Le démon des âges troubles - Igor Watkins

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le démon des âges troubles - Igor Watkins

Je ne vais pas vous mentir, j'ai trouvé ce bouquin guère fameux. Pourtant, le cadre est idéal : un village perdu dans les montagnes du Pays de Galles, une centrale hydro-électrique, une tempête qui s'abat sur l'Europe... et un démon qui s'échappe des entrailles de la terre. Le personnage principal est John Casson, ingénieur chargé de contrôler cette centrale électrique et d'en surveiller le barrage.

Toute la région se retrouve inondée, des prisonniers s'échappent d'une prison... bref, c'est la merde. Ajoutons à tout ce bordel un nommé Dewi qui a le pouvoir de déchaîner les éléments et qui s'en sert pour tuer ceux qui ne se rangent pas à sa cause religieuse, aidé d'une prédicatrice faisant office de pasteur. Cette femme peut diriger le démon pour assouvir ses fantasmes mystiques.

Hormis cette trame, le texte est plat et sans relief. Ce n'est pas un véritable gory à la Shaun Hutson. Je ne sais pas si ce récit a souffert à la traduction, mais tout est survolé malgré de nombreuses pistes pertinentes. Les descriptions des meurtres ne feraient pas frémir un gosse de primaire, ça manque cruellement de sexe (même si un viol est rapidement brossé où trois frangins s'occupent de la prêtresse sur un canapé miteux au fond d'une taverne) et le démon est vaguement esquissé. On se surprend à rire en constatant qu'il a la fâcheuse habitude d'emprunter les ascenseurs plutôt que de traverser les murs !

Un bouquin à éviter, sauf pour les lecteurs d'une horreur plus classique et d'atmosphère.

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Le passager - Jean-Christophe Grangé

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le passager - Jean-Christophe Grangé

Depuis longtemps, je lis cet auteur avec un respect certain. Son « Vol des cigognes », premier bouquin édité, fut une révélation pour moi lorsque j'habitais Paris dans un logement minuscule. J'avais avalé ce thriller comme un crevard.

Ce que j'aime principalement chez Grangé, ce sont les thèmes abordés et une formidable documentation judicieusement éparpillée au fil des intrigues. Toute la symbolique de Grangé tourne souvent autour de la religion et des déviances humaines. Pour « Le passager », l'auteur aborde les fugues psychiques. Un psychiatre se retrouve mêlé à des crimes empreints de mythologie grecque : Minotaure, Icare... par le biais d'un patient amnésique.

En enquêtant pour connaître la véritable identité du malade, il va s'apercevoir que lui-même possède un passé trouble et incertain. Comme les poupées russes, il va remonter jusqu'à ses origines pour éclaircir son destin et faire éclater la vérité sur son innocence envers la police qui le traque. Certains passages sont remarquables. Je pense à son incursion dans le milieu de la mendicité à Marseille, les asiles dangereux et tout un univers méconnu des gens « normaux ». Tout est parsemé de rebondissements, de fausses pistes pour se conclure dans un final dantesque. J'ai juste regretté que le passé du père de la jeune flic ne soit pas plus abouti et illustré.

Il faut noter que ce bouquin a été adapté en une série de six épisodes... mais à éviter tant c'est mauvais. Le scénario ne prend pas en compte les multiples incertitudes du psychiatre et se permet des largesses entre la douloureuse relation familiale de la flic et de son père. Mais bon, à part « Les rivières pourpres », Grangé est souvent très mal adapté au cinéma. Il est trop tortueux pour satisfaire un truc formaté.

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Quai des âmes - Dominique Rocher

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Quai des âmes - Dominique Rocher

L’hôpital et ses fantômes : Quai des âmes, de Dominique Rocher.

Trois ans après avoir proposé l’omnibus L’ambassadeur des âmes, paru lui aussi dans la collection « Noire », Rivière Blanche offre en décembre 2013 un superbe cadeau de Noël à son lectorat avec cet inattendu Quai des âmes, dont le caractère inclassable devrait ravir et surprendre à la fois les amateurs de Dominique Rocher. En effet, ce nouveau livre, en dépit d’un titre assez proche de son prédécesseur, s’en distingue nettement, dans le fond comme dans la forme. Tout d’abord, il ne s’agit pas ici d’une réédition. Car si le volume précité contenait les deux romans L’homme aux lunettes noires et Humeur, jadis édités au sein de la prestigieuse collection « Angoisse », celui-ci est composé de trois récits inédits. Et le moins que l’on puisse en dire est que s’ils portent indéniablement la patte de l’auteur, il n’est pas question pour Dominique Rocher d’oublier le passé en se condamnant à le revivre. Pour elle, la page est tournée, ce qui tombe plutôt bien dès lors qu’il est question de littérature.

Le roman Quai des âmes, qui donne son titre au recueil, révèle par exemple une approche très différente de celle à laquelle l’auteur nous avait accoutumés. Certes, nous nous trouvons une fois encore dans un contexte hospitalier qui rappellera de bons souvenirs aux lecteurs familiers des récits « chirurgicaux » de la dame, mais l’intrigue ne semble pas régie par les mêmes principes. Comme si Dominique Rocher adaptait son écriture aux patients qu’elle nous présente, pour mieux épouser les contours fragiles et changeants de leurs tourments. Balbutiements, hésitations, phrases qui tournent en boucle comme des comptines enfantines, ritournelles obsessionnelles, visions bizarres et décalées, tout concourt à faire de ce récit une vraie curiosité distillant un doux parfum de menace rehaussé de troubles fulgurances amères. Quai des âmes, ou quand le surréalisme médical en vient à croiser une angoisse diffuse…

Quant à Ned et Olga, ce sont des romans-miroirs, deux variations sur un même thème, presque deux faces d’une même pièce, et cette pièce est plus grande à l’intérieur qu’il n’y paraît de l’extérieur, cette pièce est vide et blanche, on ne peut en sortir, il y a des bruits de pas dans le couloir et déjà quelqu’un frappe à la porte… Grâce à un style tout en saccades et en ruptures de ton, l’auteur promène son lecteur d’énigmes en ellipses, pour mieux faire surgir d’un coin d’ombre, au moment où on ne les attendait plus, d’étranges révélations en forme de poupées gigognes. Car au-delà des apparences, c’est tout le réel qui se mue en trompe-l’œil. Ned et Olga ressemblent ainsi à une Alice éperdue qui, passée de l’autre côté du miroir, y rencontrerait un clone d’Edgar Poe. Lequel ne manquerait bien entendu pas de lui susurrer : « tout ce que nous voyons ou paraissons n’est qu’un rêve à l’intérieur d’un rêve »…

Plus psychédéliques – dans le sens « expérimental » du terme – que psychanalytiques, Quai des âmes, Ned et Olga sont des romans aussi insoumis qu’hypnotiques, probablement insortables, car trop originaux, ailleurs que chez un éditeur courageux comme Rivière Blanche. Dominique Rocher y met à rude épreuve nos réflexes conditionnés, elle papillonne avec délicatesse d’un genre à l’autre, et parvient à pousser les murs de nos prisons aux barreaux dorés sans jamais avoir recours à la violence. Voilà donc un triple tour de force, dont le rayonnement libérateur vient caresser dans un même mouvement auteur, personnages… et lecteurs. Vous ne me croyez pas ? Alors plongez-vous dans Quai des âmes, et vous verrez. Vous en ressortirez avec la délicieuse sensation d’avoir vécu une expérience à nulle autre pareille. Et vous remercierez le docteur Dominique Rocher car vous respirerez mieux après.

NDLR : Certains passages de ce texte sont extraits de la préface de Quai des âmes. J’ai en effet eu l’honneur de la rédiger, à la demande conjointe de Dominique Rocher et du directeur de collection de Rivière Blanche Philippe Ward. Qu’ils soient une nouvelle fois remerciés tous les deux pour la confiance qu’ils m’ont témoignée, et pour m’avoir associé l’espace de quelques pages à un des ouvrages les plus envoûtants qu’il m’ait été donné de lire.

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Légendes du mythe de Cthulhu - Collectif

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Légendes du mythe de Cthulhu - Collectif

"Toutes mes histoires, écrivait H.P Lovecraft, même si elles n'ont aucun rapport entre elles, se rattachent à une tradition, une légende fondamentale selon laquelle ce monde a été peuplé autrefois par les êtres d'une autre race ; adeptes de la magie noire, ils ont perdu leur emprise sur cet univers et en ont été bannis mais ils continuent à vivre au-dehors et sont toujours prêts à reprendre possession de la terre."

Ce recueil débute par l'Appel de Cthulhu . C'est à partir de cette histoire que Lovecraft se mit délibérément à échafauder le Mythe de Cthulhu et, jusqu'à la fin de sa vie, son oeuvre majeure allait être consacrée au développement du Mythe. Il comprend, en ordre sensiblement chronologique, les développements ultérieurs qu'ont apportés au Mythe les amis et correspondants de Lovecraft, de même que ceux des écrivains plus récents dont les contes publiés dans cette anthologie ne l'avaient jamais été auparavant. Un autre récit de Lovecraft a été également inclus : il s'agit de l'Habitué des Ténèbres , écrit pour répondre au pastiche Le Tueur Stellaire que Robert Bloch avait fait de Lovecraft.

Les autres récits groupés dans ce recueil sont ceux qui ont été composés pour enrichir le Mythe par Clark Ashton Smith, Franck Belknap long, Robert Bloch, Robert E. Howard, moi-même et quelques autres. Les nouvelles de James Wade et Colin Wilson paraissent ici pour la toute première fois.

HPL n'a jamais désigné le "Mythe de Cthulhu" comme tel. Ce sont des écrivains et correspondants qui nommèrent ce thème lorsqu'ils prirent connaissance des nouvelles postérieures à la parution de l'Appel de Cthulhu dans le numéro de février 1928 de Weird Tales .

Résumons l'Univers de Lovecraft : au sommet, les Dieux très Anciens dont aucun, sauf Nodens, le Seigneur du Grand Abîme, n'est jamais identifié par un nom. Ils représentent les forces du Bien.

Suivent les Grands Anciens (puissances du Mal) qui font des apparitions terrifiantes dans certaines de ses nouvelles ; on y trouve Azathoth, Yog-Sothoth, Nyarlathotep, Cthulhu, Hastur, Shub-Niggurath...

Lovecraft devait adjoindre ensuite des déités d'un rang inférieur (Hypnos, Dagon, Yig...).

Pour embellir ses récits, HPL imagine des lieux (Aldébaran, plateau de Leng, Arkham, Dunwich...), un livre terrible où puiser des citations : le Nécronomicon (dû à l'Arabe dément, Abdul Alhazred), invente des fragments de documents (manuscrits, écrits blasphématoires...), des rituels psalmodiés : "Ph'nglui mglw' nafh Cthulhu R'lyeh wgah' nagl fhtagn".

Ce livre présente des nouvelles qui enrichissent le mythe par d'autres auteurs. Ce sont des sources d'inspiration, des hommages au maître incontesté depuis sa mort en 1937, des pastiches prolongés pour notre plus grand plaisir. Contient 12 récits et notes biographiques sur les auteurs.

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