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Interview de Schweinhund par Zaroff

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Qui est Schweinhund et pourquoi ce nom ?

 

Schweinhund, c’est une créature aberrante issue du cerveau détraqué d’un type qui sévit par ailleurs sous les pseudonymes d’Artikel Unbekannt ou Léonox. Elle a été créée de toutes pièces pour TRASH. Quant à la signification de ce terme, c’est tout simplement la contraction des mots « porc » et « chien », en allemand. Et bien sûr, quand on qualifie quelqu’un de « Schweinhund », il ne s’agit pas vraiment d’un compliment. C’était pour moi une manière d’annoncer franchement la couleur au lecteur. Genre « fais gaffe, ça va pas être confortable ».

 

Bloodfist : pourquoi ce titre ?

 

Il y a quatre raisons, à la fois distinctes et complémentaires. La première, et la plus importante, tient au fait que la scène du « poing sanglant » est une des plus cruciales et, je crois, extrêmes, du bouquin. Ensuite Bloodfist, à l’oral, ça sonne comme Blood feast, le fameux film de l’inventeur du Gore Herschell Gordon Lewis. Et ça me permettait aussi de faire un clin d’œil au Blood-Sex de Nécrorian. Enfin, Bloodfist est le titre d’un film de tape produit par le pape du bis Roger Corman, qui a connu un nombre incalculable de séquelles. Et moi j’aime bien les films de tape. Surtout ceux qui laissent des séquelles.

 

Tu as mentionné deux autres pseudos. À quoi correspondent-ils ? Et quelles sont les différences entre tes trois identités ?

 

En fait, à l’origine, il n’y avait qu’Artikel Unbekannt. J’ai d’abord utilisé ce pseudonyme pour signer des chroniques dans un fanzine. Puis, quand mes premières nouvelles ont été publiées, je l’ai conservé, parce qu’il me plaisait bien. Ensuite, j’ai eu envie d’une nouvelle identité pour TRASH, parce que Bloodfist était très différent de tout ce que j’avais pu écrire jusqu’alors. Quant à Léonox, je ne m’en sers que sur Internet. En résumé, je dirais qu’Artikel Unbekannt reflète mon goût pour l’anonymat, tandis que Schweinhund cherche plutôt la merde confrontation. Et Léonox peut être considéré comme une synthèse des deux. C’est une sorte d’hybride écartelé entre les collections Angoisse et GORE.

 

Tu joues un rôle important au sein de TRASH ÉDITIONS. Quelle est l’origine de ce projet ?

 

Je suis « président » de la société TRASH Éditions, mais c’est juste parce qu’on ne pouvait mentionner qu’un seul nom. En réalité, notre boucherie compte deux hommes à tout faire : mon camarade Julien Heylbroeck et moi. Nous avons décidé de créer cette structure pour promouvoir une forme de littérature qui autorise, voire encourage, les débordements. Avec des bouquins courts et nerveux qui prendraient les lecteurs aux tripes. Or c’était là quelque chose qui d’après nous avait disparu depuis la fin de la collection GORE. Le seul cadre auquel nous tenions était le format poche, car populaire et à la portée de toutes les bourses.

 

TRASH est justement un hommage assumé à cette fameuse collection GORE. Quels sont tes meilleurs souvenirs de ces bouquins ? Tes auteurs culte ?

 

Il est clair que TRASH doit beaucoup à GORE : on n’a jamais cherché à avancer masqués, même si ce serait très prétentieux de notre part de prétendre à un quelconque héritage. Ceci dit, on n’est pas là pour servir du réchauffé. Les hommages serviles et passéistes, c’est pas notre truc. Voilà pourquoi l’appellation les « bâtards de GORE » nous convient très bien. Quant à mes auteurs préférés, il s’agit exclusivement de Français, à l’exception de Shaun Hutson. Julien a une position un peu différente, mais de mon point de vue les bouquins les plus radicaux et intransigeants (et les mieux écrits, aussi) de la collection GORE sont l’œuvre d’auteurs français. Au premier rang desquels figurent pour moi Corsélien et Nécrorian.

 

Comme moi, tu admires l’œuvre de Charles Nécrorian, notamment pour BLOOD-SEX. As-tu déjà rencontré ce grand bonhomme en vrai ?

 

En effet, j’éprouve beaucoup d’admiration à l’égard de Jean Mazarin/Nécrorian. Et oui, j’ai eu la chance de le rencontrer. C’était en juin 2013, à l’occasion de la troisième convention organisée par l’association ImaJn’ère à Angers. Événement qui correspondait à la présentation officielle de la collection TRASH, avec nos trois premiers romans. Une journée inoubliable. Par la suite, nous sommes restés liés, et entretenons depuis lors une correspondance par mail. Mais pour en savoir plus à ce sujet, mieux vaut acquérir La mort en partage, qui vient de paraître chez Rivière Blanche. Car selon mes sources, ce copieux volume contiendrait, outre deux excellents romans, quelques informations exclusives…

 

Quelles furent tes influences, littéraires et autres, pour la rédaction de Bloodfist ?

 

Mes influences littéraires, je les ai déjà évoquées dans l’article intitulé « Pourquoi tant de haine », posté dans la rubrique dédiée à Bloodfist sur ce blog, alors je ne vais pas y revenir. Mais j’ai d’autres sources d’inspiration, même si elles sont sans doute moins perceptibles dans ce que j’écris. La musique (je suis un Electro-Industrial Freak) et le cinéma de genre occupent notamment une grande place dans ma vie depuis très longtemps. Je pense donc que ces deux axes ont dû influer sur le rythme et l’ambiance de Bloodfist. Mais c’est de l’ordre de l’inconscient, et j’aurais du mal à étayer ce ressenti d’exemples précis.

 

Comment écris-tu ?

 

Dans la douleur. Et c’est pas une façon de se poser en artiste tourmenté, hein, pas du tout. Je veux juste dire par là que j’ai une relation à l’écriture assez compliquée. En fait, je ne me considère ni comme un écrivain, ni comme un auteur. Mes textes ne représentent pour moi qu’une série d’accidents. Et à chaque fois, c’est retour à la case départ. Pour moi, la notion d’ « acquis » n’existe pas. De plus, l’écriture est une forme de communication. Car que je sache, on écrit toujours pour être lu. Or je ne trouve pas cette manière de communiquer très naturelle. D’où des questions à la con, du genre « qu’est-ce que j’ai vraiment à dire ? », « et à qui ? ». Et puis, j’ai aussi une conscience très aigüe de mes influences. Certaines sont « digérées », d’autres moins. D’où le fait que j’avais purement et simplement cessé d’écrire pendant cinq ans. Rien. Pas une ligne. Et même depuis que j’ai repris, je dois toujours plus ou moins lutter contre ça. Enfin, je ne suis pas capable de cracher du signe au kilomètre. J’admire, et parfois j’envie, ceux qui en sont capables, mais en ce qui me concerne c’est impossible. Pour toutes ces raisons, l’écriture représente pour moi un processus complexe. Mais les choses trop simples ont tendance à m’ennuyer très vite. Donc…

 

Un livre marquant ?

 

Les chants de Maldoror.

 

Un film marquant ?

 

Der Todesking, de Jörg Buttgereit.

 

T’es-tu essayé à d’autres formes d’expression artistique ? Peinture, musique, dessin, vidéo ?

 

Non. Je me concentre sur la littérature. Lecture, écriture et édition. C’est déjà pas mal.

 

Le gore est-il pour toi un défouloir, une récréation ou une exploration psychanalytique ?

 

Rien de tout ça. Si j’ai envie de me défouler, je cogne sur un sac de frappe. Si je veux me distraire, je regarde un film d’action hongkongais. Et je ne crois pas du tout à la notion d’ « exploration psychanalytique ». Le gore, c’est avant tout un genre, avec ses propres codes. Il se trouve qu’il correspond souvent aux histoires dont j’ai envie de me débarrasser. Si lesdites histoires plaisent à quelques-uns, ça me suffit. Tout le reste n’est que littérature.

 

Un roman gore convoque souvent d’autres genres, comme le polar urbain, le drame social, le thriller, le fantastique... Lequel préfères-tu ?

 

Je pense qu’un roman gore, pour être efficace, a besoin d’être réaliste. Donc selon moi tous les genres susceptibles d’amener de la distance sont à proscrire. À la limite, un usage modéré du Fantastique peut être toléré, à condition qu’il soit horrifique et, surtout, qu’il ne se prenne pas les pieds dans le tapis de l’invraisemblance. L’outrance, oui, mais il faut qu’on puisse y croire. La plupart des grands auteurs français de la collection GORE venaient du Polar, et ce n’est pas du tout un hasard si aujourd’hui on se souvient surtout de leurs romans.

 

Un jour, tu as écrit que le gore « était l’intimité profanée ». J’ai trouvé cette approche très intéressante. Peux-tu approfondir ?

 

Si j’avais su qu’un jour j’aurais à « approfondir » cette formule, je me serais sans doute abstenu. Mais bon, puisque le vin est tiré... Alors ce que je voulais dire par là, c’est que le gore n’existe pas sans violence. Or je pense qu’on peut parler d’ « intimité » en évoquant le partage d’une histoire, dans le sens où l’auteur se met à nu devant son lecteur, qui s’accapare son texte. C’est une expérience privilégiée, mais dès lors qu’il s’agit d’un récit gore, elle se mue en atrocité. Car l’auteur, après avoir susurré des mots d’amour à l’oreille de son lecteur, reprend la main en lui crachant la mort au visage. Petite mort deviendra grande.

 

Un mouchard albanais m’a révélé qu’un de tes amis était végétarien. Penses-tu que ces bouffeurs de légumes bouillis sont normaux ou devraient-ils être sacrifiés sur l’autel de la viande saignante ?

 

Ton copain albanais t’a bien renseigné. Mais la première partie de ta question m’embête un peu, parce que la « normalité », j’ai jamais trop su ce que c’était. Quant à sacrifier les végétariens, c’est hors de question. Ne serait-ce que parce qu’en effet un de mes meilleurs amis fait partie de cette secte. Et puis, ce puissant lobby est responsable à lui seul d’un cinquième du catalogue de TRASH. Je dois donc en tenir compte. Alors tant que notre collection existera, il y aura toujours du vert dans notre rouge. C’est à prendre ou à laisser.

 

Un autre mouchard, belge celui-là, m’a révélé que tu traînais sur le forum L’Écritoire Des Ombres. Je me suis laissé dire que cet endroit était un nid de reptiliens adeptes du culte de la Frite Vicieuse. Info ou intox ?

 

Info. Même si, tout comme toi, je participe moins à la vie du forum depuis quelque temps, je continue à apprécier l’endroit et j’y passe tous les jours. J’ai découvert sur L’Écritoire plusieurs auteurs de talent, avec lesquels j’ai parfois noué de vraies relations d’amitié. De plus, j’ai aussi eu l’occasion de travailler avec certains membres, et ce n’est pas fini, car de nouveaux chantiers se profilent. Et puis, j’aime les frites. Surtout quand elles sont vicieuses.

 

Es-tu un auteur long ou court ?

 

Comme je le disais plus tôt, je ne me vois pas vraiment comme un auteur. Mais tous les textes que j’ai réussi à finaliser jusque-là sont courts, voire très courts. Bloodfist est donc une sorte d’exception. Une « sorte » seulement, parce que les chapitres y sont plutôt brefs, et certains pourraient, une fois extraits de leur contexte et un peu retravaillés, devenir des micronouvelles. En résumé, l’aspect sec et lapidaire de la forme courte me convient bien.

 

Quels sont tes prochains projets ?

 

Le mot « projet » ne fait pas partie de mon vocabulaire. Il implique une vision à long terme qui m’a toujours fait défaut. Pour développer des projets, il faut avoir confiance en soi, mais aussi en autrui, et plus généralement en l’avenir. Donc pour ma part, c’est trois fois « niet », camarade. Alors j’avance petit à petit et traite les chantiers les uns après les autres. Néanmoins, faute de pouvoir me montrer plus précis, voilà quand même les grandes lignes de mon planning jusqu’à la fin de l’année : quatre de mes nouvelles paraîtront chez deux éditeurs différents dans quatre anthologies au second semestre. Elles sont déjà écrites, mais le travail n’est pas terminé, parce que mon partenaire Trasheux Julien H. et moi-même allons être plus ou moins impliqués dans le développement de deux de ces recueils. En parallèle, je vais rédiger la préface d’un autre livre qui me tient beaucoup à cœur, et qui sera publié à la rentrée. Et bien sûr je vais m’occuper de nos trois futurs bébés TRASH, eux aussi prévus pour cet automne, tout en continuant à écrire des chroniques pour La Tête En Noir et pour ce blog. Quant au reste, je vais essayer de trouver le temps pour développer un nouveau récit perso, mais à ce stade (50 000 signes en friche), il est encore bien trop tôt pour en parler.

 

Zaroff te remercie d’avoir répondu à son interrogatoire. Et il tient également à t’adresser ses vives félicitations pour tes chroniques exceptionnelles. Partager ce blog avec toi est un véritable bonheur et honneur.

 

C’est moi qui te remercie. D’ailleurs, puisque l’occasion m’en est donnée, on va remettre les choses en perspective et procéder par ordre. Donc : 1. Merci à toi pour tout ce que tu fais pour TRASH depuis que nous existons. Merci de nous avoir donné une telle visibilité sur L’Écritoire Des Ombres et sur sa page Facebook, ainsi que sur ce blog. Ton soutien sans faille nous est vraiment très précieux. 2. Merci d’avoir fait confiance au micro-éditeur débutant que TRASH était il y a deux ans. Nous sommes très heureux de compter ton Night stalker au sein de notre catalogue. 3. Merci de m’avoir invité sur ce blog. Un an déjà que grâce à toi je dispose d’une belle tribune pour mes chroniques. Je suis ravi qu’elles te plaisent. Ça signifie que les livres et les auteurs que je présente sont plutôt bien mis en valeur, et en tant que chroniqueur, c’est tout ce qui m’intéresse. 4. Enfin, merci beaucoup pour cet entretien. Pour un peu, il me donnerait l’étrange impression que je suis quelqu’un d’important. Enfin, pour ça, il faudrait que j’aie le melon. Ce qui est contraire à mon absence totale de religion.

 

Le mot de la fin ?

 

I don’t exist.

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