Alix Karol 1 et 2 - Patrice Dard

Publié le par Léonox

 

 

 

 

 

 

 

Bon sang ne saurait mentir : Alix Karol, tomes 1 et 2, de Patrice Dard.

 

 

 

 

 

 

Milieu des années 70. Le Fleuve Noir règne sur le monde du roman dit « de gare », en particulier grâce à ses collections Anticipation, Spécial-Police et Espionnage. Frédéric Dard, tel un baron Frankenstein faisant corps avec sa créature, continue à livrer les aventures de San-Antonio presque aussi vite que son lectorat jamais rassasié ne peut les lire. Le contexte est donc à la fois des plus favorables à la littérature populaire – les ventes sont au beau fixe – et périlleux – difficile pour un jeune auteur de sortir du lot tant la concurrence est rude et de qualité.

 

Difficile de se faire un nom, et plus encore un prénom, surtout quand on s’appelle Patrice Dard. D’où l’intérêt de la double mystification mise en œuvre dans la série Alix Karol. En effet, non content de disparaître derrière un pseudonyme en forme de clin d’œil, l’auteur fusionne aussi avec le narrateur en adoptant son point de vue. Soit la même recette que celle utilisée par son père dans le cadre de sa célèbre série, mais adaptée ici au monde de l’espionnage.

 

Car Alix Carol et son binôme Bis sont bel et bel des espions, même s’ils agissent pour le compte d’une organisation quelque peu… décalée. Malgré leur appellation d’origine assez peu contrôlée, les « Services Secrets du Tiers-Monde » apparaissent néanmoins comme la première vraie bonne idée de la série. Car si En tout bien tout horreur démarre de façon assez classique après une explication de texte musclée avec de sombres empêcheurs d’espionner en rond, la suite du roman permet à l’auteur de subvertir à peu près tous les codes du genre. Du Lido à l’ambassade de Suède au Brésil, d’une prétendue danseuse de cabaret à une otage qui n’a rien de la princesse en détresse, Alix Carol fait feu de tout bois, pour notre plus grand plaisir.

 

Une formule débridée et impertinente reproduite dans Assassin pour tout le monde, le deuxième titre inclus dans ce volume, où Alix et Bis se trouvent cette fois confrontés au sinistre groupe terroriste Septembre Noir, avec rien moins que le Colonel Kadhafi en guest star ! Malgré ce contexte géopolitique pour le moins « chargé », où la guerre froide vient percuter de plein fouet la décolonisation, la série profite de l’occasion pour affirmer son caractère bien trempé, et les tribulations de ces drôles de barbouzes s’avèrent d’autant plus rafraîchissantes.

 

C’est drôle, vif, gaillard (voire même parfois paillard), et si on pense parfois à OSS 117 et à San-Antonio (tiens donc), l’ambiance générale des romans est plus proche du duo Audiard / Lautner que de James Bond. Pour autant, l’auteur évite l’écueil de la parodie, et parvient à trouver un improbable équilibre le long de l’étroite frontière séparant premier et second degré. Avec Alix Karol, Patrice Dard se révèle donc non seulement le digne fils de son père, mais il réussit aussi – et surtout – à s’émanciper d’un héritage qu’on aurait pu penser encombrant.

 

En conclusion, je ne saurais trop conseiller l’acquisition de ce volume aux amateurs de littérature populaire décloisonnée. « Décloisonnée », car si en effet la série Alix Karol relève avant tout de l’Espionnage, les amateurs d’Action et de Polar y trouveront aussi leur compte. Avec En tout bien tout horreur et Assassin pour tout le monde, vous aurez droit à une double dose d’aventures explosives, de jeux de dupes, d’agents doubles troubles triples, de femmes fatales et de sensations fortes et inversement. Tout ça et plus encore pour le prix d’un Poche, ce serait dommage de s’en priver. En espérant que French Pulp continuera à rééditer la série : avec 21 romans parus entre 1973 et 1977, il y a matière à une belle intégrale. À bon entendeur...

 

 

Chronique initialement publiée dans La Tête En Noir n° 196, janvier / février 2019.

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