Prédateurs - Maxime Chattam

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Prédateurs - Maxime Chattam

Ce bouquin partait avec un pitch de départ fabuleux : une guerre (qui n'est pas nommée), une équipe de la Police Militaire, des crimes horribles parmi les soldats, un meurtrier insaisissable, des scènes de bombardement, un incendie, un massacre dans une ferme, des amours inavoués... hélas l'auteur se noie souvent (et c'est son principal défaut) dans de (trop) nombreuses considérations philosophiques et de réflexions intimistes. Bref, j'ai trouvé ce roman long et répétitif. Ça démarrait pourtant vachement bien avec un cadavre à tête de bélier retrouvé dans les cales d'un navire de guerre, toute une symbolique astrologique cachée derrière tout ça... et pis ça retombe comme un soufflé mal cuit ou sorti du four trop tôt ! Dieu que la révélation de l'assassin (ou de la meurtrière, suspense...) est foireux ! Putain de merde, je me suis fadé 552 pages pour un orgasme de niveau 0.5 sur mon échelle de 20 ! Déçu. Mauvais choix.

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L'avis de Lester L. Gore

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

L'avis de Lester L. Gore

"J’ai enfin lu « Night Stalker », le roman gore — que j’ai la chance de posséder orné d’une belle dédicace personnalisée — de notre ami Zaroff, paru chez « Trash Éditions ». Et je me suis bien amusé, car si le sujet ne prête pas forcément à la franche rigolade, (il s’agit du récit des « exploits » douteux d’un tueur en série, et de sa traque par une équipe de flics improbables) ce court roman est mené avec rythme et parvient parfaitement à distraire le lecteur.
Bien sûr, les âmes sensibles sont priées de s’abstenir : les crimes déments sont décrits en long et même en large, et Zaroff ne nous épargne aucun détail sordide. Mais, après tout, il semble que ce soit la loi du Gore : un genre descriptif, cinématographique, sans fioriture inutile, mais percutant et bien décidé à susciter le malaise chez le lecteur. Malaise d’autant plus sensible qu’ici, l’auteur n’use d’aucun prétexte fantastique, d’aucun artifice visant à distancier le lecteur de l’action : nous sommes dès les premières pages confrontés à la réalité sordide d’un tueur pervers et totalement frappadingue, pourchassé par des flics qui sont loin d’être des aigles.
L’action est tendue, percutante, servie par un style direct, simple et fluide. Les cent cinquante pages défilent donc très vite, comme dans tout bon roman populaire.
Cependant, l’humour n’est pas totalement absent non plus : de nombreux clins d’œil jalonnent le récit, comme ce journaliste poétiquement surnommé « le scato » qui rêve de découvrir son Finistère d’origine, ou les interventions à distance de l’Agent Clarice Starling, du Èffe-Bi-Aïe. De même, les portraits que dresse Zaroff de certains des flics sont des charges féroces, et leurs exploits pitoyables suscitent l’hilarité, comme certains films (autoparodiques ?) de Clint Eastwood.
En résumé : un bon roman, rythmé et prenant, sans prétention mais écrit sérieusement, que je recommande, à lire de préférence en écoutant du AC/DC."

Merci à lui !

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Amok - Gilles Bergal

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Amok - Gilles Bergal

Rivière Blanche a eu la brillante et généreuse idée de réunir les romans et nouvelles de Gilles bergal (auteur de thrillers désormais connu sous son vrai nom de Gilbert Gallerne) dans deux volumes. Ce premier opus reprend un récit prévu à l'origine pour la collection GORE mais, après deux échecs successifs (dont la disparition de cette collection illisible et mythique), Amok ne verra pas le jour chez GORE. Amok est avant tout un hommage assumé à King et Romero.

À Downvalley, pas de loin de Castle Rock, se trouve un village enfoui dans les montagnes et accessible que par un seul et unique col. Robert, un vétéran du Vietnam, arrive en Pinto pour faire des provisions. Aussitôt il assiste à des scènes de barbarie parmi les habitants : le shérif tente même de l'étrangler ! Les villageois sont devenus fous et avides de sang. Robert parvient à s'enfuir avec une institutrice et un gamin. Ils rejoignent une mine désaffectée dans les bois. Leur destin sera cruel.

Bon petit récit (très caricatural et vite brossé) d'une centaine de pages, très visuel et formidablement agressif. On ne s'ennuie pas une seule seconde et la fuite du trio dans un bus vers la sortie du patelin est un pur morceau d'anthologie.

Après avoir digéré cette savoureuse mise-en-bouche, nous découvrons ensuite un recueil de 18 nouvelles intitulé ZOMBIE BLUES. Hachoir ensorcelant, créatures dans un étang, vampirisme, maisons dévoreuses, tableau maléfique... Bergal régale le lecteur en revisitant tous les mythes fantastiques en passant de la goule à la maison hantée façon Masterton. De plus, à chaque préface d'une nouvelle, l'auteur nous donne quelques éléments et la manière dont le récit a profité ou évolué. Bref, ce recueil/roman est une vraie réussite et comblera tous les amateurs du genre.

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Garbage Rampage - Julian C. Hellbroke

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Garbage Rampage - Julian C. Hellbroke

New York, 1982. Des femmes disparaissent, des hommes sont dévorés... Secte de cannibales ou... pire ? La détective Gamble Farley et son collègue Amelin sont chargés de l'affaire. Après avoir fouillé les poubelles et les immondices, ils vont devoir plonger dans la fange des égouts. Sans se douter que les y attend la plus abjecte des surprises...

Extrait :

Enchaînées aux piliers, trois femmes nues gémissaient. Leur corps suintait de pus. Leur ventre rond et tendu tremblait comme de la gelée. L'une des infortunées releva la tête et poussa un grand cri. Elle écarta les jambes. Une boule rose et noire, visqueuse et ensanglantée, se fraya un chemin hors de la matrice, griffant de ses pattes les lèvres croûteuses, avant de rouler sur le tas de détritus.

Ce que j'aime chez cet auteur, c'est son univers où je me retrouve totalement. Même si je suis plus vieux d'une décade, nous pataugeons dans le même bourbier des nanars eighties, bavant devant un Invasion Los Angeles ou un Sudden Impact.

Ce gore new-yorkais reprend le thème traditionnel (et fondamental) des créatures des égouts. Les plus pervers d'entre nous y retrouveront des souvenirs enfouis comme C.H.U.D ou STREET TRASH. Mais l'auteur est plus intelligent. Il ne se contente pas de régurgiter une pâle copie des RATS DE MANHATTAN même si la célèbre trilogie de James Herbert est encensée par le biais d'un personnage homonyme. L'auteur pose une intrigue fameuse aux accents glauques, l'atmosphère est puante, les bas-fonds sont suintants de médiocrité, la féminité est enfin mise en valeur par le dévouement et le professionnalisme. On y discerne quelques références littéraires, comme le détective de Gilles Bergal (Cauchemar à Staten Island) avec plaisir inavouable. Avec Pestilence (chez le même éditeur), l'auteur avait rédigé un bouquin intelligent et expressif. Pour Garbage Rampage, on sent que l'écrivain s'est replongé dans l'essence du gore série B, qu'il s'est amusé dans la nostalgie pour fidéliser un vieux lectorat dont je fais partie. La structure du récit est un imbroglio de diverses influences, de Jackie Brown à Bad Taste. Les créatures n'ont rien à voir avec mes références citées (je veux vous embrouiller, bande de salopards) mais je veux partager mon ressenti de lecteur old school. Si je devais comparer ce mystérieux Julian C. Hellbroke à un écrivain de même acabit, je pense aussitôt à Chester Himes (pour le décor) et à une histoire culte, posant les bases de son délire trashy : L’île du Docteur Moreau. Eh oui les gars, ce Hellbroke est le H.G Wells du Gore. Il en a toutes les qualités imaginatives structurelles. À quand une prochaine invasion extra-terrestre façon Mars Attacks ou Guerre des Mondes ? Avec des tripailles évidemment !

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Merci mister Boutel !

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Merci mister Boutel !

Superbe chronique du remarquable M. Boutel sur mon Gore. Merci m'sieur.

"Au risque de me répéter l'atout principal de la collection Trash est de posséder une succession de titres qui, tout en restant dans un univers glauque et malsain, arrive à trouver ses marques en nous proposant des thématiques totalement différentes. Les résumés réalisés lors de mes précédentes rubriques vous donneront un petit avant goût de ce qui vous attend.Avec ce sixième tome, l'auteur, un certain Zaroff, nous plonge dans une sordide enquête, à la poursuite d'un criminel ayant un sérieux penchant pour la sodomie et les disques de AC/DC . En choisissant l'univers des années 80, l'auteur arrive à capter toute notre attention et je dirais notre nostalgie d'une décennie qui certes n'est pas une de mes préférées dans le domaine cinématographique, mais qui a pourtant connu un début d'escalade dans l'univers des tueurs en série et plus particulièrement la « naissance » du redoutable héros de ce roman « Richard Munoz, allias Richard Ramirez. Je dois avouer avoir été un peu dérouté par la violence avec laquelle l'auteur nous décrit les meurtres du « Night Stalker » ( « le traqueur de la nuit » surnommé ainsi en référence à la chanson « Night Prowler » d'AC/DC, qui était la chanson préférée de Richard Ramirez) et certaines scènes sont à la limite du supportable car tout nous y est décrit avec force détails ce qui risque de choquer à mon avais certains lecteurs. Mais après mure réflexion, je pense qu'il a joué ainsi le cahier des charges de la collection en proposant un texte non seulement d'une sombre cruauté, mais surtout fidèle quant aux déviances de certains maniaques et de leurs modes opératoires. Fort heureusement le texte bascule de temps à autre dans l'enquête policière, menée certes par des figures archétypales avec leurs mauvais penchants de flics blasés tout en restant d'une grande efficacité, mais la galerie de personnages croustillants que nous propose Zaroff, vient ici détendre un peu l'atmosphère en créant une rupture de bon aloi, au fil de cette enquête souvent éprouvante.On y trouve ainsi, le shérif en fin de carrière, brillant mais qui veut rester peinard jusqu'à la retraite, la jeune recrue ayant un lien familial avec le maire et que celui-ci veut pistonner pour lui attribuer un poste à responsabilité ( inutile de préciser que le postulant est nul à chier, sans le moindre bon sens et qui préfère se masturber devant les films de Ginger Lynn), l'agent du FBI, propre sur soi, avec un ego surdimensionné mais d'une grande perspicacité, le flic ancien Marines adepte de la gâchette et fans de l'inspecteur Harry qui planque tout un arsenal dans son coffre de voiture, sans oublier le fameux reporter, un Breton de souche qui rêve de revenir sur la terre de ses ancêtres et que l'on surnomme le « Scatto » en raison des affaires merdiques dont il a toujours la charge …... dont celle-ci sera la dernière soit dit en passant ! Autant de personnages haut en couleur qui peuplent cet univers d'une violence extrême et qui viennent contrebalancer un peu l'atmosphère étouffante qui s'installe dans le livre. Les scènes de meurtres disais-je sont particulièrement éprouvantes et tant les scènes macabres que l'on rencontre dans le premier volume de la collection « Nécro porno » parviennent à nous amuser, tant ici je les trouve particulièrement dérangeantes car hélas assez proche d'une certaine réalité.Mais l'auteur, une fois de plus et ce afin de vouloir nous sortir du cadre quelque peu réaliste de l'univers de son personnage, parsème son ouvrage de quelques petites références qui ne manqueront pas de faire mouche chez le lecteur attentif, telle l'intervention d'un certain agent Sterling du FBI ou d'un écrivain servant de bouc émissaire à la jeune recrue et du non de « Nécrorian ».....et la fameuse figure imposée que les lecteurs assidus ne manqueront pas de relever, comme ce fut le cas pour les autres volumes.

« Night Stalker » vient donc ici renouer avec toute la violence qui fit la réputation de certains volumes de la défunte collection « Gore », tout en lui insufflant une dimension supplémentaire que l'on pourrait qualifier de « No limit ». Affirmer, comme je viens de le lire sur un forum que cet ouvrage fut écrit au coin d'un table, est toutefois injustifié et je pense que la personne en question ne doit pas avoir souvent alignée plus de trois lignes dans sa vie, il y a du style, des idées et un univers sordides particulièrement bien décrit, mais qui à mon avis, c'est juste le seul reproche que je pourrai lui faire, aurait mérité plus de développement. Cet en effet un roman qui frappe plus par toute l'aridité dans laquelle nous sont décrites les scènes de meurtres au détriment du profil du personnage, car il nous est présenté en grande partie qu'au travers de ses rebutantes exactions. Toutefois, ce roman reste malgré tout très sympathique grâce à toute la galerie de personnages qui gravite autour, nous révélant à leur manière un jusqu’au-boutisme déconcertant. Une expérience assez unique et un final d'apocalypse qui est un reflet de la société Américaine et de son fameux « faire justice soi-même ».....mais dans un pays où les armes sont en vente libre, comment pourrait-il en être autrement.

La dernière page enfin,nous ramène à un autre film tout aussi glauque, « The cruising » de William Friedkin, qui fut curieusement réalisé en 1980 et qui nous montre également un inversement des rôles et la métamorphose d'un personnage que l'on croyait au-dessus de tout soupçon. Comme quoi en chacun de nous sommeille un monstre que le moindre petit claquement de doigts peut réveiller.

Bonne lecture et surtout rappelez-vous, ceci est un roman Trash qui n'a d'autres buts que de provoquer, de choquer mais surtout de vous divertir : mission accomplie !

Félicitation une fois de plus à l'illustrateur Willy Favre dont j'apprécie le travail, ses couvertures sont toujours d'un réalisme convaincant ajoutant cette note très malsaine au roman, bien avant d'en avoir parcouru son contenu."

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Le baigneur - Jean Mazarin

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le baigneur - Jean Mazarin

Le baigneur est un livre marquant et dur malgré son aspect fantastique. Un réparateur de poupées anciennes est condamné à revivre le douloureux passé vécu par son grand-père en 1942. Par différents paradoxes temporels, le personnage principal revit les évènements de la rafle du Vel d'Hiv en se retrouvant dans la peau de plusieurs protagonistes. Petite fille déportée, commandant S.S... il se trouve plongé dans l'hypocrisie et la délation contre les Juifs, cinquante ans avant.
C'est un bouquin au ton suranné mais qui dispense une atmosphère troublante et angoissante. Je vous recommande cette lecture sans hésitation.

Les polars de Jean Mazarin (alias Emmanuel Errer ou encore Nécrorian) ne sont jamais aussi bons que lorsque l'intrigue se déroule durant l'occupation. Dans le même ton, on peut lire aussi "Collabo-song" ou encore "Un détour par l'enfer." Vous l'aurez compris, j'admire cet auteur aux multiples facettes. Et je suis fier d'avoir une dédicace de cet écrivain pour Blood-sex.

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Entretiens avec le Professeur Y - L.F Céline

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Entretiens avec le Professeur Y - L.F Céline

Gaston (Gallimard) reproche à Céline de ne pas essayer de rompre le silence qui lui fait tant de tort... "sortir de son effacement pour faire reconnaître son génie".
Céline joue le jeu, pour ne pas lui faire de peine... la radio ?... la télévision ?... Avec une tronche comme la sienne ?
Il demande à l'officieux Paulhan mais tout son temps est pris !
Un dizaine d'interviouwer acceptent mais anonymat obligatoire... ne pas se montrer avec Céline... le fou !... Prudence...
Embarras du choix... Céline prend le plus sournois, le plus méfiant et surtout le plus hostile. Céline le nomme "le Professeur Y" et c'est parti pour un entretien... sur un banc... au Square des Arts et Métiers, l'inconnu ne souhaitant pas se déplacer chez Céline ou le recevoir chez lui.

Onze heures du matin. L'homme est méfiant, "biglouse" de tous les côtés et reste coi.
Céline entame la conversation.
Comment affronter le fiel Célinien sans risquer sa peau et sa raison ?
Le Goncourt et ses prétendants en prennent pour leur grade, les éditeurs, les lecteurs... Céline est "le plus grand écrivain du XXème siècle !"

Forcément ça part dans tous les sens.
Céline clame qu'il a révolutionné l'émotion dans le langage écrit, contrairement aux écrivains contemporains qui se cantonnent à écrire des "chromos" pour la masse des débiles mentaux... "la masse amorphe"... celle qui lit surtout aux cabinets (80 % de la population normale d'après lui).

Du coup Céline qui se prétend "auteur lyrique" se fout toute cette masse à dos, en plus de l'élite !... "l'élite a pas le temps d'être lyrique, elle roule, elle bouffe, elle grossit du pot, elle pète, elle rote... et elle repart !... En somme le roman lyrique ne paie pas... donc le lyrisme tue l'écrivain."

C'est du Céline. C'est bourré de points de suspension, c'est trépidant, haletant, hargneux, raisonné, irrité... Du génie et de la foutaise... Céline on aime et on déteste à la fois... Céline c'est un paradoxe pour l'esprit.
Mais attention à vous ! Céline ne sera jamais attractif pour ceux qui ne perçoivent pas sa musique. Et la musique, ça s'apprend...

Encore un extrait... pour le plaisir...

"... basta, qu'il se souvienne ! que c'était moi le vrai seul génie ! le seul écrivain du siècle ! la preuve : qu'on ne parlait jamais de moi !... que tous les autres étaient jaloux ! Nobel, pas Nobel ! qu'ils avaient tous essayé de me faire fusiller !... et que je les emmerdais d'autant !... à mort ! puisque c'était question de mort entre moi et eux !... que je leur ferai sauter leurs lecteurs ! tous leurs lecteurs ! que je les ferai se dégoûter de leurs livres ! cabales, pas cabales ! qu'il n'y avait pas de place pour deux styles !... c'était : le mien ou le leur !... le crawl ou la brasse !... vous pensez !... le seul inventeur du siècle ! moi ! moi ! moi là, devant lui ! le seul génial, qu'on pouvait dire ! maudit pas maudit !..."Écoutez-moi encore un peu, monsieur le Colonel Réséda ! vous irez uriner plus tard ! le grand libérateur du style ? toute l'émotion du "parlé" à travers l'écrit ? c'est moi ! c'est moi ! pas un autre ! vous me comprenez, Colonel ?"

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Voyage au bout de la nuit - L.F Céline

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Voyage au bout de la nuit - L.F Céline

"Une fois qu'on y est, on y est bien"... le pauvre et naïf Bardamu Ferdinand part faire la guerre (la terrible de 1914) dans les Ardennes par esprit de contradiction envers un camarade rencontré Place Clichy. Sitôt dit, sitôt fait ! Le carnage sur les routes et Bardamu découvre, ressent qu'on "est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté" sous de mauvaises conditions "Moi d'abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c'est à pas y tenir." Le Bardamu se métamorphose et devient Célinien (pas encore tout à fait, il faudra attendre la mort à crédit) et ne se fait plus d'allusions, "la grande défaite en tout, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu'à quel point les hommes sont vaches."

Nous suivons Bardamu qui espère encore en l'homme (après une convalescence et un bref séjour à Paris) qui part se ressourcer en Afrique dans une factorie. Horreur d'un monde colonialiste en train de mourir par ses petits fonctionnaires, ses privilèges, son mépris de l'homme noir (qui est aussi pauvre que chez nous mais avec "des enfants en plus, des vêtements et du pinard en moins"). Climat étouffant, personnages grotesques et sinistres dans leur suée maladive et voilà notre ferdinand qui part bosser aux Etats-Unis, "New York c'est une ville debout" et retrouve la perfide Lola, l'usine Ford et nous faisons connaissance avec la douce Molly (sans doute l'unique regret de Bardamu ?) mais l'homme est le même. Ce voyage dans le tréfonds de l'âme humaine devient de plus en plus noir et alarmant.

Pour le non Célinien, les tribulations scélérates de Bardamu en Afrique et aux USA peuvent paraîtrent ennuyantes et je le conçois... mais attendez la seconde moitié du roman où le Bardamu devient le médecin des pauvres. Le voyage se termine dans une puanteur incomparable et hideuse... et c'est notre odeur de français moyens empuantis de bonnes manières, de ragots et d'hypocrisie bourgeoise... c'est la tante à Bébert, le tavernier raciste, les Henrouille qui veulent crever la belle-mère qui vit au fond du jardin, c'est un couple qui empêche leur fille (qui se meurt dans un lit) d'aller à l'hôpital (que vont dire les voisins ?), c'est Robinson jamais content de son sort, c'est un couple qui bat leur fille attachée à un lit avant de pouvoir faire l'amour... contre un évier... le pauvre Bardamu a atteint la nature profonde de l'homme et le constat n'est guère fameux : "À mesure qu'on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous."

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Semmelweiss - L.F Céline

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Semmelweiss - L.F Céline

Le docteur Destouches a trente ans lorsqu'il écrit sa thèse sur le Hongrois Philippe-Ignace Semmelweis. Pour Céline, cette thèse démontre "le danger de vouloir trop de bien aux hommes". Ce livre reprend l'édition publiée en 1936 et diffère légèrement de la thèse soutenue le 1er mai 1924. L'humanité est souffrante et meurt pour rien. Il faudrait la soigner mais c'est impossible ! "Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien, comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est beaucoup plus cher, forcément." L'humanité s'enlise depuis la Chute de l'empire romain dans d'horribles débauches. La paix s'installe avec Napoléon. Lors de cette "époque de convalescence" naquit P.I Semmelweis le 18 juillet 1818. Petit, il est fervent de chansons populaires et adepte de la rue. L'école n'est pas pour lui plaire. Lycée de Pest et règles de Latin, Vienne pour le Droit, Semmelweis est reçu docteur en médecine en 1844, maître en chirurgie et docteur en obstétrique en 1846. La mortalité est importante chez les femmes enceintes (on atteint des 96 %) et Semmelweis démontre que les particules cadavériques sur les mains des internes infectent le col de l'utérus. Il énonce une règle : la désinfection des mains ! Les principes de l'asepsie naissent. Des puissances de haine se mettent en branle contre l'impétueux médecin. Il est révoqué deux fois, jalousé, méprisé et piétiné. Il mourra dans d'atroces souffrances à la suite d'une infection provoquée lors d'une crise de démence. Pasteur éclairera la vérité microbienne de façon irréfutable et totale cinquante ans plus tard.

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Guignol's Band - L.F Céline

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Guignol's Band - L.F Céline

Le début est hallucinant ! Bombardements, avions, massacres... le tout sur un pont à Orléans en 1940... rue qui s'effondre... Céline ne mâche pas ses effets, ne freine pas son excitation... les mots tombent précipitamment, tranchent les esprits et les chairs... les points d'exclamation deviennent des baïonnettes et ainsi commence Guignol's band première partie.

Roman court !... seulement 720 pages hargneuses ! C'est la débâcle ! Et puis vient le temps des désillusions sur la jeunesse, les vacheries recommencent... retour à Londres en 1915, premiers mots d'anglais "oyé di oyé" ; la rencontre avec Borokrom le faiseur de bombes, l'apprenti chimiste infréquentable... Univers des docks, dockers, rugby et trafic de came sur les quais, par les hublots !... Après la description du pub À la Croisière pour Dingby, on découvre Cascade, un proxénète et Angèle, celle qui mène le bazar de son homme avec sérieux. C'est la guerre et il refuse des femmes. Pourtant il faut rendre service aux copains qui partent dans les régiments. Ferdinand évolue dans les bas-quartiers, tout un paradis qui conduira évidemment à une catastrophe, en une seule journée.

J'aime vraiment lire Céline à partir de ce troisième roman car il devient illisible pour le lecteur novice... et tant mieux !... Débarrassons-nous du littérateur aux bons mots et ne gardons que les obtus, les entêtés, les opiniâtres, les rancuniers ! C'est à ce moment — et seulement là — que Céline s'accrochera à vos viscères putrides. Qui dépasse Mort à crédit est un heureux mortel. Guignol's Band est un roman intermédiaire dans lequel la verve de Céline atteint son paroxysme. Synthèse entre la satire célinienne et son art de conteur. Les romans suivants évolueront en chroniques d'après-guerre.

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