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De l'autre côté - Henri Bé

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J'ai une longue histoire commune avec Henri Bé, alias Paladin, celui avec qui j'ai fondé l'Écritoire des Ombres en 2011. Mais on se connaissait déjà depuis l'époque du Manoir Fantastique en 2006. Nous avons parcouru un chemin presque identique avec la passion de l'écriture et le fantastique sous toutes ses formes. Nous avons fréquenté les mêmes fanzines et anthologies, des doutes et des réussites ont jalonné notre chemin et, malgré tout, l'émotion reste intacte à travers les années. Ce deuxième opus des Ombres d'Elyranthe rend hommage à cet auteur généreux en regroupant ses meilleurs récits parmi toutes ses productions. C'est également le premier ouvrage sous le nom de Henri Bé car c'est principalement un nouvelliste et ses publications sont éparpillées dans de nombreuses revues, recueils, fanzines, anthologies et webzines. Mon bonheur sera complet lorsque mon complice nous offrira un roman et on sait qu'il aura les moyens de le faire un jour.

 

Quatorze textes magnifiés par une somptueuse préface de Florence Barrier qui rappelle les thèmes récurrents de l'auteur : incertitudes, mort, féminité, symbolique du seuil, fatalité, ambivalence des sentiments, artifices humains... Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un passage du récit « Les ténèbres du dehors », initialement paru en 2010 dans le fanzine « Reflets d'Ombres » :

 

« Comme tous les soirs, je traverse le parc. Je ne suis accompagnée que du vent qui joue avec les feuilles, abandonnées là depuis plusieurs automnes. Je passe entre le regard des statues, renfermées sur leurs rêves de pierre, indifférentes aux fientes d'oiseaux et aux mousses qui les recouvrent. Longtemps, ma famille avait possédé et fait entretenir ces jardins. Quelle catastrophe, quelle ruine est responsable de leur délaissement, de ces herbes qui envahissent les pelouses, de ces fleurs qui se sont multipliées hors des bosquets, de ce chaos végétal dans ce qui était avant le royaume de l'ordre ? Certains diraient qu'il est à l'image de mon chaos intérieur. »

 

J'ai toujours aimé la douce mélancolie qui se dégage des textes de Henri Bé. Un trouble qui se mêle à l'effroi. Tout est en nuances légères et l'horreur est souvent teintée de nostalgie. Et je comprends pourquoi Henri tarde tant à écrire un roman : la poésie de l'instant et la vivacité d'une intrigue sont difficiles à transposer sur un long format. Henri a les tripes et l'âme d'un Marcel Béalu (lisez absolument « Mémoires de l'ombre » chez Bibliothèque Marabout pour comprendre mon raisonnement) ; lui seul parvient à tisser des symphonies nocturnes malgré tous les genres abordés : vampires, légende urbaine japonaise, science-fiction, revenants, zombies, abominations lovecraftiennes, western fantastique (Holy End est une merveille), occultisme, paranormal...

 

Je ne vous cache pas que je suis ému. Ce livre laisse des traces dans notre inconscient tant l'écriture est lyrique, belle, sauvage et contemporaine. Henri adapte son style selon les histoires proposées. D'un érotisme cruel à la Jean Rollin aux apparitions orientales, la palette de l'auteur est vaste et colorée. Henri est un impressionniste de l'horreur. Merci pour ce beau moment de lecture.

 

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Sorcière de chair - Sarah Buschmann

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C'est une grande fierté de chroniquer le premier roman de Sarah. J'ai connu cette femme, encore adolescente et innocente, au Manoir du Fantastique. Et quel chemin parcouru depuis ! À force de remise en question, de recherches de style, elle a commencé à se forger un caractère sombre, évocateur et non dénué d'intérêt. À la lecture de ses nouvelles, on devinait déjà l'auteure en devenir, reprenant inlassablement son travail pour en tirer le meilleur (et le pire pour nos prudes lectures). On suppose que son périple en Australie lui a procuré des émerveillements, des craintes dans le bush sauvage et surtout de nombreuses interrogations. Car c'est ce grand et puissant pays insulaire qui est le personnage central de « Sorcière de chair ». De Darwin à Sydney en passant par Melbourne, l'auteure nous emporte dans un tourbillon de meurtres rituels et démoniaques. Et quelle bonne idée d'avoir mélangé le thriller urbain et l'ésotérisme ancestral de l'Australie. On navigue entre l'horreur et la perplexité, le scientifique et la peur primale. Certains pourraient reprocher à Sarah un aspect « bit-lit » à la chose (ou « Young adult » comme je l'ai aperçu dans d'autres articles) mais c'est ne pas savoir lire entre les lignes. Comprendre le tissage subtil de l'intrigue, la destinée et la vengeance, un pouvoir maléfique susceptible d'anéantir une personnalité.

 

L'approche des crimes est déroutante : les victimes se mutilent sous l'emprise de la sorcellerie et par le contrôle de certaines zones du cerveau (mémoire, volonté...). Ici, on n'évoque pas les grimoires et les potions ou d'autres clichés maintes fois décrits. C'est une sorcellerie plus actuelle, de l'Urban fantasy contemporaine dans un pays où les périls sont nombreux. L'écriture est enlevée, mature, documentée sans lourdeurs... et le gore subtil est semé par petites touches dans une enquête où les flashbacks recentrent le vécu de l'inspectrice, son passé et ses difficultés à poser un masque neutre sur un corps meurtri et haineux.

 

Pour ma part, il m'a manqué le côté plus rustique et rural de l'Australie et principalement le désert de Simpson où les sorcières sont enfermées dans une prison. Ce lieu a titillé mon imaginaire et j'espère fortement que la suite de ce livre (et je crois savoir qu'elle existera un jour) se déroulera dans ce décor. Alors, ce futur diptyque prendra plus d'ampleur, de force et d'unité, mêlant la solitude des villes et la virilité des espaces dépeuplés. Sarah aura les tripes pour nous embarquer dans un univers plus glauque qui ne demande qu'à s'accroître.

 

Que dire de mieux ? Pour un premier roman, celui-ci est déjà nominé pour les Prix Masterton et Bob Morane. Ça vous la coupe, hein ? Non, c'est juste un hommage assumé à Sarah qui ne laisse personne indifférent. Même si sa longue jupe cache une jambe de bois sous un moignon de genou gangrené, Sarah est une belle personne. Mais méfiez-vous de son sourire enjôleur, y a de la sorcière là-dessous !

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Le signal - Maxime Chattam

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Avant de parler de ce dernier roman de Maxime Chattam, on va évoquer le livre physique. Tranche noire et pages bordées comme un faire-part de décès. C'est joli et original mais on se tache les doigts ! Déjà, ça commence mal. Ensuite, la quatrième de couverture nous promet un livre d'horreur en ces termes : « Avez-vous déjà eu peur en lisant un livre ? » ainsi qu'un « shérif dépassé par une situation inédite » ! L'éditeur aurait dû compulser le tapuscrit avant d'en tirer un résumé. Le livre ne fait pas peur (sauf pour les boutonneux élevés dans une cave) et le policier est un lieutenant.

 

Pour être objectif, je pense que ce roman est le plus personnel et le plus proche du terreau culturel de Chattam. L'influence de Stephen King suinte à toutes les pages (740 pour être précis) ; ce qui peut faire marrer les véritables fans de King tant les symboles y sont visibles comme un tigre au milieu d'une crèche. On peut évoquer le nombre 19, la ville de Mahingan Falls proche de Salem, un système d'évacuation des eaux usées souterrain qui rappelle Derry et son fameux clown et ses ballons, des volets qui claquent en faisant « Tak », des engins qui prennent vie comme dans « Christine », des épouvantails démoniaques et des champs de maïs, une bande d'adolescents façon « Stand By Me »... on sent que l'auteur s'est fait plaisir en déballant une kyrielle de poncifs kingiens... ah, j'oubliais aussi les créatures lovecraftiennes à la « Brume » ! Mais Chattam ne s'arrête pas en si bon chemin (et territoire connu) : l'asile psychiatrique se nomme Arkham et l'université... non, ne dites pas que c'est Miskatonic ?... eh ben si les enfants. À cela, il ne faut pas oublier les démons indiens. Comment, Graham Masterton est aussi dans les parages ? Sauf que Graham aurait décrit le Wendigo sur de nombreux chapitres et celui-ci est juste évoqué en quelques lignes en fin de parcours. On pressent également une atmosphère à la Dean Koontz sur certains passages et une once de Shaun Hutson pour quelques passages gores bien troussés (et trop courts).

Passé cette sensation, on se dit que Chattam a creusé un peu mieux ses personnages (hormis les gamins que je cite plus haut). Tom Spencer est dramaturge et sa femme... une présentatrice télé ! Oh merde alors, comme dans sa vraie vie ! C'est à ce moment qu'on remarque le gouffre entre Chattam et King. Stephen King, par son talent de conteur, rendrait crédible et effrayant un épouvantail qui vous course dans les champs pour vous découper en rondelles. Avec Chattam, on se rapproche plutôt d'une scène digne d'un épisode de Scooby-Doo. Pour un lecteur averti, la différence est terrible. C'est dommage car on devine que Maxime Chattam a mis du cœur à l'ouvrage et qu'il croyait à son histoire. Mais imiter King (je n'ai pas dit « plagier ») est l'assurance de se planter en beauté. Je respecte beaucoup le travail de Chattam, mais là, je dis non. On peut fabriquer un beau bouquin, le peinturlurer en noir, y mettre un plan de la ville... ça ne fait pas tout. Il semblerait que Chattam compte poursuivre des récits se déroulant à Mahingan Falls car il n'a pas tout dit. J'espère fortement que ce ne sera pas une resucée de « Simetierre » ou des habitants hypnotisés par des « Tommyknockers » ! Car ce sera sans moi.

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Le signe des quatre - Conan Doyle

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Holmes se drogue pour refuser la stagnation de l'esprit, la morne routine de l'existence. Watson rappelle l'affaire précédente dont il en a tiré un petit livre intitulé "Étude en rouge". Les essais de Holmes (notamment la Discrimination entre différents tabacs où des reproductions illustrent tous les types de cendres) sont traduits désormais en France. D'autres essais voient le jour : détection des traces de pas, influence des métiers sur la forme des mains...

Melle Mary Morstan (qui deviendra la femme de Watson...) est annoncée par la logeuse. Elle désire une entrevue. Aussitôt Watson discerne chez elle "le raffinement du cœur" en observant un visage aux traits sensibles. La femme est agitée. Elle expose son cas : son père, officier aux Indes, a disparu depuis dix ans lors d'un séjour en Angleterre en 1878. Depuis ce jour, elle reçoit tous les ans un colis contenant une perle, d'une espèce rare et de valeur considérable. Un étrange rendez-vous lui est signifié, dans un mystérieux billet, pour la soirée. Holmes et Watson sont conviés.

Melle Morstan a en sa possession un étrange document trouvé dans le bureau de son père. Le papier a été fabriqué aux Indes et ressemble au plan d'une partie d'un grand bâtiment. Une petite croix rouge est tracée à l'encre rouge et au-dessus "3.37" au crayon. Dans le coin gauche "un curieux hiéroglyphe ressemblant à quatre croix alignées à se toucher. À côté, en lettres malhabiles et grossières, il est écrit : Le signe des Quatre, Jonathan Small, Mahomet Singh, Abdullah Khan, Dost Akbar". Ils suivent un petit homme qui les conduit en fiacre à travers Londres. À destination, ils sont reçus par Thaddeus Sholto, le fils du major Sholto (le compagnon du père de Mary Morstan). 

Titre original : THE SIGN OF THE FOUR. Parution en 1890.

Le signe des Quatre débute par une scène incroyable pour l'époque victorienne : Holmes s'inocule une drogue dans le bras gauche à l'aide d'une seringue hypodermique. Ce n'est pas la première fois : "son regard pensif s'arrêta sur le réseau veineux de l'avant-bras criblé d'innombrables traces de piqûres". Holmes se pique trois fois par jour sous les yeux d'un Watson irrité par le spectacle. Le poison est de la morphine ou de la cocaïne. Dans le cas présent c'est de la cocaïne, solution à 7 %. C'est un des meilleurs récits du Canon holmésien. En déposant le lourd coffre qui doit contenir le trésor d'Agra, Watson déclare sa flamme à Mary. Elle acceptera de l'épouser à la fin de l'intrigue. Nous faisons également connaissance avec "Toby", le fin limier qu'Holmes utilise pour une filature près de la Tamise. C'est un chien au flair incomparable ! Wiggins apparaît de nouveau ! Cette fois Holmes nomme la bande : "Les Francs-Tireurs de Baker Street" !

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Une étude en rouge - Conan Doyle

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Le récit de Watson débute en 1878. Reçu médecin à l'université de Londres, il se rend à Netley "pour suivre les cours prescrits aux chirurgiens de l'armée avant d'être nommé comme aide-major pour le 5ème régiment de fusiliers de Northumberland en garnison aux Indes". Hélas la seconde guerre en Afghanistan vient d'éclater et son régiment se retrouve au front. On l'adjoint au régiment de Berkshire et il participe à la "fatale bataille de Maiwand". Une balle lui fracasse l'os et frôle l'artère sous-clavière. Son ordonnance Murray lui sauve la vie en le ramenant dans les lignes arrières. Watson est évacué à l'hôpital de Peshawar où une fièvre entérique le terrasse. Il est rapatrié en Angleterre à Portsmouth où il n'a ni parents ni amis. Au bout de quelques mois il ne possède plus assez d'argent et est désemparé lorsqu'il rencontre l'ex-infirmier Stamford, qu'il a eu sous ses ordres à l'hôpital St-Bartholomew's.

Watson cherche un logement bon marché. Stamford connaît justement un type qui travaille à l'hôpital, au laboratoire de chimie. Celui-ci cherche un colocataire avec qui partager un bel appartement trop cher pour lui. C'est un dénommé Sherlock Holmes ! Mais c'est un homme bizarre qui fait "des études décousues et excentriques" et a amassé ainsi "une foule de connaissances rares". Sa marotte est la science exacte, précise. Watson est donc présenté à Holmes par Stamford. Ils se serrent la main et Holmes observe (déjà) que Watson vient d'Afghanistan ! Holmes est excité car il vient de découvrir un réactif à l'hémoglobine. Le lendemain ils visitent l'appartement sis au N°221 b, Baker Street et prennent location. Peu après ils prennent leurs habitudes communes. Holmes est un couché-tôt, levé-tôt tandis que Watson est l'exemple inverse ! La santé de Watson l'oblige à une oisiveté forcée et il consacre donc son temps à étudier son ami. Holmes apprend ce qui lui sert ! Ses connaissances servent uniquement ses travaux. Elles sont approfondies en chimie et immenses en littérature à sensation, rubrique crimes ! Puis nous découvrons la venue de visiteurs dont un certain Lestrade, "petit homme à l’œil noir, avec une face de rat au teint plombé". Holmes délivre enfin son métier à watson. Il est le dernier recours auprès d'affaires irrésolues. Scotland Yard fait appel à lui pour sa science de la déduction. Il débrouille tout par une logique implacable et raisonnée. Sa modestie lui fait dire "qu'il croit bien être le seul au monde à l'exercer". Sans quitter sa chambre il peut démêler un imbroglio alors que d'autres y ont échoué. Holmes est comparé à Dupin par Watson ! Pour le détective, le personnage de Poe est "tout à fait inférieur" tandis que Lecoq (le personnage d'Emile Gaboriau) est "une misérable savate". Conan Doyle règle ses comptes !

Un courrier de Tobias Gregson est amené à Baker Street. Un homme a été retrouvé mort au N°3 de Lauriston Gardens. Aucune blessure malgré des traces de sang. L'homme est un américain au nom d'Enoch J. Drebber, Cleveland, Ohio. L'instant d'après Holmes et Watson se dirigent vers Brixton Road. Ils y retrouvent Lestrade et Gregson en plein désarroi. Après quelques minutes d'un minutieux examen des lieux, Holmes émet un diagnostic pour le moins singulier : "le meurtrier fume des cigares de Trichinopoli, est venu avec sa victime en fiacre tiré par un cheval qui avait trois vieux fers et un neuf à la patte antérieure droite, son visage est haut en couleur et les ongles de sa main droite sont remarquablement longs. La victime a été empoisonnée". Holmes laisse ses deux rivaux bouche bée et repart avec Watson expédier une dépêche au bureau de poste voisin. Holmes se fait berner par une vieille femme (un complice déguisé) venue chercher une bague trouvée sur les lieux du crime. Le mystère de Brixton s'épaissit.

Nous faisons connaissance avec la police secrète de Baker Street : six petits mendiants dont le chef est Wiggins. Ce sont les yeux et les oreilles d'Holmes. À chaque rapport, ils recevront 1 shilling chacun. Gregson a une hypothèse sur le coupable mais Lestrade intervient : le secrétaire de la victime vient d'être retrouvé assassiné à Holiday's Private Hotel ! Il s'appelait Joseph Stangerson (Conan Doyle fait cette fois-ci référence au professeur éponyme du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux). Holmes sera le meilleur fin limier de la littérature du genre. Doyle ne se trompait pas !

Un cocher se présente au domicile d'Holmes. Lestrade, Gregson et Watson sont également présents. À la surprise générale Holmes passe les menottes à l'intrus et déclare que l'homme est l'assassin de Drebber et Stangerson. Son nom est Jefferson Hope. Le deuxième chapitre se déroule au pays des Mormons. La grande plaine salée est une région désolée et aride. Nous faisons un bond dans le temps, plus précisément le 4 mai 1847. Dans ce désert, un homme décharné erre avec une petite fille. Ce sont les uniques survivants d'un groupe de 21 personnes et ils s'apprêtent, eux aussi, à mourir de faim et de soif. Une file de colons passe à leurs côtés. Ils sont sauvés et recueillis par la caravane. L'homme à la tête du défilé est Brigham Young assisté du Frère Stangerson ! La caravane est formée de 10 000 hommes, femmes et enfants ; ce sont les enfants persécutés de Dieu, les élus de l'ange Mérona. Ce sont des mormons. Stangerson est chargé d'inculquer les rituels des élus aux deux sauvés. Après un long périple, l'Utah est leur terre promise. Ils se partagent des lots de terrain à l'exception des quatre principaux anciens : Young, Stangerson, Kembald et Drebber.

Lucy, la petite fille adoptée par John Ferrier (les deux survivants) est devenue une femme très belle. Jefferson Hope la demande en mariage et Ferrier (devenu un fermier riche et puissant) accepte l'union. Hélas le prophète Young est catégorique et prône la polygamie. Lucy sera donc promise à un fils d'élu ! Ferrier est opposé à ce principe. On lui donne un ultimatum : Lucy devra choisir entre le fils de Drebber ou le fils de Stangerson. Elle a un mois pour prendre sa décision. La veille du dernier jour, Ferrier et sa fille s'enfuient avec Hope dans la nuit. Ils échappent aux sentinelles par connaissance du mot de passe "neuf à sept, sept à cinq". Au bout de deux jours de fuite, Hope part chasser. À son retour il retrouve Ferrier mort et enterré. Pas de trace de Lucy. Hope apprend par la suite que le jeune Stangerson a abattu Ferrier tandis que le fils Drebber a épousé Lucy par force. Par désespoir Lucy décède un mois après les épousailles.

La vengeance dicte la vie de Hope durant des années d'une traque ininterrompue en Europe. A sa capture, Hope avoue qu'il a un pied dans la tombe (anévrisme de l'aorte) mais il ne veut pas que l'on se souvienne de lui comme un criminel. Il confesse les deux meurtres et Watson consigne le tout dans son journal intime. Hope meurt la nuit de son arrestation. La conclusion est rendue par Holmes qui énonce le concept du raisonnement à rebours ou analytique. D'une situation finale (le crime) il remonte les évènements par soustraction logique et perçoit ainsi le profil du criminel. Scotland Yard tire bénéfice du dénouement et reçoit les éloges de la presse. Holmes est juste cité.

Titre original : A STUDY IN SCARLET. Parution en 1887.

Une étude en rouge a le mérite de nous présenter la genèse d'Holmes et de Watson. C'est également un récit qui possède une part historique car Brigham Young a réellement existé ! Il fut le Président de l'Eglise de Jesus Christ des Saints des Derniers Jours jusqu'en 1877 et possède sa statue au Capitole. Intrigue assez basique mais qui énonce les préceptes scientifiques dont Holmes se servira pour ses enquêtes futures. Doyle prend également position contre ses confrères de plume et rend un œil narquois envers la police londonnienne. La religion et les principes de l'ère Victorienne sont mis à rude épreuve.   

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Disparues - Chris Mooney

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Une belle surprise ce bouquin. Malgré le thème ultra répétitif du tueur en série, l'auteur parvient à tisser une intrigue correcte avec son lot de rebondissements. Certes, nous sommes très éloignés d'un "Silence des agneaux", mais je me suis enfilé les 389 pages en deux jours ! Tout débute en 1984 lorsque Darby et ses deux amis assistent à un spectacle macabre dans une forêt : une femme au visage émacié est pourchassée par un homme portant un masque. Plus tard, Stacey et Melanie (les deux copines de Darby) sont enlevées. Stacey sera tuée au domicile de Darby et Melanie disparaîtra.

Nous retrouvons Darby en 2007. Hantée par les souvenirs vécus lors de son adolescence, Darby est devenue criminologue à la police scientifique de Boston. En étudiant la scène de crime d'un enlèvement, elle découvre une femme terrorisée cachée au fond d'un local à poubelles. Celle-ci avait disparu depuis cinq ans et parle de cellules plongées dans les ténèbres, des cachots où hurlent d'autres femmes. Existe-t-il un lien avec la disparition de Melanie en 1984 ?

L'enquête de Darby (en collaboration avec le FBI) va la plonger dans un enfer glauque, sordide et machiavélique. Les indices sont tronqués, les pistes nombreuses et le final est surprenant. Vraiment une bonne histoire qui fait le boulot même si Mooney n'a pas la trempe d'un Thomas Harris. À lire pour le plaisir.

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Trilogie "Les rats" - James Herbert

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Comment ne pas évoquer le grand James Herbert (décédé en 2013) sans parler de sa fabuleuse trilogie consacrée à des rongeurs mutants ? Des rats noirs géants dégueulasses envahissant les quartiers de l'East End londonien. Et porteurs d'une saloperie de virus qui vous fait trépasser en vingt-quatre heures en cas de morsures. On peut dire que l'auteur anglais tape fort dès son premier roman Les rats paru en 1973. Et la chair humaine contente largement leurs appétits féroces. On assiste à des scènes de massacres abominables : métro, cinéma, ruelles... et Herbert nous embarque dans son récit en nous proposant de courts instants de vie, histoire qu'on se prenne de passion pour un personnage avant qu'il ne se fasse bouffer par les bestioles mutantes. Représentant commercial homo et clochardisé, travailleurs dans le métro, passagers dans un véhicule, élèves dans une classe et confinés tandis que les rats peuplent la cour de l'école... Harris, un modeste professeur de dessin, est au centre de l'intrigue. Connaissant le quartier comme sa poche, il va aider les autorités à endiguer ce fléau qui dévaste la capitale anglaise.

 

Le repaire des rats (Lair en version originale) constitue le deuxième opus et date de 1979. J'imagine les lecteurs de l'époque : attendre six ans pour lire la suite ! Quelle cruauté. Et cinq ans de plus pour le troisième sorti en 1984. Herbert reprend les mêmes codes en déménageant le décor au nord-est de Londres : la forêt d'Epping. L'histoire est mieux structurée que le précédent roman. Pas d'attaques frontales cette fois. L'auteur décrit des signes insignifiants : cadavres d'animaux dans les fermes, bruissements suspects. Depuis la Peste noire, on doit signaler aux autorités la présence éventuelle de rats. Les hommes de Deratiz envoient donc un expert chargé de confirmer ou non si des rats mutants se terrent dans cette forêt gigantesque et de trouver leur repaire. Car ils savent qu'une sorte de rat primitif est à la base de tout. Une créature repoussante à deux têtes surveillée par des rats puissants et cruels. Et, effectivement, les rats sont de retour. Malgré les réticences des administrateurs de la forêt, l'expert sent que la vermine est proche. Comme à son habitude, Herbert décrit des actes individuels pour mieux introduire les massacres futurs : exhibitionniste, couple adultère, campeurs, soldats de garnison, fermiers... La Mort verte est déclenchée !

 

L'empire des rats (Domain) est une œuvre à part et se détache clairement des deux autres opus. Bouquin post-apocalyptique, Herbert retrouve un thème récurrent de ses productions à venir : l'arme chimique. Londres est dévastée par cinq bombes thermonucléaires. Le premier chapitre est une anthologie littéraire sur le genre. Nous sommes conquis par les descriptions et les réactions de la population face à l'innommable atomique. En sauvant un homme rendu aveugle, Culver (un pilote d'hélico) progresse dans un métro peuplé de cadavres. Le blessé qui l'accompagne est un agent gouvernemental. Leur but : rejoindre l'abri anti-nucléaire de Kingsway. Un mois après, Culver part en reconnaissance avec quelques hommes tandis que l'anarchie commence à pointer son nez dans l'abri. La plupart des survivants refusent une quelconque forme d'autorité étatique suite aux terribles événements. En apercevant de nombreux morts dévorés, la tête manquante, ils devinent que les rats mutants existent. À la suite d'une terrible inondation dans les égouts, l'abri est submergé et la vermine envahit l'endroit par le puits artésien. Seules sept personnes parviennent à s'enfuir par le tunnel de ventilation. Les périls seront nombreux tandis qu'ils recherchent un autre abri gouvernemental aux abords de la Tamise.

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Je serai le dernier homme... - David Coulon

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Je lis David Coulon depuis ses débuts car c'est un auteur incroyable, presque nihiliste et terriblement dérangeant. On retrouve l'univers sordide des environs de Pétronum, déjà évoqué dans Lumpen. Une usine pétrochimique avec ses multiples plans sociaux et la dévastation psychologique de ses employés virés. Le personnage principal est anonyme, invisible, inexistant. Son couple est une mascarade, ses amis sont faux et notre narrateur semble égaré dans ce grand bourbier où il progresse comme un goéland dans une marée noire. Pour éviter les gendarmes et leurs éthylotests, il emprunte un sentier coupant à travers champs dans la campagne normande. Prétextant un entretien d'embauche, notre gusse passe la soirée avec sa maîtresse et rentre dans la nuit par cette singulière « autoroute des alcooliques ». Des coups de feu retentissent pas loin et il aperçoit une jeune femme apeurée, traquée qui s'engouffre dans sa voiture. Notre homme prend forcément une mauvaise décision en la jetant à terre car son crâne percute un caillou et elle meurt.

 

Il met le cadavre dans son coffre et rejoint un hôtel plutôt que son foyer où l'attendent sa femme et sa fille. Et ce pauvre hère va s'engluer dans un périple infernal, le cerveau rongé par les doutes, la bêtise et l'indécision. D'autres disparitions sont signalées dans la région, des cadavres sont mutilés et notre homme va enquêter pour son propre compte en cachant le corps de la femme dans une grange. Et le cauchemar commence !

 

Nous entrons dans la tête du narrateur, percevons ses effrois et ses décisions improductives. Coulon et Lynch ont le même prénom et c'est sans doute un signe. Tous les personnages de David Coulon avancent masqués et souvent le Mal triomphe dans cet échiquier social. Les puissants deviennent les prédateurs zaroffiens. Deux mondes s'affrontent dans des joutes macabres. Les réactions du personnage provoquent un sentiment de gêne contradictoire chez le lecteur. On a envie de lui crier notre incompréhension, de le secourir mais David Coulon est machiavélique et nous rend impuissants.

 

Le final est dantesque et on se dit que tout est fatal dans les romans de David. Et quoi de mieux que l'illustration du bouquin pour résumer cette histoire : des corbeaux s'enfuyant d'un champ de blé. Comme ce tableau prémonitoire de van Gogh annonçant un suicide à venir. Le livre d'Antonin Artaud avait pour titre : « Van Gogh, le suicidé de la société ». Les personnages de David Coulon sont van goghiens. Ils sont poétiques dans leurs détresses. Avec des relents de monoxyde de carbone.

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La guerre des rats - David Robbins

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Tout le monde a sans doute déjà vu le film Stalingrad sorti en 2001 avec Jude Law et Ed Harris. Par contre, le bouquin de 1999 écrit par David Robbins ? Ah, je perçois un murmure inquiet ! Stalingrad fut une bataille macabre, un condensé de l'horreur, une guerre dans la guerre. Du 23 août 1942 au 31 janvier 1943, elle occasionna 1 109 000 morts dans les deux armées. Sur 500 000 habitants avant la guerre, seuls 15 000 civils survécurent. D'un côté, la sixième armée allemande du général Friedrich von Paulus et, de l'autre, la soixante-deuxième armée soviétique du général Vassili Tchouikov.

 

Au cœur de ce carnage, l'adjudant-chef Vassili Zaïtsev et le colonel SS Heinz Thorvald. Deux tireurs d'élite exceptionnels. Surtout au service de la propagande. Deux icônes pour propager le mythe du héros au sein des soldats du front. Pour les faire mourir en souriant. Toutes les guerres sont dégueulasses et l'humanité est perdante, quoi qu'on en dise. Les scènes secondaires et affrontements personnels sont fondés sur les souvenirs des survivants interviewés par l'auteur ou selon des témoignages écrits. Thorvald est le directeur de l'école des tireurs d'élite de la SS. En 1939, en Pologne, il a abattu 200 soldats avec son Mauser Kar 98K avec lunette Zeiss à grossissement 6. Il tire à mille mètres ! L'école se trouve à Gnössen, à la sortie de Berlin. Il tirait pendant les pauses entre les combats pour saper le moral de l'ennemi.

 

Zaïtsev est chargé de former une unité de tireurs isolés avec son co-équipier Viktor Medvedev dit « L'Ours ». Zaïtsev est « Le Lièvre ». Un journaliste à L'Étoile Rouge, le capitaine Igor Danilov, sert d'agent de liaison politique et parlera des exploits de Zaïtsev dans les futurs articles. La Russie a besoin de héros pour encourager les combattants du front. Zaïtsev est un chasseur de l'Oural et sa technique instinctive est remarquable d'efficacité. 42 allemands sont tués en douze jours pour 43 cartouches tirées.

 

L'intrigue est romancée par l'amour naissant entre Zaïtsev et la tireuse d'élite Tania Tchernova. Un quatrième personnage fictif joue également un rôle important, le caporal allemand Nikki Mond. Il semblerait que Thorvald fut un tireur imaginé par les autorités soviétiques car on ne trouve aucune trace de ce duel historique dans les rapports militaires. C'est un bouquin parfait pour se plonger dans le chaudron de Stalingrad, même si l'ensemble est assez répétitif dans les actions des tireurs. C'est surtout l'atmosphère et le désespoir des deux camps qui donnent à l'histoire tout son potentiel.

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Thanatéros - Catherine Robert

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Si George Orwell avait engrossé Kathe Koja, leur fille serait Catherine Robert. Et son parrain serait le regretté Jack Ketchum. Ce live est la bible du Mal, de la Perversité et de la Domination. Partis de rien, ces deux romans n'auraient sans doute jamais vu le jour sans le redoutable regard acéré de Schweinhund, co-directeur de la collection noire chez Rivière Blanche. Ce puzzle de nouvelles disparates devaient forcément former quelque chose de cohérent, tel un Golem d'argile. Le récit de départ fut Sexcellence, un court texte de 10 000 signes qui amena, à terme, un bourbier de treize chapitres, l'autrice sentant que cette atmosphère valait la peine de s'y attarder. Et c'est à force de persévérance, de conseils, de remise en question entre ces deux protagonistes que ce remodelage constant, augmenté de deux autres textes, donna naissance à LARMES DE SEXE. Société fictive basée sur le règne du sexe, de ses castes et de ses perversions sociétales. Des destins féminins à des degrés divers, en fonction du physique, des attraits et aptitudes sexuelles, de la rigueur à tout supporter et à approuver dans cette déshumanisation progressive où la femme n'est qu'un objet dans l'instauration d'un pouvoir phallocrate. Cette dystopie ne ménage rien aux lecteurs et Catherine parvient à nuancer les scènes pornos sans tomber dans une répétition sans fin et insipide. Il faut rendre honneur aux titres des chapitres qui composent cet opéra sordide : Sexercice, Sexamen, Sextérieur, Sextasy, Sexogamie... 17 chapitres implacables mélangeant apo, dystopie, torture porn, zoophilie, SF où l'écriture lyrique et endiablée est au service de récits forts, angoissants, traumatisants. Il y a peu de femmes dans l'univers du gore et c'est regrettable. Leur vision du genre est impitoyable, clairvoyante, trouble et dérangeante. Il faudra compter avec Catherine Robert désormais.

Nous retrouvons un ton plus noir avec TRANCHES DE MORT. Encore une fois, Schweinhund décela une signature commune dans différents textes durs, comme Péché de chair (Ténèbres 2015), Yin et yang, Je suis méchante... Destins brisés où la folie s'accouple avec la mort, parricide, cannibalisme, réclusions physiques, cloisonnements psychologiques... presque impossible d'identifier le bourreau et sa victime. Souvent la femme accepte son sort pour atteindre la liberté. Désillusion, acceptation et trépas. Le tout empreint d'une subtile spiritualité. Cette belle réussite prouve surtout qu'une collaboration étroite entre un directeur de collection et une autrice permet un résultat étonnant, visionnaire et original. Un œil extérieur peut changer la donne et semer le désarroi chez un écrivain. Cette dualité fondée sur la confiance était de mise chez TRASH ÉDITIONS (j'en sais quelque chose) et elle a fait ses preuves. Le fait de retrouver cet état d'esprit, cette réciprocité de talents chez Rivière Blanche, dans ce cas précis, ne pourra qu'être bénéfique et, en premier lieu, pour les lecteurs désirant découvrir des thèmes inusités. Un grand bravo à ce cercle de passionnés pour cette (douloureuse) expérience. Et mille mercis à Catherine Robert d'avoir mis les mains dans le pétrin, sans fausse modestie ni orgueil déplacé (ce qui est souvent le cas chez certains écrivaillons bouffis de vanité). Ce bouquin, sorti des tripes et digne d'un Siébert, laissera des traces indélébiles dans notre domaine commun. Catherine et Schweinhund, je vous baise les pieds.

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