Entretiens avec le Professeur Y - L.F Céline

Publié le par Zaroff

 

Gaston (Gallimard) reproche à Céline de ne pas essayer de rompre le silence qui lui fait tant de tort... "sortir de son effacement pour faire reconnaître son génie". Céline joue le jeu, pour ne pas lui faire de peine... la radio ?... la télévision ?... Avec une tronche comme la sienne ? Il demande à l'officieux Paulhan mais tout son temps est pris ! Un dizaine d'interviouwer acceptent mais anonymat obligatoire... ne pas se montrer avec Céline... le fou !... Prudence... Embarras du choix... Céline prend le plus sournois, le plus méfiant et surtout le plus hostile. Céline le nomme "le Professeur Y" et c'est parti pour un entretien... sur un banc... au Square des Arts et Métiers, l'inconnu ne souhaitant pas se déplacer chez Céline ou le recevoir chez lui.

Onze heures du matin. L'homme est méfiant, "biglouse" de tous les côtés et reste coi. Céline entame la conversation. Comment affronter le fiel Célinien sans risquer sa peau et sa raison ? Le Goncourt et ses prétendants en prennent pour leur grade, les éditeurs, les lecteurs... Céline est "le plus grand écrivain du XXème siècle !" Forcément ça part dans tous les sens. Céline clame qu'il a révolutionné l'émotion dans le langage écrit, contrairement aux écrivains contemporains qui se cantonnent à écrire des "chromos" pour la masse des débiles mentaux... "la masse amorphe"... celle qui lit surtout aux cabinets (80 % de la population normale d'après lui). Du coup Céline qui se prétend "auteur lyrique" se fout toute cette masse à dos, en plus de l'élite !... "l'élite a pas le temps d'être lyrique, elle roule, elle bouffe, elle grossit du pot, elle pète, elle rote... et elle repart !... En somme le roman lyrique ne paie pas... donc le lyrisme tue l'écrivain." C'est du Céline. C'est bourré de points de suspension, c'est trépidant, haletant, hargneux, raisonné, irrité... Du génie et de la foutaise... Céline on aime et on déteste à la fois... Céline c'est un paradoxe pour l'esprit. Mais attention à vous ! Céline ne sera jamais attractif pour ceux qui ne perçoivent pas sa musique. Et la musique, ça s'apprend... Encore un extrait... pour le plaisir... "... basta, qu'il se souvienne ! que c'était moi le vrai seul génie ! le seul écrivain du siècle ! la preuve : qu'on ne parlait jamais de moi !... que tous les autres étaient jaloux ! Nobel, pas Nobel ! qu'ils avaient tous essayé de me faire fusiller !... et que je les emmerdais d'autant !... à mort ! puisque c'était question de mort entre moi et eux !... que je leur ferai sauter leurs lecteurs ! tous leurs lecteurs ! que je les ferai se dégoûter de leurs livres ! cabales, pas cabales ! qu'il n'y avait pas de place pour deux styles !... c'était : le mien ou le leur !... le crawl ou la brasse !... vous pensez !... le seul inventeur du siècle ! moi ! moi ! moi là, devant lui ! le seul génial, qu'on pouvait dire ! maudit pas maudit !..."Écoutez-moi encore un peu, monsieur le Colonel Réséda ! vous irez uriner plus tard ! le grand libérateur du style ? toute l'émotion du "parlé" à travers l'écrit ? c'est moi ! c'est moi ! pas un autre ! vous me comprenez, Colonel ?"

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