l'accouchement, évènement gore s'il en est. Comment je le sais ? Tout simplement parce que c'est exactement le terme qu'ont employé ceux qui dans mon entourage ont eu l'occasion d'en voir. Et ce n'était pas pour me faire plaisir. Voilà pourquoi je comprends tout à fait « ceux qui font une drôle de tête quand la tête du bébé sort ». Pour moi c'est une scène d'une violence absolue, accomplie de surcroît dans un déferlement gore bien difficile à reproduire en termes d'impact au cinéma ou en littérature.

Femme qui souffre de façon paroxystique, bébé submergé de substances diverses, tous les deux rivalisant de hurlements, qui de douleur, qui de terreur, j'avoue que j'ai bien du mal à comprendre qu'on puisse trouver la situation « belle » (je l'ai aussi entendu dire, mais par d'autres personnes, et beaucoup plus rarement). Sans doute y a-t-il du vrai dans la fameuse phrase « L'amour est aveugle ». Mais à chacun ses arrangements avec le réel, je ne suis pas là pour en juger. Je me réserve juste le droit d'être en total désaccord. Pour ce qu'elle vaut, et pour en conclure, mon opinion personnelle sur ce sujet se trouve assez bien résumée dans un sample utilisé par un de mes groupes favoris: « The beginning of life is a moment of terror ».

TRASH SOCIAL VERSUS CRASH SOCIETAL

La question des étiquettes : tenue incorrecte exigée ? Quand on écrit, on n'y pense pas, et on s'en fout un peu. La question ne se pose qu'après coup. Alors c'est vrai qu'avec TRASH on a un concept précis, mais on reste libre de le tordre dans tous les sens et d'y écrire ce qu'on veut comme on veut. Quant au nom de la collection, nous l'avons choisi parce qu'il est tapageur, accrocheur et représentatif. Et ça nous évite d'être qualifiés de tout et de n'importe quoi par des pisse-copies conservateurs au cas où nos bouquins tomberaient entre de mauvaises mains.

Bien sûr que le Gore est un défouloir, bien sûr qu'on y projette pêle-mêle nos envies les plus déviantes, nos fantasmes les moins avouables, nos pulsions les plus obscènes. Mais ce n'est pas incompatible avec d'autres ambitions. Je ne vois pas pourquoi le Gore/Trash serait plus gratuit et vain que les autres genres. Perso, l'âme, je n'y crois pas, mais l'homme, oui, car quoi que je fasse pour lui échapper, je le retrouve toujours. Alors il faut bien que je me confronte à lui. Et pour moi toute confrontation est violence. C'est justement de ça que traite Bloodfist. Et c'est d'ailleurs pourquoi je trouve si amusant de répondre à ceux qui me posent des questions du type: « Mais pourquoi écrivez-vous ce genre de choses ? Pourquoi faites-vous du Gore ? ».

Et pourquoi pas ? Pourquoi pas du rouge qui tache, pour changer de la Blanche fadasse ? Pourquoi serions-nous obligés de toujours nous justifier ? Est-ce qu'on demande aux Goncourt et autres Renaudot pourquoi ils écrivent de la Blanche ? De surcroît, dans la plupart des cas, ces questions sont des poupées gigognes, dissimulant bien mal une agressivité latente. Mais pas question de tendre l'autre joue. D'autant moins que ladite agressivité a été suscitée par une oeuvre de fiction, que d'aucuns jugent pertinent de faire basculer dans le réel pour en tirer des conclusions fumeuses, tels de petits docteurs Freud de comptoir. Bon. Finalement, de telles attitudes ne prouvent qu'une chose: mon récit fonctionne. Bonus non négligeable, il permet à certains lecteurs de s'entretenir en jouant au boomerang.

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Le coucou - G.J Arnaud

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le coucou - G.J Arnaud

Éric Bonnot est un homme de ménage. Il nettoie des bureaux dans plusieurs immeubles durant les nuits. En toile de fond, on devine une crise économique et, plus personnellement, une crise dans son ménage. Sa femme lui reproche son statut "d'ouvrier d'entretien" sans savoir que son mari passe ses nuits à récurer des bureaux, épousseter des dossiers ou shampouiner des moquettes. L'homme est vite intrigué par un bureau qui ne témoigne d'aucune activité diurne : pas de papiers dans les poubelles, pas de mégots dans les cendriers... et pourtant les loyers et les charges sont réglés tous les mois par prélèvements bancaires. Qui est le mystérieux propriétaire dont personne ne connaît l'existence ?

Une nuit, Bonnot devine une porte secrète sur la cloison derrière une étagère. Un couloir puis une porte. Un appartement luxueux se révèle dans la pénombre. Alcools fins, produits de qualité dans le congélateur, télévision... un grand luxe qui s'étale pour le plus grand bonheur de Bonnot. Délaissant son épouse et son fils, il n'hésite pas à s'installer discrètement dans le logement et de profiter des victuailles... et même d'argent soutiré grâce à une carte de crédit trouvée dans un coffre-fort.

G.J Arnaud nous délivre un excellent roman dont l'idée de fond est parfaitement amenée dans le déroulement de l'intrigue. Pour préserver sa quiétude, le personnage principal n'hésite pas à tuer. Mais sont-ce des coïncidences ? Bonnot parviendra-t-il à préserver son bien-être égoïste ? Vous le saurez en parcourant ce parfait petit bouquin incroyable.

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