Midget Rampage / Ravageuse - Partie 2

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Midget Rampage / Ravageuse - Partie 2

Ravageuse/ Midget rampage : Patron, un autre !

Comme je l’indiquais lors de ma chronique de Midget Rampage, il arrive que Le Carnoplaste mette les bouchées doubles, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs gourmands – et inconscients. Parce que je rappellerai quand même au passage que « Carnoplaste » signifie « sculpteur de chair »… Alors si jamais en ouvrant ce beau fascicule vous entendez la voix de Robert Darvel vous murmurer à l’oreille un suave : « Et maintenant je vais vous injecter une double dose, ne vous inquiétez pas, au début ça fait un peu mal mais c’est bon pour ce que vous avez », ne venez pas vous plaindre.

Nullement intimidée par son voisinage avec le tumultueux Julian C. Hellbroke, l’énigmatique Irène Maubreuil délivre quant à elle avec Ravageuse rien moins qu’un « Western subaquatique » ! Un cadre original et haut en couleur, planté de façon spectaculaire à l’aide de force descriptions baroques, dans lequel s’épanouissent Asiates Troglodytes Amphibies, pistoleros crasseux et autres filles de joie au nez davantage poudré à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais le mal rôde autour de Rain Bluff, et les étranges créatures mutantes peuplant l’océan vertical aux confins du Desert Tide ne sont pas forcément les plus dangereuses.

Une sombre confrérie d’encagoulés semble exercer une maléfique emprise sur les habitants de la petite ville, et la plantureuse Lady Godiva, un peu trop à l’écoute des fidèles clients qui défilent dans son lit chaque soir, va en faire l’amère et terrible expérience…Car c’est bel et bien de Rape and revenge qu’il s’agit ici, avec toute la barbare cruauté que ce terme induit, et si l’on apprécie le talent de l’auteur pour croquer une galerie de personnages tout droit sortis d’un film de Sergio Corbucci, c’est pour mieux être estomaqué par l’effroyable violence dont certains d’entre eux se rendent coupables.

Un peu comme si les « acteurs » d’Irène Maubreuil, après avoir tourné dans le crépusculaire Retour de Ringo, avaient directement enchaîné avec le tétanisant Day of the woman, de Meir Zarchi ! Un mélange des genres particulièrement efficace et explosif, culminant à la fin du premier acte par une scène déchirante – et c’est vraiment le cas de l’écrire – mettant sans vergogne le lecteur face à son seuil de tolérance…

Ne cherchez pas pour autant dans Ravageuse une réponse à l’épineuse question « le Rape and revenge est-il un genre crapuleux ou féministe ? ». Irène Maubreuil n’est pas là pour donner une leçon, mais pour raconter une histoire divertissante, et elle le fait avec une verve si pétillante que, sans jamais oublier de traiter son sujet avec un sérieux imperturbable, elle parvient à maintenir le cap sur son objectif principal. La deuxième partie de l’ouvrage, consacrée au thème de la vengeance, offre d’ailleurs le salutaire exutoire de rigueur en pareilles circonstances, car Lady Godiva y revient d’entre les morts pour un « Et on tuera tous les affreux » pétulant et inventif. En effet, transcendant son sujet, l’auteur convoque en un feu d’artifice réjouissant tout un bestiaire bigarré de créatures mutantes donnant à son récit une couleur fantastique bienvenue.

Voilà donc deux récits passionnants de bout en bout, à la fois différents et complémentaires, qui prouvent une nouvelle fois l’extraordinaire vitalité du catalogue de Robert Darvel. Reste à espérer que ce cover to cover en appellera d’autres, car le format du fascicule – équivalent, non pas à une longue nouvelle, mais à un court roman – se prête à merveille à cet exercice. Dans l’immédiat, si vous avez aimé Garbage Rampage, mais aussi la trilogie de la vengeance de l’excellent Park Chan-Wook, je ne saurais trop vous conseiller de découvrir les sanglantes odyssées du nain Nelson et de la prostituée mutilée Lady Godiva. Chez TRASH tout comme au Carnoplaste, les minorités sont bien représentées et, qu’on se le dise, elles ne sont pas venues pour gonfler les quotas ou faire de la figuration !

Lire la chronique de Zaroff pour Ravageuse !

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Bayou par Sangore

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Chronique de Sangore, postée sur le forum ULTRAGORE. Merci à lui.

"Avec Bayou, nous retrouvons Zaroff, l’auteur de Night Stalker (TRASH n° 6). L’histoire est toujours située aux USA, mais après la Californie, place à la Louisiane.Burt, un policier de La Nouvelle Orléans, est envoyé à Crooked Bayou, bled isolé cerné par les marais, afin d’y remplacer le shérif local qui a été retrouvé assassiné. Il va se rendre compte qu’il s’y trame de sales choses…

Zaroff nous plonge dans un univers décadent qui sent le sperme, le sang et les émanations putrides des marais. Dans cette atmosphère poisseuse, se côtoient magie vaudou, Ku Klux Klan et pratiques sexuelles déviantes allant de l’inceste à la zoophilie. Avec sa galerie de personnages truculents, comme la peu farouche adjointe du shérif, Milly « Handjob » Jammes, un cul-de-jatte chasseur de crocodiles, une prêtresse vaudou aveugle, un nain Black aimant copuler avec sa maman, un braconnier enculeur de ratons laveurs,… On sent que la haine raciale, qui y est vive, est comme une poudrière sur le point de tout faire exploser. Le bayou est un excellent choix de décor pour servir de toile de fond à ces passions exacerbées, à ces antagonismes, à ces mystères. Isolé de la civilisation, l’endroit constitue une planque idéale pour tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher, pour les dégénérés de toutes sortes. C’est crasseux, moite, dangereux. Le bayou avale les âmes…

Le début est archétypal du récit d’aventure : un héros solitaire survole un paysage « hostile » à bord d’un vieux coucou en bout de vie piloté par un baroudeur pas très net. La suite sera, on l’aura compris, beaucoup plus trash qu’une classique histoire d’aventure. Le métier du personnage principal laisse à penser qu’on aura une dimension « enquête », donc policière, importante. Or, c’est là qu’intervient une certaine frustration : l’enquête espérée ne démarre jamais vraiment de manière systématique ; le nouveau shérif a trop de longueurs de retard. Par ailleurs, quelques rebondissements/révélations nous ont un peu déçu. Ce qui fait qu’entre les deux Zaroff, on a une légère préférence pour Night Stalker. Ceci dit, Bayou possède plus d’un atout pour séduire l’amateur du genre, entre son décor principal, ses personnages et ses moments trash d’anthologie (dont l’enculage ritualisé de raton laveur, décrit minutieusement…).

Pour terminer sur une note définitivement rouge sang, on ne résiste pas à l’envie de partager la belle vision gore suivante :
« En entrant dans la chambre, Hawkins eut la nausée. Du sol au plafond, la pièce était baignée de sang et une chose difforme allongée en tas sur le lit ressemblait à une termitière putride. Le flic se recula et vomit sur la moquette. Il n’avait jamais rien vu d’aussi horrible durant sa longue carrière à la Criminelle de New Orléans. Ce qui ressemblait à un corps avait été tailladé à la machette et celle-ci était plantée sur l’amas de chairs sanguinolentes, comme un vestige d’Excalibur » (p. 133)."

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Carnage - Crazy Farmer

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Carnage - Crazy Farmer

Si vous aviez aimé "Pleine lune" (de Yvo, numéro 16), ce livre est fait pour vous. Un survival champêtre bien speed, cradingue et nauséeux, mélange de Wolf Creek et I Spit On Your Grave. Toute l'intrigue se déroule sur une journée, ce qui permet une lecture vive, rapide et enjouée. Deux lesbiennes citadines fraîchement mariées achètent une ruine au fond des Ardennes, pour une bouchée de pain. Profitant de l'esprit salace de l'agent immobilier, elles jouent de leurs charmes naturels pour gratter une ristourne sur le prix de vente. Mais le jeu de séduction vire au cauchemar car le commercial s'écroule, victime d'un arrêt cardiaque. Affolées (et l'esprit un peu tordu, forcément), elles décident de découper le cadavre encore chaud et de l'enterrer dans le champ.

C'est alors qu'un agent venu raccorder le réseau électrique vient pointer le bout de son nez. Et tout s'enchaîne dans une suite morbide. Les deux gonzesses ne sont plus à un meurtre près. C'est sans compter sur trois frangins dégénérés aussi puants que leurs porcs. L'auteur part dans un délire complet, jouissif à lire. Les scènes visuelles délirantes (je pense au sexe tranché) se mélangent aux actes violents et sordides. Tout le monde va en prendre pour son grade, animaux compris.

C'est donc sans réserve que je vous conseille ce dix-neuvième opus de la collection TRASH. Perso, je l'ai lu en deux séances. Et encore, je me suis forcé à ne pas le dévorer d'une seule traite. Sans doute à cause de mon esprit vicelard.

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Midget Rampage / Ravageuse - Partie 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Midget Rampage / Ravageuse - Partie 1

Midget Rampage/ Ravageuse : Patron, un double !

Selon mes sources, il existerait encore en France des gens qui ne connaissent pas Le Carnoplaste. C’est très surprenant. Car cette remarquable maison d’édition dirigée de main de maître par le tueur de pintades Robert Darvel est spécialisée dans les fascicules à l’ancienne. Un format inhabituel, qui pourrait suffire à la distinguer du reste de la production hexagonale. Mais ce n’est pas tout. Car il n’y a pas que la taille qui compte.

Il y a la qualité, aussi, comme le prouve un catalogue riche d’une quarantaine de titres, dont se distingue ce volume deux fois plus dodu que ses petits camarades. Et pour cause. Il s’agit en effet d’un cover to cover conçu selon le principe du double programme cher aux salles de cinéma d’exploitation et autres drive-in américains. Deux auteurs mystérieux, deux récits indépendants unis par un thème commun (ici celui du Rape and revenge) pour un seul et même ouvrage paré de deux magnifiques couvertures réalisées par Francisco Varon et Christophe Swal : en résumé, deux fois plus de tout, et s’il y en a un peu plus, Le Carnoplaste vous le met quand même.

Honneur aux hommes (le sexisme ne passera pas par moi), commençons par examiner Midget Rampage, dû au désormais fameux… Julian C. Hellbroke. Oui, le Julian C. Hellbroke auteur de Garbage Rampage chez TRASH Éditions. Nous y voilà. Midget Rampage, le nain au costume de sang narre donc par le menu (hmm…) et comme son titre complet le suggère les trépidantes aventures d’un sympathique avorton, mascotte d’une équipe de football américain qui, non content d’avoir découvert l’ampleur de la corruption gangrénant sa ville, va se mettre en tête de la combattre. Bien entendu, notre mini-héros va avoir affaire à forte partie, sinon ce ne serait pas drôle, et son parcours ô combien accidenté le verra souffrir mille morts, infligées par médecin nazi argentin et autres tueurs à gages cannibales…

Rythmé par des séquences d’action au découpage exemplaire et à l’enthousiasme communicatif, Midget Rampage ressemble ainsi à un catalogue de tout ce qui fait le piment du cinéma de mauvais genre : ultraviolence de bon aloi, méchants sadiques et charismatiques, héros iconique et, en guise de cerise sur ce gâteau déjà bien appétissant, une pincée d’érotisme, grâce à quelques jolies scènes d’une délicieuse gratuité. Dans une ambiance de Slasher mâtiné de polar urbain judicieusement typée 80’s, l’auteur développe avec générosité un « Betrayal, torture and revenge » plus grand que nature, et rend un hommage sincère aux acteurs nains Weng Weng et Nelson de la Rosa (inoubliable interprète de Ratman), allant jusqu’à donner le doux prénom de ce dernier à sa mascotte justicière.

Si la tonalité d’ensemble reste délibérément généreuse, festive et gore, ces outrances n’empêchent en rien le lecteur de s’attacher à l’infortuné Nelson. Le parti pris « Mon nain, ce héros » était risqué, mais Julian C. Hellbroke relève le défi haut la main en trouvant un judicieux équilibre entre trash (déjà) et émotion. En effet, l’auteur réussit la prouesse de réaliser un pur bouquin d’exploitation jonglant avec les codes populaires les plus tapageurs, sans jamais se vautrer dans le voyeurisme condescendant ni dans le cynisme post-moderne.

Le tout étant rédigé d’une manière extrêmement visuelle et dynamique, qui n’est pas sans rappeler le style enlevé des deux Green Tiburon déjà parus chez le même éditeur, on ne peut que souscrire à cette vibrante déclaration d’amour à l’égard du cinéma d’exploitation, doublée d’un pertinent plaidoyer pour la différence. Précisons enfin que Midget Rampage, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, n’est pas une préquelle de Garbage Rampage. Ce sont deux récits bien distincts, même s’ils ont pour point commun de restituer avec brio l’ambiance des vidéoclubs d’antan. En termes clairs, les « Rampage » de Julian C. Hellbroke, c’est du vrai Pulp dans le texte. Ni plus, ni moins. Mais c’est déjà beaucoup.

Lire la chronique de Zaroff pour Midget Rampage !

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Puzzle - Franck Thilliez

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Puzzle - Franck Thilliez

Un bouquin vraiment bien foutu. Un scénario incroyable qui rappelle le film "The game" par son aspect tortueux et labyrinthique sous fond d'enfer de Dante. Deux joueurs de jeux de rôle se retrouvent immergés dans Paranoïa, une mission aux multiples indices dont le gagnant recevra 300 000 euros. Après des tests et des énigmes, Ilan et Chloé sont sélectionnés pour entrer dans le jeu, parmi six autres candidats.

Ils se retrouvent enfermés dans un hôpital psychiatrique désaffecté au cœur des montagnes. Chacun reçoit des consignes pour progresser ou bouffer. Les règles machiavéliques rendent une atmosphère pesante parmi les joueurs, suspicion, manipulation... tout est bon pour écraser l'autre. Bientôt des troubles mentaux apparaissent parmi eux, qui est qui ? Le scénario est impitoyable et on dévore ce bouquin en quelques heures.

Vu que je suis un enfoiré de première, je peux émettre des réserves. Malgré ses indéniables qualités, le lecteur averti jugera la trame, un sourire aux lèvres. Il n'a pas la force d'un "Cube" de Vincenzo Natali et encore moins la puissance de feu d'un "Shutter Island" de Dennis Lehane. On entrevoit assez vite les tenants et aboutissements de l'intrigue, même si les nombreuses pistes désorientent le lecteur avec aisance. En gros, c'est un excellent livre qui peut marquer les esprits, mais qui ne tient pas la palme du genre.

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Silhouettes de mort sous la lune blanche - Kââ

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Silhouettes de mort sous la lune blanche - Kââ

Sur la trace du serpent : Silhouettes de mort sous la lune blanche, de Kââ.

Trente ans se sont écoulés depuis la parution de ce roman. Et douze depuis la disparition de son auteur. Cet auteur, c’était Pascal Marignac, professeur de philosophie et écrivain noir et rouge. Pascal Marignac, alias Kââ, aussi connu sous les pseudonymes de Corsélien et Béhémoth, pour cinq romans effroyables et hallucinés publiés dans les collections Gore et Maniac entre 1987 et 1990. Assez pour laisser une empreinte indélébile dans l’esprit des amateurs. Assez pour que certains, comme votre serviteur, considèrent ces brûlots comme autant de pépites, et celui qui les a écrits comme l’un des tout meilleurs contributeurs du genre. Et comme un très grand écrivain tout court.

En effet, Pascal Marignac, avant d’accepter de se dédoubler pour servir la cause de la littérature qui tache comme nombre d’auteurs du Fleuve Noir (Jean Mazarin/Nécrorian, Eric Verteuil, Joël Houssin, G.J. Arnaud), avait déjà signé une demi-douzaine de romans noirs. Silhouettes de mort sous la lune blanche fut ainsi le premier d’une série de quinze livres parus en l’espace d’autant d’années. Et d’emblée il posait les bases de ce qui allait devenir une véritable marque de fabrique. La fosse était creusée, il n’y avait plus qu’à y balancer les corps.

Un anti-héros, une fuite en avant marquée par la violence et les tueries, une société pourrie de l’intérieur, un climat de méfiance obsessionnelle (chez Kââ, personne n’est dupe), l’ombre de la trahison qui rôde et le poids d’un implacable destin qui toujours viendra écraser indistinctement coupables et victimes – à supposer que le statut de victime existe dans les romans de Pascal Marignac, ce qui n’est pas certain. Avec un style tout en ruptures, des phrases courtes et sèches, et de loin en loin un zeste d’ironie afin de pimenter l’angoisse.

Car malgré tout, Kââ aura quand même épargné un de ses personnages durant son parcours semé de cadavres littéraires. Le tueur dandy et anonyme « Monsieur Cinquante » interviendra dans sept de ses romans. Mais il ne faut pas y voir une volonté de se raccrocher à la notion de « héros récurrent ». La figure de « Monsieur cinquante » n’est pas là pour rassurer ni pour faciliter l’identification. L’homme est un mercenaire, et il exécute ses contrats avec talent mais sans états d’âme. Tout comme son créateur écrit ses livres.

En fait, Kââ pourrait presque ressembler à un chaînon manquant entre Manchette et Ellroy. La même sécheresse, la même âpreté, la même plume affûtée comme un scalpel pour produire ce doux Bruit crissant du rasoir sur les os, la même justesse de ton, la même rigueur impitoyable, mais… Sans la conscience politique du premier, et avec les cauchemars nihilistes du second. Kââ, c’est la terrible acuité d’une intelligence farouche percutée de plein fouet par l’individualisme désespéré des années 80. Kââ, c’est ce qui reste quand il n’y a plus rien. Le froid baiser du serpent. Le regard noir d’un .357 Magnum pointé sur vous.

Bien sûr, rien ne vous oblige à me faire confiance. Voilà pourquoi je me permets de conclure cette chronique par les propos d’un certain Serge Brussolo. L’année où Pascal Marignac a disparu, l’auteur du Chien de minuit et de Conan Lord occupait les fonctions de directeur de collection aux éditions du Masque. Et il avait pris la décision de rééditer Petit renard, de Kââ. Voici la dernière phrase de sa préface au roman : « Saisissez aujourd’hui la chance qui vous est offerte, loin des battages médiatiques, découvrez enfin LE meilleur auteur de roman noir de ces vingt dernières années. »

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 172, janvier / février 2015.

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Le secret de Crickley Hall - James Herbert

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le secret de Crickley Hall - James Herbert

J'aime toujours me replonger dans un bon bouquin du regretté James Herbert. Depuis la découverte de sa fameuse trilogie des Rats (qu'il faudra que je relise un jour d'ailleurs), j'ai toujours suivi cet auteur avec fidélité. Dans ce gros pavé de 564 pages, on retrouve un thème récurrent de cet écrivain britannique : la maison hantée. Un ingénieur et sa famille (une femme, deux filles et un chien) louent une vieille demeure dans le Devon. La bâtisse est austère, froide et sinistre. Inhabitée depuis longtemps, ils pénètrent dans la maison... même si leur chien semble effrayé à l'idée de franchir le seuil.

Peu à peu, des événements étranges surviennent dans la nuit. Un placard qui grince, la porte de la cave qui s'ouvre sans arrêt, des flaques d'eau sur le sol dallé. Herbert prend le temps de poser une angoisse qui enfle au fil des 81 chapitres. Percy, le jardinier du lieu, raconte la tragédie de cet endroit. En 1943, une gigantesque inondation due à une tempête dévasta le village de Hollow Bay et onze orphelins évacués dans cette maison nommée Crickley Hall périrent. Gabe (le père) trouve un singulier Livre des Châtiments, une canne et une vieille photographie planqués derrière la cloison d'un placard. Les Cribben, tuteurs des orphelins à l'époque, faisaient subir des punitions insoutenables aux enfants.

Eve, la mère de famille, se remet très mal de la disparition de leur fils Cameron, survenue un an auparavant. Dans les apparitions qui envahissent ses rêves, elle pense reconnaître un signe de son fils. Est-il encore vivant ? Voulant connaître la vérité, elle fait appel à Lili Peel, une médium locale.

Certes ce bouquin possède quelques longueurs, mais l'intrigue est formidablement menée. On frissonne en découvrant les lambeaux du terrible secret qui hante les murs de Crickley Hall. Une série TV de trois épisodes datant de 2012 adapte ce roman.

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GORE, seconde partie

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

GORE, seconde partie

Color me blood red : Les Anglo-Saxons de la collection Gore.

Je disais dans mon précédent article que les meilleurs romans de la collection Gore avaient été écrits par des Français. Et je n’ai pas changé d’avis. Mais ça ne signifie pas pour autant que les nombreux contributeurs Anglo-Saxons sont tous à jeter à la poubelle. Loin s’en faut.

Véritable exception anti-culturelle française (au moment du lancement de la série, l’adjectif « gore » s’appliquait uniquement au cinéma, la littérature anglo-saxonne du genre étant labellisée « horror »), la collection Gore se positionna dès ses débuts comme une héritière du Grand-Guignol, théâtre de l’excès et du grotesque. Soit une jolie manière de perpétuer une tradition en perpétrant de nouveaux crimes. Mais ça ne suffisait pas à Daniel Riche, qui offrit en outre un prolongement littéraire aux horreurs pelliculées de H.G. Lewis (loué soit le père fondateur) et autres G.A. Romero (Papy zombie nous enterrera tous), les novellisations de Blood feast et La nuit des morts-vivants figurant parmi les premiers titres édités.

Autant être clair : ces bouquins sont loin d’être exceptionnels (ce qui n’empêchera pas ce vieux brigand de John Russo de signer deux suites au cycle des morts-vivants). Shaun Hutson présente en revanche un profil beaucoup plus intéressant. Ce prolifique auteur anglais au style sec et frontal fut un des plus importants contributeurs de la collection, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Huit romans en tout, parmi lesquels La mort visqueuse 1 et 2 (une suite s’imposait, tant il paraît en effet impossible de faire le tour d’un tel sujet en un seul livre), La tronçonneuse de l'horreur (sous le pseudonyme de Nick Blake) et Erèbe, ou les noirs pâturages (seul hors-série grand format de la collection).

Tout un programme, n’est-ce pas. Et ce n’est pas tout. Car il faut aussi mentionner Richard Laymon, auteur de six romans on ne peut plus honorables. Une belle constance, même s’il convient d’admettre que divers titres ont souffert de traductions plus ou moins élaguées (sans doute l’effet « tronçonneuse de l’horreur », de l’ami Shaun Hutson). Plus sérieusement (entre guillemets) : il est exact que pour satisfaire au calibrage de la collection Gore, certains ouvrages étaient parfois expurgés de leurs passages trop « littéraires » – un comble !

« Le bois des ténèbres est un excellent roman mais le lecteur français a dû éprouver quelques difficultés pour s'en rendre compte. En effet, l'impératif des 250 000 signes m'a contraint à le couper dans des proportions beaucoup trop importantes, et je regrette d'avoir agi ainsi. Cela reste un bon livre, mais on est quand même loin de la version originale ». Daniel Riche, in Le bel effet Gore, de Jean-Philippe Mochon.

Un cas extrême, mais hélas pas isolé, comme on a pu s’en apercevoir avec La cave aux atrocités, qui a doublé de volume lors de sa réédition (sous le titre La cave) chez Milady en 2009. Reste que les autres livres de Richard Laymon parus dans la collection Gore, s'ils furent aussi adaptés aux standards maison, demeurent tout à fait recommandables en l'état.

L’exemple du terrible Jack Ketchum (aimablement surnommé « ketchup » par ses nombreux admirateurs/détracteurs) est assez similaire. Lui aussi fut révélé en France par la collection Gore, mais ses deux – très bons – romans Cache-cache effroyable et Saison de mort sont eux aussi parus dans des versions tronquées. Une édition intégrale du second (là encore, deux fois plus longue que l’originale) a été publiée chez Bragelonne en 2008 sous le titre Morte saison. L’occasion de vérifier pourquoi Stephen King a déclaré qu’il tenait cet auteur pour « le deuxième plus important écrivain américain vivant, derrière Cormac McCarthy »…

Voilà pour ce rapide tour d’horizon en deux parties. Certains regretteront peut-être qu’une collection aussi audacieuse et comptant autant d’auteurs marquants se soit fait massacrer par la critique à ses débuts. Mais en définitive, c’est assez logique : le Gore choque, perturbe, dérange. Or n’oublions pas que la plupart de ces chroniques négatives émanaient des très officielles « sommités » du Polar et de la SF. Un peu comme si on avait demandé à des pisse-copies de Première ou de Studio de présenter Nekromantik ou Guinea Pig. Heureusement, la tendance s'inverse depuis une dizaine d’années, grâce à quelques blogueurs et fanzineux acharnés, plus compétents et mieux armés pour œuvrer à la reconnaissance des mauvais genres que nous défendons ici. Merci à eux et pourvu que ça dure.

Cet article est dédié à Gary Brandner, parti rejoindre le pays des ombres le 22 septembre 2013 à l'âge de 80 ans. Il était l'auteur de la trilogie Hurlements (Gore numéros 50, 65 et 84), mais aussi de La féline, de Carrion (J'ai lu Épouvante) et de Massacres d'outre-tombe (Maniac). Que les cris de ses lycanthropes efflanqués ne viennent pas troubler son sommeil éternel.

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L'ogre de Rostov - Robert Cullen

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

L'ogre de Rostov - Robert Cullen

Pour changer un peu des romans, voici un livre documentaire retraçant une enquête qui dura huit ans. Huit ans à traquer un véritable monstre : Andreï Tchikatilo, responsable de 53 victimes dont la plupart furent des enfants. Les enquêteurs pensent très vite à un tueur en série car le mode opératoire est souvent le même : cadavres laissés dans des forêts, éventrations, coups de couteau dans les orbites oculaires, mutilations...

C'est une plongée passionnante dans le cœur de la Russie des années 80. L'auteur décrit les mœurs, les tares politiques, l'éducation pitoyable, les internés, les femmes à la "vie sexuelle désordonnée", les homosexuels, les paysans et les difficultés techniques et matérielles au sein de la police. Mais deux officiers ne lâcheront jamais l'affaire : Fetissov et Bourakov. L'auteur a l'intelligence de comprendre pourquoi et comment de tels tueurs assassinent dans l'indifférence générale de la Russie finissante. Ce serait trop facile de les prendre comme de simples tarés et le tour est joué ! Ce n'est pas si simple et Robert Cullen nous offre un livre marquant, pertinent sur la traque, l'arrestation, le profil de Tchikatilo et son procès. Je vous encourage à lire ce livre pour aborder le profil psychologique de l'Ogre de Rostov et apprécier tous les aspects d'une société à la dérive qui engendre des criminels impitoyables (à savoir que le crime n'existait pas officiellement à l'époque ; c'était uniquement réservé aux pays capitalistes !).

Pour prolonger cette lecture, vous pourrez également vous rabattre sur deux films qui reprennent les éléments factuels et la folie de ce personnage : Citizen X (Chris Gerolmo, 1995) et Evilenko (David Grieco, 2004). Sans oublier le roman "Enfant 44" de Tom Rob Smith (adapté aussi au cinéma) paru en 2008.

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Corps et liens, tome 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Corps et liens, tome 1

Artikel Unbekannt und Schweinhund proudly present :

Kââ/Corsélien
Noire 89. Corps et liens (Tome 1)
ISBN-13: 978-1-61227-550-5
392 pages - 25 euros

Illustration: Mandy

Trois classiques de l'horreur réédités en version intégrale pour la première fois depuis 1988 :

L'ÉTAT DES PLAIES
Adjudant de gendarmerie, Eric Le Hideux enquête sur une série d'assassinats perpétrés dans la campagne de l'Aubrac. Deux femmes et un homme en seraient les coupables. Et ils sont accompagnés de loups-cerviers...

BRUIT CRISSANT DU RASOIR SUR LES OS
Un jeune médecin de campagne, Christophe, se trouve aux prises avec un groupe de séminaristes fous. Dans le même temps, un maniaque s'amuse à massacrer des femmes en leur arrachant les organes génitaux...

RETOUR AU BAL, À DALSTEIN
Professeur dans un collège de Metz, Romain Kuansky tombe sous le charme trouble d'une élève de quatorze ans. En parallèle, des meurtres atroces sont commis dans la nature lorraine. L'arme des crimes : un lance-flammes...

Plus une préface de Artikel Unbekannt, une présentation des trois romans par David Didelot, une interview de Corsélien et une nouvelle de Schweinhund.

LIEN D'ACHAT SUR LE SITE DE RIVIÈRE BLANCHE !

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