Par les rafales - Valentine Imhof

Publié le par Léonox

 

 

 

Marquée par la haine : Par les rafales, de Valentine Imhof (Rouergue Noir. 2018)

 

 

 

 

Par les rafales est un roman noir. Très noir. Noir comme une nuit permanente et sans étoiles. Cette nuit, c’est celle d’Alex. L’Alex d’après. Le livre de Valentine Imhof découle en effet d’un acte atroce, terminal. Le type d’acte qui a donné naissance à l’un des sous-genres les plus controversés du cinéma d’exploitation. Le type d’acte dont on ne se remet jamais. Alex s’en doute, mais envers et contre tout et tous, elle parvient à puiser au plus profond d’elle-même l’énergie nécessaire pour s’extirper de la gangue de boue qui s’apprête à la submerger.

 

Un an plus tard, Anton voudrait bien l’aider ; il voudrait même plein d’autres choses avec Alex. À vrai dire, il est prêt à tout pour elle. Mais la jeune femme ne peut ni ne veut rien lui dire. Pas même son vrai nom. Des mois qu’ils se fréquentent, et elle demeure une énigme. Seul Bernd connaît son secret. Ou plutôt ses conséquences, qu’il s’applique à transformer en fresque. Sa peau. C’est tout ce qu’Alex a été capable de lui confier. Et c’est déjà beaucoup. Ce mal dont on ne guérit pas, ces blessures qui ne cicatriseront jamais vraiment, elle a décidé de les faire recouvrir. D’encre. Noire, évidemment. Encore et toujours.

 

Mais Valentine Imhof utilise un autre ressort, bien plus inattendu dans un tel contexte. Car Par les rafales, c’est aussi l’histoire d’un malentendu. Ou d’une croyance. Laquelle, comme toutes les croyances, s’avère sourde, muette et aveugle. Donc destructrice. Alex aurait tant aimé pouvoir muer… Arracher sa propre peau après avoir craché son venin. Règlement de compte et solde de tout compte à la fois. Mais ç’aurait été trop simple et trop beau. Alors, comme la simplicité est morte, la jeune femme va chercher la beauté ailleurs.

 

Bernd écrit donc sur la peau d’Alex. Mais l’horreur est ancrée autant qu’encrée, et l’artiste-artisan ne peut lutter contre un modèle qui réinvente en permanence une partie de sa propre histoire. Cette histoire pleine de musique, de poésie, d’alcool et de violence pour mieux dire la dérive, la peur, la paranoïa et l’engrenage. Alex détruite, Alex en fuite, Alex à jamais captive, et pourtant complètement en roue libre pendant ce concert des Muckrackers…

 

Le fameux groupe de Metal-indus lorrain n’est d’ailleurs pas le seul invité de Valentine Imhof, loin s’en faut. Non contente d’établir une bande originale sur mesure qui donne une véritable valeur ajoutée à son livre, l’autrice utilise en outre les têtes de chapitres d’une manière on ne peut plus singulière, convoquant nombre de figures littéraires afin de tracer le plus finement possible les contours d’un aller qu’on devine assez vite sans retour...

 

L’amour est un chien de l’enfer, et l’enfer est pavé de bonnes intentions : où quand certains, voulant bien faire, aggravent une situation jusqu’à la graver… dans le marbre. Ainsi la boucle est-elle bouclée, tourbillon en forme de cercle parfait aspirant en son sein glacé tous ceux qui auront croisé le chemin d’Alex après

 

Par les rafales est donc un roman noir… mais pas que. C’est aussi – et surtout – un portrait de femme brisée aussi vibrant que juste. Mais un portrait déchiré en centaines de morceaux, que Valentine Imhof a entrepris de reconstituer strate après strate. Et il en fallait, de la patience, du tact, de la méticulosité et du talent, pour redonner figure humaine à Alex, icône meurtrie et noircie, à mi-chemin entre l’ange déchu et la fille perdue…

 

Zippo, le deuxième roman de Valentine Imhof, paraîtra début octobre, toujours chez Rouergue Noir. Avec un titre pareil, nul doute qu’il sentira le soufre et la souffrance. Et qu’il soufflera le chaud. De toute façon, après Par les rafales, le tiède n’est pas une option.

 

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 200, septembre / octobre 2019.

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