Noir et rouge, vu par sébastien Gayraud

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

"Depuis la sortie de la fabuleuse anthologie Dimension Trash et surtout du premier roman Bloodfist, qui nous avait laissé un souvenir mémorable (« du Boris Vian attiré par la boue », dixit Nécrorian), nous attendions avec une impatience non feinte quelques informations sur ce mystérieux auteur caché derrière ces pseudonymes aussi bipolaires qu'imprononçables, Artikel Unbekannt et Schweinhund. Après une enquêtes acharnée, nous sommes parvenus à identifier l'individu ainsi qu'à établir son casier judiciaire. Écrivain, chroniqueur, co-fondateur avec Julien Heylbroeck de l'indispensable maison d'éditions Trash, il demeure surtout un authentique défenseur d'une certaine littérature indépendante, abreuvée à la source du célèbre Fleuve Noir, dont le souvenir de la collection Gore perdure aujourd'hui via le travail d'une poignée de passionnés. A.U. / S. est un militant culturel, un vrai, qui prend soin de cultiver l'effacement, dissimulant derrière des masques gigognes une personnalité discrète, modeste mais tenace et dont les récentes sorties permettent enfin de mesurer le talent.

Noir et Rouge est un recueil de nouvelles compilant, en plus de quelques inédits, des textes dispersés sur des anthologies, dont certaines devenues introuvables. Divisé en quatre sous-parties  (Slices of death, Pulp is not Dead, No Future et White Trash), il regroupe en plusieurs entrées thématiques les diverses tendances de l'auteur, expliquant au passage sa double identité. Artikel Unbekannt (Article Inconnu) pratique une certaine forme de fantastique à l'ancienne, héritière d'une littérature francophone allant de Jean Ray à Kurt Steiner (ou, pour faire court, toute l'école de la collection Angoisse) ; Schweinhund (contraction de « porc » et de « chien » en allemand) aborde une forme de gore extrême plus contemporaine et urbaine, bien dans la lignée de Trash. Les deux entités cohabitant (en principe) dans un même corps, quelques textes ici présents transgressent cette arbitraire séparation.

Slices of Death exploite une esthétique qui renvoie immanquablement au cinéma de Jean Rollin et Jess Franco et à leurs univers gothiques stylisés, comme hors du temps. On retrouve dans cette série d'histoires des narrateurs hallucinés, hantés par de monstrueux secrets familiaux ou le souvenir obsessionnel de femmes mortes. L'auteur déploie un style élégant qui évoque à merveille ces perceptions faussées, cet onirisme malsain imprégné d'érotisme macabre. Une grande réussite. Pulp is not Dead, comme son titre l'indique, regroupe six histoires rendant hommage à tout un pan de la littérature populaire, comic books américains mais aussi « sérialistes » français. C'est la partie la plus référencée du recueil, dont l'appréciation nécessite sans doute une certaine culture d'initié de la part du lecteur. Batman s'invite ainsi à la fête ainsi qu'un dérivé de Alien dédié à Dan O'Bannon et H.R. Giger. Une de nos nouvelles favorites : La Tension de la Stratégie, clin d'œil à la fois à un des personnages fétiches de Hexagon Comics, Wampus, et au polizieschi italien, l'action se déroulant à Turin au beau milieu des années de plomb. La troisième partie, No Future, est dédiée au post-apocalyptique, genre chéri des fans de Mad Max et de Métal Hurlant, mais aussi d'une certaine culture musicale post-punk. Trois nouvelles qui nous transportent du japon pré-Hiroshima au Berlin en ruines de l'après-guerre, ville dont l'auteur connait bien les labyrinthes et les fantômes.

Mais, selon nous, le meilleur de Schweinhund se trouve dans la quatrième séquence, White Trash, dont une partie fut publié dans Dimension Trash et dont on découvre ici une version rallongée et enrichie de plusieurs inédits. On se souvient de la forte impression que nous avions eu à la lecture de l'anthologie, dont nous découvrions le versant le plus fragmenté, expérimental, via une série de chapitres parfois réduits à un seul paragraphe, brisant le format « nouvelle » et abordant l'horreur sous l'angle d'un collage particulièrement novateur. Cette version « extended » gomme en partie cette impression, donnant une forme plus « classique » à l'ensemble, sans que la qualité des textes en soit changée. Le lecteur est convié à une bacchanale gore où l'auteur brasse toute une culture souterraine (Fleuve Noir, le cinéma bis italien, la culture dark / industrielle via des clins d'œil à Front 242 et Brighter Death Now et, réactualisé pour la circonstance, un hommage aux auteurs de Trash éditions) pour en créer une synthèse à teneur hautement toxique. Paranoïa, terreur et visions cauchemardesques forment la toile de fond de cet univers halluciné mais pas du tout irréel, et donc d'autant plus dangereux. Car certains avertissements de l'auteur et surtout un des derniers textes du recueil viennent remettre les pendules à l'heure : au-delà du jeu des références et des citations se trouve une autre forme de violence, celle, bien réelle, de la société et de la rue. Confrontation est une tranche de vie sans fioriture, une pure scène de haine rentrée, la haine de classe, tristement banale et quotidienne. Bien loin du fantastique, la vie de tous les jours, l'essence même de l'horreur.

Par la rencontre entre ses deux avatars, A.U. / S. ouvre l'éventail d'une littérature à mi-chemin entre l'imaginaire le plus débridé et la réalité la plus cradingue, offrant un ouvrage qui a presque tout d'un manifeste. Il le fait surtout avec un style unique, typiquement français dans son rapport à la langue, riche en jeux de mots et en torsions verbales, un peu comme si Céline revisitait Peter Sotos. C'est une dernière chose à souligner, non des moindres : notre anonyme est l'un des rares écrivains actuels que l'on peut lire à la fois pour la pertinence du fond ET de la forme. Peu dans le paysage littéraire contemporain peuvent en dire autant. Un auteur pas comme les autres, dont la discrétion ne doit pas cacher la démarche ambitieuse et profondément singulière."

Lien vers le texte d'origine.

Rappel du lien d'achat chez Rivière Blanche.

Voir les commentaires

Miss Chandler est en danger - Frank Harding (série Johnny Metal # 3)

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Troisième opus des aventures de Johnny Metal, paru dans la collection "As de Pique" le 4ème trimestre 1945. Roman court de onze chapitres avec un épilogue. Nous sourions encore à la vue de ce journaliste qui se dépatouille entre le patron de son journal, la pègre, les mauvais informateurs, les traîtres et les femmes sournoises. Metal doit interviewer une fille de milliardaire car elle a annoncé son mariage privé. Metal étant en relations intimes avec Liliane Chandler, son rédacteur Little Bob insiste pour qu'il puisse prendre des photos de la future mariée et de pondre un article. Celle-ci accepte et Johnny se rend à l'hôtel pour la rencontrer. Les flics l'attendent et le voilà embarqué pour trafic de faux billets ! Il comprend vite qu'il fait l'objet d'une funeste machination.

C'est grâce à un détail photographique que Johnny Metal fera basculer l'enquête et prouvera son innocence. En cavale, il est toujours assisté de son fidèle photographe Éric dont il a une confiance totale. Pour l'anecdote, Malet relate l'affaire du Dé de Jade parmi les exploits du journaliste. Sauf que ce bouquin sera édité en 1947 ! Malet est un malin. On le soupçonne d'avoir des manuscrits cachés dans son tiroir. Sauf qu'à taper comme un fou sur sa machine, il finit par s'emmêler les pinceaux ! Sacré Léo.

Voir les commentaires

Heca-Tomb, vu par Amaranth

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

"Zaroff en est à son troisième roman gore commis depuis 2013. Trois romans cradingues : bien dégueus comme il faut et empreints d’une folie urgente, d’une ambiance bien particulière. Chaque roman est différent, mais pourtant, tous suivent une certaine ligne directrice. En effet, chaque roman explore une décennie (années 80 pour Night Stalker, années 70 pour Bayou, années 90 pour Heca-Tomb), avec ses codes culturels, et un coin d’Amérique, souvent reculé, enfermé sur lui-même, avec un arrière-fond bien malsain, un peu incestueux, presque claustrophobique. Bien sûr, ce dernier point ramène plutôt à Bayou et Heca-Tomb. Bayou avait quelque chose de poisseux, avec sa faribole de personnages dégénérés, qui m’a rappelé Blood-Sex de Nécrorian. J’ai une petite préférence pour Night Stalker qui possède un rythme différent : ça envoie, c’est rock. Heca-Tomb, tout en se différenciant de ses petits frères, est un mélange réussi de ces deux premiers romans : on y retrouve le côté dégénéré de petite ville reculée mais aussi le rythme plus rock, entraînant. Avec ce troisième roman, Zaroff plonge un peu plus dans l’aspect fantastique du gore, également.
 
Mais pour parler du bouquin en lui-même (la superbe préface de David Didelot évoque la carrière de Zaroff et ses influences bien mieux que je ne pourrais le faire), il faut commencer par le commencement : le visuel et le projet derrière. Et je dois dire que le pack CD/livre/poster/sticker a vraiment de la gueule ! L’illustration donne le ton, et de très belle manière ! J’ai aimé aussi retrouver ce visuel sur le CD, très bien conçu. Et pour couronner le tout, la préface et la postface permettent de dresser un joli portrait de l’auteur et de comprendre comment s’est construit ce projet atypique.
 
Quant à l’intrigue, elle est simple, basique même pourrait-on dire, mais on s’en fout. Le lien avec le CD est très bien fait et les descriptions gores sont très visuelles et imaginatives : on ne nous ment pas sur la marchandise ! Le style de Zaroff sert très bien ce type de littérature : implacable, efficace, avec un rythme rapide. Sans oublier qu’il est très inspiré ! Ça se lit bien, les massacres s’enchaînent. Heca-Tomb est incontestablement à lire pour ceux qui aiment le gore décomplexé, au moins pour l’inventivité dont l’auteur fait preuve dans les scènes de violence, qui parviennent à aller toujours plus loin."
 

Voir les commentaires

Porcherie - Christophe Siébert

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le sang des bêtes : Porcherie, de Christophe Siébert

 

Porcherie était à l’origine un recueil de dix nouvelles édité par l’auteur de Nuit Noire fin 2013. « Était », car ce fascicule de 64 pages au tirage confidentiel a été épuisé en l’espace de quelques mois et avait disparu des radars depuis. Alors pourquoi en reparler aujourd’hui ? Ben parce que la chose est en passe d’être rééditée, pardi, et avec le lard et la manière, encore. Mais aussi parce que je n’ai pas lu grand-chose de plus juste, de plus percutant, de plus noir, de plus intransigeant depuis trois ans. À part les deux recueils de poèmes Poésie portable et Découper l’univers, et les deux romans La place du mort et Paranoïa, tous quatre signés… Christophe Siébert. Car oui, je suis de ceux qui apprécient un peu beaucoup passionnément l’œuvre de Christophe Siébert. Et pas seulement ses Trasheries. Dont Porcherie, malgré ce que son titre fleurant bon la barbaque juteuse pourrait laisser supposer, ne fait pas partie.

 

Porcherie était donc une collection de dix textes courts, froids et durs. Dix textes, dont cinq sont aujourd’hui repris dans ce livre fraîchement paru chez Les Crocs Électriques, complétés de trois récits plus récents. Quant aux cinq nouvelles manquantes, elles n’ont pas été oubliées, bien au contraire. Elles seront publiées dans d’autres volumes à venir, là encore accompagnées d’inédits et autres textes rares et/ou épuisés. D’où le fait que ce bouquin se présente comme le tome un d’un ensemble exhaustif qui devrait en comporter quatre.

 

Un tome un composé de huit fragments aussi secs qu’une série d’uppercuts, où la violence n’est pourtant pas toujours au premier plan. Ou plutôt, pour faire un parallèle avec le cinéma, la violence à laquelle on a affaire dans Porcherie, si elle est parfois « graphique », se situe assez souvent « hors-champ ». Alors s’il est clair que la conclusion de Compassion, hallucinante (et qui fait très fortement penser au court-métrage de Scorcese The big shave) comblera d’aise les viandards amateurs de Nuit Noire et de Paranoïa, Porcherie ne se réduit pas à un carnage. Et ce n'est pas du tout un reproche, au contraire, car cette façon de procéder prouve qu'il n'y a pas besoin d'être lourdement démonstratif pour faire mal avec des mots.

 

D'autant que la moitié des nouvelles de ce tome un de Porcherie se terminent par des élisions. Et des textes comme Ma sœur ou La première fois que j'ai tué mon père qui laissent ouvertes les portes des conséquences, on ne peut pas dire que ça soit vraiment confortable… Surtout qu’il ne faut pas compter sur Christophe Siébert pour s'appesantir sur les causes. Ici on est dans la fulgurance brute, dans la destinée écrasée, pas dans la psychanalyse de bazar. En fait, c'est comme si l'auteur disait : « voilà ce que j'ai : des bouts de vies en morceaux ». À vous de les recoller. Et moi j'aime bien ça, qu'on me rende responsable, en tant que lecteur.

 

D'ailleurs, ce type de procédé rappelle un peu celui des « romans condensés » de Ballard. Ce n’est bien sûr qu’un parallèle, car les thèmes et le rendu n’ont rien à voir. Si Ballard était influencé par la technique du cut-up de Burroughs quand il a écrit La foire aux atrocités, Christophe Siébert l’est bien davantage par le roman Noir. Néanmoins, son travail sur Porcherie m'y fait parfois penser par cette manière de raconter des histoires sans début ni fin, par l'utilisation de fragments indépendants jetés à la face du lecteur, et par ces non-dits lourds de sous-entendus, le tout produisant des sortes de « romans condensés », donc. Mais des romans condensés écrits à la manière de Manchette. Dans La position du tireur couché.

 

Bref. Comme ce premier tome de Porcherie ne comporte que huit textes, je ne vais pas les passer en revue un par un. Je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, et conclure cette chronique par une lettre ouverte. Une lettre adressée à l’auteur il y a déjà trois ans, garantie dans son jus et sans langue de bois : « J'ai bien reçu — et lu — Porcherie le week-end dernier. Un gros défaut à signaler quand même : c'est trop court, bordel ! J'aurais eu aucun problème à verser deux fois cette somme (ridicule, rappelons-le) pour un recueil deux fois plus gros. T'avais pas d'autres textes courts en stock ? À part ce menu désagrément qui en est à peine un — mieux vaut entretenir la frustration que de se vautrer dans l'assouvissement avachi — je me suis bien régalé. Enfin, « régalé » reste une façon de parler, hein, parce que je sais bien que ton style est plutôt du genre qui coupe la faim. Donc merci à toi de m'avoir fait sauter quelques repas, et permis d'entretenir ma silhouette de hyène aux abois. »

 

Mais aujourd’hui, la diète n’a que trop duré. Car oui, Christophe avait d’autres textes courts en stock. Et depuis trois ans, il a commis plusieurs inédits pas piqués des vers. En tant qu’anthologiste de Dimension TRASH, je suis bien placé pour le savoir. Voilà d’ailleurs le message que je lui avais envoyé après avoir lu son récit La vieille, qu’on retrouve au sommaire de ce tome un de Porcherie : « Aujourd'hui, il fait beau, le ciel est bleu et le soleil brille. Alors c'est pas que j'étais d'humeur joviale, hein (ce qui serait de toute façon contraire à mon absence totale de religion), mais bon, ça allait à peu près, quoi. Et là, ton texte arrive ». J’étais sincère. Sincère, et d’autant plus enthousiaste qu’à cette époque une réédition revue et augmentée de Porcherie était déjà dans les tuyaux. Mais le projet a capoté. Aujourd’hui, il est évident que c’était un mal pour un bien. Alors bravo et merci aux Crocs Électriques, qui pour le coup méritent vraiment leur nom : la totale des textes courts de Christophe Siébert en quatre volumes, on peut dire que ça tranche de façon électrisante.

Voir les commentaires

Heca-Tomb, vu par Patryck Ficini (Sueurs froides)

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

"Zaroff (au pseudonyme mythique pour tous les cinéphiles un poil sadiques) revient au gore extrême après ses deux romans publiés chez Trash Éditions, NIGHT STALKER et BAYOU. Zaroff est sans doute la révélation porno gore de cette folle petite maison d'édition qui est à la littérature ce que Uncut Movies est au DVD. Une nouvelle fois, Zaroff ne recule devant rien dans son dernier forfait, HECA-TOMB. Âmes sensibles s'abstenir. Estomacs sensibles aussi !

Placés sous le signe de Nécrorian, auteur culte chez Gore Fleuve Noir, les romans de Zaroff n'ont pas de limites. HECA-TOMB peut-être encore moins que les précédents.

Sorte de variation sur BAZAAR de Stephen King (de l'aveu même de l'écrivain), HECA-TOMB décrit en long en large et en travers les déchaînements de violence survenant suite à l'écoute d'un CD de metal ultra violent. Le CD passe de mains en mains, comme la WINCHESTER 73 d'Anthony Mann bien connue des amateurs de western américain. Les gens qui en écoutent un seul morceau deviennent fous furieux et hop ! chaque chapitre vire au cauchemar gerbeux et hardgore. On pense aussi à ce film des années 80, BLACK ROSES. D'ailleurs, tout HECA-TOMB est un hommage rétro, puisqu'il se déroule même en 1992, une époque où metal et horreur faisaient bon ménage. La couverture de HECA-TOMB, signée Andrei Bouzikov, évoque d'ailleurs les pochettes les plus infâmes des seigneurs du death et du gore metal d'alors.

L'idée est simple, prétexte peut-être, mais quelle importance ? Le but de l'auteur rejoint celui du lecteur potentiel : aller toujours plus loin. Femmes, enfants, personnes âgées, Zaroff n'épargne personne. Nécrophilie, zoophilie, viols... Le sexe déviant et barbare est roi en ces pages noyées de sang et de sperme. On sait combien la littérature peut aller plus loin que le cinéma. HECA-TOMB en est une nouvelle preuve. HECA-TOMB, triomphe de la violence gratuite ? Peut-être, sans doute... encore que pas plus que d'autres œuvres du même tonneau. D'autant que nous ne sommes pas dans la tête de l'auteur Zaroff pour en décider et l'affirmer !

On aime ou pas. On lira ou pas. Mais une telle littérature ne peut laisser indifférent. D'autant que Zaroff écrit très efficacement.

Originalité : un CD de Black Zombie Procession est vendu avec le bouquin de 110 pages paru chez ZONE 52 (on lira avec intérêt le fanzine du même nom et notamment son numéro spécial Cannon Films)... On l'aura deviné aisément : c'est le CD de metal furieux qui est écouté par les différents personnages du roman ! la boucle est bouclée.

Le roman est vraiment court car on y trouve aussi une préface cultivée du spécialiste David Didelot (maître d'œuvre du fameux GORE DISSECTION D'UNE COLLECTION). Le papa de VIDEOTOPSIE est désormais indiscutablement lié à tout regain d'intérêt pour le gore littéraire, qu'il défend si bien, mais aussi à toute la nouvelle vague gore actuelle, héritière du Fleuve Noir.

Le livre se conclut sur une tout aussi intéressante postface (forcément !) de Nasty Samy, l'homme à l'origine du projet qui visait à mêler musique qui cogne et littérature qui tache. On peut lire HECA-TOMB, le livre, en écoutant HECA-TOMB, le CD. Ou séparément. Ce qui est certain c'est que ce projet de dingues mérite toute l'attention des vrais amateurs de gore no limit."

Voir les commentaires

Memories of Retrocity - Bastien Lecouffe Deharme

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Roman graphique paru en 2011 aux Éditions du Riez. Un véritable coup de maître de l'auteur et illustrateur : Bastien Lecouffe Deharme, alias "B". Présenté sous la forme d'un journal de bord tapé à la machine par un flic de Chicago. Après avoir tabassé son chef, il se retrouve exilé dans la cité déchue de Retrocity. Ville oubliée de tous et entourée de hautes murailles. Au fil de ses investigations dans des quartiers abandonnés et glauques, il découvre le mal qui ronge cette ville : un étrange virus qui transforme les organes en symbiose mécanique. Jusqu'au stade ultime où l'homme fusionne avec un objet personnel ou intime. Une corporation gère tout, de l'alimentation à l'immobilier, la compagnie Hover. Le flic William Drum va rencontrer de singuliers personnages comme une femme-lampadaire, des chiens mécanisés, des Veilleurs... sans oublier une religion unique et les Retro-nuns.

Il faut plonger dans cet univers incroyable où les illustrations amènent une atmosphère vintage, limite steampunk des années 50. On peut penser à "Dark City", "Brazil", "Blade Runner" ou encore "La cité des enfants perdus". Et les romans de Alain Damasio sont une influence principale et cités en postface. Un artbook magistral qui laissera une trace indélébile dans votre mémoire. Une merveille tout simplement.

Voir les commentaires

Noir et rouge, vu par Amaranth

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

J’attendais avec impatience et grand plaisir ce recueil de nouvelles. Enfin les nouvelles de Schweinhund réunies. Mais pas que : celles d’Artikel Unbekannt aussi. Si je connaissais moins cet aspect de l’auteur, j’ai pu le découvrir à travers ce livre. Et je n’ai pas été déçue. Noir et Rouge réunit une variété de textes. Des textes de toutes les couleurs. Noirs et Rouges, mais pas seulement. Car on trouve également, au fil de ces pages, du post-apocalyptique, du fantastique, des hommages à la collection Angoisse, à Gore, à TRASH mais aussi à des personnages de Comics. Un recueil marqué par sa diversité, donc, mais parcourut par certains thèmes récurrents : l’obsession, la folie, et une certaine solitude des personnages également.

Il est découpé en 4 parties : Slices of death, Pulp is not dead, No future et White trash.

 

1. Slices of death :

À mourir de rire : j'ai beaucoup aimé ce texte qui tourne autour d'une obsession. La description de ce rire, de la gorge du personnage, de sa bouche, et de son meurtre ensuite, est très visuelle (la comparaison avec une tranche de viande fait bien son effet). Les émotions du personnage, ambivalentes à certains moments, et envahissantes, sont bien transposées. Le personnage a réussi à m'embarquer avec lui dans son obsession, qui confine pourtant parfois au délire. Dans ce texte, on ressent déjà bien la patte de Schweinhund, je trouve, avec un style très précis et maitrisé, parsemé d'images où fantasmagorie et réalité s'entremêlent. Le passage sur le bateau m'a un peu rappelé Bloodfist, sûrement à cause de la scène dans la mer.

C'est un texte original, bien maitrisé, qui donne le ton du recueil. J'aurais bien dit la couleur, mais ça, c'est plutôt la deuxième nouvelle qui s'en charge.

Avec Rouge on plonge encore un peu plus profondément dans les visions, les images, la folie… j'associe le Chien-Porc à ces thèmes, bien entendu, mais aussi à un style particulier, qui là s'expose dans toute sa complexité et sa force. Dans ce texte, je pourrais presque qualifier l'écriture d'épileptique, avec ces phrases courtes, ces images qui se superposent plus qu'elles ne s'enchaînent. Mais l'épilepsie se caractérise par une perte de contrôle, ce qui n'est pas l'impression que j'ai eu, puisqu'il y a toujours un soin particulier, une précision dans le choix des mots qui renvoie plutôt à de la maîtrise. Et en même temps, la folie s'exprime, se ressent et donc il y a quelque chose d'un peu "décousu", avec justement ces images qui s'imposent et auxquelles il faut donner du sens, ce qui n'est pas forcément évident au début de la lecture. C'est bien pour ça que j'ai parlé de "complexité" donc. Difficile de parler d'un texte comme celui-là. J'ai en tout cas apprécié la direction prise par rapport au thème de la possession, même si à la fin de la lecture je ne pourrais donner une explication certaine. Il y a un flou qui subsiste. Ce n'est pas quelque chose qui me dérange. Ce texte est très évocateur et pour moi, s'inscrit dans la lignée de Scheinwhund.

Passé décomposé : j'ai beaucoup aimé cette histoire d'amour tragique. Le personnage est très seul, sa vie semble défiler sans qu'il n'y prenne vraiment part, comme s'il était dans une sorte de bulle, à l'écart des autres. Une bulle remplit de vide, qu'il ne perce pas, entraîné un peu malgré lui dans le cours de sa vie. Cette profonde solitude que j'ai ressentie, cette impression de "vide" qui entoure le personnage, c'est quelque chose que j'ai déjà perçu chez d'autres personnages des nouvelles de ce recueil, notamment dans "à mourir de rire", même si dans celle-ci le personnage prend une part beaucoup plus active. Je pense que c'est lié au fait qu'on suit le personnage, ses pensées, de manière "intime", mais que sa vie et les autres personnes qui y prennent part n'apparaissent pas dans le récit ou de manière assez lointaine. Ça participe à l'ambiance sombre du texte.

Jaune : j'ai apprécié le découpage et le flou maintenu tout au long du récit, avec des pièces disséminées et des images qui surgissent, ce qui rappelle à nouveau un procédé un peu Schweinhundien.

Retour aux sources : agréable à lire, mais j'ai un peu moins aimé, car elle est un peu plus classique. L'ambiance est toujours assez lourde, avec un personnage à nouveau très seul.

À feu et à sang : déjà découverte dans l'Almanach des vampires. Il s'agit d'une nouvelle plus "douce", avec un style encore différent, mais toujours fluide et travaillé. Il y a quelque chose d'assez sensoriel. On retrouve la part "sombre" avec un personnage à nouveau coupé du monde, plongé dans la solitude et surtout dans une obsession, même si cette fois elle est plus extérieure qu'intérieure. Donc on y retrouve certains thèmes, mais en même temps, elle est vraiment différente. On ne pourrait pas dire "positive" en soi, mais l'amour est réellement présent, une certaine tendresse aussi, et la fin irait plutôt dans le sens du don. Il y a un partage entre les protagonistes, et même une certaine affection.

 

2. Pulp is not dead : six récits hommages qui m’ont moins embarquée, bien que le style reste de très bonne qualité.

Dark night : une rencontre de deux personnages de comics. C’est bien fait, on ne sait pas à quoi s’attendre au début de la nouvelle, mais peut-être un poil un peu trop court.

La tension de la stratégie : j’ai y découvert Wampus, personnage d’Hexagon Comics. J’ai préféré cette nouvelle-ci, avec des personnages intéressants et une intrigue qui tient en haleine.

Aliénation : ma préférée de cette partie, avec une ambiance oppressante et un androïde qui se retrouve bien seul dans son voyage dans l’espace. Ou au contraire, peut-être pas suffisamment…

Le masque et la marque et Le Péril Jaune sont deux hommages aux Fleuve Noir Angoisse. Ces nouvelles sont bien écrites, mais je pense qu’on est forcément plus touché par ce qu’elles racontent lorsqu’on connaît bien les personnages mis en scène. Sauf Mme Atomos, ils ne m’étaient que connus que de noms, donc je n’ai pas été très embarquée par l’histoire.

Travaux forcés : courte mise en scène de l’auteur de la série Panthera, Orloff, amusante et plaisante à lire.

 

3. No future :

Japon, année zéro : trois destins qui se croisent et s’entremêlent. J’ai aimé le développement des personnages, l’un après l’autre, avec des vies qui au départ s’éloignent pour mieux se rejoindre ensuite. Et ce n’est pas celui qui apparaît le plus sympathique qui au final l’est. D’ailleurs, sympathique n’est pas vraiment un terme qui convient à ces personnages. Le contexte ne s’y prête pas non plus. Le Japon sous les bombes à la lumière de trois personnes bien particulières. C’est très beau.

Angst : période similaire mais autre lieu, on accompagne cette fois des nazis dans l’après-guerre de Berlin. Un texte qui sonne très juste, très « réaliste »… enfin jusqu’à un certain point. Celui où le fantastique peut se mêler à la réalité.

Caïn et la belle : j’ai adoré cette nouvelle. Le début est très efficace et j’ai directement été plongée dans l’ambiance sombre, désespérée et le calvaire de cet homme. La fin nous emmène sur un rivage plus inattendu. Est originale. Un sans faute.

 

4. White Trash : ma partie préférée, même si chacune possède des textes forts. Celle-ci en assène à la pelletée. Des textes courts, mais percutants. Et toujours avec ce style inimitable qui joue avec les mots, les choisit avec une précision chirurgicale mais n’hésite pas étaler les tripes et la crasse pour salir un peu tout ça quand il le faut.

1985-1990 : un bel hommage à la collection Gore, avec toujours les thèmes de l’obsession et de la folie sous-jacents. J’ai beaucoup aimé la construction. Et la fin.

La chambre noire : un combat contre une entité qui semble bien l’incarnation de sa propre folie. Une nouvelle obsession. Dans le noir. Les mots s’enchaînent et se percutent, et nous percutent. Beaux comme cette maladie à figure d’amazone.

Légion : invocation au rythme envoûtant, où l’auteur joue avec les mots. On ne comprend pas tout et on s’en fout.

Quinze minutes : efficace, percutant, plus ancré dans le réel et la violence frontale.

Bon sang ne saurait mentir : approche plus directe à nouveau, brutale. Avec une chute efficace. Et une pointe d’humour. Juste ce qu’il faut.

Löwenacht : une sorte de pamphlet, comme l’a très bien dit Catherine. Contre le consumérisme. Contre les croyances aveugles et aveuglantes. Toujours avec ce style si particulier, aux images fortes et percutantes.

Profondo nero : celle-ci tient une place spéciale dans mon coeur. C’est celle qui m’a fait découvrir et adoré les textes courts de Schweinhund. Un vrai petit bijou, qui représente parfaitement les thèmes et l’écriture ciselée de l’auteur. Un délire visuel, prenant. Perturbant. Le sens se dévoile dans les détails. Des images fantasmagoriques qui révèlent pourtant toute la réalité. Une réalité bien crue. Horrible. Il y a du Lynch, là-dedans.

2013-2016 : un joli hommage aux auteurs de TRASH. Nouvelle miroir à 1985-1990. Plus personnelle, encore. On y découvre la maison de l’auteur, et de drôles de choses s’y déroulent…

Contre-nature : le récit d’une vengeance un peu particulière. Un fœtus, ce n’est pas aussi inoffensif qu’on pourrait le croire. Un texte qui cristallise les angoisses liées à la grossesse, et toute l’étrangeté qui accompagne ce processus. C’est glauque. Et c’est flippant.

S.O.S. : une promenade hallucinée dans un New York oppressant.

Confrontation : la violence est dans la tension qui parcourt le récit. Trois personnages un peu cabossés, qui se comprennent à demi-mot et partagent une tranche de vie. Quelques heures dans une nuit. Qui changent tout ? Ou rien ? Et est-ce que ça a de l’importance ?

L'altro inferno : la même force d’évocation que pour Profondo Nero, avec un rythme envoûtant, les clés du mystère qui se dévoilent peu à peu et des images fortes qui se modifient au fil de la compréhension. Un texte puissant, qui saisit, prend aux tripes. Et qui pourtant envoûte.

Blutwurst : un texte très sensoriel. Fantasmagorique. Les scènes se mélangent dans une violence visuelle et sonore.

L'oeil du serpent et Corps et liens : hommages à Kââ/Corsélien. Dans le premier, j’y ai vu le personnage de « Silhouettes de mort… », mais ça, c’est peut-être parce qu’il s’agit du seul Kââ à mon actif.

Le deuxième texte m’a encore plus plu. Il est d’une poésie folle (et les deux termes s’y marient vraiment très bien). Il termine même sur un poème, que j’ai adoré. Macabre et beau. Ce qu’un poème devrait être.

Les textes de Schweinhund sont plus ou moins facilement compréhensibles, plus ou moins sombres et malsains, jouent plus ou moins avec les mots. Certains sont plus hermétiques, difficiles d’accès, même si tous valent qu’on prenne la peine d’y pénétrer. « Corps et liens » est de ceux qui atteignent un équilibre parfait. Entre la beauté des mots et l’intrigue sombre.

Le recueil se termine sur une interview de l’auteur par Zaroff, qui a écrit « Night Stalker » et « Bayou ».

 

Pour conclure, Noir et Rouge est un recueil qu’il faut aborder comme un aventurier. À la découverte d’un univers à part. D’un style unique. D’histoires qui peuvent plonger loin dans l’obscurité. Certaines nouvelles seront conquises facilement, d’autres mériteront d’y retourner encore et encore. Parfois, leurs paysages ne s’ouvriront pas totalement à vous, et il faudra accepter de se laisser porter par les mots, sur des rivages inconnus où le réel est flou.

 

Chaque mot est choisi avec attention, chaque phrase est ciselée. Vous serez touché. Mais difficile de dire par quel texte précisément : la sensibilité y est si forte qu’en fonction de la vôtre, le résultat peut être surprenant.

Dans tous les cas, c’est un voyage qui vaut la peine d’être fait. Et bonne nouvelle, il sera facile d’y retourner. À portée de votre main.

 

Rappel du lien d'achat chez Rivière Blanche.

Lien vers la chronique d'origine.

Voir les commentaires

Aux mains des réducteurs de têtes - Frank Harding (série Johnny Metal # 2)

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Petit roman de sept chapitres paru dans un fascicule, le premier trimestre 1945, aux Éditions et Revues Françaises, collection "As de Carreau". Little Bob (dit le Barbichu), rédacteur en chef du New York World, envoie Johnny Metal faire un papier sur une star hollywoodienne, Dora Frecher. Sur place, il tombe par hasard sur une étrange conversation dans un salon de thé, notamment un chantage sur un changement de scénario.

Peu après, il sauve une femme attaquée dans sa voiture. Comme par hasard, il s'agit de la starlette. Se faisant passer pour un artiste-peintre, il entre dans l'intimité de l'actrice en lui proposant de faire son portrait. Au fil des jours, leur amitié permet au journaliste de la suivre dans un studio de tournage. Et voilà toute l'équipe qui doit partir en Équateur car le scénario a changé. Sur le bateau, il reconnaît la voix des deux hommes rencontrés dans le bar. Dans une taverne à Guayaquil, Metal rencontre un Indien Jivaro qui lui propose de passer deux jours dans sa tribu. En repartant, il se retrouve seul car son guide meurt, foudroyé par la morsure d'un serpent-minute ! C'est alors qu'il croise la starlette, inanimée et ligotée sur le garrot d'un mulet. La vedette est entre les mains des réducteurs de têtes et un sacrifice se prépare sous le son lancinant d'un roulement de tam-tam. C'est par un astucieux stratagème que Johnny Metal pense sauver la malheureuse...

Okay, c'est écrit à l'emporte-pièce et les hasards sont faciles pour animer l'intrigue. Vu le format du fascicule vendu quatre francs, on peut supposer que Malet n'avait pas le temps de fignoler. Mais on retrouve le célèbre reporter de Manhattan avec grand plaisir. 

Voir les commentaires

Sang futur - Kriss Vilà

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Punks not dead : Sang futur, de Kriss Vilà.

 

Il est des auteurs dont on ne parle pas assez. C’est curieux, parce qu’ils ont beaucoup plus de talent que la plupart de leurs petits camarades. Mais peut-être que c’est justement à cause de ça qu’on ne parle pas assez d’eux, allez donc savoir. Ou alors parce qu’il est impossible de les ranger dans les jolies petites cases bien polies-policées du roman policier. Christian Vilà est de ceux-là. Certes, l’homme n’a pas sévi que dans le Polar, loin s’en faut. Seulement il a écrit Sang futur. Et ce livre aurait dû tout changer. Comme Tueurs de flics et Dobermann ont tout changé pour Fajardie et Houssin. Ce même Houssin en compagnie duquel Christian Vilà dirigeait l’anthologie Banlieues rouges en 1976. Comme par hasard…

 

Sang futur, resurgi chez l’éditeur Moisson Rouge en 2008, a été balancé à l’origine tel un pavé dans la mare en 1977. Ça ne s’invente pas. Mais l’image du pavé n’est pas bonne. Pas assez forte. Car ce roman, c’est une grenade. Dégoupillée. 150 pages de nihilisme, d’ultraviolence, de libertés formelles et de transgressions tous azimuts. Comme si Burroughs et Sid Vicious avaient décidé d’écrire un Polar à quatre mains. Une absence totale de concession érigée en profession d’anti-foi. La horde sauvage passée à la moulinette punk.

 

Le White Spirit Flash Club : Dickkie La Hyène le tueur de flics. El Coco Kid l’écrivain punk. Sarah le trave et sa croix gammée tatouée entre les jambes. Et Skinny, Momort, Kitty, Totenkopf. Tous des PUNKS. En face, la Punaise. Le flic. Au milieu, la Rage. Et la neige, partout. Dans les rues et dans les veines. Une neige qui va se teinter de rouge.

 

Vous en avez marre des Polars à papa embourgeoisés, servis tièdes après le cigare et le pousse-café ? Des Thrillers à quota de violence domestiquée, tout juste bons à faire frissonner les ménagères ménopausées ? Alors Sang futur est fait pour vous. Kriss Vilà a su y saisir toute l’urgence du Punk, et il l’a restituée telle quelle. Sans l’aseptiser, sans l’embellir, dans toute son outrance et sa flamboyance suicidaires. Toute l’essence d’une contre-culture concentrée dans un roman aux allures de cocktail Molotov. Plus qu’à craquer l’allumette…

 

Parce que si ce brûlot peut être considéré comme un témoignage, presque un reportage pris sur le vif, il n’a aujourd’hui rien perdu de sa force. Il se dit d’un certain Poulpe que « pour l’attendrir, faut taper dessus ». Le White Spirit Flash Club, c’est pareil, mais en pire. On n’abat pas des enragés avec des balles en caoutchouc.

 

Des romans Noirs, il se trouve que j’en ai lu quelques-uns. Mais rares sont ceux qui m’ont autant marqué que ce livre de Kriss Vilà. Quand j’ai découvert Sang futur il y a vingt ans, j’ai eu l’impression d’un shoot, d’un électrochoc. Mais en me replongeant dedans en 2016, je réalise que l’empreinte qu’il avait laissée était plus profonde. Et définitive. Comme un tatouage, ou une scarification. La marque était celle du fer rouge.

 

En 1977, Sang futur ressemblait à une déclaration de guerre. Presque quarante ans plus tard, c’est toujours le cas. Bizarrement, ce roman n’a pas été condamné à l’Enfer de la bibliothèque nationale. Même les inquisiteurs du politikement korrekt n’ont pas osé y toucher. Alors profitez-en et mangez pendant que c’est chaud.

 

Stephen King a eu un jour ces mots : « J’ai vu le futur de l’horreur : son nom est Clive Barker ». Pour ma part, je dirai « J’ai vu le (no) futur du Polar : son nom est Kriss Vilà ».

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 179, mars / avril 2016.

Voir les commentaires

La dernière tombe - John Lange

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Peu de gens le savent, Michael Crichton (Jurassic Park, La sphère...) a publié des romans sous pseudonyme, entre 1966 et 1972, pour financer ses études à Harvard. On va surtout s'intéresser à celui de John Lange et la bonne idée de Robert Laffont de publier deux bouquins traduits avec couverture d'origine (collection Pulp Fiction).

Je ne vais pas vous mentir, l'illustration est accrocheuse mais n'a rien à voir avec l'intrigue. Barnaby, un égyptologue, découvre l'existence de la tombe d'un pharaon, en traduisant des hiéroglyphes. Demeurée inviolée depuis trois mille ans, il imagine le somptueux trésor qui doit se trouver dans la chambre funéraire. Il s'entoure d'une petite équipe (dont le journaliste Pierce qui devient le cerveau de la bande) et établit un plan d'action. Ils dressent un campement dans le désert et cherchent le lieu du tombeau durant des mois, tout en menant des fouilles officielles en parallèle pour tromper les autorités égyptiennes.

C'est bien écrit, la documentation remarquable et les personnages sont savoureux. Seul bémol, ça manque de vivacité et d'action. Ce livre de 1968 a la saveur d'un roman d'espionnage à l'ancienne sans les épices et le piquant. Néanmoins, on ne s'ennuie pas une seconde car le style intelligent de l'auteur parvient à embarquer le lecteur. Lange prend le temps de poser ses effets, surtout lors de la période de recherches. Pourtant, je préfère largement la gouaille d'un Charles Williams et la noirceur d'un Jim Thompson. John Lange, c'est plutôt pour le dessert.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>