Le masque des regrets - Kurt Steiner

Publié le par Lester

 

 

 

Le Masque des regrets

 

Kurt Steiner (André Ruellan)

 

Fleuve Noir « Angoisse » N°68

 

Le Masque « Fantastique » première série (rouge) N°17

 

 

 

Voilà encore un petit livre remarquable, à contre-courant des modes actuelles, que l'on risque peu, hélas, de voir rééditer en ces temps d'engouement pour les « sagas » à rallonges ! Il s'agit d'un très court roman, presque une « novela », évitant les descriptions interminables et les études de caractère pour se consacrer à un fantastique discret, atmosphérique et onirique. Si Kurt Steiner s'adonnait surtout à la science-fiction et à l'écriture de scénarios, il a également produit quelques romans d'inspiration surnaturelle, pour la mythique collection « Angoisse » au Fleuve Noir, éditeur dont il fut un des piliers.

 

« Le Masque des regrets » se présente comme le récit d'une rencontre, celle d'un auteur curieux et désœuvré et d'une adolescente au charme trouble et vénéneux lors d'une soirée de Mardi-Gras au cœur du quartier du Marais, à Paris. Intrigué plus que de raison, amoureux dès le premier regard, le narrateur s'aperçoit très vite que la jeune femme cache de nombreux secrets derrière une apparence angélique, et que la réalité contemporaine possède des racines dans le passé, jusqu'au siècle de Louis XIV et de la fameuse Affaire des Poisons... Racontée à la première personne, nous découvrons une histoire linéaire, au cours de laquelle des indices sont semés afin de nous faire deviner sans peine la clef du mystère, somme toute d'un grand classicisme. Inutile ici de chercher une thématique novatrice, ni un suspense insoutenable, donc.

 

Alors, pourquoi évoquer ce roman aujourd'hui, me demanderez-vous ? Peut-être parce qu'avec le recul (ce titre date de 1960) il a éveillé en moi une nostalgie semblable à celle éprouvée lors du visionnage de films français des années soixante, ceux de Audiard et Autant-Lara, par exemple. Car les personnages du roman de Kurt Steiner évoluent dans un Paris qui n'existe plus, une ville dont certains quartiers et certains édifices avaient peu changé depuis le Grand Siècle, une cité magique et parfois dangereuse, où vivait un peuple aux us et au langage particuliers. Par cet aspect, « Le Masque des regrets » m'a rappelé un autre ouvrage peu connu, le très mystérieux et ésotérique « Pantacle de l'ange déchu », de Charles-Gustave Burg, un roman à clef convoquant aussi une histoire d'amour tragique, les drames du passé s'enchevêtrant avec le présent, et une connaissance affûtée d'un vieux Paris disparu sous les coups de pelle mécanique de la promotion immobilière et de la mondialisation sans limites. Car les vieux quartiers de la capitale et leurs habitants aux mœurs bohèmes sont les autres héros de ce petit livre attachant.

 

Alors, si vous cherchez un roman à la mode, un de ces pavés clinquants et conformistes qui semblent constituer le fantastique contemporain, oubliez ce « Masque des regrets ». Mais si un petit voyage nostalgique au cœur d'un Paris d'autrefois, aussi englouti que l'Atlantide, vous attire pour passer quelques heures intrigantes, alors rendez-vous chez votre bouquiniste attitré, vous ne serez pas déçus !

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S
Kurt Steiner, un grand nom oublié et qui mériterait de resurgir en ce bas monde. Superbe chronique qui pose la question du devoir de mémoire d'une littérature de l'imaginaire qui ne doit pas se figer dans les abîmes du temps. Avec toutes les maisons d'éditions existantes il serait temps de penser à nos auteurs Français. Seul Rivière Blanche serait capable de le repêcher.

Starphil☆
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L
Bonjour Starphil. Merci de ton commentaire. En ce qui concerne Kurt Steiner et Rivière Blanche, tu as tout à fait raison. Mais ce que tu appelles de tes voeux existe déjà. En effet, Rivière Blanche a publié il y a dix ans deux épais omnibus rassemblant les six "Angoisse" les plus rares de Kurt Steiner. Hélas, les rééditions ne fonctionnent pas, et les rares amateurs de ce type de littérature persistent à rechercher les livres originaux, même quand ils sont rares et hors de prix...
L
J'avais beaucoup aimé "le pantacle de l'ange déchu". Si le roman de Steiner y ressemble, il faudra que j'aille y jeter un oeil.
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L
Salut Lekarr. Merci de ton passage par ici. N'ayant jamais lu "Le pantacle de l'ange déchu", je ne saurais te dire ce qu'il en est. En revanche, je suis (très) souvent d'accord avec l'ami Lester, et jamais je n'ai été déçu par un "Angoisse" de Kurt Steiner. Donc...