Et les gens continuent de tomber avec la nuit, Ô et Errer me muscle - Heptanes Fraxion

Publié le par Léonox

 

 

 

 

 

De quoi tenir : Et les gens continuent de tomber avec la nuit, Ô et Errer me muscle, de Heptanes Fraxion

 

 

 

 

 

Y a ces gens qui sur Facebook passent leur temps à partager des photos de chats. Et y a ce mec dans mes contacts qui fait rien que de gratter le ventre du singe que j'ai dans le dos.

 

Le genre de gars à poster sans prévenir, à l’heure de l’apéro, une vidéo d'un combat de Holly Holm. (Holly Holm, si vous la situez pas, c'est la championne d'UFC qui a envoyé Ronda Rousey au tapis en 2015 avec un headkick). Moi j'appellerais ça du traitement de choc pour mâle fragile. Mais ce type, il appelle ça de la « poésie contemporaine ». Pourquoi pas. Y en a aussi. En tout cas, ça met la barre. Et pourtant, c'est qu'une mise en (pieds) bouche.

 

Parce que deux heures plus tard, il balance un lien vers une vidéo de The Exploited. Mais pas n'importe quelle vidéo, hein. En fait un montage de cette grosse tuerie de Made in Britain, le film d'Alan Clarke dans lequel Tim Roth incarne un skinhead qui ferait passer tout le cast blanc d'American History X pour des supporters de François Bayrou foncedés à la camomille.

 

Ensuite, le gars va pioncer un coup (du moins c’est ce que je pense sur le moment). Et le lendemain il en remet une couche. Avec une citation et une image extraits de ce puits de noirceur qu’est Alack Sinner, la BD de Munoz et Sampayo. (Je sais pas si les deux volumes de l’intégrale parue en 2007 chez Casterman sont toujours dispos, mais si oui, foncez. Ҫa s’appelle L'âge de l'innocence et L'âge des désenchantements et c'est bon pour ce que vous avez).

 

Et pourquoi je vous parle de tout ça plutôt que des poèmes d’Heptanes Fraxion, moi ? Peut-être bien parce que tout ça a à voir avec la personne qu’il est, mais aussi avec ce qu’il écrit. Peut-être parce que justement, entre Alan Clarke et Alack Sinner, il pourrait y avoir un lien. Comme ce texte incroyable intitulé Rétrofuturisme, jeté par l’auteur sur son mur cette nuit-là, à l’heure où tous les chats sont gris et où ceux qui se gargarisent de leurs photos pioncent.

 

Mais Heptanes Fraxion, lui, il aime que les Chats de Mars. Et la nuit, il se situe plutôt entre chien et loup (le jour aussi, d’ailleurs). Il en profite donc pour partager des textes qui parlent de lui – un peu –, des autres – beaucoup –, de zones d'ombres et de morsures – passionnément. Et de Whitehouse. Et quelqu’un qui parle du groupe le plus offensif et offensant de l'histoire de la musique dans un POÈME (en majuscules, ouais), j'avais encore jamais vu.

 

Bref, comme je disais, y a ce mec qui fait rien que de gratter le ventre du singe que j'ai dans le dos. Mais si je reparle de lui aujourd'hui, c'est pas juste pour bricoler un cut-up de son mur Facebook et le mettre à la disposition de celles et ceux qui ne sont pas « ami.e.s » avec lui.

 

C'est surtout pour signaler que ses recueils Il ne se passe rien mais je ne m’ennuie pas et C’est la viande qui fait ça, que j’avais chroniqués (ou essayé de) l’an dernier, sont épuisés. Sale nouvelle, mais j’imagine qu’il reste quand même quelques éditeurs dignes de ce nom dans la place pour donner à ces deux bouquins la nouvelle vie qu’ils méritent.

 

En attendant, vous pouvez donc retrouver Heptanes Fraxion sur Internet. Et si les poèmes que l’auteur met gracieusement à disposition sur son blog et ses pages ne vous suffisent pas (mais aussi parce qu’il faut bien que je justifie à un moment ou un autre le titre de cette chronique aux trois quarts HS, bon sang), voilà trois fois du costaud pour vous :

 

Et les gens continuent de tomber avec la nuit. 24 poèmes. 36 pages. 6 euros. Aérolithe, 2019.

 

Ô. 10 poèmes. 36 pages. 5 euros. Chats de Mars, 2020.

 

Errer me muscle. 35 poèmes. 54 pages. 8 euros. Gros Textes, 2020.

 

 

Deux plaquettes et un recueil pour moins de vingt balles. Ne choisissez pas. Prenez tout.

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