Mémoires d'un compagnon de l'ombre # 2

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Mémoires d’un compagnon de l’ombre 2 : la collection Noire.

 

Tout comme son aînée la « Blanche », qui prolonge la célèbre « Anticipation » du Fleuve Noir, la collection Noire, initiée deux ans plus tard, s'inspire d'une autre série, tout aussi prestigieuse : la mythique « Angoisse ». Afin de mieux signaler la filiation, Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier ont d'ailleurs commencé par un coup d'éclat, en rééditant l'intégrale de la saga de Mme Atomos, d’André Caroff, sous la forme de six épais omnibus (Noire 1 à 6). D'autres livres du même type suivront, en particulier ceux consacrés aux Angoisses de Kurt Steiner (six romans réédités pour la première fois depuis cinquante ans, répartis en deux recueils : Noire 16 et 18), sans oublier L’ambassadeur des âmes, de Dominique Rocher (Noire 23) rassemblant L'homme aux lunettes noires et Humeur rouge.

 

La collection Gore n'est pas oubliée, puisque Cauchemar à Staten Island, de Gilles Bergal, est proposé dans l’opulent volume La nuit des hommes-loups (Noire 8), agrémenté de sa suite inédite et d’un ensemble de nouvelles. Le même principe est repris pour les deux derniers titres de la collection, La chair sous les ongles, de l’ex-François Sarkel devenu Brice Tarvel, et Les démons d'Abidjan, de Richard D. Nolane, que l’on retrouve dans deux recueils (La chair sous les ongles et Séparation de corps (Noire 51 et 22) présentant en bonus des sélections de nouvelles des auteurs. Quant à Zombies gore, de François Darnaudet (Noire 57), il s’agit en fait de la réédition de ses deux romans Gore Collioure Trap et Andernos Trap !

 

Des partis pris exemplaires, mais la « Noire » ne saurait être réduite à l'exhumation des trésors du passé. En effet, non contents de se distinguer par leur travail d'archivistes, les deux dirigeants de Rivière Blanche ont également à cœur de proposer du sang neuf. De David Khara, dont le premier livre, Les vestiges de l'aube (Noire 19) fut un des plus gros succès de l'éditeur, à Christophe Siébert, avec son terrible Nuit noire (Noire 33), des romans inédits de Micky Papoz (Au seuil de l'enfer, Noire 27) à l'intégrale des nouvelles d’Anne Duguël (Mémoires d'une aveugle, Noire 37), en passant par les retours inespérés de Max-André Rayjean (Momie de sang, Noire 43) et de l'infâme Nécrorian (Plaques chauffantes, Noire 45), tous les aspects du Fantastique et de l’Horreur sont abordés dans une belle et saine diversité.

 

Et ce n'est pas tout, car la collection Noire présente aussi par le biais des recueils de nouvelles dédiés aux Compagnons De l'Ombre des rencontres originales entre de nombreux héros et antihéros emblématiques de la littérature populaire ! Sherlock Holmes, Arsène Lupin, Carnacki, Fantômas, Judex, Belphégor, Le Nyctalope, Bob Morane... Toutes ces figures illustres, et bien d'autres encore, sont réunies au sein des 20 volumes parus à ce jour, et y croisent le fer lors d'intrigues en forme d'hommages aussi dynamiques que respectueux. Un esprit « rétro » qu’on retrouve dans les aventures de Panthéra, une mutante sexy en diable à la recherche de son passé, qui s'est imposée en l'espace de quatre romans (Noire 11, 30, 69 et 92) comme l’ambassadrice idéale de la collection Noire… Laquelle est devenue si riche que j’ai mentionné à peine la moitié des 100 titres publiés depuis son lancement en 2006.

 

L’embarras du choix, sans aucun doute… Mais j’aurai l’occasion de citer d’autres ouvrages dans le troisième article de cette série. Article qui se conclura par une annonce. Parce que si le début de mon histoire avec la Rivière Blanche remonte à 2010, elle a connu récemment un rebondissement spectaculaire. To be continued

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Heca-Tomb vu par serge Rollet

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Une critique de Serge Rollet, alias lester L. Gore ne se refuse pas. Sa culture est immense et c'est un homme sympathique. Bref, un ami. Et je le remercie pour cet article argumenté, précis et tout simplement clairvoyant.

" Critiquer un livre n’est jamais facile, même si on l’a aimé. Éviter les clichés et le défonçage de portes ouvertes n’est pas la moindre des difficultés lorsqu’on s’attelle à la tâche de décrire ce qu’on a pensé d’une lecture. Mais, quand l’auteur du livre en question est un ami, et qu’en plus il vous a offert le susmentionné bouquin assorti d’une dédicace pleine de chaleureuse amitié, comment faire pour ne pas être soupçonné de copinage ?
Quand, en outre, l’auteur est une personne charmante dans la vraie vie, un convive parfait à table, un bon citoyen et un père de famille dévoué, comment après ça faire la critique de son dernier livre, le fameux « Heca-Tomb », qui semble être issu des fermentations perverses d’un cerveau malade ?

Tout ce long et inutile préambule pour dire tout le bien que je pense de Zaroff et de son petit dernier, « Heca-Tomb » chez Zone 52 éditions. Mais attention : comme le CD qui accompagne le livre, l’objet n’est pas à mettre entre toutes les mains ! C’est du gore bien trash, bien salingue, dans la pure ligne des collections mythiques du Fleuve Noir de la grande époque, cette même tradition que quelques passionnés continuent d’animer, en faisant mourir leurs personnages avec délectation, sadisme et une réjouissante créativité.

Zaroff, avec une économie de moyens maîtrisée, sans effet de style inutile, nous entraîne donc dans son univers familier, celui de l’Amérique profonde des laissés pour compte, loin des mégapoles et du show-biz. Son chaud business à lui, c’est la description par le menu, jusqu’à l’écœurement recherché, des pires violences perpétrées par ses personnages, tous des minables, à l’encontre d’autres protagonistes tout aussi pitoyables. C’est souvent amusant à force d’outrance, parfois écœurant, toujours surprenant d’inventivité dans l’horreur. Pour lutter contre cette série de massacres aberrants, ce déchaînement de violence aveugle, Zaroff reforme le tandem qui lui avait réussi dans son livre précédent chez Trash éditions, « Night Stalker » ( comment ? Vous ne l’avez pas encore lu ? Filez vite l’acheter !) c’est à dire un flic provincial bourru et vaguement ahuri auquel on a de la peine à ne pas donner les traits d’un Clint Eastwood raté, et un agent du Effe-Bi-Aïe finaud mais débordé par un environnement de ploucs tarés. Bien entendu, ce duo calamiteux secondé par des adjoints bras-cassés n’empêchera en rien la vague de tueries de submerger en entier la bourgade concernée, comme un tsunami de sang et de tripes à l’air.

Mais là où l’auteur parvient à se renouveler, c’est lorsqu’il abandonne les thématiques du tueur en série socio-psychopathe pour aborder les rivages du fantastique horrifique, afin de rendre un hommage appuyé à Stephen King en personne. Car « Heca-Tomb » n’est pas qu’un catalogue de meurtres et de perversités exhibé sans intention ; c’est surtout l’occasion pour l’ami Zaroff d’évoquer un des romans marquants de King, « Bazaar », sans oublier quelques clins d’œil à d’autres récits Kingiens. Sans tomber dans la servilité, ni dans l’obésité littéraire qui marque hélas bien des romans de King, Zaroff nous sert donc un remake épuré des œuvres maléfiques de Leland Gaunt, une relecture déjantée de « Needful Things », pimentée à la sauce gore, et on en redemande !

Bref, « Heca-Tomb » est un petit opus jubilatoire, décomplexé et jouissif, une brillante variation sur des thématiques classiques, assorti d’un hommage bien sympathique au maître de Bangor, que je recommande à tous les amateurs de gore, mais aussi aux connaisseurs en fantastique."

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Troglo-Blues - Bertrand Passegué

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Le cycle « Troglo-Blues » de Bertrand Passegué. Ça fait un bout de temps que je comptais lire ces deux opus parus chez FN Anticipation... et quelle erreur de ne pas l'avoir fait plus tôt ! Je me suis plongé dedans comme jamais. Y a tout ce que j'aime comme ambiance et intrigue. Un Paris dévasté par les bombes, la périphérie étant devenue un désert brûlant. Le personnage principal est Joris, un homme de main du maire Lacourt. Il est chargé de l'approvisionnement et part chercher des sacs de blé dans les villages. C'est plus du vol organisé mais les villageois n'ont guère le choix. Lacourt est un édile autoritaire et ses soldats se chargent de maintenir l'ordre dans la capitale. La journée surtout. Car, dès que la nuit tombe, les troglos prennent le relais et malheur à celui qui se fait attraper. Les troglos (tels les fameux Morlocks de H.G Wells) vivent dans le métro et sont des as du surin. Chargé d'une mission, Joris part à la recherche d'un messager avec ses collègues. Il faut retrouver une sacoche contenant des informations confidentielles. C'est ce qu'affirme le maire. Pourchassé par les troglos, Joris se cache et tombe sur le cadavre du messager et de ses assassins dans un musée. Sa curiosité l'emporte, il fracture la sacoche et découvre son contenu : des lettres du maire et du chef des troglos. Tout est planifié, des heures de patrouille aux petits arrangements entre amis. Joris constate avec stupéfaction qu'une collusion existe entre les troglos et la mairie ! C'est une bombe qu'il tient dans les mains. Idéal pour conclure un deal avec l'opposition ou marchander un rang social plus élevé avec Lacourt. Mais le maire est malin et fait chasser le renégat par ses hommes. Poursuivi et encerclé, Joris est obligé de pénétrer dans le métro. Les soldats obstruent l'entrée avec des gravats. Coincé, Joris s'enfonce dans l'obscurité des galeries souterraines. Bien vite, il est repéré par les troglos...

 

Le second ouvrage annonce un rite initiatique où Joris (qui se présente sous une fausse identité) est confronté. Le choix est simple : aller aux « fouilles » ou subir des tests. Après de multiples épreuves (dont la purification par l'air, l'eau et le feu), il doit subir une chasse à l'homme. Le survivant pourra rejoindre le monde des troglos. Les dignitaires de cet univers souterrain forment une caste ressemblant à une société secrète. On distingue l'un d'eux qui dirige les Servants, la force armée. Des soldats sanguinaires qui font régner l'ordre avec violence. Un autre s'occupe de la partie administrative et la gestion du réseau. Le Boss, un homme obèse avec son harem, dirige tout ce petit monde au sein d'un palais luxueux et doté d'un confort supportable. Que va devenir Joris qui est traqué à la surface par les hommes du maire ? On se prend d'amitié pour ce personnage mais on s'aperçoit qu'il cache son jeu et que sa personnalité n'est pas dépourvue de vices. C'est surtout un opportuniste qui veut arriver à ses fins. Bref, c'est un bon bouquin (en deux volumes) qui se lit vite. Le scénario est bien ficelé, l'écriture plaisante et le tout forme un excellent divertissement.

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Mémoires d'un compagnon de l'ombre # 1

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Mémoires d’un compagnon de l’ombre 1 : esprit de corps.

 

Ce texte, dont le titre constitue un emprunt en forme de clin d’œil à Jean-Marc Lofficier, a déjà été publié sur ce blog. Mais une actualisation s’imposait. Aussi l’ai-je largement augmenté, puis redécoupé en quatre parties. Dont voici la première.

 

Rivière Blanche est un cas à part dans le petit monde du Fantastique et de la Science-fiction français. La genèse de cette maison d’édition indépendante est à elle seule intrigante : Rivière Blanche est en fait une émanation de Black Coat Press, entité américaine fondée par Jean-Marc Lofficier proposant des romans de Fantastique et de Science-fiction français… traduits en anglais ! Malgré quelques points communs entre les deux catalogues (Les Compagnons De l’Ombre devenant Tales of the shadowmen outre-Atlantique), les deux structures sont toutefois dotées d’identités bien distinctes. Si Black Coat Press se consacre pour l’essentiel à la période fin 19ème/début 20ème, Rivière Blanche, fondée en 2004, s’inscrit dans la tradition des prestigieuses collections Anticipation et Angoisse, issues de l’âge d’or du Fleuve Noir, sans pour autant miser sur des rééditions systématiques, loin s’en faut…

 

Seul maître à bord – avec Jean-Marc Lofficier – naviguant sur les eaux tumultueuses de la Rivière Blanche, Philippe Ward, en tant que directeur que collection, tient en effet à proposer un maximum de textes inédits. S’il est le garant d’un certain esprit populaire et nostalgique intimement lié aux références évoquées plus haut, il a néanmoins la volonté, et c’est tout à son honneur, de donner leur chance à de jeunes plumes prometteuses, sans oublier d’aller rechercher de loin en loin quelques grands anciens qui rêvent et dorment par-delà le mur du sommeil… C’est ainsi que la ligne « Blanche » (Anticipation/SF) s’est construite dans un esprit « rétro-futuriste », proposant une salutaire alternance entre des auteurs comme Thomas Geha, Laurent Whale ou Alain Blondelon, et la « vieille garde » du Fleuve Noir, incarnée par des pointures tels P.-J. Hérault, Jean-Pierre Andrevon ou Daniel Piret.

 

Notons cependant que si la « Blanche » a valeur de figure de proue, avec ses 154 livres édités à l’heure où j’écris ces lignes, cet arbre luxuriant ne doit pas pour autant cacher la forêt. Car le catalogue de Rivière Blanche est vaste. Très vaste, même. La « Noire », qui fera l’objet à elle seule de mon deuxième billet, vient par exemple de franchir le cap des 100 titres. Soit un total incroyable de 254 ouvrages, auxquels il convient encore d’ajouter les quelque 150 volumes publiés dans les collections Fusée/Dimension (anthologies et recueils de nouvelles dédiés à des thématiques ou des auteurs spécifiques), Baskerville (qui permet à Jean-Daniel Brèque de proposer des romans et recueils dus aux grands auteurs de l'Angleterre victorienne) et Hors-série/Artbooks (où sont rassemblés les livres « hors-genre » et autres inclassables).

 

Seule ombre au tableau, le manque de visibilité de ces ouvrages, prix de la farouche indépendance de Black Coat Press, pénalise quelque peu son catalogue pléthorique. Mais il arrive parfois que la Rivière sorte de son lit… Un certain nombre de titres ont ainsi été réédités chez Michel Lafon, Bragelonne, Critic, Hélios, Le Moutons Électriques et… TRASH. Mais l’heure n’est pas encore venue de faire de cet article une affaire personnelle. Je préfère pour l’instant laisser cette présentation parler d’elle-même, car elle établit de manière indiscutable que Rivière Blanche s’est imposé au fil des ans comme un label de référence, prouvant parution après parution que la quantité ne nuisait en rien à la qualité. Ce que je vous laisse le soin de vérifier toutes affaires cessantes sans attendre la suite de mon petit feuilleton.

 

 

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Ça - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

À l'occasion de la sortie du remake de "Ça" fin septembre, j'en profite pour sortir une vieille chronique de la trilogie. C'est cadeau !

 

Le premier volet débute en 1957 par une scène atroce : un gamin joue avec un bateau en papier le long d'un caniveau. Il s'agit de George Denbrough, frère de Bill le Bègue. Le frêle esquif (badigeonné de paraffine par le frérot) tombe dans une bouche d'égout. Le gamin se penche et aperçoit... un clown ! Aux multiples surnoms : "Mr. Bob Gray", "Grippe-Sou", "Le clown cabriolant". L'enfant ne se méfie pas et tend son bras pour un ballon et une barbe à papa. 45 secondes plus tard, Dave Gardener arrive le premier sur place après le premier cri. "Du sang coulait dans l'égout depuis le trou déchiqueté où se trouvait autrefois le bras gauche ; des os emmêlés, horriblement brillants, dépassaient du vêtement déchiré." Vingt-sept ans plus tard (en 1984) des événements se déroulent et s'enchaînent. Un pédé se fait tabasser par une bande de jeunes. Ils le font basculer par dessus le pont. Deux témoins (un voyou et le compagnon homo de la victime) voient un clown près du pilier qui attrape Hagarty dans l'eau pour lui bouffer le bras sous des milliers de ballons. Afin de faire condamner les trois délinquants, la police occulte ces témoignages. Lors du procès, personne ne fit allusion au clown. Un an après, la galerie de personnages s'allonge. Nous apprenons que William Denbrough (rappelez-vous : Bill le bègue) est devenu un écrivain d'épouvante. Son ami d'enfance, Stanley Uris, est un homme qui a réussi professionnellement. Un soir, il reçoit un coup de téléphone (un certain Mike). En raccrochant le combiné il reste évasif envers sa femme sur le destinataire de l'appel. Il monte, contrairement à ses habitudes, prendre un bain, au grand étonnement de Patricia. Inquiète, elle grimpe au premier et découvre une porte fermée. Elle trouve une clé et pénètre dans la salle de bains. Macabre spectacle : son mari s'est tranché les deux bras, du poignet au creux du coude, pour ensuite tracer de son propre sang sur le carrelage bleu au-dessus de la baignoire, un mot : ÇA !

Richard Tozier, un célèbre DJ d'une radio de rock, est également appelé par Mike Hanlon. Rich doit aller à Derry car "Il" est revenu. Durant l'été 1958, des gamins se sont promis de se rassembler lorsque "Ça" serait de retour. Rich avait onze ans en 1958. Déjà nous sentons que l'indicible est là, sous nos terreurs d'enfants. Un pacte de sang a été conclu. Des gamins formaient "la bande des nouilles" cet été-là. Des enfants emmerdés par des durs et coursés par trois terreurs : Reginalg Huggins dit "Le Roteur", Victor Criss et le chef, un gosse démoniaque, Henry Bowers. Ben Hanscom se souvient de tout ceci, un soir au bar, devant son ami Ricky Lee. Ben était le gros de la bande martyrisée. Aujourd'hui Hanscom est un architecte reconnu (on lui a même consacré une couverture au Time comme architecte le plus prometteur des États-Unis !) ; hélas Ben a également été contacté. Ben se biture la gueule au whisky et reprend sa route. Lee se dit que c'est la dernière fois qu'il le voit.

Eddie Kaspbrak est un homme particulier. Chauffeur de célébrités (il devait conduire Al Pacino avant d'avoir son coup de fil de Mike), il est submergé par les souvenirs d'une mère envahissante envers un fils trop délicat (du moins pour elle). Depuis sa boîte à pharmacie déborde de médicaments (sur quatre niveaux) et il ne sort jamais sans inhalateur ! Il embarque tout son attirail et prend un taxi, au grand désespoir de Myra, son épouse. Il repart vers l'été 1958 ! Beverly Rogan est une femme battue. Travaillant dans la mode, elle est mariée depuis quatre ans à Tom, un homme gros et violent. Elle ne doit pas fumer en sa présence. Un dîner froid et c'est trois coups de ceinturon ! L'appel de Mike, qui la prévient que "Ça" est revenu, l'émancipe. Elle cogne son mari avant de partir dans la nuit. Sans argent et une simple valise à la main. Mike Hanlon est le seul à être resté à Derry. Dès 1980, il se doute que "Ça" est revenu mais il attend avant d'être sûr. Il fait des recherches sur Derry qui n'est pas une ville comme les autres. Beaucoup trop de crimes de sang jalonnent l'histoire de Derry. Des crimes ou catastrophes redoutables, disparitions d'enfants (127 pour l'année 1958), une population entière de 340 âmes a même disparu en 1741 ! En quatre mois ! Pas un indice. Est-ce une ville où se nourrissent les animaux ?

Stephen King pose ses personnages sur deux-cent-huit pages exactement ! Peu à peu, nous découvrons la formation du Club des Ratés. Tout commence dans les Friches-Mortes, un vaste marécage où se déversent les eaux usées de Derry. Les enfants construisent un barrage sous les ordres de Ben. Incidemment, nous découvrons que chacun a déjà eu affaire au monstre dévoreur d'enfants. Celui-ci se présente sous diverses formes selon les témoignages : créature des égouts, momie, loup-garou. Bill et Richie combattent « Ça » avec un pistolet PPK, de la poudre à éternuer et une fronde ! Des sentiments naissent également avec Ben et Richie (tous deux amoureux de Bev ; elle-même amoureuse de Bill), la haine envers la bande de Bowers amène des affrontements réguliers, la terreur... tout commence à se mettre en place par les savoureux come-back des protagonistes qui se dirigent vers Derry.

 

Stephen King a distillé de nombreux éléments de sa vie personnelle dans ses personnages. Ceux-ci possèdent des complexes et des traumatismes. Bill est bègue et souffre de la mort de son petit frère. Eddie est couvé par une mère maladive. Bev est battue, Richie se crée des voix pour dissimuler sa personnalité tandis que Ben est obèse. Stan est juif et écarté par les écoliers en général. Mais ensemble ils affrontent les tourments de la vie avec le sourire. Des caillots de sang giclent du lavabo de la petite Bev tandis que Ben, Stan et Eddie avouent également leurs visions communes du monstre. Ils aident Bev à nettoyer la salle de bains maculée. Ils sont seuls à voir ce macabre spectacle ; les adultes y sont aveugles. Curieusement, dès que les enfants se solidarisent, le monstre recule comme s'il se nourrissait des peurs enfantines. La maturité est un bouclier et ils vont vite s'en apercevoir.

Mike Hanlon se remémore les souvenirs de son père, soldat à Derry en 1930. La Légion de la Décence Blanche (un groupuscule du KKK) incendie le BlackSpot et fait soixante morts. Le racisme est partout mais le mal est ailleurs : il est enfoui dans le sol de Derry. Mike relate les événements dans son journal. Déjà, à l'époque, son père avait eu affaire à Butch Bowers, le père de cette racaille d'Henry. Tout est lié à Derry, le bien et le mal. La narration de l'incendie du Black Spot est un paragraphe d'anthologie. Toute la bande est enfin réunie. Après un repas de retrouvailles au Jade Of The Orient (fortement perturbé au dessert), chacun retourne vers des lieux de son enfance. Les hallucinations morbides se succèdent. Le clown surgit dans la bibliothèque pour Ben, prend la forme d'Huggins le Roteur pour Eddie... Ils se souviennent : Mike est accepté dans la bande après une bataille forcenée aux cailloux contre Henry et ses potes. Ils dévoilent à Mike leur terrible secret : ils savent qui tue les enfants et ce n'est pas un être humain. Après la cérémonie de la petite fumée, ils ont la vision de la venue originelle de « Ça ». Eddie a mûri. Il affronte enfin sa mère qui lui reproche de suivre des mauvais amis. Ed ne veut pas de chantage affectif. Sa mère comprend que son fiston chéri n'est (ne sera) plus jamais le même.

Le troisième volet est nettement plus violent que les deux autres. On sent que le King ne plaisante plus ! Il a présenté ses personnages, les lieux, les décors, les complexes, les heurts, les souvenirs, les statuts sociaux... maintenant il tranche dans le vif ! Et cela commence par la mort du jeune Patrick Hockstetter (un sociopathe en devenir), un maniaque cruel envers les animaux. Les sangsues vont lui régler son compte. Le déroulement s'étoffe et on devine que la fin va être terrifiante. La ville de Derry possède une autonomie propre comme les personnages qui la peuplent. Ce roman est géant et cancéreux. Il vous ronge les os et vous glace le sang. Les effets sont superbement rendus et distillés avec soin.

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Noir et rouge : complément

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Complément d’information

 

Noir et rouge aura neuf mois demain. Si on ajoute à cette période les neuf mois qui ont séparé la validation du projet par Philippe Ward de sa publication le premier octobre dernier, ça représente un an et demi. Alors même si mon recueil n’a pas reçu de nouveau retour depuis quelque temps, j’ai estimé que le moment n’était pas trop mal choisi pour faire un petit bilan. D’où ce billet aux allures de récapitulatif, qui va mettre à votre disposition tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur mon bouquin sans oser le demander.

 

Mais commençons par le commencement. Et au commencement était cette rubrique dédiée, que je vous invite à parcourir si vous ne l’avez pas encore fait. Y figurent notamment la couverture de mon recueil, et sa superbe illustration par Hari Wald, le sommaire détaillé et la quatrième de couv’ (billet un). Ensuite, je rappelle que plusieurs de mes nouvelles sont en accès libre sur le site de Rivière Blanche (billet deux).

 

Ont aussi été postés sur ce blog tous les visuels des anthologies dans lesquelles mes textes ont été publiés au préalable (billet trois). Enfin – et surtout – les superbes chroniques reçues par Noir et rouge ont bien entendu été relayées tour à tour (billets quatre à sept, avec encore une fois mes sincères remerciements à Zaroff, Catherine Robert, Amaranth et Sébastien Gayraud).

 

Si vous lisez ces lignes, vous savez déjà tout ça. Ce que vous savez peut-être moins, c’est qu’il existe sur la Toile des endroits où on cause de mon bouquin. Et où j’interviens. Celui-ci, par exemple :

 

http://ecritoiredesombres.forumgratuit.org/t3167-noir-et-rouge-artikel-unbekannt-schweinhund

 

Et ces deux-là, aussi :

 

http://riviereblanche.informe.com/octobre-2016-noir-et-rouge-dt1818.html

http://ultragore.leforum.eu/t1771-Noir-et-rouge-Artikel-Unbekannt-Schweinhund.htm

 

Je n’en avais pas encore parlé jusqu’ici pour deux raisons. 1/ Je suis une quiche totale en matière d’autopromo et 2/ Je suis admin sur le premier de ces trois forums et modo sur les deux autres. Compliqué par conséquent d’être juge et partie, surtout sur le forum de mon éditeur. D’où le fait que je n’ai jamais osé la ramener par là-bas, laissant le soin à l’indispensable mvpfef d’y relayer les chroniques reçues par Noir et rouge.

 

Pour autant, j’avais quand même envie de signaler ici l’existence de ces trois topics. Ne serait-ce que pour renvoyer l’ascenseur à toutes celles et ceux qui y ont manifesté de l'intérêt à l'égard de mon bouquin. Alors comme un peu de name-dropping ne peut pas faire de mal (et que je n’ai pas envie que mvpfef se sente seul), merci à Paladin, Amaranth, Zaroff, Raven, Catherine, Cancereugène, Ulysse, Françoise, Lester, Silence, Sangore et Tak.

 

Autre chose : même si ma double identité et mes pseudos impossibles rendent le référencement… compliqué, disons, certain(e)s ont réussi la prouesse de constituer (une partie de) ma biblio et de jolies fiches « auteur ». Consultables en cliquant sur les liens suivants :

 

https://www.noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?numauteur=2147190535

http://www.bdfi.net/auteurs/u/unbekannt_artikel.php)

https://booknode.com/auteur/schweinhund

 

Au cas où tout ça vous donnerait l’envie d’acquérir mon recueil, je me permets d’ajouter une autre série de liens. Parce que si les livres publiés par Rivière Blanche ne se trouvent qu’assez rarement en librairie, les choix restent nombreux sur Internet. La preuve :

 

http://www.riviereblanche.com/index.html

http://www.priceminister.com/boutique/mvpfef

http://www.ebay.fr/usr/mvpfef?_trksid=p2047675.l2559

 

Le recours aux robots-esclaves amazoniens n'est donc pas une obligation, ni même un mal nécessaire. Au contraire. Tous les indépendants vous le diront : l'achat en direct chez l'éditeur est TOUJOURS préférable. Alors merci d’avance d’agir en conséquence.

 

Voilà, je crois que j’ai à peu près fait le tour. Et si jamais vous en voulez (encore) plus :

 

https://www.facebook.com/Artikel-Unbekannt-Schweinhund-630722613775161/?ref=hovercard

 

À vos risques et périls.

 

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Trilogie Bill Hodges - Stephen King

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Sans avoir lu Stephen King durant des mois, je me suis plongé dans cette trilogie consacrée à Bill Hodges, un officier de police retraité. Dépressif, il passe ses journées devant la télévision à regarder des jeux débiles. Près de lui, un flingue qui le tente. Il le porte souvent à sa bouche. Et c'est un macabre fait divers qui va le sortir de sa léthargie. Un homme dans une Mercedes grise va foncer dans une foule de demandeurs d'emplois au City Center. Huit morts et des dizaines de blessés. Par jeu, le tueur va adresser un courrier à l'ancien flic et un contact virtuel sur la messagerie d'un site Le parapluie bleu de Debbie. On connaît vite l'identité de Mr Mercedes, un pauvre type vivant avec sa mère alcoolique, relation presque incestueuse. Mais c'est un type intelligent et minutieux qui adore bricoler des « trucs », notamment pour capter le signal d'ouverture des portières d'une bagnole. Dans ce jeu pervers entre les deux hommes, le flic va être secondé par deux alliés : Jerome, un étudiant afro-américain et Holly, une femme un peu tarée et virtuose de l'informatique. Hodges va perdre une femme aimée dans cette lutte acharnée mais aussi une raison de vivre. Empêchera-t-il une autre tragédie ? Mr Mercedes a les moyens techniques pour causer la mort d'une centaine d'innocents. Surtout qu'il a une idée en tête...

 

Nous retrouvons nos trois acolytes, quatre ans après les faits, dans Carnets noirs. Hodges a fondé une agence nommée Finders Keepers et Holly est devenue sa secrétaire. Sauf dans de brefs apartés, Mr Mercedes est absent de l'intrigue. C'est une autre histoire qui se déroule sous nos yeux. Tout débute par un cambriolage en 1978 chez un écrivain célèbre : John Rothstein, auteur de la trilogie Jimmy Gold et qui n'a rien publié depuis quinze ans. Mais il a écrit dans des carnets (165 au total) qui sont rangés dans un coffre-fort. Morris Bellamy, le cerveau de la bande a connaissance de l'existence de ces carnets, tue l'écrivain par vengeance (il ne supporte pas ce qu'est devenu Jimmy Gold et en veut à l'auteur) et planque l'argent et les carnets dans une malle. Cette malle est enfouie sous les racines d'un arbre, au bord d'un ruisseau, près de chez lui. Pour une sordide affaire de viol, il prend trente ans de prison. En 2009, Pete Saubers qui habite dans l'ancienne maison de Morris va trouver par hasard cette malle. Et l'argent qui représente 20 000 dollars. Et il va s'en servir pour aider ses parents car son père est handicapé : il faisait partie des blessés du City Center. Durant quatre ans, Pete va poster 500 dollars chaque fin de mois, sans que ses parents se doutent de la provenance de cet argent qui va les sortir de la misère. Pete est un fan absolu des livres de Rothstein et va planquer les carnets pour les compulser petit à petit. Deux romans inédits de Jimmy Gold, des nouvelles, des poésies, des essais. C'est une découverte majeure à ses yeux et des collectionneurs se ruineraient pour ces carnets intimes. Et cette idée commence à germer dans sa tête, surtout lorsque la réserve d'argent est épuisée. Arrive ce qui devait arriver : Bellamy sort de prison, liberté conditionnelle. Il est vieux et épuisé. Mais son obsession est restée la même. Reprendre la malle et lire les carnets. Il ne pense qu'à ça depuis trente longues années. Sa déception va se transformer en une haine morbide. Et il va partir à la chasse de celui qui a pris son trésor. Bill Hodges, Jerome et Holly vont aider Pete, suite à l'appel de Tina, sœur de Pete et amie de la sœur de Jerome. C'est une course contre la montre. Car Bellamy retrouve vite le responsable du sacrilège et il ne pardonne rien.

 

Fin de ronde reprend un aspect plus surnaturel que les deux autres romans. Mr Mercedes reprend du service. Je ne vais pas dévoiler l'intrigue, mais on parle de psychokinésie, de tablettes digitales (les fameux Zappits) reprogrammés, le jeu Fishin' Hole et sa démo hypnotisante, les poissons roses à choper, les étranges Dr Z et son acolyte Z-Boy... Mr Mercedes est le Prince du Suicide et Hodges est à cran pour attraper ce tueur redoutable. Sous fond de contrôle mental, King nous délivre un thriller fantastique musclé et terrifiant. Surtout par les personnages attachants et complexes. Quel malheur de quitter Holly, Hodges et Jerome. Se dire qu'on ne les reverra sans doute jamais. Une véritable tristesse après avoir lu la dernière page de cette formidable trilogie. Le deuxième opus est un peu à part, selon moi, dans la cohérence de cette trilogie. C'est plus un hommage à la littérature américaine et à J.D Salinger en particulier, sous les traits de Rothstein (un mélange de Philip Roth et de John Steinbeck ?). Les deux autres opus sont plus proches et putain que le final est émouvant. Pour ne rien vous cacher, j'ai même versé une larme. King a fait le boulot comme jamais. Gloire à William Kermit Hodges, le Off-Ret. Un toufu policier au grand cœur.

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Stan Levine - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

Deux volumes sont consacrés au flic Stan Levine, officier de police new-yorkais. Le premier opus date de 2001 et le second ne sera écrit que neuf ans plus tard ! Ce laps de temps est assez regrettable car « Le 5e jour » laisse le lecteur sur sa faim, surtout par un final trop vite enlevé. Mais je vais trop vite en besogne. Reprenons depuis le début. Levine est un flic brutal et consciencieux marié à une femme juive (un truc récurrent chez Tabachnik). Il sera sans doute le prochain chef de la Police car ses statistiques sont excellentes. Un homme répond à une annonce où un jeune homme sérieux propose ses services pour travailler dans une ferme. D'allure convenable et courtoise, il parvient à emmener la fillette après avoir déjeuné avec la mère du futur ouvrier à qui il a donné une avance. Il prétend se rendre à un anniversaire et la fillette sera ravie de jouer avec des gamines de son âge. Promis, il la ramènera dans la soirée. Mise en confiance, la mère accepte de voir partir sa petite fille avec cet inconnu si serviable. La fillette ne reviendra jamais. Peu après, la mère recevra une lettre où l'homme décrit les sévices faits à l'enfant. Et surtout, il l'a mangée ! Et cuit ses fesses au four avec des légumes.

 

Puis survient le meurtre d'un homo dans une ruelle. Et d'un handicapé dans un parc. L'homme est insaisissable. Les rares témoins décrivent un homme âgé aux cheveux gris, le corps frêle et une fine moustache. Vous l'aurez compris, Tabachnik s'est inspirée largement des crimes atroces commis par le célèbre Albert Fish dans les années trente pour créer le personnage sadique nommé Edgar Nichols. Les flics sont à cran et écument les réseaux pédophiles, mettent le FBI sur le coup et passent New York au peigne fin. Le tueur a une famille et son boulot d'archiviste lui permet une discrétion certaine dans les sous-sols qu'il occupe. Psychose religieuse, rédemption dans la douleur pour s'approcher du Christ, l'homme s'automutile en s'enfonçant des aiguilles dans la verge, l'aine, le ventre, la bouche et les cuisses. Il atteint l'orgasme en torturant et en mangeant de la chair humaine. Levine le provoque en l'insultant à la télévision, mettant en doute les capacités mentales de l'individu. Nichols se venge en kidnappant la fille du flic en se faisant passer pour un aveugle. Il donne cinq jours au policier pour le trouver. Sinon, il mangera sa fille. Désespérée, Sarah (la femme de Levine) participe à l'enquête en recherchant des témoins oculaires. Levine devient fou et violent lors des interrogatoires. Retrouvera-t-il sa fille avant que ce monstre ne la dévore ? Le suspense est terrible et formidablement mené (sauf la fin) et je plains les lecteurs qui ont dû attendre neuf longues années pour lire la suite de cette traque et de voir ce que sont devenus Stan et Sarah après cette morbide épreuve.

 

Dix ans plus tard, on retrouve Levine à Milwaukee. Les choses ont changé. Il ne voit plus sa femme et ses deux autres enfants. Il a passé dix ans à traquer Nichols qui s'est évaporé dans la nature. Par un curieux concours de circonstances, Nichols revient près de Levine et recommence ses crimes sauvages. Le flic reconnaît la signature du criminel, même si les doutes sont nombreux. En parallèle, des attentats islamiques dévastent la ville. Un agent du FBI est infiltré dans le réseau et tente de faire tomber les cerveaux sans trahir sa couverture. Tabachnik reprend ses poncifs habituels et, souvent, ses romans se ressemblent tous. Malgré tout, la lecture est plaisante et procure un bon divertissement. C'est pourquoi j'y reviens souvent. Ce second opus est moins prenant que le premier, mais il a le mérite de boucler ce dyptique avec efficacité.

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La fiancée du vieux renard - Kââ

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

J'ai le cul bordé de nouilles car il semblerait que ce bouquin paru chez Fleuve Noir Polices est introuvable. Et pourtant, je l'ai trouvé chez Emmaüs pour cinquante centimes. Mon oeil de faucon l'avait repéré dans un rayonnage poussiéreux parmi des polars et des séries d'espionnage du genre OSS 117 et SAS. J'ai dévoré cet opus de Kââ en deux jours tant le style est drôle, savoureux et vif. L'auteur n'épargne pas les meurtres, les accidents et les rebondissements qui rythment l'intrigue en tranchant dans le lard. Ce qui ressort également entre les lignes est l'énorme culture de l'écrivain. Notamment la description d'un vol de nuit entre l'Angleterre et Belle-Île-en-Mer. D'ailleurs Kââ nous gratifie d'une annexe à la fin pour expliquer toutes les difficultés à piloter un avion à vue tout en évitant les radars !

Hélas, il faut avoir lu les autres polars de Kââ pour en saisir toutes les subtilités. Il est fait référence régulièrement à "La princesse de Crève" et "Mental". On suit les tribulations d'un dénommé Aurel qui est chargé de récupérer l'objet sexuel (Tatiana) d'un lord qui vient de détourner 150 millions de dollars destinés à l'Afrique du Sud. Tout y passe : truands patibulaires, portes-flingues, ferme minée, armes diverses et variées, bagnoles à fond de train... Aurel a du métier et parvient à dénouer cette pelote gigantesque. Qui dit vrai et à qui se fier ? Aurel finira par appeler une vieille copine à la rescousse : Delphine van der Hallen. Leur périple traversera la France du Nord au Sud, la machination est implacable. En 150 pages, Kââ nous livre un scénario parfait avec , en prime, un peu de cul. Mieux que ça, c'est mal !

 

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Le cercle d'argent - Emmanuel Errer

Publié le par Zaroff et l'infâme Léonox

 

Sans espoir de retour : Le cercle d’argent, d’Emmanuel Errer.

 

Lucien est un flic sur le retour. Il vit dans un monde gris, où les huiles envisagent de privatiser certaines branches de la police, et entretient une relation décousue avec Marie-Jeanne, une infirmière quadragénaire. Cette liaison improbable, entre tendresse et rustrerie, ne semblait pas faite pour durer. Et pourtant… Lucien n’est plus à même de s’engager, et la jolie veuve a bien dû en prendre son parti. Ainsi ont-ils fini par s’habituer à ces retrouvailles aléatoires, qui mettent un peu de piment dans un quotidien morne et sans surprise.

 

Sans surprise, jusqu’au jour où Lucien est témoin d’un braquage. Deux hommes sortent d’une banque en ouvrant le feu sur le vigile. Le policier réplique sans réfléchir : l’un des voyous s’effondre, blessé à l’épaule, pendant que l’autre réussit à prendre la fuite. Lucien se lance à sa poursuite, mais ne parvient pas à le rattraper. La mort dans l’âme, il revient alors sur les lieux de l’altercation, et s’aperçoit avec effroi que les échanges de coups de feu ont fait une autre victime. Un enfant d’une dizaine d’années gît sans vie sur le trottoir.

 

Le décès accidentel de ce petit garçon va tout changer pour le flic revenu de tout. Il se sent responsable, et demande à être chargé de l’enquête. Lucien ne comprend pas comment le second braqueur a pu se volatiliser, et il compte bien faire parler son complice. Seulement ledit complice est retrouvé massacré sur son lit d’hôpital. Il a littéralement été réduit en charpie. Et ce n’est que la première d’une longue série de bizarreries. Car plus le policier poursuit ses investigations, plus le mystère entourant cette affaire semble s’épaissir…

 

Mag, la tenancière d’une librairie-bar située dans le quartier où le tueur a disparu, prétend qu’elle n’a rien vu. Mais Lucien, bien que sensible au charme de la quinquagénaire, se méfie d’elle. Il faut dire que son établissement sert de point de ralliement à des individus pour le moins sulfureux. Et la situation s’aggrave quand Malgar, le collègue martiniquais de Lucien, est pris à partie dans la rue après avoir interrogé Mag et un de ses clients. Une horde de skinheads le passe à tabac, et ce n’est pas seulement en raison de la couleur de sa peau…

 

Suite à cette agression, un autre témoin potentiel est réduit au silence de la plus sauvage des manières. Quelqu’un paraît décidément déterminé à mettre des bâtons dans les roues des policiers, et le quelqu’un en question pourrait bien être très haut placé, car les services secrets sont aussi sur l’affaire. Mais à déterminé déterminé et demi : Lucien est plus résolu que jamais à retrouver le tueur. Même s’il lui faudra pour cela comprendre comment son portrait-robot peut correspondre à celui d’un homme mort depuis plus d’un an…

 

Voilà un bien curieux roman. On y flotte aux côtés de Lucien dans une sorte de rêve éveillé poisseux, et comme lui on sursaute de loin en loin face à l’horreur de certaines situations. Le cercle d’argent apparaît par conséquent comme un possible trait d’union entre les trois personnalités de l’auteur. Emmanuel Errer semble ainsi avoir sollicité son avatar gore Nécrorian pour écrire les scènes de meurtres, de même qu’il pourrait bien avoir consulté Jean Mazarin pour situer son Polar dans un futur immédiat peu reluisant…

 

Quoiqu’il en soit, le dosage est excellent, et ce livre publié en 1992 au Fleuve Noir n’a pas pris une ride. Mais ça n’a rien de surprenant, tant cette remarque s’applique à tous les Noirs signés Errer. Qu’ils soient servis serrés, frappés ou glacés.

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 181, juillet / août 2016.

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