Silhouettes de mort sous la lune blanche - Kââ

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Silhouettes de mort sous la lune blanche - Kââ

Sur la trace du serpent : Silhouettes de mort sous la lune blanche, de Kââ.

Trente ans se sont écoulés depuis la parution de ce roman. Et douze depuis la disparition de son auteur. Cet auteur, c’était Pascal Marignac, professeur de philosophie et écrivain noir et rouge. Pascal Marignac, alias Kââ, aussi connu sous les pseudonymes de Corsélien et Béhémoth, pour cinq romans effroyables et hallucinés publiés dans les collections Gore et Maniac entre 1987 et 1990. Assez pour laisser une empreinte indélébile dans l’esprit des amateurs. Assez pour que certains, comme votre serviteur, considèrent ces brûlots comme autant de pépites, et celui qui les a écrits comme l’un des tout meilleurs contributeurs du genre. Et comme un très grand écrivain tout court.

En effet, Pascal Marignac, avant d’accepter de se dédoubler pour servir la cause de la littérature qui tache comme nombre d’auteurs du Fleuve Noir (Jean Mazarin/Nécrorian, Eric Verteuil, Joël Houssin, G.J. Arnaud), avait déjà signé une demi-douzaine de romans noirs. Silhouettes de mort sous la lune blanche fut ainsi le premier d’une série de quinze livres parus en l’espace d’autant d’années. Et d’emblée il posait les bases de ce qui allait devenir une véritable marque de fabrique. La fosse était creusée, il n’y avait plus qu’à y balancer les corps.

Un anti-héros, une fuite en avant marquée par la violence et les tueries, une société pourrie de l’intérieur, un climat de méfiance obsessionnelle (chez Kââ, personne n’est dupe), l’ombre de la trahison qui rôde et le poids d’un implacable destin qui toujours viendra écraser indistinctement coupables et victimes – à supposer que le statut de victime existe dans les romans de Pascal Marignac, ce qui n’est pas certain. Avec un style tout en ruptures, des phrases courtes et sèches, et de loin en loin un zeste d’ironie afin de pimenter l’angoisse.

Car malgré tout, Kââ aura quand même épargné un de ses personnages durant son parcours semé de cadavres littéraires. Le tueur dandy et anonyme « Monsieur Cinquante » interviendra dans sept de ses romans. Mais il ne faut pas y voir une volonté de se raccrocher à la notion de « héros récurrent ». La figure de « Monsieur cinquante » n’est pas là pour rassurer ni pour faciliter l’identification. L’homme est un mercenaire, et il exécute ses contrats avec talent mais sans états d’âme. Tout comme son créateur écrit ses livres.

En fait, Kââ pourrait presque ressembler à un chaînon manquant entre Manchette et Ellroy. La même sécheresse, la même âpreté, la même plume affûtée comme un scalpel pour produire ce doux Bruit crissant du rasoir sur les os, la même justesse de ton, la même rigueur impitoyable, mais… Sans la conscience politique du premier, et avec les cauchemars nihilistes du second. Kââ, c’est la terrible acuité d’une intelligence farouche percutée de plein fouet par l’individualisme désespéré des années 80. Kââ, c’est ce qui reste quand il n’y a plus rien. Le froid baiser du serpent. Le regard noir d’un .357 Magnum pointé sur vous.

Bien sûr, rien ne vous oblige à me faire confiance. Voilà pourquoi je me permets de conclure cette chronique par les propos d’un certain Serge Brussolo. L’année où Pascal Marignac a disparu, l’auteur du Chien de minuit et de Conan Lord occupait les fonctions de directeur de collection aux éditions du Masque. Et il avait pris la décision de rééditer Petit renard, de Kââ. Voici la dernière phrase de sa préface au roman : « Saisissez aujourd’hui la chance qui vous est offerte, loin des battages médiatiques, découvrez enfin LE meilleur auteur de roman noir de ces vingt dernières années. »

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 172, janvier / février 2015.

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Le secret de Crickley Hall - James Herbert

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le secret de Crickley Hall - James Herbert

J'aime toujours me replonger dans un bon bouquin du regretté James Herbert. Depuis la découverte de sa fameuse trilogie des Rats (qu'il faudra que je relise un jour d'ailleurs), j'ai toujours suivi cet auteur avec fidélité. Dans ce gros pavé de 564 pages, on retrouve un thème récurrent de cet écrivain britannique : la maison hantée. Un ingénieur et sa famille (une femme, deux filles et un chien) louent une vieille demeure dans le Devon. La bâtisse est austère, froide et sinistre. Inhabitée depuis longtemps, ils pénètrent dans la maison... même si leur chien semble effrayé à l'idée de franchir le seuil.

Peu à peu, des événements étranges surviennent dans la nuit. Un placard qui grince, la porte de la cave qui s'ouvre sans arrêt, des flaques d'eau sur le sol dallé. Herbert prend le temps de poser une angoisse qui enfle au fil des 81 chapitres. Percy, le jardinier du lieu, raconte la tragédie de cet endroit. En 1943, une gigantesque inondation due à une tempête dévasta le village de Hollow Bay et onze orphelins évacués dans cette maison nommée Crickley Hall périrent. Gabe (le père) trouve un singulier Livre des Châtiments, une canne et une vieille photographie planqués derrière la cloison d'un placard. Les Cribben, tuteurs des orphelins à l'époque, faisaient subir des punitions insoutenables aux enfants.

Eve, la mère de famille, se remet très mal de la disparition de leur fils Cameron, survenue un an auparavant. Dans les apparitions qui envahissent ses rêves, elle pense reconnaître un signe de son fils. Est-il encore vivant ? Voulant connaître la vérité, elle fait appel à Lili Peel, une médium locale.

Certes ce bouquin possède quelques longueurs, mais l'intrigue est formidablement menée. On frissonne en découvrant les lambeaux du terrible secret qui hante les murs de Crickley Hall. Une série TV de trois épisodes datant de 2012 adapte ce roman.

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GORE, seconde partie

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

GORE, seconde partie

Color me blood red : Les Anglo-Saxons de la collection Gore.

Je disais dans mon précédent article que les meilleurs romans de la collection Gore avaient été écrits par des Français. Et je n’ai pas changé d’avis. Mais ça ne signifie pas pour autant que les nombreux contributeurs Anglo-Saxons sont tous à jeter à la poubelle. Loin s’en faut.

Véritable exception anti-culturelle française (au moment du lancement de la série, l’adjectif « gore » s’appliquait uniquement au cinéma, la littérature anglo-saxonne du genre étant labellisée « horror »), la collection Gore se positionna dès ses débuts comme une héritière du Grand-Guignol, théâtre de l’excès et du grotesque. Soit une jolie manière de perpétuer une tradition en perpétrant de nouveaux crimes. Mais ça ne suffisait pas à Daniel Riche, qui offrit en outre un prolongement littéraire aux horreurs pelliculées de H.G. Lewis (loué soit le père fondateur) et autres G.A. Romero (Papy zombie nous enterrera tous), les novellisations de Blood feast et La nuit des morts-vivants figurant parmi les premiers titres édités.

Autant être clair : ces bouquins sont loin d’être exceptionnels (ce qui n’empêchera pas ce vieux brigand de John Russo de signer deux suites au cycle des morts-vivants). Shaun Hutson présente en revanche un profil beaucoup plus intéressant. Ce prolifique auteur anglais au style sec et frontal fut un des plus importants contributeurs de la collection, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Huit romans en tout, parmi lesquels La mort visqueuse 1 et 2 (une suite s’imposait, tant il paraît en effet impossible de faire le tour d’un tel sujet en un seul livre), La tronçonneuse de l'horreur (sous le pseudonyme de Nick Blake) et Erèbe, ou les noirs pâturages (seul hors-série grand format de la collection).

Tout un programme, n’est-ce pas. Et ce n’est pas tout. Car il faut aussi mentionner Richard Laymon, auteur de six romans on ne peut plus honorables. Une belle constance, même s’il convient d’admettre que divers titres ont souffert de traductions plus ou moins élaguées (sans doute l’effet « tronçonneuse de l’horreur », de l’ami Shaun Hutson). Plus sérieusement (entre guillemets) : il est exact que pour satisfaire au calibrage de la collection Gore, certains ouvrages étaient parfois expurgés de leurs passages trop « littéraires » – un comble !

« Le bois des ténèbres est un excellent roman mais le lecteur français a dû éprouver quelques difficultés pour s'en rendre compte. En effet, l'impératif des 250 000 signes m'a contraint à le couper dans des proportions beaucoup trop importantes, et je regrette d'avoir agi ainsi. Cela reste un bon livre, mais on est quand même loin de la version originale ». Daniel Riche, in Le bel effet Gore, de Jean-Philippe Mochon.

Un cas extrême, mais hélas pas isolé, comme on a pu s’en apercevoir avec La cave aux atrocités, qui a doublé de volume lors de sa réédition (sous le titre La cave) chez Milady en 2009. Reste que les autres livres de Richard Laymon parus dans la collection Gore, s'ils furent aussi adaptés aux standards maison, demeurent tout à fait recommandables en l'état.

L’exemple du terrible Jack Ketchum (aimablement surnommé « ketchup » par ses nombreux admirateurs/détracteurs) est assez similaire. Lui aussi fut révélé en France par la collection Gore, mais ses deux – très bons – romans Cache-cache effroyable et Saison de mort sont eux aussi parus dans des versions tronquées. Une édition intégrale du second (là encore, deux fois plus longue que l’originale) a été publiée chez Bragelonne en 2008 sous le titre Morte saison. L’occasion de vérifier pourquoi Stephen King a déclaré qu’il tenait cet auteur pour « le deuxième plus important écrivain américain vivant, derrière Cormac McCarthy »…

Voilà pour ce rapide tour d’horizon en deux parties. Certains regretteront peut-être qu’une collection aussi audacieuse et comptant autant d’auteurs marquants se soit fait massacrer par la critique à ses débuts. Mais en définitive, c’est assez logique : le Gore choque, perturbe, dérange. Or n’oublions pas que la plupart de ces chroniques négatives émanaient des très officielles « sommités » du Polar et de la SF. Un peu comme si on avait demandé à des pisse-copies de Première ou de Studio de présenter Nekromantik ou Guinea Pig. Heureusement, la tendance s'inverse depuis une dizaine d’années, grâce à quelques blogueurs et fanzineux acharnés, plus compétents et mieux armés pour œuvrer à la reconnaissance des mauvais genres que nous défendons ici. Merci à eux et pourvu que ça dure.

Cet article est dédié à Gary Brandner, parti rejoindre le pays des ombres le 22 septembre 2013 à l'âge de 80 ans. Il était l'auteur de la trilogie Hurlements (Gore numéros 50, 65 et 84), mais aussi de La féline, de Carrion (J'ai lu Épouvante) et de Massacres d'outre-tombe (Maniac). Que les cris de ses lycanthropes efflanqués ne viennent pas troubler son sommeil éternel.

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L'ogre de Rostov - Robert Cullen

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

L'ogre de Rostov - Robert Cullen

Pour changer un peu des romans, voici un livre documentaire retraçant une enquête qui dura huit ans. Huit ans à traquer un véritable monstre : Andreï Tchikatilo, responsable de 53 victimes dont la plupart furent des enfants. Les enquêteurs pensent très vite à un tueur en série car le mode opératoire est souvent le même : cadavres laissés dans des forêts, éventrations, coups de couteau dans les orbites oculaires, mutilations...

C'est une plongée passionnante dans le cœur de la Russie des années 80. L'auteur décrit les mœurs, les tares politiques, l'éducation pitoyable, les internés, les femmes à la "vie sexuelle désordonnée", les homosexuels, les paysans et les difficultés techniques et matérielles au sein de la police. Mais deux officiers ne lâcheront jamais l'affaire : Fetissov et Bourakov. L'auteur a l'intelligence de comprendre pourquoi et comment de tels tueurs assassinent dans l'indifférence générale de la Russie finissante. Ce serait trop facile de les prendre comme de simples tarés et le tour est joué ! Ce n'est pas si simple et Robert Cullen nous offre un livre marquant, pertinent sur la traque, l'arrestation, le profil de Tchikatilo et son procès. Je vous encourage à lire ce livre pour aborder le profil psychologique de l'Ogre de Rostov et apprécier tous les aspects d'une société à la dérive qui engendre des criminels impitoyables (à savoir que le crime n'existait pas officiellement à l'époque ; c'était uniquement réservé aux pays capitalistes !).

Pour prolonger cette lecture, vous pourrez également vous rabattre sur deux films qui reprennent les éléments factuels et la folie de ce personnage : Citizen X (Chris Gerolmo, 1995) et Evilenko (David Grieco, 2004). Sans oublier le roman "Enfant 44" de Tom Rob Smith (adapté aussi au cinéma) paru en 2008.

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Corps et liens, tome 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Corps et liens, tome 1

Artikel Unbekannt und Schweinhund proudly present :

Kââ/Corsélien
Noire 89. Corps et liens (Tome 1)
ISBN-13: 978-1-61227-550-5
392 pages - 25 euros

Illustration: Mandy

Trois classiques de l'horreur réédités en version intégrale pour la première fois depuis 1988 :

L'ÉTAT DES PLAIES
Adjudant de gendarmerie, Eric Le Hideux enquête sur une série d'assassinats perpétrés dans la campagne de l'Aubrac. Deux femmes et un homme en seraient les coupables. Et ils sont accompagnés de loups-cerviers...

BRUIT CRISSANT DU RASOIR SUR LES OS
Un jeune médecin de campagne, Christophe, se trouve aux prises avec un groupe de séminaristes fous. Dans le même temps, un maniaque s'amuse à massacrer des femmes en leur arrachant les organes génitaux...

RETOUR AU BAL, À DALSTEIN
Professeur dans un collège de Metz, Romain Kuansky tombe sous le charme trouble d'une élève de quatorze ans. En parallèle, des meurtres atroces sont commis dans la nature lorraine. L'arme des crimes : un lance-flammes...

Plus une préface de Artikel Unbekannt, une présentation des trois romans par David Didelot, une interview de Corsélien et une nouvelle de Schweinhund.

LIEN D'ACHAT SUR LE SITE DE RIVIÈRE BLANCHE !

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Le tango des assassins - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le tango des assassins - Maud Tabachnik

Autant les deux derniers romans étaient (assez) bien foutus, mais ce cinquième opus n'est guère fameux sur les huit que compte la série consacrée à Sandra Khan et Sam Goodman. Nina, la petite amie de Sandra, est enlevée lors d'une mission en Argentine. Elle était chargée d'enquêter sur des disparitions d'enfants. On apprend vite que les deux hommes qui l'accompagnaient étaient des agents du Mossad. Les autorités officielles ne font rien pour ne pas envenimer les relations diplomatiques entre l'Argentine et les USA.

Sandra demande de l'aide à Sam qui la rejoint, accompagné de sa mère envahissante. Un vieux nazi est responsable du kidnapping. Forcément, c'est un pervers doublé de sadisme. Le final est vite torché et on referme ce bouquin en soupirant. Après cinq romans, on s'aperçoit que Sandra est le véritable héros de cette série. Goodman semble effacé et distant. Et on sent surtout que l'auteure a du mal à être originale. Les thèmes sont redondants et on s'enfile la même dose sur les Juifs, les nazis, les complots divers, les homos, les flics corrompus et les politicards véreux. Plus que trois livres à compulser (je vais attendre un peu) avant de vous rendre un avis définitif sur cette série. Mais je crois que l'illusion sera vaine.

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GORE, première partie

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

GORE, première partie

De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts : les Français de la collection Gore.

Tout a déjà été dit à propos de la collection Gore. Du moins je le pensais en 2014, quand est paru chez Artus Films l’extraordinaire ouvrage de David Didelot Gore : Dissection d’une collection. Mais David lui-même étant revenu à plusieurs reprises sur les lieux de son crime depuis la parution de ce livre, l’idée d’un petit article a commencé à me trotter dans la tête. Après une réflexion si mûre qu’elle en vint à flirter dangereusement avec le pourrissement, l’idée m’apparut telle une blessure sur une paume de stigmatisé : le sang, c’est la vie ! Certes, la collection Gore est morte depuis longtemps. Mais comme mon but n’est pas de me recueillir sur des tombes, ni de profaner des sépultures, pourquoi ne pas aborder moi-même en tout bien toute horreur quelques-uns des romans Gore qui m’ont le plus impressionné ?

Ainsi sera-t-il donc, rouge sur rouge, et « let me introduce myself in you » (pardon my french). Ou plutôt non, pas pardon. Et cette fois, c’est en français dans le texte. Car à mes yeux, les meilleurs Gore ont justement été écrits par des auteurs français. Or pour une fois que les fromages qui puent se révèlent plus doués que les Anglo-Saxons dans le domaine de la culture populaire, on ne va certainement pas s’en excuser. Et puis quoi, encore. En tout cas, une chose est sûre : sans Nécrorian et Corsélien, je ne serais pas en train d’écrire ces lignes.

Ces deux auteurs, mieux connus sous d’autres pseudonymes (Jean Mazarin et Kââ alimentèrent aussi avec bonheur la collection Spécial-Police, toujours au Fleuve Noir), ont livré les Gore les plus extrêmes et transgressifs avec une totale liberté de ton et un style unique. C'est de l’horreur froide et sans humour, du noir sur rouge qui attaque en profondeur, de la littérature « dans ta face » (certains diraient « dans ton c... »), ça fait très mal et ça ne se rattrape jamais au lavage. Personnellement, je suis sorti transformé de ces lectures.

Daniel Riche, fondateur et directeur de la collection Gore, s’attacha en outre à proposer à ses lecteurs avides d’autres romans écrits par des auteurs « maison ». C’est ainsi que G.J. Arnaud, Pierre Pelot, André Caroff, Kurt Steiner, Jean-Pierre Andrevon et Joël Houssin trempèrent tour à tour avec bonheur leur plume dans le sang. Ces brillants transfuges des séries Angoisse, Anticipation et Spécial-Police donnèrent ainsi à la collection un cachet qui l’éloignait du ghetto de l’exploitation, inventant sans le vouloir une sorte de « label rouge » à la française ! À ce titre, Bruit crissant du rasoir sur les os, de Corsélien, fait figure de mètre étalon : c’est un grand roman, brillamment écrit, et ce chemin de croix psychotique et sanglant possède un style et une singularité à faire pâlir d’envie bien des « fantastiqueurs » traditionnels…

Enfin, je recommanderai aussi la lecture des huit romans signés par le duo Éric Verteuil pour la collection Gore, même si la quantité n’est pas forcément symptomatique de qualité. Cela étant, si au début de l’aventure, chaque contributeur français a vu le truc comme un défi, il convient de distinguer ceux qui se sont frottés indistinctement à tous les genres populaires, sans goût particulier pour celui-ci, de ceux qui se sont pris au jeu et ont aimé ça au point de persister. Et les Verteuil aimaient le Gore. Un peu. Beaucoup. Passionnément. Alors oui, je conseillerai toujours à un amateur de la collection Angoisse Grand-Guignol 36-88, de Kurt Steiner (Gore 62) et Extermination, d'André Caroff (Gore 83), qui sont deux sacrés bouquins. Des contributions comme celles-là ont indéniablement donné leurs lettres de « noblesse » à la collection. En sont-elles représentatives pour autant ? Pas plus que les romans d’Éric Verteuil.

Malgré tous ces exemples, il en restera toujours pour prétendre que cette littérature malséante et nauséabonde n’a que peu de rapports avec l’imaginaire, arguant que le gore est au fantastique ce que la pornographie est à l’érotisme. À ces esprits chagrins, je répondrai ceci : une approche aussi frontale, brutale, voire bestiale que celle d’un Nécrorian dans Blood-sex (ou quand un titre se fait quintessence) ne verse-t-elle pas à force d’outrances et de transgressions dans l’irrationnel le plus sauvage ? De la même manière, un film aussi brillant et extrême que Cannibal holocaust est certes une sorte de manifeste du « nécro-réalisme », mais n’est-il pas pour autant difficile d’y croire ? En définitive, la confrontation directe avec l’horreur la plus pure ne peut-elle être perçue comme l’étape terminale du Fantastique ?

Terminale, ou pas. Car si les auteurs français sont l’arbre qui cache la forêt, les Goreux anglo-saxons pourraient bien avoir envie de sortir du bois. To be continued…

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Gémeaux - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Gémeaux - Maud Tabachnik

C'est une évidence : notre vaste monde est peuplé de tarés. Et ceux de ce quatrième volet des enquêtes de Sam Goodman et Sandra Khan sont véritablement tordus, violents et sadiques. Les deux frères Hunter sont jumeaux et l'un deux, débile, suit son frangin avec une admiration sans faille. Leur route est tracée de meurtres, viols, braquages. Après avoir flingué le collègue de Goodman, ils s'échappent et croisent Genosi, un Corse, en cavale également. Un détail s'impose : il est encore plus fondu que les deux autres ! Leur équipée sauvage va atteindre le paroxysme de l'horreur lorsqu'ils vont enlever trois gamins pour une commande spéciale, un snuff.

D'autre part, on retrouve Sandra (couronnée du Pulitzer), dévastée psychologiquement après son retour de Boulder City, laissée pour morte dans le désert. Pour la remettre en selle, Goodman lui demande de l'aide pour traquer les trois criminels dans les environs de San Francisco. L'auteure nous adresse un road-movie implacable, dur, cruel, impitoyable. Rien à voir avec les deux premiers opus. Ce duo composé d'un lieutenant juif, beau gosse et habillé avec élégance (et entouré d'une mère possessive) avec la jeune reporter lesbienne au caractère bien trempé commence à bien me plaire.

Le final laisse une porte ouverte, notamment le destin de Sandra. Elle est encore en danger et on referme le livre en se rongeant les ongles. Suite au prochain numéro.

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Le retour du taxidermiste - François Darnaudet

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le retour du taxidermiste - François Darnaudet

Contes de la folie (extra)ordinaire : Le retour du taxidermiste, de François Darnaudet

François Darnaudet n’a que 26 ans lorsque paraît Le taxidermiste (écrit à quatre mains avec Thierry Daurel), premier roman de ce diptyque halluciné. Et le moins que l’on puisse dire est que l’homme y fait déjà montre d’un talent... fou, ce qui tombe plutôt bien dans un tel contexte. Après ce coup d’éclat, l’auteur se construit une brillante carrière, fréquentant tous les mauvais genres de la littérature populaire (du Polar au Fantastique sous oublier le Gore) et passe tout naturellement du Fleuve Noir à la Rivière Blanche au milieu des années 2000.

Rivière Blanche qui réédite donc Le taxidermiste en 2008, accompagné de sa suite inédite Le club des cinq fous, rédigée par le seul François Darnaudet. Et comme si l’objet n’était déjà pas assez étrange comme ça, ce recueil intègre la collection « Blanche » de l’éditeur, laquelle a pour vocation d’accueillir des textes relevant de la Science-fiction, du Space opera ou du Post-apo ! Mais ne nous y trompons pas : Le retour du taxidermiste appartient bel et bien au genre Noir, même s’il faut admettre que l’auteur y a injecté une solide dose de rouge…

Albert Cziffram, Hector Balsinfer, Ali M’Gari et Jacques Marioton sont cinglés. Complètement cinglés. Le quatuor a pour habitude de se réunir dans une bibliothèque du cinquième arrondissement pour échafauder d’absurdes théories et poursuivre d’obscures recherches. Jusqu’au jour où la découverte d’un traité ésotérique intitulé Bedouck, et plus particulièrement le chapitre La réincarnation par la taxidermie, va faire atteindre le point de non-retour à trois des quatre olibrius. Trois seulement, car Jacques Marioton a franchi la ligne depuis un bon moment, et la taxidermie n’a déjà plus de secrets pour lui. Ou presque.

Jacques Marioton est un tueur de femmes. Mais plutôt que des les empailler, il préfère leur faire avaler toutes sortes de métaux avant d’étudier les réactions de leur organisme. Une approche de la taxidermie originale, à défaut d’être concluante. Seulement l’homme a commis une erreur. Il s’en est pris à la petite amie de l’inspecteur de police Charles Jabert. C’est ainsi que le roman rejoint le genre Noir par la bande. En effet, s’ils présentent en détail les activités dégénérées de la confrérie, les deux auteurs n’en oublient pas pour autant de décrire l’enquête menée par Jabert. Jusqu’à l’inévitable et fatale rencontre entre tous les protagonistes…

Prolongement direct du premier opus, Le club des cinq fous, écrit par François Darnaudet en 1990, était resté inédit jusqu’à cette édition « intégrale ». Et il aurait été vraiment regrettable de ne pouvoir découvrir un tel roman, tant il pousse le principe du fameux « bigger and louder », utilisé pour qualifier la surenchère propre aux suites, dans ses derniers retranchements. Plus de meurtres, plus de gore, plus d’iconoclasme, plus d’échanges débridés et d’expérimentations démentes : les fous ont recruté de nouveaux adeptes, et ça se sent ! D’autant plus qu’Albert Cziffram a mystérieusement disparu, et que les membres de la secte sont prêts à payer de leur personne pour qu’il revienne parmi eux. Enfin, prêts à faire payer d’autres personnes, surtout… Le club des cinq fous s’avère ainsi encore plus haut en couleur et généreux que son prédécesseur (ce qui n’est pas une mince performance) et constitue une expérience de lecture aussi singulière que plaisante.

Véritable curiosité, Le retour du taxidermiste est donc à conseiller sans réserve à tous les amateurs de romans noirs qui sortent vraiment des sentiers battus. Assurément, ils ne seront pas déçus du voyage. À condition qu’ils en reviennent sains (d’esprit) et saufs, bien entendu.

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Le festin de l'araignée - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le festin de l'araignée - Maud Tabachnik

Après deux lectures des aventures de Goodman et Khan, voici enfin un bouquin qui tient mieux la route. Suite à un ordre du rédacteur en chef Woody du San Francisco News, Sandra est envoyée à Boulder City, une bourgade paumée au fond du désert, dans le Nevada. Des touristes disparaissent régulièrement et, malgré une première enquête du FBI, toutes les affaires sont restées en l'état. Sandra quitte à regret sa villa donnant sur le Pacifique et arrive dans un lieu étouffant, tant par le climat que l'attitude des habitants.

Elle se confronte vite à un shérif belliqueux (elle connaîtra même une nuit en cellule), des autochtones racistes, un ivrogne, un vendeur de bestioles dangereuses, un tueur tombé dans la psychose religieuse. Une fois encore, l'auteure ne nous épargne pas les nombreux clichés : du serveur homo au flic alcoolique. C'est principalement un bouquin à lire pour son atmosphère poisseuse, son soleil qui tape sur les nerfs, la consanguinité, l'autarcie et le mutisme.

Toute l'intrigue repose sur la journaliste (pas de Goodman cette fois) et on découvre d'autres facettes de cette femme qui affronte toute une population contre elle. On regrette que d'autres pistes ne soient pas exploitées à fond, notamment les milices fascistes juste évoquées en quelques lignes. Le final est expédié trop vite et des questions restent en suspens. Mais si vous êtes fan des vieux films de Walter Hill, ce bouquin est pour vous.

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