Corps et liens, tome 2 - Kââ/Corsélien

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Corps et liens, tome 2, de Kââ/Corsélien.

 

« Tome 2 », oui. Car un seul volume ne suffisait pas. Ce projet a donc dès le début été conçu comme un tout. Une somme qui comprendrait l’intégralité des six romans d’horreur que Pascal Marignac destinait à l’origine aux collections Gore et Maniac. Or si pour les trois premiers, le plan s’est déroulé sans accroc, la suite a hélas été beaucoup moins simple. Entre changements d’éditeurs et de pseudonymes, cessation d’activité et interruption de collections, Dîner de têtes faillit bien ne jamais voir le jour. Mais cette histoire, je l’ai déjà racontée.

 

Ce que je n’ai pas encore dit, en revanche, c’est à quel point ma première lecture de Voyage au bout du jour a été déterminante. À l’époque où j’ai découvert ce roman, j’avais déjà lu les Gore de Corsélien. J’avais rencontré les loups-cerviers de L’État des plaies, les moines fous de Bruit crissant du rasoir sur les os et le lance-flammes de Retour au bal, à Dalstein. Je savais donc déjà que Pascal Marignac avait quelque chose que les autres auteurs n’avaient pas. Notamment cette faculté stupéfiante de présenter des personnages ordinaires qui, confrontés au Mal, vont peu à peu sombrer dans la folie pure pour faire corps avec lui.

 

Mais à l’époque où j’ai découvert le troisième titre de la collection Maniac, j’ignorais que Béhémoth était Corsélien. De même que je n’avais pas encore fait le lien avec Kââ. Et quand un an après avoir survécu au cauchemar tentaculaire de Béhémoth, j’ai réalisé en lisant mon premier Kââ que l’auteur de tous ces livres était un seul et même homme, je me souviens avoir pensé quelque chose comme : « Ouf. S’ils ne sont qu’un, ça devrait aller ». Parce qu’avec trois loups de ce – gros – calibre dans mon poulailler mental, je ne me serais pas senti de taille à lutter. Avec Corsélien, Béhémoth et Kââ, la lune était tombée trois fois de suite dans le caniveau, et la bougresse en avait foutu partout. Trois pseudonymes pour mieux laisser bronzer les cadavres et les éparpiller façon puzzle : je n’en menais pas large.

 

Aujourd’hui, après avoir relu une nouvelle fois les six romans d’horreur de Pascal Marignac, mon état s’est amélioré. Je suis un peu plus calme. « Calme », face à une œuvre aussi épouvantable, ça peut paraître curieux. Mais comme il s’agit là d’un des adjectifs favoris de l’auteur, son usage ici me semble assez justifié. Surtout que pour moi, ce n’est pas « le calme avant la tempête », mais après. La tempête, c’était le décès prématuré de Pascal, le long vide noir ensuite, et tous ses livres presque introuvables. Désormais, j’y vois plus clair.

 

J’ai l’impression de mieux connaître la personne dissimulée derrière les pseudonymes. Deux phrases extraites de Lésions irréparables me paraissent notamment très éclairantes. Quand, chapitre 8, Naïk s’adresse à Markus et lui demande : « Vous sondez l’horreur, n’est-ce pas ? Avec la volonté de l’extraire ? C’est cela ? » puis, chapitre 10, quand elle lui confesse : « Je suis une cicatrice ». Là se trouve la signature de Corsélien. À ce moment précis, l’auteur regarde son lecteur dans les yeux. Il s’incarne dans son personnage, le marque de son empreinte. Une véritable valeur ajoutée, qui prouve s’il en était besoin que ce n’est pas parce qu’on œuvre dans des genres dits « populaires » qu’on doit produire de la littérature au rabais. Une valeur ajoutée parmi beaucoup d’autres, que vous pouvez retrouver dans le deuxième tome de Corps et liens, disponible depuis le 1er décembre 2016 chez Rivière Blanche.

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 183, novembre / décembre 2016.

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