Zazou - Jean Mazarin

Publié le par Léonox

 

La victoire en chantant : Zazou, de Jean Mazarin.

 

Mars 2015. L’Atelier Mosésu lance une nouvelle collection de romans noirs dont l’intrigue se déroule durant la seconde guerre mondiale. Des livres sombres, réalistes, au service de l’Histoire, celle avec un grand H, selon la présentation de l’éditeur. Trois romans paraissent ainsi simultanément, dont un retient aussitôt l’attention de votre serviteur. Et pour cause. Zazou marque en effet le grand retour au Polar de Jean Mazarin, quatre ans après Il va neiger sur Venise et ce mystérieux Mutins légitimes hélas demeuré inédit. Une sortie qu’il est donc permis, voire conseillé, de considérer comme un véritable événement.

Paris, 1942. Paul, étudiant en droit et grand amateur de swing, mène une vie désinvolte et plutôt préservée des aléas de l’occupation. Bien que n’éprouvant aucune sympathie à l’égard de l’envahisseur, il profite d’un contexte personnel privilégié pour donner libre cours à sa passion pour la musique. Car Paul n’est pas un jeune homme comme les autres. Son père est commissaire de police. Et en dépit de leurs rapports parfois tendus, le climat familial demeure à peu près paisible malgré l’excentricité affirmée du jeune Zazou. Jusqu’au jour où…

Il est certaines rencontres qui font basculer une vie. De fait, Anna Tronska est certes très douée pour trouver grâce au marché noir toutes sortes de denrées devenues rares, mais elle s’adonne aussi en parallèle à d’autres activités. Des activités encore plus secrètes et beaucoup plus périlleuses. C’est ainsi que Paul s’abandonne à cette « liaison dangereuse » tout en se découvrant une conscience politique. Après avoir commencé pour afficher sa solidarité avec les Juifs en épinglant une étoile jaune sur sa veste, ce qui lui vaudra un séjour au camp de Drancy, le jeune homme se trouve face à des choix qui vont changer sa vie.

D’autant qu’il fait ensuite la connaissance des amis d’Anna. Or avec eux, il ne s’agit plus seulement de distribution de tracts. Mais Paul a pris sa décision, et il ne reculera pas. Il va intégrer le réseau dirigé par Mésange et franchir toutes les étapes qui l’amèneront au point de non-retour, non sans abandonner ses habits zazous pour mieux donner le change auprès de son père. La liberté a un prix, et le « goy » est prêt à le payer. Au prix fort.

Zazou, c’est une petite histoire enchâssée dans la grande, certes. Mais c’est aussi un récit initiatique. Car cet adolescent qui s’éveille à l’amour y apprend en parallèle le sens des mots courage et sacrifice. Ce qui lui permettra de devenir un homme. Un homme qui passera de la rébellion à la résistance, et dont le destin se fracassera contre le mur de la barbarie. Jean Mazarin prend ainsi le maquis pour mieux revenir au roman noir par des chemins de traverse, afin de traiter ses thèmes de prédilection avec le talent et l’efficacité qu’on lui connaît. Et Zazou d’enfoncer le clou dans des plaies encore béantes : jamais la musique ne sera assez forte pour couvrir le bruit des bottes. Mais toujours elle continuera à retentir.

Croyez-moi, à 81 ans, l’auteur de Collabo Song n’a rien perdu de sa verve. Ou plutôt non, ne vous contentez pas de me croire sur parole, et faites l’acquisition de ce livre remarquable. Quant à moi, cette terrible plongée dans le passé m’a, paradoxalement, amené à penser au futur. Et dans un futur idéal, Mutins légitimes, dont l’histoire se situe aussi pendant la deuxième guerre mondiale, retrouverait son titre originel de Handschar pour paraître dans cette belle collection de L’Atelier Mosésu. Non, ceci n’est pas une perche. C’est un espoir.

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 174, mai / juin 2015.

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