Cacesthesia - Guy Kermen

Publié le par Tak

 

 

 

 

 

Cacesthesia, de Guy Kermen, est un excellent recueil de récits fantastiques dont je vous recommande vivement la lecture. En une phrase tout est dit et je pourrais presque m'arrêter là... mais ce ne serait pas faire honneur à l'auteur, ni à son talent.

 

Rentrons donc dans le détail : Guy Kermen est l'autre face, disons plus « abordable » (mais pas moins respectable) de l'entité Zaroff. Son côté Dr. Jekyll, là où les écrits du trasheur Zaroff pourraient représenter son Mr. Hyde. Mais surtout, des deux personnages, Guy Kermen est le plus ancien, celui qui a en quelque sorte pavé la voie pour toutes les exactions à venir. L'ignorer serait donc passer sous silence tout un pan de cet étonnant auteur multi-facettes, qui en ses jeunes années, publiait déjà d'excellents récits dans des genres aussi variés que la SF, le Fantastique « classique », le Polar (oui, déjà) ou l'Horreur pure inspirée par les grands maîtres du genre.

 

Et c'est là l'un des aspects les plus notables de ce délectable Cacesthesia (superbe titre, au passage) : ici, Guy Kermen rend hommage à ses maîtres à penser, à ses influences plus ou moins directes et à ses héros de jeunesse. Si la présence en préambule d'un récit nous mettant dans la peau du monstrueux Ed Gein n'a pas de quoi nous surprendre au vu des inspirations du bonhomme, on sera en revanche plus étonné de croiser l'auteur en territoire SF pur avec le très bon GeriaQuarter (que je ne connaissais pas), dans un registre Post-Apo noir de chez noir avec l'excellent Chroniques de Roslaw ou plus loin avec le tout aussi savoureux Le Grand Bordel, payant son tribut au grand Malevil de Robert Merle. Ici, une petite « friandise » lovecraftienne ou là un coup de boule bien senti nous rappelant les mauvaises inclinaisons à venir du sale gosse Zaroff (le truculent Toxic Garbage) ; il y a à boire et à manger ici, mais toujours par le biais de cette plume nerveuse, sèche comme un coup de Trique (autre très bon récit) et qui ne s'embarrasse d'aucune fioriture superflue pour aller droit à l'essentiel.

 

Mais c'est dans la seconde partie du recueil que l'on retrouve le Guy Kermen le plus « classique », car il expose ici ses influences au grand jour, tout en gardant son style si personnel. C'est ainsi que Le Chat de Combourg marche dans les pas de Chateaubriand, tout en nous rappelant le Stephen King corrosif des débuts (auteur qui marquera de sa patte une partie des récits ici présents, même si parfaitement assimilé), tandis qu'un peu plus loin, Sherlock et la Révélation et Mrs. Hellridge témoignent de l'amour de l'auteur pour les grandes figures policières et populaires du XIXe.

 

Les souvenirs de Jean Ray et Céline sont également convoqués à un moment, tandis que le Survival-Horror étouffant du monstrueux Enez Dizesper revient à une forme de polar bruineux et glauque nous rappelant l'importance de sa région natale pour ce breton pur souche et revendiqué. Région qui se taille d'ailleurs une belle part dans la matière inspiratrice du gars Kermen : le crachin, les falaises vertigineuses et la force des éléments sont souvent des personnages à part entière de ses récits, qui en appellent autant à la matière grise du lecteur qu'à ses sens, approche qui n'est pas pour me déplaire. Si on ajoute à tout ça un format souvent très court et resserré et un sens du rythme imparable, il devient difficile de bouder son plaisir.

 

Qu'ajouter de plus ? Si vous aimez la gouaille et l'horreur crasseuse contemporaine du lascar Zaroff, il vous sera difficile de passer votre chemin, mais si vous appréciez aussi les ambiances fortes et prenantes, la littérature SFFF « classique », le Polar ou les écarts tendancieux entre ces différents genres, nul doute que Cacesthesia saura également vous enthousiasmer, comme ça a été mon cas. Des atmosphères, des thèmes, des personnages bien trempés à travers une plume au cordeau sont au rendez-vous et bien plus encore !

 

Notons aussi au passage l'excellent travail des Ombres d'Elyranthe, qui nous délivrent cette matière composite et homogène à la fois dans un très bel écrin, par le biais d'en-tête explicatifs forts intéressants et la traditionnelle interview en fin de recueil qui donne envie d'en découvrir plus sur l'auteur, tout en nous offrant quelques clés de compréhension. Magnifique couverture et travail éditorial soigné : rien à redire, c'est du très bon boulot.

 

Bref, j'ai passé un excellent moment à la lecture de Cacesthesia et j'espère que ces quelques mots sauront éveiller votre intérêt, car il y a ici tout ce qu'on aime. À lire ou à découvrir d'urgence, messieurs, dames !

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C
Mon cher Lekarr, je pense que tu peux l'obtenir en passant par leur page Facebook :
https://fr-fr.facebook.com/ombresdelyranthe/
Il semblerait que leur site ne soit plus actif. Je te remercie pour ton éventuel futur achat. Bon Halloween confiné.
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L
Et puis pourquoi attendre ! Où qu's'est qu'on peut acheter la chose mon cher Zaza ? Ou mon cher Keke su tu préfères !
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L
Il faudra que je m'essaye à ces nouvelles qui m'ont en effet l'air bien différentes des trasheries du sieur Zaroff.
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