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Bloodfist vu par Sangore

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Sangore est l’administrateur du fameux forum de cinéma Ultragore. Mais ce sympathique jeune homme ne s’intéresse pas qu’à l’horreur pelliculée. Il est aussi un lecteur gourmand et averti. A ce titre, il s’est pris de passion pour la collection TRASH, au point de lui consacrer un somptueux dossier, lisible sur Ultragore. Dossier dont est extraite la chronique suivante :

 

Nouveau changement radical d’univers avec Bloodfist de Schweinhund. Avec ces trois premiers titres, la collection Trash se montre jusqu’à présent très variée. Les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Bloodfist se passe de nos jours. Le début nous brosse les étapes marquantes de la jeunesse du héros, psychopathe de son état, pour expliquer comment il en est arrivé à être ce qu’il est. L’auteur réussit de manière tout à fait exceptionnelle à nous plonger dans la psyché torturée de ce personnage fascinant. Parallèlement, il y a des chapitres où deux policiers, aux méthodes plus que discutables, pistent le héros et certaines personnes qui sont d’une certaine manière liées à lui. Mais en fait, raconté comme ça, ça ne donne pas du tout une idée exacte de ce qu’est ce roman. Celui-ci est difficilement racontable.

Le principal repose sur le style de l’auteur, tout à fait singulier. Schweinhund cultive les jeux de mots, il joue avec le langage de manière remarquable. (« Mais je presse le bubon « pose », par-delà le bien et le mâle » (p. 71) ; « «Au passage avide, je puise dans ma tragique insuffisance » (p. 74)). En ce sens, il s’agit d’un Trash très littéraire, très atypique pour un roman gore. Une place importante est accordée aux dialogues entre le protagoniste et un étrange gourou. Ceux-ci tirent le roman vers quelque chose de quasi philosophique. Positivement étonné par cette orientation, on se demande vers quoi tout ça va nous mener. Intriguant, déroutant, Bloodfist se démarque de la littérature horrifique habituelle pour emprunter des chemins de traverse, sans pour autant en oublier l’aspect dur, sombre, violent et sanglant du genre : « Leurs boyaux pendaient comme de gros serpents grisâtres le long de leur torse jusqu’à couvrir les visages de leur masse spongieuse. Combattant ma répulsion, je m’approchai des suppliciés et écartai leurs intestins corrompus afin de distinguer leurs traits. Déformés par le sang qui s’y était accumulé, les faciès des martyrs étaient figés dans une grimace d’horreur qui les faisait ressembler à de vieilles momies desséchées. » (P. 106) Une écriture abstraite qui ne néglige pas les détails concrets bien trash, une écriture presque schizophrénique. Hallucinée : « Un magma de viande grise et tiède. L’homme-seringue s’entrouvre, il a une haleine de poubelle, sa langue est une aiguille qui s’insinue entre mes lèvres… Alors je serre les dents de toutes mes forces, je mords jusqu’à ce que j’entende un hurlement, je serre et serre encore. […] Sa bouche est l’utérus cosmique d’une négation chimique… Des embryons sous vide, dans des sachets blancs, explosent en projetant une bouillie de viscères dévorés par une colonie de mouches à merde. » (P. 89) Un trip, une expérience littéraire peu commune. Une belle réussite ! La collection Trash a décidément plus d’un tour dans son sac !

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Du sang dans les yeux

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Et d’où ça vient, ce merdier ? Du Grand-Guignol, qu’on présente souvent comme l’ancêtre du Gore ? En partie, mais pas que. En tout cas pour ma part, si j’en juge par l’idée que se font de ce théâtre la plupart de nos contemporains. Parce que si le Grand-Guignol proposait un savant mélange d'horreur et de grotesque, les gens qui prisaient ces représentations y venaient plus pour frissonner que pour se marrer (je n'ai aucun mépris pour le rire, mais il me semble que les deux démarches sont bien différentes).

En outre, je crois cette distinction très révélatrice de deux grandes tendances : la tendance que je qualifierais de « coupable » (catholique ?) et la tendance « assumée » (protestante ou agnostique, selon les cas). Les catholiques ont un problème de culpabilité. Ils craignent petite et grande mort, or le Gore mêle les deux. Moi je ne crois pas plus en dieu qu’en l’homme, je n'ai ni femme ni enfant, et je ne me sens pas coupable. J'aime le Gore parce que je suis obsédé par la mort, or le Gore c'est la mort en face. Et j'en écris parce que c'est ma seule manière de prouver que je suis encore vivant.

Par ailleurs, j'avoue n'avoir guère d'affection pour le Gore rigolol, ironique et post-moderne. Pour moi le Gore doit être réaliste, non distancié, sinon je n'y crois pas. « Le Gore, c'est fun parce que c'est exagéré », je ne souscris pas du tout. Mes films gore favoris sont Frayeurs, L'au-delà, Cannibal Holocaust, les Nekromantik, Mondo Cane et autres Guinea Pig. Je ne suis pas un enfant de Peter Jackson et Sam Raimi. Je préfère A serbian film. C'est un film si malade et outrancier qu'il en devient incontestable. A serbian film, c'est ce qui reste de l'ex-Yougoslavie. À savoir des charniers et des charognards. Et moi je pense qu'on a besoin de voir ça. Ne serait-ce que pour savoir que ça existe. Pour autant, malgré son caractère extrême, ce film reste une fiction. Or j'établis une frontière infranchissable entre fiction et réalité.

D'après moi, en littérature, on peut (on doit ?) tout écrire. Sans tabou, sans censure. Et au cinéma, c'est pareil. Si un gars se sent de filmer un viol nécrophile, comme Nacho Cerda l'a fait dans Aftermath, qu'il le fasse, je n'ai aucun problème avec ça. Et je défendrai toujours ce film, comme les Nekromantik de Buttgereit, parce qu'ils ont brisé un des tabous ultimes, et parce qu'ils m'ont ravagé. Des films, j'en ai vu des milliers, et j'en ai oublié des centaines. Mais pas ceux-là. Et je sais que je ne les oublierai jamais. Parce qu’ils sont différents. Oui, ils sont gore, mais ils ne sont pas que ça. Ce qu'ils montrent, cette image brutale de la mort et de la décrépitude qu'ils nous balancent au visage, ne peut pas être montré autrement.

Le Gore, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les médias politikement korrekts (avec trois « k », autres cagoules, mais même rapport à la liberté), ce n'est pas réservé aux ados attardés, boutonneux et puceaux. Ce n'est pas qu'une étiquette rigolarde qu'on colle sur des produits hollywoodiens prêts à être avalés entre une grande frite et un Big Mac le samedi soir. Et si le réalisateur d'A serbian film choisit de mêler sexe extrême et ultra violence, ce n'est pas sans raison.

Sa démarche n'est d'ailleurs pas si éloignée de celle de certains réalisateurs « transgenres » du cinéma d'exploitation (ne pas oublier que de nombreux cinéastes d'horreur ont aussi travaillé dans le X). Toutes proportions gardées, elle me rappelle même un peu ce vieux briscard de Joe D'Amato, inoubliable réalisateur de Anthropophagous et Horrible, mais aussi des incroyables Porno Holocaust et La nuit érotique des morts-vivants. X, Z et Gore à la fois, si Aristide Massaccesi était le vrai inventeur du TRASH ?

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Bloodfist par Lester L. Gore

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Ceux qui lisent les articles postés sur ce blog savent déjà que Zaroff et moi tenons Lester L. Gore en haute estime. L’homme est en effet un écrivain de grand talent. Mais il est aussi un lecteur avisé. Et un chroniqueur redoutable. Autant dire que j’ai été comblé quand Lester a posté cette superbe chronique il y a tout juste un an sur le forum L’Écritoire Des Ombres.

"C’est ma deuxième incursion dans la collection Gore de Trash éditions, et je ne regrette pas. Dire que je n’en sors pas intact serait exagéré, (j’en ai vu d’autres, et lu encore plus), mais la lecture de ce petit (par la taille) livre pourrait éprouver les nerfs de personnes sensibles. Mais après tout, la collection porte la mention « pour adultes consentants », alors…

« Bloodfist », c’est l’histoire d’un tueur psychopathe confronté à des névropathes vengeurs et à un gourou sociopathe. C’est une histoire de dérives, de sang et de perversions. C’est violent, jubilatoire parfois, c’est un voyage au cœur de la folie meurtrière qui emmène le lecteur jusqu’au bout des transgressions. La construction du récit est impeccable, morcelée entre les différents points de vue des divers protagonistes, alternant les passages à la première personne et le point de vue du narrateur omniscient avec beaucoup de pertinence, si bien que le lecteur n’est jamais perdu.

Mais surtout, avec « Bloodfist », j’ai découvert un vrai auteur, un écrivain avec un style, une personnalité qui transparaît au travers des pages fiévreuses et sanglantes, une voix véritable et reconnaissable. C’est écrit sans concession, sans maniérisme, mais avec une véritable aisance dans le maniement de la langue. Ce SchweinHund a du chien, c’est moi qui vous le dis ! Il parvient même à insérer une sorte de poésie de l’horrible dans ses descriptions les plus nauséeuses, il y a quelque chose de baudelairien dans la façon dont il décrit la beauté perverse de la violence, la fascination pour le sang et la charogne.

À lire pour ceux qui croient que le « populaire », l’« épouvante », le « gore » n’est qu’un sous-genre bâclé par des tâcherons négligeant le style et l’écriture. Voilà qui leur apportera un démenti cinglant."

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Bloodfist vu par Naëlle

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Naëlle a été administratrice du forum L’Écritoire Des Ombres. Ceux qui suivent l’aventure TRASH depuis ses débuts savent que nous bénéficions en ces lieux d’un espace privilégié. Espace où chacun de nos livres est présenté en détail, ce qui a fini par intriguer certain(e)s. La preuve avec cette belle chronique qui dresse des parallèles pour le moins… inattendus.

"Je vais donner mon petit avis qui vaut ce qu'il vaut vu ma connaissance inexistante du gore, du trash et autres joyeusetés sur Bloodfist.

C'était vachement bien. Je vous jure. Je m'attendais pas du tout à une écriture de ce genre. Elle est très littéraire, assez spéciale. Si vous voulez une comparaison, c'est assez proche de Marguerite Duras ou de Chloé Delaume (beaucoup moins connue). J'ai lu Bloodfist comme j'ai lu L'Amant : d'une traite, sans me poser de questions. Y a des moments où il faudrait s'arrêter sur les réflexions assez philosophiques qui parsèment le texte, les jeux de mots, mais il y a un rythme dans ce bouquin qui t'emporte. Alors, après, tu te retrouves un peu bête, parce que t'es pas capable d'expliquer ce qui t'a plu dans ce livre, mais je trouve que dire qu'un livre t'a tellement emporté que t'en restes bouche bée, bah c'est déjà un sacré bon point. Parce que je sais pas vous, mais moi ça m'arrive pas souvent.

Bonne écriture et bon rythme, donc, mais pas que. Bah ouais, parce que sinon ça sert à rien. J'ai adoré tout le début, le récit de l'enfance du héros. À partir du moment où il rencontre la fille, L., l'histoire part en vrille (et c'est là que le rythme part en vrille aussi), au point que, vers la fin, on sait plus trop ce qui se passe: où on est, qui est qui (les personnages n'ont pas de nom. Quelques-uns ont une initiale, mais pas plus)... Pour ma part, ça m'a un peu déstabilisée, mais ça fait partie du truc, et de toute façon j'ai bien suivi tout le long.

Niveau tripaille, je m'attendais à pire. Et en fait, à part deux ou trois scènes bien dégueu, y a rien de follement révulsant. Alors foncez, les amis, ça envoie des boyaux !"

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Bloodfist par Fantasio

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Je lis avec le plus grand intérêt les billets de Fantasio depuis des années. Je partage avec cet homme nombre de goûts communs et considère qu'il est l'un des meilleurs chroniqueurs du Web. Sachant qu’il avait acquis nos premiers romans, j'attendais son avis à propos du mien avec impatience et anxiété. Le moins que l’on puisse dire est que je n’ai pas été déçu.

 

Décidément, Trash Éditions ménage bien des surprises à ses lecteurs ! La qualité est la caractéristique des trois premiers romans de cette toute jeune maison. Après Nécroporno du talentueux Robert Darvel, après l'étonnant et très bon Pestilence de Degüellus voici maintenant un bouquin qui en déroutera plus d'un mais qui se caractérise par une originalité dans l'écriture tout à fait surprenante voire ahurissante.

Nous sommes ici en présence des délires cauchemardesques et tortueux d'un esprit dément. Des monologues inclus dans un récit (volontairement ?) saccadé et déroutant. Une histoire impossible à résumer, à raconter mais qui emmène le lecteur très loin dans la folie sanguinaire d'un personnage énigmatique.

Certes, c'est souvent très gore mais surtout l'auteur : Schweinhund (haha) prends les mots, les expressions, les triture, les malaxe, les mâchouille puis les recrache à la face du lecteur à la façon du zombie d'un Boris Vian halluciné mâtiné de Raymond Devos dont le cerveau aurait trempé dans un bain de LSD pendant quelques décennies. C'est provocateur, choquant, parfois décousu ou abscons mais toujours passionnant. Schweinhund joue avec la langue (sans jeu de mot) d'une manière plus qu'originale. On peut presque parler de roman expérimental.

Bloodfist est un roman que certains pourront trouver trop atypique ou bizarre mais qui justement m'a littéralement envoûté par son non-conformisme et son excentricité. Car nous sommes ici assez loin du gore classique. Un roman troublant que je conseille sans réserve malgré ou à cause de son extravagance et de sa singularité. On peut aussi noter, une fois de plus, la belle et sombre illustration de couverture signée Vitta Van Der Vuulv.

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Bloodfist vu par David Didelot

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David Didelot, fondateur du remarquable fanzine Vidéotopsie, est un véritable expert de la collection Gore. Fort logiquement, il s’est donc jeté sur les romans TRASH comme un mort de faim. Et il a aimé ce qu’il a lu. Au point de réaliser six chroniques, dont celle-ci, qu’il a intégrées au sommaire de son extraordinaire ouvrage Gore, dissection d’une collection.

Troisième et dernière tranche de cette première livraison Trash, "Bloodfist" pourrait bien déstabiliser l’amateur de barbaque prédécoupée… Le bien nommé Schweinhund n’avait pas non plus pour objectif de servir un roman gore classique et premier degré : « Trash est un laboratoire, un terrain de jeux, où j’essaie de proposer plusieurs niveaux de lecture, en faisant mal à la langue. ». Nous voilà prévenus… A mi-chemin, donc, entre le roman d’horreur populaire – tendance Collection Gore – et le récit plus expérimental (plus « arty » si l’on veut être désagréable…), "Bloodfist" emprunte surtout à l’ambiance glauquissime et à la narration tortueuse des œuvres extrêmes d’un Peter Sotos.

Véritable descente dans les enfers d’une psyché détraquée – dont l’acuité met en lumière la crasse, l’ordure et la bêtise du monde qui l’entoure – "Bloodfist" raconte l’errance psychotique et fantasmatique d’un esprit déglingo, celui de son narrateur adolescent, tueur en série qui s’affronte à une espèce de secte SM et à son mystérieux gourou, « l’homme aux pigeons »… Entre les rêveries mortifères, les étranges rencontres (celle de la mystérieuse L…, créature « corsélienne » dans l’âme !) et les délires sanguinaires de notre « héros », peu de respirations, peu de prises offertes au lecteur qui voudrait se raccrocher aux canons classiques d’un récit plus linéaire… Non, l’intérêt de "Bloodfist" n’est pas dans son « histoire » ou ses rebondissements, non moins que dans ses passages vraiment gore (encore que l’on frissonne quand même à ce fistfucking très « blood » !).

Schweinhund préfère plonger dans l’esprit trouble de son narrateur, avatar punk d’un John Doe ("Seven") ou d’un Rorschach ("Watchmen") lorsqu’il conchie « cet humanisme correctement gluant et contre-nature imposé par les dictatures sociales-démocrates occidentales de la fin du vingtième siècle. » (p. 72). Là, pour le coup, on n’est pas loin d’être d’accord avec notre serial killer ! Véritable feu d’artifice stylistique (parfois un peu « self conscious »…), "Bloodfist" bouscule son lecteur, le bringuebale d’un oxymore à une antithèse, d’un paradoxe à une homonymie, d’une métaphore à une paronomase, explorant constamment le double-fond des mots, leurs signifiés cachés… Schweinhund voulait faire mal à la langue, il lui fait du bien ! Hypnotique et dérangeant, "Bloodfist" est un roman assez rare et original pour mériter plusieurs lectures… Une expérience littéraire unique !

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Pourquoi tant de haine ?

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POURQUOI TANT DE HAINE ?

Pourquoi j’ai écrit ce roman ? Pourquoi je l’ai écrit de cette façon ? Nous avons surtout créé cette catégorie pour mettre en valeur les avis, parfois très argumentés et pointus, des lecteurs qui se sont donnés la peine de chroniquer mon sale petit bouquin. Mais j’ai pensé qu’il serait peut-être utile de faire en parallèle quelques mises au point. Dont acte(s). L’un de mes buts, en écrivant Bloodfist, était de solder quelques dettes. J’ai donc entrepris, pour le meilleur et pour le pire, de construire un pont entre mes maîtres Corsélien et Nécrorian, grands goreux devant l’éternel, et les collections « Angoisse », du Fleuve Noir, et « Désordres », dirigée par Laurence Viallet.

Bien sûr, il y eut d’autres influences, plus ou moins conscientes. Je citerai notamment Lautréamont, W.S. Burroughs, Peter Sotos et Christophe Siébert. Mais aussi le Frédéric Dard des Kaput et le Léo Malet de la Trilogie Noire, ainsi que les romans La belle nuit pour un homme mort, de Henri Vernes, et Le festin des charognes, de Max Roussel.

J'en oublie sans doute, mais l’essentiel est là. Avec bien sûr ma sauce perso pour lier tout ça. Quant au(x) reste(s), je laisse à ceux qui n’ont que ça à foutre le soin d'évaluer la proportion d'éléments autobiographiques présente dans le roman. L’autofiction en tant que genre est une merde molle, et ces pistes-là, je les préfère brouillées. En résumé, ma position personnelle est de me servir de TRASH pour tenter des expériences. Je ne m'en suis jamais caché, et puis nous ne sommes pas là pour répéter ce qui a été - bien - fait dans la collection Gore il y a trente ans. D’autant que je suis un mutant, un bâtard qui aime autant Les chants de Maldoror que Nuit noire.

LES MAUX POUR LE DIRE

Certains ont dit que Bloodfist n’était pas si gore que ça. Soit. Mais mon personnage connaît durant le roman une évolution. Dès lors, il va bel et bien passer de la théorie à la pratique. Sinon il y aurait tromperie sur la marchandise. À la formation de mon psychopathe succédera donc l'étape de la déformation. Je rappelle d’ailleurs que trash n’est pas synonyme de gore : « utilisé en tant qu'adjectif dans le langage courant, trash qualifie une action ou un ouvrage, voire un personnage, physiquement sale, répugnant ou moralement malsain ».

Je comprends que mes partis pris puissent faire débat, et que certains de mes choix déroutent. Nécrorian, par exemple, a estimé que nos livres étaient « trop bien écrits », alors qu'Andrevon, au contraire, a relevé la qualité du style, supérieur selon lui à celui de nombreux auteurs Gore. Mon défi, si j'écris un autre roman, sera de faire une synthèse de ces avis, tous deux fondés. Car Nécrorian a raison : trop d'effets tuent l'effet, et la littérature que nous défendons vise une certaine forme d'immédiateté. En gros, la distance, c'est le mal.

Ceci dit, même si je ne suis pas un auteur Gore classique, je pense quand même être capable d'écrire de façon directe (il me semble que les chapitres écrits du point de vue de l'homme au crâne rasé l'attestent, en tout cas j'espère), mais je ne tiens pas à procéder de cette façon systématiquement. Je fais des mélanges. Parfois ça marche, parfois non. Ou pour être plus précis, certains aiment mon bouquin exactement pour les raisons qui font que d'autres ont du mal à entrer dedans. D'où mes interrogations quant au style, et au bon dosage à adopter.

Parce que précisément, ce que Nécrorian veut dire par « trop bien écrit », c'est un style trop appuyé. Donc qui ne se fait pas oublier. Et l'homme sait de quoi il parle. Il sait ce qu'est un style « blanc » et un style un peu « baroque ». Ma façon de faire est heurtée, je tire sur la langue dans tous les sens, ce qui rend parfois la lecture peu fluide. Or dans un roman Gore, ce qui importe avant tout, c'est l'efficacité. Il faut être le plus frontal possible, et l'auteur doit savoir s'effacer derrière son récit. Et le chien écouter la voix de son maître.

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Bloodfist, par Jean-Luc Boutel

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Jean-Luc Boutel, émérite fondateur du Club des Savanturiers, ne s’intéresse pas seulement au courant littéraire dit du « Merveilleux scientifique ». Ainsi que nous pouvons le constater en parcourant son site « Sur l’autre face du monde », l’homme a d’autres passions. Et comme il est un chroniqueur hors pair, il a le don de savoir les partager. La preuve avec cet article :

La grande qualité de cette collection Trash provient sans nul doute de la diversité des thèmes abordés qui reflètent trois sensibilités différentes, trois approches originales d'un genre que l'on croyait tombé en désuétude, trois visions particulièrement malsaines et glauques sans pour autant faillir à une grande qualité d'écriture. Sorte de trilogie infernale, il est clair que cette nouvelle venue arrive sur le marché en jouant des bras dans la cour des grands et qu'elle ne va pas hésiter à trancher dans le lard des idées préconçues, bousculer la bonne vieille morale et remettre au goût du jour une littérature laissée depuis pas mal de temps sur le banc de l'infamie. Chaque volume possède sa propre identité et il me serait impossible de choisir lequel des ces trois morceaux de steaks j'ai préféré le plus : tous sont saignants à souhait et si l'un commence à dégager une odeur plus fétide que son voisin, ne voyez pas en cela un signe de bidoche avariée mais plutôt celui d'une vigueur étonnante pour un genre ayant plutôt tendance à faire dans la viande froide.

Pour avoir déjà apprécié la nouvelle de l'auteur dans l'excellente anthologie « Riposte Apo » (« Caïn et la belle »), je dois avouer qu'il me tardait de me frotter un peu à la plume de ce passionnant personnage, fin érudit de cinéma, de littérature gore et fantastique et avec qui j'ai eu de nombreux échanges enrichissants et productifs. Mais l'homme cache bien son jeu, car sous des airs d'une gentillesse extrême, se dissimule un auteur à la plume tranchante comme le rasoir et d'une originalité qui vient ici confirmer que certaines prises de risques valent la peine d'être tentées. Pourquoi me diriez-vous utiliser un tel qualificatif ? Tout simplement parce que le procédé narratif de l'auteur est une véritable surprise et qu'il rédige cela comme une réflexion du « héros » dévoilant son ressenti au fil des lignes de manière à plonger le lecteur dans une immersion totale. Brusquement, VOUS devenez le tueur (où du moins c'est l'impression que j'ai eu) agissant comme lui, partageant ses propres réflexions et une perception de tout ce qui l'entoure au travers du prisme déformant de sa pathologie mentale.

Je ne gâcherai pas votre plaisir en vous disant qu'il s'agit ici d'un psychopathe, et d'ailleurs comment pourrait-il en être autrement à la lecture de ses quelques exactions qui parcourent le roman. Bien que distillées avec une parcimonie frisant le sadisme, elles n'en demeurent pas moins violentes et d'une brutalité toute malsaine et le terme n'est pas utilisé à la légère. Dans cette vertigineuse plongée dans l'univers décalé d'un tueur fou agissant selon sa propre logique, le climat général ne peut être que dérangeant et à se laisser ainsi porter dans ce « road movie sanglant » à la funeste conclusion, le lecteur ressent comme une méchante sueur poisseuse et glacée dégouliner le long de son dos : on regarde sans être vu, position du voyeur avide de sensations fortes sans participer de façon directe. Toute la force du roman est cette lente construction du mur que le « tueur » commence à ériger dans son esprit retors. Il y a comme un destin inéluctable qui vient marquer la « bête » de son doigt sanglant, chauffé au fer rouge afin de laisser sa trace indélébile mais surtout pour qu'il se sente comme investi d'une mission de purge non pas divine mais toute personnelle.

Le monde qu'il contemple ou plutôt qu'il subit n'est que pourriture, avilissement, répondant à des critères qui ne lui conviennent pas et décide alors de changer la donne du problème. De cette adolescence perturbée où la lumière va se faire au collège lors de ses premières dissections sur animal de laboratoire (bizarre ça, on le retrouve dans les trois romans....) et d'une relation amoureuse avec une créature aux appétits sexuels ne respectant aucune « règle », sa conviction est qu'il est temps pour lui de passer à la vitesse supérieure et de prendre contact avec un étrange « Gourou ». Mais si ce dernier voit en notre personnage une proie facile, il ignore totalement que la perversion n'est pas simplement de son unique fait. Notre tueur en puissance, fait croire à une sorte de « soumission » et la rhétorique utilisée par son mentor ne manque pas de persuasion, le loup est dans la bergerie et le plus affamé des deux n'est pas forcément celui auquel on pense. L'homme est un solitaire qui ne supporte pas les contraintes que cette « secte » semble vouloir lui soumettre. Il va s'en détacher d'une manière brusque et sanglante suite à une erreur d'appréciation du prétendu « Gourou »

Nous sommes alors abasourdis par la logique implacable de cet homme dicté par un courant de pensées qui ne tolère aucun obstacle. C'est une machine à tuer qui n'éprouve aucune compassion, d'une détermination implacable massacrant ces fragiles créatures comme un moyen d'apaiser cette espèce de « mal-être » et d'atténuer la vision opaque du monde qui l'entoure, le lecteur a l'impression d'une mauvaise descente sous acide, les visions qui par fulgurances traversent certains passages nous entraînent alors dans un univers malsain, dérangeant comme si Clive Barker se mettait à écrire un roman policier, avec la même vison décalée et horrifique, perception d'un cauchemar venant brusquement de franchir les portes de la réalité. Le roman est un parcours initiatique sanglant, une vertigineuse descente dans les recoins les plus obscurs de l'âme et de la perversion humaine.

Comme pour vouloir renforcer cette ambiance glauque et déliquescente, il y a l'écriture de l'auteur qui force un peu les portes d'une certaine perception de l'univers stable qui vous entoure et vous plonge dans une sorte de « terra incognita », peuplée de visons hallucinatoires au rendu particulièrement efficace. A mon avis ce n'est pas tant les actes qui découlent de sa folie qui sont particulièrement spectaculaires, décrire une scène de carnage est un exercice « relativement facile » (sans vouloir minimiser ce genre de descriptifs) mais ce qu'il est parvenu à faire avec des mots, à savoir créer l'univers d'un psychopathe et entraîner le lecteur dans les circonvolutions tortueuses de sa logique donnant lieu à une succession de phrases au contenu qui relèvent de la prouesse descriptive. Les mots ici coulent non pas comme un fleuve tranquille mais comme le Styx à la funèbre destination et dont notre auteur, redoutable Charon au verbiage bien pesé, nous embarque pour un voyage aux macabres rivages.

Son style, où il manipule avec aisance jeux de mots et proverbes dénote sa grande culture d'une langue dont la complexité ne peut trouver meilleure satisfaction que dans l'aboutissement d'un ouvrage d'une telle identité : « Un peu plus tard dans la ville. Un autre jour. Plutôt une autre nuit, le jour c est trop difficile. En fait la nuit aussi ça remue dans tous les sens, mais je préfère avoir le vertige dans le noir, comme ça au moins je ne vois pas le sol. Et puis, la nuit, les artifices sont plus sophistiqués, sous les néons d'épaisses traînées verdâtres relaient en minaudant l'agression mensongère gravée en lettres capitales sur les clinquants panneaux publicitaires. Une escouade de morues sans âge échouée sur les trottoirs écoule sous le manteau une huile de mauvaise foi coupée avec le parfum Prisunic en promotion cette semaine. Tout le monde le sait et tout le monde le tait. Il faut bien que la terre tourne. Il faut bien que les têtes se tournent, et se détournent, dans tous les sens jusqu'à ce que les os craquent, pour tous la peine est capitale, et Guillotin le diablotin se frotte les mains en grimaçant. Il le « faut » ? Il le faux. »

Véritable exercice de style dont la richesse textuelle du roman est sans nul doute sa grande force mais qui pour certains pourra se révéler son unique faiblesse. Il faudra en effet oser ouvrir la porte et entrer dans l'univers de Schweinhund comme dans un bain aussi rouge et épais d'un sang qui commence à se coaguler et se laisser porter par sa plume envoûtante. Vous allez de fait vivre une expérience unique, le fruit de plusieurs années de culture bis, trash et gore avec ce petit plus qui caractérise la patte d'un auteur plus que passionnant car il est parvenu à mettre par écrit, sous la forme d'un roman original et obsédant, toute la complexité d'un esprit d'une logique meurtrière qui ne souffre ni de compassion, de remords ou d'un quelconque sentiment de culpabilité. Dans un final assez surprenant vous découvrirez alors que cette première salve d'une future mythique collection est à la hauteur des ambitions de cette formidable équipe, qui vient enfin renouer avec une ancienne tradition des littératures de l'imaginaire, à savoir réussir à prendre le lecteur par la main, et l'entraîner où jusqu'alors nul n'avait jamais osé aller s'aventurer. Un très grand cru ! Magnifique couverture de Vitta Van Der Vuulv, qui retranscrit avec brio toute l'ambiance violente et malsaine sous-jacente à cette vertigineuse descente aux enfers. Du grand art !

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Bloodfist vu par Zaroff

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Le fondateur de ce beau blog n’était pas encore devenu l’auteur de l’excellent Night stalker, sixième roman des Éditions TRASH, quand il a lu Bloodfist. Mais il faisait partie de ceux qui attendaient le lancement de notre collection avec le plus d’impatience. À ce titre, j’aurais été vraiment mortifié de le décevoir. Si j’en juge par les lignes suivantes, ce ne fut pas le cas :

"Bloodfist est un bouquin étrange aux cercles multiples. Il m'est extrêmement difficile de résumer une telle construction dans le gore. C'est une oeuvre nihiliste et psychanalytique dont vous suivrez le personnage central par le biais de ses pensées et actes. Les confrontations avec l'homme rasé amènent un côté rationnel qui tranche avec le romanesque malsain et imagé du tueur. L'illusion se mêle au fantasmagorique cruel. Le lecteur est désorienté par les pistes multiples et les scènes horribles et explicites.

Comment illustrer l'intrigue ? Imaginez un miroir sans tain qui reflète la folie meurtrière. Vous vous trouverez derrière la glace et contemplerez le Mal, démuni et désarmé. Ce bouquin est également une gigantesque allégorie théâtrale. Les personnages sont anonymes, esquissés par des hallucinations. Tout semble factice et pourtant vrai. Les frontières de la raison sont floues. Sincèrement, je trouve que Bloodfist est d'une grande qualité en termes d'écriture, mais cela peut désorienter un lecteur habitué à la collection Gore. Chaque phrase est poussée dans ses extrêmes. Ce roman est si abouti techniquement qu'il mériterait une seconde lecture plus approfondie pour en capter toutes les nuances.

Je vous préviens donc que la lecture ne sera pas aisée ni mâchée. Une bonne nuit de sommeil sera nécessaire entre les chapitres. Vous devrez vous oxygéner le cerveau entre les paragraphes. Bloodfist a dû demander du temps car c'est quasiment du trash célinien. C'est un Gore intelligent et précurseur d'un genre névrotique. C'est un Gore qui ne sera sans doute pas assimilable par tous. Bref, c'est un Gore élitiste."

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Préambule

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L'homme-seringue s'entrouvre, il a une haleine de poubelle, sa langue est une aiguille qui s'insinue entre mes lèvres... Alors je serre les dents de toutes mes forces, je mords jusqu'à ce que j'entende un hurlement, je serre et serre encore... Il y a du sang dans ma bouche, je mords de plus en plus fort, mes dents tranchent quelques chose de grumeleux que je crache aussitôt dans l'égout.

Bloodfist traite de la notion de confrontation. Il y a des filles faciles-femmes fatales, un gourou de banlieue, des pratiques sexuelles extrêmes, et deux types souffrant - ou pas - d'hallucinations qui traînent dans les caves. Comment tout cela pourrait-il finir autrement qu'en boucherie ?

J’ai écrit ce roman. Depuis sa parution il y a un an et demi, Bloodfist a reçu un certain nombre d’avis, dont quelques-uns très positifs. D’où l’idée de cette rubrique, qui permettra de les valoriser. En outre, divers lecteurs m’ont aussi fait des remarques si précises et pertinentes qu’elles ont permis d’engager des conversations très intéressantes. Ces échanges, jusqu’ici morcelés en messages parfois peu visibles sur le remarquable forum L’Ecritoire Des Ombres, je les ai rassemblés, ré-agencés, revus et corrigés, de façon à réaliser plusieurs articles.

Ces critiques et chroniques seront postées en alternance tous les quinze jours durant les six prochains mois, de façon à remercier celles et ceux qui se sont intéressés à mon bouquin. En attendant le prochain billet et afin de conclure celui-ci en apothéose, voici déjà l’opinion de quelqu’un qui compte beaucoup pour moi :

« Certaines pages (de Bloodfist) font penser à un Boris Vian adorateur de la boue » Nécrorian

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