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La saga de Mme Atomos # chapitre 6

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La femme scorpion : La saga de Mme Atomos, chapitre 6.

 

Quinze romans. Quinze déclarations de guerre totale. Quinze fois des centaines de morts. Quinze visions d’une Amérique dévastée, un genou à terre. Mais quinze échecs cinglants pour Mme Atomos. Or l’ennemie jurée des États-Unis a beau disposer d’importantes ressources, tant financières que technologiques, elle n’en reste pas moins humaine. En effet, l’objectif d’André Caroff n’a jamais été de transformer Mme Atomos en mutante futuriste ou en amazone extraterrestre. Et si la série a pu perdurer aussi longtemps, c’est non seulement parce qu’elle a su conserver la petite touche de réalisme qui l’ancrait dans le contexte sociopolitique de son époque, mais aussi parce qu’elle présentait des personnages faillibles.

C’est ainsi que dans Mme Atomos jette un froid, Kanoto Yoshimuta ne se contente pas de concevoir un fusil réfrigérant qui a le don de transformer ses victimes en poupées de glace cassantes comme du verre, mais elle assure ses arrières en obtenant le soutien de militants afro-centristes extrémistes. Selon le bon vieux principe du « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », ce partenariat privilégié a pour objectif avoué la création d’une nouvelle nation réservée aux Noirs et nommée New Africa, qui serait fondée dans le Sud des États-Unis !

Grâce à la hardiesse et la réactivité de Smith Beffort et Yosho Akamatsu, ce projet démentiel échouera comme les précédents. Mais leur malfaisante adversaire conserve toujours une longueur d’avance, ainsi que le prouve le dernier roman officiel de la série, Mme Atomos cherche la petite bête. Grâce à un nouveau modèle de cerveau-moteur miniature, qu’il est désormais possible d’introduire par simple projection, une véritable panique va se répandre comme une trainée de poudre sur le Wyoming. Car il n’est plus tant question de contrôle que de meurtres de masse. Et les meurtres en question n’étant pas ici commis par des hommes, ils s’avèrent d’autant plus imprévisibles…

Après la fin d’ « Angoisse », un ultime roman put paraître dans la collection « Anticipation » en raison du caractère hybride de la saga. Et c’est tout naturellement qu’il figure, sous le titre Les sphères de Mme Atomos, au sein de l'intégrale Rivière Blanche. Les mêmes personnages y sont cette fois confrontés à des petites soucoupes volantes dissimulant des inducteurs de pensée, tandis que Mme Atomos a décidé de semer la terreur et la violence de façon pyramidale en s’attaquant au sommet de l’état. Se posant ainsi en spectatrice, elle entend bien faire prendre aux députés le même genre de décision qui a réduit Hiroshima et Nagasaki en cendres. À cette différence près qu’en l’occurrence les victimes seront américaines…

Une conclusion en apothéose, qui permet à l’auteur d’apporter la touche finale à ce portrait de femme tout en contrastes. Car comment ne pas succomber au charme envoûtant de la dame lorsqu’elle demande avec candeur à son âme damnée Isadori : « Tu ne trouves pas que j’ai un peu grossi » ? Comment ne pas être touché par cette femme qualifiée de folle par Smith Beffort, lorsqu’elle lui rappelle l’abomination du double bombardement qui a changé sa vie et celle de son peuple, ponctuant son terrible réquisitoire d’un implacable « Où sont les fous » ? Deux extrêmes qui reflètent toute la richesse et l’ambiguïté d’un personnage dont André Caroff a su faire la figure de proue d’une forme de littérature populaire n’excluant pas certain sous-texte politique. Voilà pourquoi Mme Atomos est éternelle. Parce que son « v » est à la fois celui de la volupté, de la victoire et de la vengeance. Et parce que les fous sont partout.

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La saga de Mme Atomos # chapitre 5

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Mue serpentine : La saga de Mme Atomos, chapitre 5.

 

À l’instar de ses prédécesseurs, ce cinquième volume des aventures de Mme Atomos utilise les rouages d’une friction de cauchemar (le réel, donc) pour mieux délivrer, par le biais d’une fiction fantasmée, l’antidote qui permet d’y résister. Avec le judicieusement intitulé Mme Atomos change de peau, l'auteur donne d’ailleurs un nouveau souffle à sa saga en introduisant une notion pour le moins surprenante dans ce monde de violence et de destructions massives. En effet, la maléfique Japonaise ne se contente pas de s’y inspirer de son ennemi Smith Beffort (lequel avait recruté un certain nombre de repris de justice afin de mieux combattre Kanoto Yoshimuta sur son propre terrain) en puisant dans les bas-fonds de la société américaine afin de reconstituer son armée décimée. Non, Mme Atomos n’est pas de celles qui dupliquent les attitudes : elle est beaucoup plus intéressée par la duplication des hommes !

C’est ainsi que notre mégère faussement apprivoisée se présente sous l’apparence d’une jeune journaliste japonaise nommée Icho Fuji dans le très sensuel Mme Atomos fait du charme ! Plus déterminée que jamais, la vénéneuse ennemie de l’Amérique a décidé de profiter doublement de sa nouvelle et charmante apparence. Dans un premier temps, elle a entrepris de séduire le sémillant Yosho Akamatsu afin, semble-t-il, de satisfaire ses nouveaux appétits… Mais ce climat langoureux va bien vite laisser place à une atmosphère des plus inquiétantes.

En effet, Smith Beffort ne tardera guère à réaliser que sa femme Mie Azusa et son ami Yosho ont été exposés respectivement à un clip et à une montre radioactive en provenance de… la belle Icho Fuji ! Madame Atomos va donc se trouver contrainte à fuir mais, et c’est là tout le sel du roman, elle ne pourra plus se présenter devant ses sbires, qui ne la reconnaîtraient pas sous sa nouvelle apparence ! Savoureux paradoxe, qui verra Icho Fuji prendre la tête de l’organisation criminelle grâce à un ordre donné par… Mme Atomos ! Cette ambiguïté se dissipera toutefois dans l’Empreinte de Mme Atomos car, justement, les empreintes digitales ne mentent pas. Cependant, après avoir été reconnue de part et d’autre, Kanoto Yoshimuta réussira à tirer profit de la situation pour mieux reprendre son obsessionnel travail de sape…

Un échange très intéressant entre Smith Beffort et son épouse résume d’ailleurs fort bien la tournure « intime » prise par la série à mi-parcours : « — Nous vivants, les actions de notre ennemie resteront limitées et ne tendront qu’à nous attirer dans un piège. — Si elle nous tue, elle se retournera contre les Etats-Unis. Donc, nous devons demeurer en bonne santé ». Un dialogue étonnamment fataliste et combattif à la fois, qui en dit long sur l’exceptionnel tempérament de ce couple uni pour le meilleur en théorie, mais plus souvent pour le pire dans la pratique. Et qui trouve un terrifiant écho un peu plus loin dans le roman, quand Mme Atomos attend que le sort des deux empêcheurs de terroriser en rond soit scellé pour répandre 10 000 ampoules pleines d’une substance bactériologique mortelle sur les États-Unis…

J’ai déjà écrit à plusieurs reprises que Rivière Blanche est un éditeur d’exception. Préfacé par Dominique Rocher, qui évoque « Angoisse », agrémenté d’une malicieuse nouvelle inédite, où François Darnaudet et Jean-Marc Lofficier dotent Mme Atomos d’un programme spatial bien spécial, cet omnibus formidable, composé des numéros 156, 160 et 169 de la mythique collection du Fleuve Noir, en est une preuve supplémentaire. Quand la fiction devient friction, les frissons provoqués par Mme Atomos ne sont plus seulement ceux de l'Angoisse...

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La saga de Mme Atomos # chapitre 4

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Lady vengeance : La saga de Mme Atomos, chapitre 4.

 

Inoxydable. Telle un phénix de métal renaissant des cendres radioactives tombant en une pluie acide sur les ruines d’Hiroshima, Kanoto Yoshimuta, alias Mme Atomos, se dresse une nouvelle fois, hautaine et insaisissable, pour cracher une lave toxique au visage de l’Amérique. Toujours plus créative et dangereuse, l’obsessionnelle Japonaise ressemble à un roseau au cœur de bambou : si elle peut parfois plier, jamais elle ne rompt, et chaque défaite est pour elle une Naniwa sur laquelle elle affûte son inextinguible soif de destruction…

Dans le torride Mme Atomos crache des flammes, elle apparaît de fait comme l’incarnation d’un fantasmatique dragon femelle en jouant avec un feu d’une nature bien particulière… Ses ressources paraissent inépuisables et, bien qu’ayant essuyé de sévères revers dans les livres précédents, Kanoto Yoshimuta a réussi à se retrancher sur son île nommée… « Atomia » ! Grâce au Grand Cerveau qui lui permet d’agir à distance sur les éléments, elle peut ainsi déclencher un nouveau plan machiavélique. Smith Beffort et Yosho Akamatsu vont avoir d’autant plus de mal à le contrecarrer que Mme Atomos ne se trouve jamais où on l’attend, et que le fait de la capturer n’indique pas, loin s’en faut, une éradication de la menace…

Le roman suivant, Mme Atomos croque le marmot, est malgré son titre « pop », un tournant dramatique dans la série. La diabolique Japonaise n’a en effet pas renoncé à se venger de Mie Azusa, ex-Miss Atomos devenue Mme Beffort. La jeune femme est même devenue une cible de premier choix depuis qu’elle a donné à l’agent du FBI un petit Bob bien difficile à protéger… C’est ainsi que la décision d’isoler la jeune mère et son fils dans un lieu tenu secret, surveillé par une équipe de G-Men prête à intervenir jour et nuit semblait aussi justifiée qu’avisée… Las, nul obstacle ne peut dissuader Mme Atomos, et cette fois-ci les conséquences seront aussi épouvantables que funestes pour certains protagonistes majeurs… Un arc aussi sombre appelait un développement à la hauteur, et le moins que l’on puisse dire est que sa suite, le judicieusement intitulé La ténébreuse Mme Atomos, relève le défi avec brio. Après un préambule servant de lien douloureux avec les terribles évènements précédents, l’auteur donne une ampleur nouvelle à son récit, rappelant que Mie Azusa était une femme d’action avant de devenir une mère… Smith Beffort et son épouse ne combattent plus seulement le mal incarné, mais aussi et surtout la peur insidieuse de le voir frapper à leur propre porte, et cette double caractérisation donne un véritable supplément d’âme à des personnages toujours sur le fil du rasoir… Et ils auront encore besoin de puiser dans leurs ressources pour neutraliser l’un des soutiens logistiques et financiers les plus surprenants de leur ennemie : l’O.A.A.M.A., soit… L’Organisation des Amis Américains de Mme Atomos !

Les trois romans composant ce recueil édité par Rivière Blanche, respectivement numéros 146, 147 et 152 de la collection Angoisse, et parus à l'origine entre 1967 et 1968, n'ont, à l'instar de leur protagoniste principale, pas pris une ride. Ce quatrième volume s'avère donc tout aussi indispensable que ses prédécesseurs, et ses immenses qualités devraient être célébrées dans les meilleures écoles de littérature populaire. Et si de telles écoles sont hélas devenues rares, raison de plus pour aller puiser à la source de ce magistral cours de narration, délivré par l’un des maîtres du genre. André Caroff se fera un plaisir de mettre les petits plats dans les grands et de vous offrir en apéritif son cocktail Molotov maison. Bien frappé.

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La saga de Mme Atomos # chapitre 3

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Opération peur : La saga de Mme Atomos, chapitre 3.

 

Madame Atomos n'est pas de celles qui renoncent facilement. Après six revers lourds en pertes techniques et humaines, d'autres qu'elle se seraient découragés. Heureusement pour les lecteurs, et malheureusement pour le reste de l’humanité, Kanoto Yoshimuta n’ayant rien d’une jeune fille en fleurs, elle ne se retranche dans son jardin secret que pour mieux y cultiver les plantes les plus vénéneuses… C'est ainsi que dans le premier roman de ce troisième recueil édité par Rivière Blanche, L’erreur de Mme Atomos, l’enlèvement du toujours fringant Yosho Akamatsu va lui permettre de détourner l’attention pour préparer au mieux une nouvelle offensive, toujours fondée sur de perverses manipulations collectives…

Imaginez un peu combien de temps vous pourriez supporter d’être entièrement privé de sommeil par un bruit permanent et surpuissant… Aidé par la « Force dragon vert » nouvellement créée (un ramassis d’anciens truands aussi sympathiques que dévoués à la lutte anti-Atomos) l’agent Smith Beffort va devoir faire preuve d’une grande pugnacité pour délivrer son ami et reprendre l’avantage dans une partie qui semblait mal engagée. L’issue dépassera même ses espérances, puisque la Cité Atomos, merveille de haute technologie sous-marine à la fois repaire, base arrière et laboratoire de Kanoto Yoshimuta, sera anéantie par des chapelets de mines. Une belle victoire, mais la guerre est loin d’être gagnée pour autant…

En effet, la Japonaise ne tarde guère à riposter, ainsi que le prouve le très ironique Mme Atomos prolonge la vie. Non contente d’avoir survécu à la destruction de sa cité, elle a décidé de transformer l’état du Rhode Island en un îlot préservé de la maladie et du vieillissement ! Curieuse stratégie, dont le but véritable est proprement diabolique : spéculant sur des vagues de migration massive, Mme Atomos vise ici l’implosion des États-Unis par la surpopulation, puis par la pénurie d’emplois, de logements et de vivres qui ne manqueront pas de survenir ! En parallèle, elle n’hésite pas à s’en prendre à la famille de Smith Beffort et, pire encore, se permettra même d’exercer un odieux chantage auquel il était exclu de ne pas donner suite…

Le troisième roman de cet omnibus constitue par conséquent une sorte d’apothéose : la menace qui pèse sur les Etats-Unis ayant pris une tournure plus « intime », il est impossible de ne pas s’impliquer dans la lutte acharnée que mène l'agent du FBI pour retrouver les siens. Et c’est ici qu’il faut rappeler tout le talent de l’auteur qui, en artisan avisé, savait pertinemment qu’une bonne histoire ne fonctionne pas si elle n’est pas servie pas de bons personnages. Alors oui il serait possible, selon le bon vieux principe de la chronique « de genre », de vanter Les monstres de Mme Atomos en insistant sur un quota d’action, d’armes, de morts, de monstres et de bijoux technologiques dont James Cameron serait jaloux. Et ?

Vous qui lisez ces lignes vous doutez déjà de tout cela. En revanche, on ne vous a peut-être pas assez dit tout le bien qu’il faut penser d’André Caroff, dont le style puissamment cinématographique, les découpages et le sens du rythme sont autant de belles leçons aujourd’hui encore. On ne vous a peut-être pas suffisamment vanté les qualités d’un écrivain qui, loin de se contenter d’aligner les archétypes et les clichés, a réussi à faire évoluer ses personnages sans jamais perdre le fil d’une série riche de dix-huit épisodes. Alors j’insiste. Certains artisans ressemblent diablement à des artistes. Et ce volume compilant les numéros 136, 140, et 143 de la collection « Angoisse » s’impose comme un nouvel opus magnum.

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La saga de Mme Atomos # chapitre 2

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Femmes criminelles : La saga de Mme Atomos, chapitre 2.

 

Le premier roman de ce deuxième omnibus Rivière Blanche, Miss Atomos, introduit un nouveau personnage nommé Mie Azusa (la « Miss Atomos » en question), dont l'impact sur le valeureux agent du FBI Smith Beffort et, par voie de conséquence, sur l'avenir de la série, va se révéler considérable. La jeune femme, dont la volonté est annihilée 23 heures sur 24 par un cerveau-moteur, va en effet profiter de l'heure de répit nécessaire à son organisme, et contacter Smith Beffort au moment où la Floride est en proie à de mystérieuses attaques... Un double parallèle avec la notion de « péril jaune » et l'univers de Bob Morane peut dès lors être effectué. Si Mme Atomos rappelle L'Ombre Jaune, le personnage de Mie Azusa se rapproche en effet des figures ambigües délicieusement incarnées par Miss Ylang-Ylang, chef de l'organisation Smog, et Tania Orloff, nièce de Monsieur Ming, autres belles plantes exotiques au service d'entreprises criminelles mais « secrètement » amoureuses du héros. André Caroff se montre toutefois plus tranchant et réaliste: les relations entre ses protagonistes ne resteront pas longtemps platoniques, et la schizophrénie artificielle de la jeune Japonaise apparaît comme un véritable ressort dramatique.

Grâce à ce Jekyll & Hyde au féminin, l'auteur peut ainsi nous servir un cocktail détonnant où coup de foudre et odeur de poudre sont savamment mêlés: faites l'amour, ET la guerre ! Car c'est bien de guerre qu'il s'agit, et à tout conflit ses « dommages collatéraux ». À la fin de Miss Atomos, un personnage de premier plan sera même sacrifié sur l’autel de ce « serial » kamikaze, lequel rebondira néanmoins de manière pour le moins surprenante avec le très « exploitation »… Miss Atomos contre KKK ! Derrière ce titre haut en couleur (si j’ose l’écrire) se cache un récit passablement inattendu. Pour la première fois dans l’histoire de la saga, l’Organisation Atomos n’y applique pas un plan d’ampleur mûrement réfléchi, mais adapte ses méthodes radicales à un micro-conflit régi par la stricte loi du talion, où le Ku Klux Klan se trouvera vite dépassé par la férocité de son adversaire…

L'intérêt du roman ne se réduit cependant pas à ce - certes réjouissant - jeu de massacre: le duel à distance opposant Miss Atomos et Smith Beffort irrigue et dynamise l'action, d'autant que l'homme du FBI semble avoir trouvé un moyen de conjuguer la défaite de Miss Atomos et la libération de Mie Azusa... Le bien nommé Retour de Mme Atomos va cependant permettre à la femme fatale ultime de réagir à cette provocation en reprenant l'initiative, et elle va même faire passer sa lutte contre les États-Unis au second plan pour mieux employer ses forces à traquer le couple qui lui résiste… Smith Beffort et Mie Azusa ayant cependant fait leur l'adage selon lequel « la meilleure défense, c'est l'attaque », la situation ne va guère tarder à s'inverser, et les antagonistes vont s'adonner à un jeu du chat et de la souris dopé par une angoisse paranoïaque et des retournements de situations constants.

Initialement parus dans la mythique collection « Angoisse » du Fleuve Noir (numéros 124, 130 et 134), ces romans explosifs et inventifs fournissent une nouvelle preuve par trois de l'exceptionnelle qualité de la série. Écrite vite mais bien, menée à un train d'enfer et n'hésitant pas à se servir des codes en usage pour mieux les transgresser sans vergogne, La Saga de Mme Atomos s’impose comme un incontournable de la littérature populaire française, auquel ces superbes rééditions de Rivière Blanche rendent un hommage amplement mérité.

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La saga de Mme Atomos # chapitre 1

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Hiroshima, mon amour : La saga de Mme Atomos, chapitre 1.

 

1945. La seconde guerre mondiale trouve une issue à la (dé)mesure de son horreur dans l'anéantissement des deux villes japonaises Hiroshima et Nagasaki par des bombes atomiques américaines. 1954. Les alliés d'hier sont devenus les ennemis d'aujourd'hui, et on parle désormais de « guerre froide » entre les États-Unis et l’URSS. En France, les éditions Fleuve Noir, bien connues des amateurs de littérature populaire grâce à leurs collections « Espionnage », « Spécial Police » et « Anticipation », s'engouffrent dans la brèche ouverte par cette période où tout semble possible - le pire ne s’est-il pas déjà produit ? - pour promouvoir un genre mal perçu chez nous: le Fantastique. La collection « Angoisse » est née.

1964. J.F. Kennedy est mort depuis un an quand André Caroff, auteur « maison » et prolifique du Fleuve Noir signe, après avoir écrit onze livres en trois ans pour « Angoisse », son premier roman consacré à Mme Atomos. Un tour de force autant qu'une incroyable « somme de toutes les peurs », dans la mesure où ce récit offre rien moins qu’une synthèse stylistique et thématique des quatre genres précités ! La sinistre Madame Atomos oppose en effet le meilleur de la police et des services secrets américains à une super-méchante Japonaise assoiffée de vengeance, dont la maîtrise de l'atome lui a permis de se constituer une armée de zombies équipée de fusils désintégrateurs, pour déclencher une guerre contre les États-Unis !

Un personnage aussi radical ne pouvant être contrecarré aisément, André Caroff met en place dès le premier épisode une équipe de choc constituée de Smith Beffort, agent du FBI, du docteur Soblen, spécialiste en énergie atomique, du « Singe », collaborateur direct de J.E. Hoover, ainsi que de Yosho Akamatsu, dynamique agent spécial de la police japonaise. Une galerie de protagonistes courageux et déterminés, que l’on retrouve avec plaisir dans le deuxième roman de la série, Mme Atomos sème la terreur, où celle qui ne tarde guère à s’imposer comme l’ennemi public numéro un utilise cette fois un immense champignon radioactif, puis des araignées mutantes géantes pour tenter de rayer le Texas de la carte.

Malgré un nouvel échec, qui aura quand même fait subir aux États-Unis des pertes humaines colossales et des dégâts matériels considérables, notre dragon femelle n'entend pas en rester là. Véritable Docteur Mabuse en jupons, elle n'apparaît quasiment jamais en personne, usant de clones à son image afin de mieux tirer les ficelles en coulisse. Vouant son aberrante créativité à son fantasme fanatique, elle ira même jusqu'à inventer dans l'opus suivant (Mme Atomos frappe à la tête) une onde "raciste" qui, plongeant les Blancs en catalepsie tout en épargnant les Noirs, lui semble le meilleur moyen de provoquer une guerre civile en Amérique ! Un parti pris thématique pour le moins audacieux au milieu des années soixante…

2014. Fort d'une écriture nerveuse et efficace, d'un sens de la narration et du suspense redoutable, d'effets judicieusement dosés, ainsi que d'une absence totale de retenue lors d'explosions de violence aussi nombreuses qu'inattendues, le début de cette saga magistrale se dévore encore aujourd’hui avec un plaisir gourmand, et ce un demi-siècle après sa rédaction. Les éditions originales d’« Angoisse » (numéros 109, 115 et 120) sont rares et onéreuses, mais un opulent volume rassemblant ces trois romans est disponible grâce aux vaillantes éditions Rivière Blanche, qui inaugura ainsi en 2006 sa collection « Noire ». Si j'osais, je vous dirais bien qu'il serait criminel de vous en dispenser... Comment ça, je viens de le faire ?"

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