Le village des ténèbres - David Coulon

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le village des ténèbres - David Coulon

Nouvelle fenêtre sur l’horreur : Le village des ténèbres, de David Coulon.

Après le remarquable (et remarqué au point d’avoir été réédité en poche par Actusf dans la collection Hélios Noir) Dernière fenêtre sur l’aurore, David Coulon persiste et signe avec un deuxième roman noir paru chez Les Nouveaux Auteurs. Et le moins que l’on puisse dire est que le bandeau ornant le livre met tout de suite en appétit. « Prix VSD du Polar 2015 » et « Coup de cœur de Franck Thilliez ». Rien que ça. De quoi susciter certaines attentes. Et de quoi tirer un grand coup de chapeau à l’auteur quand on constate qu’elles ne sont pas déçues.

Mais commençons par le commencement. Luc, jeune gendarme, s’ennuie ferme dans ce petit village perdu en plein massif de Champsaur où il a été affecté il y a un an. Son amie Julie est restée à Nice, ville dont ils sont tous deux originaires, et la situation devient pesante. Jusqu’au jour où Luc réalise que sept personnes ont disparu dans la région depuis six mois. Étrangement, son supérieur hiérarchique n’accorde guère d’importance à ce phénomène, bien que d’inquiétantes rumeurs circulent dans la région. Mais s’agit-il vraiment de rumeurs ?

Cependant, tout ça ne préoccupe pas Jean-Marie Lorey, meilleur commercial du groupe Agro World. Lui aussi se trouve dans les parages, missionné qu’il a été par son directeur pour acquérir de toute urgence une source d’une pureté apparemment rarissime. Et Jean-Marie Lorey a d’autres soucis en tête. Il pense au jeu en ligne auquel il est devenu accro depuis le départ de sa femme. Et depuis… Sabrina. Il pense que sa vie ne ressemble plus à rien, et il a raison. Il pressent que tout finit par se payer. Et sur ce point aussi, il a raison.

Quant à Julie, elle est inquiète, car Luc est injoignable. Très inquiète, même. Au point qu’elle décide d’aller voir par elle-même ce qu’il est advenu de son compagnon. C’est alors que le roman bascule dans l’horreur. En effet, les rumeurs ont très souvent un fond de vérité. Et si les anciens du village évoquent des sorcières cachées dans la forêt, la réalité est en fait encore pire. Mais l’impensable vérité ne se dévoilera qu’au bout d’un long chemin de croix, durant lequel les trois protagonistes principaux vont souffrir mille morts.

Doté d’une structure en trois parties, dont la deuxième fait rimer en permanence éprouvante avec épouvante, Le village des ténèbres apparaît comme la fusion réussie de plusieurs courants majeurs. Quelque part entre les mythiques collections « Angoisse » et « Gore » du Fleuve Noir, le roman rappelle aussi parfois des genres cinématographiques comme le Survival et le Torture-porn. Rédigé dans un style impeccable et ponctué de trouvailles formelles formidables (David Coulon utilise les parenthèses d’une façon qui n’appartient qu’à lui), ce récit terrible promène le lecteur de Charybde en Scylla pour mieux l’achever, dans tous les sens du terme, par une conclusion glaçante.

David Coulon transforme donc avec brio l’essai de Dernière fenêtre sur l’aurore grâce à ce Thriller puissant. Et puisqu’un bonheur n’arrive jamais seul, il se pourrait bien qu’un autre livre de son cru soit paru en 2015. Mais il vous faudra chercher un peu pour mettre la main dessus, car selon mes sources il l’aurait signé sous pseudonyme. C’est que l’homme est aussi facétieux que talentueux, ce qui n’est pas peu dire. Gageons d’ailleurs que tout ceci n’est qu’un début, car David est aussi un brillant nouvelliste, et il dispose d’ores et déjà d’un recueil finalisé. Il serait surprenant que ces récits courts restent inédits encore longtemps.

Relire la chronique de Zaroff.

Voir les commentaires

Bayou vu par Naëlle

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

"Zaroff est un sacré lascar, et il nous le montre une fois de plus avec Bayou ! À tout choisir, je crois que je préfère Night Stalker, car je trouve à Bayou un défaut à mon sens assez handicapant, mais ça reste un très chouette roman, qui se lit tout seul (enfin, toutes proportions gardées étant donné les descriptions parfois bien cradingues !), et qui se paie le luxe de nous offrir un retournement de situation concernant un des personnages.
Quel défaut je trouve à Bayou ? Eh bien, il y a beaucoup de personnages, et j'ai souvent dû m'arrêter pour me souvenir que tel personnage, c'est celui qui fait ci, tel autre celui qui fait ça. Dans un roman court comme celui-là, je trouve ça embêtant. Mais d'un autre côté, la multiplicité des personnages et des intérêts (KKK, Baron Samedi, police, sorcier vaudou, etc.) donne vraiment du cachet à ce roman. Je veux dire par là que le bayou semble renfermer les spécimens les plus dévoyés, au point que j'ai eu la sensation que le bayou représentait un personnage à lui tout seul, une entité qui propagerait ses effluves pernicieux sur tous les villageois.
Point positif : comme d'habitude, Zaroff n'épargne pas ces dames, mais au moins, la plupart d'entre elles sont consentantes et en redemandent même ! À ce titre, j'aime beaucoup l'adjointe Milly, qui s'adonne à ses penchants sans honte, et qui a du répondant. Autre point positif : les dialogues. C'est très clairement un point fort de Zaroff. Il arrive toujours à faire des dialogues très réalistes et drôles. Ses personnages ont de la répartie et ça, j'adore. En conclusion, j'ai beaucoup aimé.

P.-S. : Pauvres ratons laveurs !"

Voir les commentaires

Les abysses du temps - Maxime Chattam

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Les abysses du temps - Maxime Chattam

La réputation de Maxime Chattam n'est plus à prouver, mais je lui trouve un défaut récurrent : il faut qu'il en rajoute des tonnes et ça en devient souvent indigeste. Ses romans seraient meilleurs sans ce tripatouillage psychologique encerclant les personnages. Nous n'avons guère besoin d'éclaircissements psychiatriques toutes les dix lignes pour comprendre la personnalité des protagonistes. Ce volume regroupe les deux romans « Léviatemps » et « Le Requiem des abysses » pour un prix raisonnable. Pas moins de 1150 pages à se contenter. L'ambiance ? Le Paris des années 1900, lors de l'Exposition universelle. Des prostituées décimées, des disparitions mystérieuses étouffées par la Préfecture de Police, un monstre dans les égouts, un étrange Cénacle des Séraphins. Le héros principal est Guy de Timée, un écrivain à succès ayant fui sa femme et sa fille pour diverses raisons que je vous laisse découvrir. Il se terre dans les combles d'une maison close, le Boudoir de soi. Assisté de Faustine et d'un jeune inspecteur, il va se lancer dans une enquête inductive, à la manière d'un Sherlock Holmes. Son but inavoué est aussi d'approcher et de ressentir les racines du Mal et de s'en approprier les fondements pour un prochain roman. La révélation finale est un peu abracadabrantesque, mais elle tient la route.

La suite se déroule dans la campagne du Vexin, quatre mois après les meurtres. Guy se reconstruit avec Faustine dans le château d'un comte, chasseur et romancier de son état. Ce second roman est plus abouti, plus agressif et l'auteur parvient à nous embarquer où il veut avec une atmosphère à la Adèle Blanc-Sec. Spiritisme, momies... le final arrive à surprendre et termine l'intrigue de fort belle manière. Même si l'ensemble ne m'a pas cueilli au foie, on ne peut qu'approuver le travail riche et documenté de cette intégrale. Chattam est un laborieux, un écrivain convaincu et il ne se fout pas de la gueule du lecteur.

Voir les commentaires

Slime Zine

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Slime Zine

Review de Bayou parue dans le Slime Zine numéro six. Merci à Samy Nasty pour ce beau billet.

"Beaucoup plus proche de l'idée que je me fais d'un livre estampillé gore, l'excellent « Bayou » de l'inénarrable Zaroff. Une des forces vives de cet éditeur, qui avait déjà signé il y a deux ans un des meilleurs glaviots de la collection, « Night Stalker ». Adaptation littéraire scandaleusement exagérée de la misérable existence du tueur en série Richard Ramirez, gavée de références à la culture VHS des années 80 et bercée par une BO signée AC/DC (notamment le morceau Night Prowler). Il récidive dans le cradingue le plus absolu avec son nouveau délit. Changement de décor cependant, fini le trip urbain façon rues chaudes de Los Angeles, place aux marécages pestilentiels du bayou de Louisiane. Humide et poisseux, c'est le moins que l'on puisse dire. Bayou est à prendre comme une version excessive des films Southern Confort de Walter Hill (Sans Retour, en français) et The Serpent and The Rainbow du regretté Wes Craven (L'Emprise des Ténèbres en français), un roman d'aventure halluciné façon survival, qui pousse l'abomination dans ses derniers retranchements. Y sont jetés -comme des morceaux de barbaques faisandées aux cochons- des scènes d'une insoutenable violence. Le scénario bouffe à tous les râteliers : expiations aveugles du chapitre local du Klux Klux Klan, sacrifices vaudous et rituels magiques (noire, la magie). Les protagonistes sont tous plus azimutés les uns que les autres, un vrai casting de choix, à savoir le nain au braquemard imposant possédé par une entité maléfique, l'indien mystique et vengeur, le cul-de-jatte qui cache bien son jeu, le flic au bout du rouleau muté dans ce merdier suite à une bavure, sa collègue pulpeuse du cul et généreuse de la poitrine, adepte de la fellation facile et de l'enculade bestiale... Bref, cet enfer végétal est le théâtre d'aventures pour le moins, heu, insolites. Comme d'habitude chez Zaroff, aucune limite, aucun tabou, c'est gratuit et méchant du début à la fin, le gore tellement poussé dans le rouge que ça en devient cartoonesque. Au niveau des scénettes « explicites et graphiques », c'est chez d'Amato, Mattei, Fulci, Jackson (époque Brain Dead et Bad Taste), Yuzna et Henenlotter qu'il faut lorgner, avec une certaine volonté d'en mettre des couches et des couches dans le Hard Gore répulsif! Les enfants et les femmes (vieilles de préférence) ramassent en premier, suivent les noirs et les infirmes, on ne pourra pas le taxer de politiquement correct, that's for sure m'am'!. Au menu du jour, pornographie jusqu'au-boutiste, scatologie, zoophilie (un enculeur de ratons-laveur se cache dans les pages de ce livre, sauras-tu le retrouver?), lynchages en série et (beaucoup) plus si affinités. Les éditions Trash continuent de faire dans la finesse et la poésie, qu'ils en soient ici remerciés. Longue vie à eux et à leur vision décadente, salace, foutraque, irrévérencieuse et divertissante de la littérature de genre. Ils ont tout compris et s'affichent comme une véritable Pléiade du mauvais goût. Sans faire de bruit, dans l'ombre, ils bâtissent un petit empire sous culturel qui restera à n'en point douter dans les anales. Oups, annales."

Voir les commentaires

Exit

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Exit

Que ceux qui ont trouvé Bloodfist épuisant se réjouissent : presque trois ans après sa parution, le bouquin est – enfin – épuisé. Et si tout se passe bien, il ne sera pas réédité. À moins qu’Albin Michel Lafon me fasse une proposition malhonnête, bien entendu. Autant dire que ce sale petit roman n’est pas prêt de ressortir des limbes dans lesquelles il s’apprête à replonger. Par conséquent, il est temps de clôturer cette rubrique. Elle aura duré quinze mois. Soit, à ma grande surprise, neuf de plus que ce que j’annonçais lors de mon premier billet.

À l’origine, je ne pensais relayer ici que les chroniques reçues par mon livre. Ce qui était déjà beaucoup. Sauf que certain(e)s ont pris au pied de la lettre une phrase figurant sur sa quatrième de couverture. En effet, « Bloodfist traite de la notion de confrontation ». Grâce au forum l’Écritoire Des Ombres, mission accomplie. Schweinhund a de facto eu la chance de « se confronter à son lectorat ». En témoigne la série de six articles venue s’intercaler sur ce blog entre les diverses chroniques, prolongeant ainsi la drôle de vie de mon drôle de bouquin.

Aujourd’hui, cette vie s’achève. Alors en guise de gerbe sur la tombe du chien-porc, et pour conclure en beauté, voici deux derniers avis à propos de Bloodfist. Ils m’ont vraiment touché, car ils émanent d’auteurs que j’apprécie beaucoup, au plan artistique comme au plan humain.

« Ai fini Bloodfist, roman gore de l'ami Schweinhund, aux éditions Trash.
C'est bien dégueu, mais c'est très bien écrit (malgré quelques tics de jeunesse qui poussent parfois l'auteur à surjouer dans l'écriture) et bien dégueu aussi (mais je l'ai peut-être déjà dit, allez savoir).
Cela dit, aucune difficulté à se plonger dans l'histoire de ce garçon qui aimait disséquer des grenouilles, et qui va rencontrer une jeune femme à la sexualité... euh, trash (au moins y'a pas mensonge sur la marchandise !
Le titre est parlant...), et qui va le mener dans une "aventure" plus que trouble.
Amis psychopathes, bonjour. Vivement le prochain roman de l'auteur (avec un vrai nom d'auteur ?), parce que le talent est là et ne demande qu'à exploser (pas en jet de viscères par contre...).
Bref, pas mon truc, ce genre de lecture, mais les fans devraient se délecter de celui-ci, c'est une
évidence. »

Thomas Geha

Thomas Geha est sans doute le plus brillant nouvelliste en activité que je connaisse (comme l’indiquera bientôt ma chronique de son recueil Les Créateurs, paru aux éditions Critic). Il est aussi l’auteur du remarquable diptyque Post-Apo Alone, d’abord publié chez Rivière Blanche, puis ressorti sous forme d’intégrale, toujours chez Critic. Son avis, le tout premier reçu par Bloodfist quinze jours après sa parution, m’a fait d’autant plus plaisir qu’en effet, Thomas n’est en règle générale guère friand de ce genre de littérature. Mais en tant que lecteur vorace et éditeur exigeant, il ne m’aurait pas fait de cadeau si le bouquin lui avait déplu. Alors oui, on se connaît. Et oui, on s’apprécie. Mais non, ceci n’est pas du copînage. Merci Thomas.

« Lu Bloodfist, mon premier "TRASH" (mais pas le dernier).
Je ne m'attendais absolument pas à "ça". Ce qui rend la découverte de ce bouquin encore plus déroutante, encore plus intéressante. On est entre un bouquin gore pur jus, et Nietzsche. Entre un univers fantasmé à la Pasolini ou à la Lynch ou à la Gaspar Noé, ou l'enfant adoptif des trois, et Schopenhauer. Bref, on est dans du gore philosophique. L'ami Schweinhund invente ici clairement un nouveau genre. Alors certes, cela aurait pu gagner dans l'épure (ça n'est que mon avis) dans certains jeux de mots (maux), mais quel panard de lire de la philo dans un univers dégueu, trash, pervers. Quel plaisir malsain de plonger dans l'univers mental de ces personnages perturbés, tout en touchant du doigt une philosophie nihiliste poussée à l'extrême.
Ouais, c'est du gore philosophique.
Ouais, c'est un nouveau genre.
Ouais, c'est à lire. Absolument. Car je n'ai jamais rien lu
de tel. »

David Coulon

David Coulon est l’auteur de deux excellents romans noirs que j’ai eu le plaisir de chroniquer sur ce blog. Pour l’anecdote, j’ai découvert le premier, Dernière fenêtre sur l’aurore, au moment même où il lisait Bloodfist de son côté. Une curieuse synchronicité, qui n’est pas restée sans lendemain. Il se murmure d’ailleurs qu’on en trouverait trace au sein du catalogue de TRASH, mais ne le répétez pas... C’est que David et moi avons beaucoup en commun. Mais ça, je l’ignorais au moment où j’ai pris connaissance de son opinion à propos de mon bouquin. Ce que je savais déjà, en revanche, c’est que l’homme avait un sacré talent. Je te souhaite une belle et longue route, David.

Un grand merci à tou-te-s. See you in hell.

Voir les commentaires

Léonox, le monstre des ténèbres - Paul Béra

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Léonox, le monstre des ténèbres - Paul Béra

Plongeons un peu dans la mythique collection Fleuve Noir Angoisse en parcourant la série consacrée à Léonox, le personnage phare de Paul Béra. Six aventures sont consacrées à ce mystérieux homme-démon. Ce premier volet date de 1971 et, chose curieuse, sur la page de titre est indiqué « Claude Bérat » pour désigner l'auteur. Ce ne sera plus le cas pour les autres suites.

Au premier abord, l'intrigue semble linéaire et redondante. Mais, après quelques chapitres, on commence à se prendre au jeu, malgré le style vieillot et ampoulé de Béra.

Un assassin nommé Lacana est recruté par un certain Léonox de la « Compagnie Léonox et Cie ». Cet homme étrange est guidé par un Maître par un lien télépathique. Il invite Lacana à l'enfermer dans un cercueil, près d'un cadavre encore frais. Peu après, Léonox sort de la bière avec une nouvelle identité. Cette nécro-métamorphose permet au « receveur » d'avoir un nouveau corps, de nouvelles empreintes digitales et de confondre la police. Lacana expérimente également le procédé et prend les traits d'un ami d'enfance, Francis Dalvant, journaliste porté disparu lors d'un reportage au Vietnam.

Lacana alias Dalvant comprend vite qu'il est tombé dans un piège. Il chute dans une oubliette et parvient à s'enfuir. Dans sa fuite éperdue, il rencontre Lisa et le policier Princex (ami et parrain de Dalvant). Léonox les traque et les deux hommes sont enterrés vivants dans un caveau.

L'auteur ferre le lecteur le plaçant dans les pensées et gestes de Dalvant. C'est un roman immersif aux trames psychiques très diverses. Léonox a pris l'apparence d'un médecin, responsable de l'Institut International de la Santé Publique chargé du contrôle des épidémies mondiales et de la production et acheminement des vaccins. Lisa, la belle spirite aux yeux d'encre, comprend alors qu'une sombre machination se trame. Dalvant décide de tuer le docteur, mais Celui qui dirige Lisa en a décidé autrement...

Voir les commentaires