L'ambassadeur des âmes - Dominique Rocher

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Les frissons de l’angoisse : L’ambassadeur des âmes, de Dominique Rocher.

Dominique Rocher se fit connaître par l'intermédiaire d’une série de neuf romans parus entre 1969 et 1974 au sein de la fameuse collection « Angoisse ». Ainsi que certains titres le laissent entendre (Les voyances du docteur Basile, Le docteur soigne sa veuve, La clinique de la mort), la dame avait coutume de situer ses intrigues dans un milieu médical et hospitalier qu'elle connaît bien, ayant elle-même suivi des études d'infirmière. Une constante qui donne un charme particulièrement vénéneux à ses romans, dont deux ont été réédités en 2010 dans la collection Noire de Rivière Blanche sous le beau titre générique L'ambassadeur des âmes.

Témoin de la politique de l’éditeur, qui brouille avec hardiesse les cartes passé/présent/futur grâce à une judicieuse alternance entre inédits et rééditions, cet omnibus propose en outre cinq nouvelles (dont celle qui donne son titre au recueil), ainsi qu’une interview et la bibliographie de l’auteur. Un sommaire à la fois dense et alléchant, dont les lecteurs gourmets suivront ou pas l’agencement, selon qu’ils tiennent les cinq nouvelles pour un apéritif, un trou normand ou un pousse-café… Précision d’importance : ces courts récits ont été écrits vingt-cinq ans après les romans et, si trois d’entre eux conservent la toile de fond médicale propre à l’univers de Dominique Rocher, ils s’inscrivent néanmoins dans une veine à la fois plus « moderne » (Internet…) et plus sarcastique - le principe de la nouvelle « à chute » étant ici pimenté d’une dose d’humour noir qui vient questionner avec malice la notion de genre…

L’homme aux lunettes noires, le premier des deux romans, s’avère quant à lui d’une toute autre nature. Retraçant à la première personne et au présent la fuite en avant d’une jeune femme prénommée Marie, l’ouvrage distille dès ses premières pages un épais climat de malaise. Le terrible conflit intérieur d’une mère encore femme qui désire refaire sa vie à l’étranger avec son amant est en effet éclipsé par une machination meurtrière aux conséquences incalculables… Car Marie va devoir partir seule à New Delhi. Seule, vraiment ? Et qui est cet homme aux lunettes noires qu’elle ne cesse de croiser ? Que veut-il ? Pourquoi son amant ne donne t-il aucune nouvelle ? Peut-elle faire confiance à ce guide qu’elle n’a pas choisi ? C’est ainsi que Marie va découvrir en compagnie du trouble Rani une Inde de cauchemar, basculant peu à peu d’une sourde inquiétude à une terreur incontrôlée dont elle ne s’éveillera que dans des circonstances tragiques. Entre perte des repères et peur de l’inconnu, l’auteur délivre ici, grâce à un style sec et nerveux - il n’est pas surprenant qu’elle écrive aujourd’hui des polars - un vrai modèle d’ « Angoisse » au doux parfum de Giallo…

Humeur rouge, rebaptisé Humeur à l’occasion de cette réédition, illustre pour sa part l’adage selon lequel certains psychiatres seraient plus fous que leurs patients. Optant pour une structure binaire (un chapitre sur deux est consacré à la psychanalyse proprement dite, et l’autre, très judicieusement, dépeint l’impact de la thérapie sur… le médecin !), Dominique Rocher retrace ainsi avec finesse la lente dégradation de l’état mental de son protagoniste principal. Spécifions tout de même que le « patient » ne l’est guère, et que son analyse ne tardera pas à révéler des tendances psychotiques d’une perversité assez inattendue… D’où un jeu du chat et de la souris ponctué de brusques sautes… d’humeur aussi crispantes que cruelles. Affrontement larvé aux allures de bras de fer à distance, la relation entre les deux hommes va peu à peu se dégrader, jusqu’à prendre une orientation flirtant avec le sado-masochisme. Des effets secondaires à l’état second, il n’y aura désormais plus qu’un pas…

Des effets secondaires à l’étape seconde, je pourrais même, si je l’osais, me faire en la circonstance, non pas « L’ambassadeur des âmes », mais bien celui des sept « Angoisse » de Dominique Rocher qui restent à rééditer… Non seulement en raison de leurs qualités, mais aussi pour rappeler à quel point certains de ces romans ont pu poser les bases de ce que l’on qualifie désormais de Thriller Fantastique. Messieurs de Rivière Blanche, à bon entendeur…

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Némésis - Shaun Hutson

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Némésis - Shaun Hutson

Tandis qu'un prof couche avec sa maîtresse et que sa femme est au chevet de son père mourant, des cambrioleurs s'infiltrent dans la maison du couple et tuent la baby-sitter et la petite fille. Rien n'est épargné. Les sévices sexuels sur la gamine et les tortures diverses. Ceci après un prologue se passant en 1940, dans le métro londonien, et un curieux projet Génésis.

Forcément, la femme apprend (le jour de l'enterrement de leur fillette adorée) que son mari a une liaison. Et qu'il aurait pu éviter ce drame en étant à la maison au lieu de niquer sa poulette. Elle décide de partir chez sa sœur à Hinkston, une petite bourgade à une heure de route de Londres. John tente de reconstruire son couple et accepte un poste de professeur vacant à Hinkston (ça tombe bien, n'empêche). Sauf que le tueur pédophile décide de se venger de la mort de son pote (il a chu sur les rails du métro, poursuivi par John). Connaissant ce bougre de Hutson, il ne comptait pas s'arrêter là. Il ajoute sa touche récurrente de mutations génétiques, de savants tarés, de meurtres horribles, de viols, de cannibalisme, de désirs enfouis, de regrets, de remords et de rédemption.

On devine rapidement les tenants et aboutissants de l'intrigue, mais on se laisse happer par l'atmosphère sordide. Ce n'est pas le meilleur bouquin de Hutson, mais on ne va pas mépriser cette édition intégrale parue chez Milady. Elle a au moins le mérite d'exister et c'est mieux que rien.

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Bloodfist par Zone 52

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Bloodfist par Zone 52

Zone 52 est un remarquable fanzine dédié aux « mauvais genres » et à la culture populaire. Mon partenaire Julien H. et notre ami David Didelot ont été interviewés dans le numéro deux. Numéro deux qui comporte aussi une épatante série de chroniques de la collection TRASH. Voici celle de Bloodfist. Avec mes sincères remerciements à Jérémie Grima et Michel Jovet.

« Une escouade de morues sans âge échouée sur les trottoirs écoule sous le manteau une huile de mauvaise foi coupée avec le parfum Prisunic en promotion cette semaine. Tout le monde le sait et tout le monde le tait. Il faut bien que la terre tourne. Il faut bien que les têtes se tournent, et se détournent, dans tous les sens jusqu’à ce que les os craquent, pour tous la peine est capitale, et Guillotin le diablotin se frotte les mains en grimaçant. Il le « faut » ? Il le faux. »

Concentré : c’est le mot que j’utiliserais si je devais décrire le plus rapidement possible cette orfèvrerie gore que j’ai eu l’immense plaisir de me prendre en pleine gueule.

Concentré, parce que autant le dire tout de suite, on vous sert avec le sourire un concentré de boucherie, avec un détachement irréel qui renforce encore la gluance des actes, que je me garderai bien de vous décrire pour ne pas vous gâcher le repas. Le jeune garçon au mental sentant déjà un peu la charogne, qui voit la lumière au détour d’une dissection de grenouille au bahut, ça présage un adulte hautement divertissant.

Concentré, parce qu’il faut le rester – c’est un livre très exigeant. Le niveau de langage et le véritable déferlement d’outils stylistiques vous lacèrent sans relâche – un bonheur pour ceux qui ont fait Devos psychanalytique avec option Larousse au lycée Ed Gein de Satan sur Marne, une véritable torture pour les autres (vous êtes prévenus !).

On est bel et bien à l’exact opposé du roman qui se bouquine d’un œil distrait entre deux stations. Dans toute bonne œuvre, plusieurs passages sont nécessaires pour bien en goûter toute la substantifique moelle, mais dans le cas présent, prévoyez plutôt un régime de pauses bien régulières, histoire de pouvoir goûter correctement et digérer comme il faut ce que vous venez d’avaler.

Concentré, parce qu’on a l’impression, à la lecture, que le papier est dégoulinant d’un concentré de déséquilibre, de vertiges, et que c’est en train de passer par les pores de sa peau. Pourtant, ce qui aurait pu tourner à l’exercice psycho-littératuro-machin-auto-masturbatoire réussit au contraire la prouesse de placer efficacement le lecteur en plein milieu de l’âme du protagoniste, et à lui faire vivre sa vision déformée, maladive, torturée, pleine de remugles, d’êtres plus ou moins louches, de désirs et de répulsions, de fluides poisseux et malodorants. Et aussi comprendre ce qu’il peut y avoir d’anodin à farfouiller dans les tripes de quelqu’un quand on est cerné par une ambiance poisseuse, irréelle, et une atmosphère aussi lourde qu’un container d’abats non identifiés.

Si David Lynch et le boucher du coin se jetaient dans un hachoir à viande parce que Dario Argento vient de s’y balancer, le DVD de Maniac à la main, on obtiendrait sûrement ce petit bijou à la sortie. Une immersion totale, tranchante, goûteuse, et délicieusement réussie dans les bas-fonds psychopathogiques.

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Dimension Trash

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Dimension Trash

Dimension TRASH, un vaste recueil de vingt récits dédié à la mémoire de Daniel Riche et Pascal Marignac. Couverture RanXeroxienne de Willy Favre, illustrations intérieures par Maniak et préface de David Didelot où les passerelles reliant GORE, Rivière Blanche et TRASH sont détaillées avec passion et sincérité.

Christian Vilà démarre fort avec SPLASH ! Le ton employé rappelle celui de Jean Viluber et son « Décharges », mélangé à un semblant de « Street Trash » et « Les parasites de la haine » de Childer. Regroupez une invasion parasitaire venue de l'espace, un trio de zonards vivant sur les berges de la Seine, ébats sexuels incestueux... et vous obtiendrez un récit sordide, une caricature sociale perverse et un aspect SF digne d'un « Creepshow » gore et porno. C'est abouti, maîtrisé et formidablement visuel.

Adolf Marx n'est pas un type fréquentable. Avec son Épilogue du « Vivre ensemble », il répond au terrifiant « Lumpen » de Janus (tome 13 chez TRASH). On y retrouve le sale nègre tueur de vieilles et son acolyte tueur de DRH, détenus en cellule. Un troisième larron va subir les foudres destructrices des deux tordus. C'est dégueulasse, c'est vil, c'est horrible. Macabre tableau d'une société en dérive où chacun se meut avec le masque de l'égocentrisme.

Avec François Darnaudet et ses Femmes, plantes et autres machines cruelles, on bascule dans un monde tendance Métal Hurlant (illustré par Manara, ce serait formidable), sorte de rite initiatique d'un jeune homme qui traverse un univers où les hommes sont traits avec des machines et des grosses mamas. Puis ce sont les geigneuses, le carrefour à cinq branches, les plantes carnivores et un Wang qui se fait prendre au piège sensuel d'une paire de fesses végétale. Et on retombe dans le monde réel par un terre-plein qu'il ne faut guère accoster.

Le vieux briscard Brice Tarvel nous délivre un récit incroyable, Kotok, qui m'a rappelé le thème des « Souris et des hommes » de Steinbeck. Sauf que le colosse Lennie Small devient Kotok, un évadé de Sibérie, tueur et homo, qui se retrouve en France, après avoir traversé de nombreuses frontières. Il prend en stop une fillette nommée Grubiche. Va-t-il en faire son dessert ? Il va vite se rendre compte de son erreur. Surtout lorsque le cadavre du pépé de Grubiche est exposé sur une table. Le mythe de Frankenstein n'est pas loin dans ce sombre traquenard. Bravo monsieur Tarvel, il fallait y penser. Du grand art. Et quelle prose !

Texte troublant que celui de Cancereugène. Descente d'organes possède, à mon sens, plusieurs niveaux de compréhension. Est-ce l'enfer venant sur terre ? Est-ce la vision foudroyante et morbide d'un fœtus en développement ? Est-ce l'incarnation d'un cannibalisme incestueux et matricide ? À vous de vous faire votre propre opinion. C'est quasiment du Siébert. Donc un compliment.

On arrive (enfin) à mon auteur favori, le fabuleux Julien Heylbroeck. Même si il adore bouffer des légumes en se caressant le torse, c'est un type qui gagne à être connu. C'est donc avec une joie non contenue que je me suis plongé dans son Junkfood Rampage en foutant mes gamins jouer dehors avec les chiens, tandis que ma femme était tenue de passer l'aspirateur à l'étage. Magnifique ! Emballé comme jamais. USA, hiver nucléaire 89. Un vieil homme, Old Timer, se bat pour conserver ses livres entassés dans son repaire envahi par les rats. Le danger est aussi dehors avec les rares humains qui rodent dans les ruines. Petit hommage assumé à Lansdale et ses enfants du rasoir.

Romain d'Huissier évolue magistralement dans l'univers oriental. Avec sa Veuve écarlate, il brosse un huis clos intense et érotique, un peu à la manière de « L'empire des sens » sous fond d'immortalité. Écriture soignée et percutante.

Votre serviteur Zaroff (moi-même pour ceux qui n'ont pas suivi) détaille le mode zombies en huit histoires courtes. Zomb's short a été remanié par l'un des deux anthologistes de ce recueil et le résultat forme une palette réaliste sur ce thème fortement éculé. Ceci prouve qu'on peut toujours innover dans ce milieu avec un minimum d'imagination.

Sarah Buschmann est la jeunette de l'équipe. Remarquée depuis longtemps sur le forum de l'Écritoire des Ombres, elle est parvenue (à coups de griffes et d'ongles) à se faufiler parmi nous avec brio. Tranche de nuit relate la confrontation entre une pute droguée et un tueur sauvage. Elle luttera pour sa survie avec acharnement. Mais un appel téléphonique changera le cours de son destin. Une belle réussite. Style sec et accrocheur. Et un final glauque.

Gilles Bergal nous concocte un court récit mêlant zombies, faim lancinante et rats avec sa Nouvelle vie. La chute est savoureuse. C'est cynique, drôle et percutant. En plus d'être un romancier reconnu, c'est un sacré nouvelliste.

Est-il besoin de présenter Robert Darvel, le patron du Carnoplaste ? Son récit Killing Joe d'Amato est éprouvant, crapuleux et surtout original. Une sorte de fan-fiction mettant en scène le réalisateur d' « Anthropophagous » et l'auteure E.L James de « 50 nuances de grey ». Le thème du snuff dévie forcément dans une sauvagerie morbide. Cette confrontation impossible devient crédible sous la plume sanglante de Robert. Beurk !

Patrice Lamare donne souvent dans le théâtral. Les décors sont toujours soignés et ses galeries des horreurs sont une source d'inspiration pour les auteurs du genre. Allegro ma non troppo rend hommage aux créatures fantastiques (la Hammer n'est pas loin) contemplant un sacrifice orgiaque. L'assemblée composée de freaks se gargarise de ce macabre spectacle. Sorte de Club Monster revisité par Tod Browning. C'est délicieux en bouche.

Artikel Unbekannt & Schweinhund et ses multiples personnalités névrotiques. Huit récits forment White Trash. Textes sodomites et cruels souvent teintés de démences freudiennes. Mais ce sont aussi des hommages assumés à GORE et TRASH, famille indissociable dans l'univers de l'auteur et de son importance dans la construction sensorielle et intellectuelle de l'écrivain.

Catherine Robert n'a jamais été aussi proche de Gudule avec Je suis méchante. Vengeances d'une fillette envers des gamins de sa classe et de ses parents que tout oppose. Le machiavélisme de cette gamine est brossé avec talent et la chute judicieusement posée en deux phrases conclut ce récit d'une manière efficace. En gros, c'est parfait.

Guy Kermen est un sale mec. Encore plus avec cette tendre bluette Gloriole au glory hole. Les personnages sont vils et demeurés. Un bar de routiers, une femme qui se rend aux toilettes... et ça part en couilles.

Vaut mieux ne pas croiser Corvis entre minuit et une heure du matin. Sauf si vous avez Une heure à tuer. Bonne tranche de torture-porn où rien ne vous sera épargné. Un homme attaché et son bourreau. Soumission, délire mental, crescendo dans la cruauté. Bref, on ne voudrait pas être à la place de ce mec qui va en prendre plein la gueule. Et pour notre plus grand plaisir évidemment !

Kriss Vilà nous offre un second texte dans ce recueil avec Éventration d'une grenouille. Banlieue post-communiste dégueulasse, cités HLM. Un homme, gestionnaire des ordures ménagères, trône sur son petit monde de trafics. Il chope une gitane fouillant dans ses poubelles. Un style rappelant Houssin ou encore Andrevon. Forcément, ça va très mal se terminer.

Charles Nécrorian est mon mentor. Dans cette nouvelle SF, on y retrouve les hommes de verre de « Djinns ». C'est d'une poésie rare. L'intensité d'un récit de Matheson couplée avec la grandiloquence d'un Bradbury. Les immortels plairont sûrement aux admirateurs des « Chroniques Martiennes ».

Ce que j' adore chez Nelly Chadour, c'est sa facilité à explorer des univers historiques dans un ton cohérent et imaginatif. Un bourreau impérial de la Rome antique traque les chrétiens pour assouvir ses pulsions sexuelles et respecter son rang de rédempteur. Sacré gril est sans doute mon récit préféré de ce recueil.

On termine cette anthologie avec un texte désespérant et qui nous rappelle notre existence précaire, malgré notre penchant à nous croire immortels. Christophe Siébert tape fort en relatant la lente décomposition de La vieille. Et encore mieux lorsque les souvenirs d'une vie passée entrecoupent les détails de la putréfaction.

En guise de gourmandise, Sandy Foulon (l'administrateur du forum ULTRAGORE) chronique les douze premiers titres de TRASH. Un grand merci pour tous les contributeurs de ce recueil. Ce fut un moment magique, une fierté et un formidable élan pour les bâtards de Gore que nous sommes.

Se procurer le recueil chez Rivière Blanche.

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GORE : Best Of des volumes français

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Je vous partage une vidéo postée par David Didelot pour vous familiariser avec les meilleurs romans gore français. Nécrorian, Corsélien, Andrevon, Houssin... avec du Iron Maiden pour rythmer le tout. Bref, c'est du bon. Merci David. On en redemande.

 

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Entretien avec Nelly Chadour # Part 3

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Entretien avec Nelly Chadour # Part 3

Et s’il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? Troisième et dernière partie de cet entretien à bâtons rompus avec Nelly (lisez la suite pour savoir sur qui on a tapé au point de rompre ces pauvres bâtons innocents). Nelly est donc l’auteure de Sibilla. Qui sort très bientôt, rappelons-le. Pas l’auteure. Sibilla. Disponible début février chez Rivière Blanche.

Léonox :

Juste un passage vite fait pour dire que je ne relance pas d'une question. Parce que j'ai commencé à mettre cet entretien en forme. Or je n'ai traité que la première partie, et j'arrive déjà à 16 000 signes ! (Je pense qu'on découpera cet entretien en trois parties sur le blog)
(Ou en dix)

Nelly C. :

Hinhinhin, je parle trop. (Enlève pas ma référence à Chromosome3 !)

Léonox :

Ouais, t'es bien bavarde, ma chère. Mais t'inquiète pour la référence au film de Cronenberg. Y a des intouchables, quand même. Par contre, si tu parles de Nine Inch Nails, je garantis rien.

Nelly C. :

Héhéhéhé, là, tu cherches la merde, ça va barder, tu oublies que j'ai deux cravaches et un chat Staline à la maison.

Léonox :

Les cravaches, même pas peur. En revanche, j’aime pas les chats. Encore moins les chats communistes. Je profite donc honteusement de l’occasion pour passer de l’âne au coq : puisque tu parlais théâtre et cinéma à la fin de la précédente partie de ce merveilleux entretien, parlons un peu point G culture G. Tes dix livres de chevet ? Tes dix groupes/chanteurs/chanteuses favoris ? Tes dix films préférés ?

Nelly C. :

Je classe que dalle, je lâche tout dans le désordre :

Livres :

- L'Homme qui rit, de Victor Hugo (certains lecteurs attentifs se rendront peut-être compte que j'ai tendance à pasticher le style du monsieur dans mes Diane)

- Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino.

- Perdido Street Station de China Mieville.

- Ça de Stephen King.

- Shining, idem.

- Le Seigneur des Anneaux.

- La Recherche du Temps Perdu de Proust (Je vous jure que c'est vrai !!!)

- Le Roi des Aulnes de Michel Tournier.

- Ubik de Philip K. Dick.

- Le Parfum de Patrick Süskind... et tout plein plein d'autres.

Musique :

- Nine Inch Nails (et la voix de pétasse de Trent qui emmerde tellement Léonox)

- Amanda Palmer

- Nick Cave, avec ou sans ses mauvaises graines

- Mike Patton

- Killing Joke

- Dead can Dance

- Rob Zombie

- Foetus

- Course of the Empire

- Bauhaus... et plein-plein-plein-plein…

Cinoche :

- Dark City d'Alex Poyas

- La Fiancée de Frankenstein de James Whale

- Beetlejuice de Tim Burton

- Sacré Graal d'on ne les présente plus

- L'échine du Diable de Del Toro

- Psychose (Hitchcock)

- Les Aventuriers de l'Arche Perdue de papa Spielby

- Brain Dead de Peter Jackson

- Breakfast Club de John Hugues

- Gremlins de Joe Dante... et une foultitude d'autres...

Raven :

Je relance, mais avant tout je tiens à souligner que tes propos sont très agréables à lire, ce qui me donne d'autant plus envie de lire ta prose (désolée, au risque de me retrouver enchaînée dans les oubliettes du forum, ce n'est pas encore fait). Et merci aussi pour ta patience et les détails personnels fournis.

Quand t'es tu considérée comme un écrivain ? Dès tes premiers mots ? Ta première publication ? Ton premier cachet ? Ton premier fan ? Je sais que tu as un boulot alimentaire, mais maintenant que tu as une bibliographie bien fournie, des contacts et des publications régulières, est-ce que tes droits d'auteur aident à faire bouillir la marmite ou est-ce que ça ne paye que le papier et les dragibus ?

Nelly C. :

Merci à toi Raven, ainsi qu'à Géraldine que j'avais failli oublier. Ça fait d'autant plus plaisir que je ne me sens pas toujours à mon aise quand je parle de ce boulot d'auteur, comme si les gens s'attendaient à ce que je leur révèle des trucs incroyables alors que c'est un job terriblement solitaire.

Pour ce qui est de lire mes œuvres, j'ai un conte scato-mais-pas-trop qui traîne dans la section fantasy de la partie Vos Récits sur le forum. Cela devrait t'offrir une petite entrée en matière (c'est le mot) en plus de l'immunité diplomatique auprès d'éventuels geôliers.

.Et pour répondre rapidement à tes questions, j'ai commencé à me considérer vraiment comme une écrivaine quand les publications se sont multipliées. Mais terminer un roman, même s'il ne sera jamais publié, aller au bout d'une nouvelle, ça reste un sacré boulot et tout le monde n'est pas capable de mener ce genre de projet jusqu'au mot fin. Donc dans mes moments d'optimisme, je me dis que je suis une auteure depuis mes 18 ans et mon premier roman achevé.

Concernant mes droits d'auteurs, comme pour 90% des écrivains, je dirais, c'est peanuts. Mieux vaut ne pas laisser tomber le job alimentaire.

Raven :

Oui, je l'ai vu, j'avais même commencé à lire puis manqué de temps pour le finir (honte à wam) (j'avoue que ce n'est pas un thème qui m'attirait particulièrement en tant que lectrice...) Sinon, penses-tu être plus productive/douée/naturelle (choisis ce qui te semble approprié) quand tu écris sous le coup de l'inspiration ou sur commande ? Ou cela ne fait-il aucune différence ?

J'ai souvent lu "si vous voulez devenir écrivain, écrivez tous les jours" ou des maximes bien-pensantes dans le genre. Qu'en est-il de toi ? Te réserves-tu une plage horaire ou des jours fixes bien calibrés ou c'est au p'tit bonheur ? As-tu des périodes sans écriture ? Es-tu du genre à tout planifier chapitre par chapitre ou te contentes-tu d'une idée de départ avec une vague idée de fin et après on verra bien ?

Quant un texte est fini, est-il fini-fini genre tu n'y reviens plus ou te relis-tu avec de la distance en te disant "j'aurais pu faire mieux" (ou au contraire te relis-tu avec plaisir ?)

Tu l'as déjà fait à 4 mains (ou +) ? C'est comment ? Sinon, ça te tente ? Tu as eu des propositions ? Tu en as envie (ou c'est en projet) avec quelqu'un en particulier ?

Pour rebondir sur ton post précédent, c'est vrai qu'on pose tout un tas de questions, je pense que, malgré tout, tout le monde est bien conscient que tes réponses ne peuvent pas s'appliquer à tout un chacun et ne sont pas un passe-partout magique qui ouvrirait les portes vers le monde enchanteur de la publication rien qu'en appliquant tout ça à la lettre^^ Mais tu as le mérite de nous entrebâiller la porte... ce dont nous te remercions !

Nelly C. :

Désolée de répondre si tardivement mais j'ai vu que tu enchaînais les questions en mode misère sur le pauvre monde et je suis allée me planquer sous ma couette pour pleurer.
Non, plus sérieusement, je vais procéder dans l'ordre.

Penses-tu être plus productive/douée/naturelle (choisis ce qui te semble approprié) quand tu écris sous le coup de l'inspiration ou sur commande ? Ou cela ne fait-il aucune différence ?

Ça ne fait pas beaucoup de différence, tant que je peux créer mes personnages. Ce sont eux, la clé de l'inspiration. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai mis un temps aussi long à accoucher de Sibilla : le personnage principal n'est pas de mon cru.

J'ai souvent lu "si vous voulez devenir écrivain, écrivez tous les jours" ou des maximes bien-pensantes dans le genre. Qu'en est-il de toi ?

Je pense déjà que c'est évident, et si tu en plus, tu t'adonnes à une lecture avide et variée, tu affutes ton don.

Te réserves-tu une plage horaire ou des jours fixes bien calibrés ou c'est au p'tit bonheur ?

Plutôt des jours fixes. Je dois jongler avec mes horaires de boulot, donc les jours de congé, les lundis et mardis, c'est open bar des mots !

As-tu des périodes sans écriture ?

Oui, bien sûr, des périodes assez courtes durant lesquelles je n'écris pas pendant deux ou trois jours. Mais je pense à d'autres récits, je réfléchis à mes projets, développe des scénars. Comme je ne prends pas de notes jusqu'au jour J où j'attaque vraiment la rédaction, on peut dire que je reste active.

Es-tu du genre à tout planifier chapitre par chapitre ou te contentes-tu d'une idée de départ avec une vague idée de fin et après on verra bien ?

Ça dépend pour qui je dois bosser ou s'il s'agit d'une œuvre personnelle. Par exemple, Trash et le Carnoplaste ont exigé un synopsis à valider. Après, j'avais le choix de m'en détourner un peu. Mais je ne planifie pas mes chapitres. J'ai l'idée de base, mais les éléments que je travaille un max, ce sont les personnages. A partir de tes perso, si tu arrives à leur donner une vie propre, ils mènent l'idée de base jusqu'à sa conclusion logique, en rapport avec leur personnalité et leur façon d'agir.

Quant un texte est fini, est-il fini-fini genre tu n'y reviens plus ou te relis-tu avec de la distance en te disant "j'aurais pu faire mieux" (ou au contraire te relis-tu avec plaisir ?)

J'ai tout intérêt à y revenir car mes premiers jets sont toujours en mode "écriture automatique". J'écris tout ce qui me passe par la tête, jusqu'aux moindres détails anodins. La phase de relecture est donc essentielle, avec l'esprit le plus critique possible. Je relis plusieurs fois et le texte est vraiment fini-fini quand je l'envoie à l'éditeur et que je passe à une autre histoire. Mais je suis toujours dans l'esprit "j'aurais pu mieux faire" pour mon style, mais le plaisir vient dans la redécouverte des personnages que je fais vivre.

Tu l'as déjà fait à 4 mains (ou +) ? C'est comment ? Sinon, ça te tente ? Tu as eu des propositions ? Tu en as envie (ou c'est en projet) avec quelqu'un en particulier ?

J'ai déjà écrit une nouvelle à quatre mains avec une amie scénariste et nous l'avons envoyée à Malpertuis... qui l'a refusée. Zob. C'était plutôt cool, mon amie est une personne qui sait mettre en confiance, mais j'ai dû me faire violence pour ne pas jouer les petits tyrans car j'ai tendance à être très maniaque et dirigiste. Et quitte à le refaire, il faudrait que ce soit avec quelqu'un que je connais bien mais je ne suis pas pressée. C'était sympa à tenter mais frustrant pour moi qui veux tout contrôler.

Raven :

Ah ah ah, ça c'est de la réponse ! Merci !

Pour les périodes sans écriture, 3 jours c'est très peu, sachant que ton cerveau bosse en sous-tâche quand même, on peut dire que tu es 7/7j en mode écrivain. Quand je disais fini-fini, je pensais envoyé, édité ou pas. Genre s'il t'arrive de revenir des années après sur un vieux texte.

Tu as eu peu de refus depuis que tu t'es lancée, si j'ai bien compris, du coup quand tu as un refus tu réagis comment ? (je veux dire, à part tout casser et aller plastiquer les locaux de l'éditeur)

Nelly C. :

Désolée de ne reprendre le collier que maintenant, il m'arrive de pas mal feignasser. Et, comme tu as pu le constater, je n'avais pas bien bité la question sur le "fini-fini".
Pour y répondre enfin, il est très rare que je revienne sur mes one shots, sauf quand je veux les renvoyer après un refus, par exemple. Une fois que c'est publié, je ne me relis plus car j'ai passé tellement de temps sur le texte qu'il me sort par les yeux. Par contre, avec les Aventures de Diane, je suis un peu obligée de relire des passages pour ne pas me planter d'un fascicule à l'autre.

Et donc, quand j'ai un refus, je fais la moue, puis je reprends le texte refusé pour le retravailler. En demandant des avis autour de moi si l'éditeur n'a pas été plus explicite sur les raisons. J'ai eu quatre nouvelles refusées, trois ont finalement trouvé un foyer après corrections et la dernière, qui était celle écrite à quatre mains, je n'y ai pas retouché.

Léonox :

Bon. Je viens de terminer la mise en forme de ce merveilleux entretien. Lequel se présente désormais sous l’aspect de trois opulents fichiers. "Opulents", parce que 16 000 signes plus 12 500 plus 11 000, ça fait quand même la bagatelle de presque 40 000 en tout. Seuil qui va sans doute être atteint, parce qu'une interview comme celle-là ne saurait se passer de conclusion.

Alors Nelly, maintenant que Sibilla jouit dispose d'une couverture digne de ce nom
( http://www.riviereblanche.com/sibilla.htm ) et que la sortie de ton recueil est officiellement calée début février, le mot de la fin ?

Nelly C. :

Le mot de la fin : j'ai pas fini d'en chier ! Voilà !

Je suis sur la dernière couche de corrections du format maquetté. J'en ai laissé passer des conneries ! Et viendra ensuite cette période de trouille au ventre à l'idée que les lecteurs soient déçus. Mais j'aurai toujours matière à écrire pour ne pas y penser. Rendez-vous avec le Diane troisième du nom.

Sinon, vous êtes adorables (oui, même Léonox Cochien) et encore merci pour l'attention portée à ma petite personne. J'espère vous retrouver à votre tour sur la sellette des questions, la variété des réponses promet d'être passionnante.

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