Éditions Ogmios, collection "Lueurs obscures"

Publié le par Lester

Les éditions Ogmios nous ont fait l'amitié de nous proposer trois de leurs parutions, trois longues nouvelles, presque de courts romans, présentant trois visages du fantastique et de l'imaginaire. Encore une fois, voilà la preuve que ce genre peu considéré de nos jours revêt des aspects multiples, protéiformes, et qu'il reste impossible de l'enfermer dans des tiroirs munis de belles étiquettes.

 

 

 

Marie de Pluie - Pauline Sidre

 

 

Les familles, nous le savons tous, cachent parfois des secrets qu'il est souvent préférable de laisser enfouis. Mais, d'un autre côté, comment résister à la tentation lorsqu'il s'agit d'explorer la maison d'un aïeul dont le souvenir reste confus ? Ce dilemme, un frère et une sœur vont devoir l'affronter, au risque de ressusciter un membre de la famille que chacun avait oublié.

 

Pauline Sidre nous offre ici un joli roman court, tout en mystère, chuchotis et allusions, en plus d'une ambiance pluvieuse que les mauvaises langues attribuent à la seule Bretagne. Inutile de rechercher avec ce récit à plusieurs voix (l'autrice donne la parole tantôt à la sœur, tantôt au frère) un fantastique à grand spectacle, tels ces films à effets spéciaux privilégiant l'action au détriment de la réflexion. Tout repose sur l'atmosphère, sur le non-dit et sur la spéculation, jusqu'à un final à la fois révélateur et plein de nouvelles questions.

 

J'ai particulièrement apprécié le style de Pauline Sidre, qui parvient à créer des personnages crédibles par petites touches, et qui met en place une progression dramatique faite d'ambiance suggérée et de révélations bien dosées. Une bonne surprise, et une plume à suivre.

 

 

 

La sentinelle - Jean-Pierre Favard

 

 

Encore une bonne histoire, d'un fantastique plus urbain et selon une thématique plutôt classique : celle de la maison hantée. Mais, au fait, qui hante qui ? Et l'éternelle question revient : les drames qui se sont déroulés dans un lieu imprègnent-ils ses murs pour rejaillir plus tard, et infecter les descendants des premiers occupants, à la manière d'un virus indestructible ?

 

Sur une trame classique, que n'aurait sans doute pas reniée Stephen King, Jean-Pierre Favard construit un récit prenant, avec une narration à la première personne permettant de partager les doutes et les terreurs de son personnage principal. Peu à peu, on s'attache à cet homme tourmenté, ses questions deviennent les nôtres, et si on devine que la conclusion ne pourra que se révéler tragique, on se précipite vers la dernière page. L'auteur parvient à distiller une atmosphère étrange, parfois même malsaine, et la paranoïa du héros finit par nous faire douter de sa santé mentale, en même temps que les indices s'accumulent pour nous orienter vers une issue surnaturelle.

 

Voilà donc une deuxième longue nouvelle tenant ses promesses, et qui, dans le style classique que j'affectionne, procure de bons moments de lecture.

 

 

 

Pascal Malosse - L'île aux Moines

 

 

Je termine cette petite revue par le texte de Pascal Malosse qui m'a le moins convaincu. Il faut dire que je suis peu friand d'enquêtes policières, et que les charmes de la Méditerranée me laissent aussi froid que le cœur d'un contrôleur du fisc eskimo. Alors, les investigations d'un inspecteur de police alcoolique sur l'île de Lerins ne font pas partie de mes priorités dans le choix de mes lectures. J'ai conscience qu'il s'agit d'une affaire de goûts personnels, et que, malgré tout, cette enquête ne manque pas d'attrait en ce qui concerne la progression dramatique et la façon dont le mystère est agencé pour aboutir à la résolution finale, les meurtres atroces s'avèrent plutôt inventifs, certains traits humoristiques teintés d'ironie font mouche. Il faut noter aussi que le dernier chapitre bascule franchement dans le domaine fantastique, et que l'ultime phrase conclut l'histoire avec brio.

 

Alors, pourquoi rester sur ma réserve ? Sans doute parce que, par moment, j'ai ressenti l'impression de lire une parodie du « Nom de la Rose » d'Umberto Eco, et que certains clichés m'évoquent les séries policières dont nous abreuvent les chaînes de télévision tous les dimanches soir (et les autres jours aussi !) En conclusion : une enquête horrifique qui ne marquera pas ma mémoire à jamais, mais que les amateurs de polar apprécieront sans doute davantage que moi.

 

 

Cette nouvelle collection, baptisée « Lueurs obscures », s'avère au final prometteuse : les trois textes proposés sont de qualité, et, si elle se poursuit, je ne doute pas que tous les amateurs y trouveront leur bonheur selon leurs goûts spécifiques. De plus, le travail éditorial m'a semblé correctement exécuté, la mise en page limpide, et les illustrations, qu'elles soient de couverture ou intérieures, collent avec les textes et témoignent du talent certain des dessinateurs. Enfin, le concept de « novelas » lisibles en environ une heure se révèle judicieux pour ceux qui, comme moi, ne sont pas amateurs de pavés littéraires et préfèrent diversifier leurs univers de lecture.

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