Le dernier Vodianoï - Julien Heylbroeck

Publié le par Tak

 

 

 

 

 

 

Bon, je ne vais pas faire durer le suspense inutilement :  j'ai adoré ! Sans grande surprise, car j'étais ferré dès les premières pages et la sensation n'a que fait que s'accroître au fur et à mesure de ma lecture. En plus d'être sacrément accrocheuse, la plume de l'auteur ne s'encombre pas de fioritures inutiles : elle va droit à l'essentiel. À l'image de ce chapitre inaugural, qui nous plonge d'emblée dans l'action en nous montrant qui sont ces liquidateurs et quelle est leur fonction, sans se perdre en longues et vaines présentations.

 

J'ai trouvé ça couillu d'ailleurs, de débuter un roman avec un chapitre aussi incisif et à la fois si riche en informations. Un instant, j'ai même douté que l'on se trouve bien dans l'URSS de 1937, tant ce foisonnement de détails sur une culture qui ne nous est finalement pas si familière que ça peut s'avérant déroutant – avec un peu d'imagination, on aurait pu situer l’intrigue dans une Russie parallèle au parfum de steampunk. Surtout qu'on sent un réel travail de documentation derrière, où les détails du quotidien, tout comme les expressions et les croyances populaires issues du folklore, sonnent plus vrais que nature. De ce côté-là, on est réellement immergé dans l'univers que le sieur Heylbroeck nous dépeint. Puis quand l’ensemble vient prendre place dans un contexte historique plus connu, on se dit que tout cela est fichtrement bien vu (et bien fait).

 

Mais là où le récit devient passionnant, c'est quand il s’y greffe une tournure Fantasy parfaitement dans la logique de l’univers présenté. C'est surprenant et à la fois tout à fait cohérent. Dès lors, impossible de décrocher du bouquin ; on est réellement happé par l'intrigue et le mélange parfait de tous ces éléments (et contrairement à beaucoup de romans de « genre » qui ne posent un arrière-fond que comme prétexte au récit fantastique, ici l'aspect « politique » n'est pas simplement accessoire et j'ai adoré le climat de paranoïa collective qui en découle). Bref, le cœur du récit et ses différents aspects sont aussi travaillés que le background (déjà bien étoffé) et c'est un réel plaisir.

 

Les personnages sont vivants et bien campés, même si j'aurais préféré un poil de profondeur en ce qui concerne Ilya. Je veux dire, on comprend ses motivations du début à la fin, mais son chemin prend un peu trop facilement celui de la quête initiatique sans réellement nuancer tout cela. Ce qui ne veut pas dire que je ne l'ai pas apprécié pour autant. Si j'avais peut-être un autre mini-bémol à formuler, je dirais qu'il est dommage que la « ville secrète » nous soit montrée aussi rapidement et qu'on y pénètre si vite. Peut-être aurait-il fallu attendre un peu avant de nous la présenter, afin qu’elle conserve son aura mythique le plus longtemps possible ? Et je n'aurais pas dit non à un poil plus de descriptions concernant ladite ville et son caractère « étrange », en accord avec les monstres qui la peuplent. Mais bon, ça c'est juste mon côté gourmand, qui en veut toujours plus lorsqu'il accroche réellement. En l'état, j'ai quand même pris un sacré panard et j'ai presque hululé de plaisir lors de certains passages.

 

D'ailleurs, quelle idée géniale et incongrue d'avoir mêlé des personnages historiques réels à cet univers fictif ! Cela lui donne une force supplémentaire et impose réellement Le Dernier Vodianoï comme un OLNI à part entière, aussi biscornu que savoureux, où l'on est surpris quasiment à chaque page par une nouvelle idée, par un nouveau concept ou juste par un nom, faisant de sa lecture une expérience pour le moins singulière. Si la seconde partie m'a un peu moins tenu en haleine que la première, j'ai en revanche été conquis par le dernier tiers, morceau de bravoure aux dimensions épiques que n'auraient pas renié certains de mes auteurs fétiches (non, non, pas de noms). Le style nerveux et efficace de Julien Heylbroeck y fait merveille. Je n'en dirai pas davantage, mais là encore, j'ai pris une jolie claque.

 

En définitive, un roman original et vite addictif, que j'ai pris plaisir à lire aussi bien pour son cadre inhabituel que pour son folklore dépaysant ou sa richesse thématique. Et j'ajoute au passage que je n'avais pas autant accroché à un bouquin depuis longtemps, mais surtout, qu'aucun livre ne m'avait donné une envie aussi irrépressible d’en poursuivre la lecture ces dernières années... (nul doute que si j'avais eu plus de temps libre récemment, je l'aurais dévoré en quelques jours à peine). Bref, Le Dernier Vodianoï est un réel coup de cœur et j'ai hâte de lire d'autres choses de cet auteur !

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J
En me promenant une nouvelle fois dans ce blog, je réaliste que je n'avais jamais remercié Tak pour cette chronique et c'est très mal !<br /> Merci donc, pour ce très beau retour, sur mon premier roman et qui était jusqu'ici le plus costaud de mes écrits.<br /> Il est en passe d'être dépassé (largement) par (je l'espère) une future parution l'année prochaine mais j'aurais l'occasion d'en reparler.<br /> <br /> Merci encore donc, à Steve, surtout parce que c'est très gratifiant et encourageant de lire que j'ai fait mouche sur les aspects qui comptaient bcp pour moi dans ce projet.
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D
Belle chronique enthousiaste ! Si tu veux en lire davantage sur cet auteur, je te recommande Stoner road si ça n'est pas encore fait : c'est jouissif et poussiéreux !
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A
Salut David, merci pour ton commentaire. Je ne sais pas si Steve, l'auteur de cette chronique, a lu Stoner Road, mais moi oui. Je l'ai d'ailleurs bêta-lu - puis chroniqué. Ici-même : http://gorezaroff.over-blog.com/2014/07/stoner-road-julien-heylbroeck.html Ceci pour dire que je partage ton avis au sujet de ce roman. ;)