Sanctions ! - Talion

Publié le par Zaroff

 

 

Saluons cette belle initiative de Zone 52 Éditions de relancer (enfin) une collection dédiée au gore en France après Trash. Pour les auteurs de notre catégorie, c'est un parcours du combattant pour publier nos écrits. Le puritanisme ambiant, la langue de bois, les réseaux sociaux, le politiquement (in)correct... autant de murailles à franchir comme « Blue » de Joël Houssin pour que le morbide littéraire survive.

Karnage, donc. Tout un programme à base de soufre, de porn, de vices, de foutre et d'hémoglobine. Et Talion tape fort avec son premier roman gore, même si le renégat est un vieux briscard dans divers domaines, du fanzinat aux fascicules, de préfaces DVDesques aux essais de toutes sortes. C'est aussi un conférencier habile dont le giallo est son thème de prédilection. Ses multiples influences se précisent dans « Sanctions ! » et tissent l'intrigue se déroulant dans une province française.

Un couple d'enseignants, véritables pervers sexuels aux fantasmes particuliers, se venge de certains étudiants récalcitrants à la médiocrité crasse. Aïcha, une jeune musulmane de banlieue, est la première à subir les outrages du professeur dans son sous-sol aménagé pour l'occasion. Rien n'est épargné aux lecteurs : nécrophilie, tortures, sévices, cannibalisme. L'épouse est l'axe central de ce couple perfide, celle qui attire le désir parmi les jeunes désœuvrés dont l'enseignement est un concept vague et inutile. Cette femme, une MILF en puissance, participe aux viols tout en stimulant leurs propres ébats à base de sodomie, scatophilie et autres déviances.

Talion a le talent de mélanger deux univers distincts pour articuler son récit. D'un côté, l'hommage assumé d'une horreur fondatrice en évoquant les œuvres de Bruno Mattéi, Deodato, d'Amato dont certaines scènes tirées de « Blue Holocaust », «Cannibal Holocaust » exacerbent les penchants sexuels du couple. L'aspect contemporain intervient ensuite par le Dark Web, le snuff et les fichiers illégaux que le couple conserve précieusement dans un ordinateur vérolé. D'ailleurs, leurs fantasmes sont filmés, mis en scène et diffusés sur le réseau caché du Net.

L'ambiance devient glauque et poisseuse au fil des chapitres et ça ne s'arrange pas avec le parcours d'un flic endeuillé (dont l'épouse est dépressive) en charge de l'enquête. Le tout engendre un roman percutant avec une vision sociale déprimante. Des jeunes désabusés, une éducation archaïque et dénuée de moyens, une sexualité naissante dépravée par le porno où la femme n'est qu'un objet, un vulgaire orifice à la bouche insatiable.

Roman particulier au traitement efficace et déroutant. Karnage réussit son pari avec ce premier gore dont la sanglante couverture de Will Argunas décrit parfaitement le sujet. Bravo Talion pour ce beau morceau de barbaque, il marquera les esprits durablement.

Notre interview de l'auteur.

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S
J'aime beaucoup l'univers de celui qui se cache derrière le pseudo du Talion et qui mieux que lui pour ouvrir le bal sanglant de cette nouvelle collection. Pourtant, alors que les genres tabous se multiplient dans son récit (je me réfère à votre excellente chronique) une peur s'installe, peut-être soumise à une autocensure inconsciente au regard d'une étrange réflexion.
Votre introduction met en avant un grand nom de la littérature qui se désintéresse "de ce que l'on dira", un auteur à part, au style abrupte et "rentre dedans" Joël Houssin. C'est avec lui que je découvris l'horreur absolument gratuite de la collection Gore avec le titre "L'écho des suppliciés". J'en fus traumatisé autant que fasciné en essayant de le retrouver après m'en être séparé. L'écriture percutante servait une intrigue fantastique, un prétexte mais nécessaire pour faire avaler la pilule des chairs massacrées (si j'ose dire).
Pour "Sanctions" il me manquerait, peut-être, les éléments surnaturels me permettant cette distance indispensable pour l'apprécier. "L'objet" m'attire autant qu'il me fait fuir.
La même sensation se répète pour le meilleur ou pour le pire. ????
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C
Merci pour ce retour bien avisé.