Voyage au bout de la nuit - L.F Céline

Publié le par Zaroff

 

"Une fois qu'on y est, on y est bien"... le pauvre et naïf Bardamu Ferdinand part faire la guerre (la terrible de 1914) dans les Ardennes par esprit de contradiction envers un camarade rencontré Place Clichy. Sitôt dit, sitôt fait ! Le carnage sur les routes et Bardamu découvre, ressent qu'on "est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté" sous de mauvaises conditions "Moi d'abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c'est à pas y tenir." Le Bardamu se métamorphose et devient Célinien (pas encore tout à fait, il faudra attendre la mort à crédit) et ne se fait plus d'allusions, "la grande défaite en tout, c'est d'oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu'à quel point les hommes sont vaches."

Nous suivons Bardamu qui espère encore en l'homme (après une convalescence et un bref séjour à Paris) qui part se ressourcer en Afrique dans une factorie. Horreur d'un monde colonialiste en train de mourir par ses petits fonctionnaires, ses privilèges, son mépris de l'homme noir (qui est aussi pauvre que chez nous mais avec "des enfants en plus, des vêtements et du pinard en moins"). Climat étouffant, personnages grotesques et sinistres dans leur suée maladive et voilà notre ferdinand qui part bosser aux Etats-Unis, "New York c'est une ville debout" et retrouve la perfide Lola, l'usine Ford et nous faisons connaissance avec la douce Molly (sans doute l'unique regret de Bardamu ?) mais l'homme est le même. Ce voyage dans le tréfonds de l'âme humaine devient de plus en plus noir et alarmant.

Pour le non Célinien, les tribulations scélérates de Bardamu en Afrique et aux USA peuvent paraîtrent ennuyantes et je le conçois... mais attendez la seconde moitié du roman où le Bardamu devient le médecin des pauvres. Le voyage se termine dans une puanteur incomparable et hideuse... et c'est notre odeur de français moyens empuantis de bonnes manières, de ragots et d'hypocrisie bourgeoise... c'est la tante à Bébert, le tavernier raciste, les Henrouille qui veulent crever la belle-mère qui vit au fond du jardin, c'est un couple qui empêche leur fille (qui se meurt dans un lit) d'aller à l'hôpital (que vont dire les voisins ?), c'est Robinson jamais content de son sort, c'est un couple qui bat leur fille attachée à un lit avant de pouvoir faire l'amour... contre un évier... le pauvre Bardamu a atteint la nature profonde de l'homme et le constat n'est guère fameux : "À mesure qu'on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous."

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