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Je suis venu te tuer - Mickey Spillane

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Je ne connaissais cet auteur que de nom ; c'est quand même le créateur de Mike Hammer. Ben franchement, c'est assez basique comme style. Pas de fioritures, les personnages sont vite brossés et l'intrigue n'est pas d'une folle originalité. Polar court paru chez J.L Lesfargues (collection CHOC CORRIDOR) en 1983 et rédigé en 1964 sous le titre "I Came To Kill You".

En remettant une lettre d'un certain Vetter, Joe Boyle (un modeste ferrailleur) se fait défoncer la gueule par les hommes de Renzo, un caïd local. Vetter, personnage énigmatique craint par la pègre, annonce dans cette lettre vouloir faire la peau à Renzo car il a buté un pote à lui. Du coup, et ça me semble logique, Renzo demande à Boyle de lui décrire cet homme dont personne ne connaît le visage. Niant tout en bloc, Boyle se fait jeter dehors comme une merde et se fait recueillir par la sublime Helen Troy, vedette du Hideaway Club, la boîte de Renzo. Forcément, ils tombent amoureux et baisent peu après. Sous fond de trafic de drogue, Boyle va tisser une machination entre les truands de diverses bandes et les flics corrompus. Mais qui est ce mystérieux Vetter ? Le final parvient à surprendre le lecteur.

Vous l'aurez compris, c'est écrit à la tronçonneuse mais l'ensemble tient la route. Je n'ai pas d'expérience de lecture sur Spillane pour me forger une véritable opinion. Ça me semble une bonne solution pour une lecture rapide entre deux apéros, mais faut pas non plus s'attendre à des merveilles. Carton rouge pour la mise en page du bouquin : c'est bourré de fautes toutes les trois phrases. Honte au correcteur !

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Marie et Joseph font des petits noirs en série

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Dans le polar, j'ai une passion folle pour le duo Marie & Joseph qui a sorti onze romans policiers entre 1983 et 1991. La presque majorité de leurs œuvres est consacrée aux romans jeunesse, mais notre blog n'évoquera que les dix romans parus dans la célèbre Série noire de Gallimard et un édité chez Calmann-Lévy. Et quoi de mieux pour connaître Corinne Bouchard et Pierre Mezenski qu'un article de journal signé par Marianne Alphant. Cette coupure fut trouvée dans un de mes exemplaires achetés en occasion. Quelle heureuse trouvaille ! Vu que cet article est découpé, je ne peux vous dire la date exacte de ce billet (je suppose qu'il date de 1988), ni le nom du journal. Pour satisfaire la curiosité des lecteurs, j'ai retapé l'article dans son intégralité pour en savoir un peu plus sur ces deux auteurs.

 

 

Marie et Joseph font des petits noirs en série.

Derrière ces prénoms originels, deux jeunes français plantent le polar dans les bas-fonds du Berry ou sur les pentes des terrils du Nord, comme dans « le Petit Roi de Chimérie ».

 

« À mains nues, mais à quatre mains, avec leurs noms évangéliques, ils sont entrés dans un club fermé dont ils ne portent manifestement pas les insignes. Fermé, car si la Série noire ne vit pas que du souvenir héroïque de Chandler, Hammett ou Goodis, elle porte leur deuil et leur suscite des épigones qui ont l'accessoire nostalgique : trench-coat, whisky, Underwood, belle garce. Mais la surprise est venue, ces dernières années, d'une nouvelle génération, française et très peu orthodoxe, qui n'a aucun respect pour les objets du culte et la panoplie noire. Ni Pennac ni Pouy (pour ne citer qu'eux) n'écrivent le doigt sur la gâchette. Marie et Joseph sont de ceux qui ont pris la clé des champs.

Quand ces débutants cachés sous leurs « prénoms un peu pitres », écrivaient la dernière scène de Chaudes bises, leur premier livre, ils n'étaient pas vraiment dans l'esprit « crime writer » : pendant le Festival de Bourges, un camion de vidange, déporté par l'explosion d'un stand de hamburgers, crève la toile du chapiteau et se vide de son contenu en percutant la sono. Plus de ketchup que de sang. La Série noire tolère un peu de marginalité. Mais elle craint l'enquête qui n'aboutit pas, la parodie, le chaos, les outrances — les bavures du genre. En sept titres, de Chaudes bises au dernier, le Petit Roi de Chimérie, Marie et Joseph se les sont toutes permises.

D'où leur vient ce mauvais esprit, dans un paysage qui respire, comme leurs noms, l'innocence ? Du Berry, bastion de la sorcellerie et des usines d'armements ? Joseph qui vit à Bourges est né au fond du département, dans une famille polonaise. Ou doit-on l'imputer à Marie, dont les patins à roulettes sont rangés derrière la porte ? L'esprit d'insoumission et de débordement, le goût du pastiche se développant sous le front pur d'une agrégée de lettres ? Marie enseigne à Nevers, conduit comme un bolide sa 2 CV pleine de copies d'élèves et d'idées saugrenues. Mais la collaboration est toujours un mystère, et la part de chacun indémêlable. La symbiose, en tout cas, se fait ici, aux champs.

S'ils ont commencé, disent-ils, avec « un état d'esprit pas sérieux », en désordre, s'embrouillant parfois dans l'histoire comme on se marche l'un sur l'autre en bricolant dans un espace étroit, la période « du cirque » est close. Pas de fouillis dans la petite maison isolée qui répartit les étagères de livres, les copies, les patins de l'une, les guitares, le banjo à cinq cordes, les Détective des années cinquante de l'autre, et leurs collections minéralogiques selon un ordre strict. Alentour, les plis des prés, les moutons, le bruit distant d'un canon à corbeaux. « Un paysage mathématique », dit Joseph. Le soleil se lève juste derrière le frêne qu'il voit de son bureau. Seul point de repère dans une campagne insituable, quelque part entre le Morvan de Marie et le Berry de Joseph.

« On avait dans l'esprit que le polar était un genre amusant : pour nous, la Série noire c'était Westlake, Chester Himes. L'idée de départ était de bricoler des trucs rigolos, des romans anarchiques, inclassables. Pas dans le style énigme, le genre policier où l'enquête remet le monde en ordre, non. » Les premiers livres en accentuaient plutôt le désordre — Chaudes bises et Si t'as peur, jappe. Les suivants s'en tiennent au monde comme il va — mal, à l'évidence — dans la France profonde. L'expérience qui nourrit l'observation ne vient pas de l'agence Pinkerton ni du FBI. Elle se développe dans les milieux éducatifs ; lycées et collèges pour Marie, stages IVP (initiation à la vie professionnelle) des 16-18 ans pour Joseph. Elle s'est formée à l'université (lettres modernes pour l'une, latin et grec pour l'autre). Elle reflète l'histoire et les flottements d'une génération : la traversée des années babas, les tournées d'un groupe de musiciens au Printemps de Bourges et dans les MJC (au banjo, un certain Pierre, plus connu sous le nom de Joseph). Le goût du blues électrique, ou de la musique soul dont les refrains parsèment leurs livres. Et l'exil dans le Nord d'une jeune enseignante, pour le Petit Roi de Chimérie.

L'inspiration suit son époque. Entre Berry et Nivernais, on est plus près des dérèglements sociaux qu'à Paris ou à Marseille. Le couple ne puise pas ses histoires dans le Milieu, mais dans la marge instable, obscure, minable, étrange de la province. « Les milieux pourris à la française sont plutôt les petits dingues, comme dans Square du Congo. La grande arpente des champs d'en-bas, c'était l'introduction stupide de la drogue dans les campagnes. Au fil des années, ça change la province. En 1975, il n'y avait rien. Et maintenant on trouve des réseaux d'héroïne dans de tout petits bleds. Ça n'a aucun sens, l'héroïne à Nevers ou à Saint-Amand-Montrond ; pour des paumés qui sortent de milieux très noirs, on peut le comprendre, mais pour des fils de bonne famille ? Et ces familles très straight découvrent que la loi et l'État existent. Elles ne s'en étaient jamais aperçu. C'est ça qui est intéressant dans la province, cette entropie, cette désagrégation de l'énergie. »

Le Petit Roi de Chimérie en est le dernier exemple, à la fois parodique et sinistre. Sur fond de terrils, la minable liaison d'un lycéen rimbaldien et semi-délinquant (sa mère se prénomme Vitalie comme celle du grand Arthur) et d'un professeur verlainien qui écrit des poèmes et s'épanche dans son journal intime. HLM, drogue, adolescence, grandeur et misère des déglingués dont la vie est déjà dans une impasse. Le septième roman n'est plus, comme le premier, l'effet d'un jeu. L'entreprise est sérieuse, le travail réparti en fonction de ce que chacun sait faire le mieux. L'un — ou l'une — fait le premier jet, l'autre le réécrit. « Avant, on était petits. La construction, ça s'apprend. Il faut être hard sur le plan de l'écriture, ne pas donner des armes à ceux qui pensent que c'est un genre mineur. Mineur : c'est dans les festivals qu'on a entendu ça. Qu'on s'est aperçu qu'il y avait un problème. » Ils en sont surpris mais prêts à relever le défi. L'air d'ici est tonique. La maison, un ancien moulin, est entourée d'un ruisseau qui tombe en cascade et quand on se penche vers ses tourbillons, dit Joseph, on est littéralement dopé par les ions négatifs. « Venez voir. »

 

Marianne Alphant

Marie & Joseph : le Petit Roi de Chimérie, Gallimard. Série noire, n° 2130.

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Le retour des damnés - Mario Pinzauti

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La collection I RACCONTI DI DRACULA a perduré de 1959 à 1981 aux éditions ERP, avec un âge d'or situé entre 1959 et 1965. Certains furent traduits en France dans les années 60 avec, souvent, une traduction calamiteuse (Dracula Pocket). L'équipe de Sin'Art propose donc "d'approfondir la connaissance de ce pan assez fascinant de la culture fantastique et populaire italienne, dans une langue plus respectueuse des efforts méritoires déployés par les auteurs italiens." Grâce à Hantik Books, nous découvrons ainsi le premier volume traduit de l'italien par Patryck Ficini, relecture par Angélique Boloré.

Il s'agit du maître en la matière : Mario Pinzauti, alias Harry small, Johanni Walter, Jack Leeder, Hubert Sanchez... écrivain prolifique d'une centaine de romans, tous genres confondus, dont 46 pour la seule collection horrifique des éditions ERP. Également scénariste et réalisateur, il œuvra pour le cinéma bis italien, westerns et polars. Curieusement, il fut absent des productions fantastiques et d'horreur ! Nul n'est prophète en son pays, comme on dit.

Pour en revenir à ce roman, il s'agit donc d'une traduction de Il Ritorno Dei Dannati (titre anglais : The Wild Beast of Csejthe) paru en 1973. Un journaliste, Jerry Istok, écrit pour la rubrique "Magic Life" dans une grande revue new-yorkaise. Il arrive à Graz, une ville de l'Autriche orientale. Ses informateurs lui ont indiqué l'existence d'un groupe affilié à la AMORC (Antique et Mystique Ordre Rosae Crucis). Jerry n'est pas si convaincu de l'existence des phénomènes paranormaux et satanistes. Il écrit surtout pour satisfaire les penchants sadiques de ses lecteurs, quitte à inventer des situations à partir de rien. Un ami lui arrange une entrevue avec l'étrange docteur Sat Astar, psychologue. Au domicile de celui-ci, Jerry est reçu par sa secrétaire, une femme magnifique au corps uniquement voilé d'une longue tunique blanche qui dissimule vainement une nudité ensorcelante. Elle se nomme Lamia.

Astar prétend être le Diable en personne et invite le journaliste à une messe noire en compagnie de ses disciples. Après avoir été "préparé" par Lamia, Jerry rejoint Astar dans un cimetière proche d'un village en ruines. La cérémonie commence dans une crypte avec quelques adeptes. Au son du tambour, ça dégénère vite dans un raptus général, mouvements obscènes, frénésie sexuelle, danses chaotiques, cris rauques et sauvages. On égorge un poulet vivant sur le corps d'une femme et les chevauchées reprennent, des sodomies bestiales sont esquissées dans une prose presque neutre et détachée. Lamia utilise le fluide magnétique de Jerry pour le projeter en 1614 dans le château de Csejthe et il devient la réincarnation de son ancêtre Jezorlavy Istok, alias Tête de Fer et amant de la comtesse Bàthory.

Ce court roman peut s'apparenter à un pulp de série B, équivalent littéraire des films gothiques européens, de Jess Franco à Joe Sarno, sans oublier le cycle sur les vampires lesbiennes de la Hammer ou encore l'imaginaire vampiro-onirique de Jean Rollin. Le retour des damnés évoque le spectre maléfique de la comtesse Bàthory, folle assoiffée de sang de vierges, de sacrifices, de sexe et de sadisme total. Pinzauti nous délivre une intrigue décadente, féroce et cruelle où les pulsions débridées s'entremêlent à la sauvagerie et le meurtre. Mais dans un ton plus retenu qu'un Gore, plus psychédélique et envoûtant. C'est surtout l'occasion de décrire des orgies diaboliques dans un érotisme furieux tout en s'accommodant du mythe du vampire. Roman sec et nerveux teinté de mysticisme à la gloire de la beauté et des sortilèges. Le diable se cache dans les détails... et dans les poitrines opulentes ! En à peine 120 pages, il parvient à construire un récit cohérent où l'essence même du mythe est énoncé, presque caricaturé, avec panache. Pinzauti entre dans le vif du sujet sans s'embarrasser de parallèles et de fioritures. On va droit à l'essentiel : ça fornique, ça tue, ça torture... et le lecteur est repu comme une nymphomane aux canines pointues s'abreuvant à une gorge frêle et frémissante.

Je remercie l'équipe Sin'Art de m'avoir offert ce livre qui inaugure la collection Hantik Books, et particulièrement envers André Quintaine et ses échanges amicaux. Félicitations à Patryck Fycini pour cette traduction de qualité, je n'en attendais pas moins de ce chroniqueur avisé chez Sueurs Froides. Mention spéciale pour les nombreuses illustrations de Mario Melis qui parsèment ce roman. J'espère avoir été complet dans cet article. J'ai passé un merveilleux moment dans l'univers de Mario Pinzauti et... vivement le prochain !

Toutes les infos et lien d'achat.

 

L'édition originale (n°65) :

 

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De chair et d'encre - Dola Rosselet

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Dola Rosselet est une femme charmante, une ensorceleuse des mots. Un véritable talent au service d'histoires sombres, oniriques, terrifiantes, visionnaires, utopistes, vengeresses. Son premier recueil paru en novembre 2017 est une vraie réussite et Rivière Blanche a eu le nez fin de publier cette autrice tant son style marquera les esprits durablement. Ce qui m'a surpris dans cet ouvrage, c'est l'extraordinaire palette de genres, de la SF aux récits de guerre, de l'horreur à la dystopie, de l'inconnu au post-apo, de la magie noire aux intrigues familiales. On trouve de quoi se rassasier chez Dola Rosselet et son art si particulier ne demande qu'à prendre son envol vers des récits plus longs, romans ou novellas. C'est bien simple, cette femme me fait penser à Ballard, Huxley, Silverberg ou encore B.R Bruss. On peut évoquer aussi Anne Rice et Gilles Thomas dans cette façon de conter et d'articuler des thèmes variés et riches. Puissants.

 

Personnellement, je trouve que Dola Rosselet est vraiment à son aise sur les textes dystopiques. Elle y relate des cités-bulles et ses effroyables caissons de simulation, une intelligence artficielle dominant les hommes, un exode astral sous fond de poésie, l'exploration de galaxies méconnues, le dernier homme sur Terre recueilli par une meute de loups, des centres de gestation et leurs terribles conséquences. L'univers de Dola Rosselet étend son emprise vers le rêve, l'épouvante, notamment dans un cercle de famille. On devine que la vengeance est un thème récurrent, que ce soit par une amante, une relation incestueuse. Complots et machinations rythment les trames dans des évocations jamais poussives ou inaltérées par des phrases creuses et vides de sens.

 

Et Dola ne s'arrête pas en si bon chemin. On y croise également des fantômes, de l'exorcisme, un tueur en série traquant ses proies célibataires sur Internet, des terreurs enfantines, du cannibalisme, du vampirisme rendant hommage à Carmilla, trois contes de princesses et leur intimité sexuelle (Walt Disney en mourrait deux fois), un Japon médiéval et ses sortilèges. Sans oublier le mythe de Cassandre et un ascenseur multi-dimensionnel et temporel, l'anonymat poussé à son paroxysme et comment survivre lorsque vous n'avez jamais existé ?

 

Il faut prendre en compte un récit de grande érudition : Comme un parfum de deuil ou le deuil d'un alchimiste expérimentant jusqu'à l'extrême pour capturer l'essence, la fragrance de sa défunte épouse. Vous croyez que ça s'arrête ici ? Et les récits de guerre ! L'échec de l'attentat contre Hitler dans la tanière du loup le 20 juillet 1944 aurait-il une raison divine, un coup de main de la Providence ? Et si deux âmes étaient échangées sur le front, à Verdun en 1916 ? Les destins de Paul et Markus nous confrontent à la triste réalité des soldats allemands et français où on ressent que personne n'est épargné dans cette boucherie sans nom et que la Grande Faucheuse ignore les frontières.

 

Il y a de l'insolence, de l'ahurissement et de la lucidité dans les nouvelles de Dola Rosselet. Une clairvoyance sur les destinées empreintes de solitude, de désarroi et de fatalisme... à toutes les époques, imaginaires, contemporaines ou ancestrales. Je me souviens qu'Orwell disait que « … dans notre société, ceux qui ont la connaissance la plus complète de ce qu'il se passe, sont ceux qui sont les plus éloignés de voir le monde tel qu'il est. En général plus vaste est la compréhension, plus profonde est l'illusion. Le plus intelligent est le moins normal ». Et c'est une citation parfaite pour illustrer partiellement Dola Rosselet. Elle donne à réfléchir sans tomber dans de la philo de bac à sable. Ses propos ne sont jamais gratuits, niais et peureux. Elle prouve aussi qu'un bon récit ne s'enjolive pas forcément d'envolées lyriques et d'effets de manche éculés. Dola Rosselet, c'est l'art et la manière. Et c'est ardu de posséder ces deux qualités sans trahir le lecteur.

 

En mai 2013, Dola s'est inscrite sur le forum de l'Écritoire des Ombres et, dès ses premières participations, on a su qu'elle avait quelque chose à dire, à exprimer, à écrire. Elle fait partie des rares personnes qui marquent les esprits cultivés, qui travaillent lentement pour nous distiller la quintessence. Une image me vient pour définir Dola Rosselet (et vous me pardonnerez cette comparaison semblant douteuse ou farfelue) : un alambic de cuivre aux senteurs indéfinissables. Une maturation artistique qui se bonifie avec le temps. D'ailleurs, en à peine deux ans, six de ses nouvelles furent publiées dans des anthologies diverses : Ténèbres, Otherlands, Bienvenus sur Mars, Rivière Blanche, Hystéries, Sombres Rets.

 

Vingt récits composent ce recueil avec une harmonie qui transcende. Parions que Dola Rosselet ira loin car elle possède l'âme des grands écrivains. Et ce n'est pas Artikel Unbekannt qui me contredira si on se fie à sa préface éloquente, une des plus belles que je connaisse de ce gaillard ! Comme je l'ai signalé plus haut, Dola a l'intelligence d'un Ballard, le génie d'un Silverberg, la lucidité d'un Huxley et l'effroi social d'un Orwell. Gageons que ses futures œuvres auront la même empreinte indélébile. Moi, j'y crois.

 

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Sudden Impact - Joseph C. Stinson

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Joseph C. Stinson est un scénariste américain et a participé à trois films de Clint Easwood. Auteur, il a novélisé deux films de l'acteur et réalisateur américain : Le maître de guerre et Le retour de l'inspecteur Harry. C'est ce dernier qui nous intéresse. D'après un script original de Earl E. Smith et Charles B. Pierce, Stinson adapte Sudden Impact en 1983 et la parution française date de 1984. Et c'est un véritable bonheur de retrouver ce flic antipathique de San Francisco sur le papier. Callahan est malgré tout un flic qui ne lâche rien devant l'adversité. Il s'embrouille avec les malfrats, les avocats, les juges, ses collègues et sa hiérarchie. Mais qu'importe, sa conscience professionnelle reste claire et impartiale. Et son Magnum A44 remet les choses en ordre. Au grand désarroi du capitaine Briggs qui ne supporte plus les frasques de Callahan. Il faut dire que chaque sortie du flic coûte des milliers de dollars aux contribuables, entre les voitures carbonisées, les magasins criblés de balles, les témoins apeurés et les meurtres en cascade.

 

Presque suspendu, Callahan est sommé de prendre des vacances, le temps que les médias se tournent vers d'autres incidents. En parallèle d'une enquête sur un cadavre émasculé au .38 Spécial, le front troué d'une balle, Callahan se retrouve à San Paulo, petite ville californienne. Bourgade un peu trop tranquille pour le flingueur et, bientôt, Callahan transforme la cité en champ de tir. Accompagné d'un molosse nommé Figure de Pet (le flic ne s'embarrasse pas avec les figures de style), il rencontre une jeune femme artiste, Jenny Spenser, chargée de restaurer un manège. Cette femme a un lourd secret : un viol collectif, des années auparavant, avec sa jeune sœur. Depuis, sa frangine est dans un état de prostration végétatif. Jenny se venge en traquant les hommes responsables de cet acte odieux. Et une femme sordide, meneuse du groupe : Ray Parkins.

 

On se marre à la lecture de dialogues savoureux et il faut noter que l'expression favorite de Callahan (« Génial ») dans les films se transforme en « La pêche ! » dans le bouquin. C'est un roman bien écrit, vivant, truculent, sauvage qui retranscrit à merveille l'univers de Callahan. On peut regretter que les quatre autres aventures du flic de Frisco ne connurent pas d'adaptation littéraire. Et comme dirait Harry : « Écoute-moi bien, petit loube de mes deux. Tu sais à quoi tu ressembles ? À une merde de chien. Et il peut arriver des tas de choses aux merdes de chien. Elles peuvent se dessécher et être emportées par le vent. On peut marcher dessus et les écrabouiller. On peut les virer du trottoir avec une pelle. Alors, un bon conseil : fais gaffe à l'endroit où le clebs chie. »

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Le Dieu sans nom - Serge Rollet

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À l'occasion des deux ans de la sortie de ce recueil, il était temps pour moi d'en faire une chronique. C'est la seconde fois que je lis ce merveilleux ouvrage. Après son premier recueil Les douze heures de la nuit, Lester L. Gore revient sous son vrai nom : Serge Rollet. L'influence lovecraftienne est présente avec un ton plus moderne, plus vivant, actif et rythmé. Or, comme le signale Artikel Unbekannt dans sa préface, « Lovecraft n'est ici que l'arbre qui cache la forêt. » Le monde imaginaire de Serge Rollet se nourrit aussi de Poe, Gautier, Hodgson, Brown, Matheson, Wilde, Ray, Bloch, Owen, Ghelderode et toutes les facettes d'un fantastique d'antan sont explorées avec un œil neuf et inquisiteur. Serge Rollet, c'est l'assurance d'une écriture stylistique empreinte d'un terreau fertile, aux racines profondes. Serge Rollet est un ami et je suis fier d'appartenir à son cercle tant sa culture, sa verve et son entrain nous éclaboussent. C'est une personne rare qui enrichit ses interlocuteurs, un phare dans les ténèbres, une lueur dans le brouillard et les incertitudes. Car l'homme doute, toujours. Et Serge écrit dans la douleur, ses récits sont le fruit d'une lente maturation, d'un perfectionnisme obsessionnel. Serge Rollet est avant tout un alchimiste et il va être ardu de chroniquer ce recueil en toute objectivité, tant ma fascination pour cet écrivain peut fausser mon jugement. Malgré tout, j'aime relever les défis... alors, c'est parti !

 

Le Dieu sans nom, nouvelle débutant ce recueil, se déroule en Amérique Centrale, hors de la vallée du Chiapas. Lors d'un chantier titanesque qui a duré deux ans, un temple maya est déplacé car la vallée sera noyée par un lac artificiel. Deux archéologues, Martens et Willoughby, rentrent au pays. Martens est troublé. Ce temple lui semble différent. Ce lieu isolé, des statues d'hommes-jaguars, cette jungle impénétrable... rien ne se conforme aux édifices de culte communs de cet endroit du monde. Et surtout lorsque Martens croise un vieil Indien qui affirme que « ce qui gît sous le sol va s'éveiller car les sceaux sont rompus. » Deux semaines après, en France, Martens regarde distraitement les informations télévisuelles. De légères secousses sismiques ont fait trembler une partie de l'État du Chiapas, au sud du Yucatan, au Mexique. Des hordes de rats déferlent dans les villes du pays, les habitants sont mordus et les autorités craignent les épidémies à venir. Insidieusement, le Dieu enfoui teste ses pouvoirs et prépare ses attaques. Une invasion gigantesque de fourmis dévaste des villages. Le flot grouillant dévore les hommes, les enfants, les animaux et poursuit sa migration vers la ville, vers l'ennemi. Puis ce sont des oiseaux provoquant des collisions aériennes. La divinité innommée étend son emprise sur la surface de la planète et contrôle toute forme de vie animale. Une mystérieuse association demande de l'aide à Martens. Malgré son scepticisme, il repart au Mexique. Martens parviendra-t-il à combattre le Dieu englouti et empêcher cette fin du monde imminente ?

 

Nous baignons dans une atmosphère digne de Predator dans L'ennemi Ancien, Vietnam, jungle oppressante et des soldats américains à la recherche de la section Malcom, une patrouille qui a disparu. Accompagnée d'un jeune guide local nommé Truang, l'escouade du lieutenant Parker s'enfonce dans la forêt. Les premiers cadavres atrocement mutilés apparaissent et le prédateur est invisible, silencieux, rapide ; les pièges sont évités et le trouble parvient à ébranler ces hommes aguerris. Interrogé, le jeune vietnamien affirme que l'endroit est maudit. C'est le territoire du « Grand dévorant » et même les oiseaux fuient cet enfer végétal. Malgré leur perplexité, les SEALS continuent leur mission. Et ce qu'ils découvriront les plongera dans une terreur indicible.

 

L'Ombre des Docks se découpe en trois parties : L'Île Impossible, Retour au Pays et Le Tueur des Docks. En avril 1887, un brick léger est détourné de sa destination, pris dans une violente tempête. Devant se ravitailler en eau potable, l'équipage met le cap sur les Carolines. À leur grande surprise, une île inconnue et ne figurant sur aucune carte apparaît devant eux. C'est un îlot étrange et recouvert d'algues. En explorant ce caillou aride, ils aperçoivent des vestiges, des fresques, des bas-reliefs et une grotte. Certains matelots superstitieux ont peur. Mais en trouvant un large coffre en or massif, les hommes se félicitent de cette fortune inespérée et remontent le trésor à la surface. Durant le retour, le cuisinier de l'équipage est porté disparu. On retrouve son corps éventré. Les hommes partagent le butin et nous suivons Horace Mac Lane de retour en Angleterre. Il montre le coffre à son frère médecin. Un dilemme les oppose : l'un veut le vendre pour le faire fondre en lingots anonymes et l'autre pense que c'est une œuvre inestimable à préserver. D'ailleurs, ce coffre ressemble à un sarcophage et il est impossible de l'ouvrir. Une nuit, un énorme fracas ébranle la maison. Le coffre est ouvert et, peu de temps après, des meurtres abominables surviennent dans le quartier de Whitechapel. Ce récit incroyable m'a semblé être issu de trois influences majeures : Michel Bernanos, Doyle et Poe. Superbe idée de mélanger les crimes de Jack l'Éventreur avec le mythe de Cthulhu. C'est une narration digne d'un vieux recueil de la Bibliothèque Marabout. Les lecteurs fidèles de l'École Belge de l'Épouvante y trouveront leur compte. Et sans doute aussi les adeptes de la Hammer. On imaginerait aisément Peter Cushing tenir le rôle d'Horace Mac Lane et Christopher Lee celui du français Georges de Marigny, un érudit des sciences occultes qui aidera les deux frères à combattre ce monstre des profondeurs.

 

Suivent plusieurs nouvelles : Baphomet et son étrange tombeau d'Enguerrand au château de Missac, des vols d'antiquités, un démon arabe en pierre noire sous fond de croisades du douzième siècle. Le portrait, tableau laissé dans un appartement en location. L'ancien locataire était un artiste peintre devenu fou. Le nouvel arrivant nettoie la peinture et découvre le portrait d'une sublime femme. Elle lui apparaît une nuit et leurs étreintes sont divines. Peu à peu, l'homme perd de sa vitalité. Est-il tombé dans un piège maléfique ? L'étranger rappelle La maison au bord du monde de Hodgson. Un homme désemparé, enfermé dans une maison qui lui semble inconnue. À travers les fenêtres, il aperçoit des choses monstrueuses qui rôdent. Que lui arrive-t-il ? Manquant de vivres, il se décide à sortir et à affronter les périls du dehors.

 

Conte de poivrot possède une vitalité humoristique digne d'un Brown en grande forme. Un ivrogne raconte une anecdote à un journaliste. C'est un chat qui a sauvé le monde d'une invasion extra-terrestre ! Ce chat méfiant dans un coin du bar que le journaliste évite de caresser. Les souris de l'espace de la planète Sakil ont failli nous exterminer tout de même ! Et on poursuit dans le même ton cynique avec Le grand tirage. Dans l'indifférence générale, Pluton et Saturne disparaissent. Puis Mars et Vénus tandis que l'espace est bombardé d'ondes électromagnétiques. Un message extra-terrestre est décrypté et la panique et l'irrationalité dominent la Terre. C'est une fin glaçante et drôle. Du grand art !

 

Nous poursuivons dans la SF avec Les successeurs : un dormeur en hibernation depuis 2000 ans qui se réveille et sort de sa capsule. L'air est enfin respirable. Depuis les guerres entre continents, la terre a été dévastée. Comment sera ce nouveau monde ? Et surtout, comment cet intrus sera-t-il accueilli ? Et... par qui ? Chute très originale à la Matheson. Et nous terminons ce fabuleux recueil avec Les quatre saisons de l'apocalypse, petit post-apo empreint de mélancolie et de nostalgie. De plus, ça se termine en Bretagne, près de Carnac. Petite cerise sur le gâteau : dix questions posées à Serge Rollet pour évoquer ses influences, sa manière d'aborder la littérature fantastique et les nouvelles, ce qu'il pense de l'édition et parler de son parcours atypique. Vous l'aurez compris, Serge Rollet est un homme charmant, cultivé, roublard, fidèle et un incroyable conteur dans tous les domaines. Avec lui, vous aurez la certitude de passer un excellent moment de lecture, d'être surpris par le remaniement de thèmes éculés et cent fois parodiés, de vivre des hommages vibrants à des auteurs cultes. Rollet, c'est le bien.

 

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Trilogie Arnaud Stolognan - François sarkel

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Dans le monde des baroudeurs, on pourrait citer Marko Linge, Indiana Jones, Bob Morane, Will Jaeger et tant d'autres. Mais également le personnage fictif Bob Saint-Clar interprété par notre Belmondo national dans Le Magnifique. Et c'est à lui que j'ai pensé en imaginant les traits d'Arnaud Stolognan, même si François Sarkel le portraitise comme Kevin Costner. Veste en daim, mocassins, cigarillo Dedo de Esclavo aux lèvres, Winchester à la main, Stolognan parcourt le monde au gré des missions qu'on lui propose dans son monastère désaffecté en Lozère où il loge en compagnie de sa vieille mère, mélomane et ancienne lanceuse de couteaux. Et le voilà parti au Pérou, dans la jungle humide et poisseuse, rechercher les débris d'un satellite ou d'un engin expérimental. En parallèle, il doit aussi retrouver le corps d'une cantatrice (et sa mallette de bijoux) dont l'avion s'est crashé. En sauvant une femme lors d'une partie de cartes, il s'enfuit avec Florène Lafouge, une québécoise. Bientôt, ils atterrissent en catastrophe, l'avion criblé de balles par les guérilleros. Et La vallée truquée dispose de nombreux périls : métal polymorphe mimétique qui prend la forme de la végétation, des animaux se font dépecer en tombant sur les feuilles tranchantes. Ils se cachent dans un charnier pour échapper aux combattants qui les pistent. Les entrailles de la jungle s'entrouvrent lors d'un léger séisme. Le duo découvre l'intérieur d'un vaisseau spatial et d'étranges créatures de trois mètres plongées dans un liquide nourricier. Florène leur trouve un nom : les Roughs. Pourchassés, ils fuient au cœur de l'enfer vert où les dangers sont multiples : guérilleros, indiens Campas, extraterrestres, insectes, serpents, flore factice... une intrigue digne d'un Brussolo au mieux de sa forme. Les dialogues savoureux annoncent une complicité entre Arnaud et Florène, aux caractères bien trempés et l'attrait de l'argent anime leur progression dans cette jungle envahissante et dangereuse. Arnaud pense aux extraordinaires propriétés de ce métal (le caméléonium) qu'il pourra monnayer et Florène est obnubilée par les bijoux. Surtout qu'une prime d'un million de dollars est offerte (pour le retour du corps de la diva) par des admirateurs et financée par un multimilliardaire. Arriveront-ils à réussir ces deux missions ? Leur peau ne vaut pas très cher dans ce coin retiré de la forêt péruvienne.

 

Six mois après, avec Les chasseurs de chimères, changement de décor radical. Fini la touffeur de la jungle tropicale. Place au Grand Nord canadien, ses tempêtes de neige, son blizzard et ce froid glacial qui enveloppe les hommes. Un égyptologue et sa nièce débarquent chez Stolognan un soir, poursuivis par des tueurs. Blessé, le vieux professeur raconte une histoire étrange : un homme-oiseau à tête de faucon (tel le Dieu Horus), une agence nommée Teratos qui organise des chasses privées avec des animaux modifiés génétiquement, un laboratoire secret caché dans les steppes canadiennes, mutations humaines. Et voilà Stolognan qui part avec Miquette, la jeune nièce du professeur, au tempérament bien affirmé. Après avoir été capturés par les soldats de Teranos, l'aventurier retrouve une connaissance : Florène Lafouge ! Que fait-elle parmi ces criminels ? Est-elle la complice des scientifiques ? Comme le célèbre docteur Moreau de H.G Wells, les créatures sont immondes et dangereuses... surtout lorsqu'un grizlynx est à vos trousses.

 

Ces deux premiers opus datent de 1995 et, oh surprise, Arnaud Stolognan reprend du service douze ans après, grâce à Rivière Blanche, avec ce mystérieux Destination cauchemar publié en 2007. Le format garde celui d'origine, environ 170 pages pour une quinzaine de chapitres. D'un ton nettement plus brussolien, l'intrigue se déroule en Birmanie où Florène et Arnaud prennent des vacances. Chez un antiquaire local, la belle compagne d'Arnaud se retrouve enfermée dans un coffre dont le bois possède d'étranges propriétés : le latens. Les péripéties seront nombreuses en suivant la piste des sœurs Swanson au cœur de la jungle. L'atmosphère oppressante rappelle celle vécue dans La vallée truquée, mais de dernier opus m'a semblé plus cruel et implacable sur le devenir des deux personnages. Serait-ce la fin de Stolognan ? Je vous laisse découvrir ce livre pour vous faire un avis. François Sarkel est un auteur susceptible de brouiller le lecteur à son aise.

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Stan Levine - Maud Tabachnik

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Deux volumes sont consacrés au flic Stan Levine, officier de police new-yorkais. Le premier opus date de 2001 et le second ne sera écrit que neuf ans plus tard ! Ce laps de temps est assez regrettable car « Le 5e jour » laisse le lecteur sur sa faim, surtout par un final trop vite enlevé. Mais je vais trop vite en besogne. Reprenons depuis le début. Levine est un flic brutal et consciencieux marié à une femme juive (un truc récurrent chez Tabachnik). Il sera sans doute le prochain chef de la Police car ses statistiques sont excellentes. Un homme répond à une annonce où un jeune homme sérieux propose ses services pour travailler dans une ferme. D'allure convenable et courtoise, il parvient à emmener la fillette après avoir déjeuné avec la mère du futur ouvrier à qui il a donné une avance. Il prétend se rendre à un anniversaire et la fillette sera ravie de jouer avec des gamines de son âge. Promis, il la ramènera dans la soirée. Mise en confiance, la mère accepte de voir partir sa petite fille avec cet inconnu si serviable. La fillette ne reviendra jamais. Peu après, la mère recevra une lettre où l'homme décrit les sévices faits à l'enfant. Et surtout, il l'a mangée ! Et cuit ses fesses au four avec des légumes.

 

Puis survient le meurtre d'un homo dans une ruelle. Et d'un handicapé dans un parc. L'homme est insaisissable. Les rares témoins décrivent un homme âgé aux cheveux gris, le corps frêle et une fine moustache. Vous l'aurez compris, Tabachnik s'est inspirée largement des crimes atroces commis par le célèbre Albert Fish dans les années trente pour créer le personnage sadique nommé Edgar Nichols. Les flics sont à cran et écument les réseaux pédophiles, mettent le FBI sur le coup et passent New York au peigne fin. Le tueur a une famille et son boulot d'archiviste lui permet une discrétion certaine dans les sous-sols qu'il occupe. Psychose religieuse, rédemption dans la douleur pour s'approcher du Christ, l'homme s'automutile en s'enfonçant des aiguilles dans la verge, l'aine, le ventre, la bouche et les cuisses. Il atteint l'orgasme en torturant et en mangeant de la chair humaine. Levine le provoque en l'insultant à la télévision, mettant en doute les capacités mentales de l'individu. Nichols se venge en kidnappant la fille du flic en se faisant passer pour un aveugle. Il donne cinq jours au policier pour le trouver. Sinon, il mangera sa fille. Désespérée, Sarah (la femme de Levine) participe à l'enquête en recherchant des témoins oculaires. Levine devient fou et violent lors des interrogatoires. Retrouvera-t-il sa fille avant que ce monstre ne la dévore ? Le suspense est terrible et formidablement mené (sauf la fin) et je plains les lecteurs qui ont dû attendre neuf longues années pour lire la suite de cette traque et de voir ce que sont devenus Stan et Sarah après cette morbide épreuve.

 

Dix ans plus tard, on retrouve Levine à Milwaukee. Les choses ont changé. Il ne voit plus sa femme et ses deux autres enfants. Il a passé dix ans à traquer Nichols qui s'est évaporé dans la nature. Par un curieux concours de circonstances, Nichols revient près de Levine et recommence ses crimes sauvages. Le flic reconnaît la signature du criminel, même si les doutes sont nombreux. En parallèle, des attentats islamiques dévastent la ville. Un agent du FBI est infiltré dans le réseau et tente de faire tomber les cerveaux sans trahir sa couverture. Tabachnik reprend ses poncifs habituels et, souvent, ses romans se ressemblent tous. Malgré tout, la lecture est plaisante et procure un bon divertissement. C'est pourquoi j'y reviens souvent. Ce second opus est moins prenant que le premier, mais il a le mérite de boucler ce dyptique avec efficacité.

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Emmett Coogan - Gilles Bergal

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J'ai envie de vous parler d'un personnage dont j'affectionne les aventures : Emmett Coogan. Créé par Gilles Bergal, sa première apparition intervient dans Cauchemar à Staten Island, collection Gore n°36, en décembre 1986. Sa seconde aventure devait être publiée chez Maniac sous le titre La nuit des hommes-loups, mais cette collection s'arrêta au huitième numéro. Et Rivière Blanche eut la brillante idée d'éditer l'intégralité des deux ouvrages dans ce recueil éponyme en 2008 (avec toutes les nouvelles parues dans Créatures des Ténèbres et une interview de l'auteur par Fantastinet).

 

Coogan a trente-sept ans, ancien inspecteur de police viré après quinze ans de service pour avoir causé un accident sous ivresse. Depuis, sa fille de huit ans est dans le coma. Pour payer les frais d'hospitalisation, Coogan est forcé de faire tous les boulots merdiques qu'on lui propose. Il est engagé par la Slake and Co pour être gardien de nuit afin de surveiller les entrepôts alimentaires de la société. Des vols réguliers surviennent sur les docks de Staten Island, New-York. Cinq gardiens ont disparu. Étaient-ils des complices des cambrioleurs ou des victimes ? Le gérant a confiance en l'ex-flic. Et il ne risquera pas de s'envoler car sa fille est intransportable. Coogan accepte le marché, surtout qu'une prime de 5000 dollars est offerte si il attrape les voleurs. Coogan remarque que les vols ont lieu de nuit, qu'il pleuvait dans chaque cas et que les montants des larcins et leurs fréquences sont irréguliers. Pourquoi dérober des boîtes de ravioli en délaissant le caviar ? Et pourquoi les armes retrouvées vides n'ont pas été emportées ? Elles se monnaient plus que des conserves. Cette enquête est truffée d'incertitudes et la logique des truands n'est pas respectée selon l'instinct et l'expérience de l'ancien flic. Coogan va devoir affronter des créatures hybrides peuplant les égouts new-yorkais avec d'autres flics incrédules. Ce roman n'est pas un plagiat du film C.H.U.D et l'auteur rappelle dans sa préface qu'il avait été écrit bien avant.

 

 

Dans La nuit des hommes-loups, on apprend que Coogan a perdu aussi sa femme dans l'accident. Une amie de sa défunte épouse lui demande de retrouver son jeune fils, sans doute enlevé par son ex-mari. Au fil de ses recherches, Coogan découvre qu'une espèce de secte est établie dans une forêt près de New Haven. Des sacrifices humains sont nécessaires pour la Mutation où des hommes se transformeront en loups après avoir livré un de leurs proches. Secondé par trois mercenaires, Coogan s'enfonce dans la forêt, armé jusqu'aux dents, les chargeurs pleins de balles d'argent. Son unique but est de sauver l'enfant des griffes de la confrérie.

 

Et voilà, Coogan c'est fini. Plus rien. Sa fille va-t-elle survivre ? Coogan combattra-t-il d'autres créatures ? Lançons une pétition, les amis. On veut son retour. Sinon je boude.

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Paris Zombies et Les épouvantails - Philippe Morin

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Les épouvantails sont une métaphore, l'image du malaise des paysans, la solitude des campagnes et le rejet de certains envers les citadins, les femmes pécheresses, le matérialisme. D'autres ruminent et d'autres ruminent et passent à l'acte. C'est le cas des frères Neumance. Une jalousie sourde qui amène la vengeance et la barbarie. Ce récit qui s'apparente plus à une novella par son format est terrifiant. Non par la description facile d'actes odieux que des auteurs utilisent aisément dans le gore. Ici, tout est parsemé d'un trouble latent à la manière d'un Corsélien au meilleur de sa forme. Le renoncement et la folie. Un gendarme qui se cherche dans une vie insipide. Solitude et frustration. Puis on bascule dans une ambiance digne d'un Jack Ketchum. La scène de l'étable donne froid dans le dos, un long cauchemar où l'auteur exprime tout son talent. Et c'est également une fin abrupte aux multiples questions (le rôle du garagiste par exemple) et le sort réservé aux suppliciés. On pourrait qualifier ce court roman de survival rural, mais c'est plus complexe. Il comble les trous d'existences artificielles par des réactions sordides et primitives où la famille ne représente que des valeurs solitaires entre l'adultère, la convoitise, l'affirmation de soi et la vanité. Et les frères Neumance ne le supportent plus. Et ils vont nous le faire savoir.

Cet ouvrage comporte aussi quelques nouvelles tendance post-apo (je pense à ce vieux qui retourne mourir chez lui en parcourant des terres dévastées...), zombis, SF, polar, guerre d'Algérie et une longue novella pour parachever le tout.

 

Paris Zombies est un recueil regroupant trente-neuf récits. Les textes peuvent se lire séparément. Malgré tout, ils forment un ensemble cohérent. Paris subit une vague d'épidémie. On distingue deux sortes de morts-vivants : les contaminés et les cadavres revenus à la vie (les revenants). C'est un grand théâtre de scènes macabres et il est intéressant de voir les diverses réactions face à la survie de chacun. Certains se regroupent pour combattre ce fléau, d'autres en profitent pour assouvir leurs pulsions les plus viles : viols, pillages, domination sur les faibles. La cruauté n'a plus de visage, que ce soit envers les morts-vivants ou les rescapés. On y trouve aussi de la solidarité, de l'entraide. D'autres se réfugient dans la solitude, certains optent pour le suicide. Ce livre est un formidable kaléidoscope des sentiments et réactions face à l'innommable. L'auteur explore et dépeint l'humanité mourante dans un style vif, percutant et presque poétique. Une horreur protéiforme et obsessionnelle. Le tout dans des décors multiples : des avions, des caves, des ruelles, des parkings souterrains, des appartements vides, des magasins, des bistrots, des cimetières, des hôpitaux...

 

Lire notre interview de l'auteur.

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