L'impossible définition du mal - Maud Tabachnik

Publié le par Zaroff

 

 

 

Tabachnik a le talent (et l'audace) de transposer les crimes de Tchikatilo dans la Russie de Poutine. Le constat est effrayant : attentats tchétchènes, répression, prostitution, corruption administrative, trafic de femmes slaves vers la Turquie, alcoolisme... Braunstein, commissaire adjoint à la Direction des recherches criminelles, a été dégradé et muté en province. Plus précisément à Rostov-sur-le-Don où la criminalité règne et s'étend. La population survit, prise entre la terreur policière et les traditions ancestrales d'une culture avide d'oppression et de totalitarisme. Braunstein comprend vite qu'il devra naviguer en eaux troubles dans cette bureaucratie lourde et pesante pour enquêter. Car des enfants et jeunes femmes disparaissent dans l'anonymat le plus total. Des meurtres sauvages avec un point commun : cadavres dépecés et mutilés. Depuis douze ans, la police traque ce tueur aux mœurs cannibales. Les témoins sont rares et le territoire de chasse immense.

Mais Braunstein et ses collègues ne reculent devant rien, quitte à interroger des suspects en dehors des procédures. Dont l'un deux, protégé par le gouverneur de la région, un certain Tchikatilo, inspecteur des réseaux ferroviaires et ancien professeur de littérature. Les indices sont minces et Braunstein suit son instinct pour confondre cet homme cultivé au regard perçant. Ce roman possède une force descriptive sur l'état de la Russie contemporaine. La décadence distille son venin sur l'autorité, les consciences, le pouvoir politique et la morale collective. Nous prenons part aux souvenirs de Tchikatilo lors la guerre en Tchétchénie et nous comprenons, un peu, la personnalité trouble de ce tueur en série le plus populaire de la Russie.

C'est donc un roman intéressant par son traitement anachronique. Le final ne reprend pas les véritables faits, plutôt une suite logique sous fond de vengeance. Ce qui ne change rien aux atrocités commises par un cerveau malade. L'atmosphère délétère du quotidien de ces hommes donne une saveur particulière à ce livre. Ce n'est pas une simple esquisse des crimes sauvages dans une Russie paysanne. On perçoit l'asservissement des femmes, les hommes pervertis, la traite des blanches, la drogue... dans une immunité établie par des siècles de gouvernance perfide et muette. Et on se demande, en conclusion, qui est le plus criminel ? L'homme ou le système ? Tchikatilo devient la marionnette d'une Russie à bout de souffle, le Golem d'une institution aveugle et sourde. Juste la déviance d'un fascisme déguisé, archaïque et poussiéreux. Qui sera le prochain ?

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