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Otherlands Blitzkrieg

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Voilà une très chouette anthologie ! Beaucoup de bonnes choses, d'autres qui m'ont moins accroché mais aucun des participants n'a à rougir : tous les récits présentés possèdent leur force, ainsi qu'un solide niveau de plume. Seul petit bémol : j’aurais préféré que les auteurs varient davantage les décors ou lieux visités dans leurs textes – ce qu’on ne trouve ici que de façon exceptionnelle. Pourquoi ne pas traiter des conflits du Pacifique ou en Afrique ? Il y avait pourtant un large potentiel pour diversifier un peu le cadre de ces histoires. Mais ne faisons pas la fine bouche, car l'ensemble du matériel proposé reste quand même d'une très honorable qualité. Le Fantastique et l'Horreur sont les genres les plus représentés, mais quelques incursions en territoire SF permettent également de varier le propos. De ce côté-là, on a un joli panel de styles et d'ambiances différentes. Petit passage en revue :

 

Dunkelheit d'Emmanuel Delporte : On commence fort avec ce texte qui nous met directement dans le bain. Du mystère, une forêt damnée, des nazis, des horreurs inexpliquées et un parfum sulfureux d'ésotérisme : à lui seul, ce texte est une vitrine de l'anthologie, car on y retrouve tous les éléments décrits en quatrième de couverture. Et c'est peut-être sa force autant que sa faiblesse, car bien que parfaitement écrite, cette nouvelle ne nous offre que peu de surprises. Mais le découpage est efficace et la plume assez accrocheuse pour passer un bon moment.

 

Wagons de l'Enfer de Françoise Grenier-Droesch : Là aussi, une belle réussite. On retrouve cet écart entre les pires horreurs et une approche à la lisière du conte. Ceci dit, malgré les épreuves subies par le héros, on reste sur une note finale presque optimiste, apportant un peu de lumière dans cet insondable gouffre de désespoir. Une très bonne histoire.

 

Amnésie de Lily Rose : Un bon récit dont le mystère est contenu dans son simple titre. Je n'en dirai pas plus pour ne pas déflorer la surprise, mais j'ai beaucoup aimé le traitement de l'idée de base ainsi que son dénouement. J'ai trouvé aussi de belles qualités de plume chez cette jeune auteure dont je n'avais jamais entendu parler.

 

Homonculus de Christophe Tréfeu : Belle surprise aussi que ce texte, mettant un rabbin aux prises avec un officier nazi dans un rapport de force très bien mené. Une bonne partie du récit se déroule par le biais des dialogues et je m'en suis régalé. Le rabbin se sert des mots comme d’une arme, alors que son adversaire ne peut que botter en touche sans utiliser la force pure (restée ici hors-champ). La plume est très plaisante et j'ai beaucoup aimé le discours général. Quant à la chute, elle amène un petit parfum de folklore très agréable et apporte une force supplémentaire au propos. Excellent texte.

 

Démon d'Acier de Ruwan Aerts : L'un des habitués d'Otherlands nous offre là un très bon récit, dense et assez terrifiant par moments, faisant de ses affreux chars des personnages à part entière. On verse ici dans un Fantastique plus « classique » mais parfaitement calibré, huilé comme une machine de guerre. Le fait de mêler ces machines de mort aux agissements de « L'Ange de la Mort » est une excellente idée, qui sert bien la thématique générale. Encore une fois, très bon texte.

 

Ultima Thulé de Patrick Quélard : Comme le titre de cette nouvelle l’indique, il est ici question de l'Ordre de Thulé, et j'ai trouvé que l'auteur s'en servait à merveille pour poser la toile de son mystère. La construction narrative et sa façon d'évoquer une terreur ancienne revenant peu à peu à la vie pour s'insinuer dans notre société m'a rappelé les écrits du grand HPL. Mais point d'horreurs cosmiques ici : on reste dans la suggestion, renforçant l'atmosphère inquiétante que nous brosse l'auteur le long des pages. La chute, sombre à souhait, apporte toutefois une note de rédemption aussi inattendue que « rassurante », en un sens : les hommes, bons ou mauvais, ne restent finalement que des hommes. Il n'est jamais trop tard pour se rappeler une conscience...

 

Stalag 61 d'Amria Jeanneret : Très bon texte encore une fois, qui nous dépeint une autre facette de l'horreur des camps. Mais l'auteure a eu la bonne idée de lui adjoindre une touche de Fantastique en creux, ne se dévoilant complètement qu'à la toute fin. Si le thème en lui-même m'a plu, j'ai surtout apprécié ce récit pour ses qualités narratives, porté par une plume sensible et à fleur de peau. Un texte très réussi en son genre autant que dans son approche.

 

Die AbwartSSpirale de Patrick Godard : Celui-là m'a un peu moins accroché, malgré son idée intéressante et la plume de l'auteur, à la limite entre le gravitas et l'ironie mordante. Mais sur le fond il m'a peut-être manqué un petit soupçon d’intensité pour adhérer pleinement.

 

La Dame Écarlate de Vendarion d'Orépée : Un huis-clos dans un sous-marin rempli d'officiers allemands. Mais l'entrée en matière d'un pseudo-sorcier italien amène une touche de mystère et de surnaturel qui ne cessera d'aller en s'amplifiant jusqu'à la fin. J'ai beaucoup apprécié le parfum mystique amené par la résurgence d'anciennes légendes et mythologies. Cet apport fonctionne très bien et fait de ce texte l'un des plus aboutis de ce recueil à mon sens, jouant à merveille de son contexte pour nous amener dans un ailleurs loin de la guerre, tout en y restant ancré. Probablement l'une de mes nouvelles favorites de cette anthologie.

 

Un Seul Homme de Sylvain Lamur : Ici, l’auteur prend une direction plus SF, mais tout aussi réussie. Là encore, je m'obligerai à ne pas en dire trop tant ce texte marche sur l'effet de surprise, mais celui-ci est parfaitement maîtrisé dans ses effets comme dans sa plume, en jouant des ruptures de ton et des détails pour donner une crédibilité inattendue à un récit qui part dans beaucoup de directions à la fois. L'intrigue est savamment construite, les différentes chronologies se mélangent dans un jeu de miroirs menaçant à tout instant de nous exploser au visage. En traitant le thème par d'étranges chemins de traverse, Sylvain Lamur nous offre là un texte aussi réussi que déstabilisant. Excellent !

 

Comme un Hurlement Silencieux de Danny Mienski : Belle surprise encore une fois avec ce récit d'invasion assez étonnant. Les premiers « chapitres » nous envoient d'une fausse piste à l'autre, tout en se raccrochant à quelques figures historiques pour mieux ancrer l'intrigue dans son contexte. La seconde partie, elle, joue la carte du Fantastique à fond pour un final assez réjouissant, tandis que la conclusion promet un avenir plus sombre encore que les atrocités déjà commises. Là encore, un texte qui se joue judicieusement des attentes pour explorer des zones excitantes et imprévues.

 

Incursion de Billie Colin : Peut-être l'un des textes qui m'a le moins accroché, malgré une approche personnelle et quelque peu différente des thèmes centraux de l'ouvrage. Si la lecture ne m'en a pas été déplaisante, j'ai trouvé néanmoins que la nature du personnage, un poil trop prévisible, déflorait quelque peu la surprise de la chute. Du coup, j'ai eu du mal à m'impliquer davantage dans le récit, qui sans être mauvais, ne m'a pas non plus réellement transporté. Dommage...

 

Ubermensch Projekt de Simon Boutreux : On finit par un texte qui, tout comme l'histoire introductive, reste parfaitement balisé dans l'esprit et la thématique générale. Le Fantastique est bien présent, suscitant une atmosphère prenante, voire même quelques frissons. J'ai beaucoup aimé cette quête du personnage en forme d'obsession, ainsi qu'une intéressante idée de filiation. Hélas, j'ai trouvé la partie finale un peu trop « classique » et manquant d'un petit zeste de folie pour aller jusqu'au bout de sa terrible logique. Je dois néanmoins saluer les excellents ressorts narratifs, tout comme les très bonnes idées disséminées ici et là, par petites touches.

 

En conclusion, je dirai donc que Blitzkrieg se révèle une anthologie de très bonne tenue, exploitant jusqu'au bout ses différentes thématiques et offrant même parfois quelques jolies surprises. Encore une fois, je ne peux que saluer le travail accompli, tant dans le fond que dans la forme, grâce à l’implication conjointe des auteurs et de l'équipe éditoriale, qui a apporté beaucoup de soin à la maquette et à la couverture. Bref, un bien bel objet, rempli de talents à découvrir ou à redécouvrir. Vivement recommandé à ceux que le sujet est susceptible d'intéresser ou aux curieux de tout poil !

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Ténèbres 2015

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Première constatation en ouvrant ce volume : il y a de quoi faire ! Un menu riche et consistant, au point qu’il me serait difficile de présenter chaque nouvelle en détail, car il y a beaucoup à dire sur l'ensemble. Je me contenterai donc d'affirmer que dans l'ensemble j'ai passé un très bon moment. Pour autant, si à mon sens la plupart des textes sont quasiment au même niveau, il serait forcément erroné d'affirmer que je les ai tous appréciés de la même façon (l'histoire habituelle des goûts personnels et sensibilités), mais ainsi en va-t-il de la plupart des recueils ou anthologies.

 

Ça commence de belle façon avec une histoire de zombies au traitement plutôt original et qui malgré le thème éculé, donne vite envie de poursuivre. Ensuite, ça enchaîne magnifiquement avec Péché de Chair de Catherine Robert, gros coup de poing dans le bide (et qui arrache tout le reste au passage), et on continue ainsi de découvertes en bonnes surprises. Avec quelques baisses de niveau aussi, par moments – avec Le Spot de la Mort, par exemple, sur lequel je me suis un brin ennuyé, malgré une idée pourtant plutôt fun à la base. J'ai beaucoup aimé L'Amour, la Haine et la Mer d'Ordures, si Belle, qui se joue effectivement d'une approche poétique barrée à l'image de son titre, pour rester sur une très belle note émotionnelle.

 

Et mention spéciale, en ce qui me concerne, à la très belle La Décharge, tout à fait dans mes goûts, avec son mélange de mélancolie, de fantastique et de terreurs enfantines mais où l'on parle aussi de transmission ou du pouvoir de l'imagination. Un gros coup de cœur pour ce récit (qui est d'ailleurs le plus long du recueil). Très bon moment aussi avec Hanako-San y es-tu ?, de Henri Bé, qui traite intelligemment des mythes urbains à la sauce japonisante, tout en se révélant très efficace et accrocheur :  l'écriture coule, fluide et tranquille, tout en nous plongeant rapidement dans le cœur du mystère sans avoir l'air d'y toucher. Un auteur à suivre de près, assurément... !

 

Pour le reste, pas mal de très bonnes choses aussi : La Tache, par exemple, avec son pitch tout droit sorti d'un épisode de Twilight Zone, ou l'excellente et étrange Corps Étranger de Laurent Morival, à l'efficacité et à la dynamique pernicieuse toute Kingienne – mais à côté aussi de moins bonnes (par exemple certains récits en fin de recueil, dont je ne sais pas trop quoi penser).

 

Je me rends compte, avec le recul, que mes textes préférés sont finalement ceux qui s'éloignent le plus des grandes figures classiques du genre Fantastique/Horreur, pour explorer des territoires plus déviants. Beaucoup d'approches différentes, qui passent par des chemins de traverse et donnent envie d'en découvrir davantage en s'avançant dans ces sombres ornières.

 

Notons enfin la présence au sommaire de nombreuses plumes francophones franchement talentueuses. Qu’ils soient confirmés ou en devenir, tous ces écrivains livrent ici le meilleur d’eux-mêmes. Ce qui, en tant qu'auteur amateur, me donne envie également de me booster pour atteindre le même niveau... Une très belle publication dans tous les cas !

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Cacesthesia - Guy Kermen

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Cacesthesia, de Guy Kermen, est un excellent recueil de récits fantastiques dont je vous recommande vivement la lecture. En une phrase tout est dit et je pourrais presque m'arrêter là... mais ce ne serait pas faire honneur à l'auteur, ni à son talent.

 

Rentrons donc dans le détail : Guy Kermen est l'autre face, disons plus « abordable » (mais pas moins respectable) de l'entité Zaroff. Son côté Dr. Jekyll, là où les écrits du trasheur Zaroff pourraient représenter son Mr. Hyde. Mais surtout, des deux personnages, Guy Kermen est le plus ancien, celui qui a en quelque sorte pavé la voie pour toutes les exactions à venir. L'ignorer serait donc passer sous silence tout un pan de cet étonnant auteur multi-facettes, qui en ses jeunes années, publiait déjà d'excellents récits dans des genres aussi variés que la SF, le Fantastique « classique », le Polar (oui, déjà) ou l'Horreur pure inspirée par les grands maîtres du genre.

 

Et c'est là l'un des aspects les plus notables de ce délectable Cacesthesia (superbe titre, au passage) : ici, Guy Kermen rend hommage à ses maîtres à penser, à ses influences plus ou moins directes et à ses héros de jeunesse. Si la présence en préambule d'un récit nous mettant dans la peau du monstrueux Ed Gein n'a pas de quoi nous surprendre au vu des inspirations du bonhomme, on sera en revanche plus étonné de croiser l'auteur en territoire SF pur avec le très bon GeriaQuarter (que je ne connaissais pas), dans un registre Post-Apo noir de chez noir avec l'excellent Chroniques de Roslaw ou plus loin avec le tout aussi savoureux Le Grand Bordel, payant son tribut au grand Malevil de Robert Merle. Ici, une petite « friandise » lovecraftienne ou là un coup de boule bien senti nous rappelant les mauvaises inclinaisons à venir du sale gosse Zaroff (le truculent Toxic Garbage) ; il y a à boire et à manger ici, mais toujours par le biais de cette plume nerveuse, sèche comme un coup de Trique (autre très bon récit) et qui ne s'embarrasse d'aucune fioriture superflue pour aller droit à l'essentiel.

 

Mais c'est dans la seconde partie du recueil que l'on retrouve le Guy Kermen le plus « classique », car il expose ici ses influences au grand jour, tout en gardant son style si personnel. C'est ainsi que Le Chat de Combourg marche dans les pas de Chateaubriand, tout en nous rappelant le Stephen King corrosif des débuts (auteur qui marquera de sa patte une partie des récits ici présents, même si parfaitement assimilé), tandis qu'un peu plus loin, Sherlock et la Révélation et Mrs. Hellridge témoignent de l'amour de l'auteur pour les grandes figures policières et populaires du XIXe.

 

Les souvenirs de Jean Ray et Céline sont également convoqués à un moment, tandis que le Survival-Horror étouffant du monstrueux Enez Dizesper revient à une forme de polar bruineux et glauque nous rappelant l'importance de sa région natale pour ce breton pur souche et revendiqué. Région qui se taille d'ailleurs une belle part dans la matière inspiratrice du gars Kermen : le crachin, les falaises vertigineuses et la force des éléments sont souvent des personnages à part entière de ses récits, qui en appellent autant à la matière grise du lecteur qu'à ses sens, approche qui n'est pas pour me déplaire. Si on ajoute à tout ça un format souvent très court et resserré et un sens du rythme imparable, il devient difficile de bouder son plaisir.

 

Qu'ajouter de plus ? Si vous aimez la gouaille et l'horreur crasseuse contemporaine du lascar Zaroff, il vous sera difficile de passer votre chemin, mais si vous appréciez aussi les ambiances fortes et prenantes, la littérature SFFF « classique », le Polar ou les écarts tendancieux entre ces différents genres, nul doute que Cacesthesia saura également vous enthousiasmer, comme ça a été mon cas. Des atmosphères, des thèmes, des personnages bien trempés à travers une plume au cordeau sont au rendez-vous et bien plus encore !

 

Notons aussi au passage l'excellent travail des Ombres d'Elyranthe, qui nous délivrent cette matière composite et homogène à la fois dans un très bel écrin, par le biais d'en-tête explicatifs forts intéressants et la traditionnelle interview en fin de recueil qui donne envie d'en découvrir plus sur l'auteur, tout en nous offrant quelques clés de compréhension. Magnifique couverture et travail éditorial soigné : rien à redire, c'est du très bon boulot.

 

Bref, j'ai passé un excellent moment à la lecture de Cacesthesia et j'espère que ces quelques mots sauront éveiller votre intérêt, car il y a ici tout ce qu'on aime. À lire ou à découvrir d'urgence, messieurs, dames !

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Emoragie - Brain Salad

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J'ai passé un excellent moment avec cet opus Trash, qui m'a embarqué dans son Londres occulte et puant de freaks psychopathes en tous genre. Bien sûr, l'influence Barker est présente (comme certains ont déjà pu le noter), mais j'y ai retrouvé un peu aussi de ce foisonnement présent dans le Perdido Street Station de China Miéville – qui reste l'un de mes sommets, en matière de construction d'univers au sein d'une ville tentaculaire emplie de monstres et concepts en tous genres. De ce côté-là, rien à dire : c'est super original et chaque page regorge d'idées et de trouvailles diverses.


Et puis après, il y a ces personnages hauts en couleurs, complètement tordus et fuckés de l'intérieur, renforçant encore l'aspect trash, malsain et décalé de l'univers. J'ai adoré Lorena, forcément, mais Octane, Bible John ou les divers intervenants – à l'image de cet improbable trio du début – valent bien le coup d’œil également : belle bande de tarés et de marginaux tentant de se faire une place dans ce Londres magique aussi malade que dépravé.

 

Quant à la touche gore, elle est là, bien présente, mais elle passe toute seule en appuyant l’aspect sordide et poisseux de l'univers proposé. Elle lui donne même une couleur particulière, comme un Barker complètement décomplexé qui ne reculerait devant rien pour nous dépeindre la folie rampante de ce milieu interlope aux relents de souffre et de déjections en tous genres. Le côté punk et brut de décoffrage du personnage principal répond aux ignominies crasses des autres protagonistes, offrant différents contrastes dans les gammes du rouge et du graveleux. Certains passages sont aussi atroces que « tordants » à leur façon (si l'on peut dire) dans leur absurdité, tout en gardant cette approche frontale et sans concession. J'ai beaucoup aimé cet aspect.

 

S'il n'y avait peut-être qu'un très léger bémol à formuler, je dirais juste qu'une fois compris la psyché et les motivations de l'héroïne, sa quête en forme de vengeance devient assez prévisible, une fois arrivé aux deux tiers environ du roman. De même, j'aurais aimé en savoir plus sur son apprentissage de la magie, avant de la voir passer d'un extrême à l'autre (on a l'impression en effet qu'elle devient rapidement une magicienne confirmée, écrasant sans trop de mal la plupart de ses antagonistes... alors qu'elle était pourtant « novice » quelques jours plus tôt, à peine). Bien entendu le format de la collection joue, mais un ou deux chapitres supplémentaires de ce côté-là ne m'auraient pas dérangé.

 

Ceci dit, je reste sur une excellente impression, aussi bien au niveau du style que du foisonnement d'idées sous-tendant la construction de cet univers complètement barré et envoûtant à la fois. Quant à l'intrigue, c'est net, carré et sans un poil de gras. En lisant entre les lignes, on peut peut-être aussi y déceler un propos sur les grosses corporations s'alignant sur un discours propre et aseptisé pour mieux nous la mettre à l'envers par-derrière. N'est-ce pas sur ce schéma même que fonctionne notre propre société ?

 

Machine étatique ou grosses multinationales : toutes baignent finalement dans le même bain, marchant main dans la main. Et on a tous en nous un brin de Lorena qui a envie de foncer dans le tas pour foutre tout ça en l'air... En ce qui me concerne, je m'y suis totalement retrouvé.


Bref, un excellent roman vite lu mais qui laisse une belle empreinte, ne serait-ce que par son univers riche, tordu et bigarré. Et je ne suis pas près d'oublier non plus cette savoureuse galerie de freaks et « streums » en tous genres. Un très bon roman en définitive : merci à BrainSalad pour cette grande bouffée d'air frais !

 

Rappel de la chronique de Zaroff sur "Emoragie".

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